Les larmes du soldat romain
p. 169-174
Texte intégral
1À l’origine de cette communication, il y a une étude consacrée à l’année des quatre empereurs1. Il est en effet frappant de constater combien les soldats pleurent souvent dans les Histoires de Tacite2. Cette observation invitait à s’intéresser aux récits des conflits antérieurs pour se demander si les larmes y tenaient une place comparable. À propos de la deuxième guerre punique et des guerres civiles du ier s. a.C., les notions de résilience et de traumatisme sont en effet placées au cœur des discussions. Une telle réflexion s’inscrit également dans une recherche plus générale portant sur les représentations de la violence dans les récits de guerre3, alors que des publications récentes, dirigées par G. Vigarello, abordent L’histoire des émotions et L’histoire de la virilité dans l’Antiquité4. Le chapitre de l’histoire des émotions consacré à la Rome antique a été rédigé par A. Vial-Logeay5. En 2017, S. Rey a également publié un ouvrage intitulé Les larmes de Rome6, huit ans après le livre d’É. Fureix sur les deuils politiques en France pendant le premier xixe siècle7. L’ouvrage de S. Rey envisage toute l’histoire romaine, y compris la Rome chrétienne. Son format laissait donc peu de place aux soldats tout en offrant des perspectives intéressantes.
2Un second constat s’impose : alors qu’ils sont très présents dans l’iconographie, les soldats romains représentés ne pleurent pas. L’enquête exige donc de se tourner vers les sources littéraires. Or, force est de constater que les larmes sont généralement absentes des récits de guerre8. Quand les Gaulois s’emparent de Rome, les oies crient mais les légionnaires ne pleurent pas9. On relève une même absence des larmes lors des défaites du Tessin10 et de la Trébie11 en 218, du Lac Trasimène en 21712, et de Cannes en 21613. Pour ces quatre batailles, nous disposons pourtant de descriptions du champ de bataille et des soldats massacrés après les combats. Pour la bataille de Cannes en particulier, le sang coule à flots mais pas les larmes. Après la défaite de Cannes, seules les matrones romaines pleurent en apprenant la nouvelle14. Il faut remonter plus loin dans le temps, pendant les guerres samnites, pour trouver un épisode significatif. À l’issue de la défaite des Fourches Caudines en 321, Tite-Live dépeint des légionnaires au bord des larmes :
Haec cum legatio renuntiaretur, tantus gemitus omnium subito exortus est tantaque maestitia incessit ut non grauius accepturi uiderentur, si nuntiaretur omnibus eo loco mortem oppetendam esse. Cum diu silentium fuisset nec consules aut pro foedere tam turpi aut contra foedus tam necessarium hiscere possent… Haec frementibus hora fatalis ignominiae aduenit […].15
3Mais dans ce cas, ce n’est pas l’épreuve du combat qui les plonge dans le désespoir, d’autant plus qu’ils auraient été pris au piège sans combattre, du moins selon Tite-Live16. En revanche, les clauses humiliantes du traité conclu avec les Samnites, qui les contraignent à passer sous le joug, nourrissent chez les vaincus un profond sentiment de honte. C’est un point important à relever : seul le déshonneur peut arracher des larmes au soldat romain, capable par ailleurs de résister aux pires souffrances physiques. On comprend alors mieux l’absence de larmes dans les récits des conflits postérieurs, même à l’issue des défaites retentissantes du début de la deuxième guerre punique. En effet, Tite-Live fait remonter à la défaite des Fourches Caudines un principe intangible de la diplomatie romaine : le refus de négocier en position de faiblesse, qui conduit le Sénat à rejeter l’accord conclu par les consuls. Comme l’a bien montré, entre autres, M. Engerbeaud, il s’agit très largement d’une reconstruction a posteriori17, mais il permet de comprendre la rareté des larmes versées dans la description des défaites postérieures, puisque, même battue à plate couture, la cité préserve son honneur en ne cédant rien à l’ennemi.
