La place du doctorat sur le marché du travail a-t-elle évolué durant ces 20 dernières années ?
p. 133-138
Texte intégral
1Depuis 20061, le doctorat, diplôme le plus élevé et le plus prestigieux de l’enseignement supérieur français, a connu des transformations majeures empreintes de professionnalisation. Les différents décrets relatifs à la formation doctorale ont visé à améliorer l’encadrement de la thèse : recours au financement de thèse obligatoire, réduction de la durée de thèse, mise en place de modules de formation au sein du cursus de doctorat, sensibilisation des docteurs à la question de leur devenir professionnel, etc. L’objet de ces réformes visait à sécuriser les parcours professionnels des docteurs, souvent qualifiés de difficiles en comparaison des parcours des autres sortants de l’enseignement supérieur.
2En effet, au début des années 2000, trois années après leur soutenance de thèse, le taux de chômage des docteurs2, bien que faible (6,5 % pour les sortants de génération 1998), était supérieur à celui des diplômés de grandes écoles, mais aussi à celui des diplômés de M2 universitaires. Progressivement, ce paradoxe a disparu. Ainsi, sous les effets de la conjoncture économique, parmi les jeunes de la génération 2010, le taux de chômage à trois ans des docteurs a augmenté – atteignant 9 % – mais cette progression est restée plus limitée que celle affectant le taux de chômage des sortants de bac+5 universitaire (11 %). Cependant, ce renversement ne concerne pas tous les docteurs et de fortes disparités disciplinaires existent. Par ailleurs, l’avantage des diplômés de grandes écoles persiste. De plus, les débuts de carrières des docteurs sont marqués par la prégnance des emplois à durée déterminée.
3Ces difficultés d’insertion récurrentes des jeunes docteurs s’expliquent en partie par leur faible intégration dans les entreprises – notamment dans celles du secteur de la recherche & développement (R&D) – au regard des autres diplômés de l’enseignement supérieur. Pourtant, ce début de siècle marque la volonté des pouvoirs publics d’encourager les docteurs à travailler en dehors de leurs débouchés traditionnels constitués des emplois de la recherche académique et de l’enseignement supérieur. Ce changement de paradigme est légitimé par les théories de la croissance et de la société de la connaissance, estimant que la diffusion de personnels hautement qualifiés à l’ensemble de l’économie permettrait d’augmenter la croissance économique des pays. Les déclarations au niveau européen3 vont dans le même sens et conduisent à militer pour une ouverture des carrières professionnelles des docteurs vers les entreprises et le développement de parcours qui les verraient alterner entre sphère publique et sphère privée.
4Forte précarité des statuts d’emploi en début de carrière, faible intégration des docteurs dans les entreprises, ces éléments questionnent la rentabilité du doctorat sur le marché du travail. Grâce aux données des enquêtes Génération 1998, 2004 et 20104, dans une première partie nous interrogeons l’évolution des conditions d’emploi dans la recherche publique puis, dans un deuxième temps, l’accès et les conditions d’emploi dans le privé. Enfin, nous proposons une typologie des parcours d’insertion des docteurs.
1 | Une précarité croissante dans les emplois de la recherche publique
5En proportion d’une classe d’âge, la plupart des pays de l’OCDE forment davantage de docteurs que la France (Harfi et Auriol, 2010). Toutefois, la morphologie des publics du « doctorat » a évolué depuis 10 ans. Ainsi, le nombre de docteurs s’est fortement accru sous l’effet de la massification de l’enseignement supérieur et de l’élévation générale du niveau d’éducation. Les données administratives5 montrent que le nombre de doctorats délivrés est passé de 9 200 en 2004 à plus de 12 900 en 2014. Pourtant, c’est surtout le nombre de diplômés étrangers qui a principalement augmenté, passant de 2 500 à 5 500 doctorats délivrés. Ce constat peut traduire une plus forte internationalisation du diplôme à l’initiative des universités, la part des diplômés étrangers passant de 27 % à 44 % du total. Mais il traduit aussi un faible attrait des étudiants français pour le cursus de doctorat, souvent expliqué par une désaffection des jeunes pour les carrières académiques et/ou l’anticipation des difficultés d’insertion rencontrées à l’issue du diplôme. De plus, la distribution par discipline a changé sur la même période, la part des diplômés en sciences de l’ingénieur passant par exemple de 10 % à 17 %. Enfin, même si la part des femmes augmente de 41 % à 45 %, celles-ci restent surtout présentes en lettres, langues et littérature.
