Walter Scott et Jacques Cambry : deux écrivains régionaux
p. 39-48
Texte intégral
1À première vue, les différences entre les deux écrivains sont frappantes : Cambry est un bleu, un républicain, ayant contribué à l’administration de la France révolutionnaire et jacobine et ayant développé les arguments pour la modernisation de la Bretagne ; alors que Scott (1771-1832) est plutôt un Tory, un monarchiste à qui l’on a souvent reproché d’être un nostalgique. Le contraste entre le succès international majeur de Scott et le demi-échec de Cambry est peut-être plus saisissant encore.
2Toutefois, dans cet essai, je souhaite adopter une perspective contraire, en commençant par souligner les ressemblances qui existent entre ces deux auteurs.
3D’abord, ces deux écrivains et observateurs sont quasi contemporains, et il est possible (bien que peu vraisemblable) que Cambry ait lu les premières publications de Scott. Les romans de Scott sont très répandus dans la France des premières années du dix-neuvième siècle1.
4Deuxièmement, les deux hommes de lettres contribuent d’une façon importante à la naissance des identités régionales. Ni l’un ni l’autre n’est le premier à décrire son pays, mais ils sont tous les deux les inspirateurs d’une littérature régionale – quoique j’insiste sur le succès plus large de Scott.
5Scott et Cambry sont également des hommes politisés dans des pays en rébellion ou proches de la rébellion. Dans le cas de Cambry, il est nécessaire de sauver le Finistère des influences chouannes. Dans le cas de Scott, il faut reconstruire le pays après les grandes révoltes « Jacobites » de 1715 et 1745-1746. Ces révoltes sont celles des paysans monarchistes, anti-Anglais, très souvent catholiques.
6Les deux écrivains sont de plus des intermédiaires entre les autorités nationales et leurs pays. Ils écrivent donc – quelquefois – d’une manière ambiguë, à la fois comme « indigènes » connaissant bien leur pays et comme étrangers pouvant apporter un regard critique et nouveau.
7D’ailleurs, on peut nuancer leur statut d’indigènes. Si Cambry est né à Lorient, sa famille n’est pas native de Bretagne, et si Scott est né à Edimbourg, il a vécu longtemps à Londres et dans le pays-frontière entre Angleterre et Écosse. Ni l’un ni l’autre ne parlait une langue celtique.
8Les deux auteurs ont également tendance à présenter leurs pays comme des terres du passé. On peut trouver les vestiges vivants d’un passé très lointain, un passé druidique ou celtique, dans le bas peuple et dans le peuple de la campagne. Sans doute, trouve-t-on ici une crédulité naïve et une forte volonté d’exotisme qui conduisent à beaucoup d’exagérations et d’observations erronées. Alors que Cambry est un des fondateurs de l’Académie Celtique, Scott crée la « Celtic Society of Edinburgh » en 1822.
9Toutefois, il faut reconnaître la valeur de leurs écrits. Ils sont tous les deux des pionniers ayant identifié et documenté des aspects quasi inconnus de la culture populaire.
10Enfin, les deux hommes de lettres adoptent une attitude subtile et nuancée sur la question du progrès de leur pays ; une attitude qui ne va pas très bien avec les catégories politiques du vingt-et-unième siècle. Les deux écrivains sont régionalistes dans le sens le plus profond et le plus fier du mot : ils croient, vraiment, que le progrès de leur petit pays est lié, inexorablement, au progrès du grand pays et en plus, que ce progrès va faire marcher, moderniser et améliorer leurs pays. Donc, Cambry est à la fois patriote breton et français, et Scott est à la fois patriote écossais et britannique. Pour eux, il n’y a aucune contradiction dans cette posture.
Les œuvres de Scott
11La question que je me pose est donc la suivante : pourquoi, si l’on considère les fortes ressemblances entre ces deux écrivains, Cambry a-t-il souffert d’un « demi-échec » alors que Scott a été tellement couronné de succès ? Cette remarque du célèbre écrivain et commentateur Tom Nairn, un Écossais, ex-gauchiste et quasi-nationaliste écossais, illustre parfaitement ce succès : « To a surprising extent, we are still living in the Scotland of Walter Scott… he did show us what to do with our past2 ».
