Nouvelles colonies, nouveaux enjeux ? La citoyenneté romaine en Italie au lendemain de la deuxième guerre punique
p. 107-122
Texte intégral
1Dans la longue histoire du processus de colonisation mené par Rome en Italie, les lendemains de la deuxième guerre punique ont principalement retenu l’attention des historiens à deux titres : d’abord, l’apparition de colonies romaines d’un nouveau type, plus peuplées et plus vastes ; ensuite, le ralentissement, puis l’arrêt, des déductions de colonies latines, dont Luca, fondée en 179 en Ligurie, est la dernière représentante dans la péninsule. Ces modifications ont été très diversement mobilisées par les savants dans l’analyse des suites de la deuxième guerre punique et la compréhension des évolutions de l’État romain au début du iie s. a.C. en tant que cité, tout comme dans ses rapports avec les communautés d’Italie. Un bilan critique s’avère ainsi nécessaire afin de réexaminer d’abord la pertinence du constat proposé et de rappeler brièvement les hypothèses élaborées pour en rendre compte. C’est sur cette base qu’il est possible de reprendre à nouveaux frais le dossier, afin de proposer une lecture en partie renouvelée des processus coloniaux en Italie durant la première moitié du iie siècle. L’enjeu ne réside pas ici dans l’évaluation point par point d’une tradition historiographique dense et complexe, mais plutôt de révéler, à travers les évolutions de la colonisation, des changements structurels profonds au sein de l’État romain. Les fondations coloniales, tout comme les assignations viritanes, offrent un poste d’observation particulièrement riche des recompositions politiques et sociales qui touchent Rome au sortir de la crise hannibalique, et avec elle l’Italie, et particulièrement de la conception que développent les élites dirigeantes d’une part des rapports de Rome en tant que cité-État avec la péninsule et d’autre part de la citoyenneté romaine. Ainsi, ce sont moins les transformations concrètes de la colonisation qui apparaissent déterminantes dans l’analyse proposée – d’autant moins que demeurent des zones d’ombre parfois difficilement réductibles – que leurs conditions de possibilité. Celles-ci manifestent le poids déterminant de la deuxième guerre punique dans la longue histoire qui, des débuts de la conquête de la péninsule jusqu’à la Guerre sociale, a mené Rome à imposer un modèle de domination des territoires italiens et d’unification juridique de ses populations. Si la violence des affrontements contre les socii en 90-88 a.C. et ses conséquences spectaculaires en termes politiques matérialisent un point de bascule majeur dans la construction de l’État romain, les premières décennies du iie siècle apparaissent tout autant décisives pour comprendre comment Rome inventa une nouvelle citoyenneté1.
La colonisation du début du iie siècle au prisme de l’historiographie
2L’historiographie s’accorde sur deux évolutions principales des formes de la colonisation à partir de la décennie 180. Pour les colonies romaines sont visibles tout à la fois l’augmentation du nombre de colons recrutés à l'occasion de certaines fondations et celle de la surface des lots de terre attribués à chacun (tab. 1), en regard des maigres informations données par les sources littéraires sur de possibles habitudes antérieures ; on retient en effet que les colonies romaines “traditionnelles” comptaient 300 familles de colons recevant chacune 2 jugères de terre2. Parallèlement, certaines nouvelles colonies furent désormais établies à l’intérieur des terres alors qu’auparavant les positions littorales étaient privilégiées.
Tableau 1. Les données des sources littéraires sur les colonies de droit romain postérieures à la deuxième guerre punique (200-167 a.C.).
| Colonies romaines | Nombre de colons | Lots (jugeres) | Triumvirs fondateurs | Sources | Situation |
| Volturnum (194) | 300 | - | M. Servilius Pulex Geminus, Q. Minucius Thermus, T. Sempronius Longus | Liv. 32.29.3-4 ; Liv. 34.45.1-2 | côte |
| Liternum (194) | 300 | - | idem | Liv. 32.29.3-4 ; Liv. 34.45.1-2 | côte |
| Puteoli (194) | 300 | - | idem | Liv. 32.29.3-4 ; Liv. 34.45.1-2 | côte |
| Salernum (194) | 300 | - | idem | Liv. 32.29.3-4 ; Liv. 34.45.1-2 | côte |
| Buxentum (194) | 300 | - | idem | Liv. 32.29.3-4 ; Liv. 34.45.1-2 | côte |
| Sipontum (194) | - | - | D. Iunius Brutus, M. Baebius Tamphilus, M. Helvius | Liv. 34.45.3-5 | côte |
| Tempsa (194) | - | - | L. Cornelius Merula, C. Salonius et Q. < . . . > | Liv. 34.45.3-5 | côte |
| Croton (194) | - | - | Cn. Octavius, L. Aemilius Paulus, C. Laetorius | Liv. 34.45.3-5 | côte |
| Pisaurum (184) | - | 6 | Q. Fabius Labeo, M. Fulvius Flaccus, Q. Fulvius Nobilior |
Liv. 39.44.10-11 | côte |
| Potentia (184) | - | 6 | idem | Liv. 39.44.10-11 | côte |
| Mutina (183) | 2000 | 5 | M. Æmilius Lepidus, L. Quinctius Crispinus, T. Aebutius Parrus | Liv. 39.55.7-8 | intérieur des terres |
| Parma (183) | 2000 | 8 | M. Æmilius Lepidus, L. Quinctius Crispinus, T. Aebutius Parrus | Liv. 39.55.7-8 | intérieur des terres |
| Saturnia (183) | - | 10 | Q. Fabius Labeo, C. Afranius Stellio, T. Sempronius Gracchus | Liv. 39.55.9 | intérieur des terres |
Graviscæ (181) |
- | 5 | P. Claudius Pulcher, C. Calpurnius Piso, C. Terentius Istra | Liv. 40.29.1-2 | côte |
| Luna (177) | 2000 | (51,5) | M. Æmilius Lepidus, Cn. Sicinius, L. Aelius Tubero3 | Liv. 41.13.4-5 | côte |
3La seconde évolution intéresse les colonies latines. Plus aucune n’est fondée après 179 en Italie, au terme de deux décennies qui seraient marquées par une certaine réticence du Sénat à opter pour des déductions coloniales de ce type. D’un point de vue quantitatif, les fondations de colonies romaines se révèlent plus nombreuses durant les trois premières décennies du iie siècle (quinze – ou dix-huit – contre cinq colonies latines)4. Pour la première fois au regard de périodes antérieures comparables, le rapport s’inverse clairement : entre 338 et 295, Rome fonda dix colonies latines et quatre colonies romaines, puis, entre 295 et 241, dix colonies latines et sept colonies romaines.
4Si ce double constat rencontre l’adhésion de la plupart des historiens, loin s’en faut des explications proposées. Un premier groupe d’historiens fonde avant tout l’analyse sur les liens d’interdépendance entre les deux types de cités. La mise en place de colonies romaines renforcées expliquerait l’abandon progressif des colonies latines, ou inversement5. La valeur nouvelle accordée à la citoyenneté romaine au lendemain de la victoire romaine contre Carthage amplifierait le phénomène6. D’autres envisagent l’évolution de la colonisation des débuts du iie siècle avant tout comme un dommage collatéral d’enjeux politiques plus larges. Ainsi, l’accent a été mis sur une dégradation des relations entre Romains et Italiens ayant amené le Sénat à mettre un frein aux colonies latines, puisqu’elles permettaient à des alliés d’obtenir des terres7. La fin de la colonisation latine témoignerait d’une politique marquée par une “réaction brutale contre l’ouverture de la cité” et illustrerait le “succès d’une tendance conservatrice” à partir de la décennie 1808. Un dernier type d’argumentaire évalue les évolutions de la colonisation à l’aune d’un contexte politique de plus en plus concurrentiel, où l’aristocratie romaine s’attèle à la captation et au contrôle de clientèles toujours plus nombreuses9.
