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    Plan détaillé Texte intégral Qu’est-ce que l’artillerie française vers 1700 ? Comment professionnaliser l’artillerie ? Bibliographie Notes de bas de page Auteur

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    Les écoles d’artillerie en 1720 : une étape décisive de la professionnalisation des artilleurs français

    Hugues Weber

    Résumé

    Au xviie siècle, l’artillerie française n’est que très marginalement constituée de professionnels expérimentés : pour la guerre, elle est donc contrainte de faire appel massivement à des paysans, puis, sous Louis XIV, à des soldats de l’infanterie sans compétence ni goût pour le métier d’artilleur. Pour se réorganiser après la guerre de Succession d’Espagne, l’artillerie a recours à une solution originale : elle met sur pied cinq écoles spécialisées, chargées de la formation initiale des officiers et des soldats des bataillons d’artillerie, ainsi que de leur entraînement commun. C’est grâce à ces écoles qui combinent de manière équilibrée enseignement théorique et apprentissage pratique que l’artillerie parvient à professionnaliser l’ensemble de son personnel.

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Alors que l’historiographie admet généralement que les principales armées européennes du xviie siècle sont devenues largement professionnelles, il peut paraître saugrenu de poser la question de la professionnalisation des artilleurs au siècle des Lumières. Cette question peut sembler d’autant plus paradoxale que l’artillerie à poudre, inventée vers 1350, a été l’un des artisans majeurs de la reconquête du royaume à la fin de la guerre de Cent Ans, qu’elle a stupéfié l’Europe lors des premières guerres d’Italie (1494-1500) et qu’elle est devenue, avec l’infanterie, l’une des deux composantes majeures des armées de la Renaissance. Au siècle suivant, les artilleurs se sont avérés encore plus indispensables par leur efficacité, aussi bien lors des sièges dirigés par Vauban qu’à l’occasion des batailles gagnées par les maréchaux tels que Luxembourg ou Villars. Louis XIV reconnaissait d’ailleurs le rôle déterminant de l’artillerie en faisant graver sur les canons la devise ultima ratio regum.

    2Alors, comment imaginer que les artilleurs de la seconde moitié du xviie siècle n’aient pas été de vrais professionnels ? Pour bien nous faire comprendre, nous commencerons par indiquer à grands traits en quoi consistait l’artillerie des trois premiers rois Bourbons et comment elle recrutait et formait son personnel. Puis nous essayerons de montrer comment la création d’écoles spécialisées a permis de transformer des officiers et des soldats de l’infanterie en artilleurs professionnels experts dans leur nouveau métier.

    Qu’est-ce que l’artillerie française vers 1700 ?

    3Pour bien saisir la nature des artilleurs à la fin du xviie siècle, il faut se défaire de la conception que nous avons de l’artillerie, influencés que nous sommes par ce qu’elle est devenue aux xixe et xxe siècles. Sous les trois premiers rois Bourbons, l’artillerie n’est pas une arme au sens actuel du terme : les artilleurs ne constituent pas un corps de spécialistes voués exclusivement à la mise en œuvre de canons. L’artillerie du xviie siècle est bien plus que cela : c’est une organisation administrative, industrielle et logistique complexe, au service de l’ensemble des armées royales. Si l’on ne craignait pas d’être anachronique, on soutiendrait que le Grand maître de l’artillerie est à la tête d’un véritable complexe militaro-industriel, actif aussi bien pendant la paix que pendant la guerre.

    4En période de paix, c’est en effet l’artillerie qui fabrique l’intégralité du matériel équipant les armées de terre françaises, depuis les 5 000 à 7 000 canons de l’artillerie proprement dite1 jusqu’aux centaines de tonnes de poudre et aux millions de balles pour les armes à feu, en passant par les dizaines de milliers de piques et mousquets destinés aux fantassins, les milliers de pistolets, épées et corcelets équipant les cavaliers, la myriade d’outils pour les sapeurs, les mineurs et les ouvriers militaires, les pontons pour franchir les cours d’eau et les tentes pour les campements2. C’est également à l’artillerie que revient la mission de stocker, entretenir et gérer l’intégralité de ce matériel qui, entreposé dans les divers arsenaux et magasins royaux, représente le capital mobilier le plus considérable du royaume3 (en 1610, sa valeur avoisine au bas mot trois millions de livres tournois (l.t.), soit six fois les dépenses annuelles de l’artillerie et plus du cinquième du budget annuel moyen sous Henri IV4). Afin de remplir ces importantes missions du temps de paix, l’artillerie dispose de moins de trois cent cinquante fonctionnaires « ordinaires » (c’est-à-dire permanents) : commissaires, gardes-magasins, canonniers et ouvriers spécialisés. En fait, pour la production de la plupart de son matériel, l’artillerie fait appel à l’entreprise privée.

    5Quand survient une guerre, l’artillerie a pour mission de transporter tout ce matériel militaire, cette poudre et ces munitions et de les distribuer, selon les besoins des fantassins et des cavaliers. Par ailleurs, elle est également chargée d’exécuter les travaux de terrassement nécessités par les sièges (tranchées, sapes, galeries, fourneaux de mine, création des plateformes de tir pour les canons). Et c’est seulement à l’occasion des batailles en rase campagne et des sièges de places fortes que le personnel de l’artillerie se consacre vraiment à ce que nous considérons, aujourd’hui, comme sa tâche essentielle, c’est-à-dire la mise en œuvre des deux cents à quatre cents canons qui appuient les trois à quatre armées royales.

