Charité bien ordonnée. Les établissements d’accueil et de soins de la fin de l’Antiquité en Orient
p. 251-271
Texte intégral
1Pour approcher les questions de régulations sociale et politique, différents types de sources sont observables, et parmi elles l’urbanisme et l’architecture1. L’analyse et la reconstitution de l’organisation des monuments et des quartiers d’habitation dans les villes et dans les villages permettent de mettre en évidence le regroupement, l’association ou l’isolement de certains bâtiments, la cohabitation au sein d’un même ensemble de différents groupes sociaux, une volonté de réunir, de mettre certaines catégories de population au contact d’autres catégories, ou alors au contraire de les séparer ou de les mettre à l’abri les unes des autres. L’observation de l’architecture est donc à même de compléter les données offertes par les textes ou l’archéologie par exemple, pour appréhender, interpréter ou restituer le mode de vie et les aspirations des sociétés en général, antiques en l’occurrence. C’est à travers l’étude d’un certain type d’édifices antiques lié à l’hospitalité que cette proposition sera testée, les établissements charitables élevés à partir du ive s. p.C. dans l’Empire protobyzantin.
2Ces établissements pourraient être considérés comme les marqueurs dans le paysage d’une transformation de la société qui s’est produite au tournant du iiie-ive siècle. Les spécialistes d’histoire sociale2, à travers l’étude des textes anciens, les écrits des Pères de l’Église, les vies de saints, sermons et homélies, ont montré la façon par laquelle l’Église, portée par les évêques, en exhortant ses fidèles à aider, abriter et soigner les plus démunis, a isolé une nouvelle catégorie sociale, celle des pauvres. Au système de générosité antique et à l’évergétisme s’est ajouté, puis substitué au ve-vie s., un nouveau mode de générosité, chrétien, la charité3. L’évergète romain élevait des monuments publics pour ses concitoyens – parmi eux, les plus pauvres bénéficiaient de ces services – et attendait en retour une reconnaissance civique et politique. Le bienfaiteur byzantin, quant à lui, eut pour souci d’assurer le rachat de ses fautes en aidant et en soignant ses contemporains les plus fragiles. Le don charitable direct l’a invité à faire l’aumône, à donner de la main à la main au pauvre4. Le don indirect, justifié par la crainte d’un mauvais usage du don ou une répartition inéquitable, l’a amené à confier ses richesses à l’Église, entraînant une organisation institutionnelle de la charité qui aurait assuré à la fois la subsistance des plus pauvres et l’entretien du clergé5. On compte, parmi les actes de générosité, la fondation de nombreux établissements où étaient offerts le gîte, le couvert et des soins aux personnes les plus démunies. Cet article vise, après un rappel de ce que l’on sait de ces installations pour la fin de l’Antiquité en Orient, à observer leur architecture, leur intégration dans les villes et dans les villages, et à proposer des hypothèses d’interprétation pour tenter d’affiner encore notre connaissance du contexte social et politique dans lequel ils ont été érigés.
3En Orient, plus de deux cent vingt hospices sont évoqués par les textes anciens et les inscriptions lapidaires datés de la fin de l’Antiquité (fig. 1)6. Ils ont pu être élevés par des évêques, par l’empereur, par des femmes et des hommes pieux, qui assurant le financement de ces structures assuraient aussi le salut de leur âme. Ces établissements, qui étaient le plus souvent associés à un monastère et administrés par des moines, pouvaient être bâtis au cœur des villes, aux abords de celles-ci, et dans des villages ou des hameaux situés le long des voies. Dans les villes, ils pouvaient être nombreux, citons par exemple les six hospices édifiés à Jérusalem sous Justinien7, ou encore les hospices pour les pauvres et les sept maisons d’accouchement de quarante lits chacune édifiés à Alexandrie à la demande de Jean de Chypre8. Ils ont pu constituer de petites structures, parfois la maison d’un particulier transformée en hospice, ou de grands ensembles, comme l’hospice pour les étrangers et les pèlerins et le grand hôpital associés à la basilique de la Néa au centre de Jérusalem9. Les grandes structures devaient être rares néanmoins, réservées aux grands centres de pèlerinage comme Constantinople ou Jérusalem10. Les termes employés en grec, en latin, en syriaque, pour les désigner, plus particulièrement à partir de l’époque justinienne (vie siècle), montrent avant tout la diversité des bénéficiaires : des xénodocheia, hospices pour les étrangers, les pèlerins et les voyageurs, des nosokomeia, hospices pour les malades, des gerokomeia recueillant et soignant les personnes âgées, des orphanotropheia pour le soin et l’éducation des orphelins, des ptôcheia et ptôchotropheia pour les pauvres, des diaconia, où ceux-ci pouvaient recevoir des vivres et des soins, des leprosaria pour les lépreux et d’autres encore. La variété de ces termes invite à imaginer une diversité de formes et d’organisations des bâtiments. Peut-être les bénéficiaires recevaient-ils des soins appropriés dans un environnement différencié et adapté à leur condition et à leurs besoins. Cette spécialisation devait se faire au moins dans les grandes villes ; c’est en effet aux hospices de Constantinople, d’Antioche, de Jérusalem ou d’Alexandrie que se rapporte la terminologie la plus explicite.
Fig. 1 : Carte du Proche-Orient, localisation des hospices

(© P. Piraud-Fournet. Réal. : 2019).
