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    Plan détaillé Texte intégral Les nouveaux acquis de l’archéologie Les indices de la croissance Les facteurs du développement économique Notes de bas de page Auteur

    Performances économiques de l’Empire romain

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La villa romaine en Gaule du Nord, un facteur de développement économique ?

    Michel Reddé

    p. 85-108

    Texte intégral Les nouveaux acquis de l’archéologie Le socle de l’âge du Fer L’évolution des établissements ruraux et le développement des villae De nouvelles productions agropastorales ? Les indices de la croissance Les facteurs du développement économique Une croissance démographique en Gaule ? Une augmentation des surfaces cultivées ? Des progrès techniques ? Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La question posée dans le titre de cet article peut paraître incongrue et elle l’est, en effet, au regard des études classiques consacrées au monde romain1. De fait, l’émergence de la villa a longtemps été considérée comme un moteur de la transformation économique des provinces de l’Empire et nous nous contenterons, pour illustrer ce propos, de rappeler ce qu’écrivait Marcel Le Glay dans l’Histoire de la France rurale2 en 1975 :

    Construction en dur, utilisant des matériaux maçonnés, la villa apparaît en Gaule comme la marque caractéristique la plus visible de la colonisation romaine des campagnes […]. [Elle] constitue en outre le témoin durable d’un genre de vie dont elle illustre les modalités par son ordonnancement, par son décor et par les objets qui, conservés dans son sol, sont parvenus jusqu’à nous […]. En accélérant l’activité économique des Gaules, en opérant cette transformation considérable qui consista à faire passer le pays d’une économie de subsistance à une économie d’échanges, c’est-à-dire à faire du Gaulois quelqu’un qui produit, fabrique et vend, Rome réussit à élever son niveau de vie, à améliorer ce qu’on appelle aujourd’hui la qualité de la vie.

    2Ces lignes pleines d’enthousiasme étaient écrites au moment où l’on percevait pour la première fois, grâce aux splendides couvertures aériennes de Roger Agache en Picardie, la réalité des villas romaines du nord de la Gaule et c’est sur cette forme de grand domaine, opposé aux « fermes indigènes » de tradition celtique, que l’on faisait reposer le développement économique et la prospérité des campagnes sous l’Empire3. L’intérêt pour cette forme d’appropriation capitalistique du sol, inspirée d’Italie, allait bientôt s’appuyer sur la recherche, alors en plein essor, des cadastres antiques, notamment des centuriations, dont on découvrait – ou croyait découvrir – de nombreux exemples non seulement dans le Midi mais aussi dans le nord du pays4. Elle traduisait, pensait-on, une forme de colonisation du sol par de nouveaux propriétaires d’origine méditerranéenne. Nous n’aurions pas beaucoup de peine à trouver des positions similaires dans l’historiographie britannique, allemande, belge, suisse…

    3D’importants changements sont venus, depuis lors, modifier très sensiblement cette conception traditionnelle des choses et ils sont dus à trois facteurs étroitement imbriqués. Nous citerons, pour commencer, l’évolution très notable de l’archéologie protohistorique, qui a apporté de nouvelles visions sur la fin de l’âge du Fer, nous obligeant à prendre en compte le niveau de développement économique très réel des campagnes gauloises à la veille de la conquête césarienne. Ce renouvellement épistémologique résulte, en grande partie, des progrès apportés par les grands décapages de l’archéologie préventive qui nous permettent de voir désormais les établissements ruraux dans une extension spatiale sans précédent, mais aussi dans toute leur épaisseur chronologique. Ce facteur nouveau a favorisé l’émergence récente de grands programmes de recherches qui tentent, en synthétisant cette masse de données inédites et souvent hétéroclites, de mieux comprendre l’occupation du sol à travers le temps. En voici seulement deux exemples : l’un au Royaume-Uni, qui fut une véritable entreprise nationale engagée dès 2006 et qui porte sur les campagnes de la Bretagne romaine5 ; l’autre concerne le nord-est de la Gaule (France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne occidentale, Suisse du Nord) et a été financé par l’European Research Council. C’est aux résultats de ces recherches récentes qu’il sera fait appel dans les pages qui suivent6.

    4Le flux de données nouvelles générées par les enquêtes de terrain est aujourd’hui considérable et en augmentation constante : il concerne en effet les établissements ruraux, de toute nature (villae, fermes, bâtiments isolés, nécropoles), mais aussi les parcellaires, l’outillage, les macrorestes végétaux, les ossements animaux, les données palynologiques… Il est donc assez difficile d’organiser de façon cohérente toute cette masse hétéroclite d’informations archéologiques et de comprendre comment celles-ci s’ordonnent en termes de systèmes productifs évoluant dans le temps. Le passage des faits matériels bruts à l’interprétation historique est en effet complexe et suppose une bonne compréhension de la manière dont ont été élaborées les données de base et de leur signification. Or la recherche, qui a longtemps buté sur l’absence de données quantifiables et sûres permettant de mesurer le niveau de développement de l’économie antique, tente aujourd’hui de s’emparer de ces informations que lui fournit l’archéologie pour y découvrir les indicateurs fiables (« proxies » en anglais) d’une croissance jusqu’ici plus postulée (ou niée) théoriquement que démontrée positivement7. Toutefois, la faisabilité et la méthodologie de cette nécessaire quantification sont source de controverses, comme le montre le débat célèbre – et toujours actuel – entre Walter Scheidel et Andrew Wilson publié dans le Journal of Roman Archaeology de 20098. Quels indicateurs archéologiques prendre en compte et comment les mesurer ?

    5À ce jour, la réflexion sur la croissance économique de l’époque romaine s’articule le plus souvent à l’échelle de l’Empire tout entier, assez rarement à celle d’une province particulière ou d’un ensemble régional, sauf quand il s’agit de l’Italie ou de l’Égypte, où les sources sont nombreuses et spécifiques. De ce fait, les indicateurs utilisés reposent généralement sur des données globales issues presque exclusivement du monde méditerranéen, en l’espèce l’huile, le vin, les épaves, le ravitaillement en blé de l’Urbs, les taux de pollution au cuivre, la croissance animale (mesurée par l’archéozoologie), pour ne citer que les plus courants. Mais qu’en est-il réellement des provinces considérées isolément, en particulier celles du nord-ouest de l’Empire, pour lesquelles les sources historiques classiques (textes, inscriptions, papyrus) sont beaucoup plus limitées ? Nous proposerons, pour commencer, un tour d’horizon rapide des acquis récents de l’archéologie dans le nord de la Gaule, avant de voir si et comment ces données permettent de mesurer la croissance économique, en nous limitant ici aux deux premiers siècles de notre ère9.

    6Les questions posées dans ces pages sont donc les suivantes : la conquête romaine de la Gallia Comata a-t-elle apporté, dans le domaine de l’agriculture, une révolution technique par rapport au système agricole de l’âge du Fer ? Quels indices de la croissance économique percevons-nous ? Quelles en sont les causes éventuelles : des changements techniques, des productions différentes, un nouveau système agropastoral dans lequel les villae romaines, telles que nous les connaissons en Italie, auraient joué le rôle moteur ? Quel a pu être le rythme de cette croissance durant les deux premiers siècles de l’Empire ?

    Les nouveaux acquis de l’archéologie

    Le socle de l’âge du Fer

    7C’est à La Tène moyenne – dans le courant du iiie siècle avant notre ère – que s’amorce le décollage économique des campagnes gauloises, comme l’a révélé une vaste enquête menée à partir des données de terrain les plus récentes10. En Picardie, par exemple, nous voyons la courbe d’occupation des plateaux croiser celle des vallées vers 300 avant J.-C., ce qui implique un mode d’exploitation de la terre différent, sur des sols plus difficiles à travailler mais plus ouverts et moins limités en extension que les vallées11. Les fermes deviennent de plus en plus nombreuses et nous observons le développement de vastes domaines ruraux, comme celui de Poulainville (Somme)12. Nous remarquons en même temps la progression de l’agriculture céréalière, avec une prédominance de l’orge vêtue et de l’amidonnier, les blés nus restant encore limités en quantité et en extension, dans le centre du Bassin parisien. Les prairies de fauche connaissent une extension continue, ce qui favorise le nourrissage du bétail, donc la croissance du cheptel. Le pic d’occupation est atteint vers 150 avant J.-C., à un moment où commencent à se développer les oppida, sans que la relation entre ces deux phénomènes soit encore bien clairement expliquée. Certes, la fin de la séquence semble attester d’une régression dans le courant du ier siècle avant notre ère, mais différents faits peuvent être invoqués pour éclairer cette apparente diminution : d’une part, des problèmes statistiques sur les données les plus récentes de la courbe, peut-être aussi, d’autre part, un phénomène de concentration foncière, comme en témoigne l’émergence de très grands domaines tel celui de Batilly-en-Gâtinais dont la taille et l’organisation spatiale annoncent celles des plus grandes villae de l’époque suivante13. Nous mesurons encore mal, en revanche, l’impact sur le monde rural d’une urbanisation croissante, de plus en plus évidente. L’archéologie montre aussi l’émergence d’un outillage en fer très performant due à l’excellente technologie du métal chez les Gaulois, et qui n’évoluera guère de manière significative.

