« Une aventure si estrange, / Ains tele n’avint em Bertaigne » : la Matière de Bretagne et ses rapports avec l’Irlande
p. 269-283
Texte intégral
1Je tente ici de fusionner deux lignes d’enquête. La première, c’est cette fameuse chasse aux sources celtiques, que tout le monde connaît grâce à Roger Sherman Loomis, Jean Marx, Jean-Claude Lozac’hmeur, et tant d’autres, en commençant peut-être par le célèbre auteur du Barzaz-Breiz, Théodore Hersart de La Villemarqué, jusqu’à l’impressionnant ouvrage du celtisant John Carey, L’Irlande et le Graal1. Keith Busby nous rappelle que « les régions limitrophes celtiques ont toujours été considérées comme des pays quelque peu sauvages, mystérieux, pleins de merveilles, et comme une source importante de récits et de contes2 ». On a voulu montrer au-delà de toute conteste que le génie des grands auteurs, Marie de France et Chrétien de Troyes, repose sur un fondement de matière celte. En reprenant cette matière à leur façon, ils l’ont mêlée à d’autres influences, plus méditerranéennes. Par exemple, le roman d’Erec et Enide représente la molt bele conjointure d’un conte gallois et des Noces de Mercure et de Philologie de Martianus Capella, comme l’a démontré Karl D. Uitti3. Laurence Harf-Lancner a indiqué comment le personnage de la fée émerge d’une synthèse des Parques antiques et des habitants de l’Autre Monde chez les Celtes4. J’ai moi-même étudié le lai de Yonec en tirant une conclusion semblable5. C’est ainsi en donnant un nouveau sens à la matière ancienne reçue des Celtes que Marie et Chrétien ont participé à la création de nouveaux genres : le lai breton et le roman arthurien.
2Comment – c’est-à-dire par quels moyens et par quels intermédiaires ? – ont-ils pu accéder à cette matière ? Serait-ce grâce aux moines irlandais, « gardiens de la culture populaire » selon Busby, « qui se sont établis en Angleterre, en Pays de Galles, et sur le continent, surtout en Allemagne » depuis l’époque carolingienne ?6 N’oublions pas que le premier roman en français, au sens technique, ne raconte pas les exploits des chevaliers d’Arthur, mais le voyage transatlantique du saint irlandais, Brandan7, et que Marie de France nous a conté le Purgatoire de Saint Patrice8. Ou bien serait-ce grâce à des interprètes gallois au service des Anglo-Normands, comme le croyait Constance Bullock-Davies ?9 Ou encore à des conteurs itinérants, gallois ou bretons, dont le célèbre Bréri ou Bleddri ap Cadifor qui, selon Pierre Gallais10, aurait rendu visite au comte de Poitou et lui aurait laissé, selon John Carey, l’histoire du Graal, enfin transmise à Chrétien par le livre de Philippe de Flandre ? Tout cela reste plutôt mystérieux et complexe. Du moins il est peu probable qu’un seul moyen de transmission puisse expliquer la diffusion de la matière celtique. Tout le monde connaît l’énigme, et je ne me propose pas de la résoudre ici ; inutile de m’attarder là-dessus.
3La deuxième ligne d’enquête qui m’intéresse, c’est la postérité de Marie de France et de Chrétien de Troyes, et l’évolution du lai breton et du roman arthurien, surtout au treizième siècle : les suites, les continuations, les imitations, les pastiches, les réactions positives ou négatives à l’œuvre du maître. On doit à Beate Schmolke-Hasselmann d’importants travaux à ce sujet11, ainsi que plus récemment à Matilda Bruckner dans son livre Chrétien Continued12. Ce qui me frappe personnellement, c’est le très peu d’intérêt que l’on prête à l’influence celtique dans les investigations de ce genre. C’est comme si l’on n’avait plus besoin d’y penser. Pour comprendre le problème, on n’a qu’à se souvenir de la métaphore si chère à Bernard de Chartres, celle des Modernes perchés comme des nains sur les épaules des Anciens. Marie et Chrétien se dressent sur les épaules des « anciens » Bretons, et leurs successeurs du treizième siècle s’installent sur leurs épaules à eux – quand on passe de A à B, et de B à C, pourquoi considérer le rapport de A à C ?
4C’est parce que A représente tout un monde. La diffusion de la matière celte n’a pas eu l’obligeance de s’arrêter net à la mort de Chrétien. Loomis par exemple a recueilli plusieurs détails d’origine celtique dans les Continuations en prose du Perceval ; on a tendance à concevoir ces détails comme des restes inutilisés de la matière que Chrétien avait sous la main13. Mais il me paraîtrait beaucoup plus logique de penser que le contact entre la culture francophone et les pays celtes se soit progressivement approfondi au cours du treizième siècle, donnant accès à des récits auparavant inconnus des écrivains français.
5Rappelons-nous que le mot Celte n’existait pas en ancien français. Il n’a survécu à l’Antiquité que chez les Byzantins, qui l’ont employé de temps en temps pour désigner les croisés occidentaux. Marie de France appelait « Bretons » les compositeurs des lais desquels elle s’est inspirée pour ses poèmes. Ces Bretons étaient-ils armoricains ou insulaires ? Difficile à savoir. Sans doute les deux ! Mais dans le lai d’Espine (v. 177), c’est un Irois (un Irlandais) qui chante des lais à la cour bretonne. La signification de ce fait n’est pas totalement claire, mais il semblerait que ce détail reflète un changement de perspective. La Bretagne, jadis une terre de merveilles, est devenue le royaume d’Arthur, et le royaume d’Arthur est devenu le royaume d’Angleterre. Le lai de Tyolet, vv. 3-4, précise ainsi : « en Bretagne, qui de nos jours s’appelle Angleterre… ». Il faut penser au royaume féerique de Muldumarec, le père de Yonec, qui fusionne avec le monde humain à la fin du lai. Cette terre bretonne ne faisant plus partie de l’Autre Monde, où est désormais la source des merveilles ?