12Scott est un écrivain beaucoup plus productif que Cambry. Il commence un peu comme La Villemarqué, Souvestre et Brizeux : dans la recherche d’une poésie populaire et pure. Comme d’autres, inspirés par le culte contemporain d’Ossian, Scott semble croire que les lyriques populaires peuvent contenir des secrets d’identité et des vérités éthiques3. Comme Balzac, il connut de sérieuses difficultés financières et dut se résoudre à une production quasi industrielle de romans pour sauver à la fois sa famille et sa réputation.
13Son chef-d’œuvre est le « Waverley » cycle, composé de seize romans écrits entre 1804 et 1814. Le mot « waver » signifie « vaciller » en anglais ; le héros, Waverley, vacille entre la cause jacobite et la couronne britannique. Comme dans presque tous ses romans, le héros est un fils d’une petite famille noble. Si les romans de Scott contiennent quelques épisodes romantiques, ils sont surtout centrés sur les dilemmes politiques et sociaux. Le cycle « Waverley » fournit une analyse historique et sociale des rébellions de 1715 et 1745 mais, surtout, offre une observation détaillée du rapport entre l’Écosse, l’Angleterre et le nouveau royaume de Grande-Bretagne, créé en 1707, et aussi, après 1800, sur le « Royaume Uni » qui inclut Irlande.
14Le cycle expose également indirectement quelques perspectives politiques sur des problèmes contemporains. Il commente, par exemple, la menace d’une révolution en Irlande et le danger de l’influence subversive de la France révolutionnaire. Waverley a, comme on sait, inspiré Balzac, Dickens, Pouchkine, Fennimore Cooper et d’autres romanciers : dans un sens, il est permis de penser que Scott a inventé le genre du roman historique. Sa grande innovation est la synthèse entre la description des détails du paysage, des vêtements, et la langue pour former une vision totale d’une autre société dans un autre temps.
15Plusieurs critiques, dont l’écrivain marxiste Georg Lukács, reconnaissent l’habileté de Scott à identifier et à manipuler ces détails4. De plus, son utilisation de la langue populaire pour créer le contexte impressionne fortement les auteurs romantiques français. Il est important de souligner ici qu’il y a trois langues dans l’Écosse du dix-huitième et dix-neuvième siècle : l’anglais des grandes villes, surtout dans le sud du pays ; le gaélique des îles et des parties montagneuses du nord-ouest du pays, langue très minoritaire ; et le « bas-écossais » des petites villes et des campagnes plats de l’est et du sud. Le « bas-écossais » est une langue germanophile, ressemblant fortement à l’anglais. L’existence de ces trois langues dans le même pays révèle la particularité de l’Écosse au dix-huitième siècle. En effet, elle comprend des communautés très variées.
16Le passage suivant est un bon exemple de la manière dont Scott utilise la langue dans ses descriptions. Voici la version bas-écossaise, puis ensuite la version anglaise entre crochets :
« Whist, Effie », said her sister, « our father’s coming out o’ the byre ». – [Well, Effie, said her sister, `our father’s coming from the river.]
The damsel stinted in her song. – « Whare hae ye been sae late at e’en ? » [Where have you been so late this evening ?]
« It’s no late, lass », [It’s not late, my girl] answered Effie.
« It’s chappit eight on every clock o’ the town, and the sun’s gaun down ahint the Costorphine hills – Whare can ye hae been sae late ? » [It’s striking eight on every clock in the town, and the sun’s going down behind the Costorphine hills. Where can you have been so late ?]
« Nae gate », [Nowhere.] answered Effie.
« And wha was that parted wi’ you at the stile ? » [And who was that who left you at the stile.]
« Naebody », [Nobody] replied Effie one more5.
17On peut ici faire quelques remarques : d’abord, Scott n’est pas le premier à incorporer des mots écossais dialectaux ou de l’argot dans ses livres, mais il est certainement un des premiers, et très probablement le premier, à le faire dans un ouvrage connaissant une réussite commerciale. Deuxièmement, dans cette citation brève, on remarque une certaine hiérarchie linguistique : le narrateur écrit dans un anglais très correct alors que les paysans parlent en bas-écossais. Ce type de présentation révèle un type de hiérarchie culturelle entre – d’un côté – les paysans et – de l’autre côté – l’écrivain, voire les lecteurs.
