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    Plan détaillé Texte intégral Hippone Diarrhyte et son dauphin : une solution radicale pour refuser l‘hospitalité officielle (quelque part dans les années 50-70 du ier s. p.C.) Polémon et Antonin à Smyrne : un refus réussi de l’hospitalité officielle, fondé sur un privilège impérial (133-136 p.C.) Philodamos et Verrès à Lampsaque : l’échec et l’issue désastreuse d’un refus d’hospitalité (80/70 a.C.) Notes de bas de page Auteur

    Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Sauve qui peut ! Ou comment (tenter de) contourner l’obligation de loger les officiels romains dans les provinces de l’empire

    Nicola Zwingmann

    p. 207-221

    Texte intégral Hippone Diarrhyte et son dauphin : une solution radicale pour refuser l‘hospitalité officielle (quelque part dans les années 50-70 du ier s. p.C.) Polémon et Antonin à Smyrne : un refus réussi de l’hospitalité officielle, fondé sur un privilège impérial (133-136 p.C.) Philodamos et Verrès à Lampsaque : l’échec et l’issue désastreuse d’un refus d’hospitalité (80/70 a.C.) Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans le cadre des prestations incluses à la période impériale dans le système de transport et d’information surtout connu par son nom tardo-antique de cursus publicus1, et comme c’était déjà le cas à la période républicaine, les provinciaux étaient obligés d’accorder l’hospitalité aux magistrats romains, c’est-à-dire de les loger et de les nourrir2. Ce devoir d’hospitium qui était lié à la domination romaine revêtait deux significations opposées : c’était un honneur, certes, mais aussi un fardeau. Parmi les notables concernés par cette obligation, il faut dès lors distinguer, pour reprendre les mots de L. Nasrallah, entre ‟those willing, obliged or forced to host and accommodate such travellers3”. Pour donner une idée du volume des déplacements à prendre en charge, on dira qu’au cours des iie et iiie s. p.C., c’était chaque année environ deux cents hauts administrateurs civils ou officiers généraux qui prenaient la route ou la mer pour rejoindre leur province ou pour en partir4. À ces voyages s’ajoutaient ceux internes aux provinces, notamment pour rendre la justice dans les cas de sièges des conventus / διοίκησεις5 et, le cas échéant, en vue d’inspections militaires. Chaque magistrat était accompagné, selon son rang, par un nombre élevé de personnes, auxquelles nous nous intéresserons plus en détails infra. En tout, cela représentait donc chaque année plusieurs milliers d’individus qu’il fallait héberger.

    2Dans cette contribution, seront examinés trois cas de tentatives faites par des provinciaux pour s’opposer à cet impératif de l’hospitalité officielle, se répartissant sur plus de deux cents ans, de la fin de la République au Haut-Empire : celle des citoyens anonymes, ou plutôt des notables locaux, de la colonie d’Hippone Diarrhyte en Afrique proconsulaire (quelque part dans les années 50-70 p.C.), celle, dans les années 133/136 p.C., d’une étoile de la rhétorique, Polémon de Laodicée, résidant à Smyrne dans la province d’Asie et célèbre dans tout le monde romain, et enfin, en remontant dans le temps, celle d’un Grec pérégrin du nom de Philodamos, à Lampsaque, également en Asie (80/79 a.C.). À partir de ces trois exemples, on s’interrogera sur les raisons qui poussaient ces personnages à (tenter de) contourner l’obligation d’hospitalité qui leur était faite par le pouvoir romain, sur la manière dont ils justifiaient leur refus, et sur les conditions dans lesquelles les stratégies choisies pouvaient être couronnées de succès ou au contraire échouaient. À des fins de démonstration, l’ordre chronologique ne sera pas été strictement suivi dans l’organisation de cette contribution. Nous avons en effet souhaité rapprocher deux tentatives réussies, qui se déroulent à l’époque impériale, avant de leur comparer une tentative malheureuse, pour sa part plus ancienne puisque d’époque tardo-républicaine : l’éclairage rétrospectif des témoignages impériaux permettra d’avancer, avec prudence, quelques hypothèses explicatives sur ce qui avait manqué à l’entreprise d’époque républicaine pour réussir.

    Hippone Diarrhyte et son dauphin : une solution radicale pour refuser l‘hospitalité officielle (quelque part dans les années 50-70 du ier s. p.C.)

    3Trois auteurs latins, Pline l’Ancien, Pline le Jeune et Solin6, nous ont transmis une anecdote survenue dans la colonie maritime d’Hippone Diarrhyte, l’actuelle Bizerte en Tunisie. Dans le contexte d’un long passage de son Histoire naturelle consacré aux dauphins, Pline l’Ancien raconte quelques épisodes voyant intervenir des dauphins dociles, parmi lesquels l’histoire suivante (qui sera en partie reprise, quelque 200 ans plus tard, par son compilateur Solin) :

    Il y a quelques années, sur la côte africaine d’Hippone Diarrhyte, un autre dauphin recevait pareillement sa nourriture de la main des hommes, s’offrait à leurs caresses, jouait auprès des nageurs et les portait sur son dos ; Flavianus, proconsul d’Afrique, le fit oindre d’un parfum ; endormi, sembla-t-il, par l’odeur inconnue, et flottant comme un cadavre, il s’abstint de fréquenter les hommes durant plusieurs mois, comme si un outrage l’avait mis en fuite, puis il revint, et ne fut pas moins admiré. Les abus commis à l’égard de leurs hôtes par des personnages qui venaient pour le voir incitèrent les gens d’Hippone à le tuer7.

    4Par la suite, Pline le Jeune relate à nouveau cette anecdote8. Dans une lettre adressée à son ami Caninius Rufus, il déclare avoir eu récemment connaissance de l’histoire du dauphin docile d’Hippone Diarrhyte, dans le cadre d’un banquet, au cours duquel les convives s’étaient mis à raconter divers prodiges. Il insiste sur le fait que ‟celui qui l’a racontée présentait toutes les garanties de véracité […] pour qu’on ait pu parfaitement se fier à lui, même en ayant l’intention de faire œuvre d’historien9”. Si Pline ne se réfère pas explicitement à l’œuvre de son oncle naturaliste, il s’appuyait selon toute vraisemblance sur ce dernier10. Sans s’être simplement contenté d’imaginer une version plus vivante de l’épisode, il le raconte toutefois d’une manière plus étendue, avec beaucoup plus de détails et quelques variantes intéressantes, qui doivent s’expliquer par l’emploi d’une source supplémentaire11 :

    On sait qu’Octavius Avitus, le légat du proconsul, cédant à une croyance absurde, fit verser sur l’animal, qu’on avait amené sur le rivage, un parfum, dont l’étrangeté et l’odeur le firent fuir vers le large. On ne le revit, dit-on, que bien des jours plus tard, languissant et triste, puis, ses forces revenues, il reprit sa gaieté passée et ses services habituels. Tous les magistrats accouraient pour voir le spectacle ; leur venue et leur séjour écrasaient la modeste cité sous de nouvelles dépenses. Enfin l’endroit lui-même perdait sa tranquillité et son isolement. On décida de supprimer en cachette la cause de ces rassemblements12.

