Tueur de moines et père d’un saint : Æthelfrith de Northumbrie
p. 133-146
Texte intégral
Un souverain et ses sources
1Le roi Æthelfrith, qui régna entre le nord de l’Angleterre et le sud de l’Écosse actuelles au tournant des vie et viie siècles, n’est pratiquement pas documenté par les textes contemporains – de fait, cela n’a rien d’exceptionnel dans une Grande-Bretagne où la documentation écrite est extrêmement rare pour les siècles qui séparent le départ des troupes romaines autour de 410 de l’arrivée de la mission grégorienne dans le Kent en 5971. La seule mention qui pourrait éventuellement être contemporaine consiste en deux entrées de la « Chronique d’Irlande », qui évoquent deux victoires et la mort de ce roi :
s. a. 600 : « La bataille des Saxons par Áedán, où tomba Eanfrith, frère d’Æthelfrith, par Máel Umai fils de Báetán, dans laquelle [Áedán] fut vaincu2. »
s. a. 613 : « La bataille de Caire Legion, où des saints furent tués et où tomba Solon fils de Conan, roi des Bretons, et où tomba le roi Cetula. Æthelfrith fut vainqueur, qui mourut tout de suite après3. »
2La « Chronique d’Irlande » est le nom donné en 1972 par Kathleen Hughes à un texte aujourd’hui perdu, mais que l’on peut reconstruire à partir d’éléments communs à divers textes annalistiques irlandais ultérieurs, répartis en deux groupes : les Annales d’Ulster d’une part, le « groupe de Clonmacnois » d’autre part, constitué principalement des Annales de Tigernach et du Chronicon Scottorum4. La reconstitution récemment proposée en traduction anglaise par Thomas Charles-Edwards offre un bon accès à ce texte et a été pour l’essentiel validée par les commentateurs, qui se sont attachés à corriger les quelques erreurs qu’elle comporte5.
3Il est certes difficile d’affirmer sans ambages que ces deux mentions datent réellement de l’époque d’Æthelfrith. Elles ne sont pas communes à l’ensemble des textes héritiers de la « Chronique d’Irlande », n’étant rapportées que dans les annales du « groupe de Clonmacnois ». Toutefois les entrées sur ces deux batailles sont partiellement reprises dans les Annales d’Ulster, où l’absence de certains détails pourrait résulter d’une abréviation. En outre, certains éléments absents des Annales d’Ulster sont indépendants des traditions ultérieures qui ont pu servir de sources aux annales du « groupe de Clonmacnois » : ainsi le frère d’Æthelfrith porte chez Bède un autre nom, Theodbald, et le nom du roi breton Cetula est inconnu par ailleurs. L’hypothèse d’entrées contemporaines des faits n’est donc pas irrecevable, même si en l’absence du texte original on ignore largement le mode de compilation des annales – au fur et à mesure des événements, a posteriori par « fournées » rétrospectives, ou (plus probablement) par une combinaison des deux pratiques6.
4En tout état de cause, et quels que soient le statut et la date de ces deux brèves mentions, Æthelfrith est surtout connu par des textes bien plus tardifs, postérieurs d’au moins un siècle à son règne. Le premier en date de ces textes est la Vie de Grégoire le Grand7, œuvre hagiographique anonyme sans doute écrite dans les toutes premières années du viiie siècle par un moine ou une moniale de Streanæshalch8 dans l’ancien royaume de Deira (correspondant à peu près à la moitié orientale de l’actuel Yorkshire), dont Æthelfrith avait été roi dans les dernières années de son règne : le personnage d’Æthelfrith y est présenté comme un ennemi du jeune Edwin, un des héros positifs de l’œuvre. L’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède est le jalon suivant dans la construction de la mémoire d’Æthelfrith9. Achevée au monastère de Jarrow en 731-732, elle est sans conteste notre principale source d’information : Bède vivait lui aussi dans un royaume sur lequel Æthelfrith avait autrefois régné, le royaume des Berniciens, centré sur la côte des actuels comtés anglais de Durham et de Northumberland. Ces deux premières sources ont donc pour point commun d’émaner de l’ensemble plus vaste que l’on appelle à la suite de Bède lui-même le royaume des Northumbriens, c’est-à-dire du peuple implanté au nord de l’estuaire de la Humber10. Le contenu et le point de vue de l’Histoire ecclésiastique de Bède ont par ailleurs fortement influencé la Chronique anglo-saxonne, compilée vers 892 dans un milieu proche de la cour d’Alfred le Grand, roi des Ouest-Saxons, peuple anglo-saxon vivant dans le sud de l’île11 : Æthelfrith y est mentionné à plusieurs reprises.