    8Un des proxies le plus souvent utilisé est celui de la taille des animaux domestiques, dont on a longtemps pensé qu’elle avait progressé à partir de l’époque romaine en marquant une rupture14, mais ces conclusions déjà anciennes doivent aujourd’hui être nuancées. Les études récentes indiquent en effet une évolution de long terme commencée à l’âge du Fer et qui, certes, s’accéléra après le changement d’ère et atteignit son pic sous l’Empire, mais sans qu’il faille y reconnaître autre chose qu’un phénomène endogène, lié aux progrès du système agropastoral gaulois (fig. 1)15. C’est sur ce socle protohistorique déjà très développé que se sont développées les campagnes de la période impériale.

    Fig. 1 — Évolution des mesures de longueurs des os du cochon gaulois et romain.

    Chacun des points placés sur le graphique correspond à la moyenne des valeurs calculées pour un site.

    Source : S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 2, Bordeaux, Ausonius, 2018, p. 327-400, ici p. 359.

    Crédit : S. Lepetz.

    L’évolution des établissements ruraux et le développement des villae

    9Lorsque nous observons les plans des établissements ruraux de l’époque augustéenne, les différences avec ceux de La Tène finale paraissent au total assez faibles, et seul le matériel associé permet de discriminer les uns et les autres, ce qui conduit bien souvent à des attributions chronologiques incertaines. Pour le dire autrement, la transition se fait sans rupture évidente, au terme d’une évolution progressive et longue, sans que nous voyions apparaître de nouvelles formes d’occupation du sol, notamment un semis de villae remplaçant rapidement les fermes protohistoriques. Les toutes premières villae, encore construites en structures périssables, n’apparaissent guère avant l’époque tibérienne au plus tôt et ce n’est pas avant le milieu du ier siècle de notre ère, soit une centaine d’années après la conquête, que nous voyons leur développement s’accentuer. Nous pourrions d’ailleurs observer un phénomène plutôt similaire dans le Midi de la Gaule, conquis en 121 avant J.-C., mais où les formes traditionnelles de l’habitat rural ne se sont transformées qu’assez lentement, dans le dernier tiers du ier siècle avant notre ère16. Dans les faits, la transition se traduit par une série de phénomènes complexes car nous constatons aussi bien des phénomènes de continuité entre les installations protohistoriques et celles de l’époque romaine que des créations nouvelles17.

    10L’évolution architecturale de ces villae du nord de la Gaule est d’ailleurs instructive, comme le montre l’exemple – qui est loin d’être unique – de celle de Roye, en Picardie (fig. 2). Dès La Tène D1a, vers 150-120 avant J.-C., nous observons la présence d’un enclos d’habitat d’environ 1 000 mètres carrés au sein d’une zone de parcage beaucoup plus vaste. À La Tène D1b, vers 120-80, la structure globale ne change guère, sauf l’emprise du secteur domestique, multipliée par quatre ; cette évolution continue jusqu’à l’époque augustéenne. Dans la seconde moitié du ier siècle de notre ère, l’habitat dépasse les 7 800 mètres carrés, sans pour autant que nous ayons alors affaire à une véritable villa. C’est seulement au début du iie siècle que nous identifions un premier bâtiment allongé en bois, précédé par une galerie de façade flanquée de deux pavillons. Cette architecture est bien connue dans la littérature de langue allemande sous le nom de « Portikusvilla mit Eckrisaliten », caractéristique des villae de cette période. La distribution de l’espace se perfectionne ensuite, avec l’implantation de pavillons de part et d’autre d’une cour centrale dans le courant du iie siècle de notre ère, puis une séparation en deux cours au début du iiie siècle, selon un processus régulièrement observé par Roger Agache. Les photographies aériennes de ce dernier ont révélé de nombreux cas similaires, promus, en quelque sorte, au rang d’exemples de l’architecture domaniale en Gaule du Nord. Mais il ne pouvait observer du ciel que l’état final de cette évolution, dont nous nous apercevons, grâce au cas de Roye mais aussi à bien d’autres, qu’il s’agissait en fait d’un processus de long terme. Pendant longtemps, ces villae romaines n’avaient été, en réalité, que de grosses fermes traditionnelles.

    Fig. 2 — Chronologie d’occupation des villae fouillées sur les grands tracés linéaires de Picardie.

    Source : D. Bayard, N. Buchez et P. Depaepe (dir.), « Quinze ans d’archéologie préventive sur les grands tracés linéaires en Picardie. Seconde partie », Revue archéologique de Picardie, no 3-4, 2014, p. 124 ; reproduit dans M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1, Bordeaux, Ausonius, 2017, p. 285.

    Crédit : D. Bayard, N. Buchez et P. Depaepe.

    11Le terme latin de villa utilisé par les archéologues pour caractériser ces bâtiments comporte au demeurant de nombreuses ambiguïtés18. Nous observons en effet qu’il s’applique à des établissements de tailles très différentes, qui vont de 0,36 hectares de superficie à plus de 16 hectares, cours et annexes comprises. Encore les plus petites sont-elles les plus nombreuses. Sur un total de 11 514 recensées dans le cadre du programme européen Rurland, seules 493 dépassaient les 3 hectares. Nous devons d’ailleurs noter une certaine rusticité dans la plupart d’entre elles. Ainsi, dans l’arrière-pays de Cologne, deux tiers des villae ne furent pas dotées d’un balnéaire, au moins dans un premier temps, ce qui ne fait pas d’elles des parangons du confort et du luxe à la romaine. Il est évident que ce vaste kaléidoscope des établissements ruraux reflète une grande diversité dans la taille des domaines, la nature des activités agropastorales et la richesse des propriétaires, mais il n’est pas toujours aisé d’aller au-delà de ces constatations factuelles et de les traduire en termes d’activité économique. La difficulté est accrue par le fait que très peu de ces grands domaines ont été fouillés exhaustivement et de manière moderne, ces dernières années ; nous avons par conséquent très peu d’informations fiables sur leur « parcours », comme disent les archéologues, c’est-à-dire sur leur développement architectural, a fortiori sur celui de leur économie19. Nous pouvons donc, sur ce point, nous interroger sur la réalité que révèlent les grands corpus de photographies aériennes. Nous noterons, en outre, une grande disparité géographique dans leur répartition : alors que le territoire des Ambiens avait permis à Roger Agache de mettre au jour un grand nombre de villae, celui des Calètes, immédiatement à l’ouest, semblait stérile. Nous savons aujourd’hui que la nature des sols, beaucoup plus argileux, et le couvert végétal de cette région sont la cause de cette apparente anomalie.

    12Il peut être intéressant de comparer ces rapides remarques aux données fournies par l’enquête récente sur les campagnes britanniques. Celle-ci a en effet montré une proportion de seulement 12,4 % de villae sur un corpus de 2 333 sites ruraux fouillés ces dernières années dans le cadre d’opérations préventives. Nous devons donc être attentifs à la place réelle de ce type de domaine rural dans le développement économique des campagnes romaines.

    De nouvelles productions agropastorales ?

    13Nous pouvons nous demander comment les productions agropastorales ont évolué entre la fin de l’âge du Fer et l’époque romaine, mais, là aussi, la réponse se doit d’être nuancée, en fonction des secteurs étudiés. La recherche la plus récente commence seulement, en effet, à permettre d’identifier des systèmes agropastoraux qui évoluent à l’échelle régionale et témoignent d’une grande variété de trajectoires.

