Les opérations censoriales, entre remobilisation des Romains et élaboration de la légende du “vaincre ou mourir”
p. 289-300
Texte intégral
1La défaite de Cannes est, avec le sac de Rome par les Gaulois (390-386) et les Fourches Caudines (321), l’un des plus grands traumatismes des Romains1. En réalité, c’est même la série de désastres des débuts de la deuxième guerre punique qui marquèrent durablement les mémoires. Le Tessin, la Trébie, Trasimène et Cannes, autant de noms qui renvoyaient aux heures sombres précédant le redressement et la victoire finale romaine. Ces défaites servirent à glorifier l’opiniâtreté et le courage des anciens Romains qui étaient déjà idéalisés à la fin de la République. Accepter de tels sacrifices annonçait et expliquait les conquêtes du siècle à venir comme le suggérait Polybe. C. Nicolet, admiratif, reprenait cette idée en affirmant dans son Métier de citoyen que lorsqu’“une cité accepte sans murmurer une telle sévérité dans les contraintes collectives, elle mérite ses victoires”2.
2C’est cette image que cette étude souhaiterait interroger en revenant sur les réactions romaines à la suite de ces désastres. Elle entend explorer plus particulièrement le rôle des opérations censoriales dans la réécriture des débuts de la deuxième guerre punique à travers la lectio senatus de M. Fabius Buteo, la prétendue conjuration de Cannes, et les dégradations affectant les soldats vaincus ou prisonniers. Le regimen morum qui visait à remobiliser les Romains après les traumatismes du début de la guerre forgea par la même occasion la légende du “vaincre ou mourir” orientant durablement les pratiques diplomatiques et militaires romaines.
La lectio senatus de M. Fabius Buteo
3Les pertes militaires des premières années de guerre éclaircirent considérablement les rangs du Sénat (il manquait 177 sénateurs sur 300 !) si bien qu’il parut indispensable de mener au plus vite une lectio senatus. Le caractère urgent de la situation conduisit les Romains à confier ce soin à un dictateur, M. Fabius Buteo (cos. 245)3, au lieu des deux censeurs chargés de cette tâche depuis le plébiscite ovinien voté un siècle plus tôt :
Quae immoderata fors, tempus ac necessitas fecerit, iis se modum impositurum ; nam neque senatu quemquam moturum ex iis quos C. Flaminius L. Aemilius censores in senatum legissent ; transcribi tantum recitarique eos iussurum, ne penes unum hominem iudicium arbitriumque de fama ac moribus senatoriis fuerit ; et ita in demortuorum locum sublecturum ut ordo ordini, non homo homini praelatus uideretur. Recitato uetere senatu, inde primos in demortuorum locum legit qui post L. Aemilium C. Flaminium censores curulem magistratum cepissent necdum in senatum lecti essent, ut quisque eorum primus creatus erat ; tum legit qui aediles, tribuni plebis, quaestoresue fuerant ; tum ex iis qui <non> magistratus cepissent, qui spolia ex hoste fixa domi haberent aut ciuicam coronam accepissent. Ita centum septuaginta septem cum ingenti adprobatione hominum in senatum lectis, extemplo se magistratu abdicauit priuatusque de rostris descendit lictoribus abire iussis, turbaeque se immiscuit.4
4Face à une crise sans précédent, les Romains optèrent pour une solution inédite, mais sans lendemain. M. Fabius Buteo refusa toutefois d’accomplir le regimen morum et se contenta de recruter les anciens magistrats puis, comme ils n’étaient pas assez nombreux, les citoyens honorés pour leur bravoure. Ainsi que l’a montré C. Stein, la lectio senatus exceptionnelle de 216 conduisit donc à un renouvellement sociologique du Sénat5. Caton fut le représentant le plus brillant de ces nouveaux sénateurs dont l’entrée à la curie était liée aux circonstances exceptionnelles du moment.
5Il faut donc garder présent à l’esprit que le Sénat qui dirigea Rome dans les années qui suivirent les premières défaites était très différent de celui du début de la guerre et que la noblesse y était sans doute moins représentée. Les citoyens aisés qui avaient gagné leur entrée dans la curie grâce aux malheurs de la guerre et à leur valeur militaire espéraient prouver qu’ils en étaient dignes et s’efforcèrent d’incarner le mos maiorum, à l’instar de Caton. Peut-être faut-il voir là les prémices de cette crispation autour des valeurs romaines qui caractérise la fin du iiie siècle et le début du siècle suivant, mais aussi des débuts de l’âge d’or de la censure. En effet, en 214, les censeurs suivants, M. Atilius Regulus et P. Furius Philus6, contribuèrent à ressouder la communauté dans l’effort de guerre contre Carthage. Cette remobilisation semblait menacée par deux dangers : la conduite de certains jeunes aristocrates au lendemain de Cannes et la prétendue lâcheté des citoyens vaincus.
