Affinités marginales : éléments tristaniens chez les hors-la-loi des Íslendingasögur
p. 193-206
Texte intégral
1Tristan, personnage marginal du cycle arthurien, est une figure populaire du monde norrois. La traduction de frère Robert datée de 12261, Tristrams saga ok Ísöndar, est un texte particulièrement précieux car premier du genre en langue norroise et unique vestige complet de la branche dite courtoise du Tristan de Thomas (vers 1180). Sa postérité est grande et son influence est attestée dans les romans norrois et les ballades populaires des siècles postérieurs.
2Cependant la mesure de son empreinte sur les sagas des Islandais (Íslendingasögur), dont certaines rédactions sont contemporaines, reste à établir. Cette étude se propose d’explorer l’union de la matière du Nord2 et de la matière de Bretagne à travers une comparaison de motifs tristaniens présents dans les sagas islandaises, et en particulier dans les sagas traitant de hors-la-loi (Grettis saga, puis Gísla saga et Harðar saga), afin de construire l’idée d’une affinité médiévale entre les proscrits et la figure de Tristan. Cette mise en perspective vise à apporter des éléments d’analyse à certains motifs inhabituels associés au surnaturel norrois, ainsi qu’à la question de l’influence de la légende tristanienne dans la composition de sagas autres que les romans qui ont été traduits et/ou inspirés de celle-ci.
La légende tristanienne : sa place dans le corpus norrois
3L’Islande médiévale possède un corpus littéraire exceptionnel proportionnellement à sa taille et à ses moyens matériels. Le xiie siècle produit principalement des manuels religieux ou grammaticaux et, en parallèle, les premiers textes narratifs à visée historiographique apparaissent (Íslendingabók, Landnámabók). Au cours du xiiie siècle, la production narrative manuscrite s’intensifie, et le genre de la « saga » à proprement parler apparaît, dont les sagas des Islandais, aussi nommées sagas familiales (Íslendingasögur), auxquelles appartiennent les sagas de hors-la-loi. Au même moment sont commandées en Norvège des traductions d’œuvres arthuriennes par le roi Hákon Hákonarson (1217-1263) qui souhaite hisser sa cour aux manières courtoises européennes. Trois traductions de Chrétien de Troyes sont conservées3, environ trente-trois réécritures inspirées de ces traductions4, ainsi que des textes post-médiévaux qui restent encore peu étudiés5. À noter également que le matériel arthurien s’est transmis à travers des traductions de textes pseudo-historiques tels que les Bretasögur (Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth). Ces divisions sont bien entendu artificielles, et il est bon de rappeler que le seul terme médiéval décrivant le genre des sagas est mentionné dans une compilation du xiiie siècle qui différencie les sagas historiques des sagas mensongères (lygisögur)6.
4Tristrams saga ok Ísöndar serait la première commande en date du roi Hákon. Sa traduction montre une nette tendance à la réduction (omission de monologues et dialogues) mais reste en somme plutôt fidèle à la version dite « courtoise » de Thomas. Une saga de chevaliers du xve siècle d’adaptation libre, Saga af Tristram ok Ísodd7, nourrit encore le débat quant à sa nature parodique ou maladroite8. La matière tristanienne se retrouve également dans deux compositions en vers : Tristrams kvæði (xve siècle) et Geitarlauf, une traduction du « Chevrefoil » appartenant à la compilation des Strengleikar, traduction des lais de Marie de France.
5L’étude de la matière de Bretagne en règle générale se limite bien souvent aux riddarasögur (sagas de chevaliers)9 portant de manière évidente une marque d’importation (comme les traductions) ou appartenant à un groupe de rédaction plus tardive (comme les sagas de chevaliers dites « indigènes »). Cette division générique stricte a longtemps eu des répercussions sur l’étude des sagas, chaque spécialiste étudiant un genre en particulier. Aussi intéressantes et enrichissantes que soient ces études en soi, leur confinement ne permet pas d’envisager un panorama complet sur la circulation de la matière de Bretagne en langue norroise. D’ailleurs, la plupart des chercheurs s’accordent sur le fait que la légende tristanienne circulait déjà sous forme orale bien avant sa mise par écrit au xiiie siècle, et que les quelques textes préservés cachent une circulation bien plus grande10.
6Bien entendu les sagas des Islandais (Íslendingasögur), biographies de figures historiques et nationales, se nourrissent davantage de transmission orale et locale que de romans courtois traduits au xiiie siècle. Il n’en reste pas moins que leur mise par écrit au xiiie siècle coïncide avec une vaste circulation du matériel arthurien, et il est plus que probable que les lettrés islandais (dont certains éduqués en Europe) chargés de la rédaction de certaines sagas les aient teintées de motifs et/ou structures arthuriennes ponctuelles, sans pour autant en changer la trame historiographique originelle11. Il est alors crucial de penser en termes chronologiques plus qu’en termes thématiques, et prendre en compte le fait que les traductions de textes arthuriens circulaient dans un milieu lettré réduit au moment même où certaines Íslendingasögur étaient mises par écrit.
