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    Plan détaillé Texte intégral Parcours de Paul Sébillot : une République en filigrane La République de Paul Sébillot : un peuple en trompe-l’œil Notes de bas de page Auteur

    Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La République en filigrane. Idéologie républicaine et foklorisme chez Paul Sébillot

    Laurent Le Gall

    p. 27-52

    Texte intégral Parcours de Paul Sébillot : une République en filigrane La République de Paul Sébillot : un peuple en trompe-l’œil Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Quoi de commun entre le jeune Paul Sébillot qui écrivit un bréviaire électoral à l’usage de ses contemporains (Nouveau manuel des électeurs, 1876) alors que la République des républicains tentait de se frayer un chemin et le folkloriste reconnu qui s’attacha à scruter les empreintes de la Révolution française dans la « tradition populaire ?1 » Une certaine idée d’un régime – perçu sous sa forme révolutionnaire dans les années 1870 et devenu une évidence institutionnelle sous la Belle Époque – qui trouva à s’incarner dans des notations diffuses en dehors de ses ouvrages proprement militants.

    2La cause serait donc entendue : Paul Sébillot fut à la fois un folkloriste et un progressiste eu égard aux labellisations qui s’appliquent communément au champ politique du xixe siècle. Dans son propos liminaire à la réédition de la quatrième partie du Folk-Lore de France. Le peuple et l’histoire, Françoise Loux en fit un « militant républicain actif entre 1869 et 18782 ». Plus récemment, Claudie Voisenat rappelait en quelques lignes : « Le militantisme politique de Sébillot n’est pas neuf, c’est d’ailleurs la publication, en 1875, d’une brochure intitulée La République c’est la tranquillité qui le mettra en contact avec Luzel, autre fervent républicain »… avant de souligner : « Mais l’engagement auprès de la Société d’Anthropologie de Paris est autre chose qu’un républicanisme de bon aloi en ce milieu des années 1880. Lié à L’Homme, à la Société d’Autopsie Mutuelle, Sébillot fait partie des courants les plus radicaux, politiquement et idéologiquement3 ». Ainsi en serait-il de ce savant au républicanisme avéré et breveté. Et il en serait d’autant plus ainsi que : premièrement, le Sébillot républicain se fit dans ses écrits le défenseur de la cause d’un régime encore minoritaire – électoralement parlant – au milieu des années 1870 ; et que, deuxièmement, dans un Panthéon des sciences sociales qui se constitua au moment où la République ne fut plus un projet en pointillé, seraient encore plus fondateurs d’une discipline les fondateurs qui lièrent exigence, expérience et connaissance scientifiques à un positionnement idéologique qui les auréola de la pertinence de leurs combats passés une fois le régime fermement installé. L’on pourrait dire, en allant vite, que Sébillot serait d’autant plus fréquentable – et d’autant plus intéressant – qu’il opta pour la République et qu’en faisant ce choix-là, il permit – et il permet –, au même titre que d’autres figures bien sûr4, de reconsidérer les liens entre folklorisme et conservatisme et de légitimer, par le politique, les balbutiements d’une discipline frappée, d’un point de vue général, de traditionalisme. Dont acte.

    3Figure du défenseur d’un progressisme démocratique, d’un côté ; adepte d’une ethnographie soucieuse d’élaborer une grille de lecture arrimée à des critères d’objectivité, de l’autre : il y aurait peut-être, toutefois, une certaine facilité à enfermer Paul Sébillot dans le rôle d’un moderne qui serait d’autant plus moderne qu’il aurait réussi à opérer la disjonction entre ses engagements politiques et ses activités scientifiques. Car, eu égard à son attachement à la matrice révolutionnaire (en tant que prescriptrice d’un ordre nouveau) et à son intropathie à l’égard d’« un peuple » qu’il ausculta sous ses différentes facettes, c’est à un questionnement autour des relations ambiguës entre folklorisme et républicanisme que nous convie l’étude de la figure de cet intellectuel.

    Parcours de Paul Sébillot : une République en filigrane

    4Le Sébillot républicain ne fait pas l’ombre d’un doute. Pour autant, qui compte esquisser sa biographie politique aura bien du mal à s’abreuver à des traces autres que celles qu’il produisit au moment où il nous apparaît tel un militant. Interrompus par la déclaration de la Première Guerre mondiale, ses mémoires, qui courent des années de son enfance à la chute du Second Empire5, ne lui donnèrent pas l’occasion de revenir sur ses engagements sous la République de Thiers et de Mac-Mahon. De surcroît, ils ne dessinent, lorsqu’ils livrent quelques détails relatifs au politique, que des postures qui, faute de documents complémentaires et/ou de témoignages susceptibles de les corroborer, apparaissent, à bien des égards, comme des passages discursifs obligés dont le but est de dessiner, a posteriori et pour la postérité, une trajectoire limpide. Le républicain de la veille – si l’on se place avant le 4 septembre 1870 – l’aurait été quasiment par essence si on le suit bien. Souvenirs exhumés où un usurier calomniateur « à l’époque où l’on préludait aux douceurs de l’empire6 », un noble à ce point antibonapartiste qu’il préférait souscrire à la République7 et sa jeunesse dans un Quartier latin ouvertement opposé à Napoléon III campent le portrait d’un individu dont les années de formation auraient été aussi des années d’imprégnation républicaine. Parsemés de morceaux de bravoure, à l’instar de sa remémoration des funérailles de Sainte-Beuve ou de Victor Noir qui lui fit décrire une génération étudiante farouchement hostile à celui dont « on n’avait garde d’oublier le sobriquet de Badinguet, populaire partout8 », ses mémoires ne cessent de tricoter l’image d’un opposant de la première heure à la chape de plomb du bonapartisme d’État.

    5Il nous faut donc faire avec ces bribes éparses pour essayer de recomposer un itinéraire politique troué et tenter, par la suite, de le qualifier. Républicain, Sébillot ? Oui. Mais le qualificatif est vague et il n’a de sens que dans une configuration donnée (nous y reviendrons). Bleu ? Assurément. À la mode des Bleus de Bretagne9 si l’on scrute, en nous appuyant sur les informations accumulées par les historiens, l’écosystème politique dans lequel il évolua entre Matignon et Dinan. Sans être un quarante-huitard –dans le sens le plus restrictif du terme10 –, son père fut un homme de 1848. Nommé dans les premières semaines qui suivirent la révolution à la tête de la municipalité du chef-lieu de canton11, en remplacement de Charles Vissenaire révoqué par les autorités, le médecin Pierre Sébillot, qui figura parmi les douze élus lors du renouvellement des conseils municipaux, le 30 juillet 184812, n’occupa vraisemblablement ces fonctions que pendant quelques mois – sans que l’on puisse déterminer pourquoi13 – avant que son prédécesseur ne reprenne la mairie14. Présent jusqu’à son décès en tant qu’édile dans toutes les assemblées, il « transmit » à son fils Pierre un capital municipal qui lui permit à son tour de siéger, en dépit de quelques intermittences, de la mort de son père à sa disparition en 1908.

    6Cet arrière-plan politico-familial mérite que nous nous y attardions quelques instants. À première vue, Paul Sébillot aurait évolué dans un milieu de républicains dont l’entrée en politique fut gagée sur la rupture de 1848. Ce radicalisme idéologique ne saurait toutefois faire écran aux attitudes beaucoup moins tranchées qu’adoptèrent les deux Pierre après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Il nous est évidemment impossible de déterminer qui se cacha derrière les 5 puis les 2 bulletins négatifs qui sortirent respectivement des urnes au moment des plébiscites de décembre 1851 puis de novembre 185215. Il nous est, en revanche, tout à fait loisible de remarquer que la conciliation à l’égard de l’Empire sembla l’emporter sur la détestation d’un régime qui aurait conduit à une attitude de retrait – en demeurant conseiller municipal dans les années 1850 et jusqu’au milieu des années 1860, le médecin et le notaire acceptèrent de jurer obéissance à la Constitution et fidélité à l’ancien président de la République – à moins de suggérer que leur investissement édilitaire ait eu pour but de ne pas laisser le champ libre à leurs adversaires et de constituer une opposition de plus en plus intransigeante. Plusieurs éléments semblent accréditer la seconde version et témoigner d’une inflexion prononcée en faveur de cette thèse. Pour des raisons qui nous échappent, le frère de Paul Sébillot avait consenti à devenir adjoint au maire en février 1864 avant de démissionner du conseil municipal deux ans plus tard. Admis à siéger dans la commission municipale qui fut mise en place en octobre 1870 – signe d’un républicanisme avéré ou nécessité pour les autorités préfectorales, dans l’urgence de la situation, de trouver des cadres adéquats (l’un n’étant pas exclusif de l’autre) ? –, il figura parmi les dix élus du 30 avril 187116. Premier magistrat de Matignon à compter de 1878, reconduit scrutin après scrutin dans ses fonctions, le notable incarnera tout au long de ses mandats une conquête puis une constance républicaines que les autorités préfectorales ne cesseront de louer. Datée du 4 février 1881, une note du cabinet du préfet souligna d’ailleurs : « Le Maire sortant Mr Sebillot notaire, possédant une grande fortune, est appelé à devenir incessamment le c.[onseiller] g[énéral] du canton et je l’espère le successeur de Mr Riou de l’Argentaye à la Chambre des Députés17 ». Quinze ans plus tard, les élections municipales donnèrent lieu à ce constat habituel : « À Matignon, il n’y a pas de lutte. La liste républicaine modérée est passée à l’unanimité18 ».

    7Résumons-nous. Il ne s’agit pas de dire que les itinéraires politiques des deux frères Sébillot se dupliquèrent – d’autant que les relations de Paul avec Pierre sont pour le moins passées sous silence dans ses mémoires et quelquefois critiques – mais de rappeler que l’inclination démocratique de la famille Sébillot trouva à s’épanouir localement dans un environnement sociopolitique qui n’était pourtant pas favorable à son expression, et dont André Siegfried souligna, d’ailleurs, qu’il appartenait au bloc conservateur de la Bretagne gallo : « L’atmosphère politique devient immédiatement tout autre à l’ouest de Dinan. La 2e circonscription de Dinan (Matignon, Plancoët, Plélan, Jugon et Broons), la 2e circonscription de Saint-Brieuc (Saint-Brieuc (sud), Pléneuf, Lamballe, Moncontour, Plœuc, Quintin) forment une région où la politique de château s’épanouit tout à son aise. Ce bloc massif d’opinion réactionnaire – je dis réactionnaire ou royaliste, non bonapartiste – se dessine de lui-même et de façon saisissante si, sur une carte des Côtes-du-Nord, on isole les cantons qui dix fois sur dix ou au moins huit fois sur dix ont donné une majorité à la Droite19 ». Bleu de Bretagne, Paul Sébillot le fut à la fois par filiation politique mais aussi, très vraisemblablement, parce que ses prédispositions sociales et familiales à épouser la cause de la République au cours de ses années de jeunesse trouvèrent un écho et un débouché dans les actions collectives qu’il put mener étudiant à Paris. Si l’on veut bien admettre que les Bleus de Bretagne se définirent au cours du xixe siècle « par opposition à » – les monarchistes, les bonapartistes, le clergé catholique… ou encore des révolutionnaires considérés comme trop révolutionnaires –, l’on postulera que le Second Empire, dans ce qu’il avait d’éminemment antirépublicain, put servir de cadre – coercitif et idéal, ce faisant – au renforcement d’une opinion. On ne saurait toutefois se satisfaire de cette explication par la socialisation politique qui aurait par trop tendance à occulter les dividendes que pouvait procurer un positionnement à gauche dans les années 1860-1870. À bien des égards, l’itinéraire de Paul Sébillot, somme toute classique, ressemble à celui de ces jeunes petits bourgeois de province qui, à l’instar du groupe qui s’agrégea autour de Gambetta dans les dernières années du régime de Bonaparte, conçurent au cours de leur bohême sociale et politique – qui était aussi un déclassement, quand bien même certains lui prêtèrent, a posteriori, une dimension esthétique –, les instruments de la conquête des places dans le cas où la République adviendrait20. Pour le dire autrement, en des termes plus politistes, le républicanisme affiché de ces jeunes gens dans un espace marqué par une sociabilité républicaine qui renforçait leur républicanisation fut une des conditions de leurs succès dans la future République des savants qui prospéra à l’ombre de la République des professionnels de la politique (les connivences entre réseaux savants et réseaux politiques étant patentes ; que l’on se fie, par exemple, à la Société d’Anthropologie de Paris)21. Aussi, la République de Sébillot fut-elle un idéal tout comme elle fut un critère d’appartenance à une classe de républicains qui purent alléguer l’antériorité de leurs combats lorsque le régime parut leur offrir la surface sociale à laquelle ils avaient aspiré. En ce sens, les liens du futur folkloriste et de son beau-frère Yves Guyot22 sont peut-être à considérer, par-delà l’ancrage familial, moins sous l’angle de l’influence politique d’un homme sur un autre que sous celui d’un régime qui : premièrement, offrit à des hommes, dans des domaines différents, les places qu’ils avaient pu espérer guigner en pariant, individuellement et collectivement, sur son avènement ; et qui, deuxièmement, en opérant la jonction du savant (Sébillot) et du politique (Guyot) – lorsque le premier fut appelé au ministère des Travaux publics par le second en tant que chef du cabinet puis directeur du personnel (1889-1892) –, c’est-à-dire en reliant des agents dans deux champs qui étaient en train de s’autonomiser (la science et le politique précisément), contribua à affermir un peu plus ses positions dans l’espace social en promouvant une élite fidèle. Il ne s’agit pas de nier les transferts, les apprentissages et les compétences qui naquirent des liens qui unirent les deux hommes ou d’affadir l’ombre tutélaire de celui qui fut, entre autres, conseiller municipal de Paris (1874-1884) et député du premier arrondissement de Paris (1885-1893), sur son exact contemporain (puisque tous les deux avaient vu le jour en 1843). Reste qu’il est peut-être bon de souligner que Paul Sébillot ne fut pas Yves Guyot – et inversement – et que la quête d’un « Paul Sébiguyot » nous conduirait à une impasse (faut-il le rappeler, une communauté de points de vue acquise dans un creuset domestique ne suppose pas, mécaniquement, un décalque et/ou une homologie des opinions)23. Surtout, le natif de Matignon baigna dans un milieu intellectuel et politique parisien dont on supposera aisément, faute de pouvoir reconstituer les réseaux auxquels il appartenait, qu’il le conforta dans ses prises de position et dans ses choix individuels24.

