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    Plan détaillé Texte intégral L’histoire du climat et de la société Le double défi de l’histoire face au changement climatique L’évolution des idées sur le climat Découverte des premières archives naturelles L’apport des archives naturelles en histoire Climat et société : deux systèmes complexes Enjeux politiques de l’histoire du climat et de la société Dynamique des risques climatiques complexes L’exemple de l’Empire romain : un aperçu Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Changement climatique et dynamiques sociales. Du passé profond à l’avenir incertain

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    Table des matières

    Changement climatique et dynamiques sociales. Du passé profond à l'avenir incertain

    Leçon inaugurale prononcée au Collège de France le jeudi 1er février 2024

    Kyle Harper

    p. 9-49

    Texte intégral L’histoire du climat et de la société Le double défi de l’histoire face au changement climatique L’évolution des idées sur le climat Découverte des premières archives naturelles L’apport des archives naturelles en histoire Climat et société : deux systèmes complexes Enjeux politiques de l’histoire du climat et de la société Dynamique des risques climatiques complexes L’exemple de l’Empire romain : un aperçu Conclusion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Monsieur l’Administrateur,
    Mesdames et Messieurs les Professeurs,
    Chers collègues,
    Chère famille,
    Chers amis,

    2Notre Terre est merveilleusement accueillante pour la vie. La chaude lueur de notre Soleil fournit le gradient d’énergie libre qui alimente la vie. Nous sommes blottis à l’intérieur d’une enveloppe de gaz très fine que nous appelons l’« atmosphère », qui nous protège des radiations mortelles et nous fournit l’oxygène et l’azote nécessaires à la vie. La Terre est un monde aquatique — une condition nécessaire à la vie telle que nous la connaissons. Elle est âgée de 4,5 milliards d’années. La vie y est apparue presque immédiatement, en l’espace d’un milliard d’années, et a constamment façonné le système terrestre. Les systèmes biogéochimiques de la planète sont depuis longtemps devenus inséparables.

    3Pourtant, aussi hospitalière que soit notre Terre, cet amas de poussière d’étoiles qui allait devenir notre chez-nous n’a pas toujours été si accueillant. L’histoire géologique de la Terre est une histoire de changements incessants et de bouleversements violents. À toutes les échelles de temps, le climat évolue. À l’échelle géologique, mesurée en millions d’années, la planète est passée par différentes phases (de « serre » à « boule de neige ») et a eu de nombreux visages, que nous aurions bien du mal à reconnaître aujourd’hui. Sur des échelles de temps plus courtes, par exemple les 300 000 dernières années environ, la fort brève période de l’histoire de la Terre pendant laquelle un primate errant connu sous le nom d’Homo sapiens est apparu était principalement une période glaciaire ; Paris se trouvait dans une toundra balayée par les vents. Cette période glaciaire a été interrompue par des périodes interglaciaires. Nous vivons actuellement dans un tel épisode interglaciaire, l’Holocène, l’époque géologique qui s’étend sur les quelque 11 700 dernières années. Sur des échelles de temps encore plus courtes, même pendant l’Holocène, les changements climatiques ont été incessants. Il y a des millénaires, des siècles, des décennies et des années où il fait plus chaud ou plus froid, plus humide ou plus sec. Notre planète est une planète de changements.

    4Maintenant, imaginez une autre planète, une planète qui ressemble beaucoup à notre Terre, mais qui est légèrement différente. Comme la nôtre, cette autre Terre est propice à la vie, mais encore plus. Elle est parfaitement stable, parfaitement prévisible. Les saisons commencent et finissent comme prévu. Les pluies sont régulières. Les prévisions météorologiques de demain ne sont pas le fruit d’une complexe simulation informatique, mais sont affichées dans une simple table de valeurs, immuable et éternelle. Il n’y a jamais de mauvaises récoltes. Une journée à la plage n’est jamais gâchée.

    5En quoi l’histoire de l’humanité serait-elle différente s’il n’y avait pas eu de changement climatique ? À quoi ressemblerait l’histoire d’Homo sapiens si nous habitions une planète parfaitement stable ? Hélas, pour le meilleur et pour le pire, nous resterions nous-mêmes, trop humains. Il y aurait des famines et des conflits. Il y aurait la fuite désespérée des réfugiés et il y aurait l’oppression. Il y aurait la peste et la guerre. Même en l’absence de changement climatique, nos problèmes ne disparaîtraient pas.

    6Cependant, s’il n’y avait pas eu de changement climatique dans le passé de l’humanité, il y aurait eu moins de famines, moins de conflits, moins de besoin de fuir, moins d’oppression, moins de fléaux, moins de guerres. La question est de savoir dans quelle mesure la souffrance humaine aurait diminué. En d’autres termes, quel a été l’impact du changement climatique sur le sort de l’humanité, comment le mesurer et comment appréhender quelque chose d’aussi insaisissable et incertain que ce lien de causalité ? Ce sont des questions difficiles. Au cours de l’histoire de l’humanité, à différentes périodes, des changements climatiques violents et perturbateurs ont semblé renverser des empires et ébranler des civilisations. Mais il y a eu d’autres périodes où des changements climatiques naturels tout aussi perturbateurs ont favorisé l’ingéniosité, l’adaptation, la survie et même le progrès. Et, curieusement, il y a des moments où des événements climatiques relativement mineurs semblent dépasser la capacité des États et des sociétés à faire face. Pourquoi ?

    7Évidemment, il s’agit d’une question épineuse, précisément parce que nous ne pouvons pas mener une expérience contrôlée sur une autre Terre qui permettrait de déterminer à quel point le changement climatique influence le destin de l’humanité. Cependant, nous pouvons étudier les archives, passer au crible les longues chroniques de l’humanité, à la recherche de tendances révélatrices. C’est pourquoi il est urgent de le faire.

    L’histoire du climat et de la société

    8Le changement climatique fait partie intégrante de notre histoire. Il s’est parfois traduit par l’adaptation et parfois par l’effondrement. Ce thème est au cœur de mes recherches et au cœur d’un domaine en plein essor, à savoir l’histoire du climat et de la société1. L’histoire du climat et de la société est un domaine interdisciplinaire, à tous les niveaux (figure ci-après). Elle se situe au carrefour de la paléoclimatologie — la reconstruction de l’histoire de la Terre — et de l’histoire environnementale — la recherche de relations entre le climat physique et les sociétés humaines. Les historiens se querellent souvent sur la question de savoir si nous devons écrire l’histoire sous l’emprise du présent ou si nous devons chercher à comprendre le passé selon ses propres termes. Il s’agit d’un faux débat. Nous parviendrons à une meilleure connaissance de nous-même si nous cherchons à nous libérer de l’illusion que l’état des choses tel qu’il est aujourd’hui est nécessairement ce qu’il était autrefois ou ce qu’il doit être. L’étude de l’étrange altérité du passé nous permet de redécouvrir la remarquable capacité de l’humanité à changer radicalement, à transformer ses modes de vie, ses comportements, ses valeurs et ses systèmes politiques. Toutefois, il est bien naturel que l’étude des anciennes civilisations fasse naître en nous des inquiétudes. Il n’est pas surprenant que, habitant une planète qui brûle sous nos yeux, nous nous tournions anxieusement vers le passé à la recherche d’informations, pour savoir comment nos ancêtres ont réagi au changement climatique naturel.

    Schéma circulaire représentant les trois grands domaines impliqués dans l'histoire du climat et de la société (dans le sens des aiguilles d'une montre) : 1. Paléoclimatologie (proxies du climat passé, cernes d'arbres, carottes glaciaires ou marines) ; 2. Modèles de systèmes complexes (résilience, risques composés, contagion) ; 3. Connaissance historique (structures sociales et politiques, contingence).

    L’histoire du climat et de la société intègre des données provenant des archives paléoclimatiques, des modèles sociologiques et des connaissances sur des sociétés particulières.