Une histoire d’amour inattendue ? Le cas du Spesar þáttr
7La Grettis saga, appartenant au genre des Íslendingasögur, est probablement la saga de hors-la-loi la plus étudiée. La vie de Grettir sterki (le fort) est celle d’un homme violent qui est fait hors-la-loi et se perd dans les paysages sauvages de l’Islande, combattant trolls et fantômes au fil de ses errances. Il finit par s’établir sur Drangey, une île forteresse du Skagafjörður. Il y sera finalement vaincu après dix-neuf ans de proscription, mortellement blessé à la jambe par la malédiction d’une sorcière. Suivant un déroulement classique et achevé, la saga aurait pu s’arrêter là. Pourtant, une nouvelle intrigue débute au chapitre 85 : une histoire d’amour adultère à Byzance entre Þorsteinn, frère de Grettir, et une femme riche qui le sauve du cachot, Dame Spes. Le mari de Spes devient rapidement suspicieux car sa dame dépense sans compter12. Il l’accuse, avec raison, d’entretenir un homme dans ses appartements. Après quelques péripéties burlesques durant lesquelles le mari jaloux est tourné en ridicule par les ruses des deux amants, ce dernier exige que son épouse se plie à un serment purgatoire. Sur le chemin de l’église, la dame doit traverser une sorte de marécage (ein veisa) ou, comme le traduit Régis Boyer, une « fondrière13 ». L’important ici est de préserver dans la traduction l’idée de saleté, d’eau boueuse, par opposition à la beauté et à la parure magnifique de la dame. Son amant déguisé en mendiant (stafkarl) propose de la transporter sur son dos afin que sa robe ne soit pas souillée par la boue. La dame sera bel et bien souillée, non pas par la boue mais par la main du mendiant sur son genou, ce dernier ayant perdu l’équilibre durant la traversée. La dame jure ensuite qu’aucun homme ne l’a jamais touchée intimement si ce n’est son mari, ainsi que ce mendiant au moment de la traversée cocasse dont tous ont été témoins. Grâce à cette ruse, la dame est lavée de tout soupçon. Cette scène du serment ambigu est l’une des plus marquantes et des plus répandues de la légende tristanienne en langues vernaculaires14.
8L’union de deux grands avatars au sein d’une même saga, l’un du Nord (Grettir) l’autre de la matière de Bretagne (Tristan), a suscité de nombreuses réactions qui ont eu pour conséquence l’éviction de cet épilogue (communément nommé Spesar þáttr) des études sur la Grettis saga. À cause du serment ambigu, il a été rapidement considéré comme une copie non réfléchie et postérieure de la même scène de la légende tristanienne extraite de la Tristrams saga de Frère Robert15. Cependant, une comparaison des moments clés du serment entre le Tristan « courtois » (de Thomas et de Frère Robert), l’épilogue de Grettis saga à l’étude et la version « commune » de Béroul16 remet en question cette supposition (voir tableau ci-dessous).
| Frère Robert (Tristram saga, suivant Thomas) |
Spesar Þáttr | Béroul (Tristan et Yseut) |
|
| Déguisement | pèlerin (pilgrimr) |
mendiant (stafkarl) |
lépreux (ladres, deget, malade) |
| Lieu | rivière (á) |
fondrière (veisa, fen) |
marécage (Mal-Pas, maroi, taier) |
| Transport | barque (bátr, skip) |
sur le dos (bak) |
sur le dos (comme un asne) |
| Jugement | ordalie (járnburðr) |
serment (eiðr) |
serment (juïse) |
| Jeu de la dame | miséricorde | feinte et colère | feinte et colère |
9Les déguisements du Þorsteinn, figure de Tristan, sont variables dans les trois cas, ainsi que l’obstacle à traverser, mais il devient évident que le Spesar þáttr diffère de la Tristrams saga et se rapproche de la version de Béroul sur trois autres points : la dame est transportée sur le dos de son amant, elle conduit un serment et non une ordalie par le fer rouge17, et finalement pousse la ruse à son extrême en feignant d’être en colère contre son bienfaiteur. De plus, Susanne Kramarz-Bein18 argumente en faveur d’une affinité entre le Spesar þáttr et La Petite Saga de Tristan (Saga af Tristram ok Ísodd) dans le seul article à ce jour se penchant sur le cas du Spesar þáttr. En comparant l’utilisation du vocabulaire décrivant la chute de la dame, elle prouve que des versions alternatives à la traduction de Thomas circulaient bien en Islande au moment de la rédaction de la Grettis saga. L’épilogue n’est donc pas une simple copie de la Tristrams saga mais dénote un réseau d’influences plus complexe, car comme le dit Thomas : « cest cunte est mult divers19 ». Cependant, à cause de cette filiation indéniable, l’épisode de Spes est devenu à la fois un marginal pour les connaisseurs du style islandais et un marginal pour les connaisseurs de légende tristanienne qui n’y trouvent pas non plus leur compte. En effet, comme la Tristrams saga, l’épilogue supprime nombre de dialogues amoureux et tragiques en faveur d’une narration de faits. Les réécritures norroises trahissent en ce sens les récits antérieurs, comme le remarque Einar Ólafur Sveinsson : « Friar Robert’s translation of the story of Tristan has very nearly ruined that great love story20 ». Jugeant cette union mal assortie, les critiques ont longtemps réservé au Spesar þáttr le traitement imposé aux fornaldarsögur (sagas légendaires) et riddarasögur (sagas de chevaliers). Trop « exotiques », trop « romantiques » et pas assez « islandaises », ces histoires sont devenues le symbole d’une décadence littéraire. Parlant du compilateur-auteur de Grettis saga, Sigurður Nordal décrit le Spesar þáttr comme un épisode interpolé21, bien que Guðni Jónsson ait affirmé dans son édition classique de la Grettis saga que cette dernière était bel et bien l’œuvre d’un seul et même auteur22.