    8C’est ici qu’il nous faut considérer les deux opuscules que produisit Paul Sébillot au milieu des années 1870. Publiés tous les deux à la Librairie du Suffrage Universel, l’un en 1875 (La République c’est la tranquillité) et l’autre un an plus tard (Nouveau Manuel des Électeurs), ils ont en commun d’appartenir à cette littérature de propagande qui fit florès dans la décennie qui suivit la proclamation du 4 septembre. Les raisons de cette efflorescence sont bien connues : un régime mal défini et instable, des républicains électoralement minoritaires au départ, un débat politique qu’orienta, en particulier, la question de la « deuxième naissance du suffrage universel25 ». Le contenu des deux brochures ne dépare guère dans le corpus apologétique de l’époque. Écrits pour convaincre, ils sont vertébrés autour de l’idée que partageaient ferrystes et gambettistes, membres de la Gauche républicaine et de l’Union républicaine, selon laquelle le devenir de la République devait être inséparable de son instrument d’individualisation citoyenne et de conquête des masses, le droit de vote pour tous (le nom des éditions qui accueillirent les ouvrages de Sébillot n’est d’ailleurs pas fortuit). Marquées au sceau de la pensée opportuniste26, les quelque trente pages de La République c’est la tranquillité tiennent à la fois du catéchisme démocratique et de la justification de l’accomplissement républicain par l’histoire. « Événement considérable et décisif27 », l’adoption de l’amendement Wallon, le 25 février 1875, que notre auteur salua comme l’acte qui venait de « mettre fin aux révolutions qui depuis près de cent ans arrivent presque périodiquement dans notre pays28 », apparaît ainsi comme le point d’orgue dans la construction d’un nouvel ordre politique dont aurait accouché la Révolution française. Exemplaire d’un discours visant à la naturalisation du régime républicain et oublieux, ce faisant, des à-coups et des processus à l’œuvre qui accompagnèrent l’évidence de sa mise en forme (et de sa mise en évidence), le texte qui balaie le siècle de l’avènement de la démocratie en distribuant bons et mauvais points – règne de Louis XVIII pensé à travers la seule Terreur blanche, criminalisation du bonapartisme après une dénonciation de l’équivoque du discours de Bordeaux (1852) dans lequel Louis-Napoléon avait proclamé que l’Empire c’était la paix, valorisation, si l’on voit dans Sébillot un républicain radical, de la figure d’un Adolphe Thiers porté au rang des pères fondateurs de la République – se clôt, dans sa dernière partie, par une ode à un suffrage pensé comme émancipateur parce qu’il était possiblement convertible en une ressource susceptible d’assurer la pérennisation des nouvelles institutions qui garantiraient les droits de chacun et assureraient le bien commun : « Votez donc tous et choisissez pour vous représenter, ceux-là seuls qui veulent la consolidation du régime actuel, et le relèvement de la France sous le drapeau tricolore de la République ouverte à tous les hommes de bonne volonté qui aiment leur patrie29 ». L’on peut donc lire le Manuel des électeurs comme un appendice pratique à l’exercice de défense et illustration théorique de la République qui le précéda. Petit vade-mecum à l’usage de commettants francophones, il se présentait sous la forme d’un opuscule de 90 pages facilement maniable (petit format) qui, avant de résumer classiquement législation électorale et recommandations pour bien voter, se proposait de dispenser une courte leçon d’histoire d’un suffrage universel arrimé par essence à sa naissance républicaine30.

    9Complémentaires l’un de l’autre, ces deux textes appellent deux remarques. Sur l’interprétation de l’histoire, en premier lieu. Fidèles au credo républicain de l’avènement d’un nouveau monde à compter de la rupture matricielle de 1789, les brochures le furent d’autant plus que leur version des transformations de la France correspondait, à la fois, à la vulgate telle qu’elle allait s’exprimer sous la plume d’un Lavisse par exemple31 et au poids du passé qui pouvait peser sur la conscience d’un homme en provenance de l’ouest de la France. Le redoublement de la césure entre un Ancien Régime où le « bon plaisir du roi n’était contrôlé par aucune Assemblée permanente ou périodique32 » et une République – sous sa forme générique – seule capable d’« empêche[r] le retour de nouvelles révolutions, et [d’]inaugurer pour notre patrie une nouvelle période de paix et de prospérité33 » ne saurait, en effet, se comprendre sans que nous fassions appel à la double inscription (républicaine et provinciale) de Paul Sébillot. Promoteur des institutions, il était prédisposé, à l’instar d’un Auguste Scheurer-Kestner34 ou d’un Yves Guyot et à l’unisson des milieux républicains, à considérer que les principes de 1789 constituaient la coupure avec le système monarchique de la société d’ordres et les remparts contre les surenchères des nouveaux révolutionnaires35. Ayant grandi dans un milieu où le clivage entre les blancs et les bleus était un critère d’appréciation du monde environnant et un élément de mobilisation idéologique36, il se fit le continuateur de cette opposition majeure37 que les utilisations successives de la Révolution française avaient initiée tout en étant sensible, à la différence de nombre de ses coreligionnaires politiques, au contenu pacificateur dont le régime devait, à ses yeux, se parer pour perdurer – la République conciliatrice revint de façon récurrente sous sa plume.

    10La seconde remarque porte sur l’élaboration d’une doctrine républicaine et sur son utilisation sociale. Produits dans le contexte d’une lutte politique extrêmement vive, les deux ouvrages apparaissent comme autant de lettres de mission d’un missionnaire de la République qui utilisa, comme tant d’autres, les codes canoniques du répertoire pédagogique de la démocratie38. Cet académisme républicain qui se nourrit d’une doxa de l’élection ne saurait être uniquement cantonné au registre des expressions de l’action en faveur de la conquête des masses – rurales en particulier – dont Daniel Halévy montra, en en synthétisant les attendus, les modalités et les résultats, qu’elle fut constitutive, chez les opportunistes et les radicaux, d’une réactualisation des manières d’aller au peuple39 dans les années 1870. Car si la République put être une audace, elle fut aussi une aubaine. Il serait en effet un rien naïf de considérer les deux brochures sous le seul angle du manifeste démopédique40 en occultant la dimension sociologique de l’entreprise politique à laquelle leur production (r)attache Sébillot. Vulgariser le droit de vote, en faire l’arche sainte du régime, c’était prôner un discours fidèle à des convictions tout en prenant part aux combats pour la définition du suffrage et sa normalisation41. C’était aussi, pour un individu qui hésitait à se positionner socialement au moment où il les écrivit – peintre ? publiciste ? folkloriste ? –, une façon de se situer politiquement en participant à la construction d’un ordre républicain qui pouvait lui permettre d’intégrer un champ politique en cours d’autonomisation (ses publications en faisaient un de ses agents reconnu comme tel par les autres agents du champ)… et de bénéficier de ses dividendes (l’occupation momentanée d’une place au ministère des Travaux publics lui permit, financièrement et administrativement, de poursuivre et d’étendre son collectage). C’était enfin, en optant pour une stratégie d’inculcation d’un droit civique et en assignant, ce faisant, une mission historique au peuple – la consolidation des institutions – une manière de se placer du côté des professionnels de la politique et des guides compétents pour mener ledit peuple.

    La République de Paul Sébillot : un peuple en trompe-l’œil

    11Il n’est peut-être pas inintéressant de constater que Paul Sébillot se détourna de la littérature de propagande républicaine et tourna le dos à la carrière de l’homme politique qu’il aurait peut-être pu devenir avant d’entamer la publication de son travail de folkloriste. Détail anodin ? Pas si sûr. Comme si les fonctions du scientifique qu’il commençait à devenir ne devaient plus s’encombrer de sa fougue républicaine d’antan. Comme si la légitimité de l’expert ès traditions orales ne pouvait plus tolérer de prises de position dans l’arène politique. Républicain, Sébillot le serait donc publiquement jusqu’au milieu des années 1870, administrativement lorsqu’il fut appelé par son beau-frère au ministère des Travaux publics, historiquement si l’on se réfère aux portraits qui lui ont été consacrés. Reste qu’à défaut de documents, il nous est impossible de qualifier, à l’aune des labellisations inscrites dans le champ politique lors de telle ou telle période, la nature de son républicanisme à la fin de sa vie, au moment, par exemple, où il fit de ses mémoires un feuilleton à découvrir chaque semaine dans Le Breton de Paris. Reste aussi qu’il nous semble nécessaire de rappeler – mais cela paraîtra évident – qu’une opinion peut connaître des inflexions au cours d’une vie en fonction des configurations et du temps qui passe, et qu’il nous semble difficile d’enfermer, une bonne fois pour toutes, ce Bleu de Bretagne, puis de Paris, dans l’unique habit du républicain qu’il avait été à trente ans.

    12Ces réflexions faites en guise de préambule, une question vient « naturellement » à l’esprit : l’œuvre du folkloriste laisserait-elle percer une inclination politique ? En d’autres termes, Sébillot aurait-il utilisé son substrat idéologique pour alimenter, par d’autres moyens, sa bataille en faveur de la République ? Si l’on en juge par le soin méticuleux que mit le très prolifique fondateur de la Revue des Traditions populaires à étanchéifier pratique du savoir et conviction personnelle, la réponse est, en apparence, assurément négative. Symptomatique de cette absence de mélange des genres érigée en règle implicite, l’avant-propos au chapitre portant sur « Les facéties et les bons tours » à l’intérieur du recueil intitulé Littérature orale de la Haute-Bretagne témoigne, en creux, de cette déontologie appliquée à ses objets d’étude : « Ce qui caractérise ces contes facétieux, c’est le peu de respect pour les puissances établies : le héros est presque toujours un pauvre garçon, parfois faible d’esprit, qui finit par arriver à la fortune après s’être moqué des rois, des seigneurs et du clergé. Les moyens employés ne sont pas toujours d’une moralité irréprochable ; mais les auditeurs ne s’en indignent pas, car au-dessus de cette question, secondaire pour eux, il y a la pensée maîtresse de la plupart de ces contes, qui est le triomphe d’un enfant du peuple, en qui se personnifie le peuple lui-même, sur ceux qui ont été pendant si longtemps ses maîtres. Et sans vouloir faire ici une dissertation politique, je puis dire que la note dominante de ces contes facétieux est une note profondément démocratique42 ».