4L’inventaire et l’étude de ces installations soulèvent quelques questions. La première concerne précisément l’interprétation des termes employés pour les désigner. Ils montrent la variété des fonctions et des donataires, mais les spécialistes des textes, en fonction du contexte politique ou géographique dans lequel ces édifices ont été élevés, prêtent volontiers à ces termes différentes significations. Le mot xenodochium / xenodocheion semble être le plus communément employé11. Son nom le destine aux étrangers de passage, mais les historiens proposent que cette catégorie d’hospice ait rempli les fonctions d’hospitalité et de soins prodigués non seulement aux étrangers et pèlerins, mais aussi aux pauvres12 – une seule personne pouvant d’ailleurs être désignée par ces trois qualificatifs à la fois. Ainsi, xenodocheion est traduit par ‟auberge” et ‟hôtellerie charitable” pour les installations du Hauran, en Syrie du Sud13, par ‟hôpital” pour celles de Pétra14, par ‟hospice pour lépreux” ou ‟hospice pour l’accueil des pèlerins” dans la vallée du Jourdain et ailleurs15. De la même façon, un xenon peut être une ‟chambre d’hôte”, un ‟gîte d’étape”, une ‟hôtellerie” ou un ‟hospice16”. Un ptôcheion, littéralement ‟asile pour les pauvres”, serait à Jérusalem une ‟diaconie17” et à Bosra une ‟léproserie18”. Les termes employés, pandocheion en particulier, ne paraissent pas suffisamment explicites non plus pour assurer ou distinguer seulement le statut mercantile ou charitable des établissements mentionnés.
5Une autre difficulté vient de ce que l’architecture de ces établissements antiques n’est pas décrite par les textes et que l’on peine donc à restituer leur organisation19. Quelle allure ou quelles dimensions avait l’hôpital signalé par Évagre le Scholastique, à Daphné, dans la banlieue aisée d’Antioche en Syrie20 ? Comment les deux hospices du complexe de la Néa situé au cœur de Jérusalem, l’un réservé aux malades et équipé de plusieurs centaines de lits, l’autre destiné aux étrangers et aux pèlerins, femmes et hommes, étaient-ils organisés21 ? Quelles caractéristiques architecturales auraient pu distinguer le ptôcheion de Bosra22, hospice pour les pauvres ou les lépreux, des hôpitaux précédemment cités ? Où ce ptôcheion était-il situé dans la ville ? Comment les pauvres, les mendiants, les pèlerins, pouvaient-ils repérer, à Jérusalem, la diaconie de Saint-Passarion où du pain leur était distribué23 ? Son architecture se distinguait-elle de l’hospice pour femmes pauvres âgées signalée par une inscription remployée aujourd’hui dans les remparts de la ville24 ? De même, on ne sait rien des dispositions matérielles de la prison élevée au vie siècle à Jérash par un évêque dans un geste charitable pour séparer les inculpés des condamnés, signalée elle aussi par une inscription25.
6Pour ce qui est de restituer ou de décrire l’apparence et l’impact de ces établissements dans leur environnement, les hypothèses divergent. Pour P. Brown, les hospices avaient un statut qui encourage à leur restituer une allure plutôt monumentale, sinon en tout cas remarquable26. Pour J. Durliat, aucun hospice n’aurait encore pu être identifié dans les villes protobyzantines ‟sans doute parce que ces édifices se distinguaient mal des maisons particulières dans lesquelles ils étaient souvent établis27”.
7Pourtant des hospices ont été identifiés sur le terrain, dans les provinces antiques de Syrie, de Palestine et d’Arabie par exemple. Presque toujours associés à un monastère, ils sont le plus souvent désignés dans les publications sous l’appellation générique ‟hospice (ou hôtellerie) pour pèlerins”. Si beaucoup d’entre eux étaient en effet destinés à l’accueil des pèlerins, certains devaient avoir des fonctions spécialisées, suggérées par les termes employés dans les textes antiques pour les désigner. Cependant, les études architecturales et les fouilles archéologiques qui ont pu être menées sur les hospices archéologiquement reconnus n’ont pas encore permis de décrire les activités qui y étaient pratiquées ni d’identifier le public accueilli. Très rares sont les hospices identifiés assurément par une inscription en place, qui tout en assurant sa fonction et son appartenance à la classe de bâtiment recherchée, permettrait de mettre en relation une organisation architecturale avec une terminologie et une catégorie précise à la fois de soins et de bénéficiaires. Quelques exemples pourtant : en Syrie du Nord, près du grand sanctuaire de pèlerinage de Siméon le Stylite, deux pandocheia, des ‟hôtelleries” élevées dans l’agglomération de Deir Seman en 479 p.C. voient leur fonction assurée par une inscription conservée encore maintenant sur le linteau de leur porte d’entrée28. Dans le Hauran, vaste région partagée aujourd’hui entre le Sud de la Syrie et le Nord de la Jordanie, où environ trois cents villages antiques édifiés en basalte et souvent exceptionnellement bien conservés ont été repérés et en partie étudiés29, une petite dizaine d’inscriptions lapidaires se rapportent spécifiquement à des établissements d’accueil probablement chrétiens. Trois inscriptions signalant deux pandocheia dans le village de Harran et un xenodocheion à Mutbin30 ont été vues à leur place d’origine et pourraient éventuellement un jour permettre d’identifier parmi les vestiges ceux d’hospices antiques. Enfin, à Gerasa-Jérash, au centre de la ville, s’élevait une ‟diaconie” indiquée comme telle par une inscription toujours en place dans une mosaïque31. Le terme désignerait le siège d’une association, où les pauvres étaient accueillis pour des distributions de vivres et de soins, et qui leur assurait un accès aux bains par exemple32. Cette diaconie a été aménagée en 565 p.C. sur une ancienne place publique transformée en atrium pour l’église élevée en face des anciens propylées du temple d’Artémis. L’installation charitable occupe au moins une des pièces et une partie de la cour et du portique de l’atrium33. Sa situation en plein cœur de la ville et à proximité de plusieurs établissements de bains paraît tout à fait appropriée pour recevoir les pauvres des villes (fig. 2)34. L’ensemble balnéaire proche, édifié par l’évêque Placcus au vie siècle35, aurait pu par exemple être mis au service des pauvres.
Fig. 2 : Plan du centre de la ville antique de Jérash-Gerasa – Province d’Arabie

(© P. Piraud-Fournet. Réal. : 2019).