4Il importe donc maintenant d’examiner l’époque des guerres civiles du ier s. a.C pour laquelle les larmes des soldats sont un peu plus présentes dans les récits, y compris d’ailleurs ceux qui évoquent des conflits extérieurs. Sous la plume de César, un autre sentiment peut ainsi faire pleurer le soldat, cette fois non pas après, mais plutôt avant le combat : il s’agit de la peur, plus rarement évoquée, mais présente dans La guerre des Gaules18. C’est ce qui se produit avant la bataille de Besançon contre Arioviste :
Dum paucos dies ad Vesontionem rei frumentariae commeatusque causa moratur, ex percontatione nostrorum uocibusque Gallorum ac mercatorum, qui ingenti magnitudine corporum Germanos, incredibili uirtute atque exercitatione in armis esse praedicabant (saepe numero sese cum his congressos ne uultum quidem atque aciem oculorum dicebant ferre potuisse), tantus subito timor omnem exercitum occupauit, ut non mediocriter omnium mentes animosque perturbaret. Hic primum ortus est a tribunis militum, praefectis reliquisque qui ex urbe amicitiae causa Caesarem secuti non magnum in re militari usum habebant : quorum alius alia causa inlata, quam sibi ad proficiscendum necessariam esse diceret, petebat ut eius uoluntate discedere liceret ; non nulli pudore adducti, ut timoris suspicionem uitarent, remanebant. Hi neque uultum fingere neque interdum lacrimas tenere poterant ; abditi in tabernaculis aut suum fatum querebantur aut cum familiaribus suis commune periculum miserabantur. Vulgo totis castris testamenta obsignabantur. Horum uocibus ac timore paulatim etiam ii qui magnum in castris usum habebant, milites centurionesque quique equitatui praeerant, perturbabantur19.
5Il est important de relever que ce mouvement de panique est provoqué par une catégorie particulière de soldats : les officiers issus de l’ordre équestre. César en attribue en effet la responsabilité aux tribuns militaires et aux préfets. Leur patrimoine explique ainsi qu’ils se préoccupent de rédiger à temps leur testament. On peut ajouter qu’ils peuvent plus facilement dissimuler leurs larmes sous leur tente, puisqu’ils sont logés dans des tentes individuelles, alors que de simples soldats seraient contraints de pleurer devant leurs camarades. Selon César, dans un second temps seulement, cette peur panique se propage dans les rangs inférieurs de l’armée : soldats du rang, centurions et décurions. Certes, il ne s’agit pas d’une guerre civile, mais on peut mettre ce récit en perspective avec deux passages de Plutarque et d’Appien relatifs à la bataille de Pharsale au cours de laquelle César recommandait à ses troupes de frapper les Pompéiens au visage, car les partisans de son rival étaient des aristocrates qui ne supporteraient pas d’être défigurés20. Cette consigne est cependant absente du résumé de son allocution rédigé par César dans La guerre civile21.
6Dans un contexte de guerre civile imminente, César fustige ainsi des adversaires politiques encore potentiels au moment de la guerre des Gaules, devenus des adversaires réels au moment de la bataille de Pharsale. Il oppose ces chevaliers, qui ne servaient qu’un temps limité à l’armée, aux légionnaires et aux officiers subalternes, qui étaient alors devenus de fait des soldats quasi-professionnels. Dans l’économie du récit césarien, ces pleurs et cette peur servent de faire-valoir au discours prononcé ensuite par le proconsul pour galvaniser son armée. En effet, après l’avoir écouté, toute l’armée est prête à combattre Arioviste. Or, Cassius Dion, qui suit des sources défavorables à César, propose une version différente des mêmes faits. Chez Dion, en effet, la peur est évoquée, mais aucune larme n’est versée avant la harangue de l’imperator, en revanche une partie des troupes n’est toujours pas convaincue par ses paroles et continue d’appréhender les Suèves22. Les larmes permettent donc à César d’accentuer dans son récit un contraste dans le comportement de ses soldats avant et après son discours, un contraste qui n’existe pas dans le récit de Dion.
7Cet extrait de la Guerre des Gaules permet d’appréhender une caractéristique, essentielle à mon avis, des larmes des soldats : elles sont généralement attestées dans un contexte de tensions internes à la hiérarchie militaire. Il n’est donc pas étonnant qu’elles soient présentes dans les récits de guerres civiles, comme le montre un passage de la Guerre civile du même César :
Caesar prima luce omnes eos qui in monte consederant ex superioribus locis in planitiem descendere atque arma proicere iussit. Quod ubi sine recusatione fecerunt passisque palmis proiecti ad terram flentes ab eo salutem petiuerunt, consolatus consurgere iussit et pauca apud eos de lenitate sua locutus, quo minore essent timore, omnes conseruauit militibusque suis commendauit ne qui eorum uiolaretur, neu quid sui desiderarent23.