    13Les annotations qui le firent parfois dévier d’une objectivité scientifique brandie, à l’instar des autres sciences sociales43, comme une compétence préalable à la genèse d’une discipline scientifique, sont pour le moins marginales. Critiquant les dégâts causés, de son point de vue, par l’acculturation catholique, Paul Sébillot put écrire à propos des prêtres : « dans une grande partie du pays gallot ces réunions [les veillées] sont devenues moins fréquentes qu’autrefois ; à force de prêcher, le clergé les a souvent fait disparaître, de même qu’il a supprimé les danses, sans que la moralité de la campagne y ait beaucoup gagné44 ». Pour autant, ses considérations sur les évolutions sociales et culturelles dont il était le spectateur et le scripteur ne dépassèrent jamais le stade de la critique voilée. Bien plus qu’un savant mobilisant ses connaissances à des fins partisanes – s’il nota, par exemple, que « Plusieurs maires du Seize-Mai [1877] [avaie]nt été chansonnés de la sorte [sur un mode satirique]45 », il se garda bien d’aller au-delà de cette simple constatation –, il se comporta presque exclusivement comme un observateur qui s’employa à « désidéologiser » les faits qu’il recensa. Terrain favorable à la profération d’une opinion et à l’activation des passions, l’école des débuts de la Troisième République demeura, sous son regard, un périmètre propice à une seule ethnographie des gestes des écoliers et à une recension du quotidien des enfants46. Relatant les coutumes qui environnaient la conscription, il nota, par ailleurs, sans qu’aucun jugement ne vienne altérer la dimension cognitive de son enquête : « En Ille-et-Vilaine, les batailles ont lieu, en général, entre les conscrits des communes patriotes et ceux des communes chouannes. (…) Des conscrits des communes voisines vont, avant et après le tirage, se visiter dans leurs bourgs respectifs, drapeau en tête. Ces réunions ont surtout lieu entre communes de la même opinion politique47 ». Seul le traitement réservé à l’opposition entre les blancs et les bleus pendant la Révolution française souffrit d’une plus grande partialité. Mais ici encore, l’idéologisation du clivage n’excéda pas quelques remarques à lire en creux au fil de la narration : critique des « écrivains ecclésiastiques (…) trop souvent dépourvus de charité et même de justice quand il s’agit des prêtres assermentés48 », élision de la Terreur et disqualification des chouans49, référence au Quatre-vingt-treize de Victor Hugo en tant que source à part entière50 participèrent à l’inflexion de la ligne de conduite et au franchissement – modeste – de la frontière scientifique.

    14Un autre élément accrédite la tendance à la non-politisation de son discours que nous avons cru discerner dans l’œuvre de Sébillot. Ce dernier fut, en effet, attentif à l’introduction des marques républicaines dans la culture populaire qui n’allaient pas tarder à se muer, dans certains endroits, en des traces d’un nouveau folklore républicain. À propos de la fête nationale, il remarqua : « Depuis quelques années, il est aussi d’usage, en un assez grand nombre de communes de cette région [la Haute-Bretagne], d’allumer un feu de joie le 14 juillet ou le dimanche le plus rapproché de la fête de la République51 ». Après avoir classiquement ébauché la monographie de celle qui sera, à bien des égards, sa localité d’adoption – Ercé près Liffré –, il n’omit pas de mentionner un détail que nombre de ses contemporains amateurs et promoteurs d’histoire locale auraient vraisemblablement passé sous silence faute d’imaginer l’intérêt qu’il pouvait y avoir à le relever : « Au mois de juin 1890, M. Yves Guyot, ministre des Travaux publics, appartenant par sa famille à la commune d’Ercé où se passa une partie de son enfance, vint inaugurer une colonne surmontée d’un buste de la République52 ». Il n’empêche, en se tenant à la simple description de ce qu’il avait remarqué, Paul Sébillot n’indexa dans aucun de ces deux cas la pénétration de ces empreintes politiques sur la concrétisation symbolique de la victoire du régime auquel il avait adhéré depuis ses débuts. L’on pourrait alors suggérer que l’occultation volontariste du politique – sous son aspect idéologique – coïncida avec son nouveau positionnement dans le cadre de son projet folkloriste au nom d’une morale scientifique qui se devait d’abandonner toute référence à des combats passés. Au for privé, l’opinion ; au for extérieur, le collectage et l’enquête débarrassés dorénavant d’une inscription dans les débats du moment. Opposition binaire, classique. Ce serait peut-être là faire fausse route si l’on veut bien admettre avec Claude Nicolet que l’idée républicaine s’incarna dans toutes les dimensions de l’espace social et dans le champ scientifique en particulier. Investir le champ de la connaissance de toute la positivité que de nombreux penseurs républicains tenaient pour un progrès considérable dans l’amélioration des questionnements et le dépassement des limites du connaissable53 n’était, après tout, que le volet intellectuel d’une entreprise rationnelle de régénération plus radicale dont le versant institutionnel avait pour nom la République. Il n’est donc pas certain que l’étanchéité de la frontière entre science et politique que Paul Sébillot initia, lui aussi, au cours de ses travaux, procéda d’une disjonction – quand bien même ce fut apparemment le cas – mais, au contraire et plus sûrement, d’une « préemption » de la République en tant que système – pour ne pas dire comme science – sur toutes les facettes du social54.

    15Poussons un peu plus loin l’analyse. En devenant folkloriste, le natif de Matignon dans les Côtes-du-Nord fit du peuple un objet concret qui n’était pas seulement réductible à son rôle de conservatoire des traditions. S’il ne se hasarda jamais à le définir, plusieurs notations permettent de dessiner les contours de ce terme générique qui alimenta, tout au long du xixe siècle, dans les milieux républicains ainsi que dans ceux qui ne s’en réclamaient pas, débats et controverses autour de ses acceptions, de la morphologie sociale qu’il était censé recouvrir ou de la mission historique qui pouvait le connoter. Par-delà les pétitions de principe inhérentes à son statut de spécialiste de littérature orale – il écrivit, par exemple, dans La Bretagne enchantée, « que tout peuple en ses fables se peint55 » –, c’est bel et bien l’aspect monadique d’un peuple un et indivisible – sur le modèle du peuple uni de 1848 dont Sébillot fut aussi, ne l’oublions pas, un enfant56 – qui sembla l’emporter dans la plupart de ses descriptions. Son essentialisation prit indéniablement la forme de l’organicisme et, par voie de conséquence, celle d’un réductionnisme sociologique. Entité insécable, le peuple de Paul Sébillot fut, en effet, plus évidemment rural que citadin et beaucoup plus artisanal qu’ouvrier. Monolithique, en apparence, il put obéir, tout aussi apparemment, à des logiques de différenciation sociale. Au cours de son enquête sur les travaux publics et sur les mines, les prolétaires ne furent pas oubliés. Reste qu’ils furent ravalés à n’être que les palimpsestes de leurs ancêtres57 et que la contemporanéité de leurs conditions de vie fut occultée au nom d’une perception de l’indivision populaire qui, excluant les conflits entre les classes, lui fit écrire, sur le ton de la déploration : « Bien que se trouvant en contact fréquent avec les ouvriers, ingénieurs et conducteurs ne se mêlent pas assez à eux pour connaître les légendes et les superstitions encore vivaces parmi les gens de culture un peu primitive qui travaillent sous leurs ordres58 ». Attestation de son inaptitude à penser la mosaïque sociale et ses transformations dans une France qui s’industrialisait, son ouvrage sur les métiers tira presque exclusivement du côté d’un monde compagnonnique en voie de disparition – son utilisation des réflexions d’Agricol Perdiguier en témoigne59 –, délaissant, ce faisant, une classe ouvrière en cours de formation au prix d’une homogénéisation du social qui s’exprima en ces termes : « Nulle enquête n’était pourtant plus urgente, parce que le nivellement de mœurs, d’usages et d’idées que produit la civilisation moderne se fait surtout sentir dans les villes, où réside le plus grand nombre des gens de métier, et que tout ce qu’ils ont pu conserver d’original est condamné à une disparition prochaine60 ». S’il serait caricatural de faire du folkloriste un savant qui, sous couvert d’une démarche compréhensive, uniformisa le peuple afin d’en faire une catégorie unidimensionnelle, il n’en est pas moins vrai que les distinctions qu’il opéra renvoyèrent le plus fréquemment à un monde en sursis (celui de l’Ancien Régime économique) dont le dépérissement – avéré ou postulé – fut assorti de regrets : « La littérature orale a une tendance à disparaître, non pas en bloc et tout d’un coup, mais par émiettement, et il n’est que temps d’en sauver les débris. (…) Les chansons, en certains pays du moins, sont destinées à disparaître dans un avenir encore plus prochain que les contes ; elles ont à lutter avec les chansons des cafés-concerts et les romances sentimentales que les paysans trouvent de bien meilleur ton que les vieux airs d’autrefois. Aux noces de campagne, où l’on a conservé l’habitude de chanter au dessert, il est rare d’entendre autre chose que les romances sentimentales et prétentieuses qui, il y a vingt ans, étaient populaires dans les villes61 », écrivit-il dans son avant-propos à la Littérature orale de la Haute-Bretagne, de même qu’il souligna, à propos de l’Auvergne, que « ce pays [étai]t sillonné en tous sens par des voies ferrées » et qu’« il perd[ait] de plus en plus son originalité62 ». Sous la plume de Paul Sébillot, le rail, la route et l’industrie auraient donc eu raison des fondements d’une société traditionnelle – de sa société traditionnelle, plus exactement63.

    16C’est ici qu’il nous faut revenir sur le quatrième tome du Folk-Lore de France. Synthèse des travaux qu’il commença d’exécuter à la fin des années 1870, son grand œuvre se conclut sur une partie consacrée, ainsi qu’il la libella, au « peuple et l’histoire ». Somme hybride qui s’abreuva à d’innombrables lectures et à ses enquêtes de terrain, elle offre à ses lecteurs une version finale de la manière dont il objectiva le peuple dans son histoire. Nous ferons deux remarques. La première porte sur l’hypertrophie de la rupture de 1789 que la plupart de ses ouvrages précédents n’avaient cessé de mettre en avant64 : « Aux yeux du peuple, la Révolution est une sorte de jalon chronologique, le seul, – avec le règne de quelques souverains modernes, et la guerre de 1870 – qu’il connaisse réellement. Il lui semble même, et à juste titre, partager en deux son histoire65 », écrivit-il, sans que l’on puisse déterminer ce que cette remarque dut à une conclusion d’ordre scientifique et ce qu’elle dut à l’intériorisation, chez un républicain et chez un intellectuel, d’une césure promue au rang des grandes ruptures à faire valoir auprès de chaque membre de la communauté nationale66. La seconde remarque a trait à l’adéquation foncière entre le peuple et le tiers-état, et ceci même si elle ne s’exprima pas en ces termes-là. En organisant un chapitrage qui épousa la tripartition fonctionnelle de la société d’Ancien Régime, Paul Sébillot ne cessa, implicitement il est vrai mais corrélativement toutefois, d’imaginer le peuple à travers un modèle social qui renvoyait inévitablement à une forme de stabilité organisée autour d’un respect des hiérarchies et d’un ordre politique qui se pensait par la tradition.