6Le rôle des Anglo-/Cambro-/Hiberno-Normands est d’une importance capitale. Ils s’étaient « intégrés très tôt dans les pays qu’ils avaient conquis », adoptant leurs légendes et certaines de leurs coutumes, à tel point qu’on disait que les Normands en Irlande étaient devenus plus irlandais que les Irlandais eux-mêmes, « hiberniores hibernis ipsis »14. La conquête de l’Irlande a transformé la géographie arthurienne, en faisant reculer la « frange » celtique bien au-delà de la Bretagne, et en offrant de nouveaux itinéraires aux chevaliers de la Table Ronde. Même si les romans arthuriens – surtout les romans arthuriens en vers – sont censés être plus divertissants qu’autre chose, ils tiennent compte de certains a priori et divertissent leur public d’une manière précise, ce qui peut avoir une certaine valeur historique.
7Le cas de Melion est assez révélateur en soi et me servira d’exemple15. Il s’agit d’un lai anonyme, composé sans doute vers la fin du douzième siècle ou au début du treizième. C’est une réécriture du conte de loup-garou déjà attesté dans Bisclavret de Marie de France. Selon William Sayers, l’étymologie du nom Bisclavret serait bleiz claffret/klañvret : « loup atteint d’un maladie, voire de la lèpre »16, ce qui indiquerait une source en langue bretonne, comme le mot Laüstic dans le lai du rossignol, et comme Marie de France elle-même semblerait l’affirmer. Cela est assez plausible d’ailleurs, comme nous l’indiquent les recherches de Léon Fleuriot, Donatien Laurent, Gwénaël Le Duc, et d’autres spécialistes de la gwerz et de la matière bretonne17. Bisclavret est donc le fruit d’un premier contact avec les traditions des Celtes, voire spécifiquement des Bretons armoricains et britanniques.
8L’intrigue du lai de Melion est essentiellement pareille à celle de Bisclavret, mais il y a quelques différences significatives, dont le contexte arthurien qui témoigne, comme le récit d’Arthur et Gorlagon, d’une « arthurianisation » du conte de loup-garou18.
9Melion est un jeune chevalier de la cour du roi Arthur. Il est trahi par sa femme, la fille du roi d’Irlande, qui le transforme en loup par sa propre magie (une bague magique avec des pierres de différentes couleurs) et retourne immédiatement chez son père à Dublin. Sous forme de loup, Melion la suit jusqu’en Irlande. Il s’attaque au bétail, mais le roi d’Irlande ne s’en soucie guère. Alors Melion se lance dans le recrutement. Il réussit à persuader une dizaine d’autres loups de le suivre dans « sa guerre » contre le roi et sa fille ; à l’instigation de Melion, les loups s’attaquent à la paysannerie irlandaise, tuant hommes et femmes. Le roi réussit finalement à les prendre au piège et à les tuer tous, hormis Melion lui-même qui passe à travers les mailles du filet. Sans ses compagnons, Melion devient inconsolable. Mais tout à coup, le roi Arthur débarque en Irlande, venu négocier un accord avec le roi irlandais pour combattre les Romains. Melion gagne la faveur d’Arthur et crée une telle scène à la cour irlandaise qu’Arthur commence à poser des questions, et la traîtrise de la princesse est dévoilée. Melion, retransformé en homme par la magie de la bague, rentre seul chez lui en Grande-Bretagne.
10Le pacte entre Melion et les loups d’Irlande est sans précédent dans les contes de loup-garou médiévaux, français ou autres19. Pourquoi Melion agit-il de la sorte, étant donné que son précurseur, Bisclavret, ne fait rien de pareil ? Il doit y avoir une explication que je me propose d’exposer.
11Il existe une métaphore indo-européenne selon laquelle un hors-la-loi serait un loup, ou même un loup-garou20. On retrouve cette métaphore dans une loi du roi Cnut d’Angleterre qui a survécu à la Conquête normande : un texte juridique anglo-normand du treizième siècle précise qu’un hors-la-loi doit être « considéré comme un loup, et on l’appellera Wolf’s-head (Tête-de-loup), parce qu’un loup est une bête haïe par tout le monde ; et dès lors n’importe qui aura le droit de le tuer et de recevoir la prime due pour un loup »21. En général, et surtout dans la tradition germanique, cette métaphore ne s’applique qu’à des individus. Par contre, dans les anciennes sagas irlandaises, elle s’applique surtout à des groupes de jeunes guerriers pratiquant díberg, le brigandage. Selon le texte vieil-irlandais Tecosa Cormaic : « Les Instructions de Cormac », le roi légendaire Cormac mac Airt raconte sa jeunesse en ces termes :
« Quand je me trouvais seul, je suivais une piste, je chassais le sanglier ; quand je faisais partie d’un groupe de cinq, j’allais à l’encontre d’un groupe de cinq ; quand je faisais partie d’un groupe de dix, je dévastais le pays ; quand je faisais partie d’un groupe de vingt, je pillais et je ravageais ; quand je faisais partie d’un groupe de cent, j’étais prêt à faire la guerre22 ».