5Sans discuter point par point les fragilités et les limites de chacune de ces interprétations, par ailleurs nécessairement simplifiées ici, quelques points particulièrement saillants méritent d’être discutés afin d’envisager sous un angle nouveau les modifications observées dans les colonies au début du iie s. a.C.
Permanences et innovations ponctuelles
6La nature même du constat formulé par l’historiographie mérite d’être rapporté à notre faible degré d’information : seules trois colonies romaines sur quinze offrent des données complètes et sept présentent au moins une caractéristique en décalage par rapport au modèle dit traditionnel (effectifs, lots de terre ou situation géographique)10. Ce sont en réalité avant tout les colonies de 194 qui ont servi à la construction d’un modèle dont la validité reste mal assurée.
7Par ailleurs, il apparaît peu légitime de voir dans ces colonies romaines modifiées des équivalents, ou des substituts, des colonies latines, comme le suggère, par exemple, la formule “Roman Latin-type colony” utilisée par A. J. Toynbee pour les qualifier11. À la même période, les colonies latines révèlent en effet des caractéristiques bien différentes, notamment pour la taille des lots de terre12. Certes, des changements se font jour – auxquels Tite-Live ou ses sources portent eux-mêmes une attention spécifique en mentionnant des chiffres – mais ils restent ponctuels, sans pouvoir être considérés comme de nouveaux standards définis par le Sénat.
Tableau 2. Données chiffrées connues sur les colonies latines de la première moitié du iie s. a.C. en Italie.
| Colonies | Nombre de colons | Lots (jugères) | Sources |
| Vibo Valentia (194) | 4000 | 15 (fantassins) 30 (cavaliers) |
Liv. 34.53.1-3 et 35.40.5-6 |
| Copia (194) | 3300 | 20 (fantassins) 40 (cavaliers) |
Liv. 34.53.1-3 et 35.9.7-9 |
| Bononia (189) | 3000 | 50 (fantassins) 70 (cavaliers) |
Liv. 37.57.7-8 |
| Aquileia (181) | 3000 fantassins + centurions + cavaliers | 50 (fantassins) 100 (centurions) 140 (cavaliers) |
Liv. 40.34.2-3 |
| Luca (179) | ? | ? | Liv. 40.43.1 Vell. Pat. 1.15.2 |
8Le constat d’une désaffection envers les colonies latines mérite à cet égard d’être réexaminé. Le rapport entre colonies romaines et colonies latines découle avant tout des huit fondations de 194, exceptionnelles à bien des égards. Jamais Rome n’avait déduit autant de colonies une seule et même année. Plusieurs facteurs jouent et avant tout un contexte inédit de démobilisation des armées consulaires13. Une approche diachronique et géographique de la colonisation des années 200-167 permet d’aller au-delà d’une approche purement comptable. Elle montre en effet que les processus coloniaux se répartissent en trois phases bien distinctes. Durant la décennie 190, l’État romain concentre l’effort colonial sur l’Italie méridionale, particulièrement sur les côtes. Au cours de la décennie suivante, l’ensemble des colonies fondées se situent au nord d’une ligne reliant l’Étrurie au Picénum. Enfin, les deux colonies de la décennie 170 intéressent les territoires ligures. On peut remarquer que pour chacune de ces trois phases, le Sénat organise la co-présence de colonies romaines et de colonies latines dans chaque grande zone, poursuivant une politique attentive à un certain équilibre. La déduction isolée de Bononia en 189, alors même qu’initialement deux colonies latines avaient été prévues, a pu être envisagée comme un signe de cette désaffection vis-à-vis des colonies latines, celle de l’État ou des citoyens et alliés potentiellement invités à s’y inscrire. L’argument est fragile : le fait que le Sénat ait projeté la déduction de deux colonies latines à l’origine indique qu’il n’y était pas réticent14. Surtout, l’année 189 fut aussi celle du renforcement de Cremona et de Placentia. Ces deux opérations rendaient sans doute plus complexe, ou moins nécessaire, la déduction de deux colonies latines supplémentaires, d’autant plus que l’ensemble de ces opérations fut pris en charge par une seule et même commission triumvirale. De manière plus globale, peut-on réellement évoquer une réticence de Rome à fonder des colonies latines, voire une méfiance à l’égard de ces cités, alors même qu’elle répondait favorablement à l’ensemble ou presque des demandes de renforcement portées par celles-ci15 ?
9De fortes continuités caractérisent les processus coloniaux au lendemain de la deuxième guerre punique. La déduction de plusieurs colonies maritimes sur les littoraux tyrrhénien, adriatique et ionien s’inscrit dans la lignée des opérations médio-républicaines16. La prise en main de plusieurs ports et le renforcement de la présence romaine sur ces espaces répondent notamment à l’évolution des conditions que représentent le danger carthaginois, encore présent aux yeux du Sénat, et la multiplication des théâtres d’opérations en Méditerranée orientale. Les colonies latines présentent aussi des caractéristiques qui les inscrivent dans la tradition : Bononia (189) sécurise par exemple le territoire pris aux Boïens en 19117. La fondation d’Aquileia (183) intervient au lendemain d’incursions gauloises en territoire vénète18 et joue le rôle d’État-tampon, habituel pour les colonies latines, à l’instar de Luca déduite en 17919.
10L’ensemble de ces remarques amène à réévaluer sans les minorer les évolutions de la colonisation au lendemain de la deuxième guerre punique. L’État romain, au début du iie siècle, ne refonde pas entièrement les formes de la colonisation et ne propose pas non plus un nouveau modèle de colonisation. Opposer des colonies romaines entièrement standardisées aux ive et iiie siècles à des colonies affranchies de potentiels standards antérieurs au début du iie siècle revient à négliger d’une part la variété des processus coloniaux avant la deuxième guerre punique et d’autre part les permanences observées au début du iie siècle. En revanche, des écarts ponctuels se laissent appréhender, qui incitent à déplacer quelque peu le regard vers l’intensité du phénomène colonial et vers ses promoteurs, afin d’embrasser plus largement les conditions politiques renouvelées dans lesquelles s’inscrivent les colonies.
La citoyenneté romaine au miroir de la colonisation :
une conception renouvelée
11Entre 202 et la moitié du iie siècle, vingt colonies au minimum sont fondées par Rome dans la péninsule italienne, alors que depuis 338, trente-et-une colonies avaient été déduites. L’intensité des opérations est réelle, alors même qu’elles se concentrent essentiellement sur les trois premières décennies du iie siècle, les huit colonies de 194 n’ayant pas de précédent dans l’histoire de la conquête. Les importantes démobilisations de la période peuvent en rendre compte : T. Quinctius Flaminius (cos. 198) revenu de Macédoine, Caton (cos. 195) de retour d’Espagne. On souligne parfois que la taille des colonies romaines les rendait inadaptées à l’absorption des vétérans démobilisés20. Ce raisonnement est sans doute à inverser. C’est plus sûrement la disponibilité d’un nombre important de vétérans qui ouvrait la possibilité de fonder des colonies maritimes, puisque celles-ci avaient une dimension militaire affirmée de surveillance des côtes. D’autres moyens existaient de récompenser des vétérans, par le biais d’assignations viritanes, par le renforcement de colonies existantes. Les démobilisations n’apportent quoi qu’il en soit qu’une explication limitée à la forte activité coloniale de l’après-deuxième guerre punique. L’analyse des différentes fondations révèle la multiplicité des enjeux qui les traversent et, partant, un investissement renforcé, multiforme et partiellement nouveau de l’aristocratie dirigeante dans ces processus. Il convient pour ce faire de ne pas considérer les différentes déductions comme le résultat d’une politique coloniale, conçue comme unitaire et pilotée par le Sénat, mais bien d’envisager l’implication personnelle et ciblée de plusieurs membres de l’aristocratie, dont les intérêts convergeaient parfois avec ceux du Sénat.
