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    Plan détaillé Texte intégral Modalités de diffusion des acta senatusActa senatus et information politique Limites de diffusion des acta senatus Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La République romaine face aux crises. Tome 1

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Information publique et communication privée : usages et finalité des acta senatus en temps de crise (44-43 a.C.)

    Maria Bats

    p. 301-314

    Texte intégral Modalités de diffusion des acta senatusActa senatus et information politique Limites de diffusion des acta senatus Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Lors de son premier consulat, César institua la publication des procès-verbaux des séances du Sénat : Inito honore primus omnium (Caesar) instituit ut tam senatus quam populi diurna acta confierent et publicarentur1. Cette mesure est rapportée sans autre précision par Suétone qui pouvait, en raison de sa fonction d’ab epistulis de l’empereur Hadrien2, consulter les acta senatus dans les archives impériales. Jusqu’en 59 a.C., seuls devaient être archivés à l’aerarium les sénatus-consultes votés par les sénateurs, ce qui leur apportait leur pleine validité juridique3 ; ils pouvaient être éventuellement affichés, voire gravés. Désormais la décision césarienne instaurait l’enregistrement et la diffusion par l’intermédiaire des acta senatus des propositions et contre-propositions de sénatus-consultes ainsi que des débats qui se tenaient au Sénat.

    2La forme, les modalités de l’archivage et de la publication des acta senatus, leur finalité ont fait depuis le milieu du xixe siècle l’objet de discussions4 que l’article de M. Bonnefond‑Coudry publié en 1994 dans La mémoire perdue conclut sur un certain nombre de points. Des publications récentes, qui s’inscrivent dans la suite des travaux5 de F. Millar et de K.‑J. Hölkeskamp sur la nature du régime politique républicain et examinent les notions d’opinion publique et de communication politique6, permettent d’ouvrir de nouvelles perspectives sur l’usage des acta senatus : c’est par le prisme de la Correspondance de Cicéron, seule source contemporaine attestant leur circulation pendant les guerres civiles, et de quelques allusions des historiens postérieurs, que les acta senatus peuvent être interrogés comme un outil de l’information politique.

    3Auguste mit un terme à la diffusion des comptes rendus des réunions du Sénat quand il décida de transférer les acta senatus aux archives, désormais sans aucune publicité. Même s’ils ont constitué l’un des supports des échanges d’informations au sein des élites sénatoriales, il reste néanmoins un certain nombre d’interrogations sur leur fonctionnement, leur finalité, et les raisons de la suppression de leur diffusion.

    Modalités de diffusion des acta senatus

    4La Correspondance de Cicéron témoigne, ponctuellement entre 59 et 43, de la diffusion des acta senatus, d’abord pendant son exil7 et lors de son proconsulat – il en était alors le destinataire –, puis entre septembre 44 et juin 438 : contrairement aux années précédentes, l’ancien consul qui se trouvait souvent présent à Rome9 pouvait en être l’expéditeur et rendre ce service dans le cadre de l’officium en usage dans les milieux sénatoriaux ; dans les faits, il ne se chargea pas de ces envois réguliers à ses alliés politiques qui avaient dû confier cette responsabilité à un ou deux sénateurs de leurs amis qui restent inconnus.

    5Les acta senatus cités dans les lettres de Cicéron, et souvent désignés par le seul terme acta, se présentaient sous la forme de copies sur des rouleaux de papyrus : ils accompagnaient la correspondance acheminée par les porteurs de courriers (tabellarii). Ces esclaves et affranchis figuraient en grand nombre dans le personnel de Cicéron et de ses amis10 : ils pouvaient être désignés par leurs noms mais restaient très souvent anonymes, comme le souligne l’emploi fréquent du verbe mitti (envoyer) à l’infinitif passif impersonnel ; un passage d’une lettre envoyée à Cassius en janvier 45 les décrit comme un groupe de camarades comites qui se retrouvaient aux portes de Rome avant leur départ11. La circulation des acta senatus dépendait donc du service privé des élites romaines et était principalement assurée par leur domesticité : elle pouvait l’être aussi par les amis et relations en fonction de leurs déplacements, par les statores au service des gouverneurs de province ou par le personnel des sociétés de publicains12.

    6Quant à la copie des acta senatus, elle était aussi effectuée à titre privé : même si Cicéron prétendait, dans un courrier adressé en octobre 44 à Q. Cornificius, vouloir personnellement les “transcrire par écrit” (ipse perscriberem)13, dans la pratique c’était une tâche usuellement confiée à des librarii. Les responsables bien connus des bibliothèques de Cicéron comme de son ami Atticus, – dont les compétences étaient très larges, avaient sous leurs ordres des esclaves qualifiés pour ces travaux de copie14. Leur tâche, quand il s’agissait des acta senatus, est expliquée dans un passage d’une lettre de M. Caelius Rufus15 qui en mai 51 “se procura” (paraui) un homme “qui fût capable de tout suivre” (qui sic omnia persequeretur). L’engagement de Caelius Rufus, “que je te transcrirai en détail avec la plus grande exactitude les ‘Événements de la Ville’ dans leur totalité” (me omnes res urbanas diligentissime tibi perscripturum) s’avéra important et coûteux16 : il comprenait, dans ce cas en effet, la rédaction des res urbanae17 et celle des acta senatus, qui se trouvaient réduits en l’occurrence aux seuls sénatus-consultes (omnia enim sunt tibi s.c.) sans transcription des débats. Le travail était précis, ce que traduit le préfixe per du verbe perscribere18, et d’un coût élevé à cause de son ampleur : l’envoi d’un volumen par exemple à la fin du mois de mai 51 fut suivi de deux autres volumina au début du mois suivant19. De fait, les acta senatus pouvaient être intégrés dans l’ensemble plus large des rerum urbanarum acta, appelés aussi populi acta, qui consistaient en une sorte de compte rendu des événements de Rome : ils sont attestés pour cette période par une allusion de Cassius Dion au refus du diadème par César en février 4420 et par une remarque de Suétone concernant le lieu de naissance de Tibère en 4221. Ils avaient pour point commun avec les acta senatus d’être des documents officiellement mis en circulation, tout en s’en distinguant comme le montre cet autre passage d’une lettre adressée en 43 à Trebonius : nisi res urbanas actaque omnia ad te perferri arbitrarer22.

    7Ainsi la Correspondance cicéronienne apporte-t-elle des preuves, certes ténues, de l’existence de réseaux privés qui assuraient à différents niveaux la copie et la mise en circulation des acta senatus. Mais elle n’explique pas l’étape précédente qui relevait des instances publiques : la prise en notes des débats sénatoriaux qui correspondait à la phase initiale de l’élaboration des comptes rendus resta une exception jusqu’à la décision prise par César en 59 de les rendre publics. La seule attestation antérieure d’une telle organisation est celle que mit en place Cicéron quand il fit enregistrer les dépositions des Allobroges lors de la conjuration de Catilina : en 63, la tâche fut confiée à une commission de quatre sénateurs, proches du consul, choisis pour leurs aptitudes intellectuelles – leur capacité de mémoire (memoria) et leurs connaissances (scientia) – ainsi que pour leur rapidité d’écriture (celeritas scribendi facillime)23. Cette organisation prévalut sans doute à partir de l’instauration des acta senatus et son maintien est confirmé pendant les guerres civiles par quelques rares indices matériels liés à des pratiques d’écriture au sein du Sénat : Cassius Dion rapportait que pour participer à l’assassinat de César le 15 mars 44, un certain nombre de sénateurs avaient remplacé par des poignards (ξίφοι) leur matériel d’écriture (γραµµατεῖα) ; ces γραµµατεία étaient des tablettes sur lesquelles les sénateurs écrivaient avec des stylets, les deux objets se trouvant dans leurs étuis (ἐν κιβωτίοις - κιβώτιον ou κιβωτός en grec, capsa en latin)24. Et d’autre part, un passage de la 8e Philippique présente rapidement Cotylla, un émissaire d’Antoine, en train de prendre, lors des séances sénatoriales des 2 et 3 février 43, des notes sur des codicilli ou tablettes pour établir son rapport25 : ainsi l’usage de l’écriture n’était-il pas réservé aux seuls comptes rendus des acta senatus.

    8Leur élaboration que suggère l’emploi par Suétone du verbe confieri/conficere, nécessitait le rassemblement de ces notes et leur mise en ordre : sans doute la responsabilité en revenait-elle au magistrat qui convoquait le Sénat. Mais cette tâche ne doit pas être confondue avec la rédaction et l’enregistrement des sénatus-consultes dans les registres publics (tabulae publicae) par les questeurs, aidés de leurs scribes : l’auteur du projet, soit le magistrat qui avait présidé la séance, soit tout autre sénateur dont la proposition avait été votée s’en assurait26. Les magistrats avaient, d’ailleurs, l’habitude de garder leur brouillon dans leurs documents personnels, les commentarii qu’ils conservaient dans leurs archives privées et dont ils pouvaient autoriser la consultation27 : Cicéron informait ainsi son ami Munatius Plancus qu’il avait conservé le texte d’un sénatus-consulte qu’il avait proposé en sa faveur28. À partir de 59, ces commentarii, du moins ceux du magistrat (consul, voire préteur) qui convoquait la séance constituèrent la base des acta senatus qui devaient inclure l’ensemble des débats sénatoriaux29. La prise de notes dans le cours de la séance était sans doute facilitée par le respect de l’ordre hiérarchique pour les interventions des orateurs30 : si elle était, au moment de la conjuration de Catilina, effectuée par les sénateurs et leur transcription officielle dans les registres validée par les scribes31, les sources ne précisent pas si cette organisation fut maintenue pour la transcription des acta senatus ou si des scribes des magistrats (scribae)32 furent désormais affectés à l’ensemble de cette tâche.

