Le bronze et ses usages économiques en Mésopotamie : le cas de Nuzi (xive s. a.C.)
p. 129-143
Remerciements
Mes remerciements s’adressent à Philippe Abrahami et Cécile Michel, qui ont bien voulu relire cet article, discuter les textes et la terminologie et m’aider dans les difficiles questions de prix des métaux, en particulier pour l’AN.NA = annaku, cf. ci-dessous note 28.
Texte intégral
1L’âge du Bronze commence en Mésopotamie au début du IIIe millénaire a.C., l’alliage étant alors attesté tant par les données archéologiques que par les textes, qui le distinguent du cuivre1. Le terme qui le désigne, ZABAR en sumérien, siparru en akkadien, n’a d’étymologie dans aucune de ces deux langues, ce qui suppose un emprunt à une troisième. Pendant deux millénaires, et même davantage puisque le bronze reste utilisé pendant l’âge du Fer, au Ier millénaire, les routes de l’étain et du cuivre sont vitales pour la région, dépourvue de minerais. L’étain est importé d’Afghanistan ou d’Ouzbékistan2. Le cuivre, selon les époques et les lieux de fabrication du bronze, provient d’Oman, d’Anatolie ou de Chypre3.
2Le bronze, contrairement à l’étain et au cuivre, circule peu : il semble avoir été produit sur place en fonction des besoins. Les proportions de l’alliage, variables, sont en moyenne d’une part d’étain pour 6 à 8 parts de cuivre. Il n’existe pas de textes techniques sur la fabrication du bronze, mais le “protocole des fondeurs” définit, à Mari (xviiie s. a.C.), les freintes attendues lors de l’alliage, qui vont d’1/60e (si le cuivre et l’étain sont de mauvaise qualité) à 1/120e (si les mêmes métaux sont de bonne qualité) ; les mêmes freintes sont prévues au moment du coulage des objets4. La documentation épigraphique atteste l’importance primordiale du bronze, dans tous les domaines, notamment l’outillage et l’armement. Les fouilles archéologiques en revanche livrent assez peu d’objets en bronze : ceux-ci, du fait du manque permanent de métaux, sont emmenés en cas d’abandon d’un site, pillés lors des guerres et, en temps de paix, sans cesse refondus.
3Le bronze apparaît très peu dans les échanges ; les prix sont en général fixés en argent. Dans les archives de Mari, le rapport argent : bronze est de 1 : 120. Le dictionnaire de Chicago n’indique que deux périodes où le bronze soit attesté “as means of payment”5 : au xive s. a.C., dans les archives de Nuzi ; et à la fin du viiie s. a.C., dans l’empire néo-assyrien, d’après deux inscriptions du roi Sargon II.
4Le premier cas, présenté ci-après, est donc à considérer d’emblée comme tout à fait atypique. Seront examinés successivement les attestations archéologiques de bronze sur ce site et les usages du bronze comme moyen de payement, tans dans la documentation du palais que dans les archives familiales.
Le site de Nuzi et les données archéologiques concernant le bronze
Présentation générale
5Le site de Nuzi (actuel Yorghan Tepe) se trouve en Irak du nord, à une quinzaine de km au sud-ouest de Kirkouk, à l’est du Tigre6. Il a fait l’objet de cinq campagnes de fouilles, menées par l’Oriental Institute de Chicago, puis par l’Université de Harvard, entre 1925 et 1931. Le principal niveau dégagé (“stratum II”) date du Bronze Récent, plus précisément du xive s. Nuzi était alors une petite ville, avec une citadelle enclose de murs, qui abritait un palais, des temples et des quartiers d’habitation ; de grandes demeures, dans deux quartiers de la ville basse, hors les murs, ont aussi été fouillées. Temples, maisons et palais ont livré environ 5000 tablettes. Celles-ci montrent que la ville faisait partie d’un petit État dont la capitale, Arraphe, se trouvait à l’emplacement de l’actuelle ville de Kirkouk7. L’État d’Arraphe était soumis à l’empire du Mittani, qui couvrait alors toute la Mésopotamie du Nord et une grande partie de la Syrie.
6Même si les objets métalliques reçoivent une attention particulière dans les deux volumes du rapport de fouilles8, leur lecture montre qu’une grande partie du matériel est restée inédite : quelques dizaines d’objets en métal y sont mentionnées, alors qu’un travail récent indique par exemple que plus d’un millier sont conservés à Harvard9.
Les attestations archéologiques d’objets de bronze
7Les données archéologiques ne fournissent guère d’indication sur les éventuels usages commerciaux du bronze. Elles attestent seulement sa présence. Mais la ville ayant été prise et pillée par les Assyriens, dont le royaume, à l’ouest, était le voisin immédiat d’Arraphe, les objets de bronze font évidemment partie de ceux que les habitants ont dû emporter s’ils ont le temps de s’enfuir, ou que les vainqueurs ont pillés10. Ce qui reste doit donc correspondre à ce qui a été oublié ou délaissé par les uns et les autres et ne correspond certainement qu’à une infime partie de ce qui était utilisé dans la ville.
8Le rapport de fouilles fournit une synthèse sur les objets en métal. Les trouvailles métalliques les plus fréquentes concernent les objets en cuivre et en bronze ; mais comme il est difficile de distinguer l’un de l’autre, que les objets étaient très corrodés et que très peu d’entre eux ont été analysés dans les années 1930, les références dans le rapport de fouilles renvoient en général au cuivre, ou témoignent d’une hésitation dans la terminologie, les mêmes objets pouvant être tantôt décrits comme fabriqués en cuivre, tantôt qualifiés de bronzes11.
9La vaisselle de bronze n’est quasiment pas attestée. On trouve, en cuivre ou en bronze, quelques objets ornementaux, trois statuettes et de petits bijoux, de nombreux outils et objets usuels (faucilles, clous, épingles…) et des armes. En dépit du pillage subi par la ville, les pointes de flèches sont fréquentes. Dans le domaine de l’armement, les découvertes les plus impressionnantes sont celles de petites plaques de bronze, des sortes d’écailles que, d’après les textes, les combattants à char portaient, attachées par centaines, sur leur cuirasse et sur leur casque, formant une véritable couverture métallique sur le corps et la tête des guerriers.