    6Pour remplir ces missions du temps de guerre, il va sans dire que l’artillerie doit être fortement renforcée. Le Grand Maitre est alors contraint de faire appel massivement à des ressources civiles qu’il faut réquisitionner pour les quatre à cinq mois que dure chaque campagne :

    • d’une part, 800 à 1 500 charretiers civils avec leurs 400 à 1 000 chariots et leurs 3 000 à 6 000 chevaux, le tout destiné à tracter les canons, les munitions et le matériel ;
    • d’autre part, entre 5 000 et 20 000 paysans indispensables tant pour aider la petite centaine de canonniers « ordinaires » à mettre en œuvre les pièces d’artillerie que pour effectuer les multiples travaux de terrassement et la manutention des munitions et du matériel.

    7Dans ces conditions, on voit bien que l’artillerie d’Henri IV et de Louis XIII n’est composée que de quelques professionnels permanents, experts dans l’emploi des canons ; pour l’essentiel, elle doit faire appel à des paysans qui n’ont aucune compétence militaire et aucune motivation.

    8Conscients de l’imperfection d’une telle organisation, surtout à une époque où les guerres deviennent fréquentes et où les effectifs militaires augmentent considérablement, Louis XIV et Louvois ne peuvent plus se satisfaire d’un tel état de choses. Ils décident donc, à partir de 1679, de militariser l’artillerie en remplaçant les milliers de paysans réquisitionnés par autant de soldats regroupés dans des régiments : d’abord le régiment des Fusiliers du roi, puis le régiment Royal Bombardier, enfin le régiment Royal Artillerie, dont les effectifs sont ponctionnés dans l’infanterie. Ce faisant, on remplace une main-d’œuvre civile non formée par une main-d’œuvre militaire tout aussi peu formée. Certes, les fantassins présentent théoriquement l’avantage de servir pendant plusieurs années d’affilée, ce qui doit leur permettre d’apprendre, progressivement et « sur le tas », les rudiments du métier d’artilleur. Mais c’est sans compter avec la culture de ces fantassins : détachés, souvent malgré eux, dans l’artillerie, ils méprisent les artilleurs « ordinaires » et n’ont que dégoût pour les travaux manuels ingrats de l’artillerie. Tant et si bien qu’au moment des batailles, ces néo-artilleurs frustrés préfèrent rejoindre leurs anciens camarades de l’infanterie pour combattre en ligne avec eux, dans l’espoir de partager leur gloire. Ainsi Vauban déplore, en 1700, que « l’artillerie se trouve très mal servie » par les officiers et les soldats du régiment Royal Artillerie :

    « Quand il se présente un jour de bataille, ils abandonnent le canon pour combattre en ligne [avec leurs anciens camarades fantassins], ou n’y laissent que les plus mauvais soldats, ce qui se prouve par l’exemple de la bataille de Fleurus où la moitié du canon devint inutile après la première décharge [id est salve des canons], faute de canonniers et de soldats pour le servir.5 »

    9À la fin du règne de Louis XIV, l’artillerie reste donc composée, d’une part, de trois cents cadres civils, vrais professionnels (commissaires et canonniers) et, d’autre part, d’une masse de quatre à huit mille soldats non spécialisés, issus de l’infanterie, qui n’ont ni compétence ni appétence pour le service de l’artillerie et servent d’hommes à tout faire. Somme toute, on voit bien que, malgré la militarisation décidée par Louis XIV, l’artillerie n’est toujours pas constituée de vrais professionnels formés et aguerris.

    Comment professionnaliser l’artillerie ?

    10La question se pose donc à la fin de la guerre de Succession d’Espagne : comment assurer une véritable professionnalisation de cette artillerie ? En 1720, sous la Régence, les réflexions aboutissent et l’artillerie fait alors l’objet d’une complète réorganisation inspirée par deux commissaires d’artillerie, réputés être les meilleurs artilleurs d’Europe : Jean Florent de Vallière6 et Louis Camus Destouches7. La solution qu’ils proposent consiste à créer ex nihilo cinq écoles d’artillerie qui seront associées très étroitement aux cinq bataillons d’artillerie nouvellement mis sur pied.

    11Avant d’aller plus loin, il convient de préciser ce que recouvre la notion de professionnalisation. Généralement l’historiographie considère qu’il y a professionnalisation lorsque les soldats sont employés à plein-temps et sont payés pour ce faire, qu’ils sont formés pour leur emploi et qu’ils se soumettent à une discipline stricte8. Selon cette acception, il y aurait professionnalisation dès que l’armée devient permanente.

    12À cette définition très générale et un peu attrape-tout, nous préférerons celle élaborée par un historien suédois, Gunnar Arteus9, manifestement inspiré par la sociologie de Max Weber. Selon lui, la professionnalisation est un processus au terme duquel les critères suivants sont réalisés :

    • le personnel est en service à plein-temps, en paix comme en guerre ;
    • la formation théorique des cadres est standardisée, obligatoire et contrôlée ;
    • la formation pratique de tout le personnel est standardisée et intensive ;
    • des « barrières à l’entrée » dans la profession sont instituées, autrement dit une sélection initiale est instituée ;
    • il existe pour tous des possibilités de carrière et de promotion par le mérite individuel.