8Il s’agit de la reddition des Pompéiens après leur défaite à Pharsale, qui met en scène la clémence du vainqueur, avec des vaincus en position de suppliant, une attitude bien décrite par S. Rey dans son ouvrage24. On peut aller plus loin et remarquer que les larmes des soldats accompagnent le plus souvent un discours. À cet égard, l’extrait de la Guerre des Gaules cité représente plutôt une exception qu’une règle : les soldats ne font que pleurer sans argumenter. Au contraire, en général, les larmes interagissent étroitement avec la parole. Pendant les préparatifs de la bataille navale d’Actium, un officier de l’armée de Marc Antoine, pour essayer de convaincre le triumvir de combattre sur terre plutôt que sur mer, pleure devant lui avant de lui parler. Il est alors dans la position d’un orateur qui, au moins depuis Caius Gracchus25, doit être capable de recourir à toute la palette des émotions pour convaincre son auditoire :
Ἔνθα πεζοµάχον ἄνδρα τῶν ταξιαρχῶν λέγουσι παµπόλλους ἠγωνισµένον ἀγῶνας Ἀντωνίῳ καὶ κατατετριµµένον τὸ σῶά, τοῦ Ἀντωνίου παριόντος, ἀνακλαύςασθαι καὶ εἰπεῖν […].26
9Ce que Cicéron appelle l’actio fait ainsi partie de l’art oratoire, comme le rappelle A. Vial‑Logeay dans son chapitre de l’histoire des émotions27. Les larmes étaient donc associées à la parole, comme si seul celui qui pouvait parler clairement aux autres par la parole pouvait aussi leur adresser ses larmes.
10Dans ces conditions, on comprend que les contiones, les assemblées de soldats écoutant leur commandant en chef, représentaient le cadre privilégié dans lequel les larmes étaient versées. À l’armée, comme dans la cité, la contio correspondait à un véritable rituel politique qui se tenait au camp, ou en campagne, mais pas en situation de combat28. Ce rituel intervenait généralement avant et après une épreuve, ou à l’arrivée d’une nouvelle imprévue, ce qui se produisait souvent en temps de guerre civile. Mais il était également observé pour certaines occasions solennelles, comme la prestation du serment ou le versement de la solde. Les soldats n’assistaient donc pas à une contio en ordre de bataille, mais se plaçaient selon leur rang dans la hiérarchie militaire. Les légionnaires y manifestaient ainsi leur qualité de citoyens. L’objectif consistait alors à maintenir ou à retrouver l’adhésion de la troupe. Dans cette perspective, les larmes pouvaient constituer une sorte de terrain d’entente entre la troupe et le commandement dans la résolution des conflits. Ces contiones sont souvent représentées dans l’iconographie sur des monnaies ou des monuments, plutôt à l’époque impériale il est vrai29. Mais il s’agit alors de magnifier les manifestations d’un consensus entre la troupe et le commandement, alors que les sources narratives insistent plus souvent sur les moments de rupture. On comprend donc que les larmes soient absentes de l’iconographie militaire, mais présentes dans les sources narratives sur les guerres civiles. En effet, les légionnaires pleurent alors non pas sur leur sort individuel mais sur celui de Rome.
11Finalement, les larmes du légionnaire rappellent plus sa condition de citoyen que son expérience de combattant. Il ne pleure pas au combat, mais quand il doit se faire orateur en particulier si Rome est déshonorée, ou si elle est la proie des guerres civiles. Mais il faut évidemment tenir compte des points de vue des différents auteurs dont nous pouvons exploiter le témoignage. On ne peut pas non plus exclure des différences de sensibilité entre ceux-ci, certains faisant plus pleurer leurs personnages que d’autres. César décrit des soldats qu’il a commandés en personne, alors que, pour la plupart, les autres auteurs ne peuvent faire état d’une expérience comparable. Du fait de la disparition des derniers livres de Tite-Live, nous avons perdu son récit des guerres civiles. Nous ne pouvons donc malheureusement pas savoir s’il y faisait plus pleurer les soldats que dans celui de la deuxième guerre punique. En ce qui concerne les conflits postérieurs, une comparaison entre les Histoires et les Annales de Tacite suggère d’ailleurs que, dans sa dernière œuvre, les larmes des soldats sont aussi absentes que les guerres civiles. R. Syme constatait déjà qu’il était difficile de relever une éventuelle inspiration de Tite-Live dans le traitement par Tacite de l’année des quatre empereurs30. L’histoire des émotions a ainsi toute sa place dans les études sur l’armée romaine, mais elle doit tenir compte de multiples biais imposés par la documentation.
Bibliographie
Auliard, C. (2006) : La diplomatie romaine. L’autre instrument de la conquête. De la fondation à la fin des guerres samnites (753-290 av. J.-C.), Rennes.