10Le traitement de l’épilogue est sans appel : « romantic episode23 », « frivolous romance plot24 », « romantic matter of late interpolation25 », « inorganic romantic finale » et « vulgarization of taste26 », « inconsequential episodes27 », « imbecile continuation » et « unnecessary romance28 ». Ces remarques sont révélatrices d’une conception faussée des genres du corpus islandais médiéval. Elles supposent une analyse basée sur la « pollution » d’un genre à un autre et sur la recherche de textes les plus purs et originels possibles. Il ne faut pas oublier que la production littéraire islandaise n’a été possible que grâce à l’introduction de l’écriture à travers des manuels d’enseignement latins au xiie siècle, ceci après deux siècles de christianisme, intégrant donc une culture européenne dans les milieux lettrés et monastiques. Le romantisme n’est donc pas à mettre du côté de l’accusé (le Spesar þáttr) mais du côté de ses accusateurs qui supposent l’existence d’un genre natif pur (les Íslendingasögur) et ont tendance à exclure de leurs études un passage jugé sous influence.
11Trois aspects principaux ont selon nous dirigé ces critiques vers des jugements hâtifs. Premièrement, il faut admettre le changement radical de décor. La Grettis saga passe d’un paysage montagneux et sauvage islandais au décor citadin et raffiné de Byzance, qui de surcroît est plus propice à des passions adultères que la grande salle commune (skáli) des habitations islandaises. Deuxièmement, le changement thématique est grand, car nous passons d’une histoire locale nourrie de folklore à des motifs romantiques tels que celui de la mal mariée (Dame Spes). Finalement, l’aspect le plus convainquant en faveur d’une possible interpolation serait probablement le changement dans le style d’écriture entre l’histoire de Grettir et l’épilogue de Spes. Il faut noter la forte présence de participes présents (tels que vakandi, kveðandi, leitandi, logandi29, etc.) au sein de l’épisode, ainsi que l’usage de nombreuses paires allitératives redondantes (telles que « gildr ok harðfengr », « fjár ok frægar30 », etc.) qui sont des marques importantes de l’influence des vers courtois sur la prose norroise31. Le fait que le Spesar þáttr ait une thématique et un décor différents peut soulever la question de son interpolation, mais ce n’est cependant pas une raison suffisante pour l’exclure de la Grettis saga. Le cadre byzantin étant bien différent du cadre islandais, l’auteur doit mobiliser un champ lexical et des motifs différents de ceux développés dans la Grettis saga, et il est alors normal que le style d’écriture change quelque peu. De plus, dans le cas où l’auteur aurait été en possession d’une version écrite de la légende tristanienne, une copie n’exclut en rien une intégration programmée à l’ensemble de la saga, contemporaine de celle-ci. Un autre aspect à prendre en compte pour juger la nature du Spesar þáttr est son traitement dans les manuscrits. D’après la quantité de manuscrits conservés, la Grettis saga semble avoir joui d’une certaine popularité et a souvent été compilée avec des riddarasögur et fornaldarsögur. Pas moins de vingt-neuf manuscrits (vélin et papier) ont conservé la saga en entier ou partiellement, le plus ancien datant du xve siècle et le plus récent du xixe siècle32. Après une étude minutieuse des principaux manuscrits33, il apparaît que l’épilogue est toujours présent, bien que son traitement dans l’Eggertsbók révèle une particularité notable. Le Spesar þáttr y est annoncé formellement au recto du feuillet 48, qui correspond au début du chapitre 86 de la Grettis saga. Il semble qu’originellement l’épilogue ait été rubriqué (comme il était de coutume pour diviser un texte). Cependant l’encre rouge est effacée et « Spesar þáttr » réécrit à l’encre noire avec des lettres de quelques millimètres plus grandes. Accolées à cette correction, des marginalia semblent indiquer (selon notre transcription) : « Þáttr við þorsteinn drómundr ok spies34 ». Ces corrections semblent postérieures, le style des lettres étant différent et « spies » possédant une diphtongue commune dans les manuscrits papier de la Grettis saga à partir de la deuxième moitié du xvie siècle. Il semble donc qu’une seconde main ait volontairement ajouté cette correction, marquant postérieurement une différence formelle entre le þáttr et le reste de la saga et révélant le fait que l’épilogue ait posé un problème de genre postérieur à la rédaction de la saga. De plus, les autres manuscrits délimitant clairement le Spesar þáttr ne s’accordent pas sur l’endroit où commence et finit le supposé épisode interpolé, ce qui confirme l’idée d’une classification postérieure.
12Finalement, un article récent d’Ármann Jakobsson sur le traitement des þættir (pluriel de þáttr) confirme leur mauvaise réputation d’anachronisme35. Le þáttr a longtemps été considéré comme une histoire courte indépendante et souvent traduit par « dit » en français36. Ce préjugé sur l’indépendance originelle de ces récits a été souvent utilisé pour se débarrasser de chapitres un peu gênants (soit trop exotiques, soit trop chrétiens, soit trop incompréhensibles) dans la construction d’un passé littéraire national. Cependant, il faudrait considérer le þáttr davantage comme un épisode, car il marque le plus souvent un changement de thème ou de personnage principal, mais ne signifie en rien une rédaction différente et/ou postérieure.