10Des analyses plus récentes par spectroscopie de fluorescence X (XRF), portant sur 25 % des objets métalliques conservés à Harvard, confirment la prépondérance des objets en cuivre et en bronze, et parmi eux la forte proportion d’outils et d’armes12. Les pointes de flèches analysées sont toutes en cuivre. En revanche les pièces d’armures sont toutes en bronze : ce dernier, plus solide, devait mieux protéger les combattants.
Les archives du palais
11La documentation épigraphique permet de compléter les données archéologiques. Elle ne renseigne cependant pas sur les importations de cuivre et d’étain – alors Nuzi se situe géographiquement à proximité des routes de l’étain venant de l’est – ni sur la fabrication du bronze. Elle confirme la présence de multiples objets en bronze et témoigne parfois de leur usage commercial.
Le bronze dans la documentation palatiale
12Du palais de Nuzi proviennent environ 630 tablettes ; il s’agit surtout de documentation administrative enregistrant le personnel et les biens du palais, ainsi que les mouvements de ces biens13. Le bronze y apparaît dans plusieurs dossiers14 :
- Les textes les plus nombreux sont de grands inventaires de mobilier, textiles et ustensiles divers entreposés dans les réserves du palais. Certains objets mentionnés sont en métal, précieux ou non, et divers vases en bronze y apparaissent15. Quelques documents du même type ont découverts dans la maison du prince Šilwa-Teššub, un fils du roi d’Arraphe ayant une résidence à Nuzi16.
- Des comptes d’armes et en particulier d’armures, pour les hommes et les chevaux17. Ces données ont évidemment été rapprochées de la documentation archéologique. D’autres tablettes évoquant l’armement de bronze proviennent d’autres points du site, comme les inventaires d’équipements de la maison de Šilwa-Teššub18, ou HSS 15 5, trouvé dans une maison, remise de centaines d’écailles de bronze à des artisans pour qu’ils fabriquent casques et armures19. Un texte mentionne aussi la remise de 4 poignards en bronze à un homme qui devra ultérieurement les rendre au palais20.
- Trois tablettes évoquent la remise de bronze à des artisans, dont l’un est connu comme métallurgiste, pour qu’ils fabriquent des anneaux ; dans un cas, il est précisé qu’il s’agit des anneaux d’une chaîne21.
- Enfin il existe quelques rares cas où du bronze est remis par le palais à des personnes qui doivent acquérir des céréales. Ce dernier cas est examiné ci-dessous, puisque le bronze apparaît alors non sous forme d’objets que l’on stocke, gère ou fabrique, mais comme un moyen de payement22.
13Les achats de céréales payés en bronze23
14Le texte le plus clair, HSS 13 493 (R 76)24, enregistre la remise de bronze, par le palais, à 22 hommes au moins (le début du revers est perdu et la liste était peut-être plus longue), à charge pour eux de ramener de l’orge. Administrativement, l’opération est un reçu : au moins 8 des 22 individus déroulent leur sceau sur le revers, la tranche inférieure et le côté gauche de la tablette :
“1-35 mines de bronze du palais ont été données à Tarmi-Teššub le scribe ; et il apportera 5 BAN2 d’orge.
45 mines de bronze à Ninu-atal, de même.
55 mines de bronze à Tultukka, de même.
6[5] mines de bronze à Aha-ay-amši, de même.
7[5] mines de bronze à Arip-šarri, de même.
8[5 mi]nes de bronze à Kupata, de même.
9(ligne effacée).
10[5 mi]nes de bronze à Ehel-Teššub, de même.
11[5 mines] de bronze à Zilip-šenni, de même.
12[5 mines] de bronze à Kulen, de même.
13[5 mines] de bronze à Taummi, de même.
14[5 mines] de bronze à Urhi-Teššub, de même.
15[5 mines de bronze] à Akip-tašenni, le tisserand-kāṣiru, de même.
16[5 mines de bronze] à Hal-šenni, de même.
17[5 mines de bronze] à Ša[…, de même].
18[5 mines de bronze] à Ulmi-[Tilla, de même].
19[5 mines de bronze] à Hupi[ta, de même].
20[5 mines de bronze] à Autur[ta, de même].
21[5 mines] de bronze à Turar-Teššub, de même.
22[5 mines] de bronze à Namhiya, de même.
23[5 mines] de bronze à Šihaš-šenni, de même.
24[5 mines] de bronze à Nanip-Teššub, de même.
T1-2[5 mines de bron]ze à […], de même.
R[Début du revers cassé]
R(Empreinte de sceau)(Empreinte de sceau)
R1’Sceau d’Ulmi-Tilla.Sceau d’Ehel-Teššub.
(Empreinte de sceau)(Empreinte de sceau)
R2’Sceau de Šihaš-šenni.Sceau de Tultukka.
(Empreinte de sceau)[…]
R3’Sceau de Nanip-Teššub.[…]
T(Empreinte de sceau)T1Sceau d’Aha-ay-amši.
T2Sceau de Tarmi-Teššub.(Empreinte de sceau)
CG(Empreinte de sceau)
CG1Sceau de Kupat[a].”
15La profession de deux des hommes qui reçoivent le bronze est indiquée : un scribe (l. 2) et un artisan du textile (l. 15), métiers qui ne les prédisposent pas spécialement à faire des achats d’orge ; peut-être interviennent-ils seulement comme transporteurs, l’achat proprement dit étant réalisé par une ou plusieurs autres personnes. La plupart des hommes qui apparaissent dans la liste sont connus, par d’autres documents, comme étant au service du palais et leurs professions sont les plus diverses : Aha-ay-amši et Arip-šarri (l. 6-7) sont scribes, Namhiya et Šihaš-šenni (l. 22-23) bergers, Nanip-Teššub (l. 24) blanchisseur ; Hupita (l. 19) est un nom courant, un blanchisseur et un menuisier de ce nom son attestés… Seul Ninu-atal (l. 4) est connu par ailleurs comme agent commercial du palais.
16Le début des lignes est, à partir de la l. 6, abîmé, mais tous les hommes devant rapporter la même quantité d’orge, il est probable qu’ils ont aussi tous reçu la même quantité de bronze, 5 mines, soit environ 2,5 kg par personne, en tout 55 kg au moins.