Censores, uacui ab operum locandorum cura propter inopiam aerarii, ad mores hominum regendos animum aduerterunt castigandaque uitia quae, uelut diutinis morbis aegra corpora ex sese gignunt, eo enata bello erant. Primum eos citauerunt qui post Cannensem <cladem a re publica defecisse> dicebantur. Princeps eorum M. Caecilius Metellus quaestor tum forte erat. Iusso deinde eo ceterisque eiusdem noxae reis causam dicere cum purgari nequissent, pronuntiarunt uerba orationemque eos aduersus rem publicam habuisse, quo coniuratio deserendae Italiae causa fieret. Secundum eos citati nimis callidi exsoluendi iuris iurandi interpretes, qui captiuorum ex itinere regressi clam in castra Hannibalis solutum quod iurauerant redituros rebantur. His superioribusque illis equi adempti qui publicum equum habebant, tribuque moti aerarii omnes facti. Neque senatu modo aut equestri ordine regendo cura se censorum tenuit. Nomina omnium ex iuniorum tabulis excerpserunt qui quadriennio non militassent, quibus neque uacatio iusta militiae neque morbus causa fuisset. Et ea supra duo milia nominum in aerarios relata tribuque omnes moti ; additumque tam truci censoriae notae triste senatus consultum, ut ei omnes quos censores notassent pedibus mererent mitterenturque in Siciliam ad Cannensis exercitus reliquias, cui militum generi non prius quam pulsus Italia hostis esset finitum stipendiorum tempus erat.7
La prétendue conjuration de Cannes
6Revenons d’abord sur la première mesure des censeurs. Au lendemain de la défaite de Cannes du 2 août 216, l’abattement gagna les Romains à tel point qu’un petit groupe de jeunes gens aurait envisagé d’abandonner l’Italie. L’épisode est rapporté par de nombreux auteurs8, dont Tite-Live, le plus précis :
Ceterum cum ibi tribuni militum quattuor essent, Fabius Maximus de legione prima, cuius pater priore anno dictator fuerat, et de legione secunda L. Publicius Bibulus et P. Cornelius Scipio et de legione tertia Ap. Claudius Pulcher, qui proxime aedilis fuerat, omnium consensu ad P. Scipionem admodum adulescentem et ad Ap. Claudium summa imperii delata est. Quibus consultantibus inter paucos de summa rerum nuntiat P. Furius Philus, consularis uiri filius, nequiquam eos perditam spem fouere ; desperatam comploratamque rem esse publicam ; nobiles iuuenes quosdam, quorum principem L. Caecilium Metellum, mare ac naues spectare, ut deserta Italia ad regum aliquem transfugiant. Quod malum, praeterquam atrox, super tot clades etiam nouum, cum stupore ac miraculo torpidos defixisset qui aderant et consilium aduocandum de eo censerent, negat consilii rem esse {Scipio} Iuuenis, fatalis dux huiusce belli : audendum atque agendum, non consultandum ait in tanto malo esse. Irent secum extemplo armati qui rem publicam saluam uellent ; nulla uerius quam ubi ea cogitentur hostium castra esse. Pergit ire sequentibus paucis in hospitium Metelli et, cum concilium ibi iuuenum de quibus allatum erat inuenisset, stricto super capita consultantium gladio, “ex mei animi sententia” inquit, “ut ego rem publicam populi Romani non deseram neque alium ciuem Romanum deserere patiar ; si sciens fallo, tum me, Iuppiter optime maxime, domum, familiam remque meam pessimo leto adficias. In haec uerba, L. Caecili, iures postulo, ceterique qui adestis. Qui non iurauerit in se hunc gladium strictum esse sciat”. Haud secus pauidi quam si uictorem Hannibalem cernerent, iurant omnes custodiendosque semet ipsos Scipioni tradunt.9
7L’identification du Metellus chef de la conjuration pose une première difficulté. Nous avons expliqué ailleurs pourquoi nous suivons l’idée de F. Münzer et considérons que l’auteur du complot dans le récit de Tite-Live, L. Caecilius Metellus, et le préteur de 206, M. Caecilius Metellus, ne font qu’un10. Il s’agissait très probablement d’un fils de L. Caecilius Metellus, le consul de 25111 et donc d’un frère de Q. Metellus, consul en 20612.
8L’affaire coûta cher au jeune M. Caecilius Metellus puisqu’il fut exclu de l’ordre équestre, fait aerarius et changé de tribu par les censeurs de 214 avant d’être finalement écarté du Sénat par ceux de 20913. Pour chaque tribu, les censeurs de 214 interrogèrent d’abord, l’un après l’autre, les chevaliers soupçonnés d’avoir participé au complot14, et la même dégradation fut infligée à tous : retrait du cheval public, relégation parmi les aerarii et changement de tribu15. La forme aggravée du blâme, puisque l’exclusion de l’ordre équestre n’impliquait pas toujours d’être fait aerarius et changé de tribu16, est révélatrice de la sévérité des censeurs qui souhaitaient faire un exemple.
9Cependant, dans les trois passages rapportant le blâme de 214, Metellus est présenté comme questeur17. Ainsi, malgré l’affaire de 216, les citoyens romains l’avaient élu en 215 à la première magistrature du cursus honorum. Plus étonnant encore, ils le choisirent comme tribun de la plèbe pour 213, donc vraisemblablement peu après qu’il eut reçu le blâme des censeurs ! Mieux, à peine entré en charge, le 10 décembre 214, il voulut mettre en accusation les censeurs mais en fut empêché par l’ensemble de ses collègues18. Si l’élection de 215 pouvait s’expliquer par le fait que le peuple Romain n’avait pas encore eu vent des événements de 216, en revanche celle de 214 suivit l’humiliation publique et le déclassement des conjurés. Il nous paraît difficile de soutenir que Metellus ait pu être élu par compassion ou pour manifester un désaccord avec la sévérité des censeurs et du Sénat à l’égard des vaincus de Cannes. Aussi, plutôt que de mettre en doute l’historicité du complot de Metellus comme R. J. Evans19, peut-être faut-il modifier la teneur de son projet.