    17Paul Sébillot aurait-il été finalement un républicain à son corps défendant et un défenseur des acquis de 1789 par défaut ? Son parcours militant et les gages qu’il offrit à une mise en conformité avec l’histoire officielle véhiculée par le régime – telle qu’elle avait été aussi intimisée par cet auteur qui s’était positionné à gauche – plaident, évidemment, en défaveur de cette hypothèse. Les pages qu’il consacra à la période post-conventionnelle dans le Folk-Lore de France sont d’ailleurs pétries de certains jugements de valeur qui excédèrent, par endroit, l’objectivisme dont il se réclama : « Le souvenir des effroyables tueries impériales était, vers le milieu du xixe siècle, encore très vivant en Bretagne67 », souligna-t-il, par exemple, tandis qu’il n’omit pas de rappeler que « Pendant plusieurs générations, le peuple regarda comme particulièrement calamiteuse la période qui suivit la chute définitive de l’Empire68 ». Enfermer Sébillot dans une catégorie reviendrait, à ce qu’il nous semble, à lui accoler l’étiquette de républicain conservateur. Rien de bien paradoxal à cela : on put être, en effet, progressiste politiquement et scientifiquement (prôner la République et le suffrage universel, participer à une autonomisation de l’espace de la connaissance au nom des mêmes principes qui avaient présidé à l’engagement public) et conservateur socialement. Les observations qu’il fit – rarement – sur la politique dans sa dimension locale et – beaucoup plus fréquemment – sur les affres de la guerre civile vont dans ce sens. Alors que son siècle voyait la multiplication des conflits entre maires et curés dans le cadre d’une affirmation de l’échelon municipal, ses quelques références aux figures archétypales du pouvoir au village furent passées au tamis de la dépolitisation69. À preuve, cet extrait de la préface des Contes merveilleux qui, tout d’une dépréciation discrète d’un monde en train d’advenir, n’en lia pas moins perte d’une culture traditionnelle et introduction de la démocratie à l’échelle communale : « Jadis, on racontait plus volontiers qu’à présent : dans l’hiver les chemins étaient mauvais, on ne pouvait guère sortir de chez soi, et comme alors peu de gens savaient lire, comme les paysans ne s’occupaient pas de politique et ne lisaient pas de journaux, il fallait bien trouver un moyen de charmer l’ennui des longues veillées. Les communications sont maintenant plus aisées et plus fréquentes entre les villages et les bourgs ; on apprend des histoires au marché de la ville, on en lit dans les journaux, et peu à peu les vieux récits s’oublient ; ils disparaîtraient peut-être même tout à fait, si les femmes ne les conservaient dans leur mémoire pour amuser les enfants70 ». Plus ouvertement, le spectre de la guerre civile plana sur l’ensemble de l’œuvre de Paul Sébillot pour des raisons qui tiennent à la fois au traumatisme collectif qui imprégna une partie de la société française après la Commune de Paris et à des considérations d’ordre idéologique. La récurrence de ce thème convie d’ailleurs à relier les deux brochures propagandistes de sa jeunesse à ses travaux de folkloriste pour y découvrir ce même fil conducteur. Pacificatrice, la République devait l’être pour conjurer les divisions et offrir dans le projet de l’unanimisme un débouché politique ouvrant sur les voies de la réconciliation sociale. Antidote aux crises qui avaient affecté le pays et son peuple, elle avait pour mission d’oblitérer les conflits au risque, sinon, de faillir à la mission qu’il lui avait, comme d’autres républicains, impartie. Convoquée à maintes reprises dans ses écrits savants – portant sur « La Révolution », la deuxième partie d’un chapitre sept de ses Légendes locales de la Haute-Bretagne. L’histoire et la légende s’intitula précisément « Les guerres civiles71 » –, la présence de la guerre civile en tant que fait repoussoir ne saurait cependant être entièrement compréhensible si l’on ne plaçait pas en regard de ces multiples références – collectées au cours de ses ouvrages – la part idéologique qui leur assura une aussi grande publicité : à savoir la nécessité pour que l’ordre républicain perdure d’exclure tous les éléments qui viendraient briser l’unité (imprécatoire) du peuple sur lequel cet ordre était, en théorie et en pratique, adossé72. Dépolitisation de son principal objet d’étude, le peuple, d’un côté ; abondance des occurrences concernant la guerre civile dont nous conclurons qu’elle procéda tout autant d’un inventaire scrupuleux des discours tenus sur elle que d’une obsession de l’auteur à les traquer, de l’autre : en décrétant d’emblée que La République c’est la tranquillité, Paul Sébillot se dota, sans le savoir peut-être, d’une armature idéologique à des fins scientifiques. Adepte du consensus à tout prix73, il fut ainsi ce que ses écrits savants laissent entrevoir à demi-mot le plus souvent : un républicain conservateur.

    18Soit. Paul Sébillot serait un républicain conservateur au même titre que nombre de ses contemporains qui, à l’instar d’un Alexandre Chatrian, d’un Jules Clarétie ou d’un Eugène Le Roy74, appartinrent au camp des démocrates et dispensèrent, dans leurs romans, une vision d’un peuple singulièrement paysan, incorrigiblement – et fort heureusement – immobile (à l’exception des moments de révolte où l’instinct et les passions, toutes choses négatives, le disputaient à la raison), continuateur des traditions par-delà les péripéties de l’histoire et les ruptures momentanées du fil du temps75. L’on pourrait alors chercher à traquer dans ses ouvrages les traces d’une idéologie agrarienne76. L’on pourrait aussi multiplier les remarques concernant le refoulement du peuple dans un avant 89 – pensé non pas comme un âge d’or mais bien davantage comme cette période bénie de l’enfance du peuple – que nécessitait son objectivation folkloriste et qui devait contribuer à conforter les élites dans leur rôle de guide et dans leur travail de mobilisation politique. S’il ne s’agit pas de dire que la République fut un prétexte pour Sébillot, il s’agit de souligner que son républicanisme, qui était une déclinaison individuelle d’un ordre politique bourgeois, le condamna à enfermer la société qu’il examina dans une dimension normative et narrative qui revenait à la lisser et à la rendre plus archaïque qu’elle ne l’était. L’on se bornera davantage à examiner d’un peu plus près les relations que nous avons cru deviner entre le folkloriste, la République, le peuple et l’histoire77. Indexer son conservatisme sur un ethnocentrisme de classe qui le fit hésiter entre misérabilisme et populisme – pour reprendre les dénominations qu’ont utilisées Jean-Claude Passeron et Claude Grignon dans leur étude critique sur les rapports entre le savant et le populaire78 – ne saurait nous exonérer d’aller un peu plus loin dans l’étude de ce que fut, en nous plaçant du côté de Sébillot, la République d’un folkloriste républicain. Le protocole d’enquête qu’il soumit à ses pairs après que, dans sa séance du 31 mars 1897, le Comité central de la Société des Traditions populaires lui eut demandé de réimprimer ses questionnaires en y ajoutant « des explications destinées à faciliter la tâche des collecteurs79 », est incontestablement empreint de cet effet de coupure entre celui qui ausculte et ceux qui sont auscultés, dont nous savons qu’il fut – et est encore – le mode opératoire produit et utilisé par les intellectuels, en particulier, pour se distinguer socialement en ne cessant, sous couvert d’objectifs scientifiques, de mettre à distance leur objet afin de jouir de leur position de surplomb : « D’une manière générale, on peut dire que les paysans français appartiennent à une couche de civilisation inférieure, au moins par certains côtés, à celles des habitants des villes qui ont quelque teinture des lettres. Si l’on admet que ces derniers soient des hommes du xixe siècle, bien des paysans sont de deux ou trois siècles en arrière ; parfois même leur culture est celle du moyen âge. Si au point de vue des traditions populaires cet état d’esprit est précieux, parce que les croyances et les légendes ont mieux conservé leur naïveté et leur forme, il constitue à d’autres égards une difficulté. Les paysans, qui ont conscience de la différence d’idées qui les sépare des gens plus avancés en évolution, n’accordent pas facilement leur confiance. Ils craignent qu’on ne se moque de leurs récits du temps passé, et ce n’est pas tout à fait sans raison ; souvent des demi-lettrés sont peu indulgents pour les croyances naïves, arriérées si l’on veut, de leurs concitoyens des champs, et ne se font pas faute d’en rire. (…) Pas plus à la campagne qu’à la ville, la confiance ne se commande ; pour l’obtenir, il faut déployer un certain tact, dont la théorie est assez difficile à démontrer. C’est avant tout affaire d’observation du milieu ambiant. On peut dire toutefois que si l’on a habité pendant quelque temps un pays, et que l’on ait été aimable avec les paysans, pas fier, comme ils disent, il arrive un moment où ils ne sont plus génés, et où l’on peut, sans trop en avoir l’air, obtenir de précieux renseignements. Mais il est nécessaire de s’observer, et, quelle que soit la chose qu’on entende, de ne pas protester contre son absurdité, de ne pas sourire de sa naïveté ; il faut, en un mot, paraître à ce point de vue être dans le même courant qu’eux, s’amuser de leur comique grossier, s’intéresser à leurs légendes (ce qui n’est pas très difficile, plusieurs étant charmantes), et accepter leurs superstitions et leurs croyances sans les discuter80 ».

    19Cet extrait vient souligner un peu plus l’idéologie sous-jacente qui irrigua les travaux scientifiques de Sébillot. Mise à distance sociale et mise à distance temporelle du peuple participèrent, en effet, à un enfermement de ce dernier dans un espace social et dans une temporalité qui le figèrent une bonne fois pour toutes. Paradoxalement, le peuple tel que le pensa le folkloriste et auquel il assigna, ce faisant, une place tout à fait déterminée dans l’histoire, ressemble fort à cette unité sociologique idéalisée dans les frontières qui furent celles de l’Ancien Régime. Appelé à n’être intéressant que parce qu’il était le répétiteur de lui-même et le dépositaire d’un monde que d’aucuns imaginaient dépérir81, ce peuple relégué dans une véritable achronie, alors même que la République l’avait promu comme sa force motrice, répondit aussi à ce que la trajectoire sociale d’un individu comme Sébillot supposait qu’il soit. Car, après tout, par-delà les étiquettes que nous lui avons, après bien d’autres, appliquées, qui fut le très respecté président de la Société d’Anthropologie nommé à cette place en 1905 ? Un petit bourgeois de province devenu un bourgeois parisien. Un homme qui traversa le champ politique et le champ artistique avant d’investir le champ scientifique et d’en faire son terrain d’élection. Un individu dont le parcours aléatoire dans les années 1870 ne saurait masquer combien son positionnement ultérieur ressortit à des logiques sociales qui excèdent sa seule personne. Incapable d’accéder aux premières places qu’il espérait obtenir – l’homme politique ; l’artiste82 –, Paul Sébillot fut, à l’image de nombre de ses contemporains en provenance du même milieu, romanciers régionalistes ou folkloristes qui se replièrent sur une exploration et une interprétation du local après que leurs ambitions nationales avaient été contrariées, un agent de l’exploitation du populaire à des fins, certes scientifiques, mais aussi personnelles83. Cette exploitation, dont il ne s’agit pas de dire qu’elle était uniquement calculée – afin d’éviter de tenir pour acquise une intentionnalité d’un acteur purement rationnel –, peut permettre de comprendre en quoi la construction d’un peuple rivé à ses comportements pré-révolutionnaires correspondit aussi à un impératif social. Suffisamment proche du peuple de par son inscription familiale, mais souhaitant d’autant plus s’en distinguer au risque d’apparaître, sinon, aux yeux des élites intellectuelles auxquelles il voulait s’agréger – selon un processus qui fait que l’objet désigne et classe celui qui l’objective – et qui, d’une certaine manière, l’avaient repoussé sur ce terrain du populaire, comme un de ses représentants, le folkloriste n’avait d’autre choix que d’occulter les aspérités et les métamorphoses à l’œuvre dans la société. Aussi, ne serait-il peut-être pas erroné de suggérer que le magistère républicain à destination d’un peuple à convertir aux bienfaits du suffrage universel – rappelons, de nouveau, que Sébillot appartint à la génération de la conquête des campagnes par les opportunistes et les radicaux – et la réduction savante dudit peuple à un monolithe faussement historicisé et, en fin de compte, fossilisé, ne furent que les deux versants d’une même entreprise politique : celle qui visa à établir une ligne de démarcation entre ces « eux » et ces « nous » au nom d’une République dont les serviteurs surent tirer parti pour accroître la légitimité de leur condition. Compétents pour écrire l’histoire des autres en leur déniant toute contemporanéité et toute capacité de transformation, soucieux de « vendre » le régime en en faisant un anesthésiant des passions – leurs avantages matériels le commandaient inévitablement –, les « Sébillot », qui étaient toujours guettés par un possible déclassement – scientifique, social –, avaient tout intérêt à exciper de leur aptitude à écrire le passé (l’Ancien Régime) et à préparer l’avenir (le modèle républicain) afin de justifier leur position de surplomb84.

    20Si la République de Paul Sébillot ne fut pas que cela, elle fut aussi cela : une construction idéologique qui se nourrit de la capacité qu’eurent certains de ses agents à enfermer le peuple – ce « fonds de commerce » d’autant plus inépuisable qu’il était au cœur de la philosophie, de l’expressivité et de la normativité républicaines – dans un passé diffus et confus, et à inventer un avenir commun qui saurait être le leur en tout premier lieu.