    5Qui étaient donc ces ‟personnages officiels (potestates)”, selon Pline l’Ancien, ou ‟tous les magistrats (omnes magistratus)”, selon Pline le Jeune, qui venaient voir le dauphin docile ? Et pour quelles raisons leur arrivée et leur séjour faillirent-ils ruiner la cité ?

    6Potestates et magistratus peuvent renvoyer aux magistrats locaux des colonies et municipes africains voisins, même s’ils ne disposaient pas d’une position telle qu’elle leur aurait permis de se montrer exigeants et de contraindre les locaux à l’hospitalité13, et surtout à l’élite impériale, à savoir ici aux magistrats civils et militaires de la province d’Afrique – au proconsul, à ses légats et à son questeur, au procurateur ou aux commandants militaires14 – voire éventuellement à des magistrats venus d’autres provinces. Pline l’Ancien évoque nommément, parmi ces visiteurs, le proconsul Flavianus. Il devrait s’agir de Tampius Flavianus qui exerçait cette responsabilité dans la province d’Afrique sous le règne de Néron15 et qui résidait dans la capitale de la province, Carthage. Pour Pline le Jeune, en revanche, le magistrat impliqué dans l’affaire – le seul parmi les omnes magistratus dont il évoque le nom – était le legatus pro consule Octavius Avitus, lui aussi de rang sénatorial, voire consulaire ou prétorien16. Dans la province d’Afrique, il y avait probablement trois légats, qui, à partir au moins du iie s. p.C., étaient responsables des différentes circonscriptions judiciaires généralement désignées comme ‟diocèses”, et dont un résidait à Hippone Diarrhyte17. Peut-être le proconsul que servait Octavius Avitus en tant que légat était-il le Tampius Flavianus mentionné par Pline l’Ancien18 ?

    7En fonction de l’identité de ces magistrats, on peut quoi qu’il en soit imaginer plusieurs modalités pour leurs visites. Soit Octavius Avitus habitait sur place car Hippone Diarrhyte était sa résidence officielle : dans ce cas il ne faisait pas partie des omnes magistratus mentionnés par Pline le Jeune, qui étaient venus d’ailleurs en grand nombre. Soit il appartenait à ces omnes magistratus car à cette époque le légat ne se voyait pas encore attribuer un diocèse ou car il était le légat d’un autre diocèse : dans ce cas, le proconsul pourrait être venu à Hippone Diarrhyte en compagnie d’Octavius ou les deux hommes s’y seraient rendus séparément à des occasions différentes, les deux cas étant attestés dans les inscriptions d’Afrique19. On peut enfin suggérer des visites d’autres membres du cortège du gouverneur, sur lesquels on reviendra sous peu. Il reste que ces visites des magistrats écrasaient la ville par leur nombre. Ils eurent la possibilité de voir le dauphin au moins à deux reprises distinctes, au cours de ses deux séjours successifs près des côtes d’Hippone Diarrhyte, espacés, d’après Pline l’Ancien, de quelques mois (aliquot menses) et d’après Pline le Jeune de nombreux jours (multos dies). Au moment où son retour risquait de provoquer une reprise des visites officielles, les habitants de la ville savaient à quelles charges leur devoir d’hospitalité risquait de les soumettre.

    8Nous sommes particulièrement bien renseignés par les textes anciens sur ce que pouvait représenter, pour les locaux, l’hospitalité prodiguée à un proconsul. Celui-ci – comme dans une moindre mesure tout haut magistrat romain et même tout représentant de l’élite de l’imperium Romanum, qu’il appartienne à l’ordre sénatorial voire qu’il soit l’affranchi d’un personnage de premier rang20 – était particulièrement en vue. Il se devait de montrer ce prestige, pour qu’on puisse le percevoir dans sa fonction et sa dignitas, par des apparitions conformes à son rang qui se manifestaient, entre autres, par l’ampleur de son cortège21. Les deux proconsuls de l’Empire romain dont le rang était le plus élevé, auxquels appartenait, outre celui d’Asie, celui d’Afrique, disposaient logiquement du plus important cortège22.

    9Les proconsuls partaient pour leur province avec leurs appariteurs – douze licteurs, des scribes (scribae, librarii), des comptables (tabularii), un héraut (praeco), peut-être un haruspice (haruspex) et un victimaire (uictimarius), en plus de deux ou trois légats d’ordre sénatorial23 qui était accompagnés par leur propre cortège, dont des licteurs et des ‟accompagnateurs” (comites) ou ‟amis” (amici), et d’un questeur qui avait lui aussi besoin de secrétaires et de comptables pour gérer les impôts de la province. On y ajoutera l’entourage semi-officiel du gouverneur : les amici et les comites personnels, ces connaissances privées qui lui servaient de conseillers et d’assistants pour des tâches variées24, ses esclaves et ses affranchis qui travaillaient soit pour l’administration de la province soit pour les besoins personnels du gouverneur25, souvent son épouse26 ou d’autres membres de sa famille, hommes et femmes, comme des frères et sœurs ou des cousins et cousines (tous évidemment avec leurs propres esclaves, hommes et femmes)27, parfois ses enfants28, et par moments également les épouses de ses comites29. Enfin, à tout le moins dans des régions infestées de brigands, il se faisait accompagner par une escorte armée30.

    10Le proconsul d’Afrique ne voyageait donc pas seul mais avec un cortège d’une centaine de personnes31. Même si toutes les personnes mentionnées n’accompagnaient pas nécessairement le gouverneur lors de chacun de ses voyages à l’intérieur de sa province, du fait du simple nombre d’individus à prendre en charge et de la qualité du logement et de la nourriture qui devaient leur être fournis, l’obligation légale d’hospitalité était lourde et représentait, pour la cité visitée, un défi logistique considérable, qui retombait plus exactement sur les citoyens, ici les Hipponenses évoqués par Pline l’Ancien, et plus précisément encore sur les plus riches soumis aux munera. Sans parler même de l’hospitalité imposée illégalement par les visiteurs, sur laquelle on reviendra un peu plus loin.