5L’Historia Brittonum, texte anonyme écrit vers 830 – soit une centaine d’années après Bède – dans le royaume de Gwynedd au nord du pays de Galles, mentionne aussi Æthelfrith12. Nous avons donc affaire ici à un auteur qui a lu l’œuvre de Bède et qui la relit depuis le pays de Galles et dans une perspective bretonne, c’est-à-dire du point de vue d’un peuple qui se considère comme étranger et même ennemi des Berniciens, des Northumbriens, et des Anglo-Saxons en général. Cette provenance galloise (ou plus largement brittonique) est partagée par la dernière de nos sources, les Triades de l’île de Bretagne, en gallois Trioedd Ynys Prydein, une collection destinée à aider les bardes gallois à mémoriser les principaux récits du fonds légendaire brittonique en les classant par « groupes thématiques » de trois13. La chronologie de ce texte est difficile à établir : dans son état actuel, la collection est transmise par des manuscrits dont les plus anciens datent du xiiie siècle14, mais les triades elles-mêmes « représentent la strate la plus ancienne de l’ensemble de la poésie galloise15 » et peuvent remonter au haut Moyen Âge. Or deux triades très semblables mentionnent la mort d’Æthelfrith comme un événement notable.
6Ces sources, bien que fragmentaires, permettent de retracer les principaux temps de la carrière d’Æthelfrith. Devenu roi des Berniciens en 592, il régna environ vingt-cinq ans, pour lesquels les principaux événements que nous connaissons sont des batailles et des conquêtes16. En 60317, il remporta une victoire à Degsastan contre les Scots du Dalriada18 : c’est la « bataille des Saxons » de la « Chronique d’Irlande ». Vers 604, après la mort du roi Ælle de Deira, il s’empara de son royaume, contraignant à l’exil les membres de la dynastie régnante, dont Edwin, fils d’Ælle. En 616, il remporta une victoire sur des Bretons du pays de Galles à proximité d’une localité que les Annales de Tigernach appellent Caire Legion et que Bède désigne comme « la Cité des Légions, qui est appelée par les Anglais Legacæstir et plus correctement Carlegion par les Bretons19 » – sans doute l’actuelle ville et ancien camp romain de Chester. C’est lors de cette bataille qu’eut lieu le massacre des moines de Bangor Is-coed, sur lequel nous reviendrons. Enfin, il fut défait et tué en 616 ou en 61720 dans la bataille de la rivière Idle contre les Est-Angliens du roi Rædwald, protecteur de l’exilé Edwin. Ce dernier s’empara alors du pouvoir dans l’ensemble des territoires jusque-là contrôlés par Æthelfrith, dont les fils durent à leur tour s’exiler.
7Bède et l’Historia Brittonum lui connaissent deux épouses21 : d’abord Bebba, qui aurait donné son nom au site royal de Bebbanburh, aujourd’hui Bamburgh ; puis Acha, fille d’Ælle de Deira, par qui il put s’insérer dans les affaires du royaume situé au sud du sien et l’annexer vers 604. Acha serait la mère de ses fils Eanfrith, Oswald et Oswiu ; l’Historia Brittonum et la Chronique anglo-saxonne nomment quatre autres fils, dont l’existence n’est pas attestée par ailleurs et qui peuvent bien avoir été imaginés pour atteindre le chiffre symbolique de sept fils. En revanche, ses trois fils attestés régnèrent à tour de rôle après la mort d’Edwin, stabilisant peu à peu la domination de la dynastie sur les régions septentrionales de l’île : Eanfrith en Bernicie (633-634), Oswald – le futur saint Oswald – sur l’ensemble de la Northumbrie (634-642), et enfin Oswiu en Bernicie (642-651) puis dans l’ensemble de la Northumbrie (651-670).
8Æthelfrith apparaît à maints égards comme un roi des seuils et des marges. Celui qui n’était à son avènement que le souverain d’un petit royaume adossé à la côte nord-est de l’île a passé son règne à étendre par les armes sa domination dans toutes les directions : vers le nord-ouest avec la bataille de Degsastan contre le Dalriada ; vers le sud-est avec l’incorporation du Deira puis la campagne fatale de 616-617, qui s’acheva sur les rives de la rivière Idle, affluent de la Trent ; enfin vers le sud-ouest avec la campagne de Chester. Il est certes impossible de savoir si les mentions de Degsastan et de Chester signifient qu’Æthelfrith contrôlait ces régions, ou si elles se rapportent à des expéditions hors des limites de sa domination. On peut cependant dire qu’à sa mort vers 616, Æthelfrith avait fondé le royaume northumbrien en soumettant des populations chrétiennes autant que païennes, de culture celtique (plus exactement brittonique) autant que germanique (plus précisément anglo-saxonne). Il ne faut d’ailleurs pas croire – comme le laissent entendre certaines cartes accompagnant les manuels – à une séparation nette entre Bretons à l’Ouest et Angles ou Saxons à l’Est. Outre le fait que la région abritait aussi des Scots et des Pictes, il apparaît clairement que les populations étaient beaucoup plus mélangées, que les identités étaient moins nettement tranchées et qu’il existait une multitude d’enclaves entre les régions nettement bretonnes de l’Ouest (le pays de Galles) et les régions presque entièrement germanisées de l’Est (les rivages de la mer du Nord, les estuaires et les basses vallées de la Humber, de la Tyne ou de la Tweed)22.
Une mémoire honnie
9Si la « Chronique d’Irlande », dont les mentions sont peut-être contemporaines, traite de manière assez neutre la figure d’Æthelfrith en rapportant ses deux victoires et sa mort dans des annales très factuelles, il n’en est rien des sources ultérieures. On peut de fait distinguer deux manières de présenter le personnage : une manière globalement négative et une manière beaucoup plus ambiguë. Or on constate que cette distinction ne recoupe pas exactement la division traditionnelle entre sources « anglo-saxonnes » et sources « bretonnes » : au contraire, elle la transcende.