18En plus, Scott présente ses livres aux lecteurs – comme le feront Balzac et Zola – comme des études quasi scientifiques d’une société et de son histoire. Au sein même du livre Waverley on trouve :
Un avertissement
Une préface générale
Un appendice à la préface
Une introduction
Une préface à la troisième édition
Vingt-trois longues notes de référence.
19Dans d’autres volumes, on trouve un dictionnaire des mots dialectaux. Au sein même du roman Waverley, Scott répète, à plusieurs reprises, au lecteur que ce volume n’est pas un conte amusant mais une étude sérieuse. Une grande partie de son entreprise a été d’affirmer l’appartenance de ces romans au genre masculin et grave des romans réputés par opposition aux romans de Jane Austen qui, dans la culture dominante du dix-neuvième siècle, sont perçus comme des œuvres légères parce que féminines.
20Le roman historique connaît un grand succès au dix-neuvième siècle et Scott devient le romancier le plus diffusé de sa génération6. À côté de ses qualités d’écrivain, il faut également reconnaître qu’il a su fonder un type de conscience nationaliste, basée sur l’existence morale d’une petite communauté culturelle7. Le mot même de Waverley a été transporté un peu partout dans le monde anglophone. On le trouve encore aujourd’hui :
Quatre villes ou quartiers « Waverley » en Australie
Un stade en Australie
Deux villes ou quartiers en Nouvelle-Zélande
Deux villes ou quartiers en Grande-Bretagne
Un quartier aux États-Unis
Un village au Canada
Un bateau à aubes, construit en 1947, qui reste encore en fonction aujourd’hui
La gare centrale d’Edimbourg.
21Chacun de ces exemples est lié directement au mot original de Scott : c’est lui-même qui a inventé le mot « Waverley ». De plus, à côté de cette utilisation répandue du mot « waverley », on peut souligner qu’un grand monument dédié à Scott a été érigé dans le centre d’Edimbourg. Tous ces faits démontrent le succès permanent de son œuvre.
22Revenons à notre question principale : s’il y a de fortes ressemblances entre les méthodes, les intérêts et même les passions de Cambry et de Scott, comment expliquer cette différence frappante entre le succès de Scott et le demi-échec de Cambry ? Je ne connais aucune gare Cambry en Bretagne. À Quimperlé on n’a honoré Cambry qu’avec une toute petite ruelle mais pas avec une grande place.
Les différences
23Il y a deux différences profondes entre les deux écrivains, l’une plutôt liée à leur habilité intellectuelle, l’autre au contexte historique dans lequel ils ont évolué. D’abord, je crois qu’on peut dire que l’œuvre de Scott est plus cohérente. Dans Le Voyage dans le Finistère de Cambry, on trouve un « patchwork » de styles et d’observations, un mélange entre l’écriture de voyage, l’anthropologie, la spéculation historique et les propositions politiques, un amalgame entre romantisme – et le plaisir de voyager – et le scientisme des Lumières avec ces projets d’urbanisme et de modernisation. Bien sûr, ce mélange de styles a un côté plaisant et varié. Mais la différence avec Scott est frappante : l’Écossais a trouvé sa vraie voix dans son propre genre, le genre nouveau du roman historique ; le Breton, lui, essaie tous les styles.
24La deuxième grande différence est politique. Scott établit des liens forts et durables avec les autorités politiques. Il reçoit le roi George IV en visite à Edimbourg en 1822, alors que c’est la première visite officielle d’un monarque britannique. Scott produit également un spectacle qui représente – ou plutôt invente – l’histoire d’une Écosse ancienne, avec ses tartans, ses kilts et ses clans. Dans cette mise en scène, Scott occulte la diversité culturelle, ethnique et linguistique en Écosse, en présentant son pays comme tout simplement celtique. Plusieurs historiens ont souligné l’importance de cette rencontre qui marque un tournant dans les rapports entre Écosse et Grande-Bretagne8. D’une façon générale, la monarchie britannique est très réceptive à ces thèmes du sauvage noble et écossais : on voit encore aujourd’hui, le prince Charles en kilt.