    14Véronique Zech-Matterne et Sébastien Lepetz ont tenté de traduire en cartes ce phénomène, dont la matérialité repose sur un corpus désormais très important de données carpologiques et archéozoologiques. La figure 3 montre ainsi que la culture de l’orge vêtue, traditionnelle dans l’agriculture laténienne, ne semble pas régresser sensiblement au début de l’Empire : ce n’est que durant l’Antiquité tardive que l’on verra baisser son importance relative. En revanche, le blé amidonnier recule à cette époque, notamment dans la vallée de la Seine, au profit de céréales panifiables comme les blés nus, ou d’une autre céréale vêtue, plus rustique, comme l’épeautre, sur les terres plus froides de l’est ou du nord de la Gaule. Nous observons donc, durant le Haut-Empire, une évolution différenciée selon les régions, sans qu’apparaissent jamais, toutefois, des formes de monoculture spéculative. Nous aurions tort, au demeurant, de considérer que, dans ces régions, le froment était l’apanage des grands domaines et constituait une forme de progrès dû à un apport technique italien. Nous constatons, au contraire, que cette culture est plutôt liée à des établissements de taille modeste du centre du Bassin parisien pratiquant sans doute une agriculture intensive, alors que celle de l’épeautre est plus fréquemment associée à des exploitations de grande superficie pratiquant une mise en valeur extensive, notamment dans la Belgique romaine. C’est là, d’ailleurs, que nous remarquons l’usage de cette moissonneuse rudimentaire mais efficace qu’était le vallus, célébré par Pline l’Ancien (Hist. nat., XVIII, 296) et Palladius (De re rustica, 7.2).

    Fig. 3 — Évolution des proportions relatives d’orge vêtue, d’amidonnier, de blés nus et d’épeautre dans le nord de la France.

    La période laténienne (début iie siècle-vers 30 avant J.-C.) figure dans la colonne de gauche et le Haut-Empire, jusque vers 275 après J.-C., dans la colonne de droite.

    Source : S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 2, Bordeaux, Ausonius, 2018, p. 327-400, ici p. 342-343.

    Crédit : V. Zech-Matterne.

    15Ces productions agricoles semblent associées à des formes d’élevage qui sont elles aussi en mutation progressive. À La Tène finale, les bovins étaient globalement plus nombreux que les moutons, le plus souvent selon un ratio de 2/3-1/3, mis à part pour le plateau picard, le nord de la Champagne et la vallée de la Moselle qui livraient des taux d’ovins plus élevés20. Ce schéma a évolué durant le Haut-Empire, où les régions du Nord (Artois, Picardie), d’une part, et celles de l’Est (Moselle, Alsace), d’autre part, présentent des taux de bœufs nettement plus importants qu’en Île-de-France, dans la vallée de la Seine et en Champagne, majoritairement fournis en moutons. Les ovins sont alors assez nettement associés à la culture des blés nus. Mais ce zonage s’estompe dans l’Antiquité tardive qui voit la part des bovins croître de manière substantielle.

    16Ces constatations s’appuient sur des enquêtes archéologiques multiples qui mettent au jour l’existence de « systèmes » agropastoraux associant de manière préférentielle des formes de culture et d’élevage complémentaires que nous pouvons décliner région par région : par exemple, le pâturage des ovins sur les terres qui seront ensemencées en céréales fournit une fumure naturelle qui ne nécessite pas de travail humain. Cela ne signifie évidemment pas qu’il n’y avait pas d’autres animaux dans ces régions ni d’autres formes de culture, mais une étude détaillée sortirait du cadre limité de cet article.

    17L’une des difficultés, encore non résolues, de la recherche actuelle réside dans notre incapacité à mettre en évidence des relations de dépendance ou de complémentarité entre des formes domaniales différentes sur un même terroir, même au sein de secteurs bien prospectés comme, par exemple, dans l’Yonne21. Nous ignorons trop souvent si les fermes traditionnelles, qui ont longtemps coexisté avec ce que nous appelons des « villae », dépendaient ou non économiquement et socialement de celles-ci, si elles pratiquaient uniquement une polyculture d’autosubsistance sur des terres marginales ou dans des espaces interstitiels entre différents grands domaines, ou si elles se livraient au contraire à des activités subordonnées à ces derniers.

    Les indices de la croissance

    18Ces données, très brièvement présentées ici, n’avaient d’autre but que de rappeler combien l’évolution des campagnes dans le nord de la Gaule n’était pas due à un phénomène brutal et rapide, consécutif à la conquête césarienne et à l’importation d’un nouveau type d’exploitations rurales et de techniques venues d’Italie. Il s’agit d’un processus de long terme, variable d’une région à une autre, dont les prémices doivent être cherchées dans le socle de l’agriculture protohistorique que l’Empire a su faire prospérer. Reste à se demander si nous pouvons mesurer ce développement et à partir de quels indices. Nous en examinerons trois, souvent évoqués.

    19Le premier est celui d’une éventuelle densification de l’habitat rural. Cette approche, typiquement archéologique, repose sur un principe simple qui, à partir des prospections au sol, propose de compter le nombre des établissements repérés, d’en dresser une cartographie et de les dater à partir des artefacts collectés en surface, notamment la céramique. Des investigations de cette sorte, plus ou moins approfondies, ont été menées dans de nombreuses régions du monde antique, également en Gaule du Nord, naturellement. D’autres enquêtes, comme celle des protohistoriens français évoquée au début de cette étude, ou celle des Britanniques sur les campagnes antiques, se sont au contraire limitées aux fouilles effectivement réalisées, pour éviter les biais inhérents à la première méthode. Quelques exemples sont nécessaires pour comprendre les avantages et les inconvénients de ces approches.

    20Prenons, pour commencer, les graphiques produits par les prospections au sol réalisées dans quatre microrégions de Lorraine et portant sur une période longue de plusieurs siècles. Ils indiquent, en première analyse, une augmentation significative du nombre d’habitats sous l’Empire, avec des courbes en cloche qui montrent un développement rapide au début de la période et une déprise sensible après le iiie siècle. Les archéologues reconnaissent en général dans ce type de statistique la traduction d’une croissance démographique rapide et d’une prospérité économique en forte hausse dès le début du cycle considéré, suivies d’une chute non moins évidente. Mais, dans la pratique, qu’avons-nous réellement mesuré22 ?

    21La dynamique considérée dépend de plusieurs paramètres non négligeables, variables d’un environnement à l’autre. Dans le cas qui nous préoccupe, nous observons moins bien au sol les artefacts laténiens, surtout quand ils sont recouverts par des édifices ultérieurs, que ceux de l’époque romaine, en particulier lorsqu’il s’agit de constructions en dur qui laissent plus de vestiges repérables (tuiles, mortier, pierres…), tandis que ceux du début et de la fin du cycle sont le plus souvent en bois. Il s’agit là de biais méthodologiques classiques, bien connus des praticiens, mais que nous avons toujours de la peine à éviter ou à redresser statistiquement ; c’est la raison pour laquelle l’enquête britannique sur les campagnes de l’époque romaine s’est limitée aux établissements fouillés. De fait, lorsque nous regardons les courbes produites par cette recherche effectuée outre-Manche, nous constatons qu’elles sont nettement plus aplaties et ne montrent jamais une hausse aussi rapide en début de cycle, même si celle-ci existe23. À l’inverse, la prise en compte exclusive des sites fouillés introduit d’autres biais statistiques qui sont directement liés au développement économique différencié des régions modernes, puisque l’essentiel des données est produit par l’archéologie préventive. Là où la recherche de terrain a été limitée, l’information est indigente, ce qui génère des distorsions dans notre interprétation globale. Pour revenir à notre question de départ, nous pouvons estimer que la densification de l’habitat rural, sous l’Empire, est sans doute réelle, traduisant ainsi une forme de croissance, mais qu’il est difficile de la quantifier de manière précise avec nos méthodes actuelles d’investigation.

    22Un deuxième indice possible de la croissance des campagnes nous est fourni par l’augmentation progressive des capacités de stockage sur les sites ruraux. Les enquêtes récentes24 font état d’une grande variabilité de volumes, avec une gamme très vaste allant de 6 mètres cubes à 1 351,5 mètres cubes, mais la plupart des sites sont trop mal datés pour que nous puissions tirer des conclusions de ces données en termes de croissance économique. Seuls quelques-uns de ces bâtiments, mieux phasés que les autres, permettent une réflexion plus approfondie. Dans le cas de la villa d’Alle, dans le Jura suisse, la capacité est passée de 42 mètres carrés de superficie, au début de l’Empire, à 392 mètres carrés vers 180-200, avant d’atteindre 710 mètres carrés vers 250-275, ce qui implique évidemment une augmentation considérable du volume stockable. Pour Heitersheim (Bade), Lars Blöck a montré que l’horreum C, construit vers 100 après J.-C., était passé d’une superficie de 18 par 10 mètres à 24 par 15 mètres, soit 360 mètres carrés, vers 180 de notre ère25. Cette capacité n’en faisait pourtant pas le plus grand de cette région, puisque celui de Biberist26, en Suisse, arrivait à 590 mètres carrés. En Germanie supérieure, encore, près de Heilbronn, les deux très grands greniers des villae de Bad Rappenau-Laueräcker et de Bad Rappenau-Babstadt27 atteignaient respectivement 608 et 621 mètres carrés. Ces quelques exemples trop rares d’horrea bien fouillés et bien datés semblent montrer un accroissement des capacités de stockage des grandes villae rurales dans la seconde moitié du iie siècle ou au début du iiie siècle de notre ère, mais à condition d’extrapoler ces observations ponctuelles et d’admettre que la tendance a été générale, ce qui ne va pas de soi.