12Ces groupes de jeunes brigands, d’une taille comparable à la meute de Melion, s’appelaient des fían. Les fían devaient leur existence au fait que, selon les lois traditionnelles du pays, un jeune Irlandais ne pouvait pas jouir du statut légal d’un adulte, ni posséder sa propre terre, alors que son père était toujours en vie. Alors en attendant, il allait souvent intégrer un fían. Tecosca Cormaic précise clairement : « chacun sera guerrier dans un fían jusqu’à ce qu’il reçoive son héritage ». Ce qui fait penser à la situation des jeunes chevaliers français – les iuvenes – ainsi que Georges Duby la décrit dans un fameux article : « Telle est la jeunesse aristocratique dans la France du XIIe siècle : une meute lâchée par les maisons nobles pour soulager le trop-plein de leur puissance expansive, à la conquête de la gloire, du profit, et des proies féminines »23.
13Les membres d’un fían sont souvent associés aux loups. Ils portent des noms comme Fáelán « Petit Loup » ou Cú Díbergae « Chien de rapine »24. Dans Togail Bruidne Da Derga, la fameuse histoire du roi Conaire Mór, une bande de brigands commence à piller son royaume, et selon le texte ils sont oc faelad, « en train de se conduire comme des loups ». C’est justement cette métaphore qui explique la conduite du loup-garou Melion. Cependant, la métaphore est inversée : il ne s’agit plus d’une bande de jeunes guerriers irlandais qui ressemblent à des loups, mais d’une bande de loups qui se conduit comme des jeunes guerriers irlandais. N’oublions pas que l’action du lai se déroule en Irlande. Je suggère tout simplement que ce n’est pas par hasard.
14Bien sûr, la meute de Melion n’a pas le statut officiel d’un fían. C’est plutôt un groupe ad-hoc. Mais voilà justement le type de groupe que l’on trouve dans un autre texte irlandais, Acallam na Senórach, une longue série d’histoires qui se rattachent au guerrier légendaire Finn mac Cumaill (Finn Mac Cool)25. Saint Patrice rencontre un jeune homme, Fulartach, qui lui fait comprendre qu’il aurait dû hériter d’un royaume important, mais que son frère Bécán a usurpé sa place. Fulartach a donc réuni une bande de jeunes guerriers pour lancer des raids contre Bécán. Apparemment, quand on a un grief contre un roi irlandais, tel est l’usage. Et justement, Patrice, quoique saint, ne condamne pas la conduite de Fulartach ; il s’engage à rectifier l’injustice. C’est tout pareil au cas de Melion : Melion a un grief contre le roi de Dublin (à cause de sa fille), il rassemble une bande de jeunes (de vrais jeunes loups, en l’occurrence), et la situation est enfin rectifiée par la visite d’un personnage encore plus puissant que le roi irlandais – le roi Arthur.
15La transformation de Bisclavret en Melion, si je peux m’exprimer en ces termes, s’explique par une infusion de culture irlandaise.
16Ajoutons que vers le début du treizième siècle, il y a un assez grand nombre d’histoires de loups-garous irlandais en circulation. La plus célèbre est sûrement celle de la Topographia Hibernie de Giraud de Barri (Giraud le Cambrien)26. Un prêtre voyageant en Irlande rencontre deux loups ; l’un d’eux lui parle, et lui demande de donner l’extrême-onction à sa compagne ; le clerc retire la peau de la louve et voit apparaître les traits d’une vieille femme. Selon Giraud, les loups étaient membres d’une tribu maudite par un saint, mais certains spécialistes de nos jours ont tenté d’interpréter la femme-louve comme une image de l’Irlande soumise à la colonisation27. D’autres histoires du même genre, toujours situées en Irlande, ont circulé en Angleterre et même en Scandinavie28.
17Nous connaissons bien Saint Ronan, le patron de Locronan. Sa vie latine, la Vita Ronani, écrite au treizième siècle, vient selon Gaël Milin « auprès du lai de Bisclavret ou de Mélion, auprès d’Arthur et Gorlagon[…], grossir le corpus médieval, déjà ample, de contes de loup-garou »29. Certes, la mégère Kéban prétend que Ronan s’est transformé en loup pour dévorer une fillette, mais l’accusation est fausse. De plus, le saint parvient à ressusciter l’enfant. En quoi peut-on considérer sa Vie comme un conte de loup-garou ? C’est justement parce que Ronan est d’origine irlandaise, et que l’accusation faite contre lui paraîtrait crédible non pas (ou non seulement) à un roi Gradlon du sixième siècle, mais à un public du treizième. Cependant, l’hagiographe breton s’empresse de confirmer la sainteté de Ronan, et de renouer ainsi un lien de sympathie avec l’Irlande qui date de l’époque (avant 818) où les moines de Landévennec suivaient une règle irlandaise plutôt que celle de saint Benoît.