10Commençons par les présentations négatives, et d’abord par le texte de l’Historia Brittonum, qui propose un traitement a priori plutôt neutre du personnage :
Ch. 57 : « Woden engendra Beldeg, qui engendra [suivent sept générations], qui engendra Ida. Ida eut douze fils, dont les noms sont [suivent six noms d’hommes] et une reine Bearnoch, et Ealric [= Æthelric]. Ealdric engendra Aelfret [= Æthelfrith]. Celui-ci est Aedlfred [= Æthelfrith] Flesaur. Et celui-ci eut sept fils, dont les noms sont : Anfrid [= Eanfrith], Osguald [= Oswald], Osbiu [= Oswiu], Osguid, Osgudu, Oslapf, Offa23. »
Ch. 63 : « Eadfered [= Æthelfrith] Flesaurs régna XII années en Berneich [= Bernicie] et XII autres en Deur [= Deira] ; entre les deux royaumes il régna XXIV années, et il donna Dinguoaroy [= Din Guaire] à son épouse, celle qui est appelée Bebbab [= Bebba], et du nom de son épouse il reçut son nom, à savoir Bebbanburth [= Bamburgh] 24. »
11Derrière cette présentation en apparence aussi factuelle que celle de la « Chronique d’Irlande » se cache le signe d’une mémoire négative du personnage. Il est d’abord celui qui entraîna le changement de nom de la forteresse royale de Bamburgh, substituant un nom germanique au nom celtique originel de Din Guaire. En revanche, le fait de descendre du dieu païen Woden ne doit pas être vu comme un signe de condamnation : ce trait est au contraire courant dans les généalogies royales anglo-saxonnes, où Woden, dépouillé de sa personnalité divine, est considéré comme un héros du passé25. Cette interprétation évhémériste des vieilles généalogies est même poussée à son maximum à la même époque en Angleterre, où l’on fait remonter la généalogie au-delà de Woden, marquant bien par là le fait qu’il n’était qu’un homme, intégré dans une chaîne généalogique : la Chronique anglo-saxonne et l’Histoire du roi Alfred d’Asser poursuivent ainsi sa généalogie via Noé jusqu’à Adam, installant définitivement le Woden dynastique dans l’humanité26.
12Mais le point qui doit retenir ici notre attention est le surnom Flesaur. On le retrouve en effet dans les Triades n° 10W et n° 32, qui présentent « les trois chefs de Deira et de Bernicie qui accomplirent les trois heureux meurtres ». Ces « trois chefs » sont les fils de Dissynyndawd, nommés Gall, Sgafnell Ysgafnell et Diffeidell Diffydell ; le deuxième frère est plus précisément appelé « Sgafnell fils de Dissynyndawd, qui tua Edelflet [= Æthelfrith] Ffleissawc, vrehnin Lloegyr [= roi de Lloegr]27 ». L’épithète flesaur (ou ffleisawg) est sans doute dérivée du latin flexor, « celui qui tord, qui fléchit », et il pourrait s’agir d’un surnom contemporain28. John Morris la traduit par « the Artful29 », c’est-à-dire « le rusé », mais cette traduction affaiblit le sens ; la traduction « Twister », donnée par Rachel Bromwich30, est meilleure. Traduire par « le Tortionnaire » irait sans doute trop loin, même s’il s’agit bien ici de parler d’un personnage à la fois « tortueux » et « à la poigne puissante ». En tout cas, plus de deux siècles après sa mort, on se souvenait au pays de Galles d’Æthelfrith « le Tordeur », qui pliait les Bretons sous son pouvoir.
13Les Triades ne se désolent pas de la mort d’Æthelfrith : elles la comptent même au nombre des « trois heureux meurtres » et l’attribuent à un Breton de haute naissance, un barde nommé Sgafnell. Plus encore que dans l’Historia Brittonum, les Triades montrent combien en milieu breton la mémoire d’Æthelfrith était négative. L’appellation « roi de Lloegr » plutôt que « roi de Bernicie », « roi de Deira » ou « roi de Northumbrie », est aussi à observer : elle indique le caractère fondamentalement étranger du personnage, et selon Craig Cessford, elle résulte d’un refus de lui attribuer les titres plus exacts que l’on trouve par exemple chez Bède31. On remarquera ici que l’Historia Brittonum ne le désigne jamais comme « roi de Bernicie » ou « roi des Berniciens », mais indique qu’il « régna XII années en Bernicie et XII autres en Deira32 » : ce serait donc un état de fait qui est constaté par la source, pas un état de droit. Or ce traitement est propre aux rois de Bernicie dans cette section de l’Historia Brittonum : Ida, fondateur de la dynastie bernicienne des Idingas, est lui aussi désigné comme « premier roi en Bernicie, c’est-à-dire en Berneich33 » ; Oswald, fils d’Æthelfrith, est appelé plusieurs fois « roi des gens du Nord34 ». En cela les rois berniciens contrastent avec les appellations de type « roi de peuple » que l’on trouve partout ailleurs dans cette section de l’œuvre : « roi des Pictes », « rois des Est-Angliens », « royaume des hommes du Kent », « roi des Merciens », et même « roi des Deirans35 » ; ils contrastent aussi avec les appellations plus rares du type « roi de royaume » ; « roi de la région du Gwynedd » ou « roi de Gwynedd36 ». Ainsi, pour l’auteur gallois de l’Historia Brittonum, il semble que les rois de la dynastie d’Ida n’étaient pas d’incontestables « rois de Bernicie » ou « rois des Berniciens », mais des rois qui se trouvaient régner « en Bernicie », des « rois des gens du Nord » ou, pour reprendre l’expression des Triades et l’étymologie proposée par Eric Hamp pour le mot Lloegr, des « rois du pays frontalier37 ».