10Le récit du complot a, de longue date, paru suspect. Tout d’abord, même s’il n’est pas probant, le silence de Polybe interroge, notamment parce qu’il y avait matière à glorifier l’Africain. Scipion s’apparente dans le récit livien à Camille qui s’opposa au projet d’abandonner Rome pour Véies après la prise de la Ville par les Gaulois. L’un comme l’autre est qualifié de dux fatalis par Tite-Live20. La légende sur le déménagement à Véies a ainsi pu contaminer le récit des événements de 216. Quant au rôle joué par Scipion, il est habituellement considéré comme une invention à la gloire du futur Africain. Seule une monnaie de Canusium portant une tête de jeune homme a pu faire hésiter H. H. Scullard, mais M. H. Crawford s’est opposé, à juste titre, à considérer qu’il s’agissait d’un portrait de Scipion et donc d’une évocation de cet épisode21. Le serment imposé par Scipion aux conjurés rappelle enfin celui de la légion de lin samnite, même si le serment de la légion de lin créait une unité d’élite tandis que celui de Scipion s’appliquait à tous les soldats. Il y aurait peut-être ici la trace d’une autre contamination22.
11Revenons sur les divers reproches faits à Metellus que nous trouvons dans les sources relatives à cet épisode : ut deserta Italia ad regum aliquem transfugiant23 ; propter coniurationem deserendae Italiae24 ; infamis auctor deserendae Italiae25 ; cum eo abituros se Italia iurauerant26, deserere Italia27 et de relinquenda Italia28. Metellus et ses complices, de jeunes nobles29, avaient fomenté une coniuratio selon Tite-Live et projetaient d’abandonner l’Italie. La répétition de la même expression par Tite-Live (deserendae Italiae), reprise avec un verbe proche par Valère Maxime et Orose, est cependant curieuse. Cela suggère que l’historien padouan reprenait une tradition fortement remaniée qui finit par s’imposer face à des versions concurrentes. Cette réécriture pourrait viser à camoufler le fait que le projet de Metellus était en réalité tout autre : abandonner l’Italie pourrait désigner le fait de renoncer à la suprématie sur une partie de la péninsule, celle-là même qu’avait défendue Ap. Claudius Caecus deux générations plus tôt selon la tradition30. Cela signifiait donc que les Romains signeraient avec Carthage une paix en position de vaincus. Or, parmi les tribuns militaires rescapés de Cannes, figurait Ap. Claudius Pulcher, le consul de 212 et le petit-fils de Caecus31, celui-là même qui, selon la tradition, s’était opposé à la paix avec Pyrrhus et avait proclamé le droit à dominer l’Italie. Face aux projets de Metellus et de ses partisans, Ap. Claudius put raviver le souvenir de son grand-père, dont l’intervention n’avait d’ailleurs peut-être pas eu le succès rapporté par la tradition32. Le débat put avoir lieu parmi les chefs des rescapés qui hésitaient à demander la paix au général victorieux. Le débat se prolongea peut-être au Sénat puisque, selon le seul Orose, le Sénat hésita à suivre Metellus :
Usque adeo autem ultima desperatio reipublicae apud residuos Romanos fuit, ut senatores de relinquenda Italia sedibusque quaerendis consilium ineundum putarint. Quod auctore Cecilio Metello confirmatum fuisset, nisi Cornelius Scipio tribunus tunc militum, idem qui post Africanus, destricto gladio deterruisset ac potius pro patriae defensione in sua uerba iurare coegisset.33
12On comprendrait alors pourquoi Metellus parvint à la questure et au tribunat : il défendait l’idée d’une paix avec Carthage, qu’Hannibal avait peut-être proposée, et à laquelle une partie des Romains était favorable. En outre, Tite-Live, à une occasion, précise aussi qu’ils entendaient se réfugier auprès d’un roi grec, Philippe V selon R. T. Ridley34. Or les Romains découvrirent en 215 l’alliance entre Carthage et la Macédoine. Quant à l’autre volet du projet de Metellus, plutôt que de fuir auprès d’un roi grec, il pouvait s’agir de nouer une alliance avec celui-ci, en faisant quelques concessions, dénoncées d’ailleurs par les adversaires de Metellus.
13Metellus se heurta toutefois à une forte opposition. En effet, les sénateurs fraîchement recrutés par Fabius Buteo ne pouvaient pas accepter d’être les artisans d’une paix honteuse sans se délégitimer et se couvrir d’opprobre. Ils étaient également plus âgés et moins enclins à renoncer si vite, gardant le souvenir de la précédente guerre contre Carthage. Or, comme il avait choisi la voie de la guerre à outrance, le Sénat ne pouvait pas se permettre d’affronter une opposition. C’est pourquoi les sénateurs et les censeurs s’acharnèrent sur Metellus, ses amis et les soldats vaincus à Cannes qui avaient peut-être prêté une oreille favorable à ses projets. Ils furent tous taxés de lâcheté et accusés de vouloir abandonner l’Italie ou de se soumettre à un roi étranger. Metellus riposta en tentant d’assigner les censeurs en justice, sans succès : les partisans de la guerre avaient gagné et sa tentative de procès fut présentée comme une revanche personnelle, à l’instar de C. Atinius Labeo Macerio un siècle plus tard dans le contexte gracquien35.