12Les déductions de 194 en offrent une première illustration. Les sites choisis s’accordent sans trop de difficultés à des objectifs militaires, la surveillance des côtes ayant depuis longtemps préoccupé Rome. Parmi les huit colonies déduites cette année-là, Puteoli et Liternum révèlent leur caractère mixte, tout à la fois stratégique et économique. G. Camodeca a montré de manière convaincante comment ces deux ports intéressaient au plus haut point il gruppo di Scipione21. Les liens de Scipion avec Liternum, lieu où il s’exila et mourut22, sont bien connus. Rien ne permet de trancher entre deux hypothèses cependant : l’Africain s’est-il retiré à Liternum car la colonie avait pu accueillir certains de ses vétérans ou sa famille y possédait-elle déjà une villa avant 19423 ? Le choix de faire de Puteoli une colonie semble également s’accorder aux intérêts commerciaux de Scipion. Censeur en 199, il y avait organisé un portorium, ainsi qu’à Capoue et Salerne. Dès 214 selon Tite-Live, la guerre avait eu des conséquences économiques favorables pour ce port dont le trafic s’était intensifié24. Soulignons aussi que C. Laelius (cos. 140) possédait une villa à Puteoli, indice que sa famille avait possiblement développé des intérêts dans cette région, son père, le consul homonyme de 190 ayant été un ami de Scipion25. À ce stade, il est opportun de revenir sur le constat de X. Lafon :
“Rappelons seulement que [l'occupation du littoral tyrrhénien par les Romains] prit jusque dans le premier quart du iie siècle la forme de colonies maritimes. Il s’agissait donc d’une affaire d’État, à but essentiellement défensif. La peur générale d’un retour d’Hannibal par mer apparaît assez clairement dans de nombreux passages de Tite-Live relatifs à cette période. Parallèlement, mais destinée à se prolonger bien plus longuement, la crainte des pirates contribue à renforcer ce sentiment d’insécurité du littoral. Il convient de le garder présent en mémoire quand on entreprend de comprendre la création des premières villas littorales, c’est-à-dire l’établissement de citoyens à titre privé sur cet espace du monde romain qui demeure, malgré la présence de ces nombreuses colonies, particulièrement exposé26.”
13L’historien établit un lien direct entre la colonisation “étatique” du littoral latin et campanien et l’installation de villas maritimes. On est tenté d’aller plus loin, voire de renverser en partie la perspective, en affirmant que l’aristocratie romaine n’a pas attendu la mise en place d’un programme défensif côtier pour s’installer sur les rivages tyrrhéniens mais qu’elle l’a très certainement encouragée et favorisée, à l’instar de Scipion l’Africain, conscient que l’exploitation économique de ces régions – à son profit et celui de ses proches notamment – profiterait d’un cadre communautaire et officiel, dans un contexte encore marqué par des dangers variés27.
14Une décennie plus tard, les déductions de Parma, Mutina et Luna illustrent elles aussi l’implication et la volonté personnelles d’un aristocrate de haut rang. Outre la surface des lots de terre et le nombre de colons, caractéristiques largement notées, il s’agit des trois seules colonies pour lesquelles l’on possède, grâce à Tite-Live, des données chiffrées complètes et, enfin, de trois colonies fondées par une commission triumvirale dont M. Æmilius Lepidus fut le président. Ce dernier point apparaît crucial dans la compréhension de ces fondations28. L’implication d’un aristocrate de son rang dans ces processus ne va pas de soi29. Elle se comprend au regard des zones concernées et de la carrière du personnage : à partir de son consulat de 187, il est particulièrement actif en Cisalpine et en fait un territoire d’intervention quasi monopolistique. Elle reste remarquable néanmoins : aucun autre membre de l’élite dirigeante n’a participé à autant de fondations coloniales30. Ainsi, cet élément nécessite d’être pris en compte dans la réflexion sur les innovations en matière de colonie. La personnalité de M. Æmilius Lepidus importe au premier chef. Un premier faisceau d’explications renvoie à la dimension clientélaire de ces fondations. Elles s’inscrivent dans une carrière politique que le consul de 187 avait tôt assise sur un soutien populaire. Promoteur de la porticus Æmilia – infrastructure qui devient incontournable dans le ravitaillement de l’Vrbs – lors de son édilité en 193, il peut s’illustrer de nouveau en 191 en assurant lors de sa préture en Sicile la fourniture en blé des légions romaines aux prises avec Antiochus III31. Puis, après sa victoire sur les Ligures en 187, il procède à l’érection d’un temple à Junon Reine, dont la dédicace intervient en 179 lors de la censure de M. Æmilius Lepidus, et d’un autre à Diane. F. Coarelli a démontré la dimension plébéienne de ces deux monuments32 et leur érection complète de manière cohérente une carrière orientée par la volonté du triomphateur de bénéficier du soutien de la plèbe. Dans cette perspective, la création de colonies romaines plus importantes s’insère harmonieusement au sein d’une stratégie clientélaire : si les colons partis à plusieurs centaines de milles de Rome représentent difficilement un réservoir de voix lors des élections – mais non totalement négligeable pour autant –, ils restent une assise potentielle et leurs proches demeurés dans l’Vrbs pouvaient également peser lors des élections33. La personnalité et la carrière de M. Æmilius Lepidus apparaissent ainsi déterminantes dans la définition des modalités de la colonisation et l’on peut légitimement se demander s’il ne fallait pas tout le poids de cet aristocrate pour les imposer.
15Le caractère déterminant des enjeux clientélaires et l’intérêt renforcé des élites politiques pour les processus coloniaux relativise l’idée d’une “politique” coloniale, dictée de manière univoque par le Sénat ou plus largement par une classe dirigeante unanime sur la question. Chaque déduction résulte – certes plus ou moins explicitement dans les sources – de débats, de luttes d’influence et de rapports de force entre aristocrates, même si tout indique un consensus large sur la colonisation comme outil politique polyvalent34. Il est en revanche nécessaire de comprendre comment M. Æmilius Lepidus fut en capacité de déduire des colonies romaines dont les formes pouvaient apparaître en partie inédites et, plus largement, pourquoi l’élite aristocratique intensifia son investissement dans le processus colonial durant les trois premières décennies du iie siècle. Pour les cas de Parma et Mutina, l’usage voulant que l’on associât colonies latines et colonies romaines au sein d’une même région35 et la Cisalpine n’ayant jusqu’à lors accueilli que des colonies latines (Placentia et Cremona en 218, Bononia en 189), y installer des colons romains se justifiait de ce point de vue. Cela ne rend compte qu’imparfaitement des choix opérés par M. Æmilius Lepidus et de la décision du Sénat de ne pas s’y opposer. Ce sont bien aussi et surtout des conditions structurelles redéfinies qui autorisent certains changements. En ce sens, le processus colonial partiellement innovant de l’après-deuxième guerre punique se présente comme un témoin de l’évolution de la citoyenneté romaine au cours de cette période et en amont de la guerre sociale. L’intensification de la colonisation, le recours accru aux colonies de droit romain – plutôt que la désaffection pour les colonies latines –, l’éloignement géographique des colonies romaines de l’Vrbs, sont autant de signes d’une conception transformée de l’État romain, au moins chez une partie de l’aristocratie romaine.