14On pourrait s’étonner qu’aucun texte brittonique (avant les Brut plus tardifs) ne mentionne ni ne lamente la bataille de Chester et le massacre des moines de Bangor. Cela est d’abord dû au fait que ces textes sont très peu nombreux : avant l’an mil, seuls l’Historia Brittonum et les Annales Cambriae peuvent être prises en compte. Or les Annales, écrites au milieu du xe siècle, reprennent pour l’année 613 les informations de la « Chronique d’Irlande », sans même donner le nom du vainqueur de Chester : elles se contentent de mentionner « la bataille de Cair Legio, et là tomba Selim fils de Cinan38 ». Quant à l’Historia Brittonum, elle ne dit rien de ses campagnes : en cela, le traitement d’Æthelfrith diffère fortement de celui de ses fils Oswald et Oswiu, qui dans le chapitre suivant de l’Historia Brittonum sont crédités de la mort des rois Cadwallon et Penda39. Peut-on parler d’une damnatio memoriae d’Æthelfrith ? Sans doute pas : le compilateur des Annales Cambriae a tout simplement suivi ici son modèle, à savoir les Annales d’Ulster qui, on s’en souvient, omettaient le nom du vainqueur. Et si l’Historia Brittonum préfère passer sous silence la bataille de Chester, c’est peut-être parce que son auteur préférait rapporter les victoires qui démontraient la capacité des Bretons à résister à leurs ennemis, peut-être aussi parce que les moines de Bangor et les vaincus de Chester étaient des hommes du royaume de Powys, qui n’intéressaient donc qu’assez peu le patron de l’Historia Brittonum dans le royaume de Gwynedd40.
15Le texte qui présente Æthelfrith de la façon la plus négative n’est cependant pas un texte breton, mais un texte anglo-saxon, la première Vie de Grégoire le Grand. Cette vita n’a certes pas pour but de raconter l’histoire de la Northumbrie et de ses rois, mais d’exalter la mémoire du pape Grégoire le Grand, présenté comme l’apôtre des Angles et en particulier de ceux que l’auteur appelle les « Humbriens41 ». Or l’évangélisation des Northumbriens n’est jamais référée dans l’œuvre à l’action des fils d’Æthelfrith, Oswald et Oswiu, qui ont invité les missionnaires irlandais à partir de 634 ; au contraire, elle est toujours liée à la mission grégorienne menée dans le Nord de l’Angleterre par l’évêque Paulin, venu en Northumbrie dans les bagages d’Edwin. Ce trait est logique dans une Vie de Grégoire le Grand, mais il importe aussi de remarquer que la mémoire d’Edwin et de sa famille était particulièrement vénérée à Streanæshalch, lieu de rédaction de la vita : le monastère était placé sous le contrôle des abbesses Hild, puis Eanflæd et Ælfflæd, respectivement nièce, fille et petite-fille d’Edwin. Au contraire, les noms d’Oswald et d’Oswiu, et en fait de presque tous les Idingas, sont totalement absents du récit. L’œuvre ayant été écrite sous le règne d’un des fils d’Oswiu (donc d’un petit-fils d’Æthelfrith), tout se passe comme si la frustration et le dépit des derniers membres (toutes des femmes) de la maison royale de Deira, les Yffingas, s’étaient reportés sur le « tyran » Æthelfrith :
« Car nous savons tous qu’il est vrai que ce même roi [= Edwin] fut un exilé chez le roi des Ouest-Angliens [sub rege uestanglorum = erreur pour Est-Angliens] Rædwald, et que son rival le poursuivit en tous lieux, à savoir le tyran Æthelfrith [tirannus Ędilfridus] qui l’avait chassé de sa patrie et qui cherchait avec son argent à acheter sa mort42. »
16Ce n’est pas seulement parce qu’Æthlefrith était païen que la vita lui a réservé ce traitement : la même vita présente en effet Ælle, le père d’Edwin, comme un prince certes lointain et encore païen, mais dont la mémoire est rappelée « non sans qu’il le mérite43 » et dont le nom consonne avec le mot « alleluia44 ». À l’inverse d’Ælle, ancêtre des femmes sous les auspices de qui la vita a été composée, Æthelfrith apparaît comme un tirannus – un mot chargé de lourdes connotations d’illégitimité et d’usurpation dans les textes britanniques du haut Moyen Âge45. Le contraste entre le tyran Æthelfrith – poursuivant de sa haine et forçant à l’exil le prince prédestiné – et le précurseur Ælle – touché par la grâce sans jamais avoir entendu parler du Christ – montre que le discours sur les païens d’autrefois n’était pas univoque sous la plume des auteurs chrétiens.