    9Heureusement, nous sommes de mieux en mieux équipés pour répondre à cette question grâce à la découverte passionnante de nouvelles archives de l’histoire de la Terre. En général, les historiens effectuent leurs recherches dans les chroniques, les lettres, les documents et les inscriptions, c’est-à-dire dans les archives laissées par les êtres humains. Aujourd’hui, nous pouvons lire l’histoire dans la glace, le bois, la pierre et les couches de sédiments. Pour citer un de mes exemples préférés, nous verrons comment une carotte marine au large de la côte sud de l’Italie peut nous éclairer sur le destin de l’Empire romain.

    Le double défi de l’histoire face au changement climatique

    10L’histoire du climat et de la société s’attache à comprendre le passé et le présent. Elle a pour double objectif d’approfondir notre compréhension de l’histoire et de nous aider à relever le défi du changement climatique. Ces deux objectifs sont intimement liés. Pour améliorer la conception des modèles d’interaction entre le climat et la société, il nous faut chercher à comprendre des liens de causalité dans toutes leurs nuances et à saisir pleinement la manière dont le changement climatique a influencé les civilisations au cours de l’histoire. Tout effort d’évaluation des risques associés au changement climatique futur dépend d’une certaine représentation ou version de l’histoire, d’une certaine notion de l’expérience passée, qu’elle soit implicite ou explicite.

    11En effet, si vous examinez les modèles économiques utilisés pour anticiper les éventuels effets du changement climatique à l’avenir, vous trouverez des estimations basées sur des données empiriques, généralement issues d’un passé relativement récent. Si vous lisez les rapports d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), vous trouverez une analyse des risques fondée sur l’expérience. Ici, il existe une version de l’histoire, généralement fort brève dans le temps et étroite dans sa vision, de ce qui peut se produire dans les sociétés humaines. Pour évaluer les menaces qui pèsent sur notre espèce, on ne peut pas faire l’impasse sur l’histoire. Incontestablement, l’histoire, de manière consciente ou non, informe les décideurs politiques et les citoyens de notre société mondiale. Faisons donc en sorte qu’elle soit de qualité.

    12Certes, le passé avait un visage bien différent. Il était souvent pauvre et technologiquement primitif. Dans l’Empire romain, le revenu annuel par habitant était l’équivalent de 500 à 600 euros par personne et par an. L’Empire romain serait aujourd’hui le pays le plus pauvre de la planète. Une autre différence est qu’autrefois c’était généralement le refroidissement soudain du climat de la Terre, et non le réchauffement de la planète, qui menaçait le bien-être de l’humanité. Bien entendu, cela ne signifie pas que le refroidissement est dangereux et que le réchauffement est bénéfique. Au contraire, les mécanismes qui ont entraîné des changements rapides sur les échelles de temps les plus importantes pour les êtres humains ont eu tendance à refroidir la planète. Les mécanismes naturels susceptibles de provoquer un réchauffement tout aussi rapide étaient moins nombreux. Comme toujours, les analogies entre le passé et le présent sont limitées. Il n’existe pas de précédent exact d’une espèce unique modifiant fondamentalement la biogéochimie de la Terre en l’espace de quelques générations, le temps d’un clin d’œil géologique. L’histoire du climat et de la société ne connaît pas de parallèles exacts à notre détresse actuelle. Néanmoins, cette histoire peut nous aider à comprendre les défis auxquels nous sommes confrontés et, peut-être, nous inciter à prendre des mesures pour y répondre.

    L’évolution des idées sur le climat

    13L’histoire du climat et de la société est un domaine nouveau mais aux racines profondes. Le mot climat est dérivé du grec ancien klima. Les klimata étaient des bandes latitudinales, des zones climatiques disposées horizontalement du pôle glacial à l’équateur torride. Dans la pensée grecque ancienne, on croyait que ces zones climatiques influençaient le caractère et la culture de l’homme. Ces convictions, plus proches de la géographie que des sciences de la Terre, sont restées répandues pendant longtemps. Au xviiie siècle, des auteurs comme Montesquieu leur ont donné une nouvelle autorité. L’une des idées maîtresses de son chef-d’œuvre, De l’esprit des lois, est que le climat détermine le caractère. Dans cette sorte de déterminisme géographique, le climat lui-même est immuable2.

    14À la fin du xixe siècle, quelques personnes ont commencé à reconnaître que des changements climatiques pouvaient influencer la société humaine3. Mais ce type de recherche est resté marginal. Dans la première moitié du xxe siècle, deux événements clés ont permis l’émergence d’un type d’histoire qui allait être l’ancêtre de l’histoire du climat et de la société. Le premier est la naissance de l’école des Annales et de ce que l’un de ses fondateurs, Lucien Febvre, a appelé l’« histoire totale ». Il s’agissait d’une vision élargie dans laquelle l’histoire humaine était située dans des paysages réels. Ici, la thématique de l’histoire ne se limitait pas aux rois et aux batailles, mais incluait aussi les montagnes, les vallées et les rivières, les saisons, les récoltes et les animaux.

    15Dans les deux premières générations de l’école des Annales, le climat en est venu à former une toile de fond significative pour l’activité humaine, mais le climat, ici, est encore proche du climat des géographes. Le climat est un cadre physique, lourd, inquiétant, qui fait partie de la scène, mais qui ne change pas. Selon une idée séduisante de Fernand Braudel, l’histoire se déroule sur trois échelles de temps à la fois4. À la surface, il y a l’histoire événementielle, comme l’écume de l’océan, la bousculade humaine, une histoire avec des noms. Au-dessous se trouve le temps structurel, le temps des cultures et des économies, des changements lents mais réels. Et le plus profond, c’est le temps géographique, celui de la nature irrésistible et dominatrice, dont l’évolution est imperceptible. Le climat fait partie du temps géographique.

    Découverte des premières archives naturelles

    16Pendant ce temps, au cours de la première moitié du xxe siècle, un autre changement était en train de germer5. Dans le désert de l’Arizona, l’astronome Andrew Ellicott Douglass eut l’intuition que les cernes des arbres pourraient servir d’archives de l’histoire naturelle. En 1915, il avait déchiffré la première chronologie des cernes, une séquence retraçant les changements dans les schémas de croissance des arbres de l’Ouest américain. C’était un début timide mais qui a marqué la genèse de la dendrochronologie en tant que domaine d’étude. Celui-ci allait devenir une nouvelle approche pour révéler les secrets du passé de la Terre.

    17Il fallut attendre les années 1970 pour que ces deux courants commencent à se rapprocher. Il y a cinquante ans, en novembre 1973, Emmanuel Le Roy Ladurie, qui nous a quittés récemment, succédait à Fernand Braudel comme professeur d’histoire au Collège de France. Cet événement peut marquer la transition subtile vers une nouvelle ère, car Le Roy Ladurie, plus que quiconque, a été attentif au fort potentiel des nouvelles données des sciences naturelles. Son livre Histoire du climat depuis l’an mil s’inspire librement de sources allant des cernes des arbres de l’Arizona à la poussée écrasante des glaciers alpins qui ont enseveli les villages savoyards pendant le petit âge glaciaire6. Le Roy Ladurie a été un pionnier dans le domaine de la climatologie historique. Il a contribué à tracer les contours du réchauffement au Moyen Âge et au petit âge glaciaire dans les moindres détails à partir de données phénologiques. Bien avant les thermomètres à mercure, les viticulteurs français enregistraient minutieusement les dates des vendanges et le profil aromatique de chaque millésime. Sans le vouloir, ils nous ont laissé des observations qui constituent un registre de l’évolution du climat sur plusieurs siècles.

    18D’autres historiens ont contribué à ouvrir la voie. L’historien suisse Christian Pfister a été un précurseur7. Les arguments soutenus par Geoffrey Parker sur les perturbations qui ont marqué le xviie siècle étaient aussi audacieux que méticuleux8. Entre-temps, certains géoscientifiques particulièrement perspicaces ont commencé à s’intéresser à la dimension historique du changement climatique, notamment le scientifique anglais Hubert Lamb9.