14Ainsi, en raison de la victoire finale, la tradition retint comme réelles ce qui n’était que des attaques virulentes dans le cadre du débat politique. Caton y joua peut-être un rôle en réécrivant l’épisode dans ses Origines pour critiquer la noblesse36. Tite-Live aurait repris tels quels les mots de sa source, sans jamais s’en écarter car il n’avait peut-être pas bien saisi ce qui était en jeu. En outre l’abandon de l’Italie pouvait aussi évoquer pour l’historien padouan un passé plus récent, lorsque Pompée quitta Rome à l’arrivée de César, pour se réfugier en Orient où les rois qu’il avait installés devaient le soutenir37. Plusieurs éléments brouillèrent ainsi l’épisode qui devint dans la tradition l’occasion du premier exploit du jeune Scipion comparé à Camille, de la glorification de la détermination romaine et de la légitimation des partisans de la guerre à outrance auxquels l’issue de la guerre avait donné raison. Cela n’expliquait pas cependant la carrière de Metellus qui parvint jusqu’à la préture38.
Son frère, Q. Metellus, le consul de 206 proche des Scipions39, joua certainement un rôle, mais pouvait-il à lui seul sauver M. Metellus après cette avalanche d’humiliations ? Assurément, M. Metellus devait avoir conservé des soutiens parmi les Romains qui l’avaient élu questeur puis tribun quelques années plus tôt.
“Vaincre ou mourir”
15Face à la crise militaire sans précédent, les censeurs ne se contentèrent pas de dégrader Metellus et ses partisans, ils reléguèrent également parmi les aerarii les milliers de jeunes réfractaires au service militaire aussi bien en 214 qu’en 209. Nous pouvons tout à fait imaginer que l’enthousiasme de certains citoyens à servir la patrie avait été douché par les désastres des premières années, mais leur non-inscription sur les listes découlait-elle seulement de leur peur ? Sans aller jusqu’à parler de “grève de la guerre”, ne pourrions-nous pas y voir également une dimension politique, plus précisément une opposition à la poursuite de la guerre ? Ou, plus vraisemblablement, les censeurs s’efforcèrent-ils de mettre un terme à un problème récurrent, devenu plus répandu et qui n’était plus tolérable au vu du contexte de crise ? En effet, outre le nombre de citoyens concernés, notons que c’est la première fois que nos sources mentionnent la dégradation de simples citoyens40. Jusqu’alors les censeurs se concentraient peut-être sur l’élite et délaissaient les simples citoyens. Mais, en 214 et encore en 209, la gravité de la situation imposait de rechercher tous les mobilisables et de faire des exemples de ces citoyens peu dévoués à la patrie. En effet, le regimen morum dépendait du contexte et, lorsque la cité traversait une crise militaire, les censeurs contribuaient à la résoudre en réaffirmant que le service militaire était un devoir civique41.
16À la nota des censeurs s’ajouta un service infamant en Sicile, auprès des survivants des légions vaincues à Cannes. Lorsque Marcellus demanda à les employer quelques années plus tard, le Sénat accepta dum ne quis eorum munere uacaret neu dono militari uirtutis ergo donaretur neu in Italiam reportaretur donec hostis in terra Italia esset, précise Tite-Live42. Les censeurs et les sénateurs agissaient de concert et défendaient une même ligne politique, celle de la guerre à outrance contre Carthage, ainsi qu’une vision de la citoyenneté dans laquelle le service militaire tenait une place centrale. Les réfractaires au service étaient ainsi traités comme les soldats vaincus à Cannes et tous étaient considérés comme des lâches. En réalité, les réfractaires, qui appartenaient vraisemblablement aux hautes classes censitaires, étaient peut-être des partisans de Metellus43.
17Cette pratique se poursuivit puisque les vaincus d’Herdonea furent considérés comme des lâches et envoyés à leur tour en Sicile en 21144. Il fut interdit ensuite à ces soldats d’hiverner dans ou près des villes ce qui revenait selon S. Peré-Noguès à leur interdire de vivre sur le pays et de faire du butin45. Enfin les censeurs de 209 retirèrent le cheval public à ceux qui le possédaient dans ces légions46. Fait remarquable, les censeurs purent agir ainsi malgré l’absence des chevaliers qui étaient alors cantonnés en Sicile sur ordre du Sénat. Le blâme qui les frappa fut donc pris de façon purement administrative, sans comparution devant les censeurs47. L’étalement des sanctions révèle qu’elles étaient prises en fonction des nécessités de la situation, et en l’occurrence pour rappeler aux Romains leurs échecs et les inciter à continuer le combat. Les chevaliers qui appartenaient aux légions vaincues à Cannes furent ainsi sacrifiés dans cet élan de sévérité décidé par un Sénat qui s’engageait à remporter la guerre coûte que coûte.