8D’autres hospices sont signalés sur des sites précis, soit par les textes anciens, soit par une inscription retrouvée localement mais pas conservée à sa place d’origine. C’est le cas des trois hospices du complexe monastique de Théodosius, mentionnés par Théodore de Pétra dans sa Vie de saint Théodosios : ‟Il y a là en effet une maison pour les moines étrangers, où ils reçoivent en part l’assistance nécessaire, d’autres logements pour les gens du monde, où on leur procure, de la façon la plus variée, les soins convenables, un autre logement enfin, pour les gens sans ressources, qui sans doute sont dits mendiants, mais n’en sont pas moins par nature de même espèce que nous36”. Si ce complexe monastique est parfaitement localisé en Judée, il a été en partie détruit au xixe siècle, puis reconstruit, et les fouilles qui y ont été menées37 n’ont pas encore permis d’identifier les vestiges des trois hospices, qui auraient permis éventuellement de caractériser chaque catégorie de bâtiments. Ce témoignage confirme néanmoins, de même que ceux de Procope et de l’Anonyme de Plaisance relatifs aux deux hospices du complexe de la Néa à Jérusalem, que les hospices, en plus d’avoir des fonctions variées et d’accueillir différents bénéficiaires, pouvaient être regroupés à plusieurs sur un seul site38.
9D’autres hospices sont évoqués par les textes anciens, mais n’ont pas encore été identifiés. À Gadara-Umm Qays, par exemple, à ‟trois milles de la ville”, dans la vallée du Jourdain, un xenodochium a été élevé au vie siècle près des thermes d’Élie où étaient purifiés les lépreux39. Ce xenodochium n’était peut-être pas isolé : une inscription40, découverte à Scythopolis-Beth Shean à l’ouest du Jourdain fait état de la restauration, en 558-559 p.C., d’un bain pour les lépreux, qui pourrait être affecté au site de sources chaudes voisin, Hammat Gader. Or, au nord de l’ensemble thermal curatif exceptionnel qu’ils ont mis au jour, les archéologues signalent l’existence d’un ‟quartier résidentiel41” non encore fouillé, qui pourrait receler un hospice. À Maïn, un bain (pribaton) et un hospice (xenon) construits à la fin du vie siècle sont signalés par deux inscriptions provenant d’un même secteur42. D’autres xenodocheia sont signalés à Jéricho et dans les environs de la ville. Ledit monastère Saint-Jean, édifié sur les rives du Jourdain, à proximité du site du baptême du Christ, en possédait deux43. Il en est de même à Surandala-Gharandal, où l’Anonyme de Plaisance rapporte la présence de deux xenodochia associés à un castellum44. Pourquoi deux établissements sur chacun de ces sites ? Peut-être pour répondre à l’affluence des pèlerins, à moins que, comme dans le monastère de Théodosius chacun ait été destiné à une catégorie de bénéficiaires différente, constituant une hôtellerie et une infirmerie par exemple ou bien un bâtiment pour les hommes et un autre pour les femmes.
10Des analyses multidisciplinaires ont été entreprises pour recenser pour un même site les hospices évoqués par des textes anciens et les hospices découverts de façon archéologique. L’une, récente45, a repéré pour Jérusalem et ses abords, un hôpital et un hospice pour les étrangers et les pèlerins dans le complexe de la Néa, un ptôcheion-diaconie, un gerocomion associé au monastère de Saint-Georges, tous signalés par les textes, ainsi que quatre hypothétiques hospices ‟pour les pèlerins” identifiés archéologiquement à proximité de bâtiments reconnus comme monastères urbains (fig. 3). Il convient d’ajouter à cette collection l’hospice pour femmes pauvres âgées signalé par une inscription remployée dans les remparts de la ville46. Une autre tentative de recoupement a été engagée à Pétra en Jordanie. Les archéologues ont mis au jour au nord du monastère édifié au sommet du Mont Aaron une installation dans laquelle ils ont reconnu dans la moitié nord un hospice pour pèlerins (fig. 4)47 et le mettent en relation avec le xenon et le xenodocheion mentionnés par des papyrus datés du ve et vie siècles découverts dans les archives d’une église située au nord de la ville. Les spécialistes qui ont publié ces papyrus présentent quant à eux ces xenodocheia comme des ‟hôpitaux48”.
Fig. 3 : Plan de Jérusalem à l’époque byzantine – Province de Palestine I. Tentative de localisation des hospices

(© P. Piraud-Fournet).
Fig. 4 : Plan du complexe monastique du Jebel Haroun à Pétra– Province de Palestine III

(d’après Fiema et al., éd. 2016, 593).
11D’autres hospices ont été identifiés archéologiquement, grâce à leur organisation, leur position et leur environnement, sur des sites où aucun hospice n’est encore attesté par les sources écrites. Ces installations, même si leur fonction reste hypothétique, fournissent beaucoup d’informations. À titre d’exemple, on peut évoquer pour la Syrie du Nord, le bâtiment séparé par une petite cour de l’église de Cheikh Sleiman et celui édifié à l’est, au chevet de l’église de Brad, qui auraient pu constituer des hôtelleries charitables (fig. 5)49. Ils sont de dimensions modestes, pourvus d’une écurie au rez-de-chaussée, d’un portique en façade et d’appartements à l’étage. La présence de salles à auges encourage à voir dans les bâtiments qui en conservent des installations liées peut-être à des activités agricoles et économiques, mais surtout des écuries et étables liées au déplacement de biens et de personnes, au voyage et au pèlerinage50. En Judée, de nombreux autres monastères que celui de Théodosius ont été fondés entre le ive et le viie siècle et sont attestés par les auteurs chrétiens, Cyrille de Scythopolis et Jean Moschos par exemple. Ils ont fait l’objet de fouilles dans les années 1980 et 199051 et leur étude est susceptible de combler les lacunes des textes pour tenter de restituer la forme des hospices antiques. Élevés le long des voies menant à Jérusalem, ces établissements, ou une partie d’entre eux, prenaient en charge les voyageurs chrétiens et les pèlerins qui se rendaient à la Ville Sainte. Située à 6 km de Jérusalem, le complexe de Martyrius, par exemple, présente une église, un vaste monastère avec un réfectoire, un jardin cultivé et une citerne d’eau – les citernes et puits étaient souvent situés au cœur du monastère de façon à ce que les moines conservent toujours la maîtrise des réserves d’eau. Un ensemble balnéaire a été fouillé au sein du monastère et à l’extérieur, plus à l’est, un hospice a été mis au jour. Il était équipé d’une chapelle, d’étables et de chambres destinées aux pèlerins (fig. 6)52. L’organisation de cet ensemble laisse supposer que moines et pensionnaires étaient clairement séparés. Cette caractéristique semble se vérifier dans les autres monastères fouillés : celui voisin d’Euthymius53 et l’ensemble monastique attribué à Hilarion près de Gaza54, où un établissement balnéaire est placé entre l’hypothétique hospice et le complexe monastique. Les ensembles monastiques de Khirbet ed-Deir55, Khirbet Zikrin56, ou ceux qui ont été fouillés de l’autre côté du Jourdain, en Jordanie, à Pétra par exemple57, présentent des dispositions semblables.