17Cette tablette semble être la seule, dans la documentation de Nuzi, à donner une équivalence directe entre le bronze et l’orge25 : 5 BAN2 d’orge valent 5 mines de bronze, ou 1 BAN2 d’orge (environ 6,7 litres) vaut 1 mine de bronze (= 60 sicles = environ 500 g). Or D. Cross a suggéré exactement la même équivalence entre l’orge et le cuivre26, ou alors un prix légèrement plus élevé pour le bronze27, ce qui semble normal. En revanche le prix de l’étain pose de nombreux problèmes, qui ne seront pas traités ici28.
18La livraison du grain au palais, par les mêmes personnes, est connue par une petite tablette, HSS 13 207 (R 76)29 :
“1-2Urhi-Tešup a app[orté] 5 BAN2 d’orge. 3-4Hup[ita] a apporté 4?/5? BAN2 d’orge.”
19Urhi-Teššup et Hupita sont mentionnés dans HSS 13 493, aux l. 14 et 19. Les apports d’orge ont probablement été enregistrés au palais en plusieurs fois, au fur et à mesure des livraisons ; d’autres tablettes du même type ont dû exister, mais n’ont pas été retrouvées.
20Ce type de document, qui montre des achats d’orge payés en bronze, pourrait, peut-être, fournir une explication à une formule orge “du cuivre”, orge “du bronze” ou orge “de l’or” que l’on rencontre à Nuzi, la première à plusieurs reprises, les deux autres une fois chacune ; il pourrait s’agit d’orge achetée avec le métal en question. L’orge “du bronze” apparaît dans HSS 13 80 (R 76) :
“1-25 BAN2 d’orge, de l’orge du bronze, 5ont été donnés 3-4aux petits du palais.”
21D’autres achats d’orge sont sous-entendus dans HSS 15 161 (M 79) :
“1-48 talents⌉ 46 mines d’AN.[NA d]u ⌈palais⌉ pour les rations d’orge de 262 perso[nne]s du personnel niš bīti de la ville de Nuz[i, à raison de 2 mines c]hacun.
5-8⌈2⌉ talents 2 mines d’A[N.NA du palais po]ur les rations d’orge de 6[1 personnes], personnel niš bīti de la ville d’A[nzugalli et de la ville de Turša], à 2 mines chac[un…].
9[Tota]l ⌈10 talents⌉ [48 mines d’AN.NA…] T.1[Tieš-urhe], R.1-5le gouverneur du pays et [NP] l’intendant d[e la ville d’Anzugalli] et Mutta, l’intendant de la vil[le de Turša], ont reçu.
R.9-10Tieš-urhe a reçu R.6-810 talents de bron[ze …] pour les semences de la maison [de NP], provenant de la ville de Nuz[i].
(Empreinte de sceau)
R.11Sceau de Tie.
T.1Sceau de Tieš-urhe.
(Empreinte de sceau)
T.2Sceau de x-še?”
22La tablette enregistre d’abord des remises d’AN.NA30 à Tieš-urhe, le gouverneur du pays, et aux intendants de deux villes, pour les rations d’orge du personnel domestique de Nuzi et des deux villes en question. Puis le même Tieš-urhe reçoit du bronze provenant de la ville de Nuzi, pour des semences. Il faut donc supposer un processus d’échange de l’AN.NA ou du bronze contre du grain. Les quantités de métal sont impressionnantes : 10 talents 48 mines d’AN.NA représentent à peu près 324 kg et 10 talents de bronze environ 300 kg.
23Il est aussi possible que le bronze attribué à des femmes dans HSS 13 26 (R 76), à raison d’une mine pour chacune, ait pu servir à réaliser l’achat de céréales – mais on ignore alors où et comment elles se les procurent. La tablette énumère onze noms propres féminins et se termine par : “T2[Ce sont 11 femmes] R1-3qui ont reçu [chacune 1 mine] de bronze [au] mois [im]purtanni”. Cette supposition repose sur une comparaison avec la tablette HSS 13 3 (provenance inconnue), dans laquelle 7 autres femmes reçoivent, cette fois, de l’AN.NA, “pour les šiba’a”, un terme qui pourrait, selon P. Abrahami, dériver directement des idéogrammes sumériens ŠE.BA et désigner les rations de céréales31. Mais concrètement, il n’existe aucune indication sur la façon dont se faisaient ces échanges de métaux contre des grains.
24La tablette HSS 13 73 (M 79) laisse aussi supposer des achats, dont la nature exacte n’est pas précisée :
“1-438 sicles sussullahhu de bronze appartenant au palais 5-T1ont été remis aux mains d’Iribi-ili le marchand.
(Empreinte de sceau)
R1Sceau d’Iribi-ili”.
25Le terme sussullahhu est un hapax, peut-être dérivé de sussullu, qui désignerait une boîte. Le bronze serait-il remis sous forme d’objet ? P. Negri Scafa suggère pour sa part de voir dans la boîte en question un coffre-fort32, d’où l’on aurait pris une somme de bronze. Le poids indiqué correspond à un peu plus de 300 g.
26Enfin deux tablettes mentionnent du cuivre “avec son AN.NA”, qu’il faut probablement comprendre, ici, comme de l’étain. La première est HSS 15 162 (R 76) :
“5Tarmi-Tešup T3a remis 6-7à Ninu-atal fils de Halulaya T1-2et à Aha-ay-amši 1-41 talent 45 mines de cuivre avec son AN.NA, montant dû par le palais (muṭṭašu ša ekalli). R1-2Ils l’ont transporté au pays de Nullu.
(Empreinte de sceau)
R3Sceau d’Aha-ay-amši.
CG(Empreinte de sceau)
CG1Sceau de Ninu-atal.”
27On retrouve les noms de deux hommes déjà rencontrés dans HSS 13 493 (l. 4 et 6), où ils recevaient du bronze et devaient ramener de l’orge. On peut penser à une opération identique, mais ici le poids de métal est plus élevé : 52,5 kg de cuivre. Le poids d’AN.NA n’est pas indiqué : s’il s’agit bien d’étain et si la fabrication de bronze est sous-entendue, le rapport entre les deux métaux doit être fixe. Le pays de Nullu, souvent mentionné comme source d’esclaves, se situe à l’est du royaume d’Arraphe33, vers le Zagros ; une autre tablette du palais, HSS 16 37 (R 76), montre Ninu-atal ramenant de l’orge de ce pays. Une fois encore, on peut supposer que les métaux mentionnés ici servent à l’achat de céréales.