13L’étude des manuscrits de la Grettis saga nous révèle donc que le Spesar þáttr est toujours présent dans la Grettis saga, mais que son traitement a varié : parfois noté séparément, souvent découpé en différents endroits37, parfois totalement intégré sans indications38. En résumé, nous pouvons conclure à une unité de fait de la saga et de son épilogue dans les manuscrits. Le récit amoureux interpolé serait donc une idée construite à travers le temps par des lecteurs (et des éditeurs) ayant une conception des genres anachronique par rapport à l’époque de rédaction même de la saga.
Au-delà de l’intrigue amoureuse : motifs marginaux chez les hors-la-loi
14Le cas du Spesar þáttr remet donc en question l’influence de la matière tristanienne sur l’ensemble de la saga. Pourtant, il est vrai que la Grettis saga ne contient pas d’autres thématiques amoureuses ni d’autres personnages chevaleresques. Il faut alors penser au-delà de cet épisode, et chercher des motifs tristaniens différents, car la réception d’une matière ne se fait pas simplement par thèmes étrangers et exotiques, mais également par des motifs qui peuvent s’intégrer facilement au décor local.
15Parmi les nombreux motifs mémorables de la légende tristanienne qui ont survécu et sont récurrents dans les réécritures39, on retrouve la reconnaissance de l’assassin par la brèche sur l’épée. Bien qu’aucun des deux textes « primaires » de Tristan (à savoir ceux de Béroul et de Thomas) n’ait conservé cette scène, une référence y est faite dans la première scène qu’il nous reste de Béroul40 ainsi que dans La Folie d’Oxford41, ce qui nous indique que le motif devait probablement être présent. Le même motif est répété dans la traduction Tristrams saga42, dans la Saga af Tristrams ok Isodd43 et dans le Spesar þáttr, bien que les personnages et le décor aient changé. Lors d’une réunion des Varègues à Byzance, Þorbjǫrn (l’assassin de Grettir) se vante d’avoir tué l’homme le plus dangereux d’Islande et exhibe sa sax ébréchée44. Yseult a besoin de confirmer ses soupçons par une preuve matérielle indiscutable (le fragment retrouvé dans le crâne de Morholt son oncle45). Þorsteinn, le frère de Grettir présent à la réunion, n’a pas à comparer l’ébréchure à un fragment qu’il aurait récupéré sur le corps de Grettir car Þorbjǫrn clame haut et fort la raison de cette ébréchure, et précipite ainsi sa fin. Le motif tristanien est donc anticipé dans la Grettis saga dès le chapitre 82 au moment de la mort de Grettir, et s’accomplit durant le Spesar þáttr, ce qui confirme l’unité des deux histoires. Cependant le motif est adapté à la caractérisation du hors-la-loi islandais. C’est bien Grettir qui est tué par sa propre épée retournée contre lui et dont la main droite est tranchée46, comme le Morholt chez Gottfried de Strasbourg47. Grettir n’est pas Tristan ici, mais bien le Morholt, l’ennemi. Le motif tristanien est donc retourné et s’ajoute à la caractérisation de Grettir en tant que personnage antipathique et monstrueux48, un aspect typique des rédactions islandaises.
16L’influence du matériel tristanien sur la Grettis saga ne s’arrête pas là. La thématique de la blessure empoisonnée, récurrente chez Tristan, se retrouve au moment de la mort de Grettir. Il meurt sans gloire d’une blessure à la jambe, le corps rongé par le poison49. Fait extrêmement inhabituel, la saga décrit en détail son agonie par la propagation du mal à l’aide de paires syntaxiques similaires au Tristan. Chez l’un : « Li venims espant par tut le cors / Emfler le fait dedenz e dehors50 » et chez l’autre : « Verkrinn tók at vaxa í skeinunni, svá at blés upp allan fótinn, ok lærit tók þá at grafa bæði uppi ok niðri51 ». Leur corps « nercist e teint52 » et devient « blásinn ok kolblár53 ». La corruption lente et détaillée du corps se retrouve dans une autre saga de hors-la-loi, Harðar saga, au moment de la mort du héros54. Ces descriptions n’apparaissent que très rarement dans les sagas, car elles sont menées dans un style réduit et efficace et ne s’attardent pas. La corruption physique des deux hors-la-loi peut être un écho de leur situation de hors-la-loi, de même que la mort lente de Tristan symbolise son amour adultère et frustré pour Iseult.