18Keith Busby a déjà expliqué comment l’Irlande joue un rôle qui est « essentiellement celui de berceau de contes » dans le Merlin de Robert de Boron, où Merlin transporte d’Irlande en Angleterre les pierres de Stonehenge sur lesquelles des textes sont gravés ; de même dans les Prophésies de Merlin, écrites par un prétendu « maistre Richart d’Irlande », où le roi Lac, le père d’Érec, est d’origine irlandaise30. John Carey a suggéré de manière tout à fait persuasive que la découverte de la tombe d’Arthur à Glastonbury se fonde sur un récit provenant du monastère irlandais de Clonmacnoise, qui raconte la découverte du tombeau d’un géant31. Toujours selon Busby, la fameuse liste trouvée dans le manuscrit Shrewsbury School ms. 7 – manifestement une liste de titres de lais bretons, puisqu’elle fait mention de plusieurs lais de Marie de France – « nous offre un aperçu de toute une littérature celto-normande perdue »32. On y trouve un Lai saint Brandan, un Rey Heremon, c’est-à-dire Éremón, fils de Míl d’Espagne, un roi légendaire qui aurait conquis l’Irlande, et Coscra, c’est-à-dire Cúscraid Menn Machae, le « balbutier de Macha », fils de Conchobar mac Nessa, le fameux roi d’Ulster. Sur ce point l’article de Keith Busby (« Merlin, Barnagoys, et les débuts du monde arthurien », cit.) est vraiment d’importance, mais je crois qu’on peut pousser l’analyse un peu plus loin dans certains cas.
19C’est surtout de Les Merveilles de Rigomer33 dont je voudrais parler. Busby l’appelle « le roman limitrophe par excellence ». C’est un des longs romans arthuriens en vers, écrit vers la fin du treizième siècle. Il raconte les exploits des chevaliers de la Table Ronde en Irlande. Le récit commence par l’arrivée d’une demoiselle irlandaise à la cour d’Arthur. Elle traite le roi Arthur et ses chevaliers de lâches et de fainéants et les défie de se confronter aux enchantements de Rigomer, une contrée d’Irlande où sa maîtresse, la dame Dionise, règne sans mari. Une fois de plus on voit que la Bretagne n’est plus la zone des aventures et des merveilles ; l’Irlande a pris le relais. Lancelot s’engage à suivre la demoiselle. Pour traverser la mer, il se rend en Cornouailles anglaise, un choix inattendu, voire insolite d’un point de vue historique, puisque les grands ports de commerce entre l’Irlande et la Grande-Bretagne à l’époque étaient Chester et Bristol. Lancelot ne choisit pas la Cornouailles à cause de sa proximité avec la cour d’Arthur ; il lui faut un mois pour y arriver. Il poursuit plutôt un trajet d’inspiration littéraire – inspirée par la légende de Tristan et Iseut qui a établi un lien profond entre la Cornouailles et Dublin. Lancelot suit la même route que Tristan.
20Aussi Lancelot arrive-t-il en Irlande, une « terre amère » recouverte de marécages et de forêts profondes. Mais il ne s’agit pas d’un Autre Monde féerique, ni d’un paysage apocalyptique ; la géographie irlandaise est assez fidèlement représentée, à part le royaume maléfique de Rigomer, qui se trouverait au sud-ouest, précisément là où les légendes irlandaises situent Teach Dhuinn, la maison des morts. Les régions principales, dont Breifne, Meath, Connacht, le nord et le sud du Munster, et la ville de Cork sont mentionnées avec précision.
21Là où des chefs irlandais détenaient encore le pouvoir au treizième siècle (les O’Rourke en Breifne, les O’Brien dans le nord du Munster), les chevaliers arthuriens ne font que rencontrer des brigands, des géants, des seigneurs belliqueux et sadiques, et des monstres de toutes sortes. Là où les ambitions colonialistes des Anglo-Normands prenaient le dessus (par exemple, en Meath, en Connacht, ou à Cork), Lancelot trouve le peuple généreux, courtois, accueillant34. L’allégorie politique devient très claire quand Lancelot rencontre le roi de Cork (vv. 4379-4686), qui lui raconte comment le roi Arthur l’aida à regagner son trône. Un public du treizième siècle penserait tout de suite au prince Diarmait Mac Murchada (MacMurrough) qui, en faisant appel à Henri II (associé à Arthur, comme dans Melion d’ailleurs), précipita la conquête de l’Irlande par Richard fitzGilbert de Clare, surnommé Strongbow, et ses compagnons, en 1167. Plus tard dans Rigomer (vv. 7443-7602), les chevaliers d’Arthur forceront les Irlandais à se soumettre et à faire la paix entre eux, ce qui fait preuve d’un paternalisme tout à fait semblable à celui des Anglo-Normands. Bref, ce récit est partiellement constitué de propagande.
22Mais il ne s’agit pas exclusivement de cela. Certaines aventures proviennent directement des sagas en vieil-irlandais ou du folklore des Celtes. Par exemple (vv. 3451-3618), pendant que Lancelot traverse une forêt épaisse et sombre – de nuit en plus – il aperçoit la lumière d’un feu à travers les arbres et se dirige vers elle. En fait, le feu appartient à une vieille monstrueuse – Lancelot a du mal à savoir si elle est « homme ou femme ou fée », une triple ambiguïté sans précédent : nous connaissons en effet bien l’ambiguïté homme-femme, et surtout femme-fée, mais il n’y a pas souvent confusion entre les trois. Leur conversation se poursuit en ces termes :
« Ves ci, » fait il, « un chevalier
Qui mestier a de herbergier,
Si me herbergiés anuit mais ! » […]
Cele respont : « Par mal afi !
Onques mais chevalier ne vi.
Ies tu armés ? » – « O jou, amie. »
« Dont ne te herbergerai mie,
Ains ai por toi et duel et ire.
Mil ans a que j’ai öi dire
Que li armé chevalier sunt
Les plus males coses del mont […]
Se jou t’avoie herbergié,
Le matin au prendre congié,
Sai jou bien, que tu m’ociroies,
Ja autre bien ne me feroies. »
« Suer, je me deshaubergerai. »
« Par foi ! dont te herbergerai, »
Dist ele, « puis que tu le veux. »
Dont primes a ouvert ses oex.