    23Nous devons toutefois nous montrer prudents : les chiffres qui viennent d’être présentés sont indiqués en mètres carrés, seule mesure objective puisque nous ne connaissons jamais la hauteur réelle de ces bâtiments ni, surtout, le mode de stockage utilisé. Or les reconstitutions proposées varient fortement selon les auteurs et les questions peuvent être nombreuses : avons-nous affaire à des structures d’un ou de deux étages ? Quelle est la nature des denrées engrangées ? Nous considérons le plus souvent qu’il s’agit de céréales, presque toujours du froment, mais du foin, des légumes, des fromages, etc. pouvaient bien évidemment également être stockés. Quand il s’agit de céréales, opte-t-on pour un dépôt en vrac ou en tas distincts, ce qui supposerait, dans ce dernier cas, l’existence de circulations périphériques permettant de séparer différentes sortes de blés, d’avoine, d’orge… ? Utilisait-on au contraire des sacs ? De manière générale, différentes conditions de ventilation devaient être remplies : ainsi est-il quasiment impossible de stocker les blés, qui chauffent spontanément, sur une hauteur de plus de 40 à 60 centimètres, et il convient, de toute manière, de les remuer périodiquement. Dans le cas de céréales vêtues, étaient-elles conservées avec ou sans leur balle, ce qui change le volume pouvant être engrangé et l’appréciation économique donnée ? Tous ces paramètres incertains rendent difficile un calcul volumétrique de la production d’un domaine, toute extrapolation en termes de superficie cultivée s’avérant hautement spéculative28. Encore faut-il décider, alors, si l’augmentation des volumes de stockage observée dans quelques grandes villae répond à la production accrue d’un seul et même domaine, à une concentration foncière progressive de plusieurs d’entre eux entre les mains d’un même propriétaire, ou encore à un regroupement de récoltes de plusieurs exploitations pour des raisons de contrôle fiscal ou d’acheminement vers un marché urbain : toutes ces hypothèses sont possibles. Quoique apparemment alléchante et prometteuse, l’étude des greniers ruraux exige donc beaucoup de prudence dans les conclusions que nous en tirons.

    24Souvent invoqué, l’argument d’une croissance de la taille des animaux à l’époque romaine ne va pas, lui non plus, sans difficultés. Comme nous l’avons vu, le processus était déjà en cours à la fin de l’âge du Fer, en raison de l’amélioration continue des conditions d’élevage depuis La Tène moyenne. Il est vrai, toutefois, que les courbes montrent de manière incontestable que la stature du porc, du bœuf, du mouton ou encore des volailles atteignait, vers la fin de l’Antiquité, un indice qui ne fut pas récupéré avant l’époque moderne. Il faut néanmoins observer d’importantes différences régionales, par exemple entre les petits bœufs vénètes et les très grands bovins de la Belgique romaine. Sébastien Lepetz a démontré que cette croissance n’était pas nécessairement le fruit d’un phénomène contrôlé et voulu, dû à une politique de sélection des animaux, difficile à concevoir dans les conditions de l’époque, mais à un meilleur nourrissage et à une augmentation de la ressource disponible. Les aspects négatifs de cette augmentation de la taille, qui nécessitait 40 % de fourrage supplémentaire pour nourrir ces grands animaux, ne sont pourtant pas mineurs. Ainsi, nourrir un bovin de 615 à 650 kilogrammes implique une superficie de un hectare par an, ce qui suppose un accroissement significatif – et peut-être excessif – de la production fourragère au fil du temps29.

    Les facteurs du développement économique

    25Les facteurs du développement économique des campagnes sont potentiellement nombreux : nous pouvons citer, de manière théorique, la croissance démographique, l’augmentation des surfaces cultivées, les progrès techniques, le développement du marché, tiré par une demande plus forte, le poids de la fiscalité… En revanche, il est assez compliqué, comme nous le verrons, d’articuler une démonstration concrète sur tous ces aspects à l’aide d’arguments détaillés empruntés à la vie d’une province spécifique ou d’une région particulière, pour ces époques anciennes où les données statistiques sont inexistantes. Évaluer les facteurs du développement relève donc le plus souvent de la spéculation théorique et de l’application de modèles économiques qui ne sont pas forcément adaptés aux réalités du monde antique30. Nous nous contenterons, sur ce point, de rappeler la présentation liminaire de Willem M. Jongman31. Mais ce n’est pas la voie que nous emprunterons ici.

    Une croissance démographique en Gaule ?

    26Évaluer la population de l’Empire romain constitue une tâche redoutable qui a fait couler beaucoup d’encre et nous nous contenterons, pour le propos qui est le nôtre, de renvoyer une fois de plus à l’introduction de ce volume et à l’excellent exposé qu’en a donné Luuk de Ligt pour l’Italie32. La principale étude dont nous disposons pour la Gaule est ancienne, puisqu’elle remonte à la fin du xixe siècle et s’appuie sur les seules indications de César au moment d’Alésia33. À cette occasion, le conquérant avance en effet un certain nombre de données chiffrées sur le contingent demandé par Vercingétorix au différents peuples gaulois, ce qui fournit une base évidemment très approximative pour évaluer la population du pays à ce moment (Bell. Gall., VII, 75). Qui ne voit les aléas de ce calcul ? Toutefois, étant donné qu’il s’agit du seul que nous possédions et, finalement, de l’un des moins mauvais de tout le monde romain, nous sommes bien forcés de l’utiliser. Karl Julius Beloch avait ainsi avancé le chiffre d’environ 6 millions de Gaulois lors de la conquête. Pour le milieu du iie siècle de notre ère, à la veille de la peste antonine, les évaluations actuelles les plus couramment acceptées proposent une fourchette de 9 à 12 millions, l’estimation basse étant probablement la plus raisonnable si l’on veut bien se souvenir que la France du début du xviie siècle comptait sans doute un peu moins de 20 millions d’habitants. En outre, au sortir de la guerre des Gaules, qui avait provoqué des pertes significatives, un doublement de la population en deux siècles constituerait vraisemblablement une augmentation peu crédible au vu des conditions démographiques de l’époque, très différentes des nôtres. Cela n’interdit pas de penser que certaines régions ont pu connaître une croissance plus considérable. Certains chercheurs ont pu avancer, ces dernières années, des chiffres très élevés (de l’ordre du million) pour les Germanies romaines, vers le milieu du iie siècle de notre ère34. En l’occurrence, et sans remettre en cause ces propositions, nous devons nous souvenir que ces régions qui formaient la frontière orientale des Gaules étaient devenues des terres de forte immigration.

    27Au total, l’accroissement démographique est probable et il a sans doute constitué un facteur de croissance économique sur le long terme, d’autant que la guerre césarienne a été suivie d’une longue période de paix. Il est en revanche difficile à mesurer de manière fine et ne saurait, à lui seul, avoir constitué un facteur décisif du développement.

    Une augmentation des surfaces cultivées ?

    28Les progrès des enquêtes archéologiques récentes consacrées à l’âge du Fer révèlent un territoire largement défriché et exploité, au sein duquel la forêt n’occupait plus qu’une place réduite, peut-être pas beaucoup plus importante que dans la France actuelle. Nous n’observons d’ailleurs pas, à l’époque romaine, l’existence de vastes fronts pionniers offrant des terres nouvelles à l’exploitation agricole, sauf de manière marginale. L’attention a ainsi été portée sur la mise en valeur de plateaux calcaires comme celui de la forêt de Haye, à l’ouest de Nancy, le Châtillonnais et certains secteurs du massif vosgien35. Néanmoins, mises bout à bout, ces petites régions ne pouvaient, à elles seules, fournir l’espace nécessaire à une augmentation significative de l’ager cultivé, élément moteur de la croissance économique antique, même au prix d’un labeur accru, comme le propose Pierre Ouzoulias36. En revanche, nous constatons, sous l’Empire, une mise en valeur générale et massive de territoires qui, à la fin de l’âge du Fer, étaient marginaux par rapport à la Gaule intérieure : nous parlons ici des Germanies. Ces régions, parfois dotées de terres riches, comme l’arrière-pays de Cologne, la Vétéravie, la vallée du Neckar, le bassin du Danube supérieur, quelquefois aussi plus pauvres, comme les sols sableux de Germanie inférieure ou rocheux de l’Hunsrück-Eifel, ont été systématiquement exploitées à partir de l’époque claudienne ; nous voyons en effet, à la fin du iie siècle de notre ère, un semis très dense de villae romaines implantées au plus près des zones de consommation militaire dont elles assurent le ravitaillement, dans ce que nous appellerions aujourd’hui des « circuits courts » (fig. 4). S’il existe bien un front pionnier dans la Gaule de cette époque, c’est là qu’il se situe, offrant ainsi à ces provinces les conditions nécessaires à une augmentation des terres cultivées et de la production agricole.