    13À vrai dire, la solution consistant à scolariser une partie des futurs officiers avait déjà été expérimentée. Au xviie siècle, des écoles militaires avaient été instituées : les académies d’équitation, les compagnies de pages de la Petite et de la Grande Écurie, les compagnies de cadets gentilshommes de 1682 à 1692, les gardes de la Marine à partir de 1689, avaient été autant d’expériences provisoires et sans lendemains.

    14Les écoles d’artillerie créées en 1720 constituent la première expérience pérenne de formation scolarisée des militaires. L’expérience repose sur un concept original, dans la mesure où la formation est envisagée de façon globale. Il ne s’agit plus seulement d’instruire quelques officiers, comme l’avaient fait les écoles militaires précédentes, mais l’ambition est de former l’ensemble des publics constituant l’artillerie, c’est-à-dire les trois cents commissaires et canonniers « ordinaires » dans les arsenaux, mais aussi et surtout les 4 265 officiers, bas-officiers et soldats de toutes spécialités appartenant aux cinq bataillons d’artillerie.

    15L’artillerie avait certes déjà créé des écoles à partir de 1679. Mais, en fait d’écoles, il s’agissait plutôt de stages de formation rapide, mis sur pied au moment des guerres pour former en urgence de nouveaux officiers10. Ce système n’avait pas donné satisfaction parce que ces écoles provisoires, qui ne fonctionnaient que quelques mois dans l’année, n’étaient que des espèces d’annexes subordonnées aux bataillons d’artillerie.

    16Alors la réorganisation de 1720 inverse l’ordre des facteurs : désormais, dans le couple école-bataillon d’artillerie, c’est l’école qui assure le leadership, tandis que le bataillon d’artillerie se borne à être l’exécutant, le bras armé. Autrement dit, l’instruction et l’entraînement deviennent déterminants et prennent le pas sur le service courant. C’est pour cela que chacune des cinq écoles d’artillerie est jumelée avec un des cinq bataillons d’artillerie, l’association étroite et la co-localisation de ces deux entités au sein d’une même garnison (La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble et Perpignan) étant au cœur même du nouveau modèle de formation.

    17En termes d’organisation, chaque école est une structure extrêmement légère. Le commandement et l’encadrement sont assurés par trois membres du Corps royal : un lieutenant provincial (grade équivalent à colonel) et deux commissaires provinciaux (grade équivalent à lieutenant-colonel). Quant au corps enseignant, il se résume à un seul professeur de mathématiques, auquel est adjoint un maître de dessin qui sert de répétiteur. En tout cinq personnes par école pour assurer l’instruction des cinquante officiers et huit cents hommes du bataillon d’artillerie jumelé.

    18Pour réussir ce qui peut paraître comme une gageure, Vallière et Camus Destouches ont misé sur l’articulation entre ce qu’ils appellent « l’école de théorie » et « l’école de pratique ».

    L’école de théorie

    19L’école de théorie a lieu toute l’année, un jour sur deux, à raison de trois heures de mathématiques et deux heures de dessin par jour. Au total, quinze heures de théorie par semaine destinées aux seuls officiers et élèves officiers, soit un peu moins d’une centaine de personnes par école (une dizaine de jeunes commissaires d’artillerie, quarante-huit sous-lieutenants, lieutenants et capitaines des bataillons et une vingtaine de cadets et d’élèves officiers).

    20Il est tout de même à noter – et c’est symptomatique de l’esprit d’ouverture qui règne dans l’artillerie – que quelques bas-officiers ou soldats « qui auront de l’intelligence, avec l’émulation et le désir d’entrer dans la salle [de mathématiques] pour apprendre, en demanderont la liberté au commandant de l’école11 ». En 1721 et 1722, un sergent et un canonnier suivent effectivement l’école de théorie à l’école de Strasbourg ; à celle de Metz, ce sont quatre canonniers, quatre bombardiers et un soldat. Leurs appréciations à l’examen semestriel sont encourageantes, voire très bonnes. Là où certains jeunes officiers sont notés « De condition, aimant ses plaisirs, très indifférent pour le reste » ou « Ancien officier, inappliqué, indifférent sur tout », l’apostille de 1721 relative au canonnier Mallefait indique qu’« il sçait ; et appliqué » ; à l’examen suivant, le 8 mai 1722, l’appréciation est encore plus élogieuse :

    « Très appliqué, se forme, bon géomètre, et très sage.12 »

    21En ce qui concerne le contenu du cours de mathématiques, l’instruction créant les écoles reste très elliptique. À peine l’ordre d’exposition est-il mentionné : les leçons porteront d’abord sur l’arithmétique et la géométrie ; elles aborderont ensuite la trigonométrie, la planimétrie et la stéréométrie (« qui sont les parties de géométrie les plus nécessaires à la pratique de la guerre13 ») et seront enfin consacrées à la fortification, à la mécanique et à l’hydraulique. Cette conception très extensive des mathématiques est bien dans la manière du xviiie siècle et assez conforme à l’enseignement dispensé dans les collèges jésuites. Concrètement, les cours de mathématiques commencent par enseigner les quatre opérations de l’arithmétique pour atteindre le niveau actuel des terminales scientifiques, voire de maths sup/maths spé14. Pour enseigner cette théorie, Vallière et Camus Destouches font appel à cinq professeurs qui sont des universitaires (comme Herttenstein à Strasbourg) ou des commissaires d’artillerie dont la science est attestée par leur appartenance à une académie des sciences (comme Bélidor à La Fère et Valton à Perpignan).