16Le programme colonial du premier quart du iie siècle mené par L. Æmilius Lepidus, renoue par son ampleur – trois colonies de 6000 foyers, soit entre 15 000 et 20 000 individus –, avec une politique d’extension géographique de la citoyenneté que Rome n’avait pas connue depuis près de cinquante ans. À cet égard, on a peu souligné un fait d’importance : cette diffusion géographique de citoyens romains ne donne pas lieu à la création de nouvelles tribus, alors même que, un demi-siècle plus tôt, les opérations menées en Sabine, dans l’ager Praetuttianus et dans le Picénum s’étaient accompagnées de la mise en place de deux tribus nouvelles. Depuis le début du ive siècle et le commencement de l’expansion territoriale romaine dans la péninsule, l’extension de l’ager romanus avait entraîné quasi systématiquement la création de nouvelles tribus au fur et à mesure de l’intégration des peuples d’Italie dans la citoyenneté romaine et/ou de l’installation de citoyens romains hors de Rome. L’année 241 marqua l’arrêt de ce processus : les deux dernières tribus rurales furent créées, la Velina et la Quirina, en lien avec des confiscations et des installations viritanes en Sabine et dans le Picénum, et avec l’extension de la ciuitas optimo iure36. En aval de cette date, l’extension géographique de la citoyenneté romaine marque le pas, en raison des affrontements avec Carthage et avec les Gaulois dans la plaine du Pô37, et l’opportunité de créer de nouvelles tribus resta sans doute en-dehors des débats politiques. En revanche, l’absence de création de toute nouvelle tribu dans le premier tiers du iie siècle, et plus encore de toute mention dans les sources disponibles d’un débat relatif à cette question, interroge. Toutes les opérations coloniales n’impliquaient certes pas la création d’une tribu supplémentaire mais la déduction de deux colonies romaines importantes en Gaule Cisalpine – Parma et Mutina – aurait justifié une action en ce sens. En inscrivant les colons dans la Pollia, l’État romain procédait à une extension très importante de l’assise territoriale de cette tribu dans une zone encore vierge de droit romain, que ce soit sous forme individuelle ou communautaire38.
17Le fait résonne avec plusieurs événements des premières décennies du iie siècle. La question des tribus, loin d’avoir déserté la scène politique, occupe en réalité à plusieurs reprises les dirigeants romains, créant des dissensions nombreuses. La lex Terentia (189) a pu concerner les tribus, si l’on accepte l'hypothèse qu’elle obligeait les censeurs de l’année 189-188 à inscrire les fils d’affranchis dans les tribus rurales39. En 188, les débats relatifs à l’octroi de la citoyenneté complète à trois municipes se concentrent, selon Tite-Live40, sur le choix des tribus au sein desquelles inscrire les nouveaux citoyens. Si la censure suivante, celle de Caton et L. Valerius Flaccus, ne s’illustre pas par des difficultés relatives à l’inscription de nouveaux citoyens, la question ressurgit en revanche lors de la censure de M. Æmilius Lepidus et M. Fulvius Nobilior : tous deux firent voter en 179 une rogatio dont Tite-Live fournit un résumé malheureusement très imprécis mais qui, malgré les incertitudes, introduisait très vraisemblablement des modifications dans les rapports entre recensement et tribus41. En 169, le censeur Ti. Sempronius Gracchus prend une mesure pour exclure les affranchis des tribus rurales42. Tout se passe comme si les termes du débat s’étaient sensiblement modifiés en l’espace d’une cinquantaine d’années. Le projet de doter Rome de deux tribus rurales supplémentaires avait sans doute été porté dès la fin de la décennie 270 par M’. Curius Dentatus, mais la mort de celui-ci avait entraîné un délai d’une trentaine d’années pour sa réalisation effective, signe de possibles résistances jusqu’en 24143. Une dizaine d’années plus tard, les assignations viritanes de C. Flaminius Nepos en 232 provoquèrent de vives tensions avec le Sénat, aux enjeux malheureusement flous à nos yeux44. Comme l’a proposé U. Hackl, rien n’exclut que le débat ait porté sur l’opportunité de créer de nouvelles tribus45. Les difficultés furent résolues par l’inscription des citoyens bénéficiaires au sein de deux tribus déjà présentes sur les territoires concernés : la Pollia, qui était celle des colonies romaines de Sena Gallica et d’Aesis46, et la Velina à laquelle avaient été rattachés les citoyens présents dans le Picénum depuis 268. Ainsi, entre la fin de la troisième guerre samnite et le début de la deuxième guerre punique, la question des distributions viritanes, associée à celle des tribus, agita la vie politique romaine. Au début du iie siècle en revanche, ni les assignations de Scipion en Apulie et dans le Samnium47, ni le programme colonial partiellement innovant de M. Æmilius Lepidus, ni enfin les distributions de terres uiritim en 173 ne font naître de contestations dont les sources auraient conservé la trace48. Si la question des tribus se pose, c’est semble-t-il de manière tout à fait différente. Les sources restent muettes sur toute proposition ou débat relatif à la création de nouvelles tribus, mais les enjeux liés à l’inscription de nouveaux citoyens et de colons dans les tribus existantes traversent toute la première moitié du iie siècle. À ce titre, la décision finale relative au choix des tribus accueillant les nouveaux citoyens de plein droit de Formiae, Fundi et Arpinum est à envisager comme un indice d’une évolution notable, ainsi que le souligne L. R. Taylor. Alors que le principe d’extension par voisinage – quasi systématique jusqu’alors – aurait dû conduire à ce que les nouveaux citoyens rejoignissent la Terentina ou l’Oufentina, les habitants de Formiae et Fundi furent inscrits dans l’æmilia et les Arpinates dans la Cornelia, résultat probablement voulu par le clan des Cornelii-Scipiones qui consolidaient ainsi leur position politique49. Mal connue, la rogatio de 179, alors que M. æmilius Lepidus est censeur, a pu vouloir s’atteler aux modalités de l’inscription dans une tribu des citoyens romains, anciens et nouveaux, partis rejoindre une colonie depuis la dernière censure : Mutina et Parma en 183, Graviscæ en 181, Saturnia en 179.