Fig. 5 : Plan de Brad – Province de Syrie I

(d’après Lassus 1947, 169, fig. 77).
Fig. 6 : Plan du complexe de Martyrius – Province de Palestine I

(d’après Magen & Talgam 1990, 94, fig. 4).
12Parmi ces hospices charitables se trouvent probablement des hôtelleries pour les étrangers et les voyageurs mais aussi des hôpitaux, des léproseries, des asiles pour personnes âgées. Comment les distinguer les uns des autres ? L’analyse de l’architecture des hospices identifiés et celle du matériel archéologique découvert à l’occasion des fouilles permettra peut-être de le faire. Des hypothèses ont déjà été émises, par exemple, quant à la forme qu’auraient pu adopter les premiers hôpitaux58 et cette recherche est représentative de celles qui pourraient être conduites pour chaque catégorie d’édifice spécialisé. En effet, plusieurs nosokomeia et xenodocheia signalés par les textes sont présentés comme des hôpitaux59, à Daphné (Antioche), Jérusalem, Alexandrie, mais aussi à Petra, aux abords du Jourdain. En Syrie du Sud par exemple, les inscriptions ne mentionnent pas spécifiquement des hôpitaux ou des infirmeries, mais un personnel médical. Une inscription, non datée et découverte dans le quartier de l’église des saints Serge, Bacchus et Léonce, évoque un ‟archimédecin” chargé de la santé des citoyens à Bosra60 ; un autre ‟médecin” est signalé à Imtan61. Enfin, selon une autre inscription datée de 226-227 p.C. et trouvée à Majadel (Léjà) deux ‟chirurgiens” ont fait construire un bâtiment sur les fonds de la communauté villageoise62. Ces chirurgiens exerçaient-ils dans ce village et dans ce bâtiment ? Ce dernier présentait-il des aménagements spécifiques lié aux pratiques chirurgicales ? Sa forme le distinguait-elle des autres constructions, son allure extérieure permettait-elle qu’il soit reconnu ? Aucun hôpital de la fin de l’Antiquité au Proche-Orient n’a encore été sûrement identifié par l’archéologie. Une possible infirmerie peut-être, qui évoque les rites d’incubation encore en vigueur à cette époque ; comme le rappelle P. Maraval, les lieux saints assuraient une fonction clinique63. Cette ‟infirmerie”, ainsi désignée par les archéologues qui l’ont mise au jour, est conservée dans le monastère d’Euthymius en Judée, voisin du grand monastère de Martyrius près de Jérusalem64. Construite toute proche de la crypte où étaient conservées les reliques du saint, cette petite pièce était équipée de deux lits maçonnés, encore parfaitement conservés au moment de la fouille, qui auraient pu accueillir des malades.
13Cependant, l’examen d’hôpitaux édifiés à des époques plus récentes que l’époque byzantine pourrait aiguiller les recherches vers des formes architecturales plus spécifiques. En effet, pour G. Dagron, le modèle de l’hôpital se diffusa largement dans tout l’Empire byzantin entre le viie et le xie s., et influença probablement l’Islam puis l’Occident chrétien65. Une hypothèse a été formulée en 1927 par A.K. Orlandos qui a proposé de rapprocher la forme des hôpitaux antiques de celle d’infirmeries du xve s. associées à deux monastères des Météores en Grèce (fig. 7)66. Pour l’archéologue grec, ces bâtiments ruinés, de plan carré, organisés autour d’un large foyer central surmonté d’une coupole percée d’évents pour libérer la fumée, afficheraient une caractéristique essentielle des hôpitaux antiques : un plan en croix fait de quatre ailes abritant des lits, disposées autour d’un foyer central. Des sources écrites plus anciennes, datées du milieu du xiie s. ou du début du xive s., et d’autres du début du ixe s., confortent, selon T.S. Miller, la proposition tirée de l’observation de ces infirmeries médiévales67. Le Typikon du monastère impérial du Pantocrator68 précise au xiie s. que l’hôpital disposera d’un grand poêle alimenté au charbon, que la section chirurgicale aura un autre poêle plus petit et la salle des femmes un troisième69. Cet hôpital, sans l’appartement des femmes et la section chirurgicale, était manifestement divisé en quatre sections (ordinos, ‟rangée”) que T.S. Miller assimile aux ailes où devaient être alignés par dizaines les lits autour du foyer central70. La séparation des hommes et des femmes à l’hôpital paraît être une pratique courante dans la partie orientale de l’Empire, l’évêque Rabbula d’Édesse qui fonda une institution charitable au début du ve s. mit à part l’appartement des femmes, de même que Justinien lorsqu’il commanda la reconstruction d’un hôpital à Antioche en 541. Au moins depuis le vie s., des bains peuvent être adjoints aux hôpitaux, plusieurs textes en témoignent et le Typikon du Pantocrator, plus tardivement, qui évoque le ‟bain de l’hôpital” et la ‟salle de bains de l’hôpital” accessibles aux cinquante patients, mais aussi aux vingt-quatre résidents du gerokomeion71. Les hôpitaux comprenaient enfin une ou plusieurs chapelles destinées à rappeler que la guérison vient de Dieu ou de l’un de ses saints72.
Fig. 7 : Plan d’une infirmerie médiévale grecque

(d’après Orlandos 1927, 51, fig. 85).