    *

    21Daniel Halévy (1872-1962) avait quelques années au moment où Paul Sébillot défendit, dans ses deux opuscules, une conception de sa République. Il ne venait pas du même milieu (la grande bourgeoisie) que son aîné de trente ans, ne fréquenta pas les mêmes individus, n’eut pas les mêmes ambitions. Il ne fut ni folkloriste ni ethnographe. Ou plutôt, s’il le fut (ethnographe), il le fut sans le savoir vraiment. La lecture du roman d’Émile Guillaumin, La vie d’un simple, le conduisit à rendre visite, à l’improviste, au métayer d’Ygrande en février 1905. Plusieurs retours dans l’Allier allaient suivre qui donneraient forme aux Visites aux paysans du centre85. Leur lecture invite à déceler plusieurs niveaux d’interprétation : apologie de la ruralité, expression d’une rencontre entre un socialiste hétérodoxe gagné par un pessimisme social et politique et des ruraux du Bourbonnais engagés dans une lutte syndicale pour l’avènement d’une République qui saurait les protéger, attachement à une France provinciale peu gagnée par l’industrialisation… Notablement insuffisante, la liste des rencontres possibles entre un livre – classique – et son lectorat ne saurait passer sous silence l’acuité du regard que l’écrivain parisien porta sur les transformations en cours dans les campagnes qu’il ausculta. Maurice Agulhon l’a d’ailleurs souligné à fort juste titre : « Dans l’Allier républicain où naissait ce syndicalisme rural, Halévy a connu des paysans émancipés, des citoyens passés par l’école, la lecture du journal, la vie municipale. Tout le prix de son témoignage est là précisément, à nos yeux. À mi-chemin entre un discours conventionnel sur le progrès des institutions et un discours tout aussi classique sur l’éternelle peine des champs, il nous montre des vies réelles avec l’amalgame concret du séculaire et de l’actuel86 ». À Sébillot le folklore, à Halévy l’ethnographie. Un tantinet manichéenne et un brin provocatrice, l’opposition (posée en ces termes) entre deux individus, deux parcours et deux œuvres, n’entend pas établir une frontière épistémologique entre deux disciplines, dont l’une ressortirait à un archaïsme méthodologique et cognitif et l’autre à une modernité scientifique. Elle souhaite souligner davantage ce qui demeure une énigme à bien des égards : l’élaboration d’un savoir spécifique sur les pratiques « populaires » dont certains des membres du champ intellectuel se firent les spécialistes au nom de ces logiques tout autant sociales que politiques qui restent fréquemment dans l’ombre… et, pour tout dire, qu’il reste à étudier.

    Notes de bas de page

    1Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, volume 4 : Le peuple et l’histoire, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1968 [1907], p. 379-393.

    2Françoise Loux, « Préliminaire sur Paul Sébillot », dans Paul Sébillot, Le folklore de France. Le peuple et l’histoire, Paris, Éditions Imago, 1986 [1907], p. 9-12, p. 9.

    3Claudie Voisenat, « Les archives improbables de Paul Sébillot », Gradhiva, n° 30-31, 2001-2002, p. 153-166, p. 157.

    4À l’instar de Luzel par exemple. Voir la biographie de Françoise Morvan, François-Marie Luzel. Enquête sur une expérience de collecte folklorique en Bretagne, Rennes, Terre de Brume Éditions - Presses Universitaires de Rennes, 1999, p. 222-223.

    5Paul Sébillot fit publier ses souvenirs sous la forme d’un feuilleton, chaque semaine, dans Le Breton de Paris entre le 7 décembre 1913 et le 2 août 1914.

    6Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 18 janvier 1914.

    7Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 8 mars 1914.

    8Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 31 mai 1914.

    9Maurice Le Lannou, Un Bleu de Bretagne. Souvenirs d’un fils d’instituteur de la IIIe République, Paris, Éditions Hachette, 1979, p. 15-16 et p. 25-27 en particulier ; Michel Vovelle, « Conclusion générale », dans Les Bleus de Bretagne de la Révolution à nos jours. Actes du colloque de Saint-Brieuc – Ploufragan, 3 au 5 octobre 1990, Saint-Brieuc, Fédération « Côtes-du-Nord 1989 », 1991, p. 435-443.

    10Maurice Agulhon, Les Quarante-huitards, Paris, Éditions Gallimard/Julliard, 1975.

    11Michel Denis rappelait qu’à l’instar du républicain Adolphe Morhéry qui embrassa la cause libérale en faisant ses études de médecine à Paris – il fut nommé commissaire du gouvernement provisoire dans le Finistère en 1848 –, Pierre Sébillot reçut l’enseignement de Broussais qui « eut une forte influence politique sur ses élèves ». Il souligna au surplus : « Plusieurs d’entre eux, pas tous médecins, se sont aussi installés en Bretagne, contribuant à propager les idées républicaines, en particulier (…) Pierre Sébillot (Matignon) », La Bretagne des Blancs et des Bleus, 1815-1880 (en collaboration avec Claude Geslin), Rennes, Éditions Ouest-France, 2003, p. 155.

    12Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, procès-verbal des élections municipales du 30 juillet 1848.

    13Conservés à la mairie de Matignon, les registres des délibérations du conseil municipal ne débutent qu’en 1867.

    14Datée de 1849, une liste des maires et adjoints nommés par les conseillers municipaux nous apprend que Charles Vissenaire était maire tandis que Jacques Cordon, qui allait lui succéder en 1852, était son adjoint (Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 212).

    15Arch. dép. Côtes d’Armor, 1 Z 69. Résultats du plébiscite de décembre 1851 : 381 électeurs, 331 votants, 323 oui, 5 non, 3 bulletins annulés. Résultats du plébiscite de novembre 1852 : 392 électeurs, 326 votants, 320 oui, 2 non, 4 bulletins annulés.

    16Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, procès-verbal des élections municipales du 30 avril 1871.

    17Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375.

    18Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, notice de l’administration préfectorale du 17 mai 1896.

    19André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris, Éditions de l’Imprimerie nationale, 1995 [1913], p. 186-187. Plus mesuré dans la caractérisation de la carte politique, Patrick Pierre rappelle : « S’il est une région difficile à classer c’est bien l’est des Côtes-du-Nord. La droite y est majoritaire tout au long de la période [la Troisième République] mais, pourtant, des évolutions sont en cours. (…) À Dinan 2 la famille de Largentaye est élue de 1871 à 1910, le fils succède au père en 1881. Mais sur ces dix élections, cinq voient la possibilité de choix pour les électeurs. La faiblesse des républicains explique en partie le maintien de la domination des nobles », Les Bretons et la République. La construction de l’identité bretonne sous la Troisième République, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p. 271-273.

    20Nathalie Bayon, Eugène Spuller (1835-1896), itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement, doctorat d’histoire (Marc Agostino, dir.), 2 volumes, Université Bordeaux 3, 2001, volume 1, p. 85.

    21Jean-Claude Wartelle, « La Société d’Anthropologie de Paris de 1859 à 1920 », Revue d’Histoire des Sciences Humaines, n° 10, 2004, p. 125-171, p. 134-135.

    22Voir l’article complet de Jean-Claude Wartelle, « Yves Guyot ou le libéralisme de combat », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 7, 1998, p. 73-109.

    23Un exemple, parmi tant d’autres, de cette duplication d’une attitude politique tenue pour évidente ; Jean-Yves Ruaux écrit : « À Rennes, où il opte pour le droit, Paul Sébillot noue relation avec Yves Guyot, fils d’un avocat, dont la rencontre sera déterminante pour son existence. Paul Sébillot épouse la sœur et les idées de ce journaliste pamphlétaire républicain, entièrement mû par l’ambition politique et l’assainissement des mœurs », « Paul Sébillot. Le notaire de la mémoire d’un peuple », Le pays de Dinan, tome 5, 1985, p. 115-137, p. 117.

    24La notice que lui consacra le Dictionnaire national des contemporains dans son quatrième tome (sous la direction de C.-E. Curinier, Paris, Office général d’édition de librairie & d’imprimerie, s. d.) rappelait, page 283, que Sébillot était membre de la Société des Gens de Lettres, de l’Association des Journalistes parlementaires, de la Société de Linguistique, de la Société d’Anthropologie, etc.

    25Raymond Huard, Le suffrage universel en France, 1848-1946, Paris, Éditions Aubier, 1991, p. 101.

    26Voir l’ouvrage de Jérôme Grévy, La République des opportunistes, 1870-1885, Paris, Éditions Perrin, 1998, p. 29-48 en particulier.

    27Paul Sébillot, La République c’est la tranquillité, Paris, Librairie du Suffrage Universel, 1875, p. 5.

    28Ibidem, p. 6.

    29Paul Sébillot, Nouveau Manuel des électeurs, Paris, Librairie du Suffrage Universel, 1876, p. 31.

    30Paul Sébillot notait : « La République de 1792 donna le droit de suffrage à peu près à tous les citoyens, et ce fut Napoléon Ier qui leur ravit ce droit. (…) Ce fut la République de 1848 qui établit le Suffrage universel (décret du 14 mars 1848. – Loi du 4-10 novembre 1848). À partir de cette date mémorable, tout citoyen français âgé de 21 ans, jouissant de ses droits civiques et inscrit sur une liste électorale, fut électeur », Nouveau Manuel des électeurs, ouv. cité, p. 6 et p. 7.

    31Pierre Nora, « Lavisse, instituteur national. Le "Petit Lavisse, évangile de la République" », dans Les lieux de mémoire (Pierre Nora, dir.), volume I : La République, Paris, Éditions Gallimard, 1984, p. 247-289, p. 273.

    32Paul Sébillot, Nouveau Manuel des électeurs, ouv. cité, p. 1.

    33Paul Sébillot, La République c’est la tranquillité, ouv. cité, p. 26.

    34Sylvie Aprile, Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899) et son entourage. Étude biographique et analyse politique d’une aristocratie républicaine, doctorat d’histoire (Adeline Daumard, dir.), 3 volumes, Université Paris 1, 1994, volume 1, p. 430-432.

    35Jean El Gammal, Politique et poids du passé dans la France "fin de siècle", Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 1999, p. 534-535.

    36Jean El Gammal souligne : « À l’évidence, c’est dans la France du Nord-Ouest que la notion de poids du passé trouve le champ d’application le plus vaste », Politique et poids du passé dans la France "fin de siècle", ouv. cité, p. 203.

    37À propos des échecs successifs de la monarchie depuis 1789, Paul Sébillot nota : « Louis XVI périt sur l’échafaud parce que, au lieu d’accepter des réformes nécessaires et de respecter la constitution qu’il avait jurée, il appela l’étranger en France pour rétablir les privilèges de la noblesse. C’est sa résistance et les imprudences des émigrés qui firent sortir la révolution de la voie pacifique qui avait marqué son début », La République c’est la tranquillité, ouv. cité, p. 7.

    38Par comparaison, l’on peut penser, par exemple, aux almanachs républicains de la Seconde République sur lesquels s’est penché Ronald Gosselin, Les almanachs républicains. Traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (1840-1851), Paris-Sainte-Foy, Éditions L’Harmattan-Presses de l’Université Laval, 1992.

    39Daniel Halévy, La fin des notables, Paris, Éditions Grasset, 1944 [1930], p. 120 (« Le suffrage universel n’est pas pour eux cette force monstrueuse dont s’effrayent les Renan, les Taine, les Flaubert, ni cette force encore mal connue, inquiétante, qu’un Thiers se croit de taille à dominer. Pour eux, c’est autre chose, c’est une force qu’ils ont vue de très près, touchée, et ils commencent de savoir que, pour l’apprivoiser, pour la manier et manœuvrer, il y a des ressorts ») et le chapitre 8 « Les radicaux vainqueurs dans les campagnes », p. 133-150. Voir aussi les pages que consacre Jérôme Grévy à l’action électorale dans La République des opportunistes, 1870-1885, ouv. cité, p. 204-207 en particulier.

    40Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Éditions Gallimard, 1992, p. 355-357.

    41Voir l’article de Laurent Quéro, « Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995) », Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, n° 2-3, 1997, p. 11-19.

    42Paul Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1881, p. 87-88. C’est nous qui soulignons.