18Accepter des colonies de citoyens romains plus importantes, parmi les plus éloignées de Rome, faire consensus autour d’assignations viritanes l'ampleur et renoncer à créer de nouvelles tribus convergent vers un même constat : la classe dirigeante romaine affirme que la présence numérique forte, massive, de citoyens romains à grande distance de Rome ne nécessite plus une adaptation systématique du système des tribus, autrement dit que la territorialisation de l’État romain – déjà largement entamée – est désormais largement acceptée, et ce d’autant plus facilement que ne pas augmenter le nombre de tribus apaisait sans doute la compétition aristocratique50. Mais l’augmentation de la taille de certaines colonies, leur éloignement de la côte parfois, voulus par leurs fondateurs et acceptés par le Sénat, disent plus que cela. Cela s’accompagne en effet d’interventions édilitaires commanditées par les magistrats romains qui tendent vers la normalisation civique des colonies. En faisant ériger un temple de Jupiter à Pisaurum et à Potentia, deux colonies fondées en 184, le censeur de 174 a.C. énonce que ces deux établissements existent désormais avant tout en tant que cadre civique communautaire où s’exerce la citoyenneté romaine51. Il proclame qu’une double vie civique, une double appartenance, locale et romaine, sont compatibles avec le fonctionnement de l’État romain et la conception qu’en a sa classe dirigeante. Ce qui pouvait encore sembler devoir rester l’exception au milieu du iiie siècle ne l’est plus : la citoyenneté romaine se détache en partie de sa définition territoriale et les évolutions de la colonisation de droit romain – qui visent moins à se substituer aux colonies latines qu’à permettre un développement réel des colonies romaines52 – signent en ce sens une étape claire. Au travers des processus coloniaux du début du iie siècle se révèle un consensus assez large autour d’une conception renouvelée de la citoyenneté romaine et des structures de l’État romain. Cette évolution ne se comprend entièrement qu’en lien avec une autre : celle des municipes et de la ciuitas sine suffragio. L’année 268 marque la fin de la diffusion de la ciuitas sine suffragio et l’année 188 offre le seul exemple documenté d’une procédure ayant permis le passage de la citoyenneté sans suffrage à l’optimum ius. Les premières décennies du iie siècle marqueraient ainsi la fin d’un processus graduel qui avait vu la plupart des communautés jouissant d’une citoyenneté incomplète accéder à la ciuitas optimo iure53. Ce qui au départ avait été considéré comme une exception était devenu la règle. On ne peut que mettre en relation ce très large “processus d’unification juridique” avec ce que les sources autorisent à connaître des conceptions intellectuelles, géographiques et géopolitiques de l’Italie telles qu’elles s’affirment chez une partie de l’élite aristocratique. Déjà bien analysé, le développement d’une vision unitaire de l’Italie sous domination romaine au lendemain de la deuxième guerre punique entre en résonance avec de profondes évolutions juridiques54. La fin des déductions de colonies latines au sein de la péninsule, qui offre désormais un cadre de développement naturel pour la citoyenneté romaine, doit sans doute plus à leur caractère obsolète aux yeux des aristocrates romains qu’à une désaffection des citoyens romains ou à une méfiance de l’État à leur égard. À ce titre, la fondation de colonies latines dans les provinces dénote elle aussi l’évolution de la perception de l’Italie et de sa spécificité au sein de l’ensemble des territoires dominés par la nouvelle puissance méditerranéenne55.
19Dans un article publié en 2014, J.-M. David proposait un “état de la recherche” sur la question de la citoyenneté à Rome et en Italie au lendemain de la guerre sociale qui, en réalité, allait bien au-delà d’un bilan historiographique et scientifique56. L’analyse de la nouvelle conception de la citoyenneté corrélative à la municipalisation de l’Italie amène notamment l’auteur à signaler que les innovations consécutives aux lois Iulia et Plautia Papiria s’avéraient certes majeures mais qu’elles ne pouvaient être vues comme inédites. Changement d’échelle plutôt que nouveauté radicale, norme plutôt qu’exception : désormais, il devenait en effet commun de vivre selon une “appartenance emboîtée”, puisque jusqu’alors seuls les habitants des municipes et des colonies avaient connu une telle situation57. L’analyse proposée dans cet article souscrit entièrement à ce constat et propose de voir dans les lendemains de la deuxième guerre punique un autre moment fondateur : dans la longue histoire de la citoyenneté romaine depuis le milieu du ive s. a.C., des modalités de la conquête et de l’organisation des territoires italiens ainsi que des rapports entre Rome et les communautés de la péninsule, les décennies qui suivent la deuxième guerre punique marquent une étape cruciale sans doute préparée par les processus coloniaux des décennies centrales du iiie siècle et accélérée par l’affrontement contre Carthage. L’historiographie a largement montré les conséquences de celui-ci sur les structures encore jeunes de la domination de Rome sur l’Italie et sur les sociétés péninsulaires elles-mêmes. L’histoire de la colonisation révèle cependant une autre facette des suites de la crise qu’affronte Rome à la fin du iiie siècle. Au lendemain d’une guerre menée de concert avec la majorité des peuples et cités d’Italie, une grande partie de l’élite dirigeante romaine considère l’Italie tout entière comme étant sous l’autorité romaine et favorise la diffusion géographique de la citoyenneté romaine, entérinant une situation qu’elle n’envisage plus comme exceptionnelle : la double appartenance civique participe ainsi pleinement de la définition de la citoyenneté romaine.
Bibliographie
Attolini, I. (2002) : “Heba”, in : Carandini & Cambi, éd. 2002, 26-129.
Badian, E. (1958) : Foreign Clientelae, Oxford.
Bandelli, G. (2005) : “La conquista dell’ager Gallicus e il problema della colonia Aesis”, Aquileia nostra, 76, 13‐60.
Barrandon, N. et Kirbihler, F., éd. (2011) : Les gouverneurs et les provinciaux sous la République romaine, Rennes.
Beltrán Lloris, F. (2011) : “Les colonies latines d’Hispanie (iie siècle av. n.è.) : émigration italique et intégration politique”, in : Barrandon & Kirbihler, éd. 2011, 131-144.
Bertrand, A. (2012) : “Conquête, appropriation et gestion d’un territoire : le cas des colonies républicaines”, in : Lamoine et al., dir. 2012, 87-102.
Bertrand, A. (2015) : La religion publique des colonies dans l’Italie républicaine et impériale (iiie s. av.n.è.-iie s. de n.è.), Rome.
Bertrand, A. et Capriotti, T., dir. (2021) : Fana, templa, delubra. Regio V. Ancona, Cingoli, Cupra Montana, Numana, Osimo, San Vittore di Cingoli, Rome.
Bleicken, J. (1955) : Das Volkstribunat der klassischen Republik: Studien zu seiner Entwicklung zwischen 287 und 133 v. Chr., Munich.
Bradley, G. et Wilson, J. P., éd. (2006) : Greek and Roman Colonization. Origins, Ideologies and Interactions, Swansea.
Branchesi, F. (2006) : “La colonia di Auximum (Picenum) e la gestione dello spazio pubblico: l’apporto della documentazione epigrafica”, CCG, 17, 153‐173.
Brunt, P. A. [1971] (1987) : Italian Manpower: 225 B.C.‐A.D. 14, Oxford.
Bur, C. (2020) : “Les mesures de la cité idéale ?” in : Coudry & Schettino, dir. 2020, 99-142.
Camodeca, G. (2018) : Puteoli romana. Istituzioni e società: saggi, Naples.
Capogrossi Colognesi, L. et Gabba, E., dir. (2006) : Gli statuti municipali, Pavie.
Carandini A. et Cambi F., éd. (2002) : Paesaggi d’Etruria. Valle dell’Albegna, Valle d’Oro, Valle del Chiarone, Valle del Tafone: progetto di ricerca italo-britannico seguito allo scavo di Settefinestre, Rome.
Càssola, F. (1962) : I gruppi politici Romani nel iii secolo A.C., Trieste.
Càssola, F. (1988) : “Aspetti sociali e politici della colonizzazione”, DdA, 3/6/2, 5-17.
Cazanove, O., de (2005) : “Les colonies latines et les frontières régionales de l’Italie”, in : Rouillard & Boissinot, dir. 2005, 107‐124.
Cébeillac-Gervasoni, M., dir. (1983) : Les Bourgeoisies municipales italiennes aux iie et ier siècles av. J.-C, Paris-Naples.
Coarelli, F. (1968) : “Il tempio di Diana in circo Flaminio e alcuni problemi connessi”, DdA, 2, 191-209.
Coarelli, F. (1999) : s.u. Porticus Aemilia, LTUR, 4, 116-117.
Coles, A. J. (2017) : “Founding Colonies and Fostering Careers in the Middle Republic”, CJ, 112, 3, 280-317.
Coudry, M. et Schettino, M.-T., dir. (2020) : Enjeux interculturels de l’utopie politique dans l’Antiquité gréco-romaine, Alessandria.
Crawford, M. (1995) : “La storia della colonizzazione romana secondo i Romani”, in : Storchi Marino, dir. 1995, 186-192.