17Un autre motif partagé est celui de l’absence de responsabilité de Grettir en raison d’une intervention surnaturelle. Tristan et Iseult sont en quelque sorte déresponsabilisés dans leurs actions par l’influence du philtre, de même Grettir est déresponsabilisé de ses crimes en raison d’un sort jeté par un revenant, Glámr55. Cet événement provoquera chez Grettir des hallucinations (glámsýni56), un mot rarement utilisé dans le corpus norrois, et le rendra fou, autre motif tristanien important. De même que les blessures empoisonnées, la folie est un motif marginal des sagas et se retrouve exploitée à son maximum dans la troisième saga de hors-la-loi Gísla saga57. Gísli le hors-la-loi est hanté par des visions monstrueuses bien que les sagas n’expriment pratiquement jamais l’état psychologique de leurs personnages. Pourtant Grettis saga et Gísla saga sont les deux seules sagas des Islandais mentionnant le mot myrkfælinn58 (« qui a peur du noir »). Un autre trait essentiel de Grettis saga et Gísla saga est la proportion à l’imitation et à la ruse. Gísli se déguise en esclave, imite un fou en mangeant de l’herbe, et possède un talent pour les imitations, hermikráka, un hapax norrois uniquement utilisé pour cette saga59. Tristan et les hors-la-loi partagent des caractéristiques qui auraient pu être des coïncidences. Cependant, grâce à l’exemple du Spesar þáttr, nous pouvons voir que la matière tristanienne dénote un réseau d’influences sur les sagas bien plus vaste et subtil que quelques interpolations tardives. Il nous est alors permis de regarder certains motifs marginaux des sagas sous un autre angle. En somme, des motifs autres que la relation amoureuse peuvent être importés dans une histoire qui a pourtant toute l’apparence d’une saga islandaise.
18Pendant plusieurs décennies, la critique a considéré un sous-genre des Íslendingasögur, les skaldasögur (sagas de poètes), comme étant inspirées de la figure de Tristan60 car elles contiennent des histoires d’amour contrariées et des poèmes amoureux, thèmes trop éloignés des préoccupations des sagas classiques. Cependant plus récemment, Alison Finlay a développé l’hypothèse que cette influence n’avait aucun fondement61. L’association avec la légende tristanienne venait donc davantage d’un malaise face à un matériau originel ancien à la thématique amoureuse plutôt que d’une influence démontrée. Il faut donc aller au-delà du motif de l’histoire d’amour contrariée, car ce ne sont peut-être pas toujours les motifs amoureux ou tragiques qui marquent le public norrois de Tristan, mais tout aussi bien d’autres motifs moins évidents alors intégrés à l’arsenal surnaturel norrois.
19Il reste cependant une question : pourquoi une affinité spécifique entre Tristan et les hors-la-loi islandais ? En premier lieu, Tristan est un exilé tout comme les hors-la-loi. D’ailleurs, la Tristrams saga utilise à plusieurs reprises le mot útlegð62 pour traduire « exil », bien que ce mot soit à cette époque strictement réservé au concept légal de proscription, ce qui prouve qu’un lien entre ces figures a déjà été pressenti. La condition commune de fugitif et de marginal a favorisé un réseau d’influences et une affinité qui a pu jouer dans les deux sens : Tristan a influencé les histoires de hors-la-loi, et inversement, les histoires de hors-la-loi ont influencé les réécritures successives de Tristan.
20En second lieu, le hors-la-loi est un personnage qui appelle à davantage de créativité littéraire étant donné sa condition63. La scène publique, les assemblées et les échanges entre hommes importants sont le centre nerveux des sagas des Islandais qui s’appliquent à décrire parfois pendant de nombreux chapitres des procès et des conflits entre une multitude de personnages. Les hors-la-loi quittent cet espace privilégié de la narration islandaise et sont forcés d’occuper un espace inconnu, un espace qui demande à être rempli, ce qui expliquerait à la fois la présence de motifs marginaux (dont certains venant de la matière tristanienne) et la proportion importante de motifs surnaturels dans un genre qui se veut en général réaliste. La thématique du hors-la-loi amène donc la Grettis saga à être à l’image de son héros, en marge du genre des Íslendingasögur.
21Comme le résume bien Michel Zink, Tristan l’ambigu est à la fois « en marge et au centre de la matière bretonne64 », appartenant constamment à l’horizon littéraire du Moyen Âge. Dans la tradition littéraire norroise, il est une influence majeure, bien que subtile. Il est difficile de détecter sa présence au sein des sagas des Islandais, et sa transmission ne semble possible qu’au travers de figures telles que les hors-la-loi qui, par leur situation marginale, offrent un potentiel réceptif plus ample. Ce développement dévoile un mode d’emprunt différent des romans traduits ou inspirés de la matière de Bretagne. Il prend la forme d’un rapprochement entre deux figures médiévales à la fois populaires et marginales qui, loin des thématiques les plus évidentes, s’associent pour donner un sens nouveau à des récits anciens.
Notes de bas de page
1Voir Tristrams saga ok Ísöndar dans M. Kalinke (dir.), Norse Romance vol. I: The Tristan Legend, Cambridge, D. S. Brewer, 1999. Une fois n’est pas coutume, la date exacte de la traduction et le nom du traducteur sont mentionnés, cependant uniquement dans un manuscrit du xviie siècle, ce qui nous force à être prudent quant à sa véracité.
2Définie par Torfi H. Tulinius, La Matière du Nord. Sagas légendaires et fiction dans la littérature islandaise en prose du xiiie siècle, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1995.
3Erex saga (Erec et Enide), Ívens saga (Yvain ou le Chevalier au Lion), Parcevals saga et Valvens þáttr (deux parties du Conte du Graal). Voir M. Kalinke (dir.), Norse Romance vol. II: The Knights of the Round Table, Cambridge, D. S. Brewer, 1999.