6Ce qui n’a pas changé pour les docteurs, c’est leur forte appétence à vouloir travailler dans les emplois de la recherche publique. Alors que c’était loin d’être le cas dans les années 1970, le doctorat est devenu indispensable pour entrer dans les professions de la recherche publique ou pour faire carrière sur ce segment spécifique du marché du travail (Musselin, 2008). De manière récurrente, les docteurs ont une préférence forte pour ces emplois : au moment de leur soutenance de thèse, près de 70 % des docteurs interrogés dans les différentes enquêtes Génération déclarent vouloir y travailler. Ces résultats sont à relativiser car, d’une part, il existe de fortes disparités selon les disciplines et, d’autre part, les données sur la Génération 2010 montrent une baisse de 10 points pour ce choix de carrière. Cette érosion de l’appétence pour les emplois de la recherche publique peut être mise en relation avec la dégradation des conditions d’emploi observée depuis 20 ans, se traduisant notamment par une forte hausse de la précarité des statuts.
7Le débouché « recherche publique » reste donc majoritaire quelle que soit l’enquête Génération considérée. La part des docteurs en emploi dans ce secteur passe de 43 % en 2001 à 50 % en 2013 (tableau 1). Ces résultats corroborent ceux issus des données administratives où, malgré un contexte général dominé par les politiques de réduction des effectifs dans l’administration publique, le nombre de chercheurs et d’enseignants a augmenté sur la période 1992-2013 (DEPP, 2014). Cependant, ce sont surtout les effectifs et la part des enseignants contractuels qui se sont accrus. Ainsi, le nombre de contractuels a plus que doublé (+111 %), leur part passant de 15 % en 1992 à 32 % en 2013. Les données administratives montrent également que, depuis 2004, le nombre de postes de MCF (maître de conférences) et de PU (professeur des universités) ouverts ne cesse de baisser (MENESR, 2015). L’ensemble de ces transformations sont observables au travers des enquêtes Génération.
Tableau 1 | Les débouchés des docteurs après 3 années de vie active
en % | Génération 1998, en 2001 | Génération 2004, en 2007 | Génération 2010, en 2013 | ||||||||||||
Recherche publique | Public Hors Recherche | R & D | Privé hors recherche | Recherche publique | Public Hors Recherche | R & D | Privé hors | Recherche publique | Public Hors | R & D | Privé hors | ||||
Part | dont EDD | Part | Part | Part | Part | dont EDD | Part | Part | Part | Part | dont EDD | Part | Part | Part | |
Math PhysiqueChimie | 39 | 25 | 16 | 26 | 19 | 52 | 39 | 16 | 19 | 13 | 53 | 49 | 8 | 22 | 17 |
Sciences de l’ingénieur | 31 | 17 | 9 | 32 | 27 | 41 | 18 | 13 | 32 | 15 | 46 | 28 | 5 | 35 | 15 |
SVT | 49 | 37 | 19 | 14 | 17 | 60 | 65 | 7 | 19 | 14 | 45 | 77 | 20 | 17 | 18 |
LSHS | 53 | 10 | 22 | 4 | 21 | 43 | 22 | 23 | 5 | 29 | 54 | 30 | 24 | 3 | 19 |
Ensemble | 43 | 22 | 17 | 19 | 21 | 48 | 36 | 17 | 15 | 21 | 50 | 46 | 16 | 17 | 18 |
Champ : docteurs en emploi à la date d’enquête à trois ans.
Source : Céreq, enquêtes comparables Génération 1998, 2004 et 2010, interrogations à 3 ans.
8Sur la période 2001-2013, parmi les docteurs en emploi trois ans après leur soutenance, la part des contrats à durée déterminée dans la recherche publique est passée de 22 % à 46 % (tableau 1). Cette augmentation est spectaculaire au regard du secteur privé où la part des emplois à durée déterminée a peu varié. Cependant, l’accroissement est variable selon les disciplines, les docteurs en SVT (sciences de la vie et de la terre) ayant été les plus affectés.
9Les évolutions récentes des modes de fonctionnement de la recherche académique se caractérisent donc par un allongement de la file d’attente pour l’accès aux emplois permanents de la recherche publique. Ainsi, dans les disciplines où la concurrence pour l’accès aux postes permanents est forte, les docteurs sont incités à accumuler des expériences de recherche au travers d’emplois à durée déterminée. Ces emplois, appelés « post-doctorats », leur permettent de valoriser leur thèse (publications, développement de compétences, etc.) mais surtout de patienter jusqu’aux nouvelles sessions de recrutement dans les postes permanents. Ces expériences se sont progressivement multipliées au cours des vingt dernières années. Pour les sortants de la génération 1998 en emploi dans la recherche publique trois années après la soutenance de thèse, 13 % avaient ainsi connu au moins trois séquences d’emploi ; parmi les docteurs diplômés en 2004, cette part monte à 18 % et 22 % pour ceux diplômés en 2010.
