CHAPITRE 3
Emplois et parcours d’insertion dans les métiers de la transition écologique : les enseignements de l’enquête Génération
p. 51-64
Résumé
L’enquête Génération permet de caractériser les emplois « verts » occupés par les jeunes diplômés d’une part, et les trajectoires d’insertion des sortants de formations environnementales, d’autre part. Elle montre l’absence de lien systématique entre la spécialité de formation et le domaine du métier exercé, ainsi que la dépendance des résultats aux nomenclatures retenues.
Entrées d’index
Mots-clés : écologie, métier de l’environnement, diplôme, emploi des jeune, trajectoire d’insertion, travail précaire, enquête Génération 2017, relation formation-emploi
Texte intégral
1Les impératifs politiques visant à limiter le dérèglement climatique et à préserver la biodiversité impliquent une transformation en profondeur des structures économiques. Depuis une décennie, les travaux menés au sein du Céreq ont mis en lumière le rôle joué par l’écologisation de la formation et de l’emploi dans ce processus de transition environnementale. Plusieurs recherches récentes se sont penchées sur l’articulation entre les deux dans le champ environnemental1 (Aznar, Campens & Mazerm, 2011 ; Margontier, 2019 ; Margontier & Kraszweski, 2022 ; Mazari & Moncel, 2022).
2Dans une première partie, ce chapitre se propose d’analyser les caractéristiques des métiers « verts » exercés au cours des trois premières années de vie active à partir des données de l’interrogation en 2020 de laGénération 2017 (encadré 1), ainsi que les caractéristiques des emplois correspondants (contrat de travail, rémunération, temps de travail, libellé d’emploi). Les emplois concernés correspondent aux métiers qui relèvent strictement de l’agrégat vert défini par la nomenclature PCS2020, qui regroupe 150 intitulés de professions considérées comme relevant de cette catégorie (encadré 2).
3Dans une deuxième partie, ce chapitre s’intéresse à l’insertion professionnelle des jeunes sortants de formations environnementales en 2017, telles que définies par le Commissariat général au développement durable (CGDD) (encadré 3). Il questionne enfin les limites des nomenclatures existantes pour appréhender l’adéquation entre formation et emploi dans le domaine environnemental.
Trajectoires professionnelles des jeunes qui accèdent aux métiers « verts »
Des métiers variés, entre expertise et terrain
4Les emplois verts occupés par les jeunes de la Génération 2017 couvrent une large variété de métiers, entre terrain, encadrement technique et fonctions d’expertise. Ils sont classifiés dans l’agrégat vert de la PCS 2020 en six grands domaines d’activité :
- Gestion sociétale de l’environnement (19 % de l’ensemble des métiers « verts » occupés en 2020 par les jeunes de la Génération 2017) : ce premier domaine recouvre des fonctions transversales, liées à la coordination, la sensibilisation ou l’expertise. On retrouve dans ce domaine des professions telles que chargé d’études en environnement (6 %), chargé de mission (4 %) ou animateur environnement (3 %).
- Hygiène, sécurité, santé, environnement (18 %) : ce second domaine comprend des métiers liés à la gestion des risques, à la qualité et à la sécurité environnementale : responsable Qualité-sécurité-environnement (QSE) (5 %), animateur Hygiène-sécurité-environnement (HSE) (2 %) ou technicien sécurité-environnement.
- Prévention, réduction des pollutions, nuisances et risques (18 %) : ce domaine, à l’interface entre terrain et technicité, regroupe par exemple des ripeurs, agents de tri, agents d’assainissement ou techniciens du traitement des eaux et des déchets.
- Aménagement du territoire (13 %) : ce domaine comprend les métiers liés à l’entretien, à l’aménagement et à la valorisation des espaces naturels ou urbains.
- Protection de la nature, gestion et étude des milieux et des équilibres écologiques (10 %) : dans ce domaine certains jeunes travaillent dans la préservation des milieux naturels ou forestiers, comme techniciens ou ingénieurs environnement, gardes forestiers ou chargés de mission nature.