28La seconde tablette, HSS 15 160 (R 76), enregistre des remises de métaux. Le début est cassé, la première rubrique complète indique : “4’-7’4 talents 8 mines de cuivre épuré, avec son AN.NA, pour le personnel de la maison de Nuzi, ont été donnés, au mois impurtanni”. Suivent des remises de diverses quantités de cuivre, d’AN.NA, ou des deux. Dans un cas, il est précisé que de l’AN.NA est remis “pour les šiba’i” (rations de grain ?). La quantité de cuivre est plus importante que dans le document précédent : elle représente environ 124 kg et, là encore, la quantité d’AN.NA associée n’est pas précisée.
Les archives familiales
29Les tablettes de Nuzi proviennent cependant, en majorité, des maisons et relèvent d’archives familiales. Elles comprennent de très nombreux contrats, qui enregistrent des ventes de biens meubles ou immeubles, des prêts avec parfois prise de gages, ainsi que des contrats relevant du droit familial : mariages, adoptions, testaments, dont les dispositions s’accompagnent de transferts de biens. Cette documentation montre que toutes sortes de biens meubles circulent et peuvent parfois servir de moyens de paiement, métaux compris, même si le bronze n’est pas majoritaire dans ces transactions34.
La famille de Pula-hali
30Dans l’une des maisons de Nuzi, dite “groupe 19”, un lot d’une cinquantaine de tablettes concernait la famille de Pula-hali35 ; le bronze y est mentionné à de multiples reprises. Pula-hali lui-même n’apparaît en activité que dans deux textes. Dans l’un, où il est qualifié de “marchand”, il rembourse de l’AN.NA qu’il avait emprunté. L’autre, EN 9/2 339, est le remboursement d’un prêt de cuivre et de bronze :
“1Ainsi (parle) Nūr-Kūbi fils de M[a…š]u
2-6‘Tout le cuivre et tout le bronze (que j’avais prêtés) à intérêt et pour faire un profit commercial à Pula-hali fils de Muš-apu?,7-13maintenant, j’ai reçu ce cuivre et ce bronze, avec leur intérêt et avec leur profit issu du commerce, auprès de Pula-hali, et je suis remboursé.’
14-15Et [Pu]la-hali a brossé sa frange (de vêtement). 16-20Nūr-Kūbi (a dit): ‘À ce jour, Pula-hali ne doit plus (rien me) donner, il ne (me) doit plus (rien).’ 21-23[Les tablettes] concernant le cuivre [... et les tab]lettes concernant le bro[nze ...].
24-27[Qui]conque [par]mi (eux) co[nteste]ra devra verser une mine d’argent [et une mine d’]or.
28[Sceau de Nūr-K]ūbi?.
29-41(7 témoins dont le scribe, empreintes de sceaux)”.
31La tablette, conservée par les descendants de Pula-hali, atteste qu’il n’a plus rien à payer et que le créancier Nūr-Kūbi, qui a peut-être apposé son sceau, ne devra plus, à l’avenir, lui réclamer quoi que ce soit ; c’est d’ailleurs le sens du geste symbolique qui consiste à brosser la frange ou le pan de son vêtement. Les quantités de cuivre et de bronze ne sont pas précisées, la seule information utile étant que le prêt a été remboursé dans sa totalité. La reconnaissance de dettes initiale devait comporter plus de détails, mais celle-ci, en admettant qu’elle n’ait pas été détruite au moment du remboursement, se trouvait dans les mains du créancier. La durée du prêt n’est pas non plus rappelée ; dans la mesure où Pula-hali est un marchand, on s’attend à un prêt destiné à des entreprises commerciales, qui peut courir sur plusieurs années.
32Les activités des fils de Pula-hali sont plus amplement documentées. Dans certains contrats, ils font des affaires en indivision. Dans d’autres, seul l’un d’eux, Pašši-Tilla, est contractant et ce sont probablement ses archives qui ont été découvertes dans le “groupe 19”. Les membres de cette deuxième génération ne sont jamais désignés comme marchands, mais ils disposent de métaux, qu’ils prêtent : il peut s’agir d’investissements dans des opérations commerciales. Le taux d’intérêt n’est pas indiqué, car il est toujours le même à Nuzi et extrêmement élevé : 50 %. On ignore comment les fils de Pula-hali acquièrent ces métaux et où ils se les procurent. Le tableau ci-dessous résume les prêts de bronze qu’ils consentent :
| Texte | Poids de métal | Intérêt |
| EN 9/2 353 | 27 mines d’AN.NA (13,5 kg) et 1 mine 55 sicles de bron[ze] (0,958 kg) | Oui (le débiteur devrait donc rendre environ 20,25 kg d’AN.NA et 1,44 kg de bronze) |
| AASOR 16 97 | une épée de bronze, pesant 1 mine (0,5 kg), et 1 mine d’AN.NA (0,5 kg) | Oui (soit 0,75 kg de bronze, ou l’épée + 0,25 kg ? et 0,75 kg d’AN.NA) |
| EN 10/2 166 | 20 mines de bronze (10 kg) | Oui, 30 mines (5 kg) |
33Les prêts consentis consistent donc soit en bronze et en AN.NA, soit en bronze seul, les poids de bronze allant de 500 g à 10 kg. Dans AASOR 16 97, si le débiteur a emprunté l’épée pour en faire un usage temporaire, il devrait la rendre avec, en plus, une somme de bronze représentant l’intérêt ; il est possible aussi que cet objet soit pris en considération seulement en raison de son poids et que le débiteur puisse la faire fondre, pourvu qu’il rende par la suite son poids en bronze avec l’intérêt, soit 750 g de bronze.