Bède : un sauvetage mémoriel ?
17De fait, le portrait du païen Æthelfrith change complètement dès que l’on se penche sur l’œuvre de Bède, seul auteur bernicien qui évoque ce personnage, et celui qui en parle le plus, proposant un portrait beaucoup plus nuancé du personnage. Au bénéfice de ce grand roi d’autrefois, dénigré par les Bretons autant que par l’hagiographe deiran de Streanæshalch, Bède opère une forme de « sauvetage mémoriel », arrachant Æthelfrith à l’enfer mémoriel auquel il semblait condamné en raison de son paganisme et de ses nombreuses actions coupables : Æthelfrith n’est plus entièrement rejeté dans les ténèbres du passé païen mais devient une figure liminaire, ouvrant la voie à l’arrivée du salut parmi les Angles, et plus particulièrement parmi les Berniciens. Païen et tueur de moines, mais père d’un grand saint et ancêtre de la dynastie, il est réintégré dans l’économie du salut de la gens Anglorum et du regnum Nordanhymbrorum. Bède réalise ce déplacement en désamorçant une à une les trois principales accusations qui pouvaient être portées contre lui. La première apparition du personnage n’est pas négative : il est « très courageux et avide de gloire ». Il est aussi le défenseur de la gens Anglorum contre son ennemi du Nord, le roi scot du Dalriada qui menaçait la jeune nation : « depuis cette époque, aucun des rois irlandais de Bretagne n’osa venir combattre la nation anglaise jusqu’à ce jour46 ». Æthelfrith assure donc à son peuple la sécurité, au prix de la mort de son propre frère Theodbald. Bède ne mentionne d’ailleurs pas de quel côté ce frère combattait, mais la Chronique anglo-saxonne précise que l’armée d’Aedan à Degsastan était conduite par un certain Hering fils de Hussa, c’est-à-dire par le fils du prédécesseur d’Æthelfrith47. Bède s’est donc bien gardé de nous dire qu’il y avait une dissension parmi les Berniciens. Voilà en tout cas justifiée une des accusations possibles, le fait qu’il ait affronté des chrétiens (et peut-être aussi son propre frère) sur le champ de bataille. Le récit de la bataille de Chester et du massacre des moines de Bangor permet de répondre à une grave accusation48 : non seulement Æthelfrith se serait battu contre des chrétiens, mais il aurait fait massacrer mille deux cents moines désarmés, réunis là afin d’invoquer Dieu pour la victoire du roi de Powys. Plusieurs éléments permettent à Bède de parer cette accusation : Æthelfrith agit selon sa logique de païen, mais c’est une logique imparable que Bède ne condamne pas et qui fait des moines des combattants à part entière, et même les agresseurs qui poursuivent le roi de leurs imprécations hostiles ; sa victoire est chèrement acquise par de lourdes pertes : le fléau de Dieu n’agit pas sans qu’il lui en coûte. Surtout, dans un renversement habile, ce sont les chrétiens bretons, soldats et moines confondus, qui deviennent un « peuple hérétique » et une « armée impie », tués par une armée certes païenne mais investie de la mission divine de les châtier. Le massacre des moines est en effet présenté comme la rétribution du refus des clercs bretons de se soumettre à l’autorité d’Augustin de Cantorbéry et à la mission romaine envoyée par Grégoire le Grand. Æthelfrith devient ainsi, comme Ælle dans la Vita Gregorii, un auxiliaire de la légitimité romaine contre les Bretons hérétiques et schismatiques.
18La troisième accusation que l’on pouvait porter contre Æthelfrith était d’avoir cherché à faire tuer Edwin, qui une dizaine d’années plus tard deviendrait le premier roi chrétien du pays. Bède ne nie pas qu’il ait bien cherché à le faire mourir, il reprend même en les développant les accusations de corruption présentes dans la Vita Gregorii, mais il en modifie légèrement la présentation49. Ce n’est plus « le tyran Æthelfrith » qui poursuit Edwin en tous lieux par ses tentatives répétées de corruption : au contraire, c’est parce qu’il apprend que le fugitif séjourne chez Rædwald avec ses compagnons (et donc avec une troupe susceptible de menacer sa propre sécurité) qu’Æthelfrith tente de corrompre Rædwald. Il y parvient dans un premier temps, et ce n’est qu’après que les émissaires d’Æthelfrith sont repartis avec la bonne nouvelle de la mort prochaine du rival que Rædwald (toujours ambigu et duplice chez Bède) se ravise et l’attaque par surprise : se croyant en sécurité, il n’a pas le temps de se préparer et meurt sur les rives de la rivière Idle.