- Maîtrise des énergies et énergies renouvelables (7 %) : les principaux métiers se situent dans le développement des énergies renouvelables ou l’efficacité énergétique, à travers des postes de chargé de mission énergie, ingénieur-conseil ou responsable R&D.
5Aux métiers concernés par ces domaines s’ajoutent ceux liés à l’entretien des espaces verts (15 %) dont agent d’entretien des espaces verts, jardinier, ouvrier des espaces verts, jardinier paysagiste, employés des espaces verts, etc.
6Près des trois-quarts des emplois « verts » occupés par les jeunes de la Génération 2017 sont concentrés dans quatre secteurs d’activités. L’industrie tout d’abord, qui regroupe 22 % de ces emplois (contre 10 % de l’ensemble des emplois), ce secteur employant notamment les responsables qualité-sécurité-environnement, les animateurs hygiène-sécurité-environnement ou encore les éboueurs. Vient ensuite le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques, avec 19 % des emplois verts (vs 10 % de l’ensemble), intégrant des profils comme les chargés d’études ou les consultants en environnement ; puis les services administratifs et de soutien (15 % vs 4 %) qui incluent les paysagistes, les agents d’entretien d’espaces verts et de voirie et enfin l’administration publique (16 % vs 8 %), à laquelle sont rattachés par exemple des agents d’entretien ou des chargés de mission en environnement.
Ouvriers ou cadres : une polarisation des emplois verts
7Trois ans après la fin de leur formation initiale, plus d’un tiers des jeunes occupant un métier vert sont ouvriers et un tiers sont cadres (tableau 1). La prépondérance des ouvriers, dont la part est deux fois plus élevée que pour l’ensemble de la Génération en emploi, s’explique par le poids des emplois d’exécution dans certaines activités vertes, comme la gestion des déchets ou l’entretien des espaces verts. Par ailleurs, si les jeunes exerçant des métiers verts sont plus souvent cadres que l’ensemble des jeunes de la Génération 2017, ils sont aussi plus qualifiés que leurs homologues plus âgés exerçant un métier vert (33 % sont cadres vs 18 % dans l’ensemble de la population). Cet écart est une conséquence de l’essor des formations du supérieur dans l’environnement, l’énergie ou la prévention des pollutions et des risques.
8Ces emplois se révèlent largement masculins. Ainsi, la part des femmes dans les emplois verts reste faible, même si elle est plus élevée chez les jeunes que dans l’ensemble de la population. Les femmes représentent 30 % des personnes qui occupent un emploi vert dans la Génération 2017, contre 16 % dans l’ensemble de la population exerçant un métier vert en France (Enquête Emploi 2023, Insee). Cette présence reste cependant très différenciée selon le niveau de qualification de l’emploi : elles sont plus souvent cadres et occupent rarement des emplois d’ouvrier.
9À la date de l’enquête, le salaire moyen dans les métiers verts s’établit à 1 700 euros nets mensuels, un niveau comparable à celui observé pour l’ensemble de la Génération. Cependant, des différences s’observent selon le genre. En effet, la répartition sectorielle des emplois entre femmes et hommes dans les métiers verts influe sur les niveaux de rémunération : les femmes perçoivent en moyenne un salaire supérieur à celui des hommes, soit 1 900 euros contre 1 650 euros. Cette situation s’explique notamment par la présence plus marquée des femmes parmi les cadres et/ou dans certains secteurs mieux rémunérés des métiers verts tel que, par exemple, celui de la « maitrise de l’énergie et des énergies renouvelables ».