34Trois autres prêts, résumés ci-dessous, sont accordés par Pula-hali seul :
| Texte | Poids de bronze | Intérêt |
| EN 9/2 513 | 1 mine (0,5 kg) | Oui (le débiteur devrait donc rendre 0,75 kg) |
| EN 9/2 346 | 3 mines (1,5 kg) | Seulement si le prêt n’est pas remboursé à l’échéance |
| EN 9/2 512 | 5 mi[nes et x] sicles (plus de 2,5 kg) | Oui (le débiteur devrait donc rendre plus de 3,75 kg) |
35Les prêts de bronze sont assez rares dans les archives de Nuzi, les prêts de métaux concernant plutôt l’AN.NA / annaku et dans une moindre mesure le cuivre36. Cette famille constitue donc un cas particulier. Elle consent aussi des prêts à long terme qui sont garantis par la mise en gage de terres ou d’un membre de la famille du débiteur ; ceux-ci sont saisis si le prêt n’est pas remboursé. Ce type de contrat est appelé à Nuzi tidennūtu. Dans l’un de ces contrats, EN 9/2 267, les fils de Pula-hali prêtent, contre le champ mis en gage, une dizaine d’ovins et du bronze.
“1’-7’[...] Šurki-Ti[l]la et Mu[WA…] ont donné [un champ] en ga[ge pour 6 ans] à Šurki-Tilla, à Pa[šši-Tilla] et à Kipal-en[ni, les fils de Pula-hali]. 7’Et les fils de P[ula]-hali 14’-15’[ont donné ce]t ‘argent’ (pour le) [gag]e [de] Šukri-Till[a et de M]uWA[…]: 8’-13’1 brebis tondue 5 fois, [x ovin(s)] tondu(s) 2 fois, 3 moutons de bonne qualité [tond]us 1 fo[is], 1 brebis [tond]ue [x fois], 2 moutons tondus 2 [fois], 2 brebis [to]ndues [x fois, x+]4 mines et [x sicles de b]ronze.
16’-19’Lorsque 6 [ans se] seront écoulés, ils re[ndront l’‘argent’ selon la tene]ur de cette tablet[te aux fils de Pula]-hali [e]t ils reprend[ront] leur champ.
20’-40’(Clauses diverses, lieu de rédaction, au moins 5 témoins dont 3 ont arpenté le champ. Fin de la tablette perdue)”.
36Le terme “argent” (utilisé l. 14’, restitué l. 16’) renvoie en fait à l’ensemble des biens meubles prêtés, non à l’argent comme métal. Il est fréquemment attesté à Nuzi avec ce sens de “montant” ou “somme” pour résumer des payements composites, comme on le verra dans les exemples suivants. Dans ce type de transactions, les céréales sont cependant prêtées bien plus souvent que les métaux ; parmi ceux-ci, comme pour les prêts, l’AN.NA / annaku est prédominant, le cuivre plus rare, le bronze encore plus et l’argent quasiment absent37.
37On connaît d’autres cas de payements composites dans cette archive. L’un d’eux concerne le rachat, par les fils de Pula-hali, d’un champ qui a autrefois appartenu à leur famille (HSS 19 97 + EN 10/2 167). Le vendeur déclare : “19-25Et moi, j’ai reçu cet ‘argent’ auprès des fils de Pula-hali, (à savoir) auprès de Pašši-Tilla et auprès de Kipal-enni : 1 bonne vache de quatre ans, 10 bons moutons, 26 mines d’a-na-ku, 8 mines de bronze et je suis complètement payé”. Les poids de métaux représentent ici environ 13 kg d’annaku et 4 kg de bronze. Une autre tablette consigne l’achat d’un verger par Pašši-Tilla seul (EN 9/2 33). Comme de coutume à Nuzi pour la vente de biens immobiliers, le formulaire juridique est celui d’un contrat d’adoption, l’adoptant (le vendeur) cédant à l’adopté (l’acheteur, ici Pašši-Tilla) son terrain ; l’adopté en échange remet à l’adoptant un “présent” qui constitue le prix du champ : “10’-14’Et Pašši-Tilla a donné à Tae comme présent [pour lui] cet ‘argent’ : 5 mines d’an-na-ku, 2 mines de bronze, 1 pi d’orge, 2 BAN2 de blé” – soit environ 2,5 kg d’annaku, 1 kg de bronze, 40,4 litres d’orge et 13,4 litres de blé. Là encore, le schéma général des transferts de métaux, pour l’ensemble des tablettes de Nuzi, est le même que pour les prêts et les tidennūtu, l’AN.NA / annaku étant largement majoritaire38.
Comparaison avec d’autres lots d’archives
38Toutes les archives familiales de Nuzi n’ont pas encore fait l’objet d’études systématiques, mais il est clair qu’elles présentent des caractéristiques assez différentes. Celles des descendants de Pula-hali se distinguent par une forte proportion de prêts et, étant donné le taux d’intérêt, Pašši-Tilla et ses frères doivent en tirer des revenus conséquents. Les “hommes d’affaires” de cette famille ont pu avoir un accès privilégié aux métaux, peut-être du fait des activités de marchand de Pula-hali.
39D’autres familles investissent plus volontiers dans les achats de terres ; les métaux et le bronze sont peu présents dans les contrats, nombre de payements faisant intervenir plutôt le bétail et les céréales. La famille de Muš-apu fils de Purna-zini, dont les archives étaient déposées dans la même maison que celles de Pašši-Tilla, dans d’autres pièces, contiennent beaucoup moins d’attestations de bronze39. Lorsque Muš-apu acquiert un champ, il verse un payement mixte dont le contenu précis est perdu, mais incluant 5 mines de bronze travaillé ?40. Un débiteur, qui a peut-être déjà reçu du bronze de Muš-apu et lui a livré en gage un champ, s’engage, pour libérer son terrain, à lui rendre ce qu’il a emprunté et, en plus, à fabriquer des haches à partir d’un poids de bronze de 4 mines 30 sicles (2,25 kg)41. Enfin le fils de Muš-apu, Puhi-šenni, remet à Tae fils de Hašin-namar 6 mines 30 sicles de bronze (3,25 kg), puis 2 mines (1 kg), pour qu’il les travaille42.