19La technique de Bède est donc toujours la même. L’historien qu’il est ne cherche pas à nier les faits : Æthelfrith a bien affronté les Scots, il a bien massacré les moines de Bangor, il a bien cherché à faire tuer Edwin. Mais à chaque fois il met l’événement en perspective pour justifier, excuser ou au moins expliquer l’action d’Æthelfrith. Dans ces passages, rien ne laisse entendre un quelconque statut d’usurpateur puisqu’il « présidait au royaume des Northumbriens50 », Bède utilisant un terme anachronique qui permet de dissimuler sa prise de possession violente du Deira ; il est aussi « roi des Angles51 » face à l’ennemi schismatique que sont les Bretons ; quant à Edwin, il succéda « au roi son ennemi » « dans la gloire de la royauté52 ». Par bien des traits, Æthelfrith annonce son fils Oswald, lui aussi roi glorieux, vainqueur des Bretons, protecteur de la gens Anglorum contre ses ennemis53.
20La clé de ce sauvetage mémoriel se trouve dans la comparaison explicite que fait Bède entre Æthelfrith et Saül, prédécesseur et rival de David dans l’Ancien Testament, dont l’histoire est rapportée au premier Livre de Samuel54 : pour Bède en effet, ces deux rois sont en tous points comparables à l’exception de la religion55. Comme avec Saül, l’ordre ancien prend fin avec Æthelfrith, avant que soit renouée l’alliance avec Dieu selon des modalités désormais efficaces. Or pas plus que dans 1 Samuel, cet ordre ancien ne prend fin avec un personnage unilatéralement condamné, car Saül dans la Bible est aussi ambigu qu’Æthelfrith chez Bède : vainqueur des Philistins, choisi par Dieu, il doit céder la place à son rival préféré par Dieu, David. Tous deux sont certes des rois courageux et vaillants, mais il leur manque un trait essentiel : la fidélité à Dieu56. À la charnière des deux temps, il y a non pas la rupture brutale mais une figure ambiguë, ni entièrement louable ni entièrement condamnable.
21Si Bède a opéré ce sauvetage, c’est sans doute d’abord parce qu’Æthelfrith était comme lui un Bernicien, véritable fondateur de la puissance bernicienne, dont l’establishment local avait pu conserver une mémoire positive. C’est aussi parce qu’Æthelfrith était le père de saint Oswald, qui ne pouvait être entièrement rejeté, tout comme l’hagiographe de Streanæshalch ne pouvait entièrement rejeter Ælle, père de son héros Edwin. C’est enfin parce qu’il était l’ancêtre direct en ligne paternelle, plus précisément le grand-père et l’arrière-grand-père, des rois sous lesquels Bède a effectué l’essentiel de sa carrière, à savoir Aldfrith57 (685-705), Osred (705-716) et Osric (718-729). Même si une autre branche avait accédé au trône au moment de l’achèvement de l’œuvre en 731, c’est sous le règne d’Osric que Bède écrivit l’essentiel de son Histoire ecclésiastique. Une mémoire au moins ambiguë devait donc être proposée en milieu bernicien, afin de contrer les mémoires négatives dont témoignent en milieu breton les Triades, et en milieu deiran la Vita Gregorii. Certes il était païen, certes il tuait des chrétiens, certes il a massacré des moines, mais au bout du compte Dieu approuvait ce qu’il faisait.
22D’une certaine manière, on pourrait dire que Bède a fait subir à Æthelfrith ce qui est arrivé à Woden. Il l’a conservé dans la mémoire dynastique bernicienne (et désormais northumbrienne), mais dans le même temps il a désamorcé sa dangerosité idéologique en faisant de lui un simple précurseur imparfait d’Oswald, tout comme Saül préfigurait imparfaitement David.
Le nord de la Grande-Bretagne à l’époque d’Æthelfrith.

Notes de bas de page
1Voir sur ce point Alban Gautier, « Dark Ages : les siècles obscurs de l’histoire britannique ? », à paraître dans J.-F. Dunyach, A. Mairey (dir.), Les âges de Britannia. Les périodisations de l’histoire des îles Britanniques (Moyen Âge – xxie siècle), Rennes, PUR.
2Je traduis à partir du texte des Annales de Tigernach, dans Whitley Stokes, « The Annals of Tigernach. Third Fragment. A.D. 489-766 », Revue celtique, 17, 1896, p. 119-263, ici p. 163. Le texte en caractères romains est commun aux Annales d’Ulster et aux textes du « groupe de Clonmacnois » ; le texte en italiques est propre aux textes du « groupe de Clonmacnois » : cette distinction s’appuie sur les conventions typographiques adoptées dans la traduction de Thomas Charles-Edwards, The Chronicle of Ireland, Liverpool, Liverpool UP, 2006, t. 1, p. 121.
3W. Stokes, op. cit., p. 171 ; T. Charles-Edwards, op. cit., t. 1, p. 128.
4Kathleen Hughes, Early Christian Ireland: Introduction to the Sources, Londres, 1972 ; rééd. Cambridge, CUP, 2008, chap. 4. Voir aussi l’introduction de T. Charles-Edwards, op. cit., t. 1, p. 1-9.
5Voir le compte rendu de la traduction de T. Charles-Edwards par Nicholas Evans dans Innes Review, 58/1, 2007, p. 116-122, et la discussion par Roy Flechner, « The Chronicle of Ireland: then and now », Early Medieval Europe, 21/4, 2013, p. 422-454.