    19Cependant, parler des grandes figures de l’histoire du climat et de la société, c’est un peu faire comme un petit bourgeois qui est à la recherche d’un cousin lointain, perdu depuis longtemps, d’un faux ancêtre portant le même nom de famille. Pour être honnête, il nous faut toutefois rappeler que l’histoire professionnelle a pris une direction différente, en vue d’éviter tout rapprochement avec les sciences naturelles et les méthodes quantitatives, et d’éviter toute tentative chimérique de fusion des connaissances.

    20Je peux vous faire part d’une réflexion personnelle. Au début des années 2000, j’étais en doctorat à Harvard et suivais les séminaires de l’historien du haut Moyen Âge Michael McCormick. Il y a vingt ans, il a commencé à organiser des ateliers sur des sujets comme l’intelligence artificielle et l’analyse textuelle, le séquençage de l’ADN et la peste ancienne, ou encore la paléoclimatologie10. Ce serait avant-gardiste aujourd’hui, mais à l’époque, c’était quasiment du jamais vu. J’ai sauté sur l’occasion. Au cours de mon doctorat en histoire, je me suis donc retrouvé dans les laboratoires de la faculté de médecine à essayer d’extraire l’ADN des victimes de la peste. En effet, ce nouveau type d’histoire était contagieux.

    21Dans le cadre des ateliers sur l’histoire du changement climatique, j’étais le preneur de notes, le scribe des débats. Ce que je retiens de ces réunions, c’est le frisson de la découverte. C’était comme si de parfaits inconnus étaient entrés dans une pièce et avaient découvert qu’ils portaient chacun les pièces d’un même puzzle. Mais c’était aussi un défi, jusque dans les moindres détails de la communication de base. Nous, les historiens, ne savions pas que les années avant le présent commencent à partir de 1950. Eux, les scientifiques, ne savaient pas que, quoi que dise le logiciel, il n’y a pas d’année zéro.

    22L’histoire du climat et de la société est un domaine jeune, elle fait ses premiers pas. Rien que les cinq dernières années ont été marquées par un afflux inespéré de nouvelles données. L’ironie, c’est que nous devons ces nouvelles connaissances à la menace du changement climatique anthropique. La nécessité de prédire l’avenir motive la recherche de la compréhension du passé. Pour replacer le réchauffement moderne dans son contexte, nous avons besoin du contexte. Pour comprendre le « forçage anthropique » (c’est-à-dire l’influence des émissions de gaz à effet de serre), nous devons comprendre le « forçage naturel » (c’est-à-dire l’effet de la dynamique orbitale, des variations solaires, du refroidissement volcanique, etc.).

    23Ce n’est qu’à partir de 1600 environ que des scientifiques comme Galilée ont fabriqué des appareils capables de mesurer les variations de température11. Les relevés instrumentaux (tels que les thermomètres) sur le climat ne sont pas très anciens. Alors, comment connaître le temps qu’il faisait dans la Rome antique ?

    L’apport des archives naturelles en histoire

    24La réponse réside dans l’intégration rigoureuse de sources complémentaires de données indirectes. Chaque indicateur a ses forces et ses faiblesses. Étudions-en quelques-uns12. Les anneaux de croissance des arbres occupent une place de choix parmi les indicateurs climatiques les plus importants. En général, les changements dans la croissance annuelle reflétés dans la largeur de chaque anneau nous renseignent sur les conditions environnementales que l’arbre a connues. Les cernes sont utiles lorsqu’on sait quels facteurs climatiques influencent la croissance de l’arbre. Les arbres qui sont très sensibles à une variable climatique sont idéaux. Les arbres peuvent vivre des milliers d’années, comme le « Mathusalem », un pin Bristlecone (Pinus longaeva) de l’est de la Californie qui a plus de 4 800 ans. Lorsque la durée de vie d’un arbre chevauche celle d’un autre, il est possible de relier leurs histoires en une chaîne continue. Les plus longues reconstitutions d’anneaux de croissance remontent à 11 000 ans.

    25Les carottes glaciaires nous fournissent également des informations complémentaires. Les carottes glaciaires sont des colonnes de glace extraites des glaciers. Elles reflètent les chutes de neige annuelles, compactées et préservées dans des couches remontant jusqu’à un passé lointain, préservant de minuscules bulles d’air. Les plus anciennes carottes de glace remontent à des millions d’années. Elles conservent une trace de la chimie de l’atmosphère. C’est grâce aux carottes de glace, par exemple, que nous disposons d’archives très détaillées des taux de CO2. Les carottes de glace constituent également des archives particulièrement utiles de l’activité volcanique. Les gaz rejetés dans la stratosphère par les grandes éruptions se reflètent dans les pics de sulfate.

    26Pour les historiens, l’une des avancées les plus intéressantes de la paléoclimatologie au cours de la dernière décennie a été la correspondance plus nette sur le plan chronologique des relevés des cernes d’arbres de l’Holocène et ceux des carottes de glace, ce qui a mis en évidence le lien étroit entre les pics de sulfate dans la glace et les anomalies de croissance des arbres. La glace nous révèle la cause, les arbres ses effets.

    27Les cernes des arbres et les carottes glaciaires sont des éléments fondamentaux de la paléoclimatologie. Mais de nombreuses lacunes demeurent : en effet, il est impératif de connaître les tendances climatiques à haute résolution chronologique et spatiale. C’est pourquoi nous nous tournons vers toute une série d’indicateurs inhabituels et ingénieux pour combler ces lacunes. Les spéléothèmes sont des accrétions minérales dans les grottes, dont la chimie isotopique peut refléter les conditions climatiques locales. Les enregistrements polliniques récupérés dans les carottes lacustres racontent l’évolution de la couverture terrestre.

    28Les archives créées par l’homme peuvent également être exploitées de manière intelligente. À ce titre, les journaux de bord des navigateurs européens témoignent de l’intensité et de la chronologie des ouragans. Les mesures au nilomètre de la crue annuelle du Nil remontent à 622 de notre ère. Malheureusement, la série encore plus ancienne, qui couvrait la période romaine, a été perdue.

    29Même au cours de la dernière décennie, le nombre, la qualité et la portée mondiale des données de référence sur le paléoclimat ont augmenté rapidement, comblant les lacunes de la trame historique, offrant une résolution plus fine et compliquant souvent l’histoire.

    30J’ai déjà fait allusion à un exemple que j’aime particulièrement, une carotte marine prélevée au large des côtes de l’Italie méridionale13. J’ai eu l’honneur de jouer un rôle dans l’équipe interdisciplinaire qui a publié notre étude. Les carottes marines récupèrent les couches de sédimentation du fond des océans, attrapant idéalement tout — des poussières aux restes organiques qui tombent sans cesse au fond des mers, dans les ténèbres. Dans le cas présent, ma collègue, l’océanographe Karin Zonneveld, a employé le carottage de manière à extraire une colonne de boue du golfe de Tarente. En étudiant chaque couche de sédiments, elle et son équipe comptent les restes fossilisés de fascinants organismes unicellulaires appelés « dinoflagellés ». Ces créatures sont omniprésentes dans la partie supérieure de la colonne d’eau. Elles sont également très diverses, les différentes espèces se disputant la suprématie. Certaines espèces se hissent au sommet lorsque les eaux sont chaudes mais peinent à s’imposer lorsque les températures baissent. Certaines prolifèrent lorsque les nutriments sont abondants, d’autres prospèrent lorsque les nutriments sont rares. L’évolution des ratios
    d’espèces permet de reconstituer le climat de l’Italie. Avec une mesure tous les trois ans, cette carotte offre une reconstitution historique à relativement haute résolution. Elle vient directement du cœur de l’Empire romain, c’est une autre pièce du puzzle. Ce que ces organismes unicellulaires ont à dire est frappant. Ce n’est pas moins révolutionnaire que si nous découvrions une chronique antique complètement perdue. De petits dinoflagellés enfouis dans le fond de l’océan sont les témoins d’un événement aussi grandiose que la chute de l’Empire romain.