40Les archives du prince Šilwa-Teššub, étudiées par G. Wilhelm et D. Stein, qui rassemblent 729 tablettes, fournissent un point de comparaison intéressant. Parmi elles, 89 enregistrent des prêts43 : 82 sont des prêts de céréales, les 7 autres concernent des biens divers, huile, paille, bois, poutres, briques et, dans un seul cas, 2 mines de cuivre (1 kg). Le bronze ne fait l’objet d’aucun prêt. Cependant le prince possède du bronze, puisqu’il en remet par ailleurs 21 mines (10,5 kg) à un artisan44. L’une de ses épouses, Šašuri, achète une servante et règle son prix, 20 sicles d’argent (166 g), en versant des textiles d’une valeur de 12 sicles, les 8 autres étant représentés par 4 mines 30 sicles de bronze (2,25 kg), 14 mines d’AN.NA (7 kg) et 2 litres de saindoux45.
41Le dossier de dame Tulpun-naya, trouvé dans le palais, présente la structure d’une archive privée. Il compte 37 tablettes dont certaines enregistrent des transactions foncières et des prêts avec prise en gage de personnes ; certaines mentionnent des payements composites, mais jamais de bronze46.
42Le lot d’archives le plus considérable de la ville, appartenant aux descendants Tehip-Tilla fils de Puhi-šenni, contient plus de deux cents adoptions immobilières. Parmi elles, rares sont celles qui évoquent un “présent” payé en cuivre47. Les mentions de bronze sont encore plus exceptionnelles : on note par exemple un versement composé de “1 mouton, 1 ? mine de cuivre, 1 arme-ZAG en bronze (pesant ?) 2 mines (1 kg), et 10 mines de bronze (5 kg)”48.
43Même dans le milieu des marchands, les pratiques n’étaient pas nécessairement homogènes. M. P. Maidman a étudié le dossier d’Urhi-Teššub fils de Tarmiya, dont les tablettes proviennent de fouilles clandestines et sont donc dépourvues de contexte archéologique49 ; il identifie cet individu comme un marchand. Urhi-Teššub concède des prêts d’AN.NA, comme Pašši-Tilla, mais pas de bronze.
44Néanmoins, on trouve dans divers dossiers et lots d’archives des références sporadiques au bronze, utilisé comme moyen de payement, en général avec d’autres biens, dans toutes sortes de transactions : acquisitions de terrains50, achats de bien meubles (esclave51, cheval52), prêts avec mise en gage d’un terrain53 ou d’une personne54, payement pour une mise en nourrice55 ou versement fait à l’occasion d’un mariage56, cette liste n’étant pas exhaustive, pas plus que les quelques exemples indiqués en note. C. Zaccagnini a proposé plusieurs explications pour cette coutume qui consiste à fournir, comme moyens de payement, les biens meubles les plus divers, soulignant à la fois les aspects pratiques de ces échanges (on paye avec les denrées dont on dispose) et leurs aspects cérémoniels (on donne, contre des biens de grande valeur comme la terre ou les personnes, des biens divers qui peuvent être considérés comme prestigieux, du moins plus prestigieux qu’une quantité d’orge)57.
Conclusion
45Alors même que le bronze est omniprésent aux IIIe et IIe millénaires, les payements effectués en bronze demeurent rares dans l’ensemble de la documentation mésopotamienne, car les prix sont en règle générale exprimés en argent – mais il est difficile de savoir si un prix fixé en argent est toujours payé dans ce métal. En revanche, à Nuzi, les payements dans les denrées les plus diverses, incluant du bronze, y compris sous forme d’objets, sont courants, même si l’AN.NA / annaku y apparaît bien plus que le cuivre, qui lui-même se place devant le bronze. Les tablettes issues de ce site témoignent donc d’une pratique exceptionnelle et intéressante pour la question de la circulation du bronze. Il reste difficile de savoir ce que les gens pouvaient faire de ce bronze, ainsi que des métaux, et de comprendre les interactions entre le monde du palais et celui des particuliers58.
46Ce cas atypique au Proche-Orient rappelle en revanche les pratiques du monde homérique, telles qu’elles apparaissent notamment à la fin du chant VII de l’Iliade, lorsque les Achéens importent du vin de Lemnos : “Les Achéens chevelus donnent, eux, pour leur vin, qui du bronze, qui du fer luisant, qui des peaux, qui des bœufs sur pied, voire des esclaves” (472-475)59.
Note sur les poids et mesures
47Mesures de poids :
481 talent = 60 mines = environ 30 kg.
491 mine = 60 sicles = environ 500 g.
501 sicle = environ 8 g.
51Mesures de capacité :
521 ANŠE = 10 BAN2 = environ 67,4 litres.
531 pi = 6 BAN2 = environ 40,4 litres
541 BAN2 = environ 6,7 litres.
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Notes de bas de page
1Quelques éléments de bibliographie générale : Moorey 1985, 17-20 et 127 ; Joannès 1993 ; Mulhy 1993 ; Moorey [1994] 1999, 251-265 ; Michel 2001a et 2001b.
2Le commerce de l’étain au début du IIe millénaire est particulièrement bien connu par deux corpus. Le premier est celui des archives des marchands assyriens, qui acheminent l’étain depuis leur ville, Aššur, jusqu’aux comptoirs commerciaux qu’ils ont implantés en Anatolie. Voir à ce sujet Michel 2001c, avec la bibliographie antérieure. Ces archives ont suscité réflexions et études bien au-delà du milieu assyriologique, comme en témoignent les travaux de K. Polanyi ; voir les mises au point dans Clancier et al. 2005, notamment celle de Michel 2005. Elles ont aussi inspiré une partie des analyses de Jack Goody sur les rapports entre écriture et activités économiques : Goody 1986, notamment 76-80 et 176-183. Le second dossier, les archives du palais de Mari, a été étudié par Joannès 1991 ; plus généralement, sur le métal à Mari, voir Lacambre 1997 et 2008, Arkhipov 2012.
3Sur le métal au début du IIe millénaire a.C., voir Reiter 1997 ; sur le cuivre, Dercksen 1996. Sur les routes des métaux au Ier millénaire a.C., Graslin 2009.
4Durand 1987.
5CAD S, sub “siparru”, 298b, 1.e).
6Pour une introduction générale, voir Maidman 1995, Wilhelm 2001 et Stein 2001.
7Plusieurs dizaines de tablettes, trouvées à Kirkouk lors de fouilles clandestines à la fin du xixe s., datent de la même époque que celles de Nuzi et sont souvent comprises sous la dénomination générale “tablettes de Nuzi”.