    43Voir, par exemple, Laurent Mucchielli, La découverte du social. Naissance de la sociologie en France (1870-1914), Paris, Éditions La Découverte, 1998, p. 220.

    44Paul Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, ouv. cité, p. IV.

    45Ibidem, p. 263.

    46Paul Sébillot, Coutumes populaires de Haute-Bretagne, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1886, p. 36-60.

    47Ibidem, p. 82.

    48Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 382.

    49Voir, en particulier, Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, Nantes, Société des Bibliophiles bretons et de l’Histoire de Bretagne, 1900, p. 158-173, et Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 380-392.

    50Ibidem, p. 382 par exemple.

    51Ibidem, p. 247-248.

    52Paul Sébillot, « Ercé près Liffré et le château du Bordage », Revue Historique de l’Ouest, janvier 1894, p. 17-30, p. 28. Information corroborée dans l’ouvrage de Maurice Agulhon, Marianne au pouvoir. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1880 à 1914, Paris, Éditions Flammarion, 1989, p. 419.

    53Claude Nicolet, L’idée républicaine en France (1789-1924). Essai d’histoire critique, Paris, Éditions Gallimard, collection Tel, 1994 [1982], p. 189-193. Voir, aussi, Christophe Charle, La République des universitaires, 1870-1940, Paris, Éditions du Seuil, 1994, p. 180.

    54Claude Nicolet, L’idée républicaine en France (1789-1924). Essai d’histoire critique, ouv. cité, p. 311-324.

    55Paul Sébillot, La Bretagne enchantée. Poésies sur des thèmes populaires, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1969 [1899], p. 266. Il rappela aussi : « Souvent la littérature orale reflète exactement les idées populaires, et forme un complément utile aux faits constatés par les écrivains », Légendes et curiosités des métiers, Marseille, Laffitte Reprints, 1981 (réimpression de l’édition de Paris, 1895), p. V. Il souligna enfin : « Il ne sera peut-être pas inutile, pour la connaissance de notre pays, de lire, à côté de l’histoire qui résulte de l’examen et de la mise au point des documents écrits, celle, si fragmentaire qu’elle soit, que le peuple s’est faite un peu à son image, qu’il s’agisse de personnages sacrés ou de héros profanes, où se reflètent, avec toute sincérité, les préjugés, les croyances et les sentiments intimes d’autrefois, quelque peu mélangés avec ceux d’aujourd’hui », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Première partie : Le monde physique, Nantes, Société des Bibliophiles bretons et de l’Histoire de Bretagne, 1899, p. XI.

    56Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, ouv. cité, p. 284-294.

    57Il écrivit : « Sans doute, dans les mines anglaises, et aussi dans celles de plusieurs autres pays, les ouvriers sont arrivés à un degré de culture supérieur à celui de leurs ancêtres ; mais il ne faudrait pas en inférer que tout d’un coup les croyances traditionnelles au surnaturel ont disparu », Les travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays, Paris, J. Rothschild éditeur, 1894, p. 390.

    58Ibidem, p. XIII.

    59Voir les réflexions de Maurice Agulhon dans sa « Présentation » de l’ouvrage d’Agricol Perdiguier, Mémoires d’un compagnon, Paris, Éditions de l’Imprimerie nationale, 1992 [1854-1855], p. 7-25, p. 20 en particulier.

    60Paul Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, ouv. cité, p. I. Quelques rares notations font mention d’un monde des métiers soumis à de grandes transformations : « Depuis vingt ans, ce compagnonnage a été peu à peu remplacé par des chambres syndicales et des groupes corporatifs locaux, qu’une vaste société a fédérés, en 1880, pour toute la France », p. 344.

    61Paul Sébillot, La littérature orale de la Haute-Bretagne, ouv. cité, p. XI-XII.

    62Paul Sébillot, Littérature orale de l’Auvergne, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1898, p. VIII.

    63Symptomatique de sa déploration d’une société qui se transformait, sa description de la Haute-Bretagne dans le dernier quart du xixe siècle lui fit écrire : « Je crois cependant qu’à l’heure actuelle on ne retrouverait peut-être plus, sinon à un état beaucoup plus fruste, des récits que j’ai pu recueillir, il y a une vingtaine d’années, et qui n’étaient pas trop altérés, dans des pays alors dépourvus de voies de communications rapides, ou au bord de la mer, dans des petits ports que l’invasion des baigneurs n’avait fait qu’effleurer », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Première partie : Le monde physique, ouv. cité, p. V.

    64C’est le cas, par exemple, dans sa monographie d’Ercé près Liffré, « Ercé près Liffré et le château du Bordage », art. cité, p. 26 en particulier.

    65Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 379. Il est à remarquer que Paul Sébillot avait écrit exactement la même chose, quelques années auparavant, à propos de la seule Haute-Bretagne : « Aux yeux du peuple, la Révolution est une période à part, une sorte de jalon chronologique, le seul – avec le règne de quelques souverains modernes, et la guerre de 1870 – qu’il connaisse réellement. Il lui semble même, et à juste titre, partager en deux son histoire. (…) En Ille-et-Vilaine et dans la partie française des Côtes-du-Nord, les paysans rapportent au temps de la "grande Révolution" presque tous les événements importants qui se perdent dans la nuit des âges », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, ouv. cité, p. 156.

    66Daniel Fabre rappelle toutefois : « Partout, avant toute uniformisation scolaire, en deçà du jugement politique, les paysans du xixe siècle voient dans la Révolution – la "Grande Révolution" – l’unique césure du temps, celle qui sépare autrefois et aujourd’hui. (…) En retenant d’abord les drames de cette rupture, la mémoire révolutionnaire villageoise ressasse la douloureuse entrée dans le flux du temps historique », « Une culture paysanne », dans Histoire de la France (André Burguière et Jacques Revel (dir.), volume 4 : Les formes de la culture, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 121-216, p. 198.

    67Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 395.

    68Ibidem, p. 400. Il nota en outre : « La Restauration n’a laissé dans les souvenirs populaires que des traces peu nombreuses, et peu intéressantes, qui semblent effacées aujourd’hui », p. 400.

    69Paul Sébillot, Joyeuses Histoires de Bretagne, Rennes, Éditions Terre de Brume, 2001 [1910], p. 65-68.

    70Paul Sébillot, Contes merveilleux, Rennes, Terre de Brume, 1998 [1880], p. 13. C’est nous qui soulignons.

    71Paul Sébillot, Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, ouv. cité. Il fit ce constat : « Pendant cette époque malheureuse où l’on vit des gens de même race, parfois des voisins, s’armer les uns contre les autres, il y eut des deux côtés des actes de bravoure et d’héroïsme, de nobles dévouements, mais aussi, comme dans toutes les guerres civiles, nombre d’atrocités furent commises. (…) Ce n’est pas ici le lieu de discuter le bien fondé des attributions faites soit aux bleus soit aux royalistes : il est permis toutefois de faire remarquer que, de part et d’autre, derrière les belligérants, se trouvaient des enfants perdus, des gens sans aveu, qui quelle que soit la cocarde dont ils se parent, appartiennent surtout au parti du crime », p. 167.

    72Jean-Clément Martin, « La "guerre civile" : une notion explicative en histoire ? », dans La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire, Paris, Éditions Perrin, collection Tempus, 2007, p. 108-133, p. 118-119.

    73En un sens, la mention des dédicataires de 80 des 85 poésies de La Bretagne enchantée qui furent aussi différents politiquement que Charles Le Goffic, Frédéric Mistral, Régis de l’Estourbeillon ou Yves Guyot, outre qu’elle lui permettait de montrer que le champ scientifique tel qu’il le concevait était hermétique aux divisions politiques et d’attester l’étendue de son réseau, souligna aussi l’importance de la fonction consensuelle qu’il impartissait à la République.

    74Mettant l’accent sur le côté émancipateur d’une Révolution française faite aussi par et pour les paysans, Emmanuel Le Roy Ladurie rappelle dans sa préface de l’ouvrage de Le Roy : « Texte richissime ! Il contient, à lui tout seul, une certaine moralité de la Révolution française et de la IIIe République réunies », Jacquou le Croquant, Paris, Éditions du Livre de poche, 1997 [1899], p. 17. Fausta Garavini souligne en revanche : « En réalité, l’idéal que Jacquou caresse est celui de l’époque pré-révolutionnaire, personnalisée par Galibert symbolisant l’harmonie de l’ancienne société française. La quête de l’émancipation et de la liberté débouche pour le croquant sur un rêve nostalgique qu’il est risible d’identifier comme progressiste », « Un exemple d’utilisation régressive de l’idée de peuple : "Jacquou le Croquant" », Romantisme, volume 5, n° 9, 1975, p. 65-76, p. 76.

    75Rémy Ponton, « Les images de la paysannerie dans le roman rural de la fin du 19e siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, volume 17, n° 1, 1977, p. 62-71, p. 63-64.

    76Pierre Barral, Les agrariens français de Méline à Pisani, Paris, Éditions Armand Colin, 1968, p. 128-137.

    77Ainsi que les remarques de Michel de Certeau dans « La beauté du mort » (chapitre écrit en collaboration avec Dominique Julia et Jacques Revel) nous y engagent ; voir La culture au pluriel, Paris, Éditions Christian Bourgois, 1980 [1974], p. 49-80. Michel de Certeau nota : « La période 1850-1890 définit une seconde étape de ce culte castrateur rendu à un peuple que l’on constitue désormais comme objet de "science". Encore faut-il s’interroger sur les postulats sous-jacents du « folklorisme ». C’est au moment même où le colportage est poursuivi avec la plus grande vigueur que les beaux esprits se penchent avec délectation sur les livres et les contenus populaires », p. 55.

    78Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales-Gallimard-Le Seuil, 1989, p. 31-37 en particulier. Voir, aussi, la mise au point stimulante de Bernard Pudal, « Le populaire à l’encan », Politix, n° 14, 1991, p. 53-64.

    79Paul Sébillot, « Instructions et questionnaires », dans Annuaire des Traditions populaires, Paris, Maisonneuve & Ch. Leclerc-Émile Lechevalier, 1887, p. 9.

    80Ibidem, p. 103-104.

    81Rémy Ponton souligne : « Un autre motif du travail des auteurs est l’idée d’une sauvegarde à réaliser, au moyen de l’écrit, de ce qui est menacé de disparaître. Il s’y manifeste l’existence d’un lien entre les écrits de type champêtre et un mouvement plus large de constitution du folklore comme expression culturelle des populations rurales et savoir sur cet objet », « Sur la constitution de la catégorie du "populaire" après 1848. À propos de quelques contemporains d’Alphonse Daudet », Politix, n° 14, 1991, p. 65-72, p. 71.

    82Une strophe d’une poésie ne suffit-elle pas à rendre préhensile la contrariété d’un homme contraint de bifurquer de la littérature vers le collectage de la littérature orale ? : « Car nos contes n’ont point de ces bas sentiments / Que l’on voit aujourd’hui s’étaler aux romans ; / Le faible est protégé, ne fût-il qu’un insecte, / Et nos écrits sont pleins de morale indirecte », La Bretagne enchantée. Poésies sur des thèmes populaires, ouv. cité, p. 268.

    83Voir, par comparaison, l’interprétation du positionnement de Frédéric Mistral dans le champ littéraire et les répercussions qu’il eut dans son appréhension du monde d’oc que donne Anne-Marie Thiesse : Écrire la France. Le mouvement littéraire régionaliste de langue française entre la Belle Époque et la Libération, Paris, Presses Universitaires de France, 1991, p. 24.

    84Ce que soulignait Pierre Bourdieu : « Le fait d’être ou de se sentir autorisé à parler du "peuple" ou à parler pour (au double sens) le "peuple" peut constituer, par soi, une force dans les luttes internes aux différents champs ; politique, religieux, artistique, etc. – force d’autant plus grande que l’autonomie relative du champ considéré est plus faible », « Les usages du "peuple" », Choses dites, Paris, Éditions de Minuit, 1987, p. 178-184, p. 178. Voir, pour une comparaison, l’article de Francine Muel, « Les instituteurs, les paysans et l’ordre républicain », Actes de la recherche en sciences sociales, volume 17, n° 1, 1977, p. 37-61, p. 42-43 en particulier.

    85Sur cette partie de la vie de Daniel Halévy, nous renvoyons à la biographie de Sébastien Laurent, Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Éditions Grasset, 2001, p. 243-257.