Tableau 1. Caractéristiques des emplois occupés par la population dans son ensemble (données enquête Emploi) et par les jeunes de l’enquête Génération
| Ensemble de la population* | Génération 2017 (en emploi en 2020**) | |||
| PCS | Emploi « vert » | Ensemble | Emploi « vert » | Ensemble |
| Cadres | 18 | 22 | 33 | 22 |
| Professions intermédiaires | 18 | 25 | 27 | 28 |
| Ouvriers | 56 | 19 | 37 | 17 |
| Autres | 8 | 34 | 3 | 33 |
| Total | 100 | 100 | 100 | 100 |
| Statut d’emploi et type de contrat | ||||
| Indépendant | 8 | 13 | 2 | 5 |
| Salarié | 92 | 87 | 98 | 95 |
| Dont : | ||||
| CDI, fonctionnaire | 70 | 73 | 59 | 68 |
| CDD | 22 | 14 | 37 | 27 |
| Total | 100 | 100 | 100 | 100 |
| Plus haut diplôme obtenu en 2017 | ||||
| Diplôme supérieur long | 25 | 31 | 37 | 28 |
| Diplôme supérieur court | 8 | 15 | 19 | 27 |
| Baccalauréat ou équivalent | 16 | 21 | 27 | 31 |
| CAP, BEP ou équivalent, aucun diplôme, CEP ou brevet des collèges ou diplôme inconnu | 51 | 33 | 17 | 14 |
| Ensemble | 100 | 100 | 100 | 100 |
Lecture : l’enquête Emploi (2023) indique que 18 % des personnes exerçant un métier vert dans l’ensemble de la population occupent un poste de cadre. Cette proportion est nettement plus élevée chez les jeunes sortis du système éducatif : selon l’enquête Génération 2017, 33 % de ceux qui occupent un emploi vert en 2020 sont cadres.
Champs : * en emploi en 2023 – ** en emploi en 2020.
Sources : *enquête Emploi 2023, Insee – ** enquête 2020 auprès de la Génération 2017, Céreq.
Des emplois plus précaires
10Les emplois verts offrent des conditions d’emploi plus précaires que les autres. Trois ans après la sortie des études, les jeunes concernés sont moins souvent en contrat à durée indéterminée (CDI) ou fonctionnaires (59 % contre 68 % pour l’ensemble des jeunes actifs). Ce déséquilibre s’observe pour toutes catégories socio-professionnelles, des ouvriers aux cadres. Ainsi, si la part de CDI est de 67 % pour les cadres dans l’ensemble de la Génération, elle est de 62 % pour les cadres des métiers verts, et respectivement de 37 % et 28 % pour les ouvriers. La part des indépendants est par ailleurs anecdotique (2 %).
L’insertion professionnelle des diplômés issus des formations environnementales
Graphique 1. Répartition des sortants de formation par grand niveau de diplôme (%)

Champ : ensemble des jeunes de la Génération.
Source : interrogation 2020 de la Génération 2017, Céreq.
Des trajectoires professionnelles en apparence favorisées mais qui relèvent en réalité de la structure des qualifications
11Trois ans après la fin de leur formation initiale, les jeunes diplômés d’une formation environnementale telle que définie par le CGDD (encadré 3) sont plus souvent en emploi que ceux issus de formations dans d’autres spécialités (75 % vs 71 %). Lorsqu’ils sont en emploi, ils exercent plus souvent à temps plein (84 % vs 75 %), ont un salaire médian plus élevé (1 740 euros vs 1 600 euros), mais sont plus nombreux à être en emploi à durée déterminée (21 % vs 17 %).
12En effet, bien que dominées par l’emploi, leurs trajectoires professionnelles en début de vie active sont davantage marquées par l’instabilité que celles des autres jeunes. Ceux issus de formations environnementales connaissent plus fréquemment des trajectoires d’accès rapide et récurrent à l’emploi à durée déterminée (EDD)2 que les jeunes issus d’autres spécialités de formation : la différence est de +3 points pour les sortants d’un niveau inférieur ou égal au baccalauréat, +3 points pour les titulaires d’un bac+2 à bac+4 et +8 points pour les bac+5 et plus (tableau 2).
13Les diplômés de formations environnementales de niveau bac+5 et plus connaissent des conditions d’insertion et d’emploi plus défavorables que celles des autres diplômés de ce niveau. Ils sont ainsi moins nombreux à s’inscrire dans une trajectoire d’accès à l’emploi à durée indéterminée (EDI) (57 % vs 67 %).