4Leur nombre peut varier. Voir M. Kalinke et P. M. Mitchell, Bibliography of Old Norse-Icelandic Romances, Ithaca, Cornell University Press, Islandica 44, 1985.
5Voir Matthew J. Driscoll, « Arthurian Material in Some Lesser-Known Post-Medieval Icelandic Romances », dans H. Bouget, A. Chauou, C. Jeanneau (dir.), Histoires des Bretagnes 4. Conservateurs de la mémoire, Brest, CRBC, 2013, p. 83-94.
6Þorgils saga ok Hafliða, chap. 10 dans Jón Jóhannesson, Kristján Eldjárn, Magnús Finnbogason (éd.), Sturlunga saga I-II. Reykjavík, Sturlunguútgafa, 1946.
7Récemment traduite en français par Ásdís R. Magnúsdóttir, H. Tétrel, Histoires des Bretagnes 3. La petite saga de Tristan et autres sagas islandaises inspirées de la matière de Bretagne, Brest, CRBC, 2012.
8Paul Schach, « The Saga af Tristram ok Ísodd: Summary or Satire? », Modern Language Quarterly 2, 1960, p. 336-352 ; P. Schach, « Tristrams Saga ok Ísoddar as Burlesque », Scandinavian Studies 59, 1987, p. 86-100.
9Voir M. Kalinke (dir.), The Arthur of the North, Cardiff, University of Wales Press, 2011 ; M. Kalinke, King Arthur North-by-Northwest: the “matière de Bretagne” in Old Norse-Icelandic Romances, Copenhagen, C.A. Reitzels Boghandel, 1981 ; Paul Bibire, « From Riddarasaga to Lygisaga, the Norse Response to Romance », dans R. Boyer (dir.), Les Sagas de Chevaliers (Riddarasögur), Actes de la Ve Conférence Internationale sur les Sagas (Toulon, juillet 1982), Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 1982.
10Susanne Kramarz-Bein, « Der Spesar Þáttr der Grettis saga. Tristan-Spuren in der Isländersaga », dans H. Beck, E. Ebel (dir.), Studien zur Isländersaga: Festschrift für Rolf Heller, Berlin, De Gruyter, 2000, p. 178.
11Comme par exemple la possible influence du Chevalier au Lion sur un épisode la Egils saga. Voir E. Sattler, « Das Märchen vom “Retter in der Not” in Chrestien’s “Yvain” und in der Egils saga », Germanish-Romanische Monatsschrift 3, 1911, p. 669 ; Odd Nordland, Höfuðlausn i Egils saga. Ein tradisjonskritisk studie, Oslo, Det Norske Samlaget, 1956.
12Chap. 88 dans Grettis saga Ásmundarsonar, Guðni Jónsson (éd.), Reykjavík, Íslenzk fornrit VII, 1936, p. 950.
13Grettis saga, chap. 89, p. 283 ; « La Saga de Grettir », dans R. Boyer (trad.), Sagas islandaises, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1987, p. 955.
14R. S. Loomis (dir.), Arthurian Literature in the Middle Ages, Oxford, 1959, p. 134-159 ; voir Paul Schach, « Some Observations on the Influence of Tristrams saga ok Ísöndar on Old Icelandic Literature », dans E. C. Polomé (dir.), Old Norse Literature and Mythology. A Symposium, Austin, University of Texas Press, 1969, p. 81-129.
15Henry Leach, Angevin Britain and Scandinavia, Cambridge Mass., Harvard University Press, 1921, p. 189.
16Béroul, Tristan et Yseut, dans C. Marchello-Nizia (éd.), Tristan et Yseut, Les premières versions européennes, Paris, Éditions de la Pléiade, Gallimard, 1995. Nous utilisons ici la dichotomie conventionnelle des études tristaniennes afin de clarifier la comparaison proposée. La « version commune » ou « primitive » de Béroul aurait un fonds archaïque, tandis que la « version courtoise » ou « encourtoisée » de Thomas serait une adaptation de la légende aux idéaux courtois du xiie siècle. Une différence majeure entre les deux groupes est le sens donné à l’amour, totalement dépendant du philtre pour l’un (version commune), simple excuse pour concrétiser un amour déjà présent pour l’autre (version courtoise). Pour un débat sur leur utilisation, voir Jean Frappier, « Structure et Sens du Tristan : version commune, version courtoise », Cahiers de Civilisation Médiévale, 6, 1963, p. 255-280.
17Les ordalies sont plutôt rares dans le corpus islandais. Cependant, elles restent connues du public islandais, même si elles sont souvent ratées, détournées ou critiquées. Voir dans Grettis saga, chap. 39, p. 133. Au sujet des ordalies en Scandinavie, voir Andrew Hamer, « Grettis saga and the iudicium dei », dans K. Dekker, A. MacDonald, H. Niebaum (dir.), Northern voices: essays on Old Germanic and related topics, offered to professor Tette Hofstra, Leuven, Peeters, Mediaevalia Groningana, 2008, p. 19-40 ; William Miller, « Ordeals in Iceland », Scandinavian Studies, 60, Spring 1988, p. 189-218.
18S. Kramarz-Bein, art. cit., p. 161-162.
19Thomas, Tristan et Yseut, v. 2261, p. 184 : « Il existe bien des versions de cette histoire. »
20Einar Ól. Sveinsson, cité par Marianne Kalinke dans King Arthur North-by-Northwest, op. cit., p. 132 (« La traduction de l’histoire par Frère Robert a presque entièrement ruiné cette grande histoire d’amour »).