    11Pline le Jeune évoque ‟les nouveaux frais” (sumptus noui) causés par les magistrats qui auraient écrasé la communauté, soit les frais engendrés par l’aduentus32 et le séjour (mora) de ces magistrats. Les coûts calculés étaient surtout ceux liés à la visite annuelle du proconsul dans le cadre de sa tournée des conuentus de sa province pour exercer sa fonction juridictionnelle, qui avait certainement mené Flavianus à un moment donné de l’année à Hippone Diarrhyte. Mais souvent, les magistrats profitaient de leurs voyages pour faire du ‟tourisme”, et les membres de leur entourage privé – c’est-à-dire les épouses, enfants et autres, mais aussi les comites / amici – les accompagnaient volontiers au cours de leurs visites d’attractions touristiques, ce qui accroissait considérablement leur cortège. Ce ‟tourisme de passage”33, qui avait sans doute des implications sur l’hospitalité officielle, est particulièrement bien attesté pour l’Égypte, ‟pays des merveilles” par excellence : si les textes littéraires ne fournissent guère d’informations sur ce phénomène, d’autres types de textes, notamment de nombreux graffitis et inscriptions ‟touristiques” sur des monuments pharaoniques, témoignent de ces visites, comme par exemple sur le colosse de Memnon à Thèbes34.

    12Cependant, dans le cas d’Hippone Diarrhyte, il ne s’agissait apparemment pas d’un tel tourisme d’occasion, pratiqué par des magistrats au cours d’un voyage officiel qui aurait été planifié de toute façon, mais de déplacements personnels imprévus, motivés par l’attraction du dauphin et qui risquaient de se reproduire avec la deuxième apparition de l’animal. La situation était d’autant plus dramatique que les visiteurs avaient été brusquement attirés par cet événement inattendu, et qu’il s’agissait, comme précise Pline le Jeune, d’une ‟cité modeste” (modica res publica)35. Elle ne disposait pas d’infrastructures assez performantes pour pouvoir gérer un tel afflux de nouveaux-venus, ni de capacités d’hébergement ou d’approvisionnement suffisantes36. On pourra proposer de rapprocher cette situation de ce qui s’était produit au milieu du iie s. p.C. à Abonuteichos en Paphlagonie, lorsque l’oracle du prétendu ‟odieux charlatan” Alexandre s’était mis à attirer de plus en plus de pèlerins venus d’une grande partie d’Asie Mineure et même d’Italie et que cette affluence avait provoqué, selon Lucien de Samosate, une pénurie alimentaire37.

    13Mais plus grave encore, selon Pline l’Ancien, les magistrats avaient commis des abus et des injustices à l’égard de leurs hôtes, se rendant donc coupables de prévarication. L’auteur ne précise pas en quoi consistait cette inuria, mais d’autres textes peuvent nous suggérer quelques hypothèses probables :

    • L’hospitalité officielle avait été revendiquée pour des voyages privés (ce qui pouvait toutefois être légal pour les sénateurs dans certaines circonstances)38. C’est probablement ce qui s’était produit pour Flavianus et, peut-être, pour Octavius Avitus. Cette forme d’abus est attestée en détail par la plainte de la communauté de Skaptopara en Thrace (238 p.C.), qui était fréquentée par les officiels et les soldats romains pour ses sources thermales et pour la grande panégyrie annuelle se déroulant à proximité39.
    • L’hospitalité officielle avait été revendiquée pour des personnes qui n’y avaient pas droit, à savoir les membres de l’entourage privé du gouverneur qui profitaient de son séjour pour faire du tourisme, parmi lesquels on pourrait penser à l’épouse du gouverneur voyageant seule40.
    • La revendication de l’hospitalité était illégitime parce que les hôtes choisis par les magistrats n’étaient pas ceux supposés en être chargés, ce qui était lié à l’abus suivant :
    • La revendication de l’hospitalité était illégitime du fait de la qualité supérieure du logement demandé, ce que nous verrons dans l’exemple de Polémon de Laodicée41.
    • Ou encore, l’hospitalité avait été revendiquée avec morgue42 ou même avec violence (comme dans le cas de Verrès qui sera examiné dans la dernière section de cet article).

    14En tout cas, la communauté d’Hippone Diarrhyte, sachant bien qu’elle n’aurait aucun moyen de justifier son refus d’accorder l’hospitalité, avait fini par résoudre son problème d’une manière irréversible. Elle avait mis les voyageurs officiels devant le fait accompli en éliminant ce qui avait provoqué leurs visites : à savoir le dauphin, qui avait été mis à mort par les citoyens du lieu.

    Polémon et Antonin à Smyrne : un refus réussi de l’hospitalité officielle, fondé sur un privilège impérial (133-136 p.C.)

    15Philostrate d’Athènes nous a transmis le cas suivant, qui montre dans quelles conditions l’hospitalité réclamée par un représentant de l’Empire romain pouvait être refusée :

    Tandis qu’Antonin exerçait le pouvoir sur toute l’Asie réunie, il alla chercher logement dans la demeure de Polémon, comme étant la meilleure de Smyrne et celle d’un homme d’excellence, mais Polémon, rentrant de nuit d’un voyage, vint crier à sa porte contre l’outrage qu’on lui infligeait en le laissant hors de chez lui, et força ensuite Antonin à déménager dans une autre maison43.

    16Polémon de Laodicée, sophiste célèbre et excentrique, possédait la plus belle maison de Smyrne, sa résidence principale, et était le citoyen le plus riche et le plus prestigieux de la ville. Smyrne, un des grands centres culturels et commerciaux et une des plus importantes cités portuaires de la province d’Asie, accueillait souvent des voyageurs officiels. En 135/136 p.C., alors que Polémon était parti en voyage, le proconsul d’Asie et futur empereur Antonin le Pieux avait été logé dans sa demeure. Mais de toute évidence, Polémon ne s’attendait pas à trouver un hôte chez lui en rentrant. Le cantonnement dérivait donc probablement de l’initiative du magistrat responsable de la cité, qui n’avait pas demandé l’autorisation au sophiste. Le magistrat en question avait peut-être agi par ignorance, ou plutôt par naïveté, en supposant que Polémon serait d’accord. Ceci impliquerait que le proconsul – par contraste avec son habituelle tournée annuelle à travers les conuentus, dont le calendrier était acquis et bien connu – s’était déplacé spontanément et n’avait pas annoncé sa visite suffisamment à l’avance pour pouvoir avertir Polémon à temps par des messagers, attendre sa réponse et trouver, le cas échéant, une autre solution. Pourtant, c’était dans son propre intérêt que le proconsul se devait de prévenir de sa venue au préalable, puisque le gîte et le couvert d’un homme de son rang, accompagné de son imposant cortège, demandaient sans doute plusieurs jours de préparatifs44. Ou alors, le magistrat avait, pour une raison ou une autre, profité de l’absence de Polémon pour passer outre la volonté explicite du propriétaire, voire ses droits (comme nous allons voir infra). Ceci semblerait cependant osé, eu égard à la position dominante du sophiste dans la cité et au-delà.