D’Arms, J. H. (1970) : Romans on the Bay of Naples and other Essays on Roman Campania. A Social and Cultural Study of the Villas and Their Owners from 150 B.C. to A.D. 400, Cambridge.
David, J.-M. (2006) : “Les fondateurs et les cités”, in : Capogrossi Colognesi & Gabba, dir. 2006, 723-741.
David, J.-M. (2014) : “Rome et l’Italie de la guerre sociale à la mort de César : une nouvelle citoyenneté. État de la recherche”, Pallas, 96, 35-52.
De Ligt, L. et Northwood, S., éd. (2008) : People, Land and Politics. Demographic Developments and the Transformation of Roman Italy, 300 BC-AD 14, Leyde-Boston.
De Ligt, L. (2012) : Peasants, Citizens and Soldiers Studies in the Demographic History of Roman Italy 225 BC‑AD 100.
Degrassi, A. [1947] (1959) : “L’amministrazione della città”, in : Ussani & Analdi, éd. [1947] 1959, 303-330.
Deniaux, E. (1983) : “Le passage des citoyennetés locales à la citoyenneté romaine et la constitution de clientèles”, in : Cébeillac-Gervasoni, dir. 1983, 267-277.
Dupré Raventós, X., éd. (1993-1994) : La ciudad en el mundo romano, XIV Congresso Internacional de Arqueologia Clásica, Tarragona, 5‐11, septembre 1993, Tarragone.
Hackl, U. (1972) : “Das Ende der römischen Tribusgründungen 241 v. Christ”, Chiron, 2, 135-174.
Humbert, M. (1978) : Municipium et ciuitas sine suffragio. L’organisation de la conquête jusqu’à la guerre sociale, Rome.
Humm, M. (2006) : “Tribus et citoyenneté : extension de la citoyenneté romaine et expansion territoriale”, in : Jehne & Pfeilschifter, éd. 2006, 39‐64.
Humm, M. (à paraître) : “La fondation de colonies par Rome à l’époque médio-républicaine et le modèle de la ‘cité idéale’”, in : Zamora et al., éd. à paraître.
Jehne, M. (2006) : Die römische Republik. Von der Gründung bis Caesar, Munich.
Jehne, M. et Pfeilschifter, R., éd. (2006) : Herrschaft ohne Integration? Rom und Italien in republikanischer Zeit, Francfort.
Laffi, U. (2007) : Colonie e municipi nello stato romano, Rome.
Lafon, X. (1981) : “À propos des villas de la zone de Sperlonga”, MEFRA, 93, 1, 297-353.
Lamoine, L., Berrendonner, C. et Cébeillac-Gervasoni, M., dir. (2012) : Gérer les territoires, les patrimoines et les crises. Le Quotidien municipal II, Clermont-Ferrand.
Mahé-Simon, M. (2003) : “L’Italie chez Tite-Live : l’ambiguïté d’un concept”, RPh, 2, 77, 235-258.
Migliorati, L. (1993-1994) : “Coloniae maritimae: riflessioni urbanistiche”, in : Dupré Raventós, éd. 1993-1994, vol. 2, 281‐282.
Mommsen, T. [1889] (1985) : Le droit public romain, vol. VI, Paris.
Mouritsen, H. (2008) : “The Gracchi, the Latins, and the Italian allies”, in : De Ligt & Northwood, éd. 2008, 471-486.
Mouritsen, H. (2011) : The Freedman in the Roman World, Cambridge.
Nicolet, C. (1961) : “La réforme des comices de 179 av. J.-C.”, RD, 39, 341-358.
Paci, G. (1982) : “Nuove iscrizioni da Senigallia, Urbisaglia e Petritoli”, Picus, 2, 37-68.
Palmer, R. E. A. (1970) : The Archaic Community of the Romans, Cambridge.
Pieri, G. (1968) : L’histoire du cens jusqu’à la fin de la République romaine, Paris.
Roselaar S. (2010) : Public land in the Roman Republic. A Social and Economic History of Ager Publicus in Italy, 396-89 B.C., Oxford.
Rotondi, G. [1912] (1966) : Leges Publicae Populi Romani. Elenco cronologico con una introduzione sull’attività legislativa dei comizi romani, Hildesheim.
Rouillard, P. et Boissinot, P., dir. (2005) : Lire les territoires dans les sociétés anciennes, Mélanges de la Casa de Velázquez, 35, 2, Madrid.
Salmon, E. T. (1933) : “The Last Latin Colony”, CQ, 27, 1, 30-35.
Salmon, E. T. (1969) : Roman Colonization under the Republic, Londres.
Scullard, H. H. (1973) : Roman Politics 220-150 B.C., Oxford.
Sherwin-White, A. N. [1939] (1973) : The Roman Citizenship, Oxford.
Sisani, S. (2018) : “Latinità non latina: lo ius Latii come strumento di integrazione delle comunità provinciali in età repubblicana”, Gerión, 36/2, 2018, 331-378.
Smith, R. E. (1954) : “Latins and the Roman Citizenship in Roman Colonies: Livy, 34, 42, 5-6”, JRS, 44, 18-20.
Stek, T. et Pelgrom, J., éd. (2014) : Roman Republican Colonization New Perspectives from Archaeology and Ancient History, Rome.
Storchi Marino, A., dir. (1995) : L’incidenza dell’antico. Studi in memoria di Ettore Lepore, Atti del convegno internazionale, Anacapri 24-28 marzo 1991, Naples.
Suolahti, J. (1963) : The Roman Censors. A Study on Social Structure, Helsinki.
Tarpin, M. (2014) : “Strangers in Paradise. Latins (and some other non-Romans) in Colonial Context: a short Story of Territorial Complexity”, in : Stek & Pelgrom, éd. 2014, 160-191.
Taylor, L. R. (1960) : The Voting Districts of the Roman Republic, Rome.
Tibiletti, G. (1950) : “Ricerche di storia agraria romana. I‐ La politica agraria dalla guerre annibalica ai Gracchi ; II‐ La Sila e Vibo Valentia; III‐ Ancora sulle norme de modo agrorum”, Athenaeum, 28, fasc. 3‐4, 183‐266 (= Tibiletti, G. (2007) : Studi di storia agraria romana, Trente, 127‐210).
Toynbee, A. J. (1965) : Hannibal’s Legacy: the Hannibalic War’s Effects on Roman life, 2 vol, Londres-New York.
Treggiari, S. (1969) : Roman Freedmen during the Late Republic, Oxford.
Ussani, V. et Analdi, F., éd. [1947] (1959) : Guida allo studio della civiltà romana antica, I, Naples.
Weigel, R. D. (1985) : “Roman Colonial Commissioners and Prior Service”, Hermès, 113, 224‐231.
Zamora, J. M., Humm, M. et Schettino, M. T., éd. (à paraître) : La utopía: enfoque histórico de una noción filosófica / L’utopie : approche historique d’une notion philosophique, colloque 8-9 février 2017, Madrid.
Notes de bas de page
1Je tiens ici à remercier particulièrement J.-M. David pour les riches suggestions et commentaires faits à l’issue de la communication à l'origine de cet article et qui m’ont permis d’approfondir la réflexion. Je remercie également les éditeurs de ce volume pour la relecture attentive et constructive de la première version de ce texte.
2Terracina (329) est la seule colonie pour laquelle ces deux chiffres (300 hommes et 2 jugères) sont mentionnés (Liv. 8.21.11). L’historiographie remet aujourd’hui largement en cause l’existence de standards aussi rigides en raison des constructions historiques et mythologiques qui les sous-tendent (voir Bur 2020, 103-104 avec bibliographie antérieure et Humm (à paraître)) et de données archéologiques nouvelles. Crawford 1995 et Bradley & Wilson 2006 ont posé les bases de la réflexion.