A ses mains qui ne sont pas bieles
Autresi con .ij. fenestreles
Leva ses paupieres amont
Desor son cief devant son front,
Et atacha a .ij. coustices
Con .ij. feniestres collëices ;
Car cornes avoit sor la tieste
Ausi comme sauvaige bieste.
La ou les coustices tenoient,
Qui les paupieres soustenoient,
.ij. grans crocés de fier forciés
Eut es paupieres aforciés.
La teste avoit grosse et chenue,
Devers le dos estoit bochue.
Le ventre devant ot plus gros
Que le grengnor caisne del bos.
Celui apiele bielement :
« Frere, » fait el’, « a moi entent !
Por ton cheval qui si fort tranble
Irai laiens en cele cambre.
Envoierai ça fors ma niece
Qui avoec toi ert une piece.
Sempres avras par grant dangier
Assés a boivre et a mangier. »
(vv. 3505-7, 3515-22, 3527-58)35.
23Ceux qui connaissent le texte moyen-gallois Culhwch et Olwen ou la saga irlandaise Cath Maige Tuired « La Bataille de Moytura » penseront immédiatement à Yspaddaden Bencawr, le père d’Olwen, et au terrible Balor, le grand-père du dieu Lug, qui partagent tous deux cette étrange façon de s’ouvrir les paupières. Mais le rapport avec la littérature celtique est bien plus profond. Dans la saga irlandaise L’Aventure des fils d’Echaid Mugmedón36, un groupe de jeunes princes doit partir en forêt pour apprendre qui sera l’héritier du royaume. Ils chassent ; ils mangent ; ils ont soif. L’un après l’autre ils partent à la recherche d’eau. L’un après l’autre ils trouvent une source, et à côté de la source il y a une vieille grotesque et répugnante. Elle fait l’objet d’une description tout à fait identique à celle que l’on retrouve dans Rigomer. Les jeunes princes lui demandent si c’est elle la gardienne de la source, et elle répond que oui ; elle est prête à leur donner de l’eau en échange d’un baiser. L’un après l’autre les princes font demi-tour pour annoncer à leurs compagnons qu’il n’ont pas trouvé d’eau. Mais le dernier, qui sera le grand roi Niall des Neuf Otages, accepte non seulement d’embrasser la vieille mais de coucher avec elle. Alors la vieille se transforme ; elle devient une jeune femme radieuse et souriante, et lui offre à boire. Elle explique au prince qu’elle est la Souveraineté du pays, et qu’elle a d’abord un aspect horrible parce qu’elle s’acquiert par la guerre et par le sang, mais qu’elle redevient belle dès que le roi légitime la détient. Niall sera donc roi en dépit de ses frères. Rigomer nous cache la transformation, mais c’est manifestement la même chose, moyennement altérée : Lancelot se désarme et fait sa soumission ; la vieille disparaît ; une jeune femme surgit et lui sert à boire et à manger.
24L’épisode n’a pas gardé tout son premier sens, puisque ce n’est pas Lancelot mais Gauvain qui obtiendra finalement la souveraineté de Rigomer. Mais il indique peut-être que Lancelot est sur la bonne piste.
25L’histoire de la vieille à la source est déjà reconnue comme antécédent du conte de la matrone de Bath et d’autres récits en moyen-anglais qui parlent de ce que l’on appelle « the loathly lady » (la dame hideuse). Mais l’épisode de Rigomer, bien plus clairement que le « Bel Inconnu » de Renaut de Bâgé, nous offre un intermédiaire entre la tradition littéraire irlandaise et la littérature en moyen-anglais – la preuve d’une continuité entre matière celte, matière française, et matière anglaise.
26Rigomer nous permet de voir pareille continuité dans un autre cas (vv. 7996-8436). Une femme est arrachée à son mari par un ouragan ; quand les chevaliers de la Table Ronde la retrouvent, elle est installée sur un trône à l’intérieur d’une colline, entourée par des musiciens féeriques. Elle a été « prise » par les habitants de l’autre monde.
27Marie-Thèrese Brouland a voulu connaître « Le substrat celtique du lai breton anglais ‘Sir Orfeo’ »37, où le mythe d’Orphée est assimilé à un épisode de ce genre ; voilà que Rigomer nous offre encore un intermédiaire entre la littérature vieil-irlandaise et le développement du lai breton en moyen-anglais. C’est très important puisque les romans arthuriens en vers sont peu attestés après le treizième siècle et c’est la tradition anglaise qui va prendre le relais et qui assurera la survie de ces thèmes38.
28Vers la fin du récit (vv. 13801-14763), Gauvain triomphe enfin des merveilles de Rigomer. Il doit se mesurer à un dragon (quoique Giraud de Barri nous dise qu’il ne peut pas y avoir de reptiles en Irlande à cause de saint Patrice), à une fée qui a capturé Lancelot en lui faisant perdre la mémoire, à un chevalier fantôme, etc., puis il doit triompher de l’aventure de l’épervier, manifestement héritée d’Erec et Enide. Mais ce n’est pas le dernier défi. Il doit aussi monter un cheval fougueux, une étape sans précédent dans la littérature arthurienne mais qui correspond sans doute au rituel de couronnement décrit par Giraud de Barri dans sa Topographie, où le nouveau roi doit s’accoupler avec une jument.