    86Maurice Agulhon, « Préface », dans Daniel Halévy, Visites aux paysans du Centre (1907-1934), Paris, Éditions Hachette, collection Pluriel, 1995 [1934], p. 15-29, p. 18.

    Auteur

    • Laurent Le Gall

      Maître de conférences en histoire contemporaine, CERHIO, CNRS UMR 6258, Université de Bretagne-Sud (Lorient)

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    1Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, volume 4 : Le peuple et l’histoire, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1968 [1907], p. 379-393.

    2Françoise Loux, « Préliminaire sur Paul Sébillot », dans Paul Sébillot, Le folklore de France. Le peuple et l’histoire, Paris, Éditions Imago, 1986 [1907], p. 9-12, p. 9.

    3Claudie Voisenat, « Les archives improbables de Paul Sébillot », Gradhiva, n° 30-31, 2001-2002, p. 153-166, p. 157.

    4À l’instar de Luzel par exemple. Voir la biographie de Françoise Morvan, François-Marie Luzel. Enquête sur une expérience de collecte folklorique en Bretagne, Rennes, Terre de Brume Éditions - Presses Universitaires de Rennes, 1999, p. 222-223.

    5Paul Sébillot fit publier ses souvenirs sous la forme d’un feuilleton, chaque semaine, dans Le Breton de Paris entre le 7 décembre 1913 et le 2 août 1914.

    6Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 18 janvier 1914.

    7Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 8 mars 1914.

    8Paul Sébillot, « Mémoires d’un Breton de Paris », dans Le Breton de Paris, 31 mai 1914.

    9Maurice Le Lannou, Un Bleu de Bretagne. Souvenirs d’un fils d’instituteur de la IIIe République, Paris, Éditions Hachette, 1979, p. 15-16 et p. 25-27 en particulier ; Michel Vovelle, « Conclusion générale », dans Les Bleus de Bretagne de la Révolution à nos jours. Actes du colloque de Saint-Brieuc – Ploufragan, 3 au 5 octobre 1990, Saint-Brieuc, Fédération « Côtes-du-Nord 1989 », 1991, p. 435-443.

    10Maurice Agulhon, Les Quarante-huitards, Paris, Éditions Gallimard/Julliard, 1975.

    11Michel Denis rappelait qu’à l’instar du républicain Adolphe Morhéry qui embrassa la cause libérale en faisant ses études de médecine à Paris – il fut nommé commissaire du gouvernement provisoire dans le Finistère en 1848 –, Pierre Sébillot reçut l’enseignement de Broussais qui « eut une forte influence politique sur ses élèves ». Il souligna au surplus : « Plusieurs d’entre eux, pas tous médecins, se sont aussi installés en Bretagne, contribuant à propager les idées républicaines, en particulier (…) Pierre Sébillot (Matignon) », La Bretagne des Blancs et des Bleus, 1815-1880 (en collaboration avec Claude Geslin), Rennes, Éditions Ouest-France, 2003, p. 155.

    12Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, procès-verbal des élections municipales du 30 juillet 1848.

    13Conservés à la mairie de Matignon, les registres des délibérations du conseil municipal ne débutent qu’en 1867.

    14Datée de 1849, une liste des maires et adjoints nommés par les conseillers municipaux nous apprend que Charles Vissenaire était maire tandis que Jacques Cordon, qui allait lui succéder en 1852, était son adjoint (Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 212).

    15Arch. dép. Côtes d’Armor, 1 Z 69. Résultats du plébiscite de décembre 1851 : 381 électeurs, 331 votants, 323 oui, 5 non, 3 bulletins annulés. Résultats du plébiscite de novembre 1852 : 392 électeurs, 326 votants, 320 oui, 2 non, 4 bulletins annulés.

    16Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, procès-verbal des élections municipales du 30 avril 1871.

    17Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375.

    18Arch. dép. Côtes d’Armor, 3 M 375, notice de l’administration préfectorale du 17 mai 1896.

    19André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris, Éditions de l’Imprimerie nationale, 1995 [1913], p. 186-187. Plus mesuré dans la caractérisation de la carte politique, Patrick Pierre rappelle : « S’il est une région difficile à classer c’est bien l’est des Côtes-du-Nord. La droite y est majoritaire tout au long de la période [la Troisième République] mais, pourtant, des évolutions sont en cours. (…) À Dinan 2 la famille de Largentaye est élue de 1871 à 1910, le fils succède au père en 1881. Mais sur ces dix élections, cinq voient la possibilité de choix pour les électeurs. La faiblesse des républicains explique en partie le maintien de la domination des nobles », Les Bretons et la République. La construction de l’identité bretonne sous la Troisième République, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2001, p. 271-273.

    20Nathalie Bayon, Eugène Spuller (1835-1896), itinéraire d’un républicain entre Gambetta et le Ralliement, doctorat d’histoire (Marc Agostino, dir.), 2 volumes, Université Bordeaux 3, 2001, volume 1, p. 85.

    21Jean-Claude Wartelle, « La Société d’Anthropologie de Paris de 1859 à 1920 », Revue d’Histoire des Sciences Humaines, n° 10, 2004, p. 125-171, p. 134-135.

    22Voir l’article complet de Jean-Claude Wartelle, « Yves Guyot ou le libéralisme de combat », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, n° 7, 1998, p. 73-109.

    23Un exemple, parmi tant d’autres, de cette duplication d’une attitude politique tenue pour évidente ; Jean-Yves Ruaux écrit : « À Rennes, où il opte pour le droit, Paul Sébillot noue relation avec Yves Guyot, fils d’un avocat, dont la rencontre sera déterminante pour son existence. Paul Sébillot épouse la sœur et les idées de ce journaliste pamphlétaire républicain, entièrement mû par l’ambition politique et l’assainissement des mœurs », « Paul Sébillot. Le notaire de la mémoire d’un peuple », Le pays de Dinan, tome 5, 1985, p. 115-137, p. 117.

    24La notice que lui consacra le Dictionnaire national des contemporains dans son quatrième tome (sous la direction de C.-E. Curinier, Paris, Office général d’édition de librairie & d’imprimerie, s. d.) rappelait, page 283, que Sébillot était membre de la Société des Gens de Lettres, de l’Association des Journalistes parlementaires, de la Société de Linguistique, de la Société d’Anthropologie, etc.

    25Raymond Huard, Le suffrage universel en France, 1848-1946, Paris, Éditions Aubier, 1991, p. 101.

    26Voir l’ouvrage de Jérôme Grévy, La République des opportunistes, 1870-1885, Paris, Éditions Perrin, 1998, p. 29-48 en particulier.

    27Paul Sébillot, La République c’est la tranquillité, Paris, Librairie du Suffrage Universel, 1875, p. 5.

    28Ibidem, p. 6.

    29Paul Sébillot, Nouveau Manuel des électeurs, Paris, Librairie du Suffrage Universel, 1876, p. 31.

    30Paul Sébillot notait : « La République de 1792 donna le droit de suffrage à peu près à tous les citoyens, et ce fut Napoléon Ier qui leur ravit ce droit. (…) Ce fut la République de 1848 qui établit le Suffrage universel (décret du 14 mars 1848. – Loi du 4-10 novembre 1848). À partir de cette date mémorable, tout citoyen français âgé de 21 ans, jouissant de ses droits civiques et inscrit sur une liste électorale, fut électeur », Nouveau Manuel des électeurs, ouv. cité, p. 6 et p. 7.

    31Pierre Nora, « Lavisse, instituteur national. Le "Petit Lavisse, évangile de la République" », dans Les lieux de mémoire (Pierre Nora, dir.), volume I : La République, Paris, Éditions Gallimard, 1984, p. 247-289, p. 273.

    32Paul Sébillot, Nouveau Manuel des électeurs, ouv. cité, p. 1.

    33Paul Sébillot, La République c’est la tranquillité, ouv. cité, p. 26.

    34Sylvie Aprile, Auguste Scheurer-Kestner (1833-1899) et son entourage. Étude biographique et analyse politique d’une aristocratie républicaine, doctorat d’histoire (Adeline Daumard, dir.), 3 volumes, Université Paris 1, 1994, volume 1, p. 430-432.

    35Jean El Gammal, Politique et poids du passé dans la France "fin de siècle", Limoges, Presses Universitaires de Limoges, 1999, p. 534-535.

    36Jean El Gammal souligne : « À l’évidence, c’est dans la France du Nord-Ouest que la notion de poids du passé trouve le champ d’application le plus vaste », Politique et poids du passé dans la France "fin de siècle", ouv. cité, p. 203.

    37À propos des échecs successifs de la monarchie depuis 1789, Paul Sébillot nota : « Louis XVI périt sur l’échafaud parce que, au lieu d’accepter des réformes nécessaires et de respecter la constitution qu’il avait jurée, il appela l’étranger en France pour rétablir les privilèges de la noblesse. C’est sa résistance et les imprudences des émigrés qui firent sortir la révolution de la voie pacifique qui avait marqué son début », La République c’est la tranquillité, ouv. cité, p. 7.

    38Par comparaison, l’on peut penser, par exemple, aux almanachs républicains de la Seconde République sur lesquels s’est penché Ronald Gosselin, Les almanachs républicains. Traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (1840-1851), Paris-Sainte-Foy, Éditions L’Harmattan-Presses de l’Université Laval, 1992.

    39Daniel Halévy, La fin des notables, Paris, Éditions Grasset, 1944 [1930], p. 120 (« Le suffrage universel n’est pas pour eux cette force monstrueuse dont s’effrayent les Renan, les Taine, les Flaubert, ni cette force encore mal connue, inquiétante, qu’un Thiers se croit de taille à dominer. Pour eux, c’est autre chose, c’est une force qu’ils ont vue de très près, touchée, et ils commencent de savoir que, pour l’apprivoiser, pour la manier et manœuvrer, il y a des ressorts ») et le chapitre 8 « Les radicaux vainqueurs dans les campagnes », p. 133-150. Voir aussi les pages que consacre Jérôme Grévy à l’action électorale dans La République des opportunistes, 1870-1885, ouv. cité, p. 204-207 en particulier.

    40Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, Paris, Éditions Gallimard, 1992, p. 355-357.

    41Voir l’article de Laurent Quéro, « Objets d’élection : les manuels électoraux français (1790-1995) », Scalpel. Cahiers de sociologie politique de Nanterre, n° 2-3, 1997, p. 11-19.

    42Paul Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1881, p. 87-88. C’est nous qui soulignons.

    43Voir, par exemple, Laurent Mucchielli, La découverte du social. Naissance de la sociologie en France (1870-1914), Paris, Éditions La Découverte, 1998, p. 220.

    44Paul Sébillot, Littérature orale de la Haute-Bretagne, ouv. cité, p. IV.

    45Ibidem, p. 263.

    46Paul Sébillot, Coutumes populaires de Haute-Bretagne, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1886, p. 36-60.

    47Ibidem, p. 82.

    48Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 382.

    49Voir, en particulier, Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, Nantes, Société des Bibliophiles bretons et de l’Histoire de Bretagne, 1900, p. 158-173, et Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 380-392.

    50Ibidem, p. 382 par exemple.

    51Ibidem, p. 247-248.

    52Paul Sébillot, « Ercé près Liffré et le château du Bordage », Revue Historique de l’Ouest, janvier 1894, p. 17-30, p. 28. Information corroborée dans l’ouvrage de Maurice Agulhon, Marianne au pouvoir. L’imagerie et la symbolique républicaines de 1880 à 1914, Paris, Éditions Flammarion, 1989, p. 419.

    53Claude Nicolet, L’idée républicaine en France (1789-1924). Essai d’histoire critique, Paris, Éditions Gallimard, collection Tel, 1994 [1982], p. 189-193. Voir, aussi, Christophe Charle, La République des universitaires, 1870-1940, Paris, Éditions du Seuil, 1994, p. 180.

    54Claude Nicolet, L’idée républicaine en France (1789-1924). Essai d’histoire critique, ouv. cité, p. 311-324.