    9La question se pose également pour la diffusion des acta senatus : en 63, la procédure était entièrement privée puisque Cicéron avait fait appel à ses propres copistes pour que l’information pût atteindre le populus Romanus à Rome, l’Italie et les provinces33. Une fois la mesure césarienne en vigueur, la transmission des procès-verbaux sénatoriaux devait se faire par affichage34 : ils étaient alors transcrits par des copistes (librarii)35 sur des panneaux de bois (tabulae) blanchis à la chaux (album) et placés dans des lieux fréquentés de Rome pour informer les citoyens présents dans la Ville36. Restait aux copistes privés, esclaves et affranchis employés par les élites sénatoriales, la tâche de reproduire ces textes pour leurs maîtres qui en assuraient la circulation. 

    Acta senatus et information politique

    10Pendant la crise que traversa la République entre les ides de mars et les accords de Bologne, et parce que, même peuplé de partisans de César, le Sénat, en raison du poids de ses décisions restait au centre des enjeux de pouvoir, les acta senatus furent un véritable support de l’information politique des élites gouvernantes. La plupart des réunions ne donnèrent cependant pas lieu à une quelconque mention d’échanges de procès-verbaux dans la Correspondance : les huit références se concentrent sur trois périodes, en septembre‑octobre 44, février 43 a.C., et juin de la même année.

    11La première allusion concerne les séances de début septembre, celle du 1er, convoquée par le consul Antoine à laquelle Cicéron, pourtant de retour à Rome, n’assista pas, et celle du 2, présidée par Dolabella, consul suffect et allié d’Antoine37 : Sed quoniam acta omnia mitti ad te arbitrabar, nihil erat quod singulis de rebus scriberem38. Cette lettre invitait le proconsul de la Gaule chevelue L. Munatius Plancus39, un césarien fidèle et opportuniste, à consulter les acta senatus qui devaient rapporter le sénatus-consulte voté le 1er septembre pour les honneurs divins de César, ainsi que les débats du lendemain. Du fait d’une présidence qu’il estima sans doute partiale, Cicéron recomposa son discours : Cassius, en partance pour la Syrie, reçut, courant septembre dans le sud de l’Italie, un exemplaire de sa 1ère Philippique dont les copies doublèrent les acta senatus40.

    12Les deux courriers suivants qui citent les acta senatus, sont adressés au propréteur de l’Africa Vetus, Q. Cornificius, également partisan de César41. Le premier envoi date du 2 octobre : Ego autem acta ad te omnia arbitror perscribi ab aliis ; a me futura debes cognoscere, quorum quidem non est difficilis coniectura42 ; le second suit de quelques jours : Rerum urbanarum acta, tibi mitti certo scio. Quod ni ita putarem, ipse perscriberem, in primisque Caesaris Octauiani conatum43. Les acta senatus évoqués concernaient sans doute la séance du 19 septembre au cours de laquelle Antoine avait répondu en l’absence de son adversaire à sa 1ère Philippique44. Cicéron informait Cornificius de ses prises de position, de la situation générale à Rome45, et plus précisément du départ d’Antoine pour Brindes où il prit le commandement des légions qui arrivaient de Macédoine46.

    13En septembre-octobre 44, Cicéron indiquait explicitement à ces deux césariens qu’ils pourraient renforcer face à Antoine les forces armées du parti républicain, à savoir les légions du propréteur de Gaule cisalpine, D. Iunius Brutus47. L. Munatius Plancus était à la tête de cinq légions et de troupes auxiliaires48 ; et, même si Antoine proposa en sa faveur une distinction honorifique le 19 septembre 44, Munatius Plancus resta d’abord fidèle aux Républicains, puis sembla ménager les deux partis jusqu’en juillet 4349 : il se rallia ensuite à Antoine, poussé par ses soldats, et en raison des choix de Lépide, gouverneur de la Transalpine et de l’Hispanie citérieure avec ses sept légions, et d’Asinius Pollion, proconsul de l’Hispanie ultérieure à la tête de trois légions50.

    14Quant à Q. Cornificius, relativement éloigné du théâtre des opérations militaires, il resta partisan des Républicains. En mars 43, Cicéron souhaitait toujours le voir participer à la rei publicae conseruandae societas51 qu’il voulait créer ; il s’assurait également qu’il avait bien reçu les comptes rendus des débats du 19 mars au cours desquels sa dépêche avait été lue et avait abouti au vote d’un sénatus-consulte en sa faveur, que l’orateur avait soutenu : In re publica quid agatur, credo te ex eorum litteris cognoscere, qui ad te acta debent perscribere52. Le lendemain 20 mars, le départ du consul G. Vibius Pansa pour Modène affaiblit la faction des modérés favorables à des négociations avec Antoine ; la présidence du Sénat fut assurée par le préteur urbain, M. Caecilius Cornutus53, ce qui permit à Cicéron de développer l’idée qu’il défendait depuis le début de l’année 43, à savoir l’entrée en guerre contre Antoine. La Correspondance ne fait pas allusion aux procès-verbaux de cette deuxième journée de réunion, dont les thématiques sont traitées dans la 13e Philippique : celle-ci répondait aux missives officielles de Lépide et de Munatius Plancus qui demandaient des pourparlers. Cicéron blâma le premier tout en ménageant le second, et acheva son discours en critiquant la lettre qu’Antoine avait adressée au consul Hirtius et à Octave.

    15Quatre autres mentions des acta senatus concernent des conjurés des ides de mars, défenseurs de la République : le courrier daté du 2 février 43 ne parvint pas au proconsul de la province d’Asie, Trebonius54, assassiné par Dolabella, et donnait peu de précisions sur les discussions qui, reprises dans la 8e Philippique, agitèrent les sénateurs après l’échec de la délégation sénatoriale envoyée à Antoine : Quod nisi res urbanas actaque omnia ad te perferri arbitrarer, ipse perscriberem quamquam eram maximis occupationibus impeditus. Sed illa cognosces ex aliis, a me pauca et ea summatim…55 Cette lettre reprenait plusieurs points de la 3e Philippique prononcée le 20 décembre 44 et rappelait que l’information principale du moment se trouvait dans les acta senatus, à savoir le vote des pleins pouvoirs aux consuls Pansa et Hirtius, ainsi qu’à Octave.

    16Au mois de juin 43, Cicéron évoquait à nouveau l’envoi de procès-verbaux sénatoriaux dans deux lettres destinées à C. Cassius Longinus56, gouverneur de Syrie, sans préciser toutefois les dates des séances correspondantes. La première annonçait le revirement de Lépide en date du 29 mai 43 et faisait allusion à ses répercussions au sein de l’assemblée sénatoriale : Scelus adfinis tui Lepidi summumque leuitatem et inconstantiam ex actis quae ad te mitti certo scio, cognosse te arbitror57. La seconde sollicitait en vain l’aide de Cassius : Nostras enim res in actis perferri ad te certo scio ; tuas autem ignoramus58.

    17Quant aux échanges épistolaires nombreux et réguliers avec D. Iunius Brutus59, ils rapportent une seule allusion aux acta senatus : Ego autem, etsi quid scriberem non habebam (acta enim ad te mitti sciebam, inanem autem sermonem litterarum tibi iniucundam esse audiebam) breuitatem secutus sum te magistro60. L’urgence de la situation politico-militaire expliquait la brièveté de cette lettre : Antoine qui fuyait vers la Transalpine après son échec à Modène, était désormais, grâce au ralliement de Lépide, à la tête de treize légions face aux troupes républicaines de D. Iunius Brutus ; l’avenir de la cause républicaine dépendait du choix d’Octave d’apporter son soutien militaire au tyrannicide.

    Limites de diffusion des acta senatus

    18L’ensemble des attestations confirme que les acta senatus étaient un des outils de la communication politique dans les années 44-43, dans un moment particulièrement critique de la fin de la République ; ils avaient une valeur informative reconnue par les élites au pouvoir, malgré les délais d’acheminement des courriers : quatre à cinq jours entre Rome et la Cisalpine ; peut-être moins vers l’Afrique selon les vents ; deux à trois semaines pour la Gaule chevelue ; un mois, voire plus, en ce qui concernait la Méditerranée orientale61.