    31Cette Terre est à la fois merveilleusement hospitalière et obstinément instable. Les archives paléoclimatiques nous aident à comprendre les causes qui sont à l’origine des changements climatiques naturels. Aux échelles de temps les plus longues, les déplacements périodiques de l’orbite terrestre entraînent des changements dans le système climatique de la planète. À des échelles de temps plus courtes, on observe également des variations dans la puissance du Soleil lui-même. Quoique fidèle au poste, notre étoile n’est pas stable et connaît des périodes, qu’elles soient régulières ou irrégulières, où elle émet un rayonnement plus important. Certains de ces changements sont visibles à l’œil nu, sous la forme de taches solaires qui indiquent la production d’énergie. Les phases où il y a moins de taches solaires observables peuvent être plus froides. Le minimum de Maunder, de 1645 à 1715 environ, a été une période où les taches solaires étaient anormalement peu nombreuses, et il s’agissait également de l’un des minima du petit âge glaciaire. Curieusement, le minimum de Maunder, période de faible activité solaire, coïncide presque exactement avec le règne de Louis XIV, votre Roi-Soleil14.

    32Les effets des éruptions volcaniques sont peut-être ceux qui ont le plus d’importance pour le destin de l’humanité sur des échelles de temps courtes. Les grandes éruptions éjectent des gaz sulfuriques dans la stratosphère, qui forment des aérosols sulfatés pouvant rester dans l’atmosphère pendant plusieurs années. Ces aérosols diffusent le rayonnement solaire entrant et peuvent refroidir brusquement la surface de la Terre15.

    Climat et société : deux systèmes complexes

    33Quiconque travaille dans le domaine de la paléoclimatologie ou de l’histoire du climat et de la société est habitué à la question suivante : puisque le climat de la Terre change naturellement, cela ne signifie-t-il pas qu’il est inutile de s’inquiéter de l’influence des êtres humains sur le climat ? Le climat changera de toute façon.

    34En fait, la richesse et la rigueur scientifique de la paléoclimatologie nous permettent d’être certains que les émissions de gaz à effet de serre sont la principale cause du réchauffement rapide et continu. La paléoclimatologie souligne la gravité de notre situation. Elle nous aide à comprendre la vitesse et l’ampleur du changement climatique anthropique. Le climat de la Terre a toujours changé en raison de forces géologiques mais, aujourd’hui, une espèce s’est transformée en une force géologique. L’histoire du climat et de la société n’est pas d’un grand réconfort pour tous ceux qui veulent croire qu’il sera facile de parvenir à la stabilité sociale sur une planète cruellement instable. En d’autres termes, les données historiques soulignent que des variations de 1 à 2 degrés sur une échelle de temps de plusieurs décennies ont généralement constitué une source d’instabilité dangereuse dans le passé.

    35Cependant, il ne faut pas sous-estimer les difficultés à comprendre les interactions entre le climat et l’être humain. Il existe d’innombrables dimensions du climat qui peuvent affecter un nombre quelconque de dimensions d’une société humaine. Lorsque nous parlons de « climat », nous parlons d’une agrégation de variables — de température, de précipitations, de vents et de nuages. Les sociétés humaines sont affectées par les moyennes et les extrêmes, la durée et la fréquence des événements. Cette observation n’est pas anodine.

    36Les facettes du climat et des sociétés humaines étant si nombreuses, les facteurs éventuels à prendre en considération sont innombrables. Même dans le cas où il est possible de préciser les variables climatiques et sociales, l’attribution d’un rôle causal aux facteurs climatiques est un défi. Néanmoins, avec beaucoup de rigueur et un peu de chance, il est parfois possible d’isoler la cause et l’effet.

    37Permettez-moi de vous donner un exemple. Il s’agit de l’Égypte ptolémaïque, la période de domination grecque qui s’étend sur les trois siècles qui séparent la mort d’Alexandre le Grand de l’arrivée des Romains. Une équipe interdisciplinaire de chercheurs a étudié le phénomène des éruptions volcaniques et leur impact sur la société16. Les éruptions explosives déclenchent un refroidissement rapide ; elles peuvent également déplacer temporairement la ceinture de mousson vers le sud. Le Nil dépend des pluies de mousson africaines qui tombent sur les hauts plateaux éthiopiens, et lorsque la crue est faible, elle affecte la production agricole et, par conséquent, la quantité de nourriture disponible pour une population affamée. L’enquête a ainsi mis en évidence un lien très fort entre les éruptions volcaniques et l’éclatement de révoltes sociales. Dans l’ensemble, l’équipe met prudemment en garde contre le déterminisme climatique, mais l’étude minutieuse, qui montre chaque maillon de la chaîne, rend inévitable la conclusion selon laquelle, dans cette configuration spécifique d’une société humaine, les chocs climatiques et les réactions sociales étaient liés par un lien de cause à effet.

    38Les épisodes tels que celui-ci sont inestimables car ils nous renseignent sur ce qui peut se produire. Cependant, l’ensemble des variables en jeu, dont beaucoup sont à moitié cachées, voire invisibles, empêche généralement de tirer des conclusions faciles. Depuis les premiers jours de l’école des Annales jusqu’aux dernières recherches de pointe sur l’histoire du climat et de la société, un spectre bien connu hante notre quête : le spectre du déterminisme. Si le changement climatique provoque des famines, des migrations, des inégalités, de la violence ou des effondrements, ne sommes-nous pas en train de réduire les humains à des morceaux de matière, à de simples pions, en faisant de l’environnement le maître de notre destinée ? Le déterminisme et la liberté sont le yin et le yang de l’histoire environnementale. Depuis des générations, il existe une tension saine, un désaccord profond, fertile et productif entre ceux qui mettent l’accent sur la marge de manœuvre dont disposent les sociétés humaines et ceux qui mettent l’accent sur les limites concrètes. On pourrait être tenté de modifier les propos de Marx : « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, pas dans le climat de leur choix17 »...

    39La question que l’on doit se poser n’est pas de savoir si le climat influe sur le destin de l’être humain, mais dans quelle mesure et de quelle manière. Nos meilleurs modèles affirmeront que le climat et la société humaine sont des systèmes complexes, au sens technique le plus complet du terme. Le climat est en effet un système physique dynamique, composé de nombreux sous-systèmes en interaction, tels que l’océan, l’atmosphère et la biosphère. Ces interactions sont non linéaires, façonnées par des rétroactions positives et négatives qui peuvent soit stabiliser, soit déstabiliser le système climatique. Ces interactions se produisent à différentes échelles de temps et créent la possibilité très réelle de points de basculement au sein du système. Par conséquent, il est difficile de prédire l’effet exact de la prochaine augmentation de carbone rejeté dans l’atmosphère. Par exemple, la fonte du Groenland déverse de l’eau douce dans l’Atlantique nord salé, menaçant de perturber les courants océaniques qui régulent le climat européen. L’évolution est lente, jusqu’à ce qu’elle cesse de l’être.

    40Le climat physique est un système dynamique d’une complexité déconcertante. Pourtant, il est loin de rivaliser avec la complexité d’une société humaine. Une société humaine est un système adaptatif complexe, composé d’agents en interaction. Comme le climat physique, les sociétés humaines sont caractérisées par des non-linéarités qui rendent difficile la prévision de l’effet précis de tout choc. Il existe des rétroactions stabilisantes et déstabilisantes qui peuvent atténuer le changement ou l’amplifier. Les sociétés humaines ont des structures de réseaux sous-jacentes, à travers lesquelles les réussites et les faillites peuvent se propager rapidement18.

    Enjeux politiques de l’histoire du climat et de la société

    41Il y a là un point de convergence entre l’histoire du climat et les questions auxquelles sont confrontés les décideurs politiques. Je vous propose d’étudier l’une des différences entre le cinquième rapport d’évaluation du groupe de travail 2 du GIEC, publié en 2014, et le sixième rapport d’évaluation, publié en 2022. Le groupe est chargé d’évaluer les impacts possibles du changement climatique sur la société humaine. Dans le cinquième rapport d’évaluation, l’expression « risque complexe » est mentionnée une fois. Dans le sixième rapport d’évaluation, le plus récent, elle est mentionnée des dizaines de fois. En effet, cette expression apparaît, d’après mon décompte, plus de six cents fois dans le rapport complet. La manière dont les agents sociaux interagissent avec les défis environnementaux, la manière dont les rétroactions systémiques absorbent et amplifient le risque climatique suscitent un vif intérêt.