    55Paul Sébillot, La Bretagne enchantée. Poésies sur des thèmes populaires, Paris, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1969 [1899], p. 266. Il rappela aussi : « Souvent la littérature orale reflète exactement les idées populaires, et forme un complément utile aux faits constatés par les écrivains », Légendes et curiosités des métiers, Marseille, Laffitte Reprints, 1981 (réimpression de l’édition de Paris, 1895), p. V. Il souligna enfin : « Il ne sera peut-être pas inutile, pour la connaissance de notre pays, de lire, à côté de l’histoire qui résulte de l’examen et de la mise au point des documents écrits, celle, si fragmentaire qu’elle soit, que le peuple s’est faite un peu à son image, qu’il s’agisse de personnages sacrés ou de héros profanes, où se reflètent, avec toute sincérité, les préjugés, les croyances et les sentiments intimes d’autrefois, quelque peu mélangés avec ceux d’aujourd’hui », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Première partie : Le monde physique, Nantes, Société des Bibliophiles bretons et de l’Histoire de Bretagne, 1899, p. XI.

    56Pierre Rosanvallon, Le sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France, ouv. cité, p. 284-294.

    57Il écrivit : « Sans doute, dans les mines anglaises, et aussi dans celles de plusieurs autres pays, les ouvriers sont arrivés à un degré de culture supérieur à celui de leurs ancêtres ; mais il ne faudrait pas en inférer que tout d’un coup les croyances traditionnelles au surnaturel ont disparu », Les travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays, Paris, J. Rothschild éditeur, 1894, p. 390.

    58Ibidem, p. XIII.

    59Voir les réflexions de Maurice Agulhon dans sa « Présentation » de l’ouvrage d’Agricol Perdiguier, Mémoires d’un compagnon, Paris, Éditions de l’Imprimerie nationale, 1992 [1854-1855], p. 7-25, p. 20 en particulier.

    60Paul Sébillot, Légendes et curiosités des métiers, ouv. cité, p. I. Quelques rares notations font mention d’un monde des métiers soumis à de grandes transformations : « Depuis vingt ans, ce compagnonnage a été peu à peu remplacé par des chambres syndicales et des groupes corporatifs locaux, qu’une vaste société a fédérés, en 1880, pour toute la France », p. 344.

    61Paul Sébillot, La littérature orale de la Haute-Bretagne, ouv. cité, p. XI-XII.

    62Paul Sébillot, Littérature orale de l’Auvergne, Éditions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1898, p. VIII.

    63Symptomatique de sa déploration d’une société qui se transformait, sa description de la Haute-Bretagne dans le dernier quart du xixe siècle lui fit écrire : « Je crois cependant qu’à l’heure actuelle on ne retrouverait peut-être plus, sinon à un état beaucoup plus fruste, des récits que j’ai pu recueillir, il y a une vingtaine d’années, et qui n’étaient pas trop altérés, dans des pays alors dépourvus de voies de communications rapides, ou au bord de la mer, dans des petits ports que l’invasion des baigneurs n’avait fait qu’effleurer », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Première partie : Le monde physique, ouv. cité, p. V.

    64C’est le cas, par exemple, dans sa monographie d’Ercé près Liffré, « Ercé près Liffré et le château du Bordage », art. cité, p. 26 en particulier.

    65Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 379. Il est à remarquer que Paul Sébillot avait écrit exactement la même chose, quelques années auparavant, à propos de la seule Haute-Bretagne : « Aux yeux du peuple, la Révolution est une période à part, une sorte de jalon chronologique, le seul – avec le règne de quelques souverains modernes, et la guerre de 1870 – qu’il connaisse réellement. Il lui semble même, et à juste titre, partager en deux son histoire. (…) En Ille-et-Vilaine et dans la partie française des Côtes-du-Nord, les paysans rapportent au temps de la "grande Révolution" presque tous les événements importants qui se perdent dans la nuit des âges », Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, ouv. cité, p. 156.

    66Daniel Fabre rappelle toutefois : « Partout, avant toute uniformisation scolaire, en deçà du jugement politique, les paysans du xixe siècle voient dans la Révolution – la "Grande Révolution" – l’unique césure du temps, celle qui sépare autrefois et aujourd’hui. (…) En retenant d’abord les drames de cette rupture, la mémoire révolutionnaire villageoise ressasse la douloureuse entrée dans le flux du temps historique », « Une culture paysanne », dans Histoire de la France (André Burguière et Jacques Revel (dir.), volume 4 : Les formes de la culture, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 121-216, p. 198.

    67Paul Sébillot, Le Folk-Lore de France, tome 4 : Le peuple et l’histoire, ouv. cité, p. 395.

    68Ibidem, p. 400. Il nota en outre : « La Restauration n’a laissé dans les souvenirs populaires que des traces peu nombreuses, et peu intéressantes, qui semblent effacées aujourd’hui », p. 400.

    69Paul Sébillot, Joyeuses Histoires de Bretagne, Rennes, Éditions Terre de Brume, 2001 [1910], p. 65-68.

    70Paul Sébillot, Contes merveilleux, Rennes, Terre de Brume, 1998 [1880], p. 13. C’est nous qui soulignons.

    71Paul Sébillot, Légendes locales de la Haute-Bretagne. Deuxième partie : L’histoire et la légende, ouv. cité. Il fit ce constat : « Pendant cette époque malheureuse où l’on vit des gens de même race, parfois des voisins, s’armer les uns contre les autres, il y eut des deux côtés des actes de bravoure et d’héroïsme, de nobles dévouements, mais aussi, comme dans toutes les guerres civiles, nombre d’atrocités furent commises. (…) Ce n’est pas ici le lieu de discuter le bien fondé des attributions faites soit aux bleus soit aux royalistes : il est permis toutefois de faire remarquer que, de part et d’autre, derrière les belligérants, se trouvaient des enfants perdus, des gens sans aveu, qui quelle que soit la cocarde dont ils se parent, appartiennent surtout au parti du crime », p. 167.

    72Jean-Clément Martin, « La "guerre civile" : une notion explicative en histoire ? », dans La Vendée et la Révolution. Accepter la mémoire pour écrire l’histoire, Paris, Éditions Perrin, collection Tempus, 2007, p. 108-133, p. 118-119.

    73En un sens, la mention des dédicataires de 80 des 85 poésies de La Bretagne enchantée qui furent aussi différents politiquement que Charles Le Goffic, Frédéric Mistral, Régis de l’Estourbeillon ou Yves Guyot, outre qu’elle lui permettait de montrer que le champ scientifique tel qu’il le concevait était hermétique aux divisions politiques et d’attester l’étendue de son réseau, souligna aussi l’importance de la fonction consensuelle qu’il impartissait à la République.

    74Mettant l’accent sur le côté émancipateur d’une Révolution française faite aussi par et pour les paysans, Emmanuel Le Roy Ladurie rappelle dans sa préface de l’ouvrage de Le Roy : « Texte richissime ! Il contient, à lui tout seul, une certaine moralité de la Révolution française et de la IIIe République réunies », Jacquou le Croquant, Paris, Éditions du Livre de poche, 1997 [1899], p. 17. Fausta Garavini souligne en revanche : « En réalité, l’idéal que Jacquou caresse est celui de l’époque pré-révolutionnaire, personnalisée par Galibert symbolisant l’harmonie de l’ancienne société française. La quête de l’émancipation et de la liberté débouche pour le croquant sur un rêve nostalgique qu’il est risible d’identifier comme progressiste », « Un exemple d’utilisation régressive de l’idée de peuple : "Jacquou le Croquant" », Romantisme, volume 5, n° 9, 1975, p. 65-76, p. 76.

    75Rémy Ponton, « Les images de la paysannerie dans le roman rural de la fin du 19e siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, volume 17, n° 1, 1977, p. 62-71, p. 63-64.

    76Pierre Barral, Les agrariens français de Méline à Pisani, Paris, Éditions Armand Colin, 1968, p. 128-137.

    77Ainsi que les remarques de Michel de Certeau dans « La beauté du mort » (chapitre écrit en collaboration avec Dominique Julia et Jacques Revel) nous y engagent ; voir La culture au pluriel, Paris, Éditions Christian Bourgois, 1980 [1974], p. 49-80. Michel de Certeau nota : « La période 1850-1890 définit une seconde étape de ce culte castrateur rendu à un peuple que l’on constitue désormais comme objet de "science". Encore faut-il s’interroger sur les postulats sous-jacents du « folklorisme ». C’est au moment même où le colportage est poursuivi avec la plus grande vigueur que les beaux esprits se penchent avec délectation sur les livres et les contenus populaires », p. 55.

    78Claude Grignon et Jean-Claude Passeron, Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en sociologie et en littérature, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales-Gallimard-Le Seuil, 1989, p. 31-37 en particulier. Voir, aussi, la mise au point stimulante de Bernard Pudal, « Le populaire à l’encan », Politix, n° 14, 1991, p. 53-64.

    79Paul Sébillot, « Instructions et questionnaires », dans Annuaire des Traditions populaires, Paris, Maisonneuve & Ch. Leclerc-Émile Lechevalier, 1887, p. 9.

    80Ibidem, p. 103-104.

    81Rémy Ponton souligne : « Un autre motif du travail des auteurs est l’idée d’une sauvegarde à réaliser, au moyen de l’écrit, de ce qui est menacé de disparaître. Il s’y manifeste l’existence d’un lien entre les écrits de type champêtre et un mouvement plus large de constitution du folklore comme expression culturelle des populations rurales et savoir sur cet objet », « Sur la constitution de la catégorie du "populaire" après 1848. À propos de quelques contemporains d’Alphonse Daudet », Politix, n° 14, 1991, p. 65-72, p. 71.

    82Une strophe d’une poésie ne suffit-elle pas à rendre préhensile la contrariété d’un homme contraint de bifurquer de la littérature vers le collectage de la littérature orale ? : « Car nos contes n’ont point de ces bas sentiments / Que l’on voit aujourd’hui s’étaler aux romans ; / Le faible est protégé, ne fût-il qu’un insecte, / Et nos écrits sont pleins de morale indirecte », La Bretagne enchantée. Poésies sur des thèmes populaires, ouv. cité, p. 268.

    83Voir, par comparaison, l’interprétation du positionnement de Frédéric Mistral dans le champ littéraire et les répercussions qu’il eut dans son appréhension du monde d’oc que donne Anne-Marie Thiesse : Écrire la France. Le mouvement littéraire régionaliste de langue française entre la Belle Époque et la Libération, Paris, Presses Universitaires de France, 1991, p. 24.

    84Ce que soulignait Pierre Bourdieu : « Le fait d’être ou de se sentir autorisé à parler du "peuple" ou à parler pour (au double sens) le "peuple" peut constituer, par soi, une force dans les luttes internes aux différents champs ; politique, religieux, artistique, etc. – force d’autant plus grande que l’autonomie relative du champ considéré est plus faible », « Les usages du "peuple" », Choses dites, Paris, Éditions de Minuit, 1987, p. 178-184, p. 178. Voir, pour une comparaison, l’article de Francine Muel, « Les instituteurs, les paysans et l’ordre républicain », Actes de la recherche en sciences sociales, volume 17, n° 1, 1977, p. 37-61, p. 42-43 en particulier.

    85Sur cette partie de la vie de Daniel Halévy, nous renvoyons à la biographie de Sébastien Laurent, Daniel Halévy. Du libéralisme au traditionalisme, Paris, Éditions Grasset, 2001, p. 243-257.

    86Maurice Agulhon, « Préface », dans Daniel Halévy, Visites aux paysans du Centre (1907-1934), Paris, Éditions Hachette, collection Pluriel, 1995 [1934], p. 15-29, p. 18.

    Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires

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    Le Gall, L. (2011). La République en filigrane. Idéologie républicaine et foklorisme chez Paul Sébillot. In F. Postic (éd.), Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires. Brest: Éditions du CRBC. https://doi.org/10.4000/14n9g
    Le Gall, Laurent. « La République en filigrane. Idéologie républicaine et foklorisme chez Paul Sébillot ». In Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires, édité par Fañch Postic. Brest: Éditions du CRBC, 2011. doi:10.4000/14n9g.
    Le Gall, Laurent. « La République en filigrane. Idéologie républicaine et foklorisme chez Paul Sébillot ». Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires, édité par Fañch Postic, Éditions du CRBC, 2011, https://doi.org/10.4000/14n9g.

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    Postic, F. (éd.). (2011). Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires. Brest: Éditions du CRBC. https://doi.org/10.4000/14ncb
    Postic, Fañch, éd. Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires. Brest: Éditions du CRBC, 2011. doi:10.4000/14ncb.
    Postic, Fañch, éditeur. Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires. Éditions du CRBC, 2011, https://doi.org/10.4000/14ncb.
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