    Fig. 4 — Localisation des villae des champs Décumates et des territoires de la rive gauche du Rhin.

    Source : DAO A. Nüsslein ; A. Nüsslein, « Les établissements ruraux du Haut-Empire. Cas d’étude 1 : l’exploitation des milieux à forte contrainte », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 2, Bordeaux, Ausonius, 2018, p. 133-234, ici p. 223.

    Crédit : A. Nüsslein.

    Des progrès techniques ?

    29L’hypothèse de progrès techniques à l’époque romaine reste une question très disputée, tant était évidente la qualité de l’agriculture laténienne et sa réputation dans certains domaines, même aux yeux des Italiens. C’est Pline l’Ancien, par exemple, qui célèbre la qualité des grandes faux gauloises à deux mains, une spécialité du pays, difficile à fabriquer et qui offrait un gain considérable de productivité pour la fenaison (Hist. nat., XVIII, 261). Les araires, en revanche, n’ont progressé que lentement, même si l’adjonction – sans doute assez tardive – de coutres a permis un meilleur travail de la terre. D’autres progrès techniques ont été importés d’Italie, comme les meules à sang, assez présentes en Gaule du Nord, mais surtout dans les villes, au moins en l’état actuel de la documentation archéologique37. Les fouilles récentes montrent aussi la diffusion progressive des moulins hydrauliques dans l’ancienne Comata38, mais il ne s’agit encore que d’une évolution marginale. Quant au vallus, probablement plus utilisé qu’on ne l’a dit sur les grands domaines de Belgique, il s’agit bien d’un progrès technique, mais il est spécifiquement gaulois et nous ne savons à quelle époque il remonte39.

    30Nous aurions également bien du mal à identifier un progrès dans les rendements céréaliers durant l’époque romaine. Trop de paramètres en jeu restent en effet hors de notre portée. Semait-on à la volée, technique la plus plausible sur les grandes surfaces car elle est la plus rapide et la plus économe en termes de main-d’œuvre, mais qui suppose des rendements relativement faibles ? Ou en sillons (voire en poquets), une technique qui s’applique très bien aux champs de taille réduite et qui permet un bien meilleur rapport, mais qui, étant beaucoup plus lente, suppose une main-d’œuvre beaucoup plus importante à superficie égale ? Les deux techniques peuvent avoir existé de manière concurrentielle, en fonction de la taille des champs, de la nature du sol, de la céréale semée, mais aussi de la fumure associée. Nous ne savons malheureusement pas grand-chose sur la matérialité de ces pratiques. Au total, nous ne pouvons, pour la céréaliculture, nous appuyer que sur les textes des agronomes latins qui montrent des rendements conformes à ce que l’histoire ultérieure nous apprend, soit une fourchette qui peut être estimée entre 4,20 et 15,75 quintaux par hectare. Mais il s’agit alors de l’Italie, non de la Gaule40.

    31Quant à la connaissance du développement de la vigne dans la Gallia Comata, elle a fait, ces dernières années, des progrès considérables grâce, en particulier, à l’archéologie préventive, capable de mettre désormais en évidence des fosses de plantation, mais aussi des restes polliniques, des chais, des pressoirs ou encore des amphores pour la commercialisation. Nous percevons un développement dès le début du ier siècle de notre ère, avec une diffusion qui va du sud vers le nord, mais s’étend rapidement41. Reste à savoir quelle a été la portée économique réelle de cette culture nouvelle, qui constitue un signe clair de l’adoption des pratiques romaines. La carte de diffusion des amphores vinaires régionales montre une commercialisation limitée, du moins si nous la comparons aux grands flux du monde méditerranéen. Il reste, bien entendu, que les villae de certaines régions favorisées, comme la vallée de la Moselle ou celle du Rhin, développeront, à partir du iiie siècle de notre ère, une économie spéculative fondée sur la production viticole, sans doute à destination du marché militaire.

    32Autre question fondamentale, celle des fumures animales. Les études menées dans le cadre de l’enquête Rurland ont conduit à émettre l’hypothèse de différences sensibles entre les céréales semées : apport d’engrais en Île-de-France, notamment dans le cas des blés nus, mais avec une grande variabilité entre les sites, absence de fertilisants quand il s’agit d’orge et d’épeautre en Champagne42. Ces résultats très préliminaires sont intéressants et mettent en évidence toute la diversité des systèmes agropastoraux à l’échelle d’un même pays et leur variabilité dans le temps. Il est possible, en revanche, que l’agriculture du nord de la Gaule ait, dans certains cas, fait usage d’engrais verts. Nous trouvons en effet fréquemment, à partir du iie siècle, des traces de légumineuses dans les assemblages carpologiques des zones à blés nus et nous pouvons nous demander s’il faut y reconnaître des pratiques d’amendement connues des auteurs latins (Virgile, Géorgiques, I, 71-76 ; Pline, Hist. nat., XVIII, 186). Il pourrait s’agir, de fait, d’une rotation de cultures destinée à éviter la jachère nue, mais les recherches en cette matière doivent encore être développées pour que nous puissions avancer des conclusions plus assurées.

    *

    33Ces réflexions ne sont pas destinées à nier l’existence d’une véritable prospérité économique des campagnes gauloises durant les deux ou trois premiers siècles de l’Empire, mais à rappeler combien il est difficile de la mesurer précisément et combien nos positions scientifiques sont liées aux présupposés idéologiques qui les sous-tendent implicitement. En faisant des villae le moteur du développement rural après la conquête romaine, nos prédécesseurs ne faisaient en réalité que reprendre l’idée – bien éculée – d’un modèle italien supérieur, exporté dans les provinces et facteur de civilisation. Cela, au fond, ne nous mène pas bien loin et ne doit pas nous conduire à considérer comme résolue la question des performances potentielles d’un monde rural du Nord qui ignorait les productions spéculatives des produits phares du monde méditerranéen, l’huile et le vin, sources d’importants profits et de juteux trafics pour un nombre finalement assez réduit d’acteurs économiques.

    34Quand nous tentons de mesurer les progrès des campagnes de la Gaule du Nord à l’époque romaine, nous rencontrons d’abord ce qui est archéologiquement le plus visible, c’est-à-dire l’habitat aristocratique et, en particulier, celui des demeures les plus luxueuses. La reconstitution architecturale de la célèbre villa Borg, en Sarre, frappe par sa monumentalité, la richesse de son décor, l’impression « colossale » de pouvoir qui s’en dégage43. Est-ce un témoignage assuré d’un grand domaine capable de produire beaucoup plus et beaucoup mieux qu’autrefois, ou un indice d’une fortune gagnée autrement, par exemple par le commerce, et réinvestie très partiellement dans une fastueuse villégiature de campagne par un marchand enrichi ou un grand administrateur de l’Empire ? Nous n’en savons rien du tout. De nos jours, les grandes « chasses » de Sologne ne s’appuient pas nécessairement sur l’existence d’un vaste domaine productif… Elles n’apportent pas non plus un témoignage fiable de la réalité du monde rural actuel.

    35Revenons à la Gaule du Nord. Si l’époque augustéenne ne donne pas l’impression d’un véritable boom économique des campagnes, c’est peut-être qu’elle a été marquée non par la paix, comme le voulait la propagande officielle, mais, au moins sur la frontière de Germanie, par la guerre qui s’est prolongée durablement jusque sous le règne de Tibère. L’effort contributif exigé des Gaules a alors été énorme, aux dires mêmes d’auteurs latins comme Tacite (Ann., I, 71, 2), et obligea à une pression fiscale accrue44. Il a évidemment pesé, mais vraisemblablement de manière très inégale, sur les campagnes qui étaient la source essentielle de la richesse et devaient s’acquitter de très importantes livraisons en nature. Ce n’est donc sans doute pas un hasard si les mutations du monde rural, et notamment l’émergence des villae, ne commencent à être visibles qu’à partir du milieu du ier siècle de notre ère, une fois oubliée l’ambition augustéenne d’un empire sans limite. Désormais intégrée dans un monde global où s’accroissait le rythme de circulation des hommes et des marchandises, et où le développement de nouvelles frontières à l’est (la Germanie) et au nord (la Bretagne) augmentait la demande au moment même où progressait l’urbanisation du pays, l’ancienne Gaule chevelue, devenue un carrefour d’échanges, connaissait un cycle économique vertueux qui devait durer deux siècles45. Au total, le développement de la villa gallo-romaine dans ces provinces conquises par César n’a probablement été que la conséquence – et non le moteur initial – d’une croissance économique, certes réelle mais lente et progressive, de campagnes dont le progrès technique s’inscrit dans la continuité de l’âge du Fer.