    42Ainsi peut-on dire que la complexité est à l’ordre du jour. Elle commence à faire partie de notre façon d’envisager l’interaction entre le système climatique et les sociétés humaines. Elle commence. C’est un phénomène nouveau, et le rapport d’évaluation est à juste titre prudent, mesuré, peut-être même hésitant. Il existe à nouveau un parallèle direct entre la science du climat et la science sociale. Les points de basculement dans le système climatique physique sont difficiles à prévoir. Il est difficile de prendre en compte les risques à faible probabilité et à fort impact dans les calculs. Les modèles d’évaluation prennent en compte les effets climatiques les plus probables d’une augmentation des émissions de carbone, ainsi que les dommages les plus probables d’un réchauffement accru. Dans le meilleur des cas, ce type d’estimations des dommages intègre quelques décennies d’observations sur la relation entre le climat et la société humaine. Or, les dernières décennies de l’humanité ont été exceptionnellement stables et prospères. Ma vie n’est guère représentative des limites de l’expérience humaine. Pour mieux comprendre la dynamique des points de basculement climatiques, les spécialistes des sciences de la Terre se tournent vers le passé géologique profond, qui peut informer et enrichir nos modèles climatiques. Je propose que, pour mieux comprendre la dynamique des points de basculement sociaux — des rétroactions et des risques complexes de manière plus générale —, nous nous tournions également vers le passé humain le plus profond.

    Dynamique des risques climatiques complexes

    43Ainsi, je propose d’étudier la dynamique des risques climatiques complexes d’un point de vue historique. L’objectif immédiat et principal est de mieux comprendre le passé, de poursuivre le travail d’histoire totale. À terme, mon ambition est qu’une connaissance riche et approfondie de la dynamique des sociétés humaines confrontées aux risques environnementaux renforce notre détermination à faire face à un avenir incertain.

    44Pour cela, il nous faut examiner les thèmes de la résilience et de la fragilité, de l’adaptation et de l’effondrement. Les effondrements étaient, relativement parlant, rares et improbables, mais ces épisodes présentent un très grand intérêt. Ils nous intéressent non pas parce que nous sommes des « badauds de l’histoire » qui tournons notre regard vers des décombres fumants, comme ces conducteurs qui créent des bouchons en freinant pour regarder les dégâts d’un accident. Non, ils nous intéressent parce qu’il s’agit d’épisodes compliqués, et qui, a posteriori, sont les plus importants. Si les Romains avaient pu choisir de connaître quoi que ce soit de leur avenir, s’ils avaient pu demander à l’oracle ce qu’il faut savoir, quelle est la question, cela aurait été de connaître à l’avance ces événements à faible probabilité et à fort impact.

    45En vue de compléter la typologie des risques climatiques complexes, nous allons étudier trois dynamiques distinctes de l’interaction climat-société qui ont fonctionné dans le passé : premièrement, la perte de résilience ; deuxièmement, les risques composés ; et troisièmement, la contagion des risques.

    46La première dynamique, la perte de résilience, est la plus générale19. Résilience est un terme clé, mais parfois d’une imprécision déconcertante. La résilience est la capacité de survivre à des perturbations ou de s’adapter à des difficultés. Son opposé est la fragilité. La résilience n’est pas une qualité binaire ; elle ne s’inscrit pas dans une logique de « tout ou rien ». L’histoire du climat et de la société souligne que la résilience comporte des ingrédients à la fois technologiques et sociaux. Sur le plan matériel, les sociétés riches et dotées d’une infrastructure solide s’en sortent mieux que les sociétés pauvres. Cependant, il est tout aussi important de noter que les sociétés qui sont équitables et qui bénéficient d’un niveau de confiance élevé sont également plus susceptibles de durer ou de s’adapter ; la capacité à relever des enjeux complexes de manière solidaire s’avère donc essentielle.

    47Passons à la deuxième dynamique, les risques composés20. Le changement climatique a la particularité de créer plusieurs problèmes à la fois et d’affecter des secteurs interconnectés de la société. Un ouragan qui provoque des inondations meurtrières, détruit le réseau électrique et empêche le déplacement des équipes d’intervention d’urgence, en est un exemple simple. D’une manière plus générale, le changement climatique s’est avéré plus difficile à gérer lorsqu’il touchait plusieurs secteurs à la fois — politique, financier ou militaire. Une famine est une chose, un effondrement monétaire ou une hyper­inflation en est une autre, mais en tandem, leurs effets sont encore plus importants que la somme des parties.

    48Enfin, la troisième dynamique est le risque de contagion. Il s’agit là d’un sujet méconnu dans la gestion des risques du changement climatique. Le mot contagieux n’apparaît pas dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC (2022). Les risques contagieux se propagent à travers les réseaux, par le biais de rétroactions positives. Les maladies contagieuses se propagent au sein des populations. Les guerres et les conflits s’embrasent, semblant obéir aux règles de la contagion. L’effondrement d’un écosystème peut avoir un effet domino, comme une contagion.

    49Que ce type de risque soit absent dans le discours sur le climat est compréhensible. Les incertitudes sont énormes. Les événements de grande ampleur sont rares. Les causes en jeu sont multiples. Il peut être difficile de condamner le changement climatique au-delà de tout doute raisonnable, et il n’est certainement pas le seul coupable. Pourtant, ses empreintes digitales se retrouvent à plusieurs reprises sur les scènes de crime les plus horribles du passé.

    L’exemple de l’Empire romain : un aperçu

    50Nous avons besoin de toute la panoplie des risques climatiques complexes pour comprendre le passé de l’humanité, dont un bref chapitre de l’histoire sur lequel je peux prétendre à une expertise professionnelle, à savoir l’Empire romain.

    51Je trouve formidable de pouvoir vivre à une époque où les drames du passé prennent un sens nouveau et une ampleur inattendue. Les Romains ont écrit leur propre histoire, mais pas dans le climat de leur choix. Au milieu du iie siècle de notre ère, Rome était l’un des empires les plus puissants de l’histoire de l’humanité. Cet empire rayonnait depuis l’épine dorsale de l’Italie, au milieu de la mer Méditerranée, que les Romains appelaient « notre mer » (mare nostrum), et s’étendait de l’Espagne à la Syrie et de l’Écosse au Sahara. C’était l’apogée de sa puissance, de sa croissance démographique et de sa prospérité. À cette époque, un être humain sur quatre vivait à l’intérieur des frontières de l’Empire romain.

    52Sous la surface, sans faire de bruit, la pression montait. Les historiens et les archéologues le savent depuis longtemps. Nous disposons de bons modèles, d’hypothèses solides, pour expliquer pourquoi la pression montait au iie siècle. Les marxistes soutiennent que les tensions entre les classes, inhérentes au système esclavagiste romain, devaient se solder par une crise. Les malthusiens affirment qu’il y avait tout simplement trop de monde, que les agriculteurs étaient poussés vers des terres moins productives. Cependant, pour reprendre les propos attribués à John Maynard Keynes : « Quand les faits changent, je change d’avis. Et vous, que faites-vous, monsieur ? »

    53Dans ses écrits portant sur l’empereur Marc Aurèle, le sénateur grec Cassius Dio a souligné que Marc Aurèle n’avait pas eu le sort qu’il méritait. Il « a fait face à une multitude de problèmes pendant pratiquement toute la durée de son règne 21 ». Aujourd’hui, les cernes des arbres et les organismes unicellulaires des profondeurs des fonds marins nous aident à comprendre cette multitude de problèmes. Ce que nous apprenons, c’est que la période exceptionnellement chaude, humide et surtout stable connue sous le nom d’« Optimum climatique romain » a commencé à prendre fin dès l’an 100 de notre ère. Pendant deux générations avant Marc Aurèle, l’Italie a connu un climat froid et sec. Puis, sous le règne de Marc Aurèle, de manière soudaine et brutale, les températures ont atteint des valeurs minimales — les plus basses à ce jour, au cours de la période de notre reconstruction. Ce serait manquer à notre devoir que d’ignorer cette conjoncture saisissante.