29Le motif de la femme qui représente la souveraineté de l’Irlande nous offre une clé pour comprendre la situation de Dionise, la dame de Rigomer, qui règne seule et sans mari, entourée d’enchantements maléfiques dont elle semble être la captive bien plus que la maîtresse. Keith Busby a déjà suggéré que le mariage de Fénice, reine d’Irlande, avec Durmart, le héros du roman Durmart le Gallois, représente « l’union […] des deux pays celtiques qui ont assuré ensemble la transmission de la matière de la légende arthurienne. Pour Durmart, le voyage en Irlande et son mariage à la reine constituent un retour à ses propres origines et à celles du roman arthurien »39. Quand Gauvain triomphe des merveilles de Rigomer et devient celui qui décidera du mariage de Dionise, c’est tout autre. Dans ce texte, les chevaliers de la Table Ronde sont associés aux Anglo-Normands plutôt qu’aux Celtes ; leur victoire fait rentrer l’Irlande dans les confins de leur empire. Ce n’est pas Gauvain lui-même qui épousera Dionise, bien entendu ; il ne s’agit pas d’une alliance d’égaux, comme dans Durmart, mais d’une domination colonialiste. À la fin du récit (vv. 15923 sqq.), le roi Arthur conçoit l’envie d’aller lui-même en quête d’aventure ; il s’en va dans une espèce de jungle, où il rencontre une panthère gigantesque qui crache du feu. La conquête de l’Irlande élargit encore les horizons de la matière de Bretagne, la faisant déboucher sur un monde de merveilles orientales, un peu comme ce que l’on trouve dans Huon de Bordeaux et les autres chansons de geste tardives. Aucune surprise alors de rencontrer des textes où la « frange » celtique accueille des Saracens comme dans la Chanson d’Aiquin qui raconte la conquête de l’Armorique par Charlemagne40. Certains historiens ont vu là un souvenir dégradé de l’occupation viking, mais il s’agit également d’un exotisme un peu chaotique.
30Il n’existe qu’une seule version manuscrite des Merveilles de Rigomer : Chantilly, Musée Condé ms. 472. C’est un codex important puisqu’il contient tous les romans arthuriens de Chrétien de Troyes sauf Cligés. C’est Rigomer qui se trouve en tête du manuscrit, renversant un peu la séquence temporale des récits. Ce fait correspond probablement à la notion de translatio studii proposée par Loomis, à la différence que c’est la rédaction médiévale qui l’exprime : exactement comme la matière classique dite « de Rome » est censée commencer en Grèce, et passer ensuite à Rome et enfin en France, on imagine que la matière celtique commence en Irlande, avant d’être transmise en « Bretagne » (c’est-à-dire en Pays de Galles comme en Armorique), et enfin en France41. C’est une simplification élégante ; mais cela exprime une notion plutôt évoluée des sources de Chrétien, une notion qui daterait du treizième siècle plutôt que du douzième.
31Ayant souligné le rôle des Anglo-Normands dans la transmission des récits celtiques, on s’attendrait à ce que ce codex soit de provenance anglo-normande, mais ce n’est pas le cas. Quel rapport, donc, entre l’Irlande et le Nord de la France, d’où provient le codex ? Quel aurait été l’intérêt d’une telle compilation pour un lecteur continental ? Il est difficile de formuler une réponse complète à cette question, mais la carrière de certains aristocrates nous offre des pistes à suivre. Par exemple, Geoffroi de Joinville (connu en Irlande sous le nom de Geoffrey of Genneville), le frère de l’historien des croisades, épousa la petite-fille du baron de Meath, Walter de Lacy42. Ainsi il possédait des terres à la fois en Irlande et en Champagne, où l’on a dû garder longtemps le souvenir de Chrétien, le « grand romancier champenois ». C’était peut-être pour l’entourage de quelqu’un comme Geoffroi de Joinville qu’on a créé ce codex.
32En guise de conclusion, il reste beaucoup à faire et il faudra poursuivre les recherches dans ce domaine. Si je me suis concentré sur l’influence des récits celtiques sur la littérature francophone, cela ne signifie pas pour autant que cette influence n’allait que dans cette seule direction43. Quand on lit les trois romans arthuriens en moyen-gallois, l’influence de Chrétien de Troyes est incontestable44. Pourquoi les Quatre Branches du Mabinogi sont-elles composées de « branches » ? Cela remonte sans doute à la culture latine, aux Didascalicon d’Hugues de Saint-Victor et même aux Étymologies d’Isidore (pour qui codex : « livre » voulait dire caudex : « tige ; tronc d’un arbre »), mais un lecteur des manuscrits gallois existants aurait certainement pensé aux récits français comme Perlesvaus ou le Lancelot-Graal, traduits en gallois au cours du quatorzième siècle45. Le Lai de Tydorel, manifestement d’origine armoricaine puisqu’il se rapporte à des faits historiques, la succession du Duc Conan III de Bretagne, mort en 1148, qui déshérita son fils en faveur de sa fille, a engendré toute une gamme de contes populaires en gaélique irlandais : l’histoire de l’homme qui ne dort jamais, fils d’une loutre ou d’un triton, au lieu du mystérieux chevalier féerique sorti d’un lac46. C’est encore les Anglo-Normands qui ont dû faire passer ce récit.
33Il s’agit d’une conversation, d’un échange, riche et prolongé, ayant lieu aux confins de la Matière de Bretagne, où les merveilles toujours se multiplient.
Notes de bas de page
1Ireland and the Grail, Aberystwyth, Celtic Studies Publications, 2007.
2K. Busby, « Merlin, Barnagoys, et les débuts du monde arthurien » in N. Koble (ed.), Jeunesse et genèse du royaume arthurien : les suites romanesques du Merlin en prose. Actes du colloque des 27 et 28 avril 2007, École normale supérieure (Paris), Orléans, Paradigme, 2007, p. 145-156.