25Puis, Scott transforme ses romans en pièces de théâtre : un développement qui révèle la théâtralité inhérente de ses écrits9. Grâce à l’initiative culturelle de Scott, la vision des Tudors du seizième siècle, selon laquelle les Gallois, les Écossais et les Irlandais sont tout simplement des barbares, est dépassée10. Scott réussit à construire une nouvelle image de ces primitifs avec la représentation théâtrale d’une version bon enfant et pittoresque du rebelle sauvage de 1745. Cette initiative de Scott est très importante pour la construction d’une culture politique unifiée et véritablement britannique. Le tartan, banni en 1746 comme signe de rébellion contre la monarchie anglaise, est réinventé par Scott comme un moyen de rallier les Écossais loyaux à la couronne anglaise11. Le catholicisme d’une partie des rebelles de 1715 et 1745, qui les lie au grand ennemi, la France, est modéré et dompté par cette vision nouvelle, pittoresque et historique. Les rebelles de 1745 sont même recrutés pour servir dans l’armée britannique12. Ici, on voit la similitude entre l’exploitation de Vercingétorix par Napoléon III et l’acceptation du noble sauvage écossais par la monarchie britannique : tous les deux trouvent dans cette idéalisation élégiaque de l’ennemi ancien une façon de fonder une nouvelle culture nationale13. Depuis Lukács, on comprend comment l’œuvre de Scott est construite pour faire accepter la leçon sur l’inévitabilité du progrès, et même de la colonisation impériale14. Pour cette raison Scott ne parle pas des Écossais du Nord à son époque : pour lui, le point important, c’est de montrer leur déclin nécessaire dans une époque antérieure.
26J’insiste sur un point : Scott agit comme un régionaliste. Il produit une vision forte, romantique et belle d’une Écosse du passé, de manière à la faire intégrer dans les structures politiques, économiques et impériales du royaume britannique et donc de manière à la moderniser. L’union de l’Écosse et de l’Angleterre donne aux entrepreneurs écossais l’accès aux marchés impériaux britanniques15. Dans un sens, par ce moyen littéraire et culturel, Scott lui-même a créé son propre pouvoir politique, comme médiateur entre la monarchie et le pays. À une échelle plus large, Scott trouve un moyen pour l’intégration des autres périphéries « celtiques » – Irlande, Pays de Galles – dans le nouveau royaume. Leurs cultures traditionnelles peuvent aussi être transformées, peut-être également grâce à l’usage de quelques stéréotypes aimables et simples. Ils peuvent donc prendre part à l’élaboration de cette nouvelle culture britannique.
27À la fin du dix-huitième siècle et au début du dix-neuvième siècle, il y a une grande vague d’intérêt pour ces cultures périphériques, à tel point que le nouveau roman britannique est considéré comme « Anglo-celtic » parce qu’il est construit sur cette appropriation de ces autres cultures16. Toutefois, des tensions ethniques, culturelles et politiques persistent entre ces diverses parties du nouveau royaume, exploitées – par exemple – dans les années quatre-vingt du dix-huitième siècle par le radical anglais John Wilkes. Les cultures catholique et celtique d’Irlande demeurent les plus difficiles à intégrer dans les structures du nouveau « Royaume Uni »17. Il est intéressant de remarquer que, même aujourd’hui, des thèmes vaguement celticisants apparaissent dans les cultures alternatives de la jeunesse contemporaine18. De manière générale, les méthodes de Scott ont réussi à apaiser ces divisions anciennes et ont aidé l’intégration.
28Le grand enseignement de Scott est la réconciliation des anciens ennemis. Après la rébellion et la sanglante répression qui a suivi la défaite des rebelles à la bataille de Culloden (avril 1746), Scott prêche l’établissement de la paix et de la prospérité pour tous, Écossais ou Anglais. Il recommande aux Écossais d’apprendre à accepter la rationalité et la modernité anglaises et de laisser de côté l’émotion écossaise : dans cette bataille entre le cœur et le cerveau, selon Scott, le cerveau doit triompher. Bien sûr, on continue à débattre sur la contribution de Scott à la construction de l’identité écossaise et à l’étude de son histoire. Selon certains, Scott invente comme un romancier. Selon d’autres, il caricature, mais il décrit aussi une réalité historique, celle des vieux clans de l’Écosse du Nord.