3Triumvirs initialement prévus : Q. Fabius Buteo, M. Popillius Laenas et P. Popillius Laenas.
4Trois colonies ont des dates de fondation incertaines : Auximum (Picénum) : 157 (Vell. 1.15.3), 128 (Salmon 1963, 6-13 et 1969, 113 s’appuyant sur App., BC., 1.28), avant 174 (Laffi 2007, 37-47, s’appuyant sur Liv. 41.27.10). Voir le résumé de la question dans Bertrand, Capriotti 2021, 50 ; Branchesi 2006, 154, n. 2. Heba (Étrurie) aurait été fondée entre 167 et 151 a.C. (Attolini 2002, part. 126-129). Aesis (ager Gallicus) : en 247 (Vell. 1.14.5) ou entre 180 et 150 a.C. (Bandelli 2005). Sa situation géographique, à 15 km de la côte, l’apparenterait aux colonies non-maritimes de cette même période : voir Bertrand 2015, 42-43 pour un état de la question.
5Salmon 1933, suivi par Toynbee 1965, II, 142-154. Pour Cassolà 1988, la découverte par le consul Sp. Postumius de deux colonies romaines abandonnées en 186 (Sipontum et Buxentum, Liv. 39.23.3‐4), révèle leur manque d’attractivité et leur fragilité.
6Salmon 1969, 100.
7Sur la politique de fermeture à l’égard des alliés, voir Frézouls 1981 et Humbert 1978, 116‑117. Seul Smith 1954 a vu dans la fin des colonies latines et les modifications apportées aux colonies romaines un signe d’ouverture vers les Latins qui auraient pu selon lui être plus facilement recrutés parmi les futurs colons.
8L’attitude ambivalente de certaines colonies durant la lutte contre Carthage aurait également scellé la méfiance des Romains à leur égard : Liv. 27.9.7-11 et 10.7-9.
9Badian 1958, 161-162. La prégnance des enjeux clientélaires est également mobilisée par de nombreux historiens pour expliquer la fin des déductions coloniales après 160, en raison d’une compétition aristocratique trop vive (notamment Salmon 1969, 112-113 ; Jehne 2006, 77 ; Mouritsen 2008, 480). Cette hypothèse peut aussi s’appuyer sur l’analyse de la censure de l’année 174 (Bertrand 2015, 275-278 avec références bibliographiques antérieures). Sur les liens clientélaires entre fondateurs et communautés coloniales, voir Deniaux 1983 et David 2006.
10Tableau 1 : Potentia, Pisaurum, Mutina, Parma, Saturnia, Graviscae, Luna. Les huit colonies déduites en 194 seraient ainsi les dernières colonies maritimes traditionnelles.
11Toynbee 1965, II, 145.
12Tableau 2. Nous nous limitons aux lots attribués aux fantassins. À Aquileia, les cavaliers reçoivent 140 jugères de terres. À Luna, colonie romaine, les lots auraient atteint 51,5 jugères selon Tite-Live (41.13.5) mais le caractère tout à fait exceptionnel de ce chiffre a incité les historiens à l’attribuer à une erreur de copiste (Tibiletti 1950, 226 : 6,5 jugères ; pour les autres références bibliographiques, voir Bur 2020, 112, n. 90). Il ne saurait quoi qu’il en soit être représentatif des autres colonies romaines.
13197 est l’année de la démobilisation de l’armée consulaire de T. Quinctius Flaminius, revenue de Macédoine alors que Caton démobilise à la fin de son consulat ses soldats revenus d’Espagne citérieure. Voir infra.
14Par ailleurs, rien dans le récit de Tite-Live ne laisse supposer que le Sénat ait renoncé à une deuxième fondation faute de volontaires pour s’inscrire.
15Les renforcements connus ne concernent que des colonies qui furent loyales à Rome durant la deuxième guerre punique : voir Tarpin 2014 pour le détail des renforcements.
16Dans l’ordre chronologique : Volturnum, Liternum, Puteoli, Salernum, Tempsa, Croton, Sipontum, Buxentum (194) ; Potentia, Pisaurum (184).
17Liv. 36.38.1-5. Le consul confisque la moitié du territoire (Liv. 36.39.3).
18Liv. 39.54 et 39.55.1-7.
19Sur les colonies latines comme zones-tampons, voir Cazanove 2005. Aquileia est à la frontière entre l’Italie et les régions contrôlées par les Carni et les Histriens, Luca aux limites des territoires étrusque et ligure.
20Si l’on se fonde sur des colonies de 300 individus, il y aurait donc eu 2400 “places” pour les vétérans, à supposer que les colonies maritimes de 194 leur aient été réservées. À cela s’ajoutent les 4000 colons qui furent envoyés dans la colonie latine de Vibo Valentia la même année.
21Camodeca 2018, 15 : Di uno scopo commerciale di questa colonia, voluta dal gruppo di Scipione, non sembra si possa dubitare; infatti pochi anni prima nel 199 lui stesso come censore vi aveva istituito un portorium per la riscossione dei dazi doganali (Liv. 32.7.3). L’ottima posizione geografica e il suo status di colonia romana le consentirono di sfruttare al massimo l’eccezionale incremento nel volume e nel valore del commercio nel Mediterraneo occidentale conseguente alla seconda guerra punica. Puteoli in breve divenne il principale porto di Roma [...].
22Les mentions de la villa qu’il y possédait se trouvent chez Liv. 38.52.1 ; Sen., Ep. ad Luc., 51 et 86, et Val. Max. 2.10.2.
23Lafon 1981, 302 et D’Arms 1970, 2. Le fait que la villa soit décrite comme un castrum – à vocation défensive – pourrait être un indice qu’elle fut construite avant la déduction de la colonie.
24Liv. 24.7.10. Cette année-là, le Sénat décida de fortifier le site.
25Camodeca 2018, 270 n. 14 et Lafon 1981, 302 n. 16.
26Lafon 1981, 299.
27L’inventaire des villæ possédées par des aristocrates romains au cours de la première moitié du iie siècle a été établie par D’Arms 1970 et repris par Lafon 1981, 301 n. 11 et 13 (avec références). Il comprend la villa de Scipion à Liternum (184) ; les praedia de M. Æmilius Lepidus à Terracina (181) ; la mention d’un séjour de Cn. Cornelius Scipio Hispallus à Cumes (176) ; la mention d’un séjour de Paul Émile à Velia (167) ; la villa de C. Laelius Sapiens à Puteoli (167 ?) ; la villa de P. Cornelius Scipio Aemilianus Africanus Numantinus à Lavernium (160 ?) ; la villa de C. Laelius ou de P. Cornelius Scipio à Laurentum (mêmes années ?) ; la villa de Cornelia à Misenum (154 ?). Beaucoup de mentions correspondent à des colonies (Liternum, Terracina, Puteoli). Cumes se trouve à équidistance entre Puteoli et Liternum.
28Comme cela avait déjà été souligné par Badian 1958, 161-162.
29RE, I, 1, 552-553, n° 68 [Klebs]. Édile curule en 193, préteur en 191, consul en 187, pontifex maximus en 180, censeur et princeps senatus en 179 (de nouveau princeps senatus en 174, 169, 164, 159, 154), consul en 175.
30Sur les commissions triumvirales : Weigel 1985. M. Æmilius Lepidus est également membre de la commission de dix membres chargée des assignations viritanes en Ligurie en 173 (Liv. 42.4.3-4).
31Sur la porticus Æmilia, Coarelli 1999 ; sur les opérations en Sicile : Liv. 36.2.12-13.