    54Nous avons besoin d’un modèle dans lequel la résilience du système romain était en déclin progressif — en raison de la pression démographique, des tensions sociales entre les puissants et les sans-voix, du localisme centrifuge des périphéries qui payaient des impôts, mais aussi en raison d’un climat qui se détériorait progressivement. Dans l’Italie romaine, sur le terrain, il existait des signes évidents d’une fragilisation systémique. Puis, sous le règne de Marc Aurèle, le brusque mouvement du système terrestre a provoqué une crise significative, qui a modifié à jamais la trajectoire de l’histoire romaine. La famine, les maladies, la guerre civile et les invasions barbares ont suivi, presque simultanément22. Bien que l’Empire n’ait jamais été tout à fait le même par la suite, il a survécu. Nous pouvons souscrire au jugement de Cassius Dio : « J’admire d’autant plus Marc Aurèle qu’au milieu de difficultés inhabituelles et extraordinaires, il a survécu et a préservé l’Empire23. »

    55Dans les chapitres de l’histoire suivants, l’Empire romain n’a pas eu cette chance. Au iiie siècle surgit une crise à la physionomie entièrement différente24. Il s’agit en fait de l’exemple-type d’un événement défini par une menace plurielle, par des risques composés. L’ancien système monétaire romain s’est effondré, déclenchant une inflation rapide. Les frontières de l’Empire ont disparu d’un coup, laissant des hordes barbares pénétrer l’Empire et prendre les villes non fortifiées (d’ailleurs, le mur d’Aurélien à Rome allait être érigé peu de temps après). Il s’agissait d’une crise de légitimité, marquée par une guerre civile et l’éclatement d’empires rivaux. Une épidémie s’est répandue, ce que l’histoire appellerait la « peste de Cyprien ». En toile de fond, et d’une manière qui commence à peine à être connue, se profilait le changement climatique. En effet, nous disposons de signes qu’une crise alimentaire sans précédent faisait rage en Égypte, le grenier de l’Empire romain, à l’aube de la crise25. En outre, selon les carottes marines, cette période coïncide avec l’épisode le plus marqué de changement à l’échelle décennale, avec un refroidissement soudain et une aridification de l’Italie. L’essentiel est précisément de reconnaître que, dans les systèmes humains, une défaillance peut en amplifier une autre. Imaginez que nous traversions la pire décennie de crise climatique − avec des mauvaises récoltes, des famines, des migrations de subsistance et des pandémies — alors qu’une crise financière entraîne l’effondrement des devises et que des élections contestées débouchent sur des gouvernements rivaux. C’est ce qui s’est passé au iiie siècle, pendant ce que l’on appelle à juste titre la « première chute de l’Empire romain ».

    56En réalité, l’Empire romain a connu de nombreuses chutes. Les Romains aimaient croire que les dieux leur avaient promis un empire éternel et sans limites, imperium sine fine, mais la longévité de Rome résidait précisément dans sa capacité à se relever, à s’adapter, à changer de visage. Parmi les nombreuses chutes de Rome, celle qui fut en quelque sorte la plus définitive, la plus fatale, fut la catastrophe du ive siècle. Le long règne de l’empereur Justinien a été décisif. Justinien a codifié tout le droit romain, construit la magnifique Sainte-Sophie et reconquis l’Afrique et l’Italie. Cependant, son projet de restauration s’est finalement effondré, naufragé sur les hauts-fonds de l’ambition. À la fin du vie siècle, l’Empire romain avait définitivement perdu les Balkans et la majeure partie de l’Italie. Ensuite, en l’espace d’une génération, les provinces les plus riches du dernier monde romain — l’Égypte, la Palestine et la Syrie — sont tombées aux mains des armées de l’Islam, presque du jour au lendemain.

    57Ici plus qu’ailleurs, les découvertes étonnantes de ces dernières années jettent une lumière nouvelle sur la catastrophe. De nombreuses histoires et chroniques attestent que le Soleil a semblé disparaître pendant une période prolongée en l’an 53626. L’historien grec Procope a noté que les Romains avaient connu la mort et la défaite à partir de ce moment précis. De l’Irlande au Japon, les contemporains décrivent d’étranges phénomènes. Ce sont les scientifiques de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) qui les ont pris au sérieux pour la première fois, en établissant un lien avec les preuves d’une éruption volcanique dans les carottes de glace du Groenland27. Ils avaient entièrement raison. Il est désormais évident qu’il y a eu une éruption majeure d’un volcan de l’hémisphère nord au cours de la première moitié de l’année 536. Ensuite, il y a eu également une seconde éruption, tropicale, encore plus importante, en 54028. Selon les carottes marines, la décennie qui a suivi a été la plus froide jamais enregistrée à notre époque. Les cernes de croissance des arbres témoignent de l’impact climatique de cette double éruption29. Les reconstructions de cernes d’arbres d’Eurasie indiquent qu’il s’agit de la décennie la plus anormale de la fin de l’Holocène, sur une période de plus de 2000 ans. Justinien n’a pas seulement été un peu malchanceux ; son règne a été confronté au changement climatique à court terme le plus extrême des derniers millénaires.

    58Le coup de grâce restait à venir. Sur le plan historique, le changement climatique est lié au risque de contagion. En effet, en 541, juste après le bouleversement climatique, la peste est apparue. Grâce à des prélèvements d’ADN ancien, nous savons aujourd’hui que la peste de Justinien a été causée par la bactérie Yersinia pestis, la même qui a provoqué la pire pandémie de l’histoire, la peste noire au Moyen Âge. Ce n’est pas une simple coïncidence si la peste a suivi de si près le dérèglement climatique. Lorsqu’il y a simultanément un éclair et une détonation, on sait qu’ils sont liés. Les événements climatiques des années 530 et 540 constituent l’anomalie la plus frappante enregistrée au cours du premier millénaire. L’épidémie de peste a déclenché la plus forte mortalité du premier millénaire. Il ne fait pas de doute que ces deux événements sont liés. De quelle manière ? Il est possible que la migration de populations poussées par le désespoir ait contribué à la propagation de maladies. Il est aussi probable que la crise climatique ait affecté les animaux hôtes de la maladie, tels que les rats noirs, qui jouent un rôle crucial dans les épidémies de peste. Et il faut imaginer qu’une population humaine affamée était plus vulnérable. Mais dans ce cas, comme souvent dans l’histoire du climat et de la société, nous avons encore beaucoup à apprendre. Nous vivons une époque passionnante dans le domaine de l’étude du passé.

    59L’épidémie de peste qui s’est déclarée sous le règne de Justinien a d’abord été une tragédie humaine. Notre meilleur témoin oculaire est un ecclésiastique syriaque du nom de Jean, qui évoque le traumatisme immédiat d’une société si prise au dépourvu qu’elle était incapable d’éliminer les dépouilles et de respecter les rites funéraires. Il affirme que plus de 300 000 personnes sont mortes à Constantinople (plus de la moitié de la population, probablement) et que les cadavres étaient entassés dans des fosses funéraires géantes, aussi serrés que des raisins dans un pressoir. En plus des souffrances immédiates, les effets de cet événement se sont multipliés et ont conduit cette civilisation à son point le plus bas depuis près d’un millénaire. Il s’agit d’une blessure dans le cours de l’histoire de l’humanité, d’un événement aussi important et lourd de conséquences que la peste noire.