    22À l’école de La Fère, le professeur Bélidor applique les grandes lignes du programme officiel, dont il tirera un manuel réputé intitulé Nouveau cours de mathématique à l’usage de l’artillerie et du génie15. À Strasbourg, le professeur Herttenstein, qui est docteur en droit, astronome et professeur de mathématiques à l’université de Strasbourg, a pris quelque liberté en ajoutant au programme officiel l’étude de la cosmographie, de l’architecture civile, du blason et de la perspective ; lui aussi publiera, en 1737, un manuel intitulé Cahiers de mathématique à l’usage de MM. les officiers de l’école royale d’artillerie de Strasbourg16. De fait, on a nettement l’impression que, pour la théorie, le commandement militaire se repose entièrement sur le professeur de mathématiques, comme le laisse à penser la rémunération servie à ces enseignants : 3 000 l.t. par an, soit 600 livres de plus que le commandant de l’école, qui est pourtant « l’un des principaux officiers de l’artillerie17 ».

    23Aux neuf heures hebdomadaires de mathématiques viennent s’ajouter six heures de dessin. C’est une matière très prisée par les militaires de l’époque, car elle est censée « former la justesse de l’œil et l’habileté de la main18 ». Il s’agit d’un dessin de type technique :

    « La règle et le compas qui servent à construire avec précision les figures indispensables pour les démonstrations géométriques, ne servent pas moins utilement à faire des plans de fortification, à représenter les profils et les dépouillements, ainsi que ceux des mines et de tous les attirails de l’artillerie.19 »

    24C’est donc surtout le dessin de fortification, le dessin de la carte et le dessin des diverses machines employées par les artilleurs qui constituent la finalité pédagogique. Le dessin est, en quelque sorte, à la jointure de la théorie et de la pratique.

    25Somme toute, ce programme d’instruction théorique n’a rien de réellement original pour l’époque. La vraie et grande différence avec les écoles militaires précédentes réside dans l’obligation d’assiduité et d’application, imposée nolens volens à chaque officier ou élève.

    26Dans les écoles militaires établies sous Louis XIV, Louvois avait été surpris de constater, en 1682, que, sur 475 élèves, il n’y en avait que 63 qui participaient effectivement aux cours de mathématiques, nombre qui avait encore baissé en 1685 (4 sur 400), parce que les cadets affirmaient « qu’on leur laissait la liberté d’étudier ou non20 ». Vallière et Camus Destouches en tirent les leçons et préviennent que, dans les écoles d’artillerie, « la discipline sera sévèrement observée ». La présence aux cours et la participation des élèves font l’objet d’un contrôle pointilleux. Chaque séance d’instruction est surveillée par un capitaine du bataillon, qui vérifie la présence et fait respecter la discipline. Il adresse chaque soir un compte rendu écrit au commandant de l’école pour rendre compte des absences, des retards et des éventuels incidents. Les manquements sont aussitôt sanctionnés par des jours d’arrêt21. La ponctualité est vérifiée grâce à la mise en place d’une pendule dans la salle de mathématiques qui indiquera le début et la fin de chaque leçon. Un silence absolu doit être respecté pendant les cours. Il est prescrit de demeurer dans la position assise, les élèves ne devant « jamais être debout sous quelque prétexte que ce soit ». De plus, il est interdit aux élèves de « se lever de soi-même pour aller au tableau » ; ils doivent attendre d’y être invités nommément par le professeur.

    27Il s’agit là d’un mécanisme délibéré de disciplinarisation des officiers de l’artillerie, visant à leur inculquer de force une culture du service, ce qui vient contrarier leur habitus de nobles querelleurs, vaniteux et indisciplinés22. C’est indéniablement un des ressorts majeurs du processus de professionnalisation des artilleurs.

    28Mais le contrôle va plus loin que la discipline formelle. Il porte également sur l’assimilation des connaissances théoriques. À l’occasion de chaque séance, le professeur procède systématiquement à des interrogations orales, sous l’œil attentif du capitaine présidant la salle. Puis viennent des « examens particuliers », organisés dès que le professeur a achevé de traiter une partie du cours. Enfin, l’instruction du 5 février 1720 prévoit des examens semestriels qui ont pour but de constater « l’application, le travail, le succès et le talent de chacun23 ». C’est le professeur de mathématiques qui examine solennellement chaque élève, en présence du commandant de l’école et du chef du bataillon, voire de Vallière et Camus Destouches qui assistent personnellement à ces examens lors de leurs tournées d’inspection. Voyons la description qu’en fait Bélidor :

    « Il se fait un examen tous les six mois par le professeur des mathématiques, en présence des commandants de l’artillerie et du bataillon, où les officiers sont interrogés les uns après les autres sur toutes les parties du cours de mathématiques, dont ils démontrent les propositions qui leurs sont demandées ; et après qu’ils ont satisfait à l’examen, le professeur dicte publiquement l’apostille de celui qui a été examiné. [Le résultat de l’examen] est ensuite envoyé à la Cour, qui a par ces moyens une connoissance exacte des progrès de chacun.24 »

    29Plus remarquable encore pour l’époque, ce ne sont pas des examens « à blanc » : ils déterminent directement la carrière des artilleurs. Pour être promu capitaine en second puis capitaine en premier, tout lieutenant « subira l’examen avant de pouvoir être reçu25 ». Dans le monde militaire, où l’avancement résulte traditionnellement de la faveur et de la vénalité, il s’agit probablement d’une des premières occurrences de promotion par le talent scolaire.