14L’hypothèse ainsi développée par T.S. Miller reste fragile, mais elle pourrait éclairer d’un jour nouveau des installations syriennes connues de longue date, non encore affectées de façon assurée. D’après Évagre le Scholastique, Daphné était dotée dans la première moitié du vie s. d’un “hôpital pour malades”73. Pourquoi ne pas reconsidérer sous un nouvel angle ladite ‟villa de Yakto74”, édifice complexe et luxueux bâti dans la seconde moitié du ve s. et considérée de façon hypothétique comme le possible palais du maître des milices d’Orient de l’époque ? Son plan trop lacunaire reste difficile à interpréter, mais il possède un ensemble balnéaire75 et au moins deux salles cruciformes de tailles différentes, qui pourraient s’apparenter à l’organisation des hôpitaux décrits pour l’époque médiévale. On trouve encore une telle pièce cruciforme dans deux bâtiments du Hauran, le dit ‟ma‘bed” de Shaqqa (fig. 8) et le ‟praetorium” d’Umm el-Jimal. Pour le Hauran, ces installations sont originales, a priori ni caractéristiques des temples, ni caractéristiques de l’habitat. La fonction de ces trois bâtiments n’est donc pas encore assurée et pourrait être reconsidérée à la lumière de l’hypothèse suivante : pourrait-on y voir des salles de soins telles qu’on en observe à l’époque médiévale, où des lits étaient disposés pour les malades autour d’un foyer central ?
Fig. 8 : Plan du ‟ma‘bed” de Shaqqa – Province d’Arabie

(© P. Piraud-Fournet. Réal : 2008).
15D’autre part, la terminologie la plus couramment employée pour désigner les établissements d’accueil n’est souvent pas suffisamment explicite pour distinguer leur nature charitable, mercantile ou institutionnelle. Plusieurs historiens proposent que les bâtisseurs des établissements charitables dédiés à l’accueil et aux soins, se soient inspirés de la forme et de l’organisation des structures d’hébergement qui abritaient, déjà bien avant le ive siècle, des voyageurs de tous types : hôtels, hôtelleries, auberges ou relais routiers, relais de poste, gîtes d’étape du cursus publicus76. Cette hypothèse doit être explorée de façon plus approfondie. Il est possible d’émettre des hypothèses quant à la nature des établissements à travers l’analyse de leurs caractéristiques architecturales, d’une part, et celle de leur environnement, d’autre part. Pour ce qui est des caractéristiques architecturales, celles des établissements d’accueil et d’hébergement peuvent s’apparenter à celles de l’architecture domestique locale, sans pourtant être tout à fait identiques. Pour ce qui est de l’environnement, c’est la proximité d’une église, d’une chapelle ou d’un monastère qui peut donner à un tel bâtiment un caractère charitable. Les traits communs aux établissements d’accueil mercantiles et charitables peuvent être une organisation dite de type ‟caravansérail”, c’est-à-dire un plan constitué de plusieurs petites pièces installées autour d’une cour centrale, ou encore la présence éventuelle d’un étage, d’étables ou écuries au rez-de-chaussée, la proximité d’un petit ensemble thermal et enfin la localisation de ces ensembles à proximité (moins de ou env. 5 km) d’une voie de communication importante. L’auberge de Sergilla en Syrie du Nord est située en bordure du village, au nord, à proximité des bains et d’une grande citerne. Elle se distingue de l’habitat de la ville par son plan, par la présence d’une étable ou écurie dont elle a conservé des vestiges au rez-de-chaussée, et par l’absence de cour ceinte, qui met son porche d’entrée en lien direct avec l’espace public du village77. Ses dimensions sont modestes, mais elle possède un étage, où deux salles communicantes, accessibles par un escalier en bois intérieur, faisaient office de chambres ou dortoirs. Cet édifice n’est pas associé à un ensemble religieux et il aurait pu faire office d’auberge publique ou de gîte d’étape. La fonction d’hôtelleries des pandocheia élevés autour de l’agglomération de Deir Seman (fig. 9) en Syrie du Nord est assurée, au moins pour deux d’entre eux, par une inscription en place datée de 479 p.C., sans que l’on puisse pour autant préciser si ces installations avaient une vocation charitable ou mercantile. Leur raison d’être est en tout cas le grand sanctuaire de pèlerinage voisin dédié à Syméon le Stylite. Ces deux pandocheia ont été décrits comme des bâtiments allongés, composés de grandes salles et de salles plus petites sur deux ou trois étages, entourées sur les quatre côtés et à tous les étages de portiques. Ces portiques avaient une fonction d’abri ventilé et devaient servir de lieu de couchage au grand air. Les malades et les pèlerins les plus pauvres résidaient peut-être sous les portiques et dans les grandes salles du rez-de-chaussée, les pèlerins les plus riches aux étages78.
Fig. 9 : Plan du village de Deir Seman – Province de Syrie I

(d’après Tchalenko 1953, II, pl. ccviii).
16En l’absence d’inscription en place, c’est donc la découverte, dans une hypothétique auberge ou hôtellerie, d’une chapelle – ou la découverte d’un bâtiment s’apparentant à une auberge ou à une hôtellerie élevée à proximité d’une église ou d’un monastère – les bâtiments qui composent leur environnement donc, qui peuvent faire d’un établissement d’accueil un hospice charitable. Les installations observées sur le terrain, hors des villes, semblent avoir été le plus souvent élevées en périphérie des villages plutôt qu’au cœur, peut-être pour tenir à l’écart des habitants ces visiteurs qui lui étaient étrangers. De la même façon, les hospices associés à un monastère, en Syrie du Nord, en Judée et ailleurs, ceux fouillés de Martyrius, d’Hilarion, du Jebel Haroun à Pétra, sont élevés à l’écart de la résidence des moines, l’église constituant souvent un élément pivot entre celle-ci et l’hospice, de façon probablement à ce que la vie monastique ne soit pas perturbée et que les moines soient protégés de la propagation d’éventuelles maladies79.
