La liberté de la presse yéménite : obstacles et espérances (résumé)
p. 123-125
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Mots-clés : presse (liberté), presse (histoire)
Texte intégral
1Entre 1938 et 1941, était parue la première revue yéménite intitulée al‑Hikma (la sagesse), pionnière dans le domaine de la culture. Elle fut interdite par l’imam Yahyā. Au cours des années 1940 et durant la deuxième guerre mondiale, la partie sud du pays connut une époque florissante en matière d’activités politiques et syndicales, et de liberté de la presse. On assista à cette époque à la naissance de partis politiques et de nombreux journaux et magazines ainsi que la radio la Voix du Yémen (Sawt al‑Yemen).
2Après l’Unification, sont apparus de nombreux partis politiques et de nombreux journaux, eux-mêmes souvent financés par les partis dominants, le CPG et le Parti Socialiste. Malheureusement, ce pluralisme ne dura pas longtemps, car un projet de loi sur les publications et la presse, proposé par le Parti Socialiste (n° 25, 1990), contribua à limiter la liberté de la presse. Cette loi était aussi soutenue par des partis qui venaient de voir le jour comme le parti Ba’th, le parti nassérien et l’Islāh.
3Après la guerre civile de 1994, la situation s’est largement aggravée. Les amendements de la constitution de 1990 ou « Constitution de l’État Unifié » (qui ont été analysés par les juristes Muhammad al‑Mikhlāfī et Muhammad ‛Alī al‑Saqqāf) sont tous allés dans un sens restrictif. Seul point positif dans la loi de 1990 : elle avait donné le droit de fonder des partis, des syndicats et des journaux sans autorisation officielle, par simple déclaration. Pour cette raison, le Pouvoir souhaitait également modifier la loi de la presse. Jusqu’à présent, le gouvernement a tenté de promulguer cinq projets de loi, qui ont tous été rejetés par les journalistes. Le gouvernement promeut actuellement un nouveau projet qui est en discussion au Conseil Consultatif.
4Comme le fait remarquer l’avocat Ahmad al‑Wādi‘ī, contrairement à la Déclaration des Droits de l’Homme, qui stipule « la liberté d’opinion » (y compris le droit d’en changer), la Constitution yéménite ne prévoit que la liberté d’expression, ce qui n’en est qu’une conséquence. D’autant plus que ce droit est soumis à la loi yéménite, qui prévoit de nombreuses limitations.
5Or, dans la plupart des pays démocratiques, il n’y a pas de loi sur la presse, comme l’ont signalé les Américains Madeleine Shakter et David Macro : les journalistes y jouissent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs que les autres citoyens. Même si l’existence d’une loi sur la presse peut paraître légitime, la tentation est grande pour un pouvoir autoritaire de l’utiliser pour faire taire les journalistes trop gênants. Par ailleurs, s’il existe des journalistes qui ne respectent pas les limites de la déontologie, l’expérience des États-Unis montre que le temps fait prendre conscience des erreurs et que le public soutient toujours les journaux sérieux et les distingue de la presse orientée.
6Malgré le refus des journalistes, l’État continue d’essayer de promulguer cette loi qui ne peut que bafouer les principes de la liberté. Actuellement, pour publier un journal, il faut obtenir une autorisation officielle de la part du Ministère de l’Information, ce qui est en soi une entrave à la liberté de la presse, ce qui n’existe dans aucun régime démocratique. Et plusieurs demandes d’ouverture de journaux sont refusées par le Ministère chaque année.
7Parmi les sujets auxquels, d’après la loi, les journalistes ne doivent pas s’attaquer, on peut mentionner : la religion et ses principes ; les autres religions monothéistes ; la civilisation yéménite, arabe et musulmane ; le patrimoine ; le régime républicain ; l’unité nationale ; la provocation à la haine tribale, raciale et religieuse ; les traditions et coutumes du peuple yéménite… Comme on le voit, cette liste est très ouverte. Par ailleurs, la loi d’application des peines prévoit par exemple la peine de mort pour « la diffusion de nouvelles mensongères », de même que de nombreuses autres lois prévoient de nombreuses peines pour des délits de ce type, notamment la loi sur « les Documents et les Informations ».
8Les journaux et les journalistes sont également sujets à des mesures de répression extra-judiciaires et parfaitement illégales. Les locaux de plusieurs journaux ont été fermés (ce qui n’est pas prévu par la loi) parce qu’ils ne partageaient pas la même opinion que le régime (al‑Tajammo‘, al‑Usbū‘, al‑Rāsid). al‑Thawrī (le journal du Parti Socialiste), al‑Shūrā et al‑Wahdawī sont fréquemment suspendus par le pouvoir. Après la guerre civile de 1994, de nombreux journalistes ont fait l’objet d’intimidations et ont été agressés physiquement. Par exemple, à l’issue d’un colloque organisé par le Yemen Times, les journalistes suivants ont été emprisonnés et battus : Abū Bakr al‑Saqqāf, Zayn al‑Saqqāf, Muhammad Sāleh al‑Hādirī. Enfin, de nombreux journalistes ont été tenus au secret par les forces de sécurité, sans être jugés : ‛Abd al‑Rahīm Muhsin, Ibrāhīm Husayn, Sa‘īd Thābet et bien d’autres. Sans parler des vols dont sont victimes certains sièges de journaux, de la part de certains organes de sécurité.
9Toutes ces atteintes à la liberté de la presse ont été dénoncées par Muhammad al‑Mikhlāfī dans son livre « La question de l’État de droit dans la crise du Yémen », où il conclut que les violations sont le seul moyen de défense d’un régime qui ne réussit pas à se faire accepter de la population par la force de la conviction.
Auteur
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Abd al‑Bari Taher
Journaliste, Rédacteur-en-chef de la revue al‑Hikma, Directeur exécutif de la fondation al-Afif
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2007
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