    L’école de pratique

    30Au contraire de l’école de théorie consacrée principalement aux officiers, l’école de pratique a pour objectif d’instruire, ensemble, toutes les catégories du personnel de l’artillerie. Pour être efficace, cette instruction cherche à être la plus réaliste possible. Vallière et Camus Destouches considèrent en effet que l’école de pratique doit être une reproduction la plus fidèle possible de l’activité de l’artillerie au combat. « Il convient que le service s’y fasse comme il se fait en campagne ou à un siège26 ». Selon leurs propres termes, l’exercice doit être une « image de guerre ».

    31L’école de pratique a donc lieu trois fois par semaine, les jours où il n’y a pas école de théorie. Ces matin-là, le bataillon se met sur le pied de guerre et rejoint avec armes et bagages le « polygone », autrement dit le terrain d’entraînement spécialement créé pour chaque école à proximité de la garnison. Sur ce polygone, on trouve un champ de tir pour les canons et également la reconstitution grandeur nature d’une forteresse, ou plutôt d’une fraction de forteresse, avec deux bastions encadrant une courtine27.

    32Sur ce terrain d’exercice grandeur nature, qui, à Strasbourg, s’étend sur près de 120 hectares, l’entraînement consiste pour le bataillon à simuler un véritable siège, un peu à la manière d’une pièce de théâtre. Il s’agit pour chaque catégorie d’artilleur (commissaires et officiers, chacun selon leur grade, canonniers, bombardiers, sapeurs, mineurs et ouvriers) de jouer avec réalisme le rôle qui serait le sien lors de l’attaque d’une place forte et de mettre en pratique tous ses savoir-faire techniques et tactiques. Les officiers conçoivent la manœuvre, organisent le parc d’artillerie, commandent les batteries et coordonnent la gestion des munitions. Les canonniers mettent effectivement en œuvre les vingt-huit canons installés à demeure sur le polygone et tirent à boulets réels sur des cibles. Les sapeurs creusent réellement les tranchées d’approche et les parallèles en direction de la simili forteresse assiégée. Les mineurs percent une galerie jusque sous cette forteresse, puis ils creusent un fourneau de mine qu’ils bourrent de centaines de kilos de poudre noire : en explosant, cela provoque l’écroulement de la muraille sus-jacente, ce qui constitue en général l’apothéose de l’exercice. À force de répétitions hyperréalistes (trois fois par semaine), chacun, officier et soldat, devient un véritable expert dans sa propre spécialité.

    33Mais l’ambition de Vallière et Camus Destouches va encore plus loin : au cours de l’école de pratique, chaque officier doit passer successivement à tous les postes susceptibles d’être tenus par un officier à la guerre, de façon à devenir polyvalent dans les quatre métiers de l’officier d’artillerie, à savoir le tir au canon, le tir au mortier, le travail des sapeurs et celui des mineurs. L’exigence est la même pour les soldats qui devront eux aussi devenir capables, en plus de leur spécialité, de remplacer au pied levé un camarade canonnier, mineur ou sapeur28. Et, pour s’assurer de l’assimilation de l’ensemble de ces savoir-faire, Vallière et Camus Destouches instituent des examens qui conditionneront leur avancement au grade supérieur. Aucun sous-lieutenant, lieutenant ou capitaine en second ne pourra être promu au grade supérieur avant d’être :

    « Capable de commander toutes les écoles et, dans tous les sièges, de conduire tous les différents ouvrages ou attaques qui seront ordonnés ; et pour cet effet, il subira l’examen avant de pouvoir être reçu.29 »

    34Par ailleurs, le fait que l’école et le bataillon soient situés à proximité immédiate de l’arsenal d’artillerie permet aux jeunes officiers des bataillons d’observer les fondeurs, les forgeurs, les charrons et les ouvriers d’État qui travaillent à la fabrication des canons, de la poudre, des munitions, des affûts, etc. Le but n’est pas d’en faire des experts dans ces domaines, mais de les faire accéder à une compréhension générale du « système artillerie », ce qui leur permettra de commander leurs soldats en connaissance de cause et d’en tirer le meilleur parti.

     

    35En créant les écoles d’artillerie en 1720, Vallière et Camus Destouches avaient pour ambition « d’extirper [de l’artillerie] les abus qu’une longue négligence y avait introduits et qui en énervoient, pour ainsi dire, toute la vigueur30 » ; il fallait rendre l’artillerie plus efficace en la rendant réellement professionnelle. Y sont-ils parvenus ? Pour apprécier le degré de réussite de leur projet, confrontons-le aux critères de la professionnalisation proposés au début de cet article.

    36L’artillerie de Louis XV dispose effectivement d’un personnel permanent qui lui est affecté à plein-temps. C’était déjà plus ou moins le cas depuis la militarisation des artilleurs engagée à partir de 1679 ; mais, sous Louis XIV, ces militaires permanents n’étaient pas formés aux métiers de l’artillerie. Désormais chacun d’eux est obligatoirement instruit dans sa spécialité, puisque les cinq écoles dispensent une formation théorique standardisée, adaptée à chaque catégorie de personnel. Cet enseignement fait l’objet d’un contrôle pointilleux. Parallèlement, une formation pratique intensive et spécialisée est dispensée régulièrement à toutes les catégories d’artilleurs, sur le polygone créé spécialement à cet effet.