8Starr 1937 et 1939. Les objets exhumés ont été partagés entre l’Irak et les institutions américaines (Oriental Institute et Musées de Harvard).
9Shortland et al. 2008.
10Ce point est souligné par Starr 1939, 470. Sur la fin du royaume d’Arraphe, voir Maidman 2011.
11C’est le cas par exemple pour deux statuettes, trouvées l’une devant le temple (102C), l’autre dans une maison (102D) : elles sont dites tantôt en bronze (Starr 1939, 108, 192-193, 420), tantôt en cuivre (Starr 1937, 26 et Starr 1939, 419).
12Shortland et al. 2008.
13Les archives du palais sont présentées par Mayer 1978. Elles font l’objet d’un programme de recherches dirigé par Philippe Abrahami, Maître de conférences à l’université Lyon 2-Louis-Lumière (Cluster 13 “Culture, patrimoine et création” de l’Université de Lyon 2, financé par la région Rhône-Alpes) ; l’analyse des tablettes du palais doit donc être considérée comme issue de notre travail commun.
14Negri Scafa 2009.
15Par exemple : HSS 13 435 ; HSS 14 234 = 520, 235 = 529, 247, 263 = 608 ; HSS 15 130 à 134, 138 + “319” + 136, 168. On peut ajouter HSS 15 155, remise de bassines en bronze à des femmes, HSS 15 156 qui compte des récipients en cuivre et en bronze, et HSS 13 174, remise de mobilier de la ville de Purilliwe à plusieurs personnes. On peut rapprocher aussi de ce groupe HSS 15 129, une liste d’objets, notamment des meubles, répartis en plusieurs rubriques, qui manquent à des titres divers, la première rubrique enregistrant des ustensiles de bronze qui sont perdus ; et HSS 15 301, liste d’objets, surtout en bois, mais qui compte aussi 2 bols en bronze, devant être livrés (annūtu muṭṭašunu).
16Et parmi eux, certains mentionnent aussi des bols en bronze, comme HSS 13 160 et HSS 15 81.
17HSS 15 17 : objets, parmi lesquels des armes en bronze, qui se trouvent dans un magasin ; HSS 15 38 : mention d’un poignard en bronze ; HSS 14 264, HSS 15 3 et 4: armures.
18Flèches en bronze (HSS 13 421), armures (HSS 13 195), armures, casques, épées et autres armes (HSS 14 264 = 616) ; remise de centaines d’écailles en bronze à un artisan pour fabriquer une armure (HSS 15 11) ou des casques (HSS 15 9b).
19Pièce C 28, dans le “groupe 31”, avec les archives de Zike fils d’Ar-timi, son fils Šar-tae et son petit-fils Šar-Teššub ; translittération et traduction par Maidman 2010, 34-35. Un texte du même type, mais plus court, trouvé avant les fouilles régulières, a été publié par Müller 1998, 99-100 (n° 33).
20HSS 14 263b.
21HSS 15 157, 299 et 323, provenant toutes trois de la pièce M 79.
22On trouve aussi, dans le palais, des textes mentionnant du bronze mais n’entrant pas dans l’une de ces catégories, par exemple HSS 15 167, l’inventaire d’une maison qui abritait des objets en bronze. HSS 15 291, une lettre adressée à deux femmes, leur demande de fournir divers ustensiles dont de la vaisselle en bronze. HSS 13 149, autre lettre, évoque une dette qui devrait être remboursée par une saisie d’objets, dont certains en bronze ; la liste ressemble à un inventaire et pourrait représenter les biens du débiteur. Enfin les dépositions contre le maire corrompu, Kušši-harbe, et ses amis, font état de détournements de biens, parmi lesquels figurent des objets en bronze : AASOR 16 3 et peut-être AASOR 16 8.
23Les tablettes de ce dossier ayant trait à la gestion des céréales ont été étudiées par Abrahami 2012 ; je le remercie de m’autoriser à utiliser ce travail.
24Le lieu de découverte de chaque tablette est indiqué entre parenthèses, à la suite de son numéro.
25Voir la valeur des poids et mesures à la fin de l’article.
26Cross 1937, 44, à partir de HSS 5 40 fixant, pour une personne mise en gage qui cesserait de travailler pour son créancier, une pénalité de 1 BAN2 d’orge par jour chômé ; or la pénalité habituelle est d’une mine de cuivre par jour, ce qui suggère une équivalence entre ces deux sommes. Voir Eichler 1973, 24.
27Cross 1937, 44 donne une autre équivalence, tirée de HSS 5 16 : “6 minas of copper are equated with 5 minas of bronze and 20 sila of barley. The cost of bronze would thus be only slightly higher than that of copper”.
28L’étain est noté par l’idéogramme AN.NA ou par son équivalent akkadien annaku. Or dans les archives médio-assyriennes, donc dans une documentation contemporaine ou légèrement postérieure à celle de Nuzi, et géographiquement assez proche, ces termes semblent désigner à la fois l’étain et le plomb, cf. Moorey 1994, 295-296, qui précise : “This also seems to be the case in Middle Assyrian legal texts, where fines are given in terms of AN.NA (annaku) and its silver value ratio runs as low as from 180 : 1 to 240 : 1, when in the Old Assyrian period it had run as high as between 10 : 1 and 14 : 1 (…) There are also Middle Assyrian cases where bronze is twice as expensive as annaku” ; cependant dans d’autres contextes, comme celui de la fabrication du bronze, le même terme exactement revoie à l’étain plutôt qu’au plomb, comme aux autres périodes. Voir aussi Faist 2001, 63-65. Les textes de Nuzi qui permettent de calculer le prix de l’AN.NA = annaku vont exactement dans le sens d’une traduction par “plomb”. D’après JEN 499, 1 BAN2 d’orge vaudrait 1 mine 24 sicles d’an-na-ku et d’après SIL 316 (Müller 1981), 1 BAN2 d’orge vaudrait 51 sicles d’AN.NA ; même si l’on suppose des variations du prix de l’orge, cela indique que le prix de ce métal est quasiment le même que celui du cuivre et du bronze, voire inférieur. HSS 14 37 indique une somme d’argent, et le montant équivalent en bronze et en AN.NA ; le rapport argent : bronze est de 1 : 120, comme à Mari, ce qui est cohérent, et le rapport argent : AN.NA est de 1 : 240. HSS 19 127 fournit un rapport argent : AN.NA de 1 : 180. On retrouve dans ces deux derniers cas exactement les valeurs répertoriées pour le plomb à l’époque médio-assyrienne. En revanche, lorsqu’il est question, comme dans HSS 15 160 et 162, de cuivre “avec son AN.NA”, une traduction par “étain” semble s’imposer, cf. ci-dessous. Dans le doute, nous conservons la terminologie sumérienne ou akkadienne, telle qu’elle apparaît dans les textes, pour ce métal.
