À la mémoire d'André Chastagnol
p. 7-8
Texte intégral

1Il devait être des nôtres lors de ces deux journées de réflexion sur l’épigraphie de Dougga ; nous nous réjouissions de sa présence et comptions sur ce que pouvaient apporter aux débats la richesse de son expérience et sa grande connaissance de l’épigraphie africaine. Mais André Chastagnol, durement frappé par la maladie, avait dû s’excuser et avait demandé à son vieux complice, Robert Etienne, de lire le texte de sa communication. Une note d’inquiétude et de tristesse avait flotté sur notre rencontre, car, déjà, nous ressentions le poids de son absence.
2Il convient d'évoquer en tête de ce recueil les liens particuliers qu'André Chastagnol a entretenus avec l'Afrique du Nord : avec l’Algérie, où il enseigna à l'Université d'Alger, et avec la Tunisie qu'il affectionnait et où il aimait à se rendre. Avec le recueil de scripta varia publiés par l'Université de Lille en 1987 sous le titre L'Italie et l'Afrique au Bas-Empire, ses collègues, ses élèves et ses disciples ont déjà pu se rendre compte de la place privilégiée que les provinces africaines avaient tenue dans son œuvre. C'est que, comme l'avaient illustré sa thèse consacrée à La Préfecture urbaine à Rome au Bas-Empire, ainsi que les Fastes de cette préfecture, le personnel politique et administratif bien en cour à Rome au IVe siècle était très souvent lié à l'Afrique romaine soit par ses origines, soit en raison des fonctions de proconsul, de gouverneur de Byzacène ou de consulaire de Numidie remplies par nombre de ses membres. Mais, comme on sait, André Chastagnol ne s'en est pas tenu aux études prosopographiques, et si la Gaule a été le terrain de prédilection des analyses fécondes qu'il a conduites sur le processus de romanisation juridique et sociale, c'est en Tunisie qu'elles ont pris fin avec les observations sur Thugga dont on lira ici le texte.
3Mais d’autres diront ailleurs, et autrement, quel grand savant il a été, combien il a fait progresser dans des domaines variés la science historique et épigraphique, organiseront des colloques pour mettre en lumière l’importance d’une œuvre destinée à marquer durablement la réflexion scientifique sur l’histoire de l’antiquité romaine. Nous souhaitons, quant à nous, avant tout saluer l’ami. Il prenait plaisir à nous rendre visite à Bordeaux à l’occasion de telle ou telle manifestation et notre communauté scientifique était toujours heureuse de le recevoir, car il était un peu des nôtres. Il parlait si bien de choses importantes avec la simplicité du grand savant qu’il était.
4Alors, puisqu’il n’est plus là au moment où sont publiés les Actes de cette table ronde qu’il aurait dû éclairer de sa science et animer de sa gentillesse coutumière, et parce que déjà il nous avait tellement manqué au cours de ces deux journées, qu’il nous soit permis tout simplement de dédier ce livre à l’ami qui s’en est allé.
Auteurs
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