18Cette volonté connut son paroxysme lorsque le Sénat s’opposa au rachat des prisonniers proposé par Hannibal et surtout dans la loi qui suivit ordonnant aux troupes de vaincre ou mourir :
Ῥωµαῖοι δὲ µεγάλοις κατὰ τὰς µάχας περιπεπτω κότες ἐλαττώµασι, πάντων δ’ ὡς ἔπος εἰπεῖν ἐστε ρηµένοι τότε τῶν συµµάχων, ὅσον οὔπω δὲ προςδοκῶντες τὸν περὶ τῆς πατρίδος αὐτοῖς ἐκφέρεσθαι κίνδυνον, διακούσαντες τῶν λεγοµένων οὔτε τοῦ πρέποντος αὑτοῖς εἴξαντες ταῖς συµφοραῖς ὠλιγώρησαν οὔτε τῶν δεόντων οὐδὲν τοῖς λογισµοῖς παρεῖδον, ἀλλὰ συνιδόντες τὴν Ἀννίβου πρόθεσιν, ὅτι βούλεται διὰ τῆς πράξεως ταύτης ἅµα µὲν εὐπορῆσαι χρηµάτων, ἅµα δὲ τὸ φιλότιµον ἐν ταῖς µάχαις ἐξελέσθαι τῶν ἀντιταττοµένων, ὑποδείξας ὅτι τοῖς ἡττηµένοις ὅµως ἐλπὶς ἀπολείπεται σωτηρίας, τοσοῦτ’ ἀπέσχον τοῦ ποιῆσαί τι τῶν ἀξιουµένων ὥστ’ οὔτε τὸν τῶν οἰκείων ἔλεον οὔτε τὰς ἐκ τῶν ἀνδρῶν ἐσοµένας χρείας ἐποιήσαντο περὶ πλείονος, ἀλλὰ τοὺς µὲν Ἀννίβου λογισµοὺς καὶ τὰς ἐν τούτοις ἐλπίδας ἀπέδειξαν κενάς, ἀπειπάµενοι τὴν διαλύτρωσιν τῶν ἀνδρῶν, τοῖς δὲ παρ’ αὑτῶν ἐνοµοθέτησαν ἢ νικᾶν µαχοµένους ἢ θνήσκειν, ὡς ἄλλης οὐδεµιᾶς ἐλπίδος ὑπαρχούσης εἰς σωτηρίαν αὐτοῖς ἡττωµένοις.48
19Était-ce vraiment une loi ? Bien que la source soit Polybe et qu’il utilise νοµοθετέω, ni G. Rotondi ni M. Elster ne la retiennent comme telle, sans doute parce qu’ils ne la jugent pas crédible. La formulation polybienne pourrait traduire ce qu’était alors l’état d’esprit des Romains et ce qu’ils voulaient que fut, ou devint, le mos maiorum.
20Comme l’avait déjà remarqué S. Péré-Noguès, ces épisodes révèlent “une brèche dans l’apparente union sacrée des catégories sociales de Rome face au péril punique”49. Nous pouvons même aller un peu plus loin en rapprochant les épisodes que nous venons d’évoquer de celui des prisonniers romains qui tentèrent de regagner leur liberté par une ruse après avoir prêté serment à Hannibal50. En renvoyant ces citoyens (voire en les exécutant selon les versions), les Romains réaffirmaient qu’ils se voyaient comme le peuple de la fides, à l’inverse des Puniques dont la mauvaise foi devint proverbiale. Le serment gagna d’ailleurs en importance dans ces années comme le montrent d’après la tradition le serment qu’imposa Scipion aux conjurés et le fait d’assimiler la ruse employée par les prisonniers romains d’Hannibal à un parjure.
21Dans ce refus des Romains d’accepter la paix en position de vaincus, assimilé à de la lâcheté voire à de la trahison dans le cas de Metellus et de ses amis, on pourrait voir un processus similaire. Pour accepter et endurer les sacrifices à venir, les Romains firent de ce refus un élément central de leur identité, se distinguant ainsi des Grecs qui négociaient au lendemain de la bataille et qui acceptaient le sort des armes. Cette conception de la guerre n’était pas totalement innovante. C. Auliard voyait déjà dans le refus adressé à Pyrrhus “l’affirmation d’un mode de comportement qui va devenir un des principes intangibles de la pratique diplomatique de Rome : on ne négocie jamais après une défaite militaire !” Elle soulignait également que “c’est la dernière fois que le Sénat romain ne présente pas officiellement une belle unanimité pour refuser la reconnaissance diplomatique d’une défaite militaire”.51 Les hésitations des Romains à la suite de Cannes furent cependant gommées par la tradition car le refus de la défaite apparaissait désormais comme un pivot du mos maiorum. Il est même possible que les refus des offres de paix ou d’échanges de prisonniers par les Romains lors des guerres précédentes rapportés par la tradition ne fussent que des reconstructions. Dans ce cadre, envisager la paix en 216 ne serait pas si surprenant de la part des Romains qui avaient déjà accepté dans les siècles précédents des paix en position d’infériorité, voire de vaincus, quitte à reprendre par la suite le combat.
22Avec la mise en avant de leur fides, les Romains façonnaient, par leur refus de la défaite, leur identité tout en s’opposant à leurs adversaires. Récemment, G. Stouder rappelait que pour les ive et iiie siècles déjà les annalistes tendaient “à affirmer une identité propre de la diplomatie romaine”52. Elle soulignait également que “d’après le regard des historiens anciens, la diplomatie constituait le moment de rencontre avec l’autre et, par rapport à cet autre, d’affirmation d’une identité”.53 et que cette volonté est à l’œuvre dans la tradition sur la guerre contre Pyrrhus. Le traumatisme de Cannes poursuivit ce mouvement, l’accéléra peut-être, et, dans le siècle suivant, le rang de grande puissance méditerranéenne acquis par Rome rendit ce processus de distinction d’autant plus important. D’ailleurs, une telle conception de la guerre permettait également de justifier la conquête et allait de pair avec la prétention des Romains de mener toujours un bellum iustum.