    17Selon Vitruve, en Grèce, les maisons de riches propriétaires disposaient d’une aile destinée aux hôtes, pourvue de plusieurs pièces, chambres et salle(s) à manger45. Dès lors, si Polémon se plaignait qu’on l’excluait de sa maison, c’était soit une exagération rhétorique, soit que sa maison était dépourvue d’aménagements de ce type, soit que ces espaces était largement insuffisants pour héberger un proconsul. Dans les deux derniers cas, d’autres parties de la maison auraient dû être mises à disposition des visiteurs, ce qui aurait évidemment lésé le propriétaire. Parmi tous les voyageurs officiels (à part l’empereur lui-même), c’était le proconsul d’Asie qui avait besoin de la plus grande surface : son entourage immédiat, qui devait loger au même endroit que lui, était le plus étendu, ses bagages les plus nombreux, son domicile temporaire devait correspondre à son statut social, et de plus, il y exerçait certainement des fonctions officielles et recevait des gens pour des banquets, arrangés par son hôte46. Il reste que Polémon, après avoir protesté d’une manière outrée et bruyante devant sa porte, avait forcé l’intrus à partir aussitôt, en pleine nuit47, pour aller loger dans une autre maison, dont le propriétaire, lui aussi certainement parmi les habitants les plus riches de Smyrne, s’était alors retrouvé contraint de chambouler, à une heure tardive, tout son intérieur pour recevoir un si haut personnage.

    18Pour justifier son refus, Polémon s’appuyait probablement sur un édit de Vespasien confirmé par Hadrien (ainsi que, par la suite, par Antonin le Pieux lui-même) qui avait libéré les philosophes, les rhéteurs, les grammairiens et les médecins des munera urbains, dont celui d’héberger des hôtes publics48. En dépit de l’existence de ce privilège, un tel comportement était apparemment mal vu. Philostrate relate en effet cet épisode en en faisant un exemple de l’arrogance de Polémon49. Sans son excellente relation avec Hadrien, ce dernier n’aurait sans doute jamais pu se permettre un tel comportement. L’empereur et le rhéteur se connaissaient personnellement puisque Polémon avait accompagné Hadrien lors de ses voyages dans les années 123/124 et 126 p.C.50. Selon Philostrate, Hadrien avait même veillé, sur son lit de mort, à réconcilier son successeur brusqué par Polémon avec celui-ci, parce qu’il s’inquiétait des conséquences possibles de la vindicte d’Antonin51.

    19Un autre groupe important de l’élite impériale était protégé par un privilège de portée similaire : les sénateurs qui, pourtant, avaient largement les moyens financiers d’assumer ces munera. Un rescrit impérial de Septime Sévère, datant de 204 p.C., entendait ainsi répondre à la plainte d’un gouverneur de province, née du fait qu’un sénateur avait refusé d’héberger un hôte, certainement un haut magistrat romain voyageant en mission de service public. L’empereur avait répliqué assez brusquement que l’on ne devait pas importuner les maisons sénatoriales avec des réquisitions de logement. Il fait référence aux décisions d’un sénatus-consulte, dont la date est inconnue, qui stipulait qu’il n’était pas obligatoire pour un sénateur du peuple romain de recevoir un hôte (ce qu’il pouvait cependant accepter si cela lui convenait)52. Ce rescrit, qui débute avec la formule ‟sacrae litterae” (‟ordres administratifs impériaux”) visant à susciter le respect, s’adresse explicitement aux voyageurs mais aussi au gouverneur de province et, indirectement, aux magistrats de la cité, justement pour éviter des situations telles que celle que Polémon avait vécue. La mobilité des sénateurs était intense : ils voyageaient beaucoup et souvent sur de longues distances, pour des raisons aussi bien publiques que privées, par exemple pour inspecter leurs propriétés, nombreuses et dispersées. En conséquence, ils étaient fréquemment absents de leur domicile et ne pouvaient pas toujours défendre leur privilège en personne, ce qui les rapprochait en quelque sorte des sophistes célèbres, tel Polémon, qui étaient presque tous de grands voyageurs. Dix exemplaires de ce rescrit sont connus de nos jours, qui ont presque tous été découverts aux confins de la province d’Asie53. On peut donc supposer que les élites sénatoriales de cette province avaient exposé des copies de la décision impériale devant leurs maisons. Ces sacrae litterae, outre leur portée pratique, permettaient de manifester le statut social de celui qui bénéficiait d’une telle exemption, tout en lui donnant du fait de leur matériau une validité illimitée, étant gravées littéralement dans le marbre (ou au moins le calcaire).

    20Pour contourner l’obligation d’hospitalité qui leur était imposée, certains groupes avantagés – des ‟intellectuels”, dont les rhéteurs comme Polémon, et l’élite impériale des sénateurs – pouvaient donc recourir à des privilèges accordés par l’empereur en personne, qui les protégeait. Ils faisaient alors passer le fardeau de l’accueil à des concitoyens qui n’étaient pour leur part pas capables de s’y opposer.

    Philodamos et Verrès à Lampsaque : l’échec et l’issue désastreuse d’un refus d’hospitalité (80/70 a.C.)54

    21Plus de deux siècles auparavant, dans une période marquée par des abus envers les provinciaux plus éclatants encore qu’au Haut-Empire, on pouvait compter parmi ces concitoyens malheureux un certain Philodamos de Lampsaque, cité située sur la rive sud de l’Hellespont dans la province d’Asie. Son histoire nous est rapportée par Cicéron dans les Verrines. Elle se range parmi les nombreux témoignages (dont beaucoup d’inscriptions) qui montrent à quel point les officiels romains pouvaient abuser des réquisitions d’hospitium et à quel point les provinciaux étaient à leur merci. Dans ce passage assez long, Cicéron nous fournit en outre des détails intéressants, inconnus par ailleurs, sur la pratique du cantonnement. Certes, Cicéron a remodelé l’épisode de Lampsaque tout comme la biographie de Verrès pour les adapter aux arguments et à la dramaturgie de son discours d’accusation55. Mais sa description détaillée du processus réglant l’hébergement des officiels romains chez les citoyens d’une cité de l’Orient grec ne pouvait être fantaisiste. Dans la mesure où les sénateurs romains avaient à effectuer de nombreux voyages dans l’Orient grec en tant que magistrats, membres du cortège d’un officiel et même dès leurs années d’études, les lecteurs de ce discours (qui n’a jamais été prononcé au tribunal) connaissaient ces coutumes, soit de leur propre expérience soit au moins par le récit de leurs amis ou parents. Du reste, Cicéron n’avait aucun intérêt à présenter une histoire cadre peu crédible et à prêter ainsi le flanc à des contre-attaques faciles.