14Les résultats d’une analyse économétrique, toutes choses égales par ailleurs3, montrent enfin que les jeunes sortants de formations environnementales ont passé un peu moins de temps en emploi, ont moins de chance de suivre une trajectoire marquée par l’accès à l’emploi à durée indéterminée et ont des salaires légèrement moins élevés que ceux issus de formations d’autres spécialités. Ces résultats confirment que leur situation a priori favorable sur le marché du travail, quand on observe les indicateurs sur l’ensemble de la population, est en réalité le résultat d’un effet de structure.
Tableau 2. Trajectoires en début de vie active selon le niveau de la classe de sortie et la spécialité de formation (%)
| Niveau de la classe de sortie en 2017 | |||||
| Secondaire | Supérieur court (bac+2 à +4) | Supérieur long (bac+5 et plus) | Ensemble | ||
Accès à l’EDI (rapide ou différé) | Formations environnementales | 33 | 55 | 57 | 47 |
| Autres spécialités | 35 | 56 | 67 | 45 | |
| Accès rapide et récurrent à l’EDD | Formations environnementales | 25 | 22 | 22 | 23 |
| Autres spécialités | 22 | 19 | 14 | 18 | |
| Accès tardif à l’activité | Formations environnementales | 7 | 6 | 6 | 6 |
| Autres spécialités | 7 | 4 | 4 | 6 | |
| Sortie de l’emploi | Formations environnementales | 8 | 5 | 5 | 6 |
| Autres spécialités | 9 | 8 | 6 | 8 | |
| Maintien aux marges de l’emploi | Formations environnementales | 20 | 7 | 7 | 13 |
| Autres spécialités | 19 | 8 | 6 | 17 | |
| Retour en formation | Formations environnementales | 7 | 5 | 3 | 5 |
| Autres spécialités | 8 | 5 | 3 | 6 | |
| Ensemble | Formations environnementales | 100 | 100 | 100 | 100 |
| Autres spécialités | 100 | 100 | 100 | 100 | |
EDI : emploi à durée indéterminé – EDD : emploi à durée déterminée.
Lecture : 47 % des jeunes issus de formations environnementales s’inscrivent dans une trajectoire d’accès à l’emploi à durée indéterminée de manière rapide ou différée.
Champ : ensemble des jeunes de la Génération.
Source : interrogation 2020 de la Génération 2017, Céreq.
15Par ailleurs, les conditions d’insertion varient selon les domaines au sein des formations environnementales. Les formations liées au domaine de l’« énergie », de la « prévention des pollutions et des risques » ainsi que dans une moindre mesure celles du domaine « gestion sociétale de l’environnement » offrent de bonnes conditions d’insertion. En effet, parmi les jeunes qui ont préparé un diplôme dans le domaine de l’énergie ou de la prévention des pollutions et des risques, un peu plus de la moitié (52 %) ont eu un parcours marqué par un accès à l’emploi à durée indéterminée au cours de leurs trois premières années de vie active. Respectivement 76 % et 79 % d’entre eux sont en emploi en octobre 2020 et environ 7 jeunes sur 10 occupent un emploi à durée indéterminée. Les jeunes formés à la « gestion sociétale en environnement » connaissent le taux d’emploi le plus élevé parmi l’ensemble des formations environnementales (82 %) mais ont davantage eu recours à de l’emploi à durée déterminée au cours de leurs parcours professionnel et sont, pour un tiers d’entre eux, recrutés sur ce type de contrat à la date de l’enquête (16 % seulement pour les sortants de l’énergie et 23 % pour celui de la prévention des pollutions et risques par exemple).
16À l’inverse, les jeunes formés dans le domaine « Hygiène-sécurité-santé-environnement (HSSE) » sont les moins bien insérés sur le marché du travail. Près d’un quart (24 %) ont connu un parcours marqué par une trajectoire de maintien aux marges de l’emploi et 26 % sont au chômage trois ans après la fin de leur formation, soit deux fois plus que l’ensemble des autres jeunes formés dans les domaines environnementaux. Lorsqu’ils accèdent à l’emploi, ils sont également davantage concernés par les emplois à durée déterminée.