    37L’ensemble de cette instruction théorique et pratique est sanctionné, pour les officiers comme pour les soldats, par des examens réguliers qui permettent de juger de l’application des élèves et des compétences acquises. C’est au point que l’école d’artillerie « devient une sorte d’appareil d’examen ininterrompu qui double sur toute sa longueur l’opération d’enseignement31 ». Ces examens qui conditionnent l’avancement au grade supérieur peuvent être considérés comme des « barrières à l’entrée » dans la profession, mais ils concrétisent également l’amorce d’une promotion par le mérite et le talent, qui viennent remplacer la faveur et la vénalité qui ont toujours cours dans l’infanterie et la cavalerie.

    38Les écoles d’artillerie ont donc indéniablement contribué, et de façon décisive, à la professionnalisation des artilleurs. Cette expérience a d’ailleurs été féconde puisqu’elle a directement inspiré l’École de Mézières (créée en 1749) et l’École royale de la marine (1773-1775), qui contribuent respectivement à la professionnalisation du génie et de la marine. Plus largement, les écoles de l’artillerie ont constitué une étape majeure dans le processus que Michel Foucault décrit comme « l’âge des inspections et des manœuvres indéfiniment répétées à l’armée » qui, selon lui, a « marqué le développement d’un immense savoir tactique qui a pris son effet à l’époque des guerres napoléoniennes32 ».

    Bibliographie

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    Format

    Foucault. (1993). Surveiller et punir. Gallimard. https://doi.org/10.14375/np.9782070729685
    Foucault. Surveiller Et Punir. []. Gallimard, 1993. doi:10.14375/np.9782070729685.
    Foucault. Surveiller Et Punir. [], Gallimard, 1993. Crossref, https://doi.org/10.14375/np.9782070729685.

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    Anderson Matthew, War and Society in Europe of the Old Regime (1618-1789), Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1998.

    Arteus Gunnar, « Un modèle expérimental pour l’étude de la professionnalisation des militaires », dans Corvisier André, Le soldat, la stratégie, la mort, Paris, Economica, 1989, p. 183-191.

    Augoyat Antoine, Traité des sièges et de l’attaque des places par le maréchal de Vauban, Paris, Anselin, 1829.

    Belhoste Bruno, La formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la révolution au Second Empire, Paris, Belin, 2003.

    Bélidor Bernard Forest de, Nouveau cours de mathématique à l’usage de l’artillerie et du génie, Paris, Chez Nyon, 1725, préface non paginée.

    Briquet Pierre de, Code militaire ou compilation des ordonnances des Rois de France concernant les gens de guerre, Paris, Prault père, 1761, t. I.

    Foucault Michel, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.

    10.14375/NP.9782070729685 :

    Grandjean de Fouchy Jean-Paul, « Éloge de Monsieur de Vallière », dans Histoire de l’Académie royale des sciences, Paris, Du Pont, 1759, p. 249-258.

    Herttenstein Jean Henri, Cahiers de mathématique à l’usage de Messieurs les officiers de l’école royale d’artillerie de Strasbourg, Strasbourg, Jean-Renauld Doulssecker le Père, 1737.

    Howard Michael, La guerre dans l’histoire de l’Occident, Paris, Fayard, 1988.

    Lacoarret Marie et Ter-Menassian Anahide, « Les universités », dans Taton René (dir.), Enseignement et diffusion des sciences en France au xviie siècle, Paris, Hermann, 1964.

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    Naulet Frédéric, Les écoles d’artillerie françaises au xviie siècle, mémoire de maîtrise d’histoire, Paris, Université de Paris-Sorbonne, 1990, 2 vol.

    Naulet Frédéric, L’artillerie française (1665-1765) : naissance d’une arme, Paris, Economica, 2002.

    Vergé-Franceschi Michel, Marine et éducation sous l’Ancien Régime, Paris, Éditions du CNRS, 1991.

    Notes de bas de page

    1 F. Naulet, L’artillerie française (1665-1765), p. 320 : évolution du nombre de canons en France de 1668 à 1765.

    2 Pour se faire une bonne idée du volume et de la variété du matériel de guerre fabriqué et géré par l’artillerie royale, voir BnF, Cinq Cents de Colbert, ms 211, « Estat général présenté au Roy par le marquis de Rosny, grand maistre de l’artillerie de France ».

    3 Seule la marine royale de Colbert, avec ses navires, ses armes et approvisionnements, constituera un capital mobilier supérieur à celui de l’artillerie.

    4 Bibliothèque municipale de Toulouse, ms 519 (II, 17), « Inventaire général des pièces d’artillerie, pouldres, boulletz, armes et autres munitions de guerre, qui sont ès arcenaulx, magazins, villes, chasteaux et citadelles de ce royaume », 1610. Pour les dépenses de l’artillerie sous Henri IV, voir BnF, Nouvelles acquisitions françaises 24840, « Estat de la recepte et despence faicte par le trésorier général de l’artillerie » pour les années 1600 à 1607. Pour le « budget » du royaume, voir J. R. Malet, Comptes rendus de l’administration des finances du royaume de France sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, passim.

    5 Mémoire sur l’artillerie par le maréchal de Vauban, dans A. Augoyat, Traité des sièges et de l’attaque des places…, p. 275.