    22Alors qu’il était légat de Cn. Cornelius Dolabella, gouverneur en Cilicie, Verrès s’était vu confier une mission auprès des rois Nicomède IV de Bithynie et Sadala de Thrace. Au cours de son voyage, il avait alors fait étape à Lampsaque :

    On conduit officiellement Verrès chez un certain Janitor, chargé de lui donner l’hospitalité ; et ceux qui l’accompagnent [comites] sont aussi logés chez d’autres habitants qui doivent leur donner l’hospitalité56.

    23La responsabilité de le ‟conduire” (‟officiellement” est une addition du traducteur) chez son hôte incombait sans doute au magistrat de la cité auquel les voyageurs officiels – voire ceux qu’ils avaient envoyés à l’avance pour préparer leur séjour, à savoir leurs esclaves ou affranchis57 – s’adressaient lors de l’arrivée à l’étape du jour. Dans ce passage, Cicéron atteste la pratique de répartir les officiels romains et les membres de leur cortège entre plusieurs citoyens, ainsi que, le cas échéant, chez des Romains domiciliés sur place : Verrès, ainsi que sans doute ses esclaves personnels (évoqués dans la suite du passage) qui l’accompagnaient, logeaient chez un hôte. Ses comites, avec leurs esclaves à eux, également évoqués par la suite, étaient cantonnés chez d’autres personnes58.

    24Ainsi qu’il en avait l’habitude, du moins si l’on en croit Cicéron, Verrès aurait chargé ces comites, dont un certain Rubrius, de lui trouver une jeune fille ou une femme pour satisfaire ses passions. Rubrius aurait jeté son dévolu sur une jeune femme particulièrement belle et pudique, la fille du premier citoyen de la ville, Philodamos :

    À ce récit, notre homme s’enflamme pour cette merveille ; or, non seulement il ne l’avait jamais vue de ses yeux, mais celui-là même dont il avait entendu le récit ne l’avait pas vue ; telle était son ardeur qu’aussitôt il exprimait le désir de changer de demeure et d’aller s’établir chez Philodamus. Janitor, son hôte, qui ne se doutait de rien et qui craignait de l’avoir personnellement offensé en quelque chose, se mit à faire tous ses efforts pour le retenir. Quant à lui, comme il ne pouvait trouver un motif pour quitter son hôte, il se mit à construire par d’autres moyens la voie qui lui permettrait d’arriver à déshonorer cette femme. Il déclare que Rubrius – cet homme qui faisait ses délices, qui était son aide et son confident dans ces sortes d’affaires – Rubrius n’a pas un logement assez magnifique ; il ordonne de le conduire chez Philodamus59.

    25Les magistrats romains avaient donc droit à un certain niveau d’accueil, autant pour eux-mêmes que pour les membres de leur entourage, selon leur rang respectif. Que les officiels ou leur suite se soient attendus, à raison ou à tort, à un niveau d’hospitalité plus élevé que celui qu’on leur offrait semble d’ailleurs avoir été un phénomène assez courant60. Reste que si ce standing n’était pas respecté, ils pouvaient apparemment exiger qu’on les loge ailleurs. Un tel changement de demeure discréditait évidemment l’hôte. Dans la présentation que Cicéron fait de l’épisode, Verrès, ne pouvant pas justifier de changer lui-même de résidence, car il ne manquait de rien chez son hôte (au nom évocateur de Ianitor, le ‟portier” en latin, probablement un Romain établi à Lampsaque61) avait alors exigé cette modification pour son comes. L’hôte de celui-ci était, semble-t-il, chargé d’héberger les officiels un peu moins prestigieux, et mettait donc à disposition un hébergement d’une catégorie plus basse. Mais Verrès avait réclamé pour Rubrius, du fait de leur relation étroite, un meilleur logement, qu’il désirait choisir lui-même :

    Cette décision fut annoncée à Philodamus : aussitôt […] il se rend auprès de Verrès, il fait savoir que telle n’est pas la charge qui lui est imposée ; si son rôle est de recevoir des hôtes, ce sont cependant les préteurs et les consuls eux-mêmes, ce ne sont pas les gens de la suite des légats qu’il a coutume de recevoir. Comme seule sa passion l’entraînait, Verrès ne tint aucun compte de l’ensemble des réclamations de Philodamus et des motifs qu’il faisait valoir. Il commanda que Rubrius fût conduit d’autorité [per uim] chez celui qui n’avait pas l’obligation de le recevoir62.

    26Si l’on suit Cicéron, Philodamos, ayant entendu parler du projet de cantonner Rubrius dans sa maison, s’était donc rendu chez Verrès, qui le recevait dans son logement, c’est-à-dire dans la maison de Janitor. Pour contourner l’obligation qui lui était faite, Philodamos lui explique les règles appliquées à Lampsaque, qui valaient probablement aussi ailleurs : les citoyens tenus de ce munus répartissaient les voyageurs officiels entre eux par roulement, selon toute apparence d’après leur rang et leur fortune63. Philodamos, présenté par Cicéron comme le premier citoyen de Lampsaque ‟en raison de sa famille, son importance, sa richesse et son prestige64”, n’était chargé que de loger les plus hauts représentants de l’État romain, les consuls et les préteurs – et en outre ce n’était pas son tour. Les citoyens de Lampsaque avaient donc établi un règlement assez précis pour l’hébergement des officiels romains65. Faisant peu de cas de la démonstration de Philodamos, Verrès ordonne néanmoins que Rubrius soit conduit chez ce dernier. Un légat d’un gouverneur de province avait donc les moyens d’imposer sa volonté aux notables des communautés provinciales contre leur gré et contre les lois ou au moins les coutumes locales, en passant outre la hiérarchie des bénéficiaires de l’hospitalité.

    27De fait, Philodamos se plie aux ordres, fait préparer un magnifique banquet pour Rubrius et l’incite à inviter tous ceux qu’il souhaitait en conservant juste une place pour lui-même. Rubrius fait alors venir l’entourage de Verrès – qui pour sa part n’apparaît pas dans le texte – et tous amènent certainement leurs esclaves. La situation aurait dégénéré, lorsque Rubrius aurait exigé de Philodamos qu’il invite sa fille au milieu des convives, à présent plongés dans l’ivresse : une bagarre violente se déclenche entre d’un côté le cortège de Verrès – au sein duquel sont évoqués ses comites, leurs esclaves et son licteur Cornelius – et de l’autre Philodamos, ses esclaves, son fils et d’autres citoyens de Lampsaque venus à la rescousse. Cette bataille rangée fait des blessés, dont Rubrius, Philodamos et plusieurs esclaves, et même un mort, le licteur66. Le lendemain, les citoyens de Lampsaque en colère tentent de forcer l’accès à la maison où logeait Verrès, avant de commencer à y mettre le feu. Mais les commerçants romains résidant à Lampsaque les interceptent67. À l’instigation de Verrès et de Dolabella, Philodamos et son fils sont condamnés à la mort par le proconsul d’Asie, C. Claudius Nero, pour meurtre, et exécutés à Laodicée en Phrygie68.