10De manière générale, les trajectoires professionnelles des docteurs et les conditions d’emploi dans la recherche publique se sont dégradées sur la période considérée. Face à ces difficultés, les docteurs pourraient envisager de davantage se tourner vers des carrières dans le privé. Pourtant, comme nous allons le voir, les docteurs n’ont que de faibles incitations à s’y orienter car, dans ce secteur, se pose la question de la reconnaissance du doctorat, loin d’y être assurée.
2 | Dans le privé, avantage aux « docteurs ingénieurs »
11En France, les emplois hautement qualifiés du privé – et plus spécifiquement ceux de la R&D – sont traditionnellement alimentés par les diplômés d’écoles d’ingénieurs. Alors qu’une large littérature explique la préférence des docteurs pour l’académisme, très peu d’études inversent le point de vue et discutent le relatif manque d’intérêt des recruteurs du privé pour les diplômés de doctorat. Les travaux existants insistent, d’une part, sur la méconnaissance qu’ont les employeurs des docteurs, du titre et de la formation doctorale (d’Agostino et al., 2009). D’autre part, ils soulignent le fort tropisme des entreprises privées pour les diplômés de grandes écoles, auxquels ces employeurs prêteraient une « culture » plus développée de l’entreprise et un ensemble de compétences acquises en formation plus directement transférables dans les emplois qu’elles proposent (Mason et al., 2004).
12Les docteurs sont donc peu représentés dans les entreprises et notamment dans les emplois de la R&D. Les données administratives du MENESR/DGRI (Perrain, 2014) montrent que, sur la période 1997-2013, la part des chercheurs dans les entreprises6 qui possèdent un doctorat comme plus haut diplôme a baissé. De façon globale, en raisonnant sur l’ensemble des chercheurs en entreprises (jeunes et plus âgés, débutants et expérimentés), la part de ceux qui possèdent un doctorat s’effrite avec le temps : de 14,9 % en 1997 à 13,2 % en 2007 et seulement 11,7 % en 2013. Cette difficulté des docteurs à intégrer la R&D des entreprises privées se retrouve parmi les nouveaux arrivants. Pour les sortants des enquêtes Génération, on constate ainsi un plafonnement des débouchés vers les emplois de chercheurs dans les entreprises privées. À ces difficultés s’ajoute une forte polarisation disciplinaire : ce sont surtout les diplômés de math, physique, chimie, sciences de l’ingénieur qui connaissent des débuts de carrières dans le privé. La littérature scientifique (Giret, 2003) démontre que non seulement la discipline, mais aussi le parcours scolaire antérieur au doctorat, comme les conditions de réalisation de la thèse, déterminent fortement les débouchés d’emploi, une fois celle-ci soutenue. Ainsi, le fait d’avoir bénéficié d’un financement de thèse CIFRE (convention industrielle de formation par la recherche), c’est-à-dire de réaliser conjointement une thèse dans un laboratoire et dans une entreprise, augmente les chances de débuter sa carrière dans une entreprise. Si la CIFRE représente du point de vue de l’ouverture des débouchés au privé une « success story », il faut cependant souligner que ce dispositif a du mal à se diffuser dans les spécialités éloignées des besoins directs des entreprises.
13Les docteurs qui travaillent en entreprise trois années après la soutenance de thèse occupent en majorité un emploi à durée indéterminée et occupent des postes de cadres. Ces docteurs, quelle que soit la génération étudiée, ont relativement plus de chances d’accéder aux emplois à durée indéterminée que leurs homologues intégrant la recherche publique. Leurs conditions d’emploi sont globalement meilleures que celles des sortants de M27 employés dans le même secteur, cet avantage disparaissant lorsqu’ils sont comparés aux sortants des écoles d’ingénieurs. La rentabilité dans le privé de trois années d’études supplémentaires peut donc être questionnée en l’état actuel des pratiques des entreprises.
Tableau 2 | Conditions d’emploi dans le secteur privé
après 3 années de vie active
en % | Génération 1998 en 2001 | Génération 2004 en 2007 | Génération 2010 en 2013 | ||||||
Cadre | EDI | S’estime employé en dessous de son niveau de compétence | Cadre | EDI | S’estime employé en dessous de son niveau de compétence | Cadre | EDI | S’estime employé en dessous de son niveau de compétence | |
Doctorat hors santé | 91 | 87 | 26 | 76 | 71 | 32 | 90 | 90 | 28 |
Ecoles d’ingénieurs | 93 | 96 | 22 | 87 | 92 | 23 | 87 | 95 | 22 |
M2 | 75 | 90 | 25 | 64 | 85 | 33 | 60 | 85 | 28 |
Champ : docteurs en emploi à la date d’enquête à trois ans.