    19Cependant, le témoignage de la Correspondance cicéronienne biaise l’interprétation du fonctionnement des acta senatus : ces lettres émanaient d’un sénateur, consulaire, et étaient destinées à des membres de l’élite sénatoriale, voire à des personnalités de premier plan dont les choix politiques étaient décisifs62. Il s’avère délicat de considérer la publication des débats sénatoriaux décidée par César en 59 comme une tentative de démocratisation63 des institutions dans le cadre d’un programme popularis64. Les modes de diffusion des acta senatus laissent supposer que les citoyens devaient se trouver à Rome ou passer par des relais, et disposer de temps pour les consulter : or, des études récentes qui évaluent le nombre de citoyens présents lors des contiones, l’estiment seulement à 3 % du corps civique, les espaces publics ne pouvant accueillir que quelques milliers de personnes65 ; de plus, même si ces contiones ne réunissaient pas, en fonction des orateurs qui prenaient la parole, les mêmes citoyens, ceux qui présents étaient toujours considérés comme représentant l’ensemble du populus66. Ces 3 % correspondaient aux couches supérieures du populus Romanus et à la plebs contionalis67, et sans doute aux citoyens à même de s’informer également des procès-verbaux du Sénat. Reste la question de la portée à donner au verbe publicare68 : la publicatio des acta senatus était sans doute moins une mesure d’information qu’une des modalités des interactions entre les magistrats, le Sénat d’une part, et le peuple d’autre part69. Les acta senatus, tant dans leur conception que par les modalités de leur diffusion, peuvent se concevoir comme une illustration de la mainmise de la noblesse sénatoriale sur les affaires politiques, ce qui était conforme à la structure oligarchique du régime républicain.

    20Il n’existe pas de témoignage de la circulation des acta senatus après la mort de Cicéron – qui en reste le principal témoin – jusqu’à la fin des guerres civiles, ni pendant le principat d’Auguste ; ce qui n’exclut pas le fait que leur diffusion ait pu se poursuivre au rythme des réunions sénatoriales, du moins si elles se tenaient70, et ce jusqu’à l’interdiction par le prince de toute publication : Auctor et aliarum rerum fuit in quis : ne acta senatus publicarentur71. La date exacte de cette décision n’est pas connue, mais la remarque de Suétone conclut le rappel d’autres mesures destinées à rendre au Sénat son splendor, son “éclat” : entre 29 et 28 a.C., César Octavien se fit décerner le titre de princeps senatus, procéda à une lectio senatus qui écartait un certain nombre de sénateurs, et augmenta le nombre de patriciens ; à partir de 9 a.C., une nouvelle réglementation des séances sénatoriales est mise en place72. D’autre part, le passage de Suétone semble associer la suppression de la publicité des acta senatus à une double réforme de l’aerarium quand en 29 a.C. les questeurs perdirent la gestion du Trésor et qu’à partir de 11 a.C. les archives tenues par les tribuns de la plèbe furent jointes à celles des questeurs. Les initiatives de ces années qui suivirent la victoire militaire semblaient traduire l’intention de César Octavien de restaurer la République, au moins dans ses apparences73.

    21Ainsi, les procès-verbaux des séances du Sénat se transformèrent-ils en documents d’archives à l’accès limité. Un passage de l’Histoire romaine de Cassius Dion rappelait cette évolution :

    ἡ µὲν οὖν πολιτεία οὕτω τότε πρός τε τὸ βέλτιον καὶ πρὸς τὸ σωτηριωδέστερον µετεκοσµήθη καὶ γάρ που καὶ παντάπασιν ἀδύνατον ἦν δηµοκρατουµένους αὐτοὺς σωθῆναι. […] πρότερον µὲν γὰρ ἔς τε τὴν βουλὴν καὶ ἐς τὸν δῆµον πάντα, καὶ εἰ πόρρω που συµβαίη, ἐσεφέρετο· καὶ διὰ τοῦτο πάντες τε αὐτὰ ἐµάνθανον καὶ πολλοὶ συνέγραφον, κἀκ τούτου καὶ ἡ ἀλήθεια αὐτῶν, εἰ καὶ τὰ µάλιστα καὶ φόβῳ τινὰ καὶ χάριτι φιλίᾳ τε καὶ ἔχθρᾳ τισὶν ἐρρήθη, παρὰ γοῦν τοῖς ἄλλοις τοῖς τὰ αὐτὰ γράψασι τοῖς τε ὑποµνήµασι τοῖς δηµοσίοις τρόπον τινὰ εὑρίσκετο. ἐκ δὲ δὴ τοῦ χρόνου ἐκείνου τὰ µὲν πλείω κρύφα καὶ δι’ ἀπορρήτων γίγνεσθαι ἤρξατο, εἰ δέ πού τινα καὶ δηµοσιευθείη, ἀλλὰ ἀνεξέλεγκτά γε ὄντα ἀπιστεῖται· καὶ γὰρ λέγεσθαι καὶ πράττεσθαι πάντα πρὸς τὰ τῶν ἀεὶ κρατούντων τῶν τε παραδυναστευόντων σφίσι βουλήµατα ὑποπτεύεται.74

    22Abordant une problématique qui lui tenait à cœur sur cette πολιτεία qui “s’était ornée” et à la fois “s’était ordonnée autrement” (µετεκοσµήθη), l’historien déplorait qu’à partir du principat, la documentation politique fût cachée (κρύφα) et secrète (δι´ἀπορρήτων), en particulier en ce qui concernait les ὑποµνήµατα, terme utilisé par Cassius Dion dans d’autres passages pour traduire le latin acta et désigner soit les acta senatus, soit les acta populi (τὰ δηµόσια ὑποµνήµατα) qui restèrent publiés et pour lesquels il dénonçait également les interventions impériales.

    23Était-il pour autant question d’un retour aux anciennes traditions républicaines ? Dans la mesure où la connaissance des débats du Sénat était réservée désormais aux magistrats, sénateurs et au prince et que seuls étaient publiés les sénatus-consultes, cette décision était la confirmation, comme l’écrit M. Bonnefond-Coudry, d’une “organisation politique dans laquelle le Sénat n’a(vait) à faire connaître que ses décisions, et non la manière dont il les pren(ait)” comme il le faisait avant 59 a.C. Cependant, était entériné l’archivage des comptes rendus des débats qui se tenaient au Sénat, qui ne correspondait pas aux traditions républicaines antérieures : il transformait ce qui pouvait apparaître comme une des expressions de la libertas républicaine en un outil de surveillance des élites sénatoriales par le prince.

    24La diffusion des acta senatus apporte un témoignage concret sur l’une des formes de l’information politique entre 44 et 43 a.C. et confirme le rôle structurel encore dominant du Sénat et des milieux sénatoriaux pendant ces deux années de crise, en dépit de la montée des ambitions personnelles, et malgré le manque de consensus politique.

    25Les procès-verbaux des délibérations sénatoriales, dans la mesure où ils enregistraient par écrit des informations jusqu’alors ponctuelles et orales, ont été étudiés en termes d’archivage75 et envisagés comme participant du mouvement global de rationalisation des savoirs d’État76. L’intérêt est peut-être désormais de les penser sous l’angle de la communication politique et de se poser la question de leur réception et de ses limites, en fonction des conditions de leur “fabrication” et du statut de leurs émetteurs.

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    Notes de bas de page

    1Suet., Iul., 20.1 : “À son entrée en charge, César, le premier établit que fussent rassemblés et rendus publics les ‘Actes’, classés par jour, du Sénat et du peuple”. Les traductions des citations latines et grecques sont personnelles, sauf précision contraire.

    2Gascou 1984, 480-485 ; Gascou 1994, 11.

    3Mommsen 1891, 7, 198-209 ; Willems 1885, 2, 206-219 ; Bonnefond-Coudry [1989] 2020, 570-573.

    4Huebner 1855 ; Mommsen 1891, 7, 211-218 ; RE, I, 1, 1894, s.u. “Acta senatus”, 287-290 [Kubitschek] ; DE 1961 [1895], s.u. “Acta senatus”, 45-48 [de Ruggiero] ; Bonnefond-Coudry 1994, 65-102.

    5Millar 1998 ; Millar 2002 ; Hölkeskamp 2004 ; Hurlet 2012.

    6Steel & Van der Blom 2013 ; Rosillo López 2017 ; Rosillo López, dir. 2017 ; Hurlet & Montlahuc 2018 ; Hurlet 2019.

    7Pina Polo 2017, 81-106.

    8Par ordre chronologique : Cic., Fam., 10.1.2 (début septembre 44) ; 12.23.2 (9 octobre 44) ; 12.22.1 (après le 20 décembre 44) ; 10.28.3 (2 février 43) ; 12.28.3 (fin mars 43) ; 12.8.1 (ap. 8 juin 43) ; 13.9.1 (milieu juin 43) ; 11.25.1 (18 juin 43). Voir Garcià Riaza 2020, 281-283 ; Van der Blom 2022, 272 ; 275.

    9Après les ides de mars, Cicéron demeura dans ses propriétés. N’ayant pas réussi à partir en Grèce l’été suivant, il regagna le 31 août Rome où il prononça la première Philippique devant les sénateurs le 2 septembre. Il quitta Rome le 20 octobre pour Pouzzoles, puis y revint le 9 décembre après le départ d’Antoine : il assista à la réunion du Sénat du 20 décembre 44 (3ème Philippique) puis fut présent aux différentes séances sénatoriales de janvier à juillet 43.

    10Bernard 2013, 47-48 ; Bats (à paraître) recense une quarantaine de tabellarii parmi les esclaves et affranchis à onomastique grecque.

    11Cic., Phil., 2.77 ; Fam., 12.12.1 ; 14.22 ; 15.17.1. Les distances parcourues pouvaient atteindre dans les meilleures conditions jusqu’à 60-75 km par jour : Casson 1974, 188 ; Sheldon 2009, 128-130.

    12Sur les statores des magistrats : Cic., Fam., 10.21 : RE, III A, 2, 1929, s.u. “statores”, 2228-2229 [Kübler] ; à propos du personnel des publicains : Cic., Att., 5.15.3. Voir Sheldon 2009, 128.