    60Le lien entre la catastrophe climatique et la catastrophe sanitaire n’est pas simple30. Cependant, il est urgent de comprendre le double risque du changement climatique et de la catastrophe sanitaire mondiale. Nous disposons d’outils scientifiques tels que les antibiotiques et les vaccins, dont les sociétés anciennes étaient dépourvues, mais l’expérience récente de la Covid-19 nous a rappelé le redoutable pouvoir des maladies contagieuses. La Covid-19 ne sera pas la dernière pandémie. L’histoire peut nous aider à réfléchir à la relation entre un monde déséquilibré et la menace des maladies infectieuses.

    Conclusion

    61Perte de résilience. Risques composés. Risque de contagion. Ce bref panorama souligne que le changement climatique a joué un rôle réel dans le destin de l’humanité. Afin de cartographier les interactions entre le changement climatique et les sociétés humaines, nous essaierons d’aller plus loin, dans le temps et l’espace31. En chemin, nous devrons être attentifs aux signes porteurs d’espoir, aux exemples de coopération et de persévérance, aux modes de vie alternatifs — même si nous cataloguons, sans nous voiler la face, les nombreuses façons dont le changement climatique a si souvent contribué à défaire les projets humains.

    62L’histoire du climat et de la société ne prédira pas l’avenir. L’histoire n’est pas une diseuse de bonne aventure, ni une science prédictive. Au contraire, l’histoire aiguise notre vue. Elle affine notre façon de penser. Elle élargit notre sens des possibilités. Elle nous convainc que l’impensable peut arriver, et qu’il arrive souvent. Mais elle nous incite aussi à croire que ce qui semble inévitable ne l’est pas vraiment. Il est d’ailleurs utile de pouvoir constater que les concordances échouent parfois sur le plan historique et qu’il n’y a aucun précédent. Cela constitue en soi une certaine manière d’envisager les choses. Jamais une seule espèce n’aura menacé de pousser la Terre au-delà de ses limites en l’espace de quelques générations comme l’a fait Homo sapiens32. Ainsi, l’histoire nous est indispensable pour prendre conscience que nous nous engouffrons dans un avenir qui ne ressemble en rien au passé, en rien à l’Holocène qui a caractérisé la seule planète, la seule Terre, le seul foyer que la civilisation humaine ait jamais connu.

    63Il y aura toujours des changements climatiques. Néanmoins, nous ne sommes pas comme nos ancêtres, qui n’étaient que les jouets de forces géologiques. Au contraire, nous sommes une force géologique, une espèce qui a le pouvoir de façonner une planète. Beaucoup de choses sont sous notre contrôle. Contrairement à nos ancêtres, nos choix décideront si nous vivons avec un changement climatique naturel ou si nous entraînons la planète dans une instabilité rapide et inédite.

    64Nous n’avons qu’une seule planète et son avenir dépend de nous, des choix que nous faisons. Ces choix, nous les faisons toujours en ayant à l’esprit une certaine version de l’histoire. Faisons donc en sorte qu’il s’agisse d’une histoire constructive, d’une histoire totale, d’une histoire qui nous renvoie sans cesse au fait que notre destin et celui de la planète ont toujours été indissociables et le resteront à jamais.

    Notes de bas de page

    1Sam White, Christian Pfister et Franz Mauelshagen (éd.), The Palgrave Handbook of Climate History, Londres, Palgrave Macmillan, 2018 ; Dagomar Degroot et al., « Towards a rigorous understanding of societal responses to climate change », Nature, vol. 591, no 7851, 2021, p. 539-550, https://doi.org/10.1038/s41586-021-03190-2.

    2John L. Brooke, « Environmental determinism », in Ellen Wohl (éd.), Oxford Bibliographies in Environmental Science, Oxford, Oxford University Press, 2015.

    3W. Stanley Jevons, « Sun-spots and commercial crises », Nature, vol. 19, 1879, p. 588-590, https://doi.org/10.1038/019588a0.

    4Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Librairie Armand Colin, 1949.

    5Valerie Trouet, Tree Story: The History of the World Written in Rings, Baltimore (Maryland), Johns Hopkins University Press, 2020.

    6Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, Paris, Flammarion, coll. « Nouvelle bibliothèque scientifique », 1967.

    7Christian Pfister, « The Little Ice Age: Thermal and wetness indices for central Europe », Journal of Interdisciplinary History, vol. 10, no 4, 1980, p. 665-696, https://doi.org/10.2307/203064.

    8Geoffrey Parker, Global Crisis: War, Climate Change and Catastrophe in the Seventeenth Century, New Haven (Conn.), Yale University Press, 2013.

    9Hubert H. Lamb, Climate, History, and the Modern World, Londres, Methuen, 1982.

    10Michael McCormick, « Climates of history, histories of climate: From history to archaeoscience », Journal of Interdisciplinary History, vol. 50, no 1, 2019, p. 3-30, https://doi.org/10.1162/jinh_a_01374.

    11Dario Camuffo et al., « The earliest temperature record in Paris, 1658-1660, by Ismaël Boulliau, and a comparison with the contemporary series of the Medici Network (1654-1670) in Florence », Climatic Change, vol. 162, 2020, p. 903-922, https://doi.org/10.1007/s10584-020-02756-9.

    12Raymond S. Bradley, Paleoclimatology: Reconstructing Climates of the Quaternary, Amsterdam, Elsevier, 3e édition, 2015.

    13Karin Zonneveld et al., « Climate change, society, and pandemic disease in Roman Italy between 200 BCE and 600 CE », Science Advances, vol. 10, no 4, 2024, https://doi.org/10.1126/sciadv.adk1033.

    14John A. Eddy, « The Maunder Minimum: The reign of Louis XIV appears to have been a time of real anomaly in the behavior of the sun », Science, vol. 192, no 4245, 1976, p. 1189-1202, https://doi.org/10.1126/science.192.4245.118.

    15Michael Sigl et al., « Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years », Nature, vol. 523, no 7562, 2015, p. 543-549, https://doi.org/10.1038/nature14565.

    16Joseph G. Manning et al., « Volcanic suppression of Nile summer flooding triggers revolt and constrains interstate conflict in ancient Egypt », Nature Communications, vol. 8, no 1, 2017, art. 900, https://doi.org/10.1038/s41467-017-00957-y.

    17La citation originale est « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte [1852], Paris, Les Éditions sociales, 1969.

    18Marten Scheffer, Critical Transitions in Nature and Society, Princeton (N.J.), Princeton University Press, coll. « Princeton Studies in Complexity », vol. 16, 2020.

    19Marten Scheffer et al., « Loss of resilience preceded transformations of pre-Hispanic Pueblo societies », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 118, no 18, 2021, e2024397118, https://doi.org/10.1073/pnas.202439711.

    20Nicholas P. Simpson et al., « Adaptation to compound climate risks: A systematic global stocktake », Iscience, vol. 26, no 2, 2023, https://doi.org/10.1016/j.isci.2023.105926.

    21Cassius Dio, Histoire romaine, 72.36.3.

    22Colin Elliott, Pox Romana: The Plague that Shook the Roman World, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 2024 ; Brandon T. McDonald, « The Antonine crisis: Climate change as a trigger for epidemiological and economic turmoil », in Paul Erdkamp, Joseph G. Manning et Koenraad Ver-boven (éd.), Climate Change and Ancient Societies in Europe and the Near East: Diversity in Collapse and Resilience, Cham, Springer International Publishing, 2021, p. 373-410.

    23Cassius Dio, Histoire romaine, op. cit.

    24Kyle Harper, « Changement climatique et chute de Rome », cours au Collège de France, 29 février 2024, https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/histoire-societe-climat-entre-fragilite-et-resilience/changement-climatique-et-la-chute-de-rome.

    25Sabine R. Huebner, « Climate change in the breadbasket of the Roman Empire. Explaining the decline of the Fayum villages in the third century CE », Studies in Late Antiquity, vol. 4, no 4, 2020, p. 486-518, https://doi.org/10.1525/sla.2020.4.4.486.

    26Antti Arjava, « The mystery cloud of 536 CE in the Mediterranean sources », Dumbarton Oaks Papers, vol. 59, 2005, p. 73-94, https://doi.org/10.2307/4128751.