17Pour conclure, à la fin de l’Antiquité une nouvelle série de constructions est venue participer à la réalisation du nouveau programme religieux, social et politique mis en place par l’Église80. Dans des établissements plus ou moins spécialisés, a été charitablement accueillie, nourrie et soignée la partie la plus vulnérable de la société. Les pauvres, immatriculés, enregistrés par l’Église pour pouvoir bénéficier des dons81, mais encore les malades et les étrangers étaient ainsi canalisés par les évêques devenus, avec le soutien de l’Empereur, les ‟surveillants des foules”82.
18Si cette population se confondait avec celle des pèlerins pour la fréquentation des établissements associés aux lieux saints des villes et des campagnes, elle venait, selon P. Maraval, pour la plupart, des environs, de localités situées à moins d’un jour de marche83. Une partie des donataires qui profitaient des services offerts par ces structures auraient donc aussi pu être constituée d’habitués. Les hospices sont désignés par des noms qui précisent le public auquel ils étaient destinés et peuvent laisser penser que leur organisation était spécifique et adaptée à ce public. Cependant, si des hospices ont été reconnus, nous ne sommes pas encore en mesure d’identifier réellement les aspects matériels qui les différencieraient les uns des autres. Les différents contextes dans lesquels les termes qui désignent ces structures sont employés encouragent les historiens à donner à un même nom des sens différents : auberge, hôtellerie, hospice, hôpital etc. Peut-être ces mots désignaient-ils des hospices polyvalents, qui abritaient des activités s’accordant aux besoins du lieu et du moment. La plus grande variété de noms et donc de bénéficiaires se rapporte aux plus grandes villes et aux grands centres de pèlerinages. Les textes, comme l’archéologie, laissent voir que les villes surtout, mais les villages et les sites isolés aussi, pouvaient posséder plusieurs hospices, qui auraient pu avoir des fonctions ou des affectations différentes. Dans les villes comme dans les campagnes, les hospices organisent la cohabitation de plusieurs groupes et font état d’une catégorisation sociale et d’une séparation des genres. Ainsi le monastère de Théodosios en Judée distribue dans différents bâtiments ‟les moines étrangers”, ‟les gens du monde” et ‟les gens sans ressources […] mendiants”. Dans d’autres complexes, les hommes sont séparés des femmes, les voyageurs sont mis à l’écart des malades etc. Les découvertes sur le terrain illustrent cette répartition, faisant apparaître que si les établissements charitables étaient associés pour leur entretien et leur service à un monastère, les moines ne vivaient pas pour autant dans le même bâtiment que les donataires, la résidence des uns étant même clairement isolée de celle des autres. Les hospices pouvaient être situés aux abords des villes, mais à l’extérieur des remparts, constituant peut-être des sites de quarantaine, mais aussi au cœur des villes, là où étaient les pauvres et les pèlerins, à proximité des lieux saints et des marchés, comme le montrent les exemples du complexe de la Néa à Jérusalem ou la diaconie de Gerasa. Dans les villages, c’est dans les marges qu’il convient de rechercher les hospices, sur le modèle des installations observées par exemple à Deir Seman. Élevés dans la périphérie plutôt qu’au cœur de l’agglomération, ces hospices auraient tenu à l’écart des habitants les étrangers, allogènes, et les malades éventuellement contagieux.
19Cette régulation pouvait se faire aussi de façon verticale, puisqu’au sein des établissements, les personnes accueillies auraient pu être répartis dans les étages en fonction de leur statut et de leur niveau social. L’étude architecturale des bâtiments met enfin particulièrement en avant la place accordée aux animaux, signalés par la présence d’étables et d’écuries reconnaissables à leurs auges. Elles pouvaient être destinées aux montures des pèlerins et des voyageurs, aux animaux de bât nécessaires à l’approvisionnement de l’établissement en eau et en vivre. Elles auraient aussi accueilli des bêtes malades amenées là par leur propriétaire dans l’espoir d’une guérison, les épizooties ayant été, selon P. Maraval, aussi fréquentes que les épidémies84. Tous ces aspects méritent d’être abordés de façon plus approfondie ; néanmoins, il apparaît déjà que la prise en charge des pauvres, des malades et des étrangers à la fin de l’Antiquité était affaire de distributions spatiales et sociales maîtrisées, orchestrées par une charité bien ordonnée.
Notes de bas de page
1Cet article est l’occasion pour moi de remercier très chaleureusement les organisatrices de ce colloque, ainsi que P.-L. Gatier, M.-F. Boussac, J. Aliquot, M. Sartre et les chercheurs de la MSCA IF Master class du laboratoire CNRS ArScAn (UMR 7041), qui par leurs remarques, leurs conseils ou leur soutien ont contribué au développement de cette recherche.
2Patlagean 1977 ; Brown [1992] 1998 et 2002 ; Rebillard 1999 ; Morrisson 2004.
3Thiel 2015, 128-131, 151, 493 ; Girardin 2021 ; Parkin 2006, 60-82 et Sorek 2010. L’assistance envers les pauvres était pratiquée déjà dans le monde grec et romain, dans la société païenne et juive, guidées elles aussi par un précepte altruiste ou par la pitié, sous la forme du don direct ou par le biais d’associations, mais elle n’était pas mise en avant, car elle était dépourvue de vertu rédemptrice. L’institutionnalisation progressive de l’assistance aurait été élaborée à partir du ier s. p.C., chez les juifs comme chez les chrétiens.
4La pratique la plus commune étant le partage de nourriture, à ce sujet Caseau-Chevallier 2017.
5Durliat 1990, 542 ; Thiel 2015, 149-150 ; Caseau-Chevallier 2017, 37-38.
6Pour la seule Constantinople, une soixantaine d’établissements, Janin 1969, 552–567. Pour l’Empire, premiers inventaires : Fresne du Cange 1680 ; Leclercq 1925 ; Mentzou-Meimare 1982 ; Constantelos 1968, synthèse dans Horden 2006, 50. Pour de récents compléments, Touati 2007.
7Morisson 2004, 191.