    13Cic., Fam., 12.23.2.

    14Hartmann 2020, 45 ; Bats (à paraître). Une vingtaine d’esclaves et affranchis étaient en lien direct avec la lecture ou l’écriture : au service d’Atticus, Musca dirigeait sa bibliothèque ; son librarius, M. Pomponius Dionysius, devint celui de son ami Cicéron qui disposait entre autres de Tiron, son fidèle affranchi, responsable de la publication de ses écrits.

    15M. Caelius Rufus (RE, III, 1899, s.u. “Caelius”, 1266-1272, 35 [Münzer] ; MRR, 2, 248) était candidat à l’édilité en 51 et édile en 50, quand il se chargea de l’envoi des acta au proconsul de Cilicie : Rosillo López 2017, 9-12, ne cite pas les acta senatus au nombre des sources sur lesquelles se fondait l’opinion publique selon M. Caelius Rufus.

    16Cic., Fam., 8.1.1 (M. Caelius Rufus – 24 mai 51). Voir Shackleton-Bailey 1977, 1, 382.

    17Baldwin 1979, 189-203 ; Bats 1994, 39-40 ; Moatti 1997, 382 n. 8.

    18Le verbe perscribere (TLL, 10, 1, 2001, s.u. “perscribo”, 1671.1-1672.13 [Foucher]) est attesté pour l’enregistrement de sénatus-consultes (Cic., Verr., 4.148), de procès-verbaux judiciaires (Cic., Verr., 4.143) et les copies de discours (Cic., Fam., 5.4.2).

    19Cic., Fam., 8.2.8.

    20D.C. 44.11.3. Voir Moatti 2003, 32.

    21Suet., Tib., 5.2 : cette naissance fut également consignée dans les Fastes.

    22Cic., Fam., 10.28.3 (fév. 43) : “Si je n’étais pas assuré qu’on te rapporte les ‘Événements de la Ville’ et les ‘Actes’ dans leur totalité, […]”.

    23Cic., Sull., 14.41-42. Les sénateurs de cette commission de rédaction étaient C. Cosconius (RE, IV, 1901, s.u. “Cosconius”, 1668, 4 [Münzer] ; MRR, 2, 166), M. Valerius Messala Rufus (RE, VIII A, 1, 1955, s.u. “Valerius”, 166-169, 268 [Hanslik] ; MRR, 2, 173 ; 227-228), P. Nigidius Figulus (RE, XVII, 1, 1936, s.u. “Nigidius Figulus”, 200-212 [Kroll]) ; MRR, 2, 190 ; 194) et Appius Claudius Pulcher (RE, III, 1899, s.u. “Claudius”, 2849-2853, 297 [Münzer] ; MRR, 2, 200, 221) : Plut., Cat. Min., 23. Voir Bats 1994, 24-26 ; Bonnefond-Coudry 1994, 81 ; Moatti 1997, 207.

    24D.C. 44.16 : ἐδέδοκτο δὲ αὐτοῖς ἐν τῷ συνεδρίῳ τὴν ἐπιχείρησιν ποιήσασθαι […] καὶ σφίσιν εὐπορίαν ἀσφαλῆ ξιφῶν ἐν κιβωτίοις ἀντὶ γραµµατείων τινῶν ἐσκοµισθέντων ὑπάρξειν : “Ils avaient décidé de l’attaquer en plein Sénat […] et d’avoir à leur disposition en toute sécurité des poignards en les mettant à la place des tablettes dans leurs étuis”.

    25Cic., Phil., 8.10.4 (trad. Wuilleumier, P., éd. CUF, Paris, 2002) : nos quid non legato M. Antoni Cotylae concessimus ? […] Huic aditus in senatum fuit, hic hesterno die sententias uestras in codicillos et omnia uerba referebat : “Et nous, que n’avons-nous accordé au délégué de Marc Antoine, Cotyla ? Cet homme […] a reçu accès au Sénat, il notait ici sur ses tablettes, dans la journée d’hier, vos opinions et toutes vos paroles”. Voir Ferriès 2007, 91 ; 94 ; 141 ; Garcià Riaza 2020, 292.

    L. Varius Cotyla, aedilicius (RE, VIII A, 1, 1955, s.u. “Varius”, 386-387, 6 [Gundel] ; Broughton, MRR, 2, 323 ; Ferriès 2007, 484 n° 139) était un fidèle partisan d’Antoine qu’il défendit au Sénat le 20 décembre 44 (Cic., Phil., 5.5), et son délégué à Rome puisqu’il faisait le siège de Modène (Phil., 8.24 ; D.C. 46.30.1‑2 ; Zonar. 10.14).

    Les codicilli, diminutif de codex dont le sens premier est “tablette à écrire”, désignaient des tablettes de bois, recouvertes de cire (tabellae ceratae), reliées entre elles qui étaient d’un usage quotidien et qui pouvaient être tenues dans la main (pugillares) : RE, IV, 1901, s.u. “Codicilli”, 174-184, [Seeck] ; TLL, 3, 2, 1910, s.u. “Codicillus”, 1408.1-1410.10 [Spelthahn] ; Ammirati 2013, 10-11 ; Hartmann 2020, 40-41.

    26L’auteur de toute proposition votée par l’assemblée sénatoriale constituait une commission de rédaction avec les sénateurs qui le soutenaient et dont les noms étaient rapportés dans la praescriptio du s.-c. Les tabulae publicae étaient des panneaux de bois de plus de 50 cm de long, qui permettaient de retranscrire les notes de 14 tabellae ceratae et qui disposaient d’assez d’espace sur le recto et le verso pour une copie intégrale d’un sénatus-consulte : Hartmann 2020, 41-44. L’enregistrement et le dépôt à l’aerarium Saturni n’empêchaient pas les falsifications : Cic., Dom., 19.50 ; Nat. D., 3.74 ; Fam., 9.15.4 ; Plut., Cat. min., 17.3-4. Voir Willems 1885, 2, 219-221 ; Mommsen 1891, 7, 209 ; Bonnefond-Coudry [1989] 2020, 570-573 ; id. 1994, 71-74 ; Moreau 1994, 143-144 ; Moatti 1997, 104.

    27Lors de sa lutte contre la conjuration de Catilina, Cicéron rappelait la nette distinction entre les archives officielles et ses propres archives dont il assurait la surveillance : Cic., Sull., 15.42 ; Arch., 4-5 ; D.H., Ant. Rom., 1.74.5. Voir Bonnefond-Coudry 1994, 94 ; Moreau 1994, 144-145 ; Moatti 2003, 40 ; id. 2007, 219, n. 10 ; Russell 2016, 25-30.

    28Cic., Fam., 10.13.1 (11 mai 43).

    29Bonnefond-Coudry 1994, 77-83, à partir de sources d’époque impériale, se fonde sur des différences de pagination et d’archivage, pour établir la distinction entre les registres de sénatus-consultes tenus par les questeurs à l’aerarium et les acta senatus qui rapportaient au style direct les délibérations des sénateurs.

    30L’interdiction d’interrompre tout intervenant qui prenait la parole au Sénat pouvait être transformée en manœuvre d’obstruction politique. Caton en usa face à César en 60 a.C. : Plut., Caes., 13.2 ; Cat. Min., 31.5 ; App., BC., 2.8.

    31Cic., Sull., 15.42. En ce qui concerne le transfert d’un document officiel d’un support (tabulae ceratae, codicilli) à un autre (par exemple les libri constitués de volumina de papyrus pour faciliter l’acheminement) : Moreau 1994, 130-133 (à propos des registres censoriaux et de la Table d’Héraclée).

    32Au service des magistrats, les scribes rédigeaient, contrôlaient et authentifiaient les actes administratifs, actes d’écriture et de comptabilité : citoyens romains, organisés en décuries, ils prêtaient serment : Fest., 446-448 L ; Cic., Phil., 2.7.16 ; Pis., 25.61 ; Plut., Cat. min., 16.3 ; 17.1. Voir Mommsen, DP, 1, 397-407 ; RE, II A, 1, 1921, s.u. “scriba”, 848-857 [Kornemann] ; Bonnefond-Coudry 1994, 71 ; Moreau 1994, 131 ; Purcell 2001, 639-650 ; David 2019, 58 ; 61-65 ; 224-233 ; Hartmann 2020, 44-60.

    33Cic., Sull., 15.42 : selon Hartmann 2020, 45, ces librarii faisaient partie des apparitores attachés aux magistrats.

    34Morstein-Marx 2004, 249-250.

    35Les copistes (librarii) avaient pour fonction de copier les documents établis par les scribes : Cic., leg. agr., 2.5.13. Voir Mommsen, DP 1, 397, n.1 ; RE, XIII, 1, 1926, s.u. “librarius”, 137-139 [Bilabel] ; DE, 4, [1895] 1946, s.u. “librarius”, 955-959 [Rossi] ; TLL, 7, 2, 1979, s.u. “librarius”, 1347.3-1348.21 [Collassero] ; David 2019, 58-59 ; 65 ; Hartmann 2020, 40-44.