    Notes de bas de page

    1Ce texte s’appuie, en le résumant et en le simplifiant à l’intention d’un public plus large, sur notre article : M. Reddé, « Le développement économique des campagnes romaines dans le nord de la Gaule et l’île de Bretagne. Des approches renouvelées », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 77, no 1, 2022, p. 105-145.

    2M. Le Glay, « La Gaule romanisée », in G. Duby et A. Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, tome I : La formation des campagnes françaises des origines au xive siècle, Paris, Seuil, 1975, p. 195-285, ici p. 209.

    3R. Agache, « La campagne à l’époque romaine dans les grandes plaines du Nord de la France d’après les photographies aériennes », in H. Temporini (dir.), Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, partie II : Principat, tome IV : Politische Geschichte (Provinzen und Randvölker: Gallien [Forts.], Germanien), Berlin/New York, De Gruyter, 1975, p. 658-713 ; id., « La Somme pré-romaine et romaine d’après les prospections aériennes à basse altitude », Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, vol. 24, 1978.

    4Cf. G. Chouquer et F. Favory, Contribution à la recherche des cadastres antiques, Paris, Les Belles Lettres, 1980 ; G. Chouquer (dir.), Les Formes des paysages, tome I : Études sur les parcellaires, tome II : Archéologie des parcellaires, tome III : L’analyse des systèmes spatiaux, Paris, Errance, 1996 [t. I-II], 1997 [t. III].

    5Cf. A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome I : The Rural Settlement of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2016 ; M. Allen, L. Lodwick et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome II : The Rural Economy of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2017 ; A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome III : Life and Death in the Countryside of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2018.

    6Cf. M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1-2. Les campagnes du nord-est de la Gaule, de la fin de l’âge du Fer à l’Antiquité tardive, Bordeaux, Ausonius, 2017-2018, 2 t.

    7Cf. la contribution de W.M. Jongman dans ce volume, « L’économie dans le monde romain : modèles et données ».

    8W. Scheidel, « In search of Roman economic growth », Journal of Roman Archaeology, vol. 22, 2009, p. 46-70 ; A. Wilson, « Indicators for Roman economic growth: A response to Walter Scheidel », Journal of Roman Archaeology, vol. 22, 2009, p. 71-82. Le débat n’a guère cessé depuis lors, mais nous nous limitons ici à ces indications.

    9La question de la croissance économique de la Gaule a été traitée dans son ensemble dans l’ouvrage récent de Béline Pasquini, Mesurer le développement économique en Gaule du ier siècle av. J.-C. au viie siècle ap. J.-C. (Drémil-Lafage, Éditions Mergoil, 2022), mais celle des campagnes n’y est abordée que de manière assez brève et fondée sur les deux volumes cités en note 6.

    10Cf. F. Malrain, G. Blancquaert et T. Lorho (dir.), L’Habitat rural du second âge du Fer. Rythmes de création et d’abandon au nord de la Loire, Paris, Inrap/CNRS Éditions, 2013.

    11Cf. S. Gaudefroy et al., « La Picardie », in F. Malrain, G. Blancquaert et T. Lorho (dir.), L’Habitat rural du second âge du Fer, op. cit., p. 91-119.

    12Cf. F. Malrain, E. Pinard et al., « Un établissement agricole et ses sépultures du iiie siècle av. n. è. au iie s. de n. è. à Poulainville (Somme) », Revue archéologique de Picardie, no 3‑4 (numéro spécial), 2016.

    13Cf. S. Fichtl, « Die gallische villa von Batilly-en-Gâtinais (Loiret) und die Frage nach dem Ursprung der großen villae “à pavillons multiples alignés” », Alemannisches Jahrbuch, vol. 59-60, 2012, p. 127-142 ; S. Fichtl, De la ferme à la ville. L’habitat à la fin de l’âge du fer en Europe celtique, Arles, Errance, 2021.

    14Cf. S. Lepetz, « L’animal dans la société gallo-romaine de la France du Nord », Revue archéologique de Picardie, no 12 (numéro spécial), 1996.

    15Cf. S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 2, op. cit., p. 327-400.

    16Cf. E. Botte et Y. Lemoine (dir.), Villae. Villas romaines en Gaule du Sud, Arles, Errance, 2021.

    17Cf. D. Bayard, N. Buchez et P. Depaepe (dir.), « Quinze ans d’archéologie préventive sur les grands tracés linéaires en Picardie. Seconde partie », Revue archéologique de Picardie, no 3-4, 2014.

    18Cf. M. Reddé, « Genèse et développement des formes de la villa romaine dans le nord-est de la Gaule », Jahrbuch des römisch-germanischen Zentralmuseums, vol. 61, 2014, p. 103-136 ; id., « Fermes et villae romaines en Gaule chevelue : la difficile confrontation des sources classiques et des données archéologiques », Annales. Histoire, Sciences sociales, 72e année, no 1, 2017, p. 47-74.

    19Signalons toutefois quelques exceptions heureuses, comme, par exemple, la villa de Grigy, près de Metz. Cf. G. Brkojewitsch, S. Marquié et al., « La villa gallo-romaine de Grigy à Metz (ier s. apr. J.-C.-ve s. apr. J.-C.) : caractérisation fonctionnelle des structures et identification des activités artisanales », Gallia, vol. 71-2, 2014, p. 261‑305, https://doi.org/10.4000/11q1d.

    20Cf. S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », op. cit., ici p. 334-341.

    21Cf. P. Nouvel, « Le centre-est de la France », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1, op. cit., p. 683-732, fig. 20.

    22Cf. A. Nüsslein, N. Bernigaud et al., « La Lorraine », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1, op. cit., p. 555-655, ici p. 626.

    23Cf., par exemple, A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, op. cit., t. I, fig. 4.6.

    24Cf. S. Martin (dir.), Rural Granaries in Northern Gaul (Sixth Century BCE-Fourth Century CE). From Archaeology to Economic History, Leyde/Boston, Brill, 2019 et, plus précisément, la contribution de A. Ferdière, « De nouvelles formes de stockage de céréales à l’époque romaine en Gaule : quels changements, avec quel(s) moteur(s) ? », p. 73-105.

    25L. Blöck, « A model for calculating the capacities of horrea and agricultural areas of Gallo-Roman villae in the province of Germania superior », in S. Martin (dir.), Rural Granaries in Northern Gaul (Sixth Century BCE-Fourth Century CE), op. cit., p. 13-22.

    26Cf. C. Schucany, Die römische Villa von Biberist-Spitalhof/SO (Grabungen 1982, 1983, 1986-1989). Untersuchungen im Wirtschaftsteil und Überlegungen zum Umland, Remshalden, Greiner, 2006.

    27Cf. H.H. Hartmann et F.J. Meyer, « Ein horreum in der villa rustica in Bad Rappenau-Babstadt, Kreis Heilbronn », Archäologische Ausgrabungen in Baden-Württemberg, 2001, p. 127-130 ; J.C. Wulfmeier et H.H. Hartmann, « Reichlich Speicherplatz: Ein horreum von Bad Rappenau, Kreis Heilbronn », in J. Biel, J. Heiligmann et al. (dir.), Landesarchäologie: Festschrift für Dieter Planck zum 65. Geburtstag, Stuttgart, Theiss, 2009, p. 341-378 ; B. Rabold, « Walldorf (HD). Römisches Landgut oder kaiserliche Dömane? », in D. Planck, Die Römer in Baden-Württemberg. Römerstätten und Museen von Aalen bis Zwiefalten, Stuttgart, Theiss, 2005, p. 356-358.

    28Cf. L. Blöck, « A model for calculating the capacities of horrea and agricultural areas of Gallo-Roman villae in the province of Germania superior », op. cit.

    29S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », op. cit., p. 360, fig. 28.

    30Cf., par exemple, l’approche de Pierre Ouzoulias (« Nos natura non sustinet : à propos de l’intensification agricole dans quatre terroirs du nord de la Gaule », Gallia, vol. 71-2, 2014, p. 307‑328, https://doi.org/10.4000/11q1e) fondée sur les théories d’Ester Boserup.

    31Cf. la contribution de Willem M. Jongman dans ce volume, « L’économie dans le monde romain : modèles et données ». Rappelons notamment les débats autour du livre de Peter Temin, The Roman Market Economy (Princeton, Princeton University Press, 2012).

    32L. de Ligt, Peasants, Citizens and Soldiers. Studies in the Demographic History of Roman Italy, 225 BC-AD 100, Cambridge, Cambridge University Press, 2012.