Source : Céreq, enquêtes Générations 1998, 2004, 2010, interrogations à 3 ans.
14Le degré de reconnaissance du doctorat dans les entreprises peut également être appréhendé par les différences de salaires observées vis-à-vis des autres types de diplôme. De manière générale, quelle que soit la génération considérée, il existe un avantage salarial du doctorat dans le privé par rapport aux diplômés de M2 (tableau 3). Mais, là encore, la plus-value du doctorat est très faible, voire négative, quand on le compare au titre d’ingénieur. Ainsi, pour les sortants de 1998, les salaires dans le privé et dans la R&D sont équivalents pour les ingénieurs et les docteurs. Pour la génération 2004, les docteurs dans le privé sont moins bien rémunérés que les ingénieurs, cette tendance s’inversant dans la R&D. Pour la génération 2010, les différences de salaires entre docteurs et ingénieurs ne sont pas significatives, que ce soit dans le privé ou dans les emplois de la R&D.
Tableau 3 | Salaires nets médians mensuels dans le privé après 3 années de vie active
Salaires nets médians mensuels dans le privé (hors R&D) | Salaires nets médians mensuels dans les emplois de la R&D privée | |||||
G1998 en 2001 | G2004 en 2007 | G2010 en 2013 | G1998 en 2001 | G2004 en 2007 | G2010 en 2013 | |
Doctorat hors santé | 2 050 | 2 100 | 2 430 | 1 975 | 2 290 | 2 450 |
Ecoles d’ingénieurs | 2 070 | 2 160 | 2 360 | 2 000 | 2 200 | 2 400 |
M2 | 1 820 | 1 980 | 2 045 | 1 863 | 1 990 | 2 210 |
Champ : docteurs en emploi à la date d’enquête à trois ans.
Source : Céreq, enquêtes Générations 1998, 2004, 2010, interrogations à 3 ans.
15Malgré ces résultats en demi-teinte, qui soulignent la faible plus-value du doctorat sur les diplômés d’écoles d’ingénieurs dans les entreprises, celui-ci conserve néanmoins une valeur symbolique sur certains segments du marché du travail. Diplôme le plus prestigieux de l’enseignement supérieur, il était, bien avant la standardisation des diplômes de l’enseignement supérieur au niveau européen (LMD), un grade reconnu internationalement sur le marché du travail. De ce fait, posséder un doctorat présente encore une valeur substantielle dans les recrutements des emplois de la R&D à l’international. Cette valeur substantielle a contribué à alimenter et diversifier les recrutements en doctorat, attirant de plus en plus de nouveaux publics vers cette formation, à l’instar des diplômés d’écoles d’ingénieurs. Ainsi, en 20108, 22 % des diplômés de doctorat possédaient un diplôme d’écoles d’ingénieurs avant leur entrée en thèse. À moyen terme se pose d’ailleurs la question de l’évolution des logiques d’articulation des différentes formations et diplômes, et la possibilité de voir s’imposer, dans certaines disciplines scientifiques, de nouvelles normes d’accès au doctorat se basant sur la possession d’un diplôme d’ingénieur. Sans anticiper, il existerait d’ores et déjà pour ce type de diplômés une plus-value du cumul de diplômes sur le marché du travail.
16En effet, poursuivre en doctorat, pour les diplômés d’écoles d’ingénieurs, est un parcours de formation qui se révèle rentable. Une fois isolés les « ingénieurs docteurs », c’est-à-dire les docteurs préalablement titulaires d’un titre d’ingénieur, des autres docteurs et des ingénieurs n’ayant pas poursuivi en doctorat, l’analyse économétrique des salaires perçus (à partir de modèles de salaire9 sur l’emploi occupé trois ans après la sortie) montre que, toutes choses égales par ailleurs, les « docteurs ingénieurs » perçoivent des salaires plus élevés que les ingénieurs comme des docteurs issus des masters de sciences de l’ingénieur et de l’informatique.
3 | Les trajectoires professionnelles des docteurs très différenciées selon le débouché envisagé
17L’analyse longitudinale des conditions d’insertion des jeunes docteurs démontre que leurs trajectoires professionnelles se déterminent – et se différencient – très tôt, conditionnées par les choix entrepris dès le début de la thèse.