Berrendonner, C. (2006) : “Les prisonniers de guerre romains durant le conflit samnite”, in : Caire & Pittia, éd. 2006, 157-173.
Berrendonner, C. (2009) : “Guerre du droit et droit de la guerre : les mésaventures de C. Hostilius Mancinus”, in : Chausson, dir. 2009, 23-34.
Cabouret, B. et Castelnuovo, G., éd. (2022) : Rome : éduquer et combattre. Un florilège en forme d’hommages, Avignon.
Caire, E. et Pittia, S., éd. (2006) : Guerre et diplomatie romaines (ive – iiie siècles av. J.-C.). Pour un réexamen des sources, Aix-en-Provence.
Chausson, F., dir. (2009) : Sénateurs, chevaliers romains, militaires, notables dans les provinces d’Occident (Espagnes, Gaules, Germanies, Bretagne), Paris.
Cosme, P. (2012) : L’année des quatre empereurs, Paris.
Cosme, P., Couvenhes, J.-C., Janniard, S., Traina, G. et Virol, M., dir. (2022) : Le récit de guerre comme source d’histoire, de l’Antiquité à nos jours, Besançon.
Couvenhes, J.-C., Crouzet, S. et Péré-Noguès, S., dir. (2011) : Pratiques et identités culturelles des armées hellénistiques du monde méditerranéen, Hellenistic Warfare, 3, Bordeaux.
David, J.-M. (1983) : “L’action oratoire de C. Gracchus : l’image d’un modèle”, in : Nicolet, dir. 1983, 103-116.
David, J.-M. (2000) : “Les contiones militaires des colonnes Trajane et Aurélienne : les nécessités de l’adhésion”, in : Scheid & Huet, éd. 2000, 213-226.
Engerbeaud, M. (2020) : Les premières guerres de Rome (753-290 av. J.-C.), Paris.
Engerbeaud, M. (2017) : Rome devant la défaite (753-264 av. J.-C.), Paris.
Fureix, E. (2009) : La France des larmes. Deuils politiques à l’âge romantique (1814-1840), Paris.
Le Bohec, Y. (2011) : “L’armée romaine des Gaules en 52 a.C. et de la nudité des Gauloises”, in : Couvenhes et al., dir. 2011, 245-265.
Nicolet, C., dir. (1983) : Demokratia et aristokratia, mots grecs et réalités romaines : à propos de Caius Gracchus, Paris.
Pina Polo, F. (1989) : Las contiones civiles y militares en Roma, Zaragoza.
Rey, S. (2017) : Les larmes de Rome. Le pouvoir de pleurer dans l’Antiquité, Paris.
Scheid, J. et Huet, V., éd. (2000) : Autour de la colonne aurélienne. Geste et image sur la colonne de Marc Aurèle à Rome, Turnhout.
Stouder, G. (2006) : “La guerre sans héraut”, in : Caire & Pittia, éd. 2006, 209-222.
Syme, R. (1958) : Tacitus, Oxford.
Vial-Logeay, A. (2016) : L’univers romain, in : Vigarello 2016, 64-85.
Vigarello, G., dir. (2011) : Histoire de la virilité. 1. L’invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières, Paris.
Vigarello, G., dir. (2016) : Histoire des émotions. 1. De l’Antiquité aux Lumières, Paris.
Wolff, C. [2016] (2022) : “Lendemains de défaite chez Tite-Live”, Rivista Storica dell’Antichità, 46, 9-26 = in : Cabouret & Castelnuovo, éd. 2022, 280-308.
Notes de bas de page
1Cosme 2012.
2Pour prendre quelques exemples significatifs : Tac., Hist., 1.82, 2.29, 2.45, 2.70 et 4.70.
3Cosme et al., éd. 2022.
4Vigarello 2011 et 2016.
5Vial-Logeay 2016.
6Rey 2017.
7Fureix 2009.
8Engerbeaud 2017, 222-225.
9Liv. 5.35-49 ; D.S. 14.113-116 et Plut., Cam., 19-29.
10Liv. 21.46 ; Plb. 3.65.
11Liv. 21.56 ; Plb. 3.72-74.
12Liv. 22.5-6 ; Plb. 3.84.
13Liv. 22.47-50 ; Plb. 3.106-118.
14Liv. 22.56.