    6 Jean Florent de Vallière (1667-1759). Commissaire extraordinaire d’artillerie en 1688, il est lieutenant général en 1734, après avoir participé à soixante sièges et dix batailles des guerres de Louis XIV et Louis XV. Nommé inspecteur général (1720), puis directeur général de l’artillerie (1726), il impose la normalisation des pièces d’artillerie en 1732, plus connue sous l’appellation de « système Vallière ». Il est membre de l’Académie des sciences en 1731.

    7 Louis Camus Destouches (1667-1726). Commissaire extraordinaire en 1691 et maréchal de camp en 1716, il est directeur général des écoles d’artillerie de 1720 à 1726.

    8 Voir par exemple M. S. Anderson, War and Society in Europe of the Old Regime, p. 24 : « It had become quite clear long before the beginning of the seventeenth century that the future belonged to paid, full-time, centrally controlled professional armies ».

    9 G. Arteus, « Un modèle expérimental pour l’étude de la professionnalisation des militaires », p. 188-189.

    10 Voir F. Naulet, Les écoles d’artillerie françaises au xviiie siècle.

    11 Instruction pour les Écoles des cinq bataillons du régiment Royal-Artillerie du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. 1, p. 90.

    12 Service historique de la défense (SHD), carton GR Xd 254, « Examen des officiers d’artillerie et de ceux du bataillon de Certemont depuis le commencement de l’École », fol. 4-6.

    13 Instruction du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 90.

    14 F. Naulet, Les écoles d’artillerie françaises au xviiie siècle, vol. 1, p. 71-72.

    15 B. Forest de Bélidor, Nouveau cours de mathématique à l’usage de l’artillerie et du génie. Bernard Forest de Bélidor (1693-1761), encore tout jeune commissaire d’artillerie, collabore aux travaux de Cassini et de La Hire sur la méridienne de Paris (1718). Nommé professeur à l’École d’artillerie de La Fère en 1720, il y enseigne jusqu’en 1741. Il est membre des académies des sciences de Paris (1756), Berlin et Londres.

    16 J. H. Herttenstein, Cahiers de mathématique à l’usage de Messieurs les officiers de l’école royale d’artillerie de Strasbourg.

    17 À titre de comparaison, les professeurs de philosophie des collèges de l’université de Paris gagnent 1 000 l.t. par an ; au collège de Louis-le-Grand, les professeurs de philosophie et de mathématiques touchent un traitement annuel de 2 400 l.t., auquel viennent s’ajouter des prestations en nature ; voir M. Lacoarret, et A. Ter-Minassian, « Les universités », p. 135.

    18 B. Belhoste, La formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la révolution au Second Empire, p. 275.

    19 SHD, fonds Artillerie, carton 2 W 47, lettre de Dupas, commandant l’École de Strasbourg, au Grand Maître, datée de Strasbourg le 6 septembre 1749.

    20 SHD, série A 1, vol. 787, lettre de Louvois à M. de Refuge, commandant de la compagnie de cadets-gentilshommes de Charlemont, du 23 juillet 1685.

    21 SHD, fonds Artillerie, carton 2 W 18, Supplément à l’instruction de 1720 sur l’instruction dans les écoles.

    22 M. Howard, La guerre dans l’histoire de l’Occident, p. 63.

    23 SHD, carton 1 W 6, projet annoté de l’ordonnance du 22 mai 1722.

    24 B. Forest de Bélidor, Nouveau cours de mathématique, 1725, p. xii.

    25 P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 60.

    26 SHD, fonds Artillerie, carton 1 W 28, « Supplément à l’instruction de 1720 sur l’instruction dans les écoles », fol. 2 vo.

    27 Voir par exemple le plan du polygone de Strasbourg, SHD, Mémoires et reconnaissances, 1 M 1744.

    28 Instruction du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 88.

    29 P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 60.

    30 J. P. Grandjean de Fouchy, « Éloge de Monsieur de Vallière », p. 253.

    31 M. Foucault, Surveiller et punir, p. 218.

    32 Ibid., p. 219.

    Auteur

    • Hugues Weber

      Doctorant en histoire moderne, Université de Strasbourg

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    1 F. Naulet, L’artillerie française (1665-1765), p. 320 : évolution du nombre de canons en France de 1668 à 1765.

    2 Pour se faire une bonne idée du volume et de la variété du matériel de guerre fabriqué et géré par l’artillerie royale, voir BnF, Cinq Cents de Colbert, ms 211, « Estat général présenté au Roy par le marquis de Rosny, grand maistre de l’artillerie de France ».

    3 Seule la marine royale de Colbert, avec ses navires, ses armes et approvisionnements, constituera un capital mobilier supérieur à celui de l’artillerie.

    4 Bibliothèque municipale de Toulouse, ms 519 (II, 17), « Inventaire général des pièces d’artillerie, pouldres, boulletz, armes et autres munitions de guerre, qui sont ès arcenaulx, magazins, villes, chasteaux et citadelles de ce royaume », 1610. Pour les dépenses de l’artillerie sous Henri IV, voir BnF, Nouvelles acquisitions françaises 24840, « Estat de la recepte et despence faicte par le trésorier général de l’artillerie » pour les années 1600 à 1607. Pour le « budget » du royaume, voir J. R. Malet, Comptes rendus de l’administration des finances du royaume de France sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, passim.

    5 Mémoire sur l’artillerie par le maréchal de Vauban, dans A. Augoyat, Traité des sièges et de l’attaque des places…, p. 275.