23Les décisions qui suivirent la série de défaites des débuts de la deuxième guerre punique visaient à remobiliser les Romains alors que certains songeaient à la paix. Ce faisant, en raison aussi d’une mémoire marquée par la victoire finale et d’un jeu de réécritures, elles contribuèrent à entériner l’idée que Rome refusait la défaite et n’acceptait de paix qu’en position victorieuse. Pour surmonter le traumatisme, les censeurs s’efforcèrent de ressouder les Romains autour d’un “nous” célébré pour ses vertus morales qu’ils opposaient aux vices puniques. Le citoyen se devait d’être brave tandis que les mercenaires employés par Carthage pouvaient se montrer lâches puisqu’ils se battaient pour l’argent et non pour leur cité. Ainsi le traumatisme né des désastres du début de la guerre enracinait un nouvel élément identitaire romain qui se traduisit dans les faits par une nouvelle stratégie et des remaniements de leur histoire. Les Numantins en firent les frais quelques décennies plus tard, ce qui permit d’ajouter une nouvelle pièce à l’édifice en offrant une nouvelle version des Fourches Caudines, comme l’a montré M. H. Crawford54. En somme, comme bien souvent à Rome, le traumatisme du début de la deuxième guerre punique fut sublimé en une épreuve glorifiant la cité autant qu’elle la remodelait.
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Suolahti, J. (1963) : The Roman Censors: A Study on Social Structure, Helsinki.
Van Ooteghem, J. (1967) : Les Caecilii Metelli de la République, Bruxelles.
Notes de bas de page
1Sauf mention contraire, toutes les dates données dans ce travail s'entendent a.C.
2Nicolet 1976, 125.
3Voir MRR, 1, 248 pour les autres sources.
4Liv. 23.23.3-7 (a. 216) (trad. Jal, P., Paris, 2001) : “À ces pouvoirs excessifs dus au hasard, aux circonstances et à la nécessité, lui-même imposera une limite : il n’exclura en effet personne parmi ceux que les censeurs C. Flaminius et L. Aemilius avaient recrutés au Sénat ; il se contentera de faire recopier et lire leur nom, pour qu’un seul homme n’ait pas le pouvoir de juger à son gré de la réputation et des mœurs d’un sénateur ; et, pour le remplacement de ceux qui étaient morts, il procédera de façon à faire voir qu’un rang avait été préféré à un autre et non un homme à un autre homme. Après avoir lu les noms des anciens sénateurs, il commença par recruter à la place des morts ceux qui avaient exercé une magistrature curule et n’avaient pas encore été recrutés dans le Sénat, et cela dans l’ordre où chacun d’eux avait été élu le premier ; il recruta ensuite ceux qui avaient été édiles, tribuns de la plèbe ou questeurs ; puis parmi ceux qui n’avaient pas exercé de magistratures, ceux qui avaient, fixées chez eux, les dépouilles prises à l’ennemi, ou qui avaient reçu une couronne civique. Après avoir recruté ainsi dans le Sénat, avec l’approbation générale, 177 membres, il abdiqua aussitôt sa magistrature, descendit des rostres en simple particulier, et après avoir donné l’ordre à ses licteurs de s’en aller, se mêla à la foule”.
5Stein 2007, 150-159.
6MRR, 1, 259 et Suolahti 1963, 308-315.
7Liv. 24.18.2-9 (a. 214) (trad. Jal, P., Paris, 2005, modifiée) : “Les censeurs, libérés du souci des mises en adjudication des travaux publics en raison du vide du trésor, s’appliquèrent à régler les mœurs et à corriger les vices qui, telles les tares que les corps malsains engendrent d’eux-mêmes au cours de longues maladies, étaient nés de cette guerre. Ils commencèrent par citer devant eux ceux qui <après le désastre de Cannes, avaient songé, dit-on, à abandonner l’Italie>. Le principal d’entre eux, M. Caecilius Metellus, était justement alors questeur. Ils furent ensuite, lui et tous les autres accusés de la même faute, invités à plaider leur cause, et, comme ils n’avaient pas pu se disculper, les censeurs prononcèrent leur verdict : ils avaient eu des paroles et tenu des discours contraires aux intérêts de l’État, de façon à former une conjuration tendant à faire abandonner l’Italie. Après eux furent cités à comparaître des prisonniers qui, interprètes trop habiles des serments et de la façon dont on peut s’en libérer, étaient, en cours de route, revenus en cachette dans le camp d’Hannibal et pensaient être libérés de leur serment d’y retourner. À eux et aux précédents fut enlevé le cheval public pour ceux qui le possédaient ; ils furent tous aussi changés de tribu et faits aerarii. La surveillance des censeurs ne se borna pas d’ailleurs à corriger la conduite du Sénat et de l’ordre équestre ; ils relevèrent dans les listes des jeunes mobilisables les noms de tous ceux qui n’avaient pas fait leur service militaire pendant quatre ans sans avoir eu d’exemption légitime de service ou de maladie pour excuse. Et leurs noms – plus de 2000 – furent inscrits sur la liste des aerarii et tous furent changés de tribu. À cette flétrissure si impitoyable des censeurs s’ajouta un terrible sénatus-consulte : tous ceux que les censeurs avaient flétris devaient servir dans l’infanterie et seraient envoyés en Sicile rejoindre les restes de l’armée de Cannes, catégorie de soldats dont le temps de service ne prendrait fin qu’après l’expulsion d’Italie de l’ennemi”.