    33K.J. Beloch, Die Bevölkerung der griechisch-römischen Welt, Leipzig, Duncker und Humblot, 1886 [rééd. New York, Arno Press, 1979] ; id., « Die Bevölkerung Galliens zur Zeit Caesars », Rheinisches Museum für Philologie, vol. 54, 1899, p. 414-445.

    34Cf. K.P. Wendt et A. Zimmermann, « Bevölkerungsdichte und Landnutzung in den germanischen Provinzen des Römischen Reiches im 2. Jahrhundert n. Chr.: Ein Beitrag zur Landschaftsarchäologie », Germania, vol. 86-1, 2008, p. 191-226 ; K.P. Wendt, J. Hilpert et A. Zimmermann, « Landschaftsarchäologie III. Untersuchungen zur Bevölkerungsdichte der vorrömischen Eisenzeit, der Merowingerzeit und der späten vorindustriellen Neuzeit an Mittel- und Niederrhein », Bericht der Römisch-Germanischen Kommission, vol. 91 (2010), 2012, p. 217-338.

    35Sur tous ces secteurs, nous renvoyons aux études régionales du programme européen Rurland, publiées dans M. Reddé, Gallia Rustica 1-2, op. cit.

    36Cf. supra, n. 30.

    37Cf. L. Jaccottey, S. Longepierre et al., « Les moulins de type Pompéi en France », in O. Buchsenschutz, L. Jaccottey, F. Jodry et J.-L. Blanchard (dir.), Évolution typologique et technique des meules du Néolithique à l’an mille, Bordeaux, Aquitania, 2011, p. 95-107.

    38Cf. J.-P. Brun, « Les moulins hydrauliques dans l’Antiquité », in L. Jaccottey et G. Rollier (dir.), Archéologie des moulins hydrauliques, à traction animale et à vent des origines à l’époque médiévale et moderne en Europe et dans le monde méditerranéen, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2016, t. I, p. 21‑50.

    39Cf. G. Raepsaet, La Moissonneuse gallo-romaine au fil de l’histoire. Une icône, révélateur épistémologique au cœur de la technologie romaine, Bruxelles, CreA-Patrimoine, 2022.

    40Cf. M. Reddé, Gallia Rustica 2, op. cit., p. 319-321.

    41Cf. M. Poux, J.-P. Brun et M.-L. Hervé-Monteil (dir.), « La vigne et le vin dans les Trois Gaules », Gallia, vol. 68-1 (dossier), 2011.

    42Cf. M. Aguilera, V. Zech-Matterne et al., « Crop fertility conditions in North-Eastern Gaul during the La Tène and Roman periods: A combined stable isotope analysis of archaeobotanical and archaeozoological remains », Environmental Archaeology, vol. 23, no 4, 2017, p. 323-337.

    43Au point de donner naissance à un colloque intitulé « Monumente der Macht » (« les monuments de la puissance »), qui s’est déroulé à la villa Borg du 26 au 28 mars 2009.

    44Sur ces questions : M. Reddé, « Ut eo terrore commeatus Gallia aduentantes interciperentur (Tacite, Hist., V. 23). La Gaule intérieure et le ravitaillement de l’armée du Rhin », Revue des études anciennes, vol. 113-2, 2011, p. 489-509 ; id., « The impact of the German frontier on the economic development of the countryside of Roman Gaul », Journal of Roman Archaeology, vol. 31, 2018, p. 131-160.

    45Sur ce processus, cf. M. Reddé, « Le développement économique des campagnes romaines dans le nord de la Gaule et l’île de Bretagne. Des approches renouvelées », art. cit., notamment p. 327-370.

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    • Michel Reddé

      Directeur d’étude émérite à l’École pratique des hautes études – PSL

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    1Ce texte s’appuie, en le résumant et en le simplifiant à l’intention d’un public plus large, sur notre article : M. Reddé, « Le développement économique des campagnes romaines dans le nord de la Gaule et l’île de Bretagne. Des approches renouvelées », Annales. Histoire, Sciences sociales, vol. 77, no 1, 2022, p. 105-145.

    2M. Le Glay, « La Gaule romanisée », in G. Duby et A. Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, tome I : La formation des campagnes françaises des origines au xive siècle, Paris, Seuil, 1975, p. 195-285, ici p. 209.

    3R. Agache, « La campagne à l’époque romaine dans les grandes plaines du Nord de la France d’après les photographies aériennes », in H. Temporini (dir.), Aufstieg und Niedergang der römischen Welt, partie II : Principat, tome IV : Politische Geschichte (Provinzen und Randvölker: Gallien [Forts.], Germanien), Berlin/New York, De Gruyter, 1975, p. 658-713 ; id., « La Somme pré-romaine et romaine d’après les prospections aériennes à basse altitude », Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie, vol. 24, 1978.

    4Cf. G. Chouquer et F. Favory, Contribution à la recherche des cadastres antiques, Paris, Les Belles Lettres, 1980 ; G. Chouquer (dir.), Les Formes des paysages, tome I : Études sur les parcellaires, tome II : Archéologie des parcellaires, tome III : L’analyse des systèmes spatiaux, Paris, Errance, 1996 [t. I-II], 1997 [t. III].

    5Cf. A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome I : The Rural Settlement of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2016 ; M. Allen, L. Lodwick et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome II : The Rural Economy of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2017 ; A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, tome III : Life and Death in the Countryside of Roman Britain, Londres, Society for the Promotion of Roman Studies, 2018.

    6Cf. M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1-2. Les campagnes du nord-est de la Gaule, de la fin de l’âge du Fer à l’Antiquité tardive, Bordeaux, Ausonius, 2017-2018, 2 t.

    7Cf. la contribution de W.M. Jongman dans ce volume, « L’économie dans le monde romain : modèles et données ».

    8W. Scheidel, « In search of Roman economic growth », Journal of Roman Archaeology, vol. 22, 2009, p. 46-70 ; A. Wilson, « Indicators for Roman economic growth: A response to Walter Scheidel », Journal of Roman Archaeology, vol. 22, 2009, p. 71-82. Le débat n’a guère cessé depuis lors, mais nous nous limitons ici à ces indications.

    9La question de la croissance économique de la Gaule a été traitée dans son ensemble dans l’ouvrage récent de Béline Pasquini, Mesurer le développement économique en Gaule du ier siècle av. J.-C. au viie siècle ap. J.-C. (Drémil-Lafage, Éditions Mergoil, 2022), mais celle des campagnes n’y est abordée que de manière assez brève et fondée sur les deux volumes cités en note 6.

    10Cf. F. Malrain, G. Blancquaert et T. Lorho (dir.), L’Habitat rural du second âge du Fer. Rythmes de création et d’abandon au nord de la Loire, Paris, Inrap/CNRS Éditions, 2013.

    11Cf. S. Gaudefroy et al., « La Picardie », in F. Malrain, G. Blancquaert et T. Lorho (dir.), L’Habitat rural du second âge du Fer, op. cit., p. 91-119.

    12Cf. F. Malrain, E. Pinard et al., « Un établissement agricole et ses sépultures du iiie siècle av. n. è. au iie s. de n. è. à Poulainville (Somme) », Revue archéologique de Picardie, no 3‑4 (numéro spécial), 2016.

    13Cf. S. Fichtl, « Die gallische villa von Batilly-en-Gâtinais (Loiret) und die Frage nach dem Ursprung der großen villae “à pavillons multiples alignés” », Alemannisches Jahrbuch, vol. 59-60, 2012, p. 127-142 ; S. Fichtl, De la ferme à la ville. L’habitat à la fin de l’âge du fer en Europe celtique, Arles, Errance, 2021.

    14Cf. S. Lepetz, « L’animal dans la société gallo-romaine de la France du Nord », Revue archéologique de Picardie, no 12 (numéro spécial), 1996.

    15Cf. S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 2, op. cit., p. 327-400.

    16Cf. E. Botte et Y. Lemoine (dir.), Villae. Villas romaines en Gaule du Sud, Arles, Errance, 2021.

    17Cf. D. Bayard, N. Buchez et P. Depaepe (dir.), « Quinze ans d’archéologie préventive sur les grands tracés linéaires en Picardie. Seconde partie », Revue archéologique de Picardie, no 3-4, 2014.

    18Cf. M. Reddé, « Genèse et développement des formes de la villa romaine dans le nord-est de la Gaule », Jahrbuch des römisch-germanischen Zentralmuseums, vol. 61, 2014, p. 103-136 ; id., « Fermes et villae romaines en Gaule chevelue : la difficile confrontation des sources classiques et des données archéologiques », Annales. Histoire, Sciences sociales, 72e année, no 1, 2017, p. 47-74.