29Ce point a été vu par P. Abrahami. Je le remercie de me permettre de faire ici état de ces données.
30Sur ce terme, à traduire par “plomb” ou “étain”, cf. ci-dessus note 28.
31Abrahami 2012.
32Negri Scafa 2009, 308.
33Fincke 1993, 190-193.
34Zaccagnini 1984.
35Les archives de cette famille ont été étudiées par Lion & Stein 2001.
36Zaccagnini 1984, 147 : “By far tin is the metal which is most commonly given in loan contracts : I can quote some 25 occurrences of tin-loans vs. 10 occurrences of copper-loans and 4 instances of bronze loans”. Parmi les tablettes publiées depuis 1984 se trouvent les archives de la famille de Pašši-Tilla, qui doivent permettre de modifier quelque peu ces données, mais ne changent pas significativement l’image générale.
37Zaccagnini 1984, 149 : “The conveyances of tin were alomst three times more abundant than the conveyances of copper (c. 70 vs. 25 talents) and conveyances of bronze were almost negligible (1/3 of a talent)” ; là encore, les données des tablettes publiées depuis 1984 modifient le détail des chiffres, mais pas l’image générale.
38Zaccagnini 1984, 151.
39Pour le dossier relatif à cette famille, voir Morrison 1993.
40ZABAR šip[ku] ? La tablette, EN 9/2 49, est traduite par Morrison 1993, 72.
41EN 9/1 157+ (archives de Muš-apu fils de Purna-zini) ; joint et translittération par Fincke 1997.
42HSS 15 300, translittéré par Fadhil 1983, 317; le lieu de provenance exact de la tablette n’est pas connu.
43Wilhelm 1992.
44EN 9/1 463. Voir aussi les armes et objets de bronze mentionnés dans les textes de sa maison : ci-dessus n. 16 et 18.
45HSS 9 25 (= AdŠ 601).
46Dossier étudié par Abrahami & Lion 2012b.
47JEN 416 : 2 imēru d’orge et 15 mines de cuivre (7,5 kg) ; JEN 175 : 1 talent de cuivre (30 kg) ; JEN 206 : 2 bœufs, 4 jarres d’huile et 1 talent de cuivre (30 kg) ; JEN 426 et JEN 476 : 2 talents de cuivre (60 kg) à chaque fois ; JEN 48 : 2 talents 5 mines de cuivre (62,5 kg).
48JEN 761 : 10-12, copie dans Lacheman & Maidman 1989, 161-162 ; translittération et traduction dans Maidman 1994, 312-318.
49Maidman 1993.
50EN 9/1 5 (archives de Šekar-Tilla fils d’Urhiya), payement mixte composé d’un bœuf, 4 mines de bronze (2 kg) et 1 BÁN2 d’orge.
51TCL 9 46, translittéré et traduit par Grosz 1988, 117-118 et 195-196 (archives de Wantiš-šenni fils de Hašip-Tilla, provenant d’Arraphe) : payement mixte composé d’un bœuf de 4 ans, 2 ovins, un textile-nahlaptu, 2 imēru d’orge, 3 sicles (24 g) d’argent, 1 mine 30 sicles de bronze (0,75 kg) et 6 mines d’AN.NA (3 kg).
52EN 9/2 477 (archives de Puya fils de Hašiya): payement mixte composé d’un bon bœuf de 4 ans, 30 mines [d’AN].N[A (15 kg), 2…] de bonne qualité, [x]+7 sicles de bronze ([x]+56 g), […] 1 mine 30 sicles (0,75 kg) […] et 3 ovins de bonne qualité.
53Par exemple HSS 9 99 : payement mixte composé de 6 mines de bronze (3 kg), 4 mines d’AN.NA (2 kg), une brebis tondue une fois et HSS 19 106 : 7 mines de bronze (3,5 kg) dont 1/3 de mine (166 g) sous forme de hache, un mouton tondu trois fois, une brebis tondue deux fois, un mouton tondu une fois (les deux tablettes appartiennent aux archives d’Ilanu fils de Tauki) ; EN 9/1 251 (archives d’Ehli-Teššub fils de Taya) : payement mixte composé de 36 imēru d’orge, 3 ? BÁN2 de blé, 7 mines d’AN.NA (3,5 kg) et une dague en bronze.
54EN 9/2 152 (archives d’Uthap-tae fils de Tarmiya) : Uthap-tae prête 29 mines de bronze (14,5 kg) ; EN 9/1 165 (créancier : Ipša-halu fils d’Innaya), translittéré et traduit par Maidman 2010, 213-216 : prêt de 11 têtes de petit bétail et 2 mines 30 sicles de bronze (1,25 kg).
55HSS 19 134, translittéré et traduit par Fincke 1995, 8-9 (archives d’Uthap-tae fils d’Ar-tura) : le payement, qui correspond à 5 sicles d’argent (40 g), est versé en bronze et représente [x+]2 mines ([x+]1 kg). En supposant un rapport argent : bronze de 1 : 120, pour 5 sicles d’argent, on devrait avoir 10 mines de bronze (5 kg) ; si la copie, qui montre le bas de deux clous verticaux, est fiable, la restitution la plus proche serait [1]2 mines de bronze (6 kg), ce qui correspondrait alors à un rapport argent : bronze de 1 : 144.
56HSS 5 13, mais dans ce cas le payement attendu, qui devait consister en un bœuf, est remplacé par un versement 36 mines d’a-na-ku (18 kg) ; s’y ajoutent 5 mines de bronze (2,5 kg).
57Zaccagnini 1984, 150.
58Voir les conclusions de Zaccagnini 1984, 157-159.
59Mazon 1972.
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