29Cambry n’établit pas de relations politiques de ce type. D’abord, parce que les structures politiques françaises changent trop vite pour la construction d’un lien stable entre la Bretagne et la République. Certes il y a un certain intérêt politique pour le celtisme : les patriotes du Tiers État, les révolutionnaires jacobins, les administrateurs bonapartistes et les nostalgiques royalistes de la Restauration ont tous développé des analyses qui montrent quelque sympathie pour les possibilités culturelles et politiques du discours celtique19. Mais ces groupes cherchent des qualités différentes dans leur propre celtisme et un penseur isolé comme Cambry n’avait aucune chance de forger des liens avec une autorité puissante et permanente. En fin de compte, on peut se demander si Scott n’avait pas un plus grand sens tactique que Cambry. Cette différence pourrait expliquer le contraste entre son succès et le demi-échec de Cambry.
30De plus, après la rébellion chouanne, le celtisme devient l’objet de soupçons et une certaine hostilité à son égard se développe. Si en Grande-Bretagne Scott peut construire un régionalisme écossais comme forme de fidélité au royaume britannique, en France cette option politique n’est pas possible. Le discours provincialiste ou régionaliste est ultra-minoritaire, et n’est accepté par aucun des grands courants politiques français, sauf – peut-être – par les monarchistes légitimistes. Et, au sein même de ce courant, ni Louis XVIII ni Charles X ne donne un soutien solide aux provinces. La mode bretonne des années trente et quarante du xixe siècle – initiée par Souvestre, Brizeux et La Villemarqué – n’est pas véritablement régionaliste. Cette tendance est d’abord littéraire et culturelle et – en second – ces écrivains cherchent à offrir une perspective alternative sur l’origine de la France, non à construire une identité spécifiquement bretonne20.
31C’est donc pour des raisons solides et bien établies que Scott réussit à établir un « Scott-land », alors que Cambry reste une figure marginale de la culture franco-bretonne. Bien qu’il y ait des écrivains bretons prestigieux et très bien acceptés, comme Chateaubriand et Renan, il n’y a pas, en Bretagne, d’homme de lettres équivalent à Scott, Scott étant central dans la construction d’une identité culturelle et nationale en Écosse. Toutefois, cette absence d’un « grand-père pour la nation » présente des avantages : en Écosse, Scott domine encore, et la lutte pour se débarrasser de sa vision et forger une nouvelle identité plus subtile pour le pays est difficile et dure. Bien qu’il ait travaillé pour l’acceptation de l’Écosse par les autres, son legs devient de plus en plus inacceptable pour la majorité des Écossais. En Bretagne, grâce à cette absence du maître-romancier de la nation, les Bretons ont forgé moins de stéréotypes sur leur propre nature et leur culture. La construction de l’identité culturelle de la Bretagne contemporaine reste plus pluraliste que celle de l’Écosse.
Notes de bas de page
1Martyn Lyons, « The Audience for Romanticism: Walter Scott in France, 1815-51 », European History Quarterly, tome 14, n° 1 (1984), p. 21-46.
2Tom Nairn, The Break-Up of Britain: Crisis and Neo-Nationalism, second edition, London, Verso, 1981, p. 149.
3Sur l’importance de Ossian, voir Clare O’Halloran, « Irish Re-creations of the Gaelic Past: the Challenge of MacPherson’s Ossian », Past and Present n° 124, 1989, p. 69-95 et Katie Trumpener, Bardic Nationalism, the Romantic Novel and the British Empire, Princeton, Princeton University Press, 1997.
4Voir Georg Lukacs, The Historical Novel, traduction par Hannah et Stanley Mitchell, London, Merlin Press, 1965.
5Walter Scott, The Heart of Mid-Lothian, 1818, rééd., London, Everyman, 1956, p. 113.