8Liv. 22.53 et Per., 22.11 ; Val. Max. 5.6.7 ; Fron., Strat., 4.7.39 ; Sil., Pun., 10.418-442 et 12.304-305 ; Oros. 4.16.6 ; De vir. ill., 49.5-6.
9Liv. 22.53 (a. 216) (trad. Lasserre, E., Paris, 1937) : “D’autre part, alors qu’il y avait là quatre tribuns militaires : Quintus Fabius Maximus, – de la première légion, – dont le père avait été dictateur l’année précédente ; de la seconde légion, Lucius Publicius Bibulus et Publius Cornelius Scipion, et, de la troisième légion, Appius Claudius Pulcher qui, tout récemment, avait été édile, du consentement de tous, le commandement en chef fut donné à Publius Scipion, tout jeune alors, et à Appius Claudius. Comme ils délibéraient, en petit comité, sur la situation générale, Publius Furius Philus, fils d’un consulaire, leur annonce qu’ils caressent en vain un espoir irréalisable ; la situation de l’État est désespérée, déplorable ; certains jeunes nobles, dont le chef est Marcus Caecilius Metellus, tournent les yeux vers la mer et les navires, pour abandonner l’Italie et se réfugier auprès de quelque roi. En apprenant ce malheur, non seulement affreux, mais encore nouveau après tant de désastres, les assistants qui, paralysés par la stupeur devant un dessein si monstrueux, restaient cloués sur place et estimaient qu’il fallait convoquer le conseil à ce sujet, s’entendent déclarer ‘qu’il n’y a pas là sujet à conseil’ par le jeune Scipion, chef prédestiné de cette guerre. Il faut, dit-il, oser et agir, non tenir conseil, devant un si grand mal ; ils doivent, tout de suite, l’accompagner, en armes, ceux qui veulent le salut de l’État ; il n’y a pas d’endroit qui, plus que celui où l’on médite de tels projets, soit vraiment un camp ennemi. Scipion se dirige, suivi de quelques compagnons, vers le logis de Metellus ; là, ayant trouvé la réunion de jeunes gens dont on lui avait parlé, il lève son épée nue sur la tête des délibérants, et leur dit : ‘En mon âme et conscience, je jure de ne pas abandonner la république du peuple romain, de ne permettre à aucun autre citoyen de l’abandonner ; si j’enfreins sciemment ce serment, alors, que Jupiter très bon, très grand, frappe de la ruine la plus affreuse moi-même, ma maison, ma famille et ma fortune. En ces termes, Marcus Caecilius, j’exige que tu jures, toi, ainsi que tous ceux qui sont ici ; et que celui qui n’aura pas juré sache que ce glaive a été tiré contre lui !’ Non moins effrayés que s’ils voyaient Hannibal vainqueur, ils jurent tous, et se livrent eux-mêmes à Scipion”.
10Bur 2018b, n° 3 à la suite de RE, Suppl. 3, 1918, s.u. “Caecilius”, 221-222, 73 et 76 [Münzer].
11RE, 3/1, 1897, s. u. “Caecilius”, 1203-1204, 72 [Münzer] et Neue Pauly, 2, 1997, s. u. Caecilius, 884, I 11 [Elvers].
12RE, 3/1, 1897, s. u. “Caecilius”, 1206-1207, 81 [Münzer] et Neue Pauly, 2, 1997, s. u. “Caecilius”, 887, I 18 [Elvers]. L’existence de ce Q. Metellus est un autre argument pour éliminer le prénom Q. pour notre personnage.
13Pour la censure de 214 : Liv. 24.18.3 et 6 et 43.2-3 ; Val. Max. 2.9.8. Pour celle de 209 : Liv. 27.11.6.
14Sur la procédure de recognitio equitum, voir Bur 2018a, 80-89.
15Liv. 24.18.6 et 43.3. Le second passage donne les sanctions infligées au seul Metellus. Voir aussi Val. Max. 2.9.8.
16Bur 2018a, 131-132.
17Liv. 24.18.6 et 43.3 ; Val. Max. 2.9.8. MRR, 1, 260 ne cite que ces sources.
18Liv. 24.43.3. Voir MRR, 1, 264 qui ne cite que Tite-Live.
19Evans 1989 suppose que la source de Tite-Live sur cette affaire était Caton et qu’il s’agissait d’une invention destinée à accroître le prestige de Scipion tout en dénigrant les Metelli. Il utilise notamment comme argument la carrière de Metellus en 214-213. Contra Ridley 1975 affirme que le complot est historique en raison des accusations récurrentes contre Metellus à ce propos.
20Liv. 5.19.2 pour Camille et Liv. 22.53.6 pour Scipion. Sur Camille voir Mineo 2003, 164-169 qui rapproche Camille d’Auguste mais aussi de Scipion.
21Scullard 1970, 29-30 à partir de Robinson 1956, 41-43, contra Crawford RRC 310.
22Nous remercions D. Briquel d’avoir suggéré cette idée dans l’échange qui a suivi cette communication.
23Liv. 22.53.5.
24Liv. 24.43.3.
25Liv. 27.11.12.
26Val. Max. 2.9.8.
27De vir. ill., 49.5.
28Oros. 4.16.6.
