Introduction
p. 1-2
Texte intégral
Carte 1 : Le Yémen occidental

(dessin Hélène David)
1Cette étude présente les résultats des deux prospections de la mission française d’épigraphie arabe, effectuées en 1986 et 19921 à Ḏī Bīn, petit village doté d’une belle mosquée et d’un complexe funéraire. Ce dernier comprend un mausolée, attenant à la mosquée, dans lequel est inhumé l’imām al‑Mahdī li‑dīn Allāh Aḥmad b. al‑Ḥusayn (612–656 / 1216–1258), dit Abū Ṭayr (« père de l’oiseau », kunya donnée postérieurement, à cause de l’oiseau qui surmonte le minaret) et une nécropole située à l’est de la mosquée, près du bassin d’ablutions. Cette étude rendra compte des inscriptions de la mosquée et du mausolée de l’imām. Une deuxième traitera des inscriptions de la nécropole.
2Ḏī Bīn est situé à environ 74 kilomètres, à vol d’oiseau, au nord‑est de Ṣan‘ā’. Pour y accéder, il faut emprunter la route de Ṣan‘ā’ à Ṣa‘da, jusqu’au village de Rayda. À la sortie du village, une piste s’engage au pied du ğabal Šaybara vers le wādī Banī Ğubar qui serpente au pied du ğabal Yanā‘a, puis longe le ğabal Ḏarwa, Le village de Ḏī Bīn apparaît blotti au pied de la montagne de Ẓafār dès que l’on dépasse le ğabal Ḏarwa. La mosquée, située au cœur du village, à l’est d’une grande citerne et à l’ouest d’un petit bassin servant aux ablutions, a peut‑être été fondée en 437 / 1047–10482. Son tracé irrégulier laisse présumer qu’elle a subi plusieurs transformations et agrandissements3 (cf. photo n° 2).
3La salle de prière, plus profonde que large (28 x 10 m), offre trois espaces qui se prolongent les uns les autres.
4On accède au premier par la porte d’entrée principale de la salle de prière, située au centre de la façade sud de l’édifice. Des arcades divisent cet espace en deux petits carrés, recouverts chacun d’une coupole, et flanqués d’une nef voûtée en ogive. Dans la nef est, une porte, munie d’un cadenas, permet d’accéder au mausolée de l’imām. Celui‑ci est composé d’une petite salle carrée (5 x 5 m) recouverte d’une coupole. Une fenêtre, munie d’une grille métallique, formant un réseau de carrés, a été ouverte dans son mur sud, et une autre, identique, dans le mur est. Le sol est recouvert de tapis.
5Le second espace comprend cinq travées et cinq nefs délimitées par des arcades transversales et longitudinales. Les deux dernières travées sont matérialisées par des colonnes et des piliers rectangulaires.
6Le troisième espace, dont l’axe est décalé d’environ 10° par rapport à celui du reste de l’édifice, contient la niche du miḥrāb et celle du minbar4. Il est composé de trois travées engendrées par deux arcades transversales. La première est parallèle au mur qibla, alors que la seconde s’écarte quelque peu de la précédente sur le côté sud‑ouest. Deux arcades longitudinales délimitent une nef latérale qui flanque l’espace central. Deux portes ont été aménagées dans le mur est. La première donne accès à une salle, de forme trapézoïdale, qui semble servir de dépôt. Dans l’entrebâillement de la porte, fermée par un cadenas, nous avons aperçu un cénotaphe au milieu d’objets hétéroclites. Il ne nous a pas été possible de pénétrer dans cette salle5. La seconde donne accès à la petite nécropole située à l’extérieur de la mosquée.
Photo n° 2. La mosquée de l’imām Aḥmad b. al-Ḥusayn

(cl. S. Ory).
Notes de bas de page
1 En 1986, la mission était constituée de Ismā‘īl al‑Kibsī, représentant du Service des antiquités yéménites, de Khaled Mawdoud, alors conservateur du Musée de Raqqada (Tunisie), d’Ulrich Walburger, étudiant de DEA à l’université de Provence, sous la direction de Solange Ory, professeur à l’université de Provence. En 1992, l’équipe était constituée de Muḥammad al‑‘Arūsī, alors doctorant de l’université de Provence et représentant du Service des antiquités yéménites, et de Nahida Coussonnet, allocataire de recherche au Centre français d’études yéménites, sous la direction de Solange Ory. La rédaction de la partie épigraphique de cette étude est due à Solange Ory et la partie historique à Nahida Coussonnet.
2 Une première mosquée a peut‑être été fondée lors de la prise de la ville par l’imām al‑Nāṣir li‑dīn Allāh en 437 / 1047‑48. Cf. YAḤYĀ b. al‑ḤUSAYN, Ġāyat al‑amānī, Ṣan‘ā’, s.d., tome 1, p. 246.
3 Voir l’étude architecturale de la mosquée dans FINSTER (Barbara), Die Moschee von Ḏî‑Bîn, apud Archäologische Berichte aus dem Yemen, tome 1, Islamische Bau und Kunstdenkmäler in Yemen, Mainz am Rhein, 1982, p. 269‑275 et pl. 123‑125 ; plan de la mosquée, p. 270.
4 À l’instar de beaucoup de mosquées de la péninsule Arabique, le minbar est composé de quelques marches en qaḍāḍ (mortier très fort) se terminant par une petite plate‑forme sur laquelle s’assied le prédicateur.
5 Il est actuellement extrêmement difficile d’entrer dans les mosquées, et en particulier, dans les mausolées des imāms zaydites. Nous n’avons été autorisés à pénétrer dans le mausolée de l’imām Aḥmad b. al‑Ḥusayn, au cours de la deuxième mission, que pendant une demi‑heure. Lors du premier séjour, nous avions pu rester à l’intérieur du complexe quelques heures, pendant trois jours. Ces circonstances expliquent certaines lacunes de notre documentation et, en particulier, l’absence de photographies de détails des inscriptions du miḥrāb et de celles du mur nord de la mosquée.
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