6Raymond Williams, The Long Revolution, Harmondsworth, Penguin, 1976, p. 185.
7Josep R. Llobera, The God of Modernity: the Development of Nationalism in Western Europe, Oxford, Berg, 1996, p. 173.
8Voir, par exemple, Hugh Trevor-Roper, « The Invention of Tradition: the Highland Tradition of Scotland » in E. Hobsbawn and T. Ranger (eds), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, p. 15-41 ; Murray Pittock, Celtic Identity and the British Image, Manchester, Manchester University Press, 1999, p. 37-38.
9Cairns Criag, « Scott’s Staging of the Nation », Studies in Romanticism, n° 40, 2001, p. 13-28.
10Steven G. Ellis, « The English State and Its Frontiers in the British Isles, 1300-1600 » in D. Power and N. Stanton (dir.), Frontiers in Question, Houndsmill, MacMillan, 1999, p. 153-181.
11Trevor-Roper, « The Invention of Tradition: the Highland Tradition of Scotland ».
12Linda Colley, Britons; Forging the Nation, 1707-1837, New Haven, Yale University Press, 1992, p. 103.
13Olivier Buchsenschutz et Alain Schnapp, « Alésia » in P. Nora (dir.), Les Lieux de Mémoire, tome III, Paris : Gallimard, collection Quarto, 1997, p. 4 103-4 140 ; Michael Dietler, « A Tale of Three Sites », World Archaeology, tome 30, n° 1, 1998, p. 72-89.
14Voir l’analyse de Saree Makdisis, Romantic Imperialism: Universal Empire and the Culture of Modernity, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 70-99.
15Voir, par exemple, Rob Roy, London, Collins, 1946, p. 305.
16Voir l’ouvrage de Trumpener, Bardic Nationalism, p. XIII.
17John Hutchinson, « Archaeology and the Irish Discovery of the Celtic Past », Nations and Nationalism, tome 7, n° 4, 2001, p. 505-519.
18Alan M. Kent, « Celtic Nirvanas: constructions of the Celtic in contemporary British youth culture » in D. C. Harvey, R. James, N. McInroy and C. Milligan (dir.), Celtic Geographies: Old Cultures, New Times, London, Routledge, 2002, p. 208-226.
19Voir Jean-Yves Guiomar, « Le celtisme chez les intellectuels français / bretons de gauche au xixe siècle » in A. Droguet (dir.), Les bleus de Bretagne, Saint-Brieuc, Fédération « Côtes-du-Nord, 1789 », 1991, p. 283-292 et « La Révolution Française et les origines celtiques de la France », Annales Historiques de la Révolution Française, 1992, p. 63-84.
20Voir Sharif Gemie, Brittany 1750-1950: the Invisible Nation, Cardiff, University of Wales Press, 2007, p. 25-52.
Auteur
-
Sharif Gemie
Reader in History, Université de Glamorgan, Royaume-Uni
sgemie@glam.ac.uk
Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons - Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International - CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Émile Souvestre. Écrivain breton porté par l’utopie sociale
Actes du colloque de Morlaix, 3-4 février 2006
Bärbel Plötner-Le Lay et Nelly Blanchard (dir.)
2007
Jean-Marie de Penguern, collecteur et collectionneur breton (1807-1856)
Actes du colloque de Lannion, 31 mars 2007
Nelly Blanchard (dir.)
2008
Jacques Cambry (1749-1807). Un Breton des Lumières au service de la construction nationale
Actes du colloque de Quimperlé, 11-12 octobre 2007
Anne de Mathan (dir.)
2008
Paul Sébillot (1843-1918). Un républicain promoteur des traditions populaires
Actes du colloque de Fougères, 9-11 octobre 2008
Fañch Postic (dir.)
2011
François Cadic (1864-1929). Un collecteur vannetais, "recteur" des Bretons de Paris
Actes du colloque de Pontivy, 8-9 avril 2010
Fañch Postic (dir.)
2012
Au-delà du Barzaz-Breiz, Théodore Hersart de La Villemarqué
Nelly Blanchard et Fañch Postic (dir.)
2016