    28Si une partie de la description que livre Cicéron des évènements de Lampsaque s’empare clairement de topiques littéraires et présente un degré élevé de fiction, notamment la scène du banquet69, certains détails concrets, tels que les règlements et les modalités du cantonnement, correspondaient sans doute à la réalité. À la fin de la République comme au Haut-Empire, les provinciaux n’avaient pas les moyens de contourner le munus de l’hospitalité. Mais ils essayaient au moins, semble-t-il, de l’alléger, en répartissant les voyageurs officiels entre eux d’après des règles élaborées en commun. Si un magistrat romain réclamait l’hospitalité sans avoir légitimité à le faire, comme Verrès dans le récit de Cicéron, ces provinciaux n’avaient que la possibilité d’en appeler à sa compréhension, en lui indiquant les lois et les usages de l’hospitalité en vigueur sur place. En tant que premier citoyen de sa cité, Philodamos se rapproche de Polémon à Smyrne. Mais au contraire de celui-ci, il était dans une position fragile : il était un Grec sans citoyenneté romaine, qui devait composer avec les autres membres de l’élite locale, les gens d’affaire romains du lieu (les negotiatores), et les visiteurs romains, dans un équilibre délicat menacé par les rivalités internes à l’aristocratie de Lampsaque et la concurrence avec d’autres groupes sociaux puissants70 ; il n’était pas un personnage réputé dans le monde romain, ne disposait pas d’un privilège particulier et surtout était dénué de contacts personnels avec les plus hauts dignitaires de l’État. En tant que tel, il est livré aux revendications injustifiées et à l’arbitraire des représentants de l’imperium Romanum.

    29Les trois textes présentés ici s’insèrent dans un large discours sur la résistance aux abus fréquents des agents de l’État en matière d’hospitium. Ce discours se manifeste davantage dans les textes juridiques, dont une partie importante est transmise par des inscriptions. Que les règlements qui s’y rapportent aient été édictés à maintes reprises dès le ier s. a.C. indique sans doute, de même que les plaintes réitérées des provinciaux, que leur effet était limité et que les abus persistaient. Pour les élites locales des provinciaux, tenter de faire valoir ses droits n’était apparemment que d’une maigre, voire d’aucune utilité. Néanmoins, en raison du système politique de l’époque, les pires abus avaient certainement surgi à l’époque tardo-républicaine ; sous l’Empire les provinciaux pouvaient en outre adresser leur plainte directement, selon les termes de L. Nasrallah, ‟to the top of the imperial food-chain : the emperor71”, qui constituait un recours en cas d’abus. Les élites de l’époque impériale, comme les sénateurs ou différents ‟intellectuels”, arrivaient notamment à faire valoir leurs intérêts en s’appuyant sur les exemptions accordées par le pouvoir impérial.

    30Ce n’est peut-être pas un hasard si les trois épisodes présentés concernent l’Asie et l’Afrique, qui, au moins depuis l’époque augustéenne, formaient les provinces les plus prestigieuses, dirigées par les magistrats dotés des cortèges les plus nombreux. Dans des endroits où la fréquentation était importante – soit de manière continue, comme à Smyrne, soit subitement du fait d’un engouement temporaire, comme à Hippone Diarrhyte – l’enjeu du nombre provoquait des tentatives de contournement de l’obligation d’accueillir les dignitaires romains. En outre, les officiels revendiquaient souvent plus que ce qui leur revenait légalement, en termes de quantité et de qualité. Leur apparition était maintes fois caractérisée par la morgue avec laquelle ils se comportaient et par les nombreux tracas qu’ils infligeaient aux populations locales.

    31Les citoyens d’Hippone Diarrhyte étaient pour le moins dans une situation privilégiée, puisqu’ils avaient facilement pu se débarrasser de la cause de ces visites officielles sans devoir recourir à aucune aide extérieure. Polémon de Smyrne était très probablement dans la situation confortable de celui qui bénéficiait d’un privilège impérial en faveur des membres de sa profession, et il entretenait en outre d’excellentes relations avec l’empereur. Un provincial comme Philodamos de Lampsaque, n’ayant ni privilèges, ni relations, ni citoyenneté romaine, était dans le pire des cas, sur fond de jeux de pouvoir locaux72 : il se trouvait même menacé de mort du fait de l’arbitraire des hauts agents de l’État. Le résultat de ces trois tentatives de contournement de l’hospitalité officielle ne laisse alors guère d’illusions : dans l’ensemble on déplore quatre morts, le licteur de Verrès, Philodamos et son fils – et un dauphin.

    32Rien d’étonnant, dès lors, que la visite d’officiels romains en province pouvait être perçue comme une menace. Comme nous l’avons vu, même dans des conditions normales et légales, pour citer P.J. Sijpesteijn, ‟[s]uch a reception entailed quite considerable costs and expenditure for the people concerned, who were therefore visited in more than one sense of the word73”. Néanmoins, il existait un tout autre moyen pour éluder le fardeau de l’hospitalité officielle. Ainsi, vers le milieu du ier s. p.C., Columelle signale qu’on pouvait, par le choix réfléchi de l’emplacement de sa uilla rustica planifiée, éviter de futurs désagréments :

    Sur les voies publiques, on est exposé au pillage de la part des voyageurs qui passent, et l’économie souffre de l’hospitalité fréquente à donner aux visiteurs. Pour éviter d’aussi graves inconvénients, je pense qu’il ne faut pas construire la ferme sur un chemin […], mais loin de la route […]74.

    Notes de bas de page

    1Je remercie Marie-Adeline Le Guennec pour la révision linguistique de cet article.

    2Kolb 2000. Pour la période républicaine, ibid., 28-39.

    3Nasrallah 2017, 291.

    4Molin 2011, 61-62 ; Eck 2013, 100-102 ; Heil 2014, 298-299 ; 301-302 ; Bérenger 2014.

    5Molin 2011, 64.

    6Plin., Nat., 9.26 ; Plin., Ep., 9.33.1-10 ; Solin. 12.9.