3« Vernacularization and Old French Romance Mythopoesis with Emphasis on Chrétien’s Érec et Énide » in Pickens (éd.), The Sower and His Seed : Essays on Chrétien de Troyes, Lexington, KY, French Forum, 1983, p. 81-115 ; cf. K. S.-J. Murray, From Plato to Lancelot, Syracuse, NY, Syracuse University Press, 2008, ch. 5.
4Les Fées au Moyen Age, Paris/Genève, Champion/Slatkine, 1984.
5M. Boyd, « The Ring, the Sword, the Fancy Dress, and the Posthumous Child : Background to the Element of Heroic Biography in Marie de France’s Yonec », Romance Quarterly, 55.3, 2008, p. 205-230.
6Op. cit., p. 156 ; cf. Murray, op. cit., ch. 4.
7Benedeit, I. Short et B. Merrilees (éds.), Le Voyage de saint Brandan, Paris, Champion, 2006.
8Voir Y. de Pontfarcy (éd.), Marie de France : L’espurgatoire seint Patriz, Louvain, Peeters, 1995.
9Professional Interpreters and the Matter of Britain, Cardiff, University of Wales Press, 1966.
10« Bleheri, la cour de Poitiers et la transmission des récits arthuriens sur le continent », Moyen Âge et littérature comparée. Actes du VIIe congrès national de littérature comparée, Paris, Didier, 1967, p. 47-79 ; cf. P. Sims-Williams, « Did itinerant Breton conteurs transmit the matière de Bretagne ? », Romania, 116, 1998, p. 72-111.
11Der arturische Versroman von Chrestien bis Froissart, Tübingen, Max Niemeyer, 1980.
12Chrétien Continued : A Study of the Conte du Graal and its Verse Continuations, Oxford, Oxford University Press, 2009.
13Cf. Carey, Ireland and the Grail, p. 348.
14K. Busby, op. cit., p. 156.
15Voir M. Boyd, « Melion and the Wolves of Ireland », Neophilologus, 93.4, 2009, 555-570.
16W. Sayers, « Bisclavret in Marie de France : A reply », Cambridge Medieval Celtic Studies, 4 , Winter 1982, p. 77-82.
17Cf. D. Laurent, « Tradition and Innovation in Breton Oral Literature » in Williams et Jones (eds.), The Celts and the Renaissance. Tradition and Innovation. Proceedings of the Eighth International Congress of Celtic Studies held at Swansea, 19-24 July, 1987, Cardiff, University of Wales Press, 1990, p. 91-99 ; G. Le Duc, « Les Lais de Marie de France » in Regards étonnés : de l’expression de l’alteralité… à la construction de l’identité. Mélanges offerts au Professeur Gaël Milin, Brest, Les Amis de Gaël Milin, 2003, p. 299-316.
18M. Bruckner et G. S. Burgess, « Arthur in the narrative lay » in Burgess et Pratt (eds.), The Arthur of the French, Cardiff, University of Wales Press, 2006, p. 186-214.
19Cf. G. Milin, Les Chiens de Dieu : la représentation du loup-garou en Occident (XIe-XXe siècles), Brest, CRBC-UBO, 1993.
20M. R. Gerstein, « Germanic warg : The outlaw as werewolf » in Larson (ed.), Myth in Indo-European antiquity, Berkeley, University of California Press, 1974, p. 131-156.
21W. J. Whittaker (ed.), Mirror of Justices, London, Bernard Quaritch, 1895, p. 125 ; cf. Gerstein, op. cit., et Sayers, op. cit.
22Cf. K. McCone, « Werewolves, cyclopes, díberga, and Fíanna : Juvenile delinquency in Early Ireland », Cambridge Medieval Celtic Studies, 12, Winter 1986, p. 1-22 : 9.
23« Dans la France du Nord-Ouest au XIIe siècle : les "jeunes" dans la société aristocratique », Annales, Economies-Sociétés-Civilisations, 19, 1964, p. 835-846 : 846.
24Voir McCone, op. cit. ; Carey, « Werewolves in Medieval Ireland », Cambrian Medieval Celtic Studies, 44, Winter 2002, p. 37-72.
25Voir T. Ó Cathasaigh, « Curse and satire », Éigse, 21, 1986, p. 10-15.
26Voir J.-M. Boivin, L’Irlande au Moyen Âge : Giraud de Barri et la Topographica Hibernica, Paris-Genève, Champion-Slatkine, 1993.
27E.g. C. E. Karkov, « Tales of the Ancients : Colonial Werewolves and the Mapping of Postcolonial Ireland » in Ingham et Warren (eds.), Postcolonial Moves : Medieval through Modern, New York, Palgrave Macmillan, 2003, p. 93-109.
28Voir Carey, « Werewolves ».
29« Légende hagiographique et contes de loup-garou aux XIIe -XIIIe siècles : la Vita Ronani et ses référents culturels » in Saint Ronan et la Troménie, actes du colloque international 2-30 avril 1989, Brest, CRBC, 1995, 211-226.
30K. Busby, op. cit., 151-153.
31Carey, « The Finding of Arthur’s Grave : A Story from Clonmacnoise? » in Carey, Koch, et Lambert (eds.), Ildánach Ildírech : A Festschrift for Proinsias Mac Cana, Andover-Aberystwyth, Celtic Studies Publications, p. 1-14 ; cf. Clark Harris Slover, « Glastonbury Abbey and the Fusing of English Literary Culture », Speculum, 10.2, 1935, p. 147-160.