    36À la différence des textes gravés sur des tabulae de pierre ou sur bronze destinées à durer, l’affichage sur les tabulae de bois concernait des informations temporaires, entre autres les rogationes proposées aux assemblées, les édits des magistrats dont l’édit annuel du préteur, des listes (celles des jurés, des scribes, etc.), les tables des pontifes : RE, I, 1, 1893, s.u. “album”, 1332-1336 [Schmidt] ; Corbier 1987, 34‑43 ; Moatti 2003, 33 ; Corbier 2006, 54-65 ; Moatti 2007, 223-224.

    37Plut., Cic., 43.5 ; Cic., Phil., 5.19 ; Fam., 12.20. P. Cornelius Dolabella (RE, IV, 1, 1900, s.u. “Cornelius”, 1300‑1308, 141 [Münzer] ; MRR 2, 317 ; 344) était l’ex-gendre de Cicéron.

    38Cic., Fam., 10.1.2 (début ou mi-septembre 44) : “Puisque je croyais qu’on t’envoyait les ‘Actes’ dans leur totalité, je n’avais aucune raison de t’écrire à propos de chaque événement”.

    39L. Munatius Plancus (RE, XVI, 1, 1933, s.u. “Munatius”, 545-551, 30 [Hanslik] ; MRR 2, 329 ; 347-348 ; Ferriès 2007, 438-444, n° 100 ; Van der Blom 2022, 273) nommé préfet de Rome par César en 45, était proconsul de Gaule chevelue en 43, et consul désigné pour l’année 42. Présent à Rome en mars 44, il prononça le 17 mars après Antoine et Cicéron un discours de conciliation et se trouva confirmé dans sa future charge.

    40Cic., Fam., 12.2.1 (entre le 19 septembre et début octobre). 

    41Q. Cornificius (RE, IV, 1901, s.u. “Cornificius”, 1624-1630, 8 [Münzer] ; MRR 2, 327 ; 345 ; 361 ; Van der Blom 2022, 273) nommé préteur en 44, se vit attribuer par le Sénat le gouvernement de la province d’Afrique qu’il refusa de rendre quand, à l’instigation d’Antoine, le 28 novembre 44, Gaius Calvisius Sabinus y fut affecté par le Sénat, décision qui fut annulée le 20 décembre 44 : Ferriès 2007, 136.

    42Cic., Fam., 12.22.1 (peu après le 2 octobre 44) : “Je crois pour ma part que d’autres te retranscrivent les ‘Actes’ ; il me revient de t’informer sur les événements à venir qu’il est assurément difficile actuellement de conjecturer”.

    43Cic., Fam., 12.23.2 (vers le 9-10 octobre 44) : “Je sais fort bien que l’on t’envoie les ‘Actes’ des ‘Événements de la Ville’. Si telle n’était pas mon opinion, je les retranscrirais moi-même, et avant tout, l’attaque d’Octave”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 485 sur la prétendue tentative d’assassinat d’Antoine par Octave.

    44Cic., Phil., 2.15 ; 3.31 ; 5.19 ; 20 ; Fam., 10.2.

    45Suet., Aug., 10.3 ; App., BC., 3.39.

    46Antoine commandait quatre légions, la légion de Mars et les trois légions de Macédoine : Ferriès 2007, 119.

    47Soit deux légions et une légion supplémentaire recrutée localement (App., BC., 3.49). Les forces républicaines étaient aussi constituées, à partir de fin octobre et début novembre, des vétérans de César recrutés par Octave en Campanie (Cic., Att., 16.8.1 ; Vell. Pat. 2.61.1 ; Nic. Dam., Fr., 130, 112) que renforcèrent après leur désertion à la fin du mois de novembre 44, la légion de Mars, puis la legio Quarta.

    48Cic., Fam., 10.8.6 (mars 43) ; Vell. Pat. 2.63-64. Voir Ferriès 2007, 133-136.

    49Cic., Fam., 10.2.

    50Ferriès 2007, 119 ; 127-129 ; 133-136. M. Aemilius Lepidus (RE, I, 1, 1893, s.u. “Aemilius”, 556-561, 73 [Rohden] ; MRR 2, 326 ; 341), maître de cavalerie et co-consul avec César en 46, grand pontife après les ides de mars, était proconsul d’Hispanie citérieure et de Gaule Narbonnaise .

    C. Asinius Pollio (RE, II, 2, 1896, s.u. “Asinius”, 1589-1602, 25 [Groebe] ; MRR, 2, 343 ; Ferriès 2007, 335-341, n° 17) préteur en 45, était propréteur d’Hispanie ultérieure en 44, où il fut vaincu par Sextus Pompée.

    51Cic., Fam., 12.28.2 : “une alliance pour sauvegarder la République”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 515 : la lettre est datée entre le 20 mars et le 20 avril, une fois la nouvelle de la bataille de Forum Gallorum parvenue à Rome (App., BC., 3.70 ; 74).

    52Cic., Fam., 12.28.3 (vers le 25 mars 43) : “De ce qui se passe dans la République, je crois que tu es informé par les lettres de ceux qui doivent te retranscrire les ‘Actes’”. Voir Deniaux 1993, 114-115.

    53RE, III, 1, 1897, s.u. “Caecilius”, 1200, 45 [Münzer] ;  MRR, 2, 338 ; Ferriès 2007, 85-86.

    54C. Trebonius (RE, VI A, 2, 1937, s.u. “Trebonius”, 2274-2282, 6 [Münzer], MRR, 2, 349) retint Marc Antoine lors de la conjuration des ides de mars, et devint, en 43, proconsul de la province d’Asie où il fut tué par Dolabella.

    55Cic., Fam., 10.28.3 (2 février 43 ou peu après) : “Si je ne croyais qu’on te rapporte les ‘Événements de la Ville’ et les ‘Actes’ dans leur totalité, je me chargerai de te les transcrire par écrit, malgré mes grandes occupations. Mais tu auras toutes ces informations par d’autres, de moi tu en auras peu, et de façon synthétique…”.

    56C. Cassius Longinus, préteur en 44, participa à l’assassinat de César et gagna au printemps 44 la Syrie que le Sénat lui attribua ultérieurement comme province : RE, III, 2, 1899, s.u. “Cassius”, 1727-1760, 59 [Fröhlich] ; MRR, 2, 343-344 ; Van der Blom 2022, 273.

    57Cic., Fam., 12.8.1 (peu ap. 9 juin 43) : “Je crois que tu es déjà informé du crime de ton ami Lépide, de sa légèreté et de son inconstance extrêmes grâce aux ‘Actes’ qui, j’en suis assuré, te sont envoyés”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 560 : la nouvelle de la défection de Lépide parvint à Rome le 8 ou 9 juin (App., BC., 3.84-85).

    58Cic., Fam., 12.9.1 (milieu ou fin juin 43 a.C.) : “Je sais parfaitement que notre situation t’est rapportée dans les ‘Actes’, mais nous ignorons la tienne”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 564 : la lettre fut envoyée avant le 30 juin, date à laquelle Lépide fut déclaré ennemi public.

    59Decimus Iunius Brutus Albinus (RE, X, 1, 1918, 973-1020, 53 [Gelzer] ; MRR, 2, 301 ; 307 ; 347 ; Van der Blom 2022, 276-291) préteur en 45 et instigateur de l’assassinat de César, était proconsul de Gaule cisalpine en 44 où il se trouva assiégé à Modène par Antoine jusqu’au 21 avril 43.

    60Cic., Fam., 11.25.1 (18 juin 43 a.C.) : “Bien que pour ma part, je n’aie rien de précis à t’écrire (je sais, en effet, qu’on t’envoie les ‘Actes’ ; et j’ai entendu dire que tu n’appréciais pas une correspondance futile), je vais adopter le ton bref que tu recommandes”.

    61Bernard 2013, 51-53 ; Casson 1974, 150-154 (par mer) ; 188-190 (par voie de terre).

    62Van der Blom 2022, 271-274.

    63Meier 1989, 206 ; Bonnefond-Coudry 1994, 84-85 ; Moatti 1997, 388, n. 88 ; Yakobson 2010, 282 ; 300-302. Même avec la progression de l’écrit qui concurrença la communication orale au ier siècle (Moatti 1997, 102-105), l’analphabétisme n’empêchait cependant pas l’exercice de la citoyenneté : Morstein-Marx 2004, 70.

    64RE, suppl. X, 1965, s.u. “Populares”, 549-615 [Meier] ; Yakobson 2010, 285-287 ; Clemente 2018, 103-107.

    65Morstein-Marx 2004, 42-60 ; Jehne 2006, 224-225 ; Yakobson, 2010, 283 ; Courrier 2014, 437-440 ; Russell 2016 ; Rosillo López 2017a ; Knopf 2018 ; Russell 2019.

    66Pina Polo 1996, 128 ; Mouritsen 2001, 38-62 ; Yakobson 2010, 284 ; Russell 2016, 46 ; Hölkeskamp 2022, 47-51.

    67Meier 1966, 114-115 ; Mouritsen 2001, 40-41 ; Morstein-Marx 2004, 128-132 ; Jehne 2006, 228-234 ; Clemente 2018, 113-119 ; Knopf 2018, 251-255.

    68Publicare concernait, dans son premier sens, les adjudications faites au nom de l’État : TLL, 10, 2, 2008, s.u. “Publico”, 2443, 42-2448, 3 [Schrickx] ; TLL, 10, 2, 2008, s.u. “Publicatio”, 2442, 55-2443, 34 [Clementi] ; RE, 23, 2, 1972, s.u. “Publicatio bonorum”, 2484-2498 [Fuhrmann]. En ce qui concerne les autres affichages, voir n. 35.