    6 Jean Florent de Vallière (1667-1759). Commissaire extraordinaire d’artillerie en 1688, il est lieutenant général en 1734, après avoir participé à soixante sièges et dix batailles des guerres de Louis XIV et Louis XV. Nommé inspecteur général (1720), puis directeur général de l’artillerie (1726), il impose la normalisation des pièces d’artillerie en 1732, plus connue sous l’appellation de « système Vallière ». Il est membre de l’Académie des sciences en 1731.

    7 Louis Camus Destouches (1667-1726). Commissaire extraordinaire en 1691 et maréchal de camp en 1716, il est directeur général des écoles d’artillerie de 1720 à 1726.

    8 Voir par exemple M. S. Anderson, War and Society in Europe of the Old Regime, p. 24 : « It had become quite clear long before the beginning of the seventeenth century that the future belonged to paid, full-time, centrally controlled professional armies ».

    9 G. Arteus, « Un modèle expérimental pour l’étude de la professionnalisation des militaires », p. 188-189.

    10 Voir F. Naulet, Les écoles d’artillerie françaises au xviiie siècle.

    11 Instruction pour les Écoles des cinq bataillons du régiment Royal-Artillerie du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. 1, p. 90.

    12 Service historique de la défense (SHD), carton GR Xd 254, « Examen des officiers d’artillerie et de ceux du bataillon de Certemont depuis le commencement de l’École », fol. 4-6.

    13 Instruction du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 90.

    14 F. Naulet, Les écoles d’artillerie françaises au xviiie siècle, vol. 1, p. 71-72.

    15 B. Forest de Bélidor, Nouveau cours de mathématique à l’usage de l’artillerie et du génie. Bernard Forest de Bélidor (1693-1761), encore tout jeune commissaire d’artillerie, collabore aux travaux de Cassini et de La Hire sur la méridienne de Paris (1718). Nommé professeur à l’École d’artillerie de La Fère en 1720, il y enseigne jusqu’en 1741. Il est membre des académies des sciences de Paris (1756), Berlin et Londres.

    16 J. H. Herttenstein, Cahiers de mathématique à l’usage de Messieurs les officiers de l’école royale d’artillerie de Strasbourg.

    17 À titre de comparaison, les professeurs de philosophie des collèges de l’université de Paris gagnent 1 000 l.t. par an ; au collège de Louis-le-Grand, les professeurs de philosophie et de mathématiques touchent un traitement annuel de 2 400 l.t., auquel viennent s’ajouter des prestations en nature ; voir M. Lacoarret, et A. Ter-Minassian, « Les universités », p. 135.

    18 B. Belhoste, La formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la révolution au Second Empire, p. 275.

    19 SHD, fonds Artillerie, carton 2 W 47, lettre de Dupas, commandant l’École de Strasbourg, au Grand Maître, datée de Strasbourg le 6 septembre 1749.

    20 SHD, série A 1, vol. 787, lettre de Louvois à M. de Refuge, commandant de la compagnie de cadets-gentilshommes de Charlemont, du 23 juillet 1685.

    21 SHD, fonds Artillerie, carton 2 W 18, Supplément à l’instruction de 1720 sur l’instruction dans les écoles.

    22 M. Howard, La guerre dans l’histoire de l’Occident, p. 63.

    23 SHD, carton 1 W 6, projet annoté de l’ordonnance du 22 mai 1722.

    24 B. Forest de Bélidor, Nouveau cours de mathématique, 1725, p. xii.

    25 P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 60.

    26 SHD, fonds Artillerie, carton 1 W 28, « Supplément à l’instruction de 1720 sur l’instruction dans les écoles », fol. 2 vo.

    27 Voir par exemple le plan du polygone de Strasbourg, SHD, Mémoires et reconnaissances, 1 M 1744.

    28 Instruction du 23 juin 1720, dans P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 88.

    29 P. de Briquet, Code militaire, t. I, p. 60.

    30 J. P. Grandjean de Fouchy, « Éloge de Monsieur de Vallière », p. 253.

    31 M. Foucault, Surveiller et punir, p. 218.

    32 Ibid., p. 219.

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    Weber, H. (2021). Les écoles d’artillerie en 1720 : une étape décisive de la professionnalisation des artilleurs français. In A. Le Goff & C. Demeulenaere-Douyère (éds.), Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.14552
    Weber, Hugues. « Les écoles d’artillerie en 1720 : une étape décisive de la professionnalisation des artilleurs français ». In Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs, édité par Armelle Le Goff et Christiane Demeulenaere-Douyère. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021. doi:10.4000/books.cths.14552.
    Weber, Hugues. « Les écoles d’artillerie en 1720 : une étape décisive de la professionnalisation des artilleurs français ». Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs, édité par Armelle Le Goff et Christiane Demeulenaere-Douyère, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021, https://doi.org/10.4000/books.cths.14552.

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    Le Goff, A., & Demeulenaere-Douyère, C. (éds.). (2021). Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques. https://doi.org/10.4000/books.cths.14472
    Le Goff, Armelle, et Christiane Demeulenaere-Douyère, éd. Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs. Paris: Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021. doi:10.4000/books.cths.14472.
    Le Goff, Armelle, et Christiane Demeulenaere-Douyère, éditeurs. Enseignants et enseignements au cœur de la transmission des savoirs. Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021, https://doi.org/10.4000/books.cths.14472.
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