32K. Busby, op. cit., p. 156 ; cf. P. Sims-Williams, « Shrewsbury School MS 7 and the Breton Lays », Cambrian Medieval Celtic Studies, 60, Winter 2010, p. 39-80 ; E. Archibald, « The Breton Lay in Middle English : Genre, Transmission and the Franklin’s Tale » in Weiss, Fellows, et Dickson (eds.), Medieval Insular Romance : translation and innovation, Cambridge, D. S. Brewer, 2000, p. 55-70.
33W. Foerster (ed.), Les mervelles de Rigomer von Jehan, altfranzösischer Artusroman des XIII. Jahrhunderts nach der einzigen Aumale-handschrift in Chantilly, Dresden, die Gesellschaft für romanische Literatur, 1908-15.
34Voir E. Mullally, « The Irish Topography of Two Arthurian Romances : Durmart le Galois and Les Merveilles de Rigomer », in Clarke et Phillips (eds.), Ireland, England and the Continent in the Middle Ages and Beyond : essays in memory of a turbulent friar, F. X. Martin, O.S.A., Dublin, University College Dublin Press, 2006, p. 88-104 ; K. Busby, op. cit., p. 148-150.
35Tr. M.-L. Chênerie, in Régnier-Bohler (éd.), La Légende arthurienne : le Graal et la Table Ronde, Paris, Robert Laffont, 1989, p. 1002 :
– C’est un chevalier qui a besoin d’être hébergé. Logez-moi cette nuit ! […]
– Je n’ai jamais vu de chevalier. Es-tu armé ?
– Oui, amie.
– Alors je ne t’hébergerai pas ; tu m’apportes la douleur et la peine. Il y a mille ans que j’ai entendu dire que les chevaliers armés sont les plus mauvaises créatures du monde. […] Si je t’hébergeais, je sais bien que le matin, au moment de prendre congé, tu me tuerais, sans autre remerciement.
– Sœur, j’enlèverai mon haubert.
– Dans ce cas, je t’hébergerai, puisque tu y tiens.
Alors pour la première fois, elle ouvrit les yeux ; de ses laides mains elle leva ses paupières par-devant son front, et comme des fenêtres coulissantes elle les attacha à deux protubérances, deux cornes qu’elle avait sur le crâne, comme une bête sauvage ; deux gros crochets de fer tournés, plantés dans les paupières, les retenaient à ces cornes. Elle avait la tête grosse et chenue, et une bosse dans le dos ; par-devant, son ventre était plus gros que le plus gros chêne du bois. Mais elle dit aimablement à Lancelot :
– Frère, écoute-moi. Puisque ton cheval tremble si fort, j’irai dans ma chambre, et j’enverrai ma nièce passer un moment avec toi. Tu pourras bientôt manger et boire à satiété.
36Tr. J. Carey, in Koch et Carey (eds.), The Celtic Heroic Age, 4e éd., Aberystwyth, Celtic Studies Publications, 2003, p. 203-208.
37Le Substrat celtique du lai breton anglais Sir Orfeo, Paris, Didier Érudition, 1990.
38Cf. W. Calin, The French Tradition and the Literature of Medieval England, Toronto, University of Toronto Press, 1994.
39K. Busby, op. cit., p. 150.
40Voir N. Lenoir, Étude sur la Chanson d’Aiquin, Paris, Champion, 2009.
41K. Busby, op. cit., p. 148 ; Codex and Context, Amsterdam, Rodopi, 2002, p. 409-410.
42R. Bartlett, The Making of Europe, Princeton, NJ, Princeton University Press, 1993, p. 26-28.
43Voir C. Lloyd-Morgan, « Crossing the Borders : Literary Borrowing in Medieval Wales and England » in Kennedy et Meecham-Jones (eds.), Authority and Subjugation in Writing of Medieval Wales, New York, Palgrave Macmillan, 2008, p. 159-173 ; P. Ó Néill, « The impact of the Norman invasion on Irish literature », Anglo-Norman Studies, 20, 1997, p. 171-185.
44Voir K. L. Over, Kingship, Conquest, and Patria : Literary and Cultural Identities in Medieval French and Welsh Arthurian Romance, London, Routledge, 2005.
45T. Jones (ed.), Ystoryaeu Seint Greal : Rhan 1. Y Ceis, Cardiff, University of Wales Press, 1992 ; cf. C. Lloyd-Morgan, « The branching tree of medieval narrative : Welsh ‘cainc’ and French ‘branche’ », in Fellows, Field, Rogers, et Weiss (eds.), Romance Reading on the Book : Essays on Medieval Narrative, Cardiff, University of Wales Press, 1996, p. 36-50.
46B. Hillers, « The Man Who Never Slept (MLSIT 4082) : A Survey of the Redactions and Their Relation to the Lai de Tydorel », in Béaloideas : The Journal of the Folklore of Ireland Society, 59, 1991, p. 91-105.
Auteur
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Matthieu Boyd
Docteur en études celtiques de l’université d’Harvard.
mboyd@fas.harvard.edu
Matthieu Boyd est docteur en études celtiques de l’université d’Harvard. Il a été récemment élu maître de conférences (Assistant Professor) en littérature médiévale à l’université Fairleigh Dickinson dans le New Jersey. Il a publié divers articles dans Romance Quaterly, Neophilologus, Ériu, et Ollodagos, ainsi que dans plusieurs ouvrages collectifs.
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La Petite Saga de Tristan et autres sagas islandaises inspirées de la matière de Bretagne
Ásdís Rósa Magnúsdóttir et Hélène Tétrel (dir.)
2012