    69Selon Hurlet 2019, 33, il s’agissait “non pas d’informer le public romain de manière aussi large que possible, en tout cas pas prioritairement, mais de permettre à l’aristocratie d’être visible” : Hölkeskamp 2008, 13-24 ; 73-86 ; Hölkeskamp 2022, 44-45.

    70Pina Polo 2020, 65-66.

    71Suet., Aug., 36.1 (trad. Ailloud, H., éd. CUF, Paris, 1967) : “Entre autres mesures dont il fut encore l’auteur, il défendit de publier les ‘Actes du Sénat’”.

    72RGDA, 8, 1-2 ; Suet., Aug., 35, 1 ; D.C. 52, 42, 1-4 ; 53,1-3 : Le Doze 2015, 88-89. 

    73Hurlet & Mineo 2009, 10-19 : l’instauration du nouveau régime dans le cadre des institutions républicaines ne fait aucun doute, même si la formulation res publica restituta pour ce changement politique n’est guère attestée dans les sources. Voir aussi Ferrary 2003, 421 ; Le Doze 2015, 81-82 ; 93 ; Pina Polo 2020, 49-52.

    74D.C. 53.19.1-3 (trad. Bellissime, M. et Hurlet, F., Paris, 2018) : “Donc à cette époque, on changea de régime, pour le bien et le salut de tous car le régime républicain était totalement incapable de préserver les Romains. […] Auparavant, en effet, tous les événements étaient rapportés au Sénat et au peuple, même s’ils se déroulaient loin de Rome, ce qui fait que tous les hommes en avaient connaissance et que beaucoup en écrivaient l’histoire ; il était donc possible d’une manière ou d’une autre, de trouver ce qui s’était vraiment passé, si ce n’est chez ceux dont le récit était vraiment trop influencé par la crainte, la reconnaissance, l’amitié ou la haine, du moins chez les autres auteurs qui ont raconté les mêmes faits et dans les registres publics. Mais à compter de ce moment, on commença à agir en cachette et en secret la plupart du temps et ce qui a été rendu public est considéré avec méfiance parce que c’est, pour ainsi dire, invérifiable : tous les discours et tous les actes sont soupçonnés de s’être pliés aux volontés des souverains successifs et de leurs ministres”. Voir Moatti 2003, 30 et 37.

    75Bonnefond-Coudry 1994, 94 ; Moatti 1997, 123 ; Moatti 2003 ; Moatti 2007.

    76Moatti 1997, 102-105.

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    • Maria Bats
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    1Suet., Iul., 20.1 : “À son entrée en charge, César, le premier établit que fussent rassemblés et rendus publics les ‘Actes’, classés par jour, du Sénat et du peuple”. Les traductions des citations latines et grecques sont personnelles, sauf précision contraire.

    2Gascou 1984, 480-485 ; Gascou 1994, 11.

    3Mommsen 1891, 7, 198-209 ; Willems 1885, 2, 206-219 ; Bonnefond-Coudry [1989] 2020, 570-573.

    4Huebner 1855 ; Mommsen 1891, 7, 211-218 ; RE, I, 1, 1894, s.u. “Acta senatus”, 287-290 [Kubitschek] ; DE 1961 [1895], s.u. “Acta senatus”, 45-48 [de Ruggiero] ; Bonnefond-Coudry 1994, 65-102.

    5Millar 1998 ; Millar 2002 ; Hölkeskamp 2004 ; Hurlet 2012.

    6Steel & Van der Blom 2013 ; Rosillo López 2017 ; Rosillo López, dir. 2017 ; Hurlet & Montlahuc 2018 ; Hurlet 2019.

    7Pina Polo 2017, 81-106.

    8Par ordre chronologique : Cic., Fam., 10.1.2 (début septembre 44) ; 12.23.2 (9 octobre 44) ; 12.22.1 (après le 20 décembre 44) ; 10.28.3 (2 février 43) ; 12.28.3 (fin mars 43) ; 12.8.1 (ap. 8 juin 43) ; 13.9.1 (milieu juin 43) ; 11.25.1 (18 juin 43). Voir Garcià Riaza 2020, 281-283 ; Van der Blom 2022, 272 ; 275.

    9Après les ides de mars, Cicéron demeura dans ses propriétés. N’ayant pas réussi à partir en Grèce l’été suivant, il regagna le 31 août Rome où il prononça la première Philippique devant les sénateurs le 2 septembre. Il quitta Rome le 20 octobre pour Pouzzoles, puis y revint le 9 décembre après le départ d’Antoine : il assista à la réunion du Sénat du 20 décembre 44 (3ème Philippique) puis fut présent aux différentes séances sénatoriales de janvier à juillet 43.

    10Bernard 2013, 47-48 ; Bats (à paraître) recense une quarantaine de tabellarii parmi les esclaves et affranchis à onomastique grecque.

    11Cic., Phil., 2.77 ; Fam., 12.12.1 ; 14.22 ; 15.17.1. Les distances parcourues pouvaient atteindre dans les meilleures conditions jusqu’à 60-75 km par jour : Casson 1974, 188 ; Sheldon 2009, 128-130.

    12Sur les statores des magistrats : Cic., Fam., 10.21 : RE, III A, 2, 1929, s.u. “statores”, 2228-2229 [Kübler] ; à propos du personnel des publicains : Cic., Att., 5.15.3. Voir Sheldon 2009, 128.

    13Cic., Fam., 12.23.2.

    14Hartmann 2020, 45 ; Bats (à paraître). Une vingtaine d’esclaves et affranchis étaient en lien direct avec la lecture ou l’écriture : au service d’Atticus, Musca dirigeait sa bibliothèque ; son librarius, M. Pomponius Dionysius, devint celui de son ami Cicéron qui disposait entre autres de Tiron, son fidèle affranchi, responsable de la publication de ses écrits.

    15M. Caelius Rufus (RE, III, 1899, s.u. “Caelius”, 1266-1272, 35 [Münzer] ; MRR, 2, 248) était candidat à l’édilité en 51 et édile en 50, quand il se chargea de l’envoi des acta au proconsul de Cilicie : Rosillo López 2017, 9-12, ne cite pas les acta senatus au nombre des sources sur lesquelles se fondait l’opinion publique selon M. Caelius Rufus.

    16Cic., Fam., 8.1.1 (M. Caelius Rufus – 24 mai 51). Voir Shackleton-Bailey 1977, 1, 382.

    17Baldwin 1979, 189-203 ; Bats 1994, 39-40 ; Moatti 1997, 382 n. 8.

    18Le verbe perscribere (TLL, 10, 1, 2001, s.u. “perscribo”, 1671.1-1672.13 [Foucher]) est attesté pour l’enregistrement de sénatus-consultes (Cic., Verr., 4.148), de procès-verbaux judiciaires (Cic., Verr., 4.143) et les copies de discours (Cic., Fam., 5.4.2).

    19Cic., Fam., 8.2.8.

    20D.C. 44.11.3. Voir Moatti 2003, 32.

    21Suet., Tib., 5.2 : cette naissance fut également consignée dans les Fastes.

    22Cic., Fam., 10.28.3 (fév. 43) : “Si je n’étais pas assuré qu’on te rapporte les ‘Événements de la Ville’ et les ‘Actes’ dans leur totalité, […]”.

    23Cic., Sull., 14.41-42. Les sénateurs de cette commission de rédaction étaient C. Cosconius (RE, IV, 1901, s.u. “Cosconius”, 1668, 4 [Münzer] ; MRR, 2, 166), M. Valerius Messala Rufus (RE, VIII A, 1, 1955, s.u. “Valerius”, 166-169, 268 [Hanslik] ; MRR, 2, 173 ; 227-228), P. Nigidius Figulus (RE, XVII, 1, 1936, s.u. “Nigidius Figulus”, 200-212 [Kroll]) ; MRR, 2, 190 ; 194) et Appius Claudius Pulcher (RE, III, 1899, s.u. “Claudius”, 2849-2853, 297 [Münzer] ; MRR, 2, 200, 221) : Plut., Cat. Min., 23. Voir Bats 1994, 24-26 ; Bonnefond-Coudry 1994, 81 ; Moatti 1997, 207.

    24D.C. 44.16 : ἐδέδοκτο δὲ αὐτοῖς ἐν τῷ συνεδρίῳ τὴν ἐπιχείρησιν ποιήσασθαι […] καὶ σφίσιν εὐπορίαν ἀσφαλῆ ξιφῶν ἐν κιβωτίοις ἀντὶ γραµµατείων τινῶν ἐσκοµισθέντων ὑπάρξειν : “Ils avaient décidé de l’attaquer en plein Sénat […] et d’avoir à leur disposition en toute sécurité des poignards en les mettant à la place des tablettes dans leurs étuis”.

    25Cic., Phil., 8.10.4 (trad. Wuilleumier, P., éd. CUF, Paris, 2002) : nos quid non legato M. Antoni Cotylae concessimus ? […] Huic aditus in senatum fuit, hic hesterno die sententias uestras in codicillos et omnia uerba referebat : “Et nous, que n’avons-nous accordé au délégué de Marc Antoine, Cotyla ? Cet homme […] a reçu accès au Sénat, il notait ici sur ses tablettes, dans la journée d’hier, vos opinions et toutes vos paroles”. Voir Ferriès 2007, 91 ; 94 ; 141 ; Garcià Riaza 2020, 292.