6R. Flechner, art. cit., p. 433-434.
7Texte édité et traduit par Bertram Colgrave, The Earliest Life of Gregory the Great by an Anonymous Monk of Whitby, Lawrence (Kansas), University of Kansas Press, 1968.
8Sans doute Whitby dans le nord-est du Yorkshire, mais cette identification a été contestée au profit du site de Strensall, près d’York : voir Paul S. Barnwell, Lawrence A. S. Butler, C. J. Dunn, « The confusion of conversion: Streanæshalch, Strensall and Whitby and the Northumbrian Church », dans M. Carver (dir.), The Cross Goes North. Processes of Conversion in Northern Europe, AD 300-1300, York, York Medieval Press, 2003, p. 311-326.
9Nous suivrons l’édition d’André Crépin, Michael Lapidge, Pierre Monat et Philippe Robin, Bède le Vénérable : Histoire ecclésiastique du peuple anglais, 3 vol., Paris, Cerf, 2005 (« Sources chrétiennes », vol. 489, 490 et 491) [désormais Bède, HE]. Sauf mention contraire, nous citerons la traduction d’Olivier Szerwiniack et al., Bède le Vénérable : Histoire ecclésiastique du peuple anglais, Paris, Les Belles Lettres, 1999.
10Sur l’histoire de ce royaume, voir surtout D. Rollason, Northumbria, 500-1100: Creation and Destruction of a Kingdom, Cambridge, CUP, 2003.
11Les sections anciennes de la Chronique anglo-saxonne sont en grande partie communes aux différents manuscrits de ce texte : nous nous contenterons donc de citer le ms A (dit « Chronique Parker ») dans l’édition de Janet Bately, The Anglo-Saxon Chronicle: MS A, Cambridge, D. S. Brewer, 1986 (« The Anglo-Saxon Chronicle: A Collaborative Edition », vol. 3) [désormais ASC A]. On se référera aussi à la traduction anglaise de Michael Swanton, The Anglo-Saxon Chronicle, Londres, J. M. Dent, 1996.
12Texte édité par Edmond Faral, La légende arthurienne. Études et documents. Les plus anciens textes, t. 3 : Documents, Paris, Champion, 1929 (« Bibliothèque de l’École des Hautes Études », fasc. 257), p. 2-62 [désormais HB]. On trouvera une traduction anglaise dans John Morris, Nennius: British History and the Welsh Annals, Londres et Chichester, Phillimore, 1980 (« Arthurian Period Sources », vol. 8). L’œuvre est parfois attribuée à un moine nommé Nennius, mais cette attribution est probablement fantaisiste : voir la présentation de l’œuvre par Magali Coumert, Origines des peuples. Les récits du Haut Moyen Âge occidental (550-850), Paris, Institut d’Études Augustiniennes, 2007, p. 441-451.
13Rachel Bromwich, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, Cardiff, University of Wales Press, 3e édition, 2006 [1963]. L’intérêt de cette source pour l’histoire d’Æthelfrith a été souligné par Craig Cessford, « The death of Æthelfrith of Lloegr », Northern History, 30, 1994, p. 179-183.
14R. Bromwich, op. cit., p. xi et xvi : c’est en particulier le cas du ms Peniarth 16 de la National Library of Wales, un manuscrit composite dont les divers éléments ont été copiés entre le xiiie et le xve siècle. D’autres témoins importants datent du xive siècle.
15R. Bromwich, op. cit., p. lxvii.
16On trouvera un résumé du règne dans Rosemary Cramp, « Æthelfrith », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, OUP, 2004 (version en ligne, http://www.oxforddnb.com, consultée le 28 septembre 2013) ; les dates sont discutées par Molly Miller, « The dates of Deira », Anglo-Saxon England, 8, 1979, p. 35-61.
17Un décalage de trois années s’est glissé dans la « Chronique d’Irlande » jusqu’aux alentours de 642. L’événement, rapporté sous l’année 600, date donc sans doute de 603 (T. Charles-Edwards, The Chronicle of Ireland, t. I, p. 128, n. 1) : c’est d’ailleurs la date mentionnée par Bède, HE, I, 34.
18La localisation exacte est inconnue : sans doute dans le sud de l’Écosse actuelle.
19Bède, HE, II, 2 ; trad. t. I, p. 85
20Sur le décalage de trois ans avec la date de 613 donnée par la « Chronique d’Irlande », voir la note ci-dessus.
21Bède, HE, III, 6 ; HB, ch. 63. On notera que pour Bède, Bebba n’est pas l’épouse d’Æthelfrith mais seulement « une reine d’autrefois » : Bède, HE, III, 16.
22Clare Stancliffe, Bede and the Britons, Whithorn, Friends of the Whithorn Trust, 2007 (« Whithorn Lectures », n° 14) ; Felicity H. Clark, « Thinking about western Northumbria », dans D. Petts, S. Turner (dir.), Early Medieval Northumbria. Kingdoms and Communities, AD 450-1100, Turnhout, Brepols, 2011, p. 113-128.
23HB, ch. 57. Nous reprenons les graphies très erratiques du ms Londres, British Library, Harley 3859, en suivant l’édition d’E. Faral.