    19Signalons toutefois quelques exceptions heureuses, comme, par exemple, la villa de Grigy, près de Metz. Cf. G. Brkojewitsch, S. Marquié et al., « La villa gallo-romaine de Grigy à Metz (ier s. apr. J.-C.-ve s. apr. J.-C.) : caractérisation fonctionnelle des structures et identification des activités artisanales », Gallia, vol. 71-2, 2014, p. 261‑305, https://doi.org/10.4000/11q1d.

    20Cf. S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », op. cit., ici p. 334-341.

    21Cf. P. Nouvel, « Le centre-est de la France », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1, op. cit., p. 683-732, fig. 20.

    22Cf. A. Nüsslein, N. Bernigaud et al., « La Lorraine », in M. Reddé (dir.), Gallia Rustica 1, op. cit., p. 555-655, ici p. 626.

    23Cf., par exemple, A. Smith, M. Allen et al., New Visions of the Countryside of Roman Britain, op. cit., t. I, fig. 4.6.

    24Cf. S. Martin (dir.), Rural Granaries in Northern Gaul (Sixth Century BCE-Fourth Century CE). From Archaeology to Economic History, Leyde/Boston, Brill, 2019 et, plus précisément, la contribution de A. Ferdière, « De nouvelles formes de stockage de céréales à l’époque romaine en Gaule : quels changements, avec quel(s) moteur(s) ? », p. 73-105.

    25L. Blöck, « A model for calculating the capacities of horrea and agricultural areas of Gallo-Roman villae in the province of Germania superior », in S. Martin (dir.), Rural Granaries in Northern Gaul (Sixth Century BCE-Fourth Century CE), op. cit., p. 13-22.

    26Cf. C. Schucany, Die römische Villa von Biberist-Spitalhof/SO (Grabungen 1982, 1983, 1986-1989). Untersuchungen im Wirtschaftsteil und Überlegungen zum Umland, Remshalden, Greiner, 2006.

    27Cf. H.H. Hartmann et F.J. Meyer, « Ein horreum in der villa rustica in Bad Rappenau-Babstadt, Kreis Heilbronn », Archäologische Ausgrabungen in Baden-Württemberg, 2001, p. 127-130 ; J.C. Wulfmeier et H.H. Hartmann, « Reichlich Speicherplatz: Ein horreum von Bad Rappenau, Kreis Heilbronn », in J. Biel, J. Heiligmann et al. (dir.), Landesarchäologie: Festschrift für Dieter Planck zum 65. Geburtstag, Stuttgart, Theiss, 2009, p. 341-378 ; B. Rabold, « Walldorf (HD). Römisches Landgut oder kaiserliche Dömane? », in D. Planck, Die Römer in Baden-Württemberg. Römerstätten und Museen von Aalen bis Zwiefalten, Stuttgart, Theiss, 2005, p. 356-358.

    28Cf. L. Blöck, « A model for calculating the capacities of horrea and agricultural areas of Gallo-Roman villae in the province of Germania superior », op. cit.

    29S. Lepetz et V. Zech-Matterne, « Systèmes agro-pastoraux à l’âge du Fer et à la période romaine en Gaule du Nord », op. cit., p. 360, fig. 28.

    30Cf., par exemple, l’approche de Pierre Ouzoulias (« Nos natura non sustinet : à propos de l’intensification agricole dans quatre terroirs du nord de la Gaule », Gallia, vol. 71-2, 2014, p. 307‑328, https://doi.org/10.4000/11q1e) fondée sur les théories d’Ester Boserup.

    31Cf. la contribution de Willem M. Jongman dans ce volume, « L’économie dans le monde romain : modèles et données ». Rappelons notamment les débats autour du livre de Peter Temin, The Roman Market Economy (Princeton, Princeton University Press, 2012).

    32L. de Ligt, Peasants, Citizens and Soldiers. Studies in the Demographic History of Roman Italy, 225 BC-AD 100, Cambridge, Cambridge University Press, 2012.

    33K.J. Beloch, Die Bevölkerung der griechisch-römischen Welt, Leipzig, Duncker und Humblot, 1886 [rééd. New York, Arno Press, 1979] ; id., « Die Bevölkerung Galliens zur Zeit Caesars », Rheinisches Museum für Philologie, vol. 54, 1899, p. 414-445.

    34Cf. K.P. Wendt et A. Zimmermann, « Bevölkerungsdichte und Landnutzung in den germanischen Provinzen des Römischen Reiches im 2. Jahrhundert n. Chr.: Ein Beitrag zur Landschaftsarchäologie », Germania, vol. 86-1, 2008, p. 191-226 ; K.P. Wendt, J. Hilpert et A. Zimmermann, « Landschaftsarchäologie III. Untersuchungen zur Bevölkerungsdichte der vorrömischen Eisenzeit, der Merowingerzeit und der späten vorindustriellen Neuzeit an Mittel- und Niederrhein », Bericht der Römisch-Germanischen Kommission, vol. 91 (2010), 2012, p. 217-338.

    35Sur tous ces secteurs, nous renvoyons aux études régionales du programme européen Rurland, publiées dans M. Reddé, Gallia Rustica 1-2, op. cit.

    36Cf. supra, n. 30.

    37Cf. L. Jaccottey, S. Longepierre et al., « Les moulins de type Pompéi en France », in O. Buchsenschutz, L. Jaccottey, F. Jodry et J.-L. Blanchard (dir.), Évolution typologique et technique des meules du Néolithique à l’an mille, Bordeaux, Aquitania, 2011, p. 95-107.

    38Cf. J.-P. Brun, « Les moulins hydrauliques dans l’Antiquité », in L. Jaccottey et G. Rollier (dir.), Archéologie des moulins hydrauliques, à traction animale et à vent des origines à l’époque médiévale et moderne en Europe et dans le monde méditerranéen, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2016, t. I, p. 21‑50.

    39Cf. G. Raepsaet, La Moissonneuse gallo-romaine au fil de l’histoire. Une icône, révélateur épistémologique au cœur de la technologie romaine, Bruxelles, CreA-Patrimoine, 2022.

    40Cf. M. Reddé, Gallia Rustica 2, op. cit., p. 319-321.

    41Cf. M. Poux, J.-P. Brun et M.-L. Hervé-Monteil (dir.), « La vigne et le vin dans les Trois Gaules », Gallia, vol. 68-1 (dossier), 2011.

    42Cf. M. Aguilera, V. Zech-Matterne et al., « Crop fertility conditions in North-Eastern Gaul during the La Tène and Roman periods: A combined stable isotope analysis of archaeobotanical and archaeozoological remains », Environmental Archaeology, vol. 23, no 4, 2017, p. 323-337.

    43Au point de donner naissance à un colloque intitulé « Monumente der Macht » (« les monuments de la puissance »), qui s’est déroulé à la villa Borg du 26 au 28 mars 2009.

    44Sur ces questions : M. Reddé, « Ut eo terrore commeatus Gallia aduentantes interciperentur (Tacite, Hist., V. 23). La Gaule intérieure et le ravitaillement de l’armée du Rhin », Revue des études anciennes, vol. 113-2, 2011, p. 489-509 ; id., « The impact of the German frontier on the economic development of the countryside of Roman Gaul », Journal of Roman Archaeology, vol. 31, 2018, p. 131-160.

    45Sur ce processus, cf. M. Reddé, « Le développement économique des campagnes romaines dans le nord de la Gaule et l’île de Bretagne. Des approches renouvelées », art. cit., notamment p. 327-370.

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    Reddé, M. (2024). La villa romaine en Gaule du Nord, un facteur de développement économique ?. In J.-P. Brun, D. Chatzivasiliou, & W. M. Jongman (éds.), Performances économiques de l’Empire romain. Paris: Collège de France. https://doi.org/10.4000/13hth
    Reddé, Michel. « La villa romaine en Gaule du Nord, un facteur de développement économique ? ». In Performances économiques de l’Empire romain, édité par Jean-Pierre Brun, Despina Chatzivasiliou, et Willem M. Jongman. Paris: Collège de France, 2024. doi:10.4000/13hth.
    Reddé, Michel. « La villa romaine en Gaule du Nord, un facteur de développement économique ? ». Performances économiques de l’Empire romain, édité par Jean-Pierre Brun et al., Collège de France, 2024, https://doi.org/10.4000/13hth.

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    Brun, Jean-Pierre, Despina Chatzivasiliou, et Willem M. Jongman, éd. Performances économiques de l’Empire romain. Paris: Collège de France, 2024. doi:10.4000/13htr.
    Brun, Jean-Pierre, et al., éditeurs. Performances économiques de l’Empire romain. Collège de France, 2024, https://doi.org/10.4000/13htr.
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