    7Plin., Nat., 9.26 : alius [delphinus] intra hos annos Africo litore Hipponis Diarruti simili modo ex hominum manu uescens praebensque se tractandum et adludens nantibus inpositosque portans, unguento perunctus a Flauiano proconsule Africae et sopitus, ut apparuit, odoris nouitate fluctuatusque similis exanimi caruit hominum conuersatione ut iniuria fugatus per aliquot menses, mox reuersus in eodem miraculo fuit. Iniuriae potestatem in hospitales ad uisendum uenientium Hipponenses in necem eius conpulerunt. Trad. : Saint-Denis, éd. 1955, 46.

    8Plin., Ep., 9.33.1-10.

    9Plin., Ep., 9.33.1 : incidi autem, dum super cenam uaria miracula hinc inde referuntur. Magna auctori fides. […] Is tamen auctor, cui bene uel historiam scripturus credidisses. Trad. : Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 103. Voir Plin., Ep., 9.33.11. Dans le cadre d’un de ses voyages, Pausanias avait vu de ses propres yeux, à Porosélène, une île près de Lesbos, un dauphin docile qui lui aussi avait apparemment acquis une certaine réputation : Paus. 3.25.7.

    10Stevens 2009, 163-173 ; 177-178. Hindermann 2011, 346-352, 354, en particulier 348 n. 14. B. Stevens et J. Hindermann n’abordent pas les différences entre la version de Pline l’Ancien et celle de son neveu : voir n. suivante.

    11La divergence qui touche au nom et à la fonction du magistrat romain, héros de l’épisode (voir infra), porte notamment à croire que Pline le Jeune s’appuyait sur une autre source : Saint-Denis, éd. 1955, 106 ad Plin., Nat., 9.26. Voir Sherwin-White 1966, 514.

    12Plin., Ep., 9.33.9-10 : Constat Octauium Auitum, legatum proconsulis, in litus educto religione praua superfudisse unguentum, cuius illum nouitatem odoremque in altum refugisse, nec nisi post multos dies uisum languidum et maestum, mox redditis uiribus priorem lasciuiam et solita ministeria repetisse. (10) Confluebant omnes ad spectaculum magistratus, quorum aduentu et mora modica res publica nouis sumptibus atterebatur. Postremo locus ipse quietem suam secretumque perdebat : placuit occulte interfici, ad quod coibatur. Trad. : Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 105.

    13Sherwin-White 1966, 515 ad Plin., Ep., 9.33.10 ; Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 182 ad Plin., Ep., 9.33.10.

    14Selon une hypothèse débattue, Pline l’Ancien lui-même aurait été procurateur en Afrique : Ziegler 1951, 277-279. Pour les voyages touristiques de commandants militaires voir infra, n. 34. Plu., Luc., 2.5-6 ; Tac., Ann., 2.53-54, voir Zwingmann 2012, 25 et n. 55.

    15PIR2 T 9. Thomasson 1996, 40-41, n° 43 ; pour la date du proconsulat de Flavianus : ibid., 41.

    16PIR2 O 26. Pour le rang des legati dans la province d’Afrique : Thomasson 1996, 13.

    17Le nombre des diocèses et des légats est sujet à débat : Vössing 1997, 193, et 131 n. 450-451 ; 223-224 et n. 865. Voir aussi Thomasson 1960, 1, 66-81, en particulier 66 ; 72 ; 78 ; 1982, 13-19 ; 1996, 13-14 ; Lepelley 2001a.

    18Jacques 1965, 18 ; Hoffmann 1937, 1827 ; Kolendo 1982, 365 n. 85.

    19Voyage commun du proconsul d’Afrique et de son légat : Kolendo 1982, 357-358 et n. 30 (dédicace d’édifice par le proconsul et son légat, ce qui constituait le cas de figure le plus fréquent) et n. 34-35 ; 365 n. 85 (ad Plin., Nat., 9.26 ; Plin., Ep., 9.33.9). Voyage séparé : Kolendo 1982, 357 et n. 31 (dédicace d’édifice par le légat au nom du proconsul, beaucoup plus rare) ; Bérenger 2014, 340. Voir infra l’exemple de Verrès à Lampsaque.

    20Voir, pour la fin de la République, l’aduentus organisé pour Démétrius, affranchi de Pompée à Antioche : Plu., Cat. Mi., 13.1 ; Pomp., 40.1-3. Millar 1977, 29.

    21Eck 2017, 108.

    22Pour la composition et la taille du cortège : Eck 2013, 100 ; 2017, 108-109 ; Bérenger 2014, 18-33 ; 102-151, en particulier 104 (ad Cic., Verr., 2.1.27) ; 106 ; Heil 2014, 301-302 ; Molin 2011, 63-64. Pour les appariteurs des magistrats romains voir David 2019.

    23Bérenger 2014, 26.

    24Pour le nombre des comites voir Fronto, Ep. (ad Anton.), 2.8 ; Molin 2011, 64 ; Eck 2017, 108.

    25Pour les libertini : Dig., 1.18.16 (Mac.). Ainsi Tiron accompagnant Cicéron en Cilicie : Cic., Att., 6.7.2 ; 7.2.3.

    26Pour l’évolution chronologique des voyages des épouses de magistrats : Marshall 1975a ; 1975b ; Raepsaet-Charlier 1982 ; 1987 ; 2005, 204-208 ; Barrett 2005 ; 2006 ; Fertl 2017, 12-52 ; Zwingmann 2018, 39. Voir Pflaum 1950, 297-307 avec complément chez Molin 2011, 63 n. 17. Pour les esclaves des épouses : Tac., Ann., 2.80.1 ; voir Eck 2017, 108 n. 28. Pour les membres féminins de la famille en province, voir la liste de Raepsaet-Charlier 1987, 692-695.

    27Parmi les membres féminins de cet entourage, on a l’exemple d’une cousine (ou nièce ?) accompagnant un proconsul d’Achaïe : IG, II/III2, 4241 ; PIR2 P 871 ; Raepsaet-Charlier 1987, n° 647 ; Heil 2014, 302 n. 52.

    28Par exemple, la fille d’un proconsul : Raepsaet-Charlier 1987, n° 151 (voir ibid. 692).

    29Tac., Ann., 1.40.3 : coniuges amicorum ; 1.41.3 : feminae inlustres ; 3.9.2 : feminarum comitatus (voir Eck 2017, 108 et n. 30).

    30L’escorte du gouverneur, légat ou questeur : Le Bohec 2002, 27 ; 57 ; 132 ; Bérenger 2014, 338 ; 32.

    31Le proconsul de Macédoine était accompagné lors de sa visite dans le sanctuaire à Samothrace le 1er mai 165 p.C. par un cortège d’une trentaine de personne, selon les restitutions d’une inscription fragmentaire par J.H. Oliver : lictores, apparitores, uiatores, sagitarii, un miles epistularius (en charge d’envoyer des messages), amici, quinze de ses esclaves : AE, 1965, 205 = AE, 1967, 44 ; Oliver 1966, 75-80. Voir Bérenger 2014, 346-347.