32Sur l’emplacement de ces deux temples dans la zone du circus Flaminius, Coarelli 1968.
33La manière dont les colons pouvaient apporter leur soutien à un fondateur-patron ne se réduit pas à leur éventuel poids électoral. S’y ajoutent un soutien politique multiforme et de potentiels avantages économiques et commerciaux (Coles 2017, part. 302-307, avec bibliographie antérieure).
34Les discussions au Sénat relatives au statut de la future colonie d’Aquileia (romaine ou latine) apparaissent en ce sens assez significatives (Liv. 39.55.5-6). Selon l’hypothèse d’A. J. Coles (Coles 2017, 296) la très grande qualité de la commission triumvirale – deux anciens consuls et un préteur – pourrait trahir l’existence d’un front qui s’opposait à M. Æmilius Lepidus : en tant qu’expert de la région, celui-ci aurait souhaité déduire une nouvelle fois une colonie romaine dont il aurait sans doute cherché à piloter la fondation. Cet épisode, malgré les zones d’ombre persistantes, confirmerait l’intérêt renforcé des élites politiques pour les processus coloniaux.
35On ne peut considérer cela comme une règle, mais cela apparaît tout au long de l’histoire de la colonisation en Italie.
36Humbert 1978, 234-237.
37Placentia et Cremona (218), qui signent l’avancée romaine vers le nord, sont deux colonies latines.
38Comme le souligne Taylor 1960, 90-91, l’extension de la Pollia est sans comparaison avec celle des autres tribus et elle devient alors l’une des plus peuplées. On peut y lire une étape décisive dans la fin de la dimension territoriale que conservait encore l’inscription dans un tribu. Voir M. Humm sur les liens entre expansion territoriale, citoyenneté et tribus, et le rôle de la censure de 304 (Humm 2006 et part. 49-50).
39Plut., Vit. Flam., 18.1. Taylor 1960, 138-139, suivant en cela Mommsen [1985] 1889, VI, 2, 21 et Rotondi [1912] 1966, 274, estime que cette mesure concernait les fils d’affranchis et qu’elle visait à les faire inscrire dans une tribu rurale. Humbert 1978, 351-352 y voit une loi invitant les ciues sine suffragio à se faire recenser. Mouritsen 2011, 264-265, part. n. 62, propose un résumé des positions sans trancher.
40Liv. 38.36.5‐7.
41Liv. 40.51.9 (trad. Humbert, M., in : Humbert 1978, 352 n. 56) : mutarunt (censores) suffragia, regionatimque generibus hominum causisque et quaestibus tribus descripserunt. “Les censeurs changèrent la façon de voter et firent le recensement des tribus par région, prenant en considération l’origine des individus, leur lien juridique avec la cité (?) et leur fortune”.
L’interprétation de ce passage ne fait pas consensus : pour les références majeures Taylor 1960, 139-140 ; Nicolet 1961 ; Càssola 1962, 96 ; Suolahti, 363-364 ; Pieri 1969, 44-45 ; Palmer 1970, 73-74 ; Scullard 1973, 182-183. R.E.A. Palmer met au centre de cette action censoriale la nécessité de pourvoir à l’intégration de nouveaux citoyens et à l’inscription de citoyens romains nouvellement installés dans des colonies. Je remercie Noémie Lemmenais de m’avoir donné accès à son travail de thèse encore inédit (Lemennais N., Censura. De la magistrature à la vertu. Censure et pouvoir censoriaux du iie siècle av. n. è. au ive siècle de notre ère, thèse soutenue à l’Université de Lille le 12 mars 2022 sous la direction de S. Benoist).
42Liv. 45.15.3-7 et Cic., Caecin., 95-96.
43Taylor 1960, 63-64 ; Humbert 1978, 234-235.
44Voir Humbert 1978, 237-238 et Hermon 1989 pour une présentation synthétique des débats sur cette loi avec mention des références antérieures principales.
45Hackl 1972, 155-15 ; Humbert 1978, 238 n. 124. La fin de l’octroi de la citoyenneté sans suffrage après 268 serait à interpréter dans le même sens. S’agissait-il aussi de refuser une mesure qui aurait provoqué le mécontentement des Gaulois ? D’une résistance à la transformation de Rome en un État territorial ? De la volonté d’une partie de la noblesse de conserver des terres pour elle ?
46Sena Gallica est fondée ca. 290-283 et Aesis à une date incertaine. Sur l’inscription des citoyens de ces deux colonies dans la Pollia, respectivement Paci 1982 et Kubitschek 1882, 68.
47Les estimations chiffrées de cette colonisation varient entre 15 000 et 40 000 colons (Brunt 1987, 282 : 40 000 colons ; Camodeca 1991, 20 : 15 000 colons). Voir Roselaar 2010, 307 n. 1103.
48Seuls sont mentionnés des débats relatifs à la déduction d’une colonie à Aquileia. Tite-Live (Liv. 39.55.5‑6) signale que de longues discussions eurent lieu au Sénat pour déterminer si Aquileia devait être une colonie romaine ou latine, sans rien dévoiler cependant de la teneur de celles-ci. Le choix final fut celui d’une colonie latine, ce qui semble en accord avec les pratiques traditionnelles étant donné l’éloignement géographique du site et sa localisation frontalière.
49Taylor 1960, 307.
50La perspective adoptée ici n’est pas exclusive d’une analyse en termes de luttes de pouvoir au sein de la République romaine telle qu’elle a pu être menée par U. Hackl (Hackl 1972, part. p. 150-170) dans sa réflexion sur l’arrêt des créations de tribus après 241. Elle insiste sur la dimension fortement conservatrice de cette politique qui permit à l’aristocratie dirigeante romaine de contrer l’influence de la plèbe d’une part (au lendemain de la lex Hortensia) et d’autre part de limiter l’ascension des élites italiennes – des nouveaux citoyens en général – et leur intégration à la scène politique romaine.
51Liv. 41.27.5-13. Le débat sur la date d’obtention par les magistrats supérieurs des colonies de la iurisdictio reste ouvert. L’autonomie judiciaire des colonies a pu être liée à la fondation de colonies plus importantes (Mommsen [1889] 1985, VI, 2, 465 ; Sherwin-White 19732, 84 ; Brunt 1987, 534 et Humbert 1978, 386-390 ; contra Degrassi 19592, 310 : postérieure à la guerre sociale).
52Les lots plus importants peuvent aussi s’expliquer par des enjeux clientélaires et par la volonté du Sénat de s’assurer que les futurs colons évitent la downward social mobility et puissent être recrutés dans l’armée (De Ligt 2012, 154).
53Humbert 1978, 346-354 rappelle les termes du débat et les conclusions des travaux antérieurs.
54Sur ce vaste sujet, Mahé-Simon 2003 avec références principales en bibliographie.
55En 171, Rome fonde une colonie latine à Carteia dans la péninsule ibérique, puis Corbuba (169) et Valentia (138). Sur la colonisation de droit latin en Espagne, Beltran Lloris 2011. Sur le droit latin dans les provinces à la fin de la République Sisani 2018.
56David 2014.
57David 2014, 40.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Architecture romaine d’Asie Mineure
Les monuments de Xanthos et leur ornementation
Laurence Cavalier
2005
D’Homère à Plutarque. Itinéraires historiques
Recueil d'articles de Claude Mossé
Claude Mossé Patrice Brun (éd.)
2007
Pagus, castellum et civitas
Études d’épigraphie et d’histoire sur le village et la cité en Afrique romaine
Samir Aounallah
2010
Orner la cité
Enjeux culturels et politiques du paysage urbain dans l’Asie gréco-romaine
Anne-Valérie Pont
2010