15Liv. 9.4-5 (trad. Flobert, A., Paris, 1996) : “Quand l’ambassade communiqua ces dispositions, il y eut un tel concert de lamentations et une détresse si profonde parmi les Romains qu’ils n’auraient pas été plus affligés si on leur avait dit qu’ils étaient tous condamnés à mourir sur place. Un long silence s’établit. Les consuls étaient incapables d’ouvrir la bouche pour défendre un traité aussi scandaleux ou condamner un traité aussi nécessaire… Ils se lamentaient encore quand arriva l’heure fatale de l’humiliation […]”.
16Engerbeaud 2017, 429-431 et Engerbeaud 2020, 248.
17Auliard 2006, 210-212 ; Berrendonner 2006, 163-166 et Berrendonner 2009 ; Stouder 2006, 216-222 ; Engerbeaud 2017, 452-458 et Engerbeaud 2020, 247-248. Cet épisode a été réécrit à la lumière de la défaite du consul C. Hostilius Mancinus par les Numantins en 137 a.C.
18Le Bohec 2011, 260-262. Sur la peur du soldat chez Tite-Live, voir Wolff [2016] 2022, 21-24.
19Caes., G., 1.39 (trad. Constans, L. A., Paris, 1926) : “Tandis qu’il faisait halte quelques jours près de Besançon pour se ravitailler en blé et autres vivres, les soldats questionnaient, indigènes et marchands bavardaient : ils parlaient de la taille immense des Germains, de leur incroyable valeur militaire, de leur merveilleux entraînement : ‘bien des fois, disaient les Gaulois, nous nous sommes mesurés avec eux, et le seul aspect de leur visage, le seul éclat de leurs regards nous furent insoutenables.’ De tels propos provoquèrent dans toute l’armée une panique soudaine, et si forte qu’un trouble peu commun s’empara des esprits et des cœurs. Cela commença par les tribuns militaires, les préfets, et ceux qui, ayant quitté Rome avec César pour cultiver son amitié, n’avaient pas grande expérience de la guerre ; sous des prétextes variés dont ils faisaient autant de motifs impérieux de départ, ils demandaient la permission de quitter l’armée ; un certain nombre pourtant, retenus par le sentiment de l’honneur et voulant éviter le soupçon de lâcheté, restaient au camp : mais ils ne pouvaient composer leur visage ni s’empêcher, par moments, de pleurer ; ils se cachaient dans leurs tentes pour gémir chacun sur leur sort ou pour déplorer, en compagnie de leurs intimes, le danger qui les menaçait tous. Dans tout le camp on ne faisait que sceller des testaments. Les propos, la frayeur de ces gens peu à peu ébranlaient ceux-là même qui avaient une grande expérience militaire, soldats, centurions, officiers de cavalerie”.
20Plut., Caes., 45 et App., BC., 2.76.
21Caes., Civ., 3.90.
22D.C. 38.35-47.
23Caes., Civ., 3.98 (trad. Balland, A., Paris, 1997) : “Dès l’aube, César enjoignit à tous ceux qui s’étaient arrêtés sur la montagne de descendre des hauteurs dans la plaine et de jeter leurs armes. Lorsqu’ils l’eurent fait sans protestation, et que, les mains étendues, ils se furent jetés à terre pour demander grâce en pleurant, César les rassura, les fit se relever, leur dit quelques mots de sa clémence pour diminuer leur effroi, leur laissa la vie à tous, et recommanda à ses soldats qu’il ne fût fait aucune violence, et qu’on ne leur enlevât rien de ce qui leur appartenait”.
24Rey 2017, 123-156.
25David 1983.
26Plut., Ant., 64 (trad. Ozanam, A.-M., Paris, 2001) : “Alors, un officier d’infanterie qui avait livré un très grand nombre de combats pour Antoine et dont le corps était criblé de blessures, se mit à pleurer, dit-on, quand Antoine passa près de lui, et s’écria […]”.
27Vial-Logeay 2016, 67-71.
28Pina Polo 1989, 199-361.
29David 2000.
30Syme 1958, 191-202.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Architecture romaine d’Asie Mineure
Les monuments de Xanthos et leur ornementation
Laurence Cavalier
2005
D’Homère à Plutarque. Itinéraires historiques
Recueil d'articles de Claude Mossé
Claude Mossé Patrice Brun (éd.)
2007
Pagus, castellum et civitas
Études d’épigraphie et d’histoire sur le village et la cité en Afrique romaine
Samir Aounallah
2010
Orner la cité
Enjeux culturels et politiques du paysage urbain dans l’Asie gréco-romaine
Anne-Valérie Pont
2010