21« Sennilegt er líka, að hann hafi aukið inn í ýmsum köflum, sem styðjast við aðrar Ísl. s., t.d. Heiðarvíga sögu, enn fremur efni úr Fornaldar sögum og Riddara sögum (efninu úr Tristans sögu í Spesar þætti) », dans Sigurður Nordal, « Sturla Þórdarson og Grettis saga », Studia Islandica 4, Reykjavík, 1938, p. 23 : « Il est aussi probable qu’il a développé certains passages, comme ceux qui se réfèrent à la plus ancienne Islandigasögur (dont Heiðarvíga sögu), ainsi que d’autres motifs des sagas légendaires et des sagas de chevaliers (le motif de l’histoire de Tristan dans le Spesar þáttr). »
22« Vér munum hafa það fyrir satt, að öll sagan sé ein heild og verk eins höfundar », Guðni Jónsson, Formáli dans Grettis saga, op. cit., p. XVI : « Nous devons tenir pour vrai que la saga entière constitue une unité et le travail d’un même auteur. »
23Annelise Duncan, A Study of Ethics and Concepts of Justice in two Sagas of Icelandic Outlaws, Doctoral Thesis, Rice University, 1981, p. 21 : « épisode romantique ».
24Carol Clover, The Medieval Saga, Ithaca, Cornell University Press, 1982, p. 40 : « une frivole intrigue romantique ».
25Joost de Lange, The Relation and Development of English and Icelandic Outlaw-Tradition, Haarlem, Tjeenk Willink, Nederlandsche Bijdragen op het Gebied van germaansche Philologie en Linguistiek 6, 1935, p. 102.
26Stefan Einarsson, History of Icelandic Literature, Ann Arbor Michigan, Umi Research Press, 1985, p. 22 et p. 145 : « fin sans substance de l’histoire d’amour » et « vulgarisation du goût ».
27Annelise Duncan, op. cit., p. 21 : « épisodes inconséquents ».
28William P. Ker, Epic and Romance: essays on medieval literature, London, Macmillan, 1931, p. 195 : « continuation imbécile » et « épisode inutile de Dame Spes ».
29Susanne Kramarz-Bein en fait également une liste, art. cit., p. 169.
30Grettis saga, chap. 85, p. 271 et suivantes : « de grande valeur et vaillant », « richesse et renom ».
31Margaret Clunies-Ross, The Cambridge Introduction to Old-Norse Icelandic Saga, Cambridge University Press, 2010, p. 81. Voir à ce sujet l’étude de Marianne Kalinke, « Alliteration in Ívens saga », The Modern Language Review, vol. 74, n° 4 (oct. 1979), p. 871-883.
32Voir le référencement des manuscrits numérisés sur https://handrit.is/
33Reykjavík, Stofnun Árna Magnússonar [AM] 556 A, 4to ou Eggertsbók, est un vélin sombre (typiquement islandais) de type folio, rédigé à la fin du xve siècle dans un style gothique cursif, il présente le texte en un seul bloc et est peu décoré. Reykjavík, AM 551 A, 4to, rédigé au tournant du xvie siècle, similaire au Eggertsbók, un vélin sombre islandais de type folio, contenant 53 feuilles, de style gothique cursif, peu décoré et présentant également le texte d’un seul bloc. Reykjavík, AM 152, fol., un vélin sombre islandais de 201 feuillets dont la date de production est estimée de façon imprécise entre 1300 et 1525.
34« Épisode de Thorsteinn drómundr [son surnom] et Spes » : Reykjavík, AM 556 A 4to (48r) visible sur le site du Stofnun Árna Magnússonar í íslenskum fræðum : http://www.am.hi.is:8087
35Ármann Jakobsson, « The Life and Death of the Medieval Icelandic Short Story », Journal of English and Germanic Philology, July 2013, p. 257-291.
36Voir par exemple Régis Boyer, Les Sagas miniatures, Paris, Les Belles Lettres, 1999.
37Reykjavík, AM 556 A 4to (Eggertsbók) possède une marque discriminante, postérieure à sa rédaction, qui correspond au chapitre 86. Reykjavík, AM 152 1 fol. possède une marque discriminante (un dessin, 47r) contemporaine à sa rédaction (1300-1525) au milieu du chapitre 86. Reykjavík, AM 153 fol. (1711-1712) possède une marque discriminante « Spes » (70r) mais qui apparaît tardivement au chapitre 87. Reykjavík, AM 163 b fol. (1650-1682) indique le début et la fin de la présentation de Dame Spes, du chapitre 87 au 88 (21r-21v) puis termine la saga entière par un « Endr Gretteiz saga » (22r).
38Ne contiennent aucune marque discriminante : les manuscrits de Reykjavík, AM 150 fol. (1690-1697), AM 151 fol. (1635-1645), AM 478 4to (1635-1699), AM 939 4to (1700-1725), Lbs 1483 4to (1770-1820), AM 479 4to (1690-1710).
39Notamment le combat contre le Morholt, la quête d’Iseut, le combat contre le dragon, le philtre amoureux, le rendez-vous épié, le flagrant délit et la vie dans la forêt. Voir Emmanuèle Baumgartner, Tristan et Iseut. De la légende aux récits en vers, Paris, PUF, 1987, p. 8.