29Ces complices sont qualifiés de iuuenes nobiles par Liv. 22.53.5, nobiles adulescentes par Liv., Per., 22.11, nobilissimi par Fron., Strat., 4.7.39 et De vir. ill., 49.5 et plus précisément comme des equites Romani par Val. Max. 2.9.8 et par le fait que les censeurs leur retirèrent leur cheval public. La tradition s’accorde donc pour faire de ces compagnons de Metellus de jeunes aristocrates qui, comme lui, accomplissaient leur service militaire.
30Sur ce discours, la défense de son authenticité et ses remaniements, voir Humm 2005, 61-73 ; sur les motivations d’Ap. Claudius Caecus, voir Humm 2009 ; et sur l’essor du concept d’Italia dans la diplomatie romaine, voir aussi Stouder 2011, 446-463.
31RE, 3/2, 1899, s.u. “Claudius”, 2857-2858, 293 [Münzer] et RE, 3/2, 1899, s.u. “Claudius”, 2857‑2858, 304 [Münzer].
32En ce sens Stouder 2011, 442-443. L’épisode put d’ailleurs être remanié à l’époque de Cannes pour servir les desseins du petit-fils. Notons aussi que Fron., Strat., 4.1.18 attribue à Ap. Claudius Caecus les mesures sévères prises à l’encontre des prisonniers de Pyrrhus (sur cet épisode, voir Bur 2018b, n° 85). Or Berrendonner 2006, 164-165 attribue à Cincius Alimentus, préteur en 210 qui commanda en Sicile les légions de Cannes, la “première mise en forme” de cette tradition sur les prisonniers de Pyrrhus.
33Oros. 4.16.6 (trad. Arnaud-Lindet, M.-P., Paris, 1991) : “Ce qui restait de Romains perdit si complètement l’espoir dans la République que les sénateurs pensèrent prendre la décision d’abandonner l’Italie de se mettre en quête d’un lieu pour s’installer. Ce qui aurait été ratifié, sur la proposition de Caecilius Metellus, si Cornelius Scipion, alors tribun militaire, le même qui sera plus tard ‘l’Africain’, ne l’avait empêché en brandissant son glaive, et n’avait contraint les sénateurs à prêter plutôt avec lui le serment de défendre la patrie”.
34Ridley 1975, 161.
35Sur cet épisode, voir Bur 2018b, n° 12.
36Evans 1989, 119.
37Je remercie G. de Méritens de Villeneuve de m’avoir suggéré ce rapprochement.
38MRR, 1, 298. Sur les sanctions et le parcours de Metellus, voir Bur 2018b, n° 3 et sur ses partisans voir Bur 2018b, n° 48.
39Voir son rôle dans l’affaire Pleminius : Liv. 29, 16-22. Sur ce point, voir Van Ooteghem 1967, 47-50 et Develin 1977.
40Baltrusch 1989, 11.
41Nicolet 1976, 106-107 et Bur 2018a, 182-186.
42Liv. 25.7.4 (trad. Nicolet-Croizat, F., Paris, 1992) : “pourvu qu’aucun de ces hommes ne fût exempté de corvée, ne reçût de récompense militaire pour son courage, et ne fût ramené en Italie tant que l’ennemi serait sur la terre italienne”.
43Je remercie F. Cadiou pour cette suggestion dans la discussion qui a suivi la communication de ce travail.
44Liv. 27.7.12-13. Selon Péré-Noguès 1998, 228, “la récurrence de ces sanctions montre d’abord la détermination du Sénat, soutenu par les censeurs, à réprimer tous les manquements des soldats au salut de la cité. Pour parvenir à cet objectif, le Sénat se dote d’un instrument de répression, une sorte de châtiment collectif, qui s’applique autant aux citoyens récalcitrants qu’aux troupes vaincues”.
45Liv. 26.1.10. Péré-Noguès 1997, 123.
46Liv. 27.11.14.
47Il en alla de même en 252 (sur cet épisode, voir Bur 2018b, n° 46). Il est difficile d’envisager des permissions pour l’ensemble des chevaliers concernés afin qu’ils reviennent à Rome participer au recensement.
48Plb. 6.58-7.11 (trad. Weil, R., Paris, 1977) : “Or les Romains avaient sans doute subi de grands revers dans cette guerre, ils se trouvaient alors privés pour ainsi dire de tous leurs alliés et ils s’attendaient à voir l’attaque contre leur patrie se produire d’un instant à l’autre ; mais après avoir bien écouté ce qu’on leur disait, ils n’oublièrent pas leur honneur sous la pression de l’adversité et ne négligèrent dans leurs calculs rien de ce qui était leur devoir : ils virent l’objectif d’Hannibal, qui voulait, en agissant ainsi, à la fois se procurer beaucoup d’argent et éliminer chez ses adversaires l’acharnement au combat, en laissant entendre que des vaincus gardaient malgré tout l’espoir d’être sauvés ; aussi, loin d’accéder en rien à leurs requêtes, il firent passer au second plan la pitié qu’inspiraient ces familles, et les services que ces hommes auraient encore rendus ; ils refusèrent le paiement de la rançon, rendant vains les calculs d’Hannibal et les espoirs qu’il fondait là-dessus, en même temps qu’une loi ordonna à leurs troupes de vaincre au combat ou de mourir, aucun espoir de salut ne subsistant en cas de défaite”.
49Péré-Noguès 1997, 129.
50Sur cet épisode, voir Bur 2018b, n° 47.
51Auliard 1995, 447.
52Stouder 2011, 417.
53Stouder 2011, 687-688.
54Crawford 1973.
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