8Léontios de Néapolis, Vie de Jean de Chypre, 7 (Festugière & Rydén, éd. 1974), 324-325.
9Dagron 1993. Concernant le complexe de la Néa, Procop., Aed., b.5.7.25-26 (Dewing & Downey, éd. 1940) ; It. Plac., chap. 23 (Geyer, éd. [1889] 1965) et Voltaggio 2011, 199. Pour une édition en français de l’Itinerarium Antonini Placentini, Maraval, éd. 2002, 203-235.
10Concernant le contexte et le développement de ces établissements : Leclercq 1925 ; Patlagean 1977 ; Brown [1992] 1998 et 2002 ; Dagron 1993, Flusin 2004 ; Morrisson 2004 ; Horden 2005.
11Dans l’inventaire de Mentzou-Meimare 1982, 241-308, pour l’Empire byzantin, sans compter Constantinople, cinquante-neuf xenodocheia, quarante-neuf nosokoemia et vingt-deux ptocheia sont recensés. Horden 2006, 50.
12Thiel 2015, 178 et 543. Concernant l’assistance charitable dans les villes protobyzantines, 540-552.
13Sartre-Fauriat & Sartre 2014, IGLS, 15, 327-329, insc. 263 et 264 ; Sartre-Fauriat & Sartre 2016, IGLS, 14-2, 582, insc. 592a.
14Frösén 2018, 109 à 139.
15It. Plac., chap. 12, v. 7-9 et 13, v. 13-16 (Geyer, éd. [1889] 1965) et Voltaggio 2011, 200 et 201.
16Sartre-Fauriat & Sartre 2014, IGLS, 15-1, 47-49 et 329.
17Voltaggio 2011.
18Procop., Aed., 5.9.22-26 (Dewing & Downey, éd. 1940) ; Sartre 1985, 127 ; Sartre 1982, IGLS, 13, insc. 9132 et 9137, et Feissel 2000, 99. Concernant un aspect de l’interprétation des mots liés à l’hospitalité à la fin de l’Antiquité, voir par exemple Cabouret 2016.
19Un colloque qui s’est tenu en 1999 a déjà entrepris d’explorer l’architecture des installations hospitalières et a donné lieu à un ouvrage, Touati, dir. 2004.
20Évagre le Scholastique, Hist. eccl., 4.35 (Bidez et al., éd. 2011-2014).
21Procop., Aed., b.5.6, v. 25-26 (Dewing & Downey, éd. 1940), It. Plac., chap. 23 (Geyer, éd. [1889] 1965) ; Cyrille de Scythopolis, Vie de Sabas, chap. 73 (Schwartz, éd. 1939 et Festugière, trad. 1962) ; Voltaggio 2011, 199.
22Procop., Aed., 5.9.22 (Dewing & Downey, éd. 1940), Sartre 1985, 127 ; Sartre 1982, IGLS, 13, insc. 9132 et 9137, et Feissel 2000, 99.
23It. Plac., chap. 27, v. 4 (Geyer, éd. [1889] 1965) et Voltaggio 2011, 200 pour une tentative de localisation de cet hospice à Jérusalem.
24Germer-Durand 1892, insc. 45.a et Cotton et al., éd. 2012, CIIP, insc. 859.
25Au sujet de cette inscription Gatier 1985, 299 ; Piccirillo 2002, 133-134 et Gatier 2009, 278.
26Brown 2002, 35 : ‟Hence, the xenodocheion emerged in Asia Minor and elsewhere as a building for poor relief that still enjoyed a quasi-classical status. It was both a work of public, civic munificence and an act of charity.” Pour Thiel 2015, le Chrétien pouvait mettre en avant son don, non pas pour sa gloire personnelle, mais pour la gloire de Dieu.
27Durliat 1990, 21.
28Vogüé 1865-1877, 128, pl. 114 ; Leclercq 1925, 2758 et Constable 2003, 29-30.
29Par Bankes (voir Sartre-Fauriat 2004) ; Vogüé 1865-1877 ; Butler 1919 et les travaux plus récents menés par les chercheurs des IGLS-Inscriptions grecques et latines de la Syrie et de la Mission archéologique française en Syrie du Sud dirigée par J.-M. Dentzer et P.-M. Blanc.
30J’ai réalisé un premier inventaire de ces installations à travers les recueils des IGLS pour le Hauran, Sartre 1982 ; Sartre & Sartre-Fauriat 2011, 2014, 2016 et 2020. Concernant les établissements charitables de la Province d’Arabie, Piraud-Fournet, à paraître.
31Crowfoot 1931, 15 et Kraeling, éd. 1938, 229.
32Jones 1928, 169-170, insc. 36 et Marrou 1940. Patlagean 1977, 192, précise que la diaconie est une association de laïcs à but charitable et non pas le service charitable d’un établissement monastique. Voir aussi au sujet des diaconies, Fauchon 2013, 564-565 et note 32, et des distributions de nourriture dans les diaconies à l’époque byzantine, Caseau-Chevallier 2017, 36-41.
33Pour une étude architecturale et archéologique de cet ensemble, Brizzi et al. 2010.
34Au sujet des bains associés à des établissements monastiques et à des installations charitables, voir Gatier 2009. Les diaconies, par exemple, avaient la charge d’offrir un accès au bain pour les pauvres, Laurent 1981 et 1963-1972, Corpus 5 et 2, n° 1222 et 1223 (sceaux de diaconie de bains) et Caseau-Chevallier 2017, 41 et 45 pour un exemple de bain utilisé comme diaconie.
35Au sujet des bains de Placcus, Gatier 2009, 277-279 et Lepaon 2015.
36Vie de saint Théodosios, 34-35 (Usener & Festugière, éd. 1963), 121. Voir aussi Gatier 2009, 279-280.
37Hirschfeld 1992.
38Deux autres exemples : à Édesse, au début et au milieu du ve s., l’évêque Rabbula fit construire deux hôpitaux, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes et l’évêque Nona une léproserie en même temps qu’un hôpital à proximité de son monastère. Dols 1987, 372.