40Béroul, op. cit., v. 26-30, p. 3-4.
41La Folie de Tristan, version d’Oxford, v. 430-440, p. 228 dans Tristan et Yseut, Les Premières Versions européennes, op. cit., p. 228.
42Tristrams saga, op. cit., chap. 43, p. 112-113.
43Saga af Tristrams ok Isodd, chap. 9, p. 270.
44Grettis saga, op. cit., chap. 86, p. 272. Une sax est une sorte d’épée courte avec un seul côté tranchant.
45La Folie de Tristan, version d’Oxford, v. 430-440, p. 228 dans Tristan et Yseut. Les Premières Versions européennes, op. cit., p. 228.
46Grettis saga, op. cit., chap. 86, p. 272.
47Gottfried de Strasbourg, Tristan et Isolde, op. cit., p. 481.
48Grettir est souvent associé à un troll ou un être monstrueux dans sa saga, ce qui a eu pour effet de produire beaucoup d’études sur sa relation avec Beowulf, ceci possiblement au détriment d’études sur sa relation avec la légende tristanienne plus évidente et directe. Sur sa relation avec Beowulf, voir Margaret Arent‚ « The Heroic Pattern: Old Germanic Helmets: Beowulf and Grettis saga », dans E. C. Polomé (dir.), op. cit., et Magnús Fjalldal, The Long Arm of Coincidence: The Frustrated Connection Between Beowulf and Grettis Saga, Toronto, University of Toronto Press, 1998.
49Grettis saga, op. cit., chap. 79, p. 251.
50Thomas, Tristan et Yseut, éd. cit., v. 2495-2496, p. 190 : « Le poison se répand dans tout son corps et le fait enfler dedans et dehors. »
51Grettis saga, op. cit., chap. 80, p. 255 : « La douleur se mit à grandir dans la blessure, de cette manière toute la jambe était enflée, et alors la cuisse se mit à suppurer à la fois en haut et en bas. »
52Thomas, Tristan et Yseut, éd. cit., v. 2497, p. 190 : « Noircit et devint pâle ».
53Grettis saga, op. cit., chap. 80, p. 255 : « Noire et livide ».
54Harðar saga, Þórhallur Vilmundarson, Bjarni Vilhjálmsson (éd.), Reykjavík, Íslenzt fornrit XIII, 1991, chap. 36, p. 85.
55Grettis saga, op. cit., chap. 35, p. 121-122.
56Ibid., p. 123.
57Gísla saga, dans Björn K. Þórólfsson, Guðni Jónsson (éd.), Vestfirðinga sögur, Reykjavík, Íslensk fornrit VI, 1986.
58Grettis saga, chap. 35, p. 122-123 ; chap. 54, p. 178 ; chap. 55, p. 178 ; chap. 69, p. 222 ; Gísla saga, chap. 33, p. 104.
59Gísla saga, op. cit., chap. 27, p. 85.
60Bjarni Einarsson nomme le poète islandais Kormákr le « Tristan Íslands » (« Tristan d’Islande ») dans Skáldasögur: Um uppruna og eðli ástaskáldsagnanna fornu, Reykjavík, Menningarsjóður, 1961, p. 163.
61Alison Finlay, « Skald sagas in their literary context 2: Possible European Contexts », dans R. Poole (dir.), Skaldasagas: Text, Vocation and Desire in the Icelandic Sagas of Poets, Berlin, De Gruyter, 2000, p. 244-265.
62Littéralement « hors-la-loi ». Tristrams saga, chap. 4, p. 34 ; chap. 23, p. 65.
63Mary Sandbach, « Grettir in Þórisdal », Saga-Book 12, 1937-1938, p. 93-106 : « The less that is known of a person’s life the easier it is to make up stories about him. Nothing is simpler than the transformation of such a person into a being with supernatural powers, or one who associates with supernatural beings » ; « Moins la vie d’une personne est connue, plus il est facile de créer des histoires sur elle. Rien n’est plus facile que de transformer une telle personne en une créature aux pouvoirs surnaturels, ou de l’associer avec des créatures surnaturelles ».
64Michel Zink, Littérature française du Moyen Âge, Paris, PUF, 1992, p. 151.
Auteur
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Marion Poilvez
marion.poilvez@gmail.com
Marion Poilvez est titulaire d’un master de lettres de l’université de Bretagne occidentale et actuellement doctorante à l’université d’Islande. Elle rédige une thèse intitulée Heroes and Fools: insular outlawry in medieval Iceland sous la direction du professeur Torfi H. Tulinius. Ses travaux se concentrent sur la proscription en tant que phénomène légal dans une société insulaire telle que l’Islande médiévale, ainsi que sur son développement en tant que tradition narrative dans les Íslendingasögur et la Sturlunga saga. Elle est membre co-fondateur du réseau Valland, bulletin d’information francophone sur les études norroises. Son dernier article en date s’intitule : « Access to the Margins: Outlawry and Narrative Spaces in Medieval Icelandic Outlaw Sagas », Brathair, vol. 12 (1) 2012, p. 115-136.
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La Petite Saga de Tristan et autres sagas islandaises inspirées de la matière de Bretagne
Ásdís Rósa Magnúsdóttir et Hélène Tétrel (dir.)
2012