24HB, ch. 63.
25Kenneth Sisam, « Anglo-Saxon Royal Genealogies », Proceedings of the British Academy, 39, 1953, p. 287-348 ; Hermann Moisl, « Anglo-Saxon royal genealogies and Germanic oral tradition », Journal of Medieval History, 7/3, 1981, p. 215-248.
26ASC A, s. a. 855 ; Asser, Histoire du roi Alfred, ch. 1, éd. A. Gautier, Paris, Les Belles Lettres, 2013, p. 4-6, et note complémentaire n° 2, p. 189-194.
27R. Bromwich, op. cit., n° 10W, p. 18 ; voir aussi n° 32, p. 73.
28C. Cessford, art. cit., p. 180.
29J. Morris, op. cit., p. 38.
30R. Bromwich, op. cit., p. 18.
31C. Cessford, art. cit., p. 182-183.
32HB, ch. 64 : regnavit XII annis in Berneich et in Deur.
33HB, ch. 56 : primus rex in Beornica, id est im Berneich.
34HB, ch. 65 : rex Nordorum.
35HB, ch. 57 : rex Pictorum ; ch. 59 : reges Eastanglorum ; ch. 63 : regnum Cantiorum ; ch. 60 et 65 : rex Merciorum ; ch. 61 : reges Deurorum.
36HB, ch. 61 et 64 : rex Guenedotiae regionis, rex Guenedotiae.
37Eric P. Hamp, « Loegr: the Welsh name for England », Cambridge Medieval Celtic Studies, 4, 1982, p. 83-85.
38Les Annales Cambriae, transmises par le même manuscrit qu’HB, sont éditées par E. Faral dans le même volume, p. 44-50, ici p. 46, s. a. 613.
39HB, ch. 64.
40Sur le contexte de composition de l’Historia Brittonum, voir Nicholas J. Higham, King Arthur. Myth-Making and History, Londres et New York, Routledge, 2002, p. 119-124.
41Vita Gregorii, ch. 12, dans B. Colgrave, op. cit., p. 94.
42Ibid., ch. 16, p. 98-100.
43Ibid., ch. 12, p. 94 : non inmerito.
44Ibid., ch. 13, p. 94.
45Christopher Snyder, An Age of Tyrants: Britain and the Britons, A.D. 400-600, University Park, Pennsylvania State University Press, 1998, p. 90-108.
46Bède, HE, I, 34 ; trad. t. I, p. 72-73.
47ASC A, s. a. 603.
48Bède, HE, II, 2.
49Bède, HE, II, 12.
50Bède, HE, I, 34 : regno Nordanhymbrorum praefuit (nous traduisons).
51Bède, HE, II, 2 : rex Anglorum.
52Bède, HE, II, 12 : regis sibi infesti, in regni gloriam (nous suivons ici la traduction des Sources chrétiennes, t. I, p. 361, plus proche du texte latin).
53C’est Oswald qui vainc et tue l’abominable Breton Cadwallon, meurtrier d’Edwin et allié du païen Penda : Bède, HE, III, 1.
541 Samuel, ch. 8-31.
55Bède, HE, I, 34.
56Alan Thacker, « Bede, the Britons and the Book of Samuel », dans S. Baxter, C. Karkov, J. L. Nelson, D. Pelteret (dir.), Early medieval studies in memory of Patrick Wormald, Aldershot, Ashgate, 2009, p. 129-147. Pour Alan Thacker, qui fonde son interprétation sur une lecture du commentaire de Bède sur les Livres de Samuel, la comparaison avec Saül sert principalement à mettre en avant la perfidia d’Æthelfrith – non pas sa « perfidie », mais bien son défaut, le manque de foi.
57Barbara Yorke, Rex doctissiums: Bede and King Aldfrith of Northumbria, Newcastle upon Tyne, Jarrow Lectures, 2009.
Auteur
-
Alban Gautier
alban.gautier@sfr.fr
Alban Gautier, ancien élève de l’École Normale Supérieure, agrégé d’histoire, est maître de conférences à l’université du Littoral Côte d’Opale (Boulogne-sur-Mer), membre du HLLI (EA4030), et membre junior de l’Institut universitaire de France. Ses travaux portent sur l’histoire des îles Britanniques et de l’Europe du Nord dans les premiers siècles du Moyen Âge (ve-xie siècle) : il s’est intéressé à l’histoire de l’alimentation, aux pratiques sociales et politiques, à la figure du roi Arthur, aux relations entre les îles Britanniques et le continent, et aux rapports entre païens et chrétiens. Il est l’auteur de plusieurs articles et de quatre livres : Le festin dans l’Angleterre anglo-saxonne, ve-xie siècle, Rennes, PUR, 2006 ; Arthur, Paris, Ellipses, 2007 ; Alimentations médiévales, ve-xvie siècle, Paris, Ellipses, 2009 ; traduction de l’Histoire du roi Alfred, écrite par l’évêque gallois Asser, Paris, Les Belles Lettres, 2013.
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
La Petite Saga de Tristan et autres sagas islandaises inspirées de la matière de Bretagne
Ásdís Rósa Magnúsdóttir et Hélène Tétrel (dir.)
2012