39It. Plac., chap. 7, v. 13-16 (Geyer, éd. [1889] 1965) et Roch 2015, pour la traduction en français : ‟À trois milles de la ville [Gadara/Gabaon], il y a des eaux chaudes qui sont appelées thermes d’Élie. Des lépreux y sont purifiés ; ils ont leurs repas d’un hospice à frais publics. Le soir, les thermes sont nettoyés. Devant la fontaine d’eau elle-même se trouve un grand bassin : lorsqu’il est plein, on ferme toutes les portes, et par une petite entrée, on envoie [les malades] à l’intérieur avec des lampes et de l’encens, et ils restent dans ce bassin toute la nuit. Ils s’endorment, et celui qui va être purifié voit quelque vision. Lorsqu’il l’a racontée, les thermes sont désertés pendant sept jours, et après sept jours il est purifié”.
40Avi-Yonah 1963, 325-326.
41Hirschfeld 1997, 5-9.
42Gatier 1986, 188 et 189, insc. 162 et 163 ; Gatier 2009, 281.
43It. Plac., chap. 12, v. 7-9 (Geyer, éd. [1889] 1965) et Voltaggio 2011, 200.
44It. Plac., chap. 41, v. 4-9 (Geyer, éd. [1889] 1965) ; Voltaggio 2011, 201. Deux sites portent le nom de Gharandal. Aïn Gharandal, situé dans le Wadi Araba au sud de la Jordanie, est actuellement en cours de fouilles sous la direction de R. et E. Darby (Université du Tennessee). L’autre site auquel correspondrait plus probablement celui évoqué par l’Anonyme de Plaisance est situé dans la région de Tafileh, en Jordanie centrale, et a été fouillé par A. Warmsley (Université de Macqaurie) dans les années 1996-2000.
45Voltaggio 2011.
46Germer-Durand 1892, 583, insc. 45 et Cotton et al., ed. 2012, CIIP, insc. 859.
47Fiema et al., éd. 2016.
48Whiting 2016a et Frösén 2018, mais encore Horden 2005, 375.
49Lassus 1947, 234.
50Au sujet des salles à auges, étables et écuries de Syrie et d’ailleurs à la fin de l’Antiquité, Baratte et al., éd. à paraître.
51Hirschfeld 1990.
52Magen & Talgam 1990.
53Hirschfeld 1993.
54Elter & Hassoune 2004 et 2008.
55Hirschfeld 1999.
56Fischer 1989.
57Fiema et al., éd. 2016.
58Concernant la forme des premiers hôpitaux, Orlandos 1927 et Miller 1997. Sur l’histoire des premiers hôpitaux, Miller 1997 et Horden 2005, 365-373.
59Selon T.S. Miller les xenodocheia, hébergeant des malades et développant des soins de plus en plus appropriés, auraient probablement donné naissance aux hôpitaux, Miller 1997, 145.
60Sartre 1982, 187 ; IGLS, 13, insc. 9114.
61Sartre-Fauriat & Sartre à paraître, IGLS, 16, insc. 1345.
62Sartre-Fauriat & Sartre 2014, IGLS, 15, insc. 458, 530-531.
63Leclercq 1926-1927, 511-518 et Maraval 1985, 149-150. Un autre exemple de sanctuaire de guérison, Abu Mina (Saint-Ménas) dans la région d’Alexandrie, cf. Caseau 2010 et Grossmann 1998.
64Hirschfeld 1993, 366.
65Dagron 1993, 293.
66Orlandos 1927, 79-83.
67Miller 1997, 142-146.
68Hergès 1898, 80-82 et Miller 1997, 142 ; Gautier, éd. 1974.
69PantTyp, 99. 1152-54 d’après Miller 1997, 142. Pour Gautier, éd. 1974, 98.
70PantTyp, 99.1152-54 et 83.907-11 et 85.937-39 d’après Miller 1997, 142. Pour Gautier, éd. 1974, 9, 82, 84.
71PantTyp, 91. 1051-93. 1056 et 111. 1377-78 d’après Miller 1997, 142. Pour Gautier, éd. 1974, 91-92 et 110.
72Dagron 1993, 294.
73Évagre le Scholastique, Hist. eccl., 4.35 (Bidez et al., éd. 2011-2014, τῷ τῶν νοσούτων καταγωγίῳ).
74Lassus 1938 et Morvillez 2007 a.
75Piraud-Fournet 2014, 689-691 et 702, fig. 2.
76Miller 1997, Constable 2003. Au sujet des auberges et hôtelleries et des établissements du Cursus Publicus, voir Pflaum 1940, Bauzou 1989, Le Guennec 2019 a et Leveau 2016.
77Charpentier 2013, 497-506.
78Butler 1920, 268-278 ; Lassus 1947, 234 ; Tchalenko 1953, 209 et Constable 2003, 30. Une telle séparation de classe est proposée pour les hospices du sanctuaire de guérison de Saint-Ménas (Abu Mina), à 45 km d’Alexandrie. Les fouilles ont mis au jour, aux abords de la basilique, plusieurs édifices composés de quatre bâtiments entourant une vaste cour à péristyle carrée. Ils auraient constitué autant de logements pour les pèlerins et les malades, offrant, selon les fouilleurs, à l’étage des chambres pour les plus riches, et au rez-de-chaussée de grandes salles où les pauvres, en nombre, pouvaient s’abriter le jour et dormir la nuit sous les portiques, Grossmann 1998, 286-287 et Caseau 2010, 224-225.
79C’est à l’aune de ces premières observations qu’une étude est en cours sur les établissements charitables de la province protobyzantine d’Arabie, et le Hauran en particulier, où plusieurs installations sont signalées par des inscriptions et observables sur le terrain. Pour une présentation des premiers résultats de cette recherche, Piraud-Fournet, à paraître.
80Brown [1992] 1998, 137-9 et Brown 2002 ; Rebillard 1999, 816 et Horden 2005, 362-363.
81Caseau-Chevallier 2017, 37 et 41.
82Ambroise, Ep. 40, 6 d’après Rebillard 1999, 816.
83Maraval 1985, 105.
84Maraval 1985, 149.
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