    27Richard B. Stothers et Michael R. Rampino, « Volcanic eruptions in the Mediterranean before AD 630 from written and archaeological sources », Journal of Geophysical Research: Solid Earth, vol. 88, no B8, 1983, p. 6357-6371, https://doi.org/10.1029/JB088iB08p06357.

    28Michael Sigl et al., « Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years », Nature, vol. 523, no 7562, 2015, p. 543-549, https://doi.org/10.1038/nature14565.

    29Ulf Büntgen et al., « Cooling and societal change during the Late Antique Little Ice Age from 536 to around 660 AD », Nature Geoscience, vol. 9, no 3, 2016, p. 231-236, https://doi.org/10.1038/ngeo2652.

    30Jürg Luterbacher et al., « Past pandemics and climate variability across the Mediterranean », Euro-Mediterranean Journal for Environmental Integration, vol. 5, 2020, p. 1-10, https://doi.org/10.1007%2Fs41207-020-00197-5.

    31Kyle Harper, « Histoire, société, climat : entre fragilité et résilience », cours au Collège de France, 8 février-28 mars 2024, https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/histoire-societe-climat-entre-fragilite-et-resilience.

    32Will Steffen et al., « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration », The Anthropocene Review, vol. 2, no 1, 2015, p. 81-98, https://doi.org/10.1177/2053019614564785.

    Auteur

    • Kyle Harper

      Professeur invité au Collège de France, chaire annuelle Avenir commun durable 2023-2024

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    1Sam White, Christian Pfister et Franz Mauelshagen (éd.), The Palgrave Handbook of Climate History, Londres, Palgrave Macmillan, 2018 ; Dagomar Degroot et al., « Towards a rigorous understanding of societal responses to climate change », Nature, vol. 591, no 7851, 2021, p. 539-550, https://doi.org/10.1038/s41586-021-03190-2.

    2John L. Brooke, « Environmental determinism », in Ellen Wohl (éd.), Oxford Bibliographies in Environmental Science, Oxford, Oxford University Press, 2015.

    3W. Stanley Jevons, « Sun-spots and commercial crises », Nature, vol. 19, 1879, p. 588-590, https://doi.org/10.1038/019588a0.

    4Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Librairie Armand Colin, 1949.

    5Valerie Trouet, Tree Story: The History of the World Written in Rings, Baltimore (Maryland), Johns Hopkins University Press, 2020.

    6Emmanuel Le Roy Ladurie, Histoire du climat depuis l’an mil, Paris, Flammarion, coll. « Nouvelle bibliothèque scientifique », 1967.

    7Christian Pfister, « The Little Ice Age: Thermal and wetness indices for central Europe », Journal of Interdisciplinary History, vol. 10, no 4, 1980, p. 665-696, https://doi.org/10.2307/203064.

    8Geoffrey Parker, Global Crisis: War, Climate Change and Catastrophe in the Seventeenth Century, New Haven (Conn.), Yale University Press, 2013.

    9Hubert H. Lamb, Climate, History, and the Modern World, Londres, Methuen, 1982.

    10Michael McCormick, « Climates of history, histories of climate: From history to archaeoscience », Journal of Interdisciplinary History, vol. 50, no 1, 2019, p. 3-30, https://doi.org/10.1162/jinh_a_01374.

    11Dario Camuffo et al., « The earliest temperature record in Paris, 1658-1660, by Ismaël Boulliau, and a comparison with the contemporary series of the Medici Network (1654-1670) in Florence », Climatic Change, vol. 162, 2020, p. 903-922, https://doi.org/10.1007/s10584-020-02756-9.

    12Raymond S. Bradley, Paleoclimatology: Reconstructing Climates of the Quaternary, Amsterdam, Elsevier, 3e édition, 2015.

    13Karin Zonneveld et al., « Climate change, society, and pandemic disease in Roman Italy between 200 BCE and 600 CE », Science Advances, vol. 10, no 4, 2024, https://doi.org/10.1126/sciadv.adk1033.

    14John A. Eddy, « The Maunder Minimum: The reign of Louis XIV appears to have been a time of real anomaly in the behavior of the sun », Science, vol. 192, no 4245, 1976, p. 1189-1202, https://doi.org/10.1126/science.192.4245.118.

    15Michael Sigl et al., « Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years », Nature, vol. 523, no 7562, 2015, p. 543-549, https://doi.org/10.1038/nature14565.

    16Joseph G. Manning et al., « Volcanic suppression of Nile summer flooding triggers revolt and constrains interstate conflict in ancient Egypt », Nature Communications, vol. 8, no 1, 2017, art. 900, https://doi.org/10.1038/s41467-017-00957-y.

    17La citation originale est « Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte [1852], Paris, Les Éditions sociales, 1969.

    18Marten Scheffer, Critical Transitions in Nature and Society, Princeton (N.J.), Princeton University Press, coll. « Princeton Studies in Complexity », vol. 16, 2020.

    19Marten Scheffer et al., « Loss of resilience preceded transformations of pre-Hispanic Pueblo societies », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 118, no 18, 2021, e2024397118, https://doi.org/10.1073/pnas.202439711.

    20Nicholas P. Simpson et al., « Adaptation to compound climate risks: A systematic global stocktake », Iscience, vol. 26, no 2, 2023, https://doi.org/10.1016/j.isci.2023.105926.

    21Cassius Dio, Histoire romaine, 72.36.3.

    22Colin Elliott, Pox Romana: The Plague that Shook the Roman World, Princeton (N.J.), Princeton University Press, 2024 ; Brandon T. McDonald, « The Antonine crisis: Climate change as a trigger for epidemiological and economic turmoil », in Paul Erdkamp, Joseph G. Manning et Koenraad Ver-boven (éd.), Climate Change and Ancient Societies in Europe and the Near East: Diversity in Collapse and Resilience, Cham, Springer International Publishing, 2021, p. 373-410.

    23Cassius Dio, Histoire romaine, op. cit.

    24Kyle Harper, « Changement climatique et chute de Rome », cours au Collège de France, 29 février 2024, https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/histoire-societe-climat-entre-fragilite-et-resilience/changement-climatique-et-la-chute-de-rome.

    25Sabine R. Huebner, « Climate change in the breadbasket of the Roman Empire. Explaining the decline of the Fayum villages in the third century CE », Studies in Late Antiquity, vol. 4, no 4, 2020, p. 486-518, https://doi.org/10.1525/sla.2020.4.4.486.

    26Antti Arjava, « The mystery cloud of 536 CE in the Mediterranean sources », Dumbarton Oaks Papers, vol. 59, 2005, p. 73-94, https://doi.org/10.2307/4128751.

    27Richard B. Stothers et Michael R. Rampino, « Volcanic eruptions in the Mediterranean before AD 630 from written and archaeological sources », Journal of Geophysical Research: Solid Earth, vol. 88, no B8, 1983, p. 6357-6371, https://doi.org/10.1029/JB088iB08p06357.

    28Michael Sigl et al., « Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years », Nature, vol. 523, no 7562, 2015, p. 543-549, https://doi.org/10.1038/nature14565.

    29Ulf Büntgen et al., « Cooling and societal change during the Late Antique Little Ice Age from 536 to around 660 AD », Nature Geoscience, vol. 9, no 3, 2016, p. 231-236, https://doi.org/10.1038/ngeo2652.

    30Jürg Luterbacher et al., « Past pandemics and climate variability across the Mediterranean », Euro-Mediterranean Journal for Environmental Integration, vol. 5, 2020, p. 1-10, https://doi.org/10.1007%2Fs41207-020-00197-5.

    31Kyle Harper, « Histoire, société, climat : entre fragilité et résilience », cours au Collège de France, 8 février-28 mars 2024, https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/histoire-societe-climat-entre-fragilite-et-resilience.

    32Will Steffen et al., « The trajectory of the Anthropocene: The Great Acceleration », The Anthropocene Review, vol. 2, no 1, 2015, p. 81-98, https://doi.org/10.1177/2053019614564785.

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