18L’analyse des trajectoires professionnelles des docteurs10 fait ressortir huit trajectoires-types. Parmi celles-ci, on distingue deux parcours où l’emploi privé prédomine : une trajectoire d’accès rapide aux emplois stables de la R&D (17 %) et une autre d’accès rapide aux emplois du privé hors recherche (14 %). Dans ces trajectoires, les docteurs s’orientent très rapidement vers un emploi du privé et, pour la plupart, ne connaissent qu’une seule séquence d’emploi. Ainsi, dans la trajectoire liée aux emplois de la R&D, 40 % des docteurs n’ont connu qu’un seul emploi. Les docteurs en math, physique, chimie et en sciences de l’ingénieur sont les plus représentés dans ces parcours professionnels, tout comme les docteurs ayant connu des conditions de thèse tournées vers l’entreprise. Du côté des conditions d’emploi après cinq années de vie active, l’inscription rapide dans ces parcours est synonyme d’une forte stabilisation et de rémunérations plus importantes que pour l’ensemble des autres docteurs.
19Ces trajectoires liées aux emplois du privé tranchent avec celles où les emplois dans la recherche publique dominent. Ainsi, 42 % des docteurs connaissent des trajectoires orientées vers ce secteur. Dans ces parcours, trois types de trajectoire se distinguent : l’accès rapide aux emplois permanents (en moins d’un an après la soutenance de thèse, 18 % des trajectoires), l’accès différé aux emplois permanents (après deux ans, 12 % d’entre elles) et enfin le type de trajectoire où l’instabilité domine, c’est-à-dire où les docteurs n’accèdent jamais à la stabilité dans l’emploi durant les cinq premières années de vie active (10 %). Ces trajectoires reflètent l’existence d’une file d’attente plus ou moins longue dans l’accès aux emplois permanents de la recherche publique. Les docteurs en SVT sont ceux qui sont les plus représentés dans les trajectoires d’instabilité chronique dans l’emploi.
Conclusion
20Il apparaît donc que, au final, les choix de débouchés entrepris souvent dès le début de la thèse s’avèrent clivants et durables quant à leurs conséquences en matière d’insertion ultérieure. Ils semblent comporter aussi une dose d’irréversibilité puisque, après les cinq années qui suivent la sortie en doctorat, les bifurcations entre mondes et emplois de la recherche publique et du privé ne sont pas fréquentes.
21Alors que nos résultats mettent en évidence un relatif avantage des docteurs qui intègrent le privé, peu se tournent vers ces emplois, y compris lorsqu’ils ne parviennent pas à accéder aux postes permanents de la recherche publique. Questions de convictions et d’engagement, ou questions de défiances entre des mondes qui se connaissent encore mal ? Un enjeu de politique publique semble donc concerner la nature de la fracture actuelle entre recherche publique et R&D privée et la façon de tenter de poser des ponts entre l’une et l’autre.
Notes de bas de page
1 Date d’un décret sur la formation doctorale.
2 Docteurs hors disciplines de santé
3 Déclaration européenne des ministres en charge de l’enseignement supérieur, 2005.
4 Les bases comparables portant sur la première interrogation à trois ans sont utilisées dans cet article, afin de pouvoir bénéficier des extensions « docteurs » financées par la DGESIP. Par ailleurs, pour rendre comparable le champ des docteurs couverts par les différentes enquêtes, les docteurs CIFRE et les étrangers ont aussi été écartés de nos analyses.
5 Exploitations issues de la Base Centrale de Pilotage de la DEPP.
6 Les chercheurs en entreprises sont ici définis comme les personnels des activités de R&D en entreprise qui occupent une fonction de chercheur.
7 Il aurait été ici assez intéressant de comparer ces conditions d’emploi à disciplines égales ; cependant très peu de docteurs issus des LSHS intègrent les entreprises.
8 Pour cette partie, nous n’utilisons pas les bases comparables
9 Équation classique de gains de Mincer sur le logarithme du salaire, prenant en compte la sélection sur l’accès la probabilité d’occuper un emploi par une procédure à la Heckman.
10 Récemment, le Céreq associé à la DGESIP (Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnel) ont choisi de suivre le devenir professionnel des docteurs diplômés en 2010 après 5 années de vie active (Calmand et al., 2017). À partir de méthodes d’analyse de données des situations sur le marché du travail décrites mois par mois, le Céreq a mis en évidence une typologie de huit trajectoires « types ».
Auteur
-
Julien Calmand
Économiste, chargé d’études, Céreq, Département des entrées et évolutions dans la vie active, doctorant à l’IREDU, Université Bourgogne Franche-Comté.
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