    32Pour l’aduentus, Bérenger 2014, 55-60 ; 345-353 ; 358-365.

    33André & Baslez 1993, 51 ; 72.

    34En 134 p.C. se sont rendus auprès du colosse : le 7 mars, Q. Marcius Hermogenes, préfet de la flotte d’Alexandrie (Bernand & Bernand 1960, n° 38) ; le 10 mars, M. Petronius Mamertinus, préfet de l’Égypte (ibid., n° 40) ; le 22 mai, Iulius Fidus Aquila préfet de la Thébaïde en compagnie de sa femme Asidonia Galla (ibid., n° 41-42), puis, en novembre-décembre, Chaeremon, stratège des nomes Hermonthite et Latopolite (ibid., n° 43). Des magistrats venus avec leurs épouses pour entendre Memnon sont attestés assez fréquemment : outre ces exemples, voir Bernand & Bernand 1960, n° 4 ; 19 ; 56 ; 79. Funisulana Vettulla, l’épouse de C. Tettius Africanus (Cassianus Priscus), préfet d’Égypte sous Domitien, semble avoir visité le colosse de Memnon sans son mari (ibid., n° 8). Sabine, l’épouse d’Hadrien, y était venue l’écouter au moins trois jours de suite, dont au moins une fois sans son mari (ibid., n° 32).

    35 Plin., Ep., 9.33.10.

    36Voir Zwingmann 2012, 77-78 ; 390-391.

    37 Luc., Alex., 30-31 ; 36 ; 49.

    38Au début de l’époque impériale, jusqu’au règne de Claude ou celui de Vespasien, les sénateurs, de même que probablement les chevaliers du plus haut rang, étaient habilités à se servir de la uehiculatio lors de certains voyages à des fins privées : Lemcke 2012, en particulier 136-137 ; 139. Peut-être avaient-ils tenté d’en faire autant dans le cadre de l’hospitium.

    39IGBulg, 4, 2236 ; Haloff 1994 ; Hauken 1995. Voir l’édit de Sagalassos : SEG, 26, 1392.

    40Voir par exemple de Funisulana Vettulla (n. 33) et le cas particulier de Calpurnia qui à la suite d’un décès dans sa famille, avait décidé de se rendre de la province de son mari Pline le Jeune, la Bithynie, à Rome en usant du cursus publicus, sans attendre pour cela la permission impériale : Plin., Ep., 10.120-121.

    41Selon Plutarque, il était exceptionnel qu’un notable romain, tel Caton le Jeune lors de son voyage en Asie Mineure (qui n’était alors même pas en mission), accepte sans rechigner le logement que la communauté visitée lui proposait : Plu., Cat. Mi., 12.2-5. Voir Cic., Att., 5.16.3. La qualité du ravitaillement ne correspondait pas non plus toujours aux attentes : Plu., Caes., 17.9-10, voir Millar 1977, 30.

    42Voir Plu., Cat. Mi., 12.4-5.

    43Philostr., VS, 1.25.71 p. 534 : ἦρξε µὲν γὰρ δὴ πάσης ὁµοῦ Ἀσίας ὁ Ἀντωνῖνος, καὶ κατέλυσεν ἐν τῇ τοῦ Πολέµωνος οἰκίᾳ ὡς ἀρίστῃ τῶν κατὰ τὴν Σµύρναν καὶ ἀρίστου ἀνδρός, νύκτωρ δὲ ἐξ ἀποδηµίας ἥκων ὁ Πολέµων ἐβόα ἐπὶ θύραις, ὡς δεινὰ πάσχοι τῶν ἑαυτοῦ εἰργόµενος, εἶτα συνηνάγκασε τὸν Ἀντωνῖνον ἐς ἑτέραν οἰκίαν µετασκευάσασθαι. Trad. : Bounoure & Serret, éd. 2019, 90.

    44Pour les voyages des empereurs, qui étaient accompagnés par un cortège de plusieurs milliers de personnes, nous savons par des papyri, et donc essentiellement pour la province d’Égypte, que l’organisation et les préparatifs commençaient des mois, voire des années à l’avance : Millar 1977, 32-35 ; Dräger 2000, notamment p. 209 ; Destephen 2016, 335-336 ; Zwingmann 2012, 17 n. 15 avec bibliographie supplémentaire.

    45Vitr., De arch., 6.7.4, qui se réfère, il est vrai, à une situation plus ancienne de deux siècles à celle de notre passage.

    46Bérenger 2014, 362-365. Voir les exemples suivants : le légat extraordinaire de Trajan Pline le Jeune, s’occupant des affaires publiques dans son hospitium de Pruse en Bithynie, probablement la maison d’un notable local : Plin., Ep., 10.81 (voir Bérenger-Badel 2003, 81) ; le banquet de Rubrius chez son hôte Philodamos à Lampsaque (voir infra) ; les banquets des voyageurs aisés qui s’invitent réciproquement dans leur xenoi à Rhodes : Luc., Am., 9-10 (voir Zwingmann 2017, 84). Deux tessères de l’époque augustéenne ou tibérienne évoquent l’hospitium de deux proconsuls d’Afrique avec un habitant d’un pagus respectivement une colonia : Kolendo 1982, 360 et n. 57.

    47Philostr., VS, 1.25.71 p. 534-535.

    48Drew-Bear et al. 1977, 370 ; Voir Kuhn [1864-1865] 1968, 1, 61. Polémon avait aussi obtenu de Trajan le privilège d’être exempté de toutes taxes au cours de ses voyages sur terre et en mer, un privilège qu’Hadrien avait étendu à ses descendants : Philostr., VS, 1.25.71 p. 532-533. Voir Bowersock 1969, 30-34 ; Fein 1994, 236 ; 240.

    49Philostr., VS, 1.25.72 p. 535.

    50Favreau-Lindner 2012, 195 ; Fein 1994, 238.

    51Philostr., VS, 1.25.71 p. 533-534.

    52Pour ces sacrae litterae : Drew-Bear et al. 1977 ; Knibbe & Merkelbach 1978 ; Jones 1984 ; Bérenger 2014, 339.

    53Jones 1984, 93 ; 99.

    54Sur cet épisode, voir aussi la contribution de R. Baudry au sein de ce volume.

    55Voir n. 69 et Kieth 2021. Au sujet d’une éventuelle reconstruction du véritable déroulé des événements : Steel 2004, en particulier 241 et 249 ; Gildenhard 2011, 97-98. Aucun de ces deux auteurs n’aborde le sujet de l’hébergement des magistrats romains.

    