    L. Varius Cotyla, aedilicius (RE, VIII A, 1, 1955, s.u. “Varius”, 386-387, 6 [Gundel] ; Broughton, MRR, 2, 323 ; Ferriès 2007, 484 n° 139) était un fidèle partisan d’Antoine qu’il défendit au Sénat le 20 décembre 44 (Cic., Phil., 5.5), et son délégué à Rome puisqu’il faisait le siège de Modène (Phil., 8.24 ; D.C. 46.30.1‑2 ; Zonar. 10.14).

    Les codicilli, diminutif de codex dont le sens premier est “tablette à écrire”, désignaient des tablettes de bois, recouvertes de cire (tabellae ceratae), reliées entre elles qui étaient d’un usage quotidien et qui pouvaient être tenues dans la main (pugillares) : RE, IV, 1901, s.u. “Codicilli”, 174-184, [Seeck] ; TLL, 3, 2, 1910, s.u. “Codicillus”, 1408.1-1410.10 [Spelthahn] ; Ammirati 2013, 10-11 ; Hartmann 2020, 40-41.

    26L’auteur de toute proposition votée par l’assemblée sénatoriale constituait une commission de rédaction avec les sénateurs qui le soutenaient et dont les noms étaient rapportés dans la praescriptio du s.-c. Les tabulae publicae étaient des panneaux de bois de plus de 50 cm de long, qui permettaient de retranscrire les notes de 14 tabellae ceratae et qui disposaient d’assez d’espace sur le recto et le verso pour une copie intégrale d’un sénatus-consulte : Hartmann 2020, 41-44. L’enregistrement et le dépôt à l’aerarium Saturni n’empêchaient pas les falsifications : Cic., Dom., 19.50 ; Nat. D., 3.74 ; Fam., 9.15.4 ; Plut., Cat. min., 17.3-4. Voir Willems 1885, 2, 219-221 ; Mommsen 1891, 7, 209 ; Bonnefond-Coudry [1989] 2020, 570-573 ; id. 1994, 71-74 ; Moreau 1994, 143-144 ; Moatti 1997, 104.

    27Lors de sa lutte contre la conjuration de Catilina, Cicéron rappelait la nette distinction entre les archives officielles et ses propres archives dont il assurait la surveillance : Cic., Sull., 15.42 ; Arch., 4-5 ; D.H., Ant. Rom., 1.74.5. Voir Bonnefond-Coudry 1994, 94 ; Moreau 1994, 144-145 ; Moatti 2003, 40 ; id. 2007, 219, n. 10 ; Russell 2016, 25-30.

    28Cic., Fam., 10.13.1 (11 mai 43).

    29Bonnefond-Coudry 1994, 77-83, à partir de sources d’époque impériale, se fonde sur des différences de pagination et d’archivage, pour établir la distinction entre les registres de sénatus-consultes tenus par les questeurs à l’aerarium et les acta senatus qui rapportaient au style direct les délibérations des sénateurs.

    30L’interdiction d’interrompre tout intervenant qui prenait la parole au Sénat pouvait être transformée en manœuvre d’obstruction politique. Caton en usa face à César en 60 a.C. : Plut., Caes., 13.2 ; Cat. Min., 31.5 ; App., BC., 2.8.

    31Cic., Sull., 15.42. En ce qui concerne le transfert d’un document officiel d’un support (tabulae ceratae, codicilli) à un autre (par exemple les libri constitués de volumina de papyrus pour faciliter l’acheminement) : Moreau 1994, 130-133 (à propos des registres censoriaux et de la Table d’Héraclée).

    32Au service des magistrats, les scribes rédigeaient, contrôlaient et authentifiaient les actes administratifs, actes d’écriture et de comptabilité : citoyens romains, organisés en décuries, ils prêtaient serment : Fest., 446-448 L ; Cic., Phil., 2.7.16 ; Pis., 25.61 ; Plut., Cat. min., 16.3 ; 17.1. Voir Mommsen, DP, 1, 397-407 ; RE, II A, 1, 1921, s.u. “scriba”, 848-857 [Kornemann] ; Bonnefond-Coudry 1994, 71 ; Moreau 1994, 131 ; Purcell 2001, 639-650 ; David 2019, 58 ; 61-65 ; 224-233 ; Hartmann 2020, 44-60.

    33Cic., Sull., 15.42 : selon Hartmann 2020, 45, ces librarii faisaient partie des apparitores attachés aux magistrats.

    34Morstein-Marx 2004, 249-250.

    35Les copistes (librarii) avaient pour fonction de copier les documents établis par les scribes : Cic., leg. agr., 2.5.13. Voir Mommsen, DP 1, 397, n.1 ; RE, XIII, 1, 1926, s.u. “librarius”, 137-139 [Bilabel] ; DE, 4, [1895] 1946, s.u. “librarius”, 955-959 [Rossi] ; TLL, 7, 2, 1979, s.u. “librarius”, 1347.3-1348.21 [Collassero] ; David 2019, 58-59 ; 65 ; Hartmann 2020, 40-44.

    36À la différence des textes gravés sur des tabulae de pierre ou sur bronze destinées à durer, l’affichage sur les tabulae de bois concernait des informations temporaires, entre autres les rogationes proposées aux assemblées, les édits des magistrats dont l’édit annuel du préteur, des listes (celles des jurés, des scribes, etc.), les tables des pontifes : RE, I, 1, 1893, s.u. “album”, 1332-1336 [Schmidt] ; Corbier 1987, 34‑43 ; Moatti 2003, 33 ; Corbier 2006, 54-65 ; Moatti 2007, 223-224.

    37Plut., Cic., 43.5 ; Cic., Phil., 5.19 ; Fam., 12.20. P. Cornelius Dolabella (RE, IV, 1, 1900, s.u. “Cornelius”, 1300‑1308, 141 [Münzer] ; MRR 2, 317 ; 344) était l’ex-gendre de Cicéron.

    38Cic., Fam., 10.1.2 (début ou mi-septembre 44) : “Puisque je croyais qu’on t’envoyait les ‘Actes’ dans leur totalité, je n’avais aucune raison de t’écrire à propos de chaque événement”.

    39L. Munatius Plancus (RE, XVI, 1, 1933, s.u. “Munatius”, 545-551, 30 [Hanslik] ; MRR 2, 329 ; 347-348 ; Ferriès 2007, 438-444, n° 100 ; Van der Blom 2022, 273) nommé préfet de Rome par César en 45, était proconsul de Gaule chevelue en 43, et consul désigné pour l’année 42. Présent à Rome en mars 44, il prononça le 17 mars après Antoine et Cicéron un discours de conciliation et se trouva confirmé dans sa future charge.

    40Cic., Fam., 12.2.1 (entre le 19 septembre et début octobre). 

    41Q. Cornificius (RE, IV, 1901, s.u. “Cornificius”, 1624-1630, 8 [Münzer] ; MRR 2, 327 ; 345 ; 361 ; Van der Blom 2022, 273) nommé préteur en 44, se vit attribuer par le Sénat le gouvernement de la province d’Afrique qu’il refusa de rendre quand, à l’instigation d’Antoine, le 28 novembre 44, Gaius Calvisius Sabinus y fut affecté par le Sénat, décision qui fut annulée le 20 décembre 44 : Ferriès 2007, 136.

    42Cic., Fam., 12.22.1 (peu après le 2 octobre 44) : “Je crois pour ma part que d’autres te retranscrivent les ‘Actes’ ; il me revient de t’informer sur les événements à venir qu’il est assurément difficile actuellement de conjecturer”.

    43Cic., Fam., 12.23.2 (vers le 9-10 octobre 44) : “Je sais fort bien que l’on t’envoie les ‘Actes’ des ‘Événements de la Ville’. Si telle n’était pas mon opinion, je les retranscrirais moi-même, et avant tout, l’attaque d’Octave”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 485 sur la prétendue tentative d’assassinat d’Antoine par Octave.

    44Cic., Phil., 2.15 ; 3.31 ; 5.19 ; 20 ; Fam., 10.2.

    45Suet., Aug., 10.3 ; App., BC., 3.39.

    46Antoine commandait quatre légions, la légion de Mars et les trois légions de Macédoine : Ferriès 2007, 119.

    47Soit deux légions et une légion supplémentaire recrutée localement (App., BC., 3.49). Les forces républicaines étaient aussi constituées, à partir de fin octobre et début novembre, des vétérans de César recrutés par Octave en Campanie (Cic., Att., 16.8.1 ; Vell. Pat. 2.61.1 ; Nic. Dam., Fr., 130, 112) que renforcèrent après leur désertion à la fin du mois de novembre 44, la légion de Mars, puis la legio Quarta.

    48Cic., Fam., 10.8.6 (mars 43) ; Vell. Pat. 2.63-64. Voir Ferriès 2007, 133-136.

    49Cic., Fam., 10.2.

    50Ferriès 2007, 119 ; 127-129 ; 133-136. M. Aemilius Lepidus (RE, I, 1, 1893, s.u. “Aemilius”, 556-561, 73 [Rohden] ; MRR 2, 326 ; 341), maître de cavalerie et co-consul avec César en 46, grand pontife après les ides de mars, était proconsul d’Hispanie citérieure et de Gaule Narbonnaise .