17Les sortants de formation des domaines « protection de la nature » et « aménagement du territoire » ont des parcours d’insertion intermédiaires. Cependant, leurs taux d’emploi sont comparables à ceux des autres domaines bien insérés (aux alentours de 75 %).
Des parcours professionnels encore minoritaires dans les emplois verts : une adéquation formation-emploi difficile à mesurer
18À l’issue d’une formation environnementale, une minorité de jeunes accèdent à un métier vert : 17 % des jeunes ayant suivi une telle formation ont occupé au moins un emploi vert au cours de leurs trois premières années d’activité, et à peine 11 % d’entre eux exercent un emploi de cette catégorie en octobre 2020. Parallèlement, la majorité (61 %) des jeunes ayant occupé au moins un emploi vert au cours de leurs parcours n’est pas issue de formations en environnement.
19Ces chiffres sont néanmoins tributaires des nomenclatures utilisées : les formations environnementales sont déterminées à partir d’une liste de diplômes établie par le CGDD, et les métiers verts sont définis selon une liste de PCS constituant l’agrégat vert de l’Insee. Ainsi, il ne s’agit pas ici d’évaluer l’adéquation entre les formations et les emplois dans le champ de l’environnement, certaines formations pouvant mener à des postes dont les finalités et/ou les compétences mobilisées contribuent à l’écologisation, sans être nécessairement classées comme formation environnementales, et il en va de même pour les métiers identifiés comme verts.
20Les jeunes actifs qui occupent un emploi vert mais sont dépourvus de formation environnementale sont plus souvent diplômés au mieux de l’enseignement secondaire et occupent majoritairement des postes d’ouvriers ou des fonctions techniques dans des secteurs d’activité bien définis, souvent marqués par une certaine précarité des conditions d’emploi et des parcours d’insertion professionnelle parfois complexes.
21Par ailleurs, parmi les jeunes formés à l’environnement mais qui travaillent hors métiers verts, 42 % indiquent que l’activité principale de leur entreprise est liée à l’environnement et 43 % estiment que leur poste requiert des compétences environnementales. Autrement dit, même si l’adéquation stricte entre formation et emploi – au sens de « formé vert - métier vert exercé en 2020 » – ne se vérifie pas, la grande majorité des jeunes formés dans le domaine vert occupent des emplois présentant un lien, direct ou indirect, avec leur formation initiale.
Conclusion
22L’analyse des parcours d’insertion et des emplois occupés par les jeunes de la Génération 2017 met en lumière la place encore restreinte, mais non négligeable, des métiers liés à la transition écologique dans les premières années de vie active. Si les emplois dits « verts » demeurent très minoritaires parmi l’ensemble des jeunes actifs, ils se caractérisent par une diversité de fonctions allant des postes d’exécution aux activités d’expertise et par une concentration dans certains secteurs d’activité, tels que l’industrie, les services techniques ou l’administration publique.
23Les résultats montrent également que si les jeunes issus des formations environnementales bénéficient d’une insertion globalement plus favorable que la moyenne de leur Génération, ce n’est pas le cas des jeunes issus de ces formations au niveau bac+5 et plus. Toutes choses égales par ailleurs, en contrôlant notamment le niveau de formation, il s’avère que les formations environnementales conduisent à des parcours professionnels davantage marqués par le chômage, un accès à l’emploi à durée indéterminée moins fréquent et des rémunérations plus faibles. Le résultat global s’explique donc principalement par la structure des niveaux de diplômes de ces formés sortant massivement du supérieur long.