    C. Asinius Pollio (RE, II, 2, 1896, s.u. “Asinius”, 1589-1602, 25 [Groebe] ; MRR, 2, 343 ; Ferriès 2007, 335-341, n° 17) préteur en 45, était propréteur d’Hispanie ultérieure en 44, où il fut vaincu par Sextus Pompée.

    51Cic., Fam., 12.28.2 : “une alliance pour sauvegarder la République”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 515 : la lettre est datée entre le 20 mars et le 20 avril, une fois la nouvelle de la bataille de Forum Gallorum parvenue à Rome (App., BC., 3.70 ; 74).

    52Cic., Fam., 12.28.3 (vers le 25 mars 43) : “De ce qui se passe dans la République, je crois que tu es informé par les lettres de ceux qui doivent te retranscrire les ‘Actes’”. Voir Deniaux 1993, 114-115.

    53RE, III, 1, 1897, s.u. “Caecilius”, 1200, 45 [Münzer] ;  MRR, 2, 338 ; Ferriès 2007, 85-86.

    54C. Trebonius (RE, VI A, 2, 1937, s.u. “Trebonius”, 2274-2282, 6 [Münzer], MRR, 2, 349) retint Marc Antoine lors de la conjuration des ides de mars, et devint, en 43, proconsul de la province d’Asie où il fut tué par Dolabella.

    55Cic., Fam., 10.28.3 (2 février 43 ou peu après) : “Si je ne croyais qu’on te rapporte les ‘Événements de la Ville’ et les ‘Actes’ dans leur totalité, je me chargerai de te les transcrire par écrit, malgré mes grandes occupations. Mais tu auras toutes ces informations par d’autres, de moi tu en auras peu, et de façon synthétique…”.

    56C. Cassius Longinus, préteur en 44, participa à l’assassinat de César et gagna au printemps 44 la Syrie que le Sénat lui attribua ultérieurement comme province : RE, III, 2, 1899, s.u. “Cassius”, 1727-1760, 59 [Fröhlich] ; MRR, 2, 343-344 ; Van der Blom 2022, 273.

    57Cic., Fam., 12.8.1 (peu ap. 9 juin 43) : “Je crois que tu es déjà informé du crime de ton ami Lépide, de sa légèreté et de son inconstance extrêmes grâce aux ‘Actes’ qui, j’en suis assuré, te sont envoyés”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 560 : la nouvelle de la défection de Lépide parvint à Rome le 8 ou 9 juin (App., BC., 3.84-85).

    58Cic., Fam., 12.9.1 (milieu ou fin juin 43 a.C.) : “Je sais parfaitement que notre situation t’est rapportée dans les ‘Actes’, mais nous ignorons la tienne”. Voir Shackleton-Bailey 1977, 2, 564 : la lettre fut envoyée avant le 30 juin, date à laquelle Lépide fut déclaré ennemi public.

    59Decimus Iunius Brutus Albinus (RE, X, 1, 1918, 973-1020, 53 [Gelzer] ; MRR, 2, 301 ; 307 ; 347 ; Van der Blom 2022, 276-291) préteur en 45 et instigateur de l’assassinat de César, était proconsul de Gaule cisalpine en 44 où il se trouva assiégé à Modène par Antoine jusqu’au 21 avril 43.

    60Cic., Fam., 11.25.1 (18 juin 43 a.C.) : “Bien que pour ma part, je n’aie rien de précis à t’écrire (je sais, en effet, qu’on t’envoie les ‘Actes’ ; et j’ai entendu dire que tu n’appréciais pas une correspondance futile), je vais adopter le ton bref que tu recommandes”.

    61Bernard 2013, 51-53 ; Casson 1974, 150-154 (par mer) ; 188-190 (par voie de terre).

    62Van der Blom 2022, 271-274.

    63Meier 1989, 206 ; Bonnefond-Coudry 1994, 84-85 ; Moatti 1997, 388, n. 88 ; Yakobson 2010, 282 ; 300-302. Même avec la progression de l’écrit qui concurrença la communication orale au ier siècle (Moatti 1997, 102-105), l’analphabétisme n’empêchait cependant pas l’exercice de la citoyenneté : Morstein-Marx 2004, 70.

    64RE, suppl. X, 1965, s.u. “Populares”, 549-615 [Meier] ; Yakobson 2010, 285-287 ; Clemente 2018, 103-107.

    65Morstein-Marx 2004, 42-60 ; Jehne 2006, 224-225 ; Yakobson, 2010, 283 ; Courrier 2014, 437-440 ; Russell 2016 ; Rosillo López 2017a ; Knopf 2018 ; Russell 2019.

    66Pina Polo 1996, 128 ; Mouritsen 2001, 38-62 ; Yakobson 2010, 284 ; Russell 2016, 46 ; Hölkeskamp 2022, 47-51.

    67Meier 1966, 114-115 ; Mouritsen 2001, 40-41 ; Morstein-Marx 2004, 128-132 ; Jehne 2006, 228-234 ; Clemente 2018, 113-119 ; Knopf 2018, 251-255.

    68Publicare concernait, dans son premier sens, les adjudications faites au nom de l’État : TLL, 10, 2, 2008, s.u. “Publico”, 2443, 42-2448, 3 [Schrickx] ; TLL, 10, 2, 2008, s.u. “Publicatio”, 2442, 55-2443, 34 [Clementi] ; RE, 23, 2, 1972, s.u. “Publicatio bonorum”, 2484-2498 [Fuhrmann]. En ce qui concerne les autres affichages, voir n. 35.

    69Selon Hurlet 2019, 33, il s’agissait “non pas d’informer le public romain de manière aussi large que possible, en tout cas pas prioritairement, mais de permettre à l’aristocratie d’être visible” : Hölkeskamp 2008, 13-24 ; 73-86 ; Hölkeskamp 2022, 44-45.

    70Pina Polo 2020, 65-66.

    71Suet., Aug., 36.1 (trad. Ailloud, H., éd. CUF, Paris, 1967) : “Entre autres mesures dont il fut encore l’auteur, il défendit de publier les ‘Actes du Sénat’”.

    72RGDA, 8, 1-2 ; Suet., Aug., 35, 1 ; D.C. 52, 42, 1-4 ; 53,1-3 : Le Doze 2015, 88-89. 

    73Hurlet & Mineo 2009, 10-19 : l’instauration du nouveau régime dans le cadre des institutions républicaines ne fait aucun doute, même si la formulation res publica restituta pour ce changement politique n’est guère attestée dans les sources. Voir aussi Ferrary 2003, 421 ; Le Doze 2015, 81-82 ; 93 ; Pina Polo 2020, 49-52.

    74D.C. 53.19.1-3 (trad. Bellissime, M. et Hurlet, F., Paris, 2018) : “Donc à cette époque, on changea de régime, pour le bien et le salut de tous car le régime républicain était totalement incapable de préserver les Romains. […] Auparavant, en effet, tous les événements étaient rapportés au Sénat et au peuple, même s’ils se déroulaient loin de Rome, ce qui fait que tous les hommes en avaient connaissance et que beaucoup en écrivaient l’histoire ; il était donc possible d’une manière ou d’une autre, de trouver ce qui s’était vraiment passé, si ce n’est chez ceux dont le récit était vraiment trop influencé par la crainte, la reconnaissance, l’amitié ou la haine, du moins chez les autres auteurs qui ont raconté les mêmes faits et dans les registres publics. Mais à compter de ce moment, on commença à agir en cachette et en secret la plupart du temps et ce qui a été rendu public est considéré avec méfiance parce que c’est, pour ainsi dire, invérifiable : tous les discours et tous les actes sont soupçonnés de s’être pliés aux volontés des souverains successifs et de leurs ministres”. Voir Moatti 2003, 30 et 37.

    75Bonnefond-Coudry 1994, 94 ; Moatti 1997, 123 ; Moatti 2003 ; Moatti 2007.

    76Moatti 1997, 102-105.

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    Bats, M. (2023). Information publique et communication privée : usages et finalité des acta senatus en temps de crise (44-43 a.C.). In M. Bats, R. Laignoux, & J.-C. Lacam (éds.), La République romaine face aux crises. Tome 1. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/16f4k
    Bats, Maria. « Information publique et communication privée : usages et finalité des acta senatus en temps de crise (44-43 a.C.) ». In La République romaine face aux crises. Tome 1, édité par Maria Bats, Raphaëlle Laignoux, et Jean-Claude Lacam. Pessac: Ausonius Éditions, 2023. doi:10.4000/16f4k.
    Bats, Maria. « Information publique et communication privée : usages et finalité des acta senatus en temps de crise (44-43 a.C.) ». La République romaine face aux crises. Tome 1, édité par Maria Bats et al., Ausonius Éditions, 2023, https://doi.org/10.4000/16f4k.

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    Bats, M., Laignoux, R., & Lacam, J.-C. (éds.). (2023). La République romaine face aux crises. Tome 1. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/16f4v
    Bats, Maria, Raphaëlle Laignoux, et Jean-Claude Lacam, éd. La République romaine face aux crises. Tome 1. Pessac: Ausonius Éditions, 2023. doi:10.4000/16f4v.
    Bats, Maria, et al., éditeurs. La République romaine face aux crises. Tome 1. Ausonius Éditions, 2023, https://doi.org/10.4000/16f4v.
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