24Ces résultats soulignent par ailleurs la difficulté à appréhender l’adéquation entre formations environnementales et emplois verts. La majorité des jeunes diplômés de ces formations n’exercent pas dans des métiers classés comme « verts » au sens strict des nomenclatures statistiques, mais occupent des postes où les compétences environnementales sont mobilisées de façon transversale. Inversement, nombre de jeunes travaillant dans les métiers verts ne sont pas issus de formations identifiées comme environnementales. Ces constats invitent à interroger la pertinence des nomenclatures actuellement en usage qu’il s’agisse de la définition des formations environnementales proposée par le CGDD ou de l’agrégat vert de l’Insee pour saisir la réalité des processus d’écologisation des emplois et des compétences.
25Ainsi, la transition écologique ne se traduit pas uniquement par l’émergence d’un nouveau segment d’emplois spécialisés, elle se traduit aussi par une transformation diffuse des qualifications et des activités professionnelles. L’enjeu pour les années à venir consistera à mieux identifier et accompagner cette diffusion des compétences environnementales dans l’ensemble du tissu économique. Cette évolution interroge, plus largement, les politiques de formation et d’emploi dans leur capacité à anticiper les besoins en compétences induits par la transition écologique, et à garantir à l’ensemble des jeunes des trajectoires d’insertion durables dans un marché du travail en mutation.
Bibliographie
Aznar, O., Campens, E. & Mazerm, T. (2011). La « bulle » des formations environnementales, Céreq Bref, 289.
Margontier, S. (2019). Les formations environnementales mènent-elles à l’emploi ? DataLab, Service de la donnée et des études statistiques, Commissariat général au développement durable.
Margontier, S. & Kraszweski M. (2022). Quelle insertion professionnelle pour les jeunes formés dans le domaine environnemental ? DataLab, Service de la donnée et des études statistiques, Commissariat général au développement durable.
Mazari, Z. & Moncel, N. (2022). Quelles sont les trajectoires d’insertion des jeunes dans les métiers de la transition écologique ? Marseille : Céreq, coll. « Working paper » (no 16).
Notes de bas de page
1Qu’il s’agisse de l’insertion professionnelle des diplômés issus des formations environnementales répertoriées par le Commissariat général au développement durable (CGDD) ou de la description des métiers verts définis par l’Insee dans la nomenclature PCS2020.
2Ces trajectoires sont issues d’un travail de classification des parcours d’insertion, visant à regrouper les parcours autour de « trajectoires-types », à partir des informations recueillies dans le calendrier mensuel d’activité (emploi, chômage, inactivité, formation/reprise d’études). Les 9 trajectoires-types établies sont les suivantes : Accès rapide et durable à l’emploi à durée indéterminée (EDI) (1), Accès différé à l’EDI (2), Accès rapide et récurrent à l’emploi à durée déterminée (EDD) (3), Accès tardif à l’activité (4), Sortie de l’emploi vers le chômage (5), Sortie du marché du travail (6), Chômage persistant ou récurrent (7), Parcours durable hors du marché du travail (8) et Parcours marqué par un retour en formation (9). Les deux premières peuvent être agrégées sous l’intitulé Accès à l’EDI, les trajectoires 5 et 6 sous le terme Sortie d’emploi et les 7 et 8 Maintien aux marges de l’emploi. La typologie a été élaborée en deux étapes : une classification ascendante hiérarchique (CAH) a été réalisée sur les résultats d’une analyse des correspondances multiples (ACM). Pour une présentation des trajectoires, voir Quand l’école est finie. Premiers pas dans la vie active de la Génération 2017, Céreq Enquêtes no 3, 2022.
3Ces résultats sont issus de plusieurs régressions économétriques portant sur le nombre de mois passés en emploi, la probabilité d’avoir suivi une trajectoire « Accès à l’emploi à durée indéterminée (EDI) » et le salaire perçu à la date de l’enquête pour les individus en emploi à cette période, en contrôlant des variables telles que le genre, le niveau de diplôme et le recours à l’alternance.
Auteurs
-
Valérie Ilardi
Économiste ; Département Entrées et évolutions dans la vie active, Céreq
-
Gaëlle Dabet
Statisticienne ; Département Entrées et évolutions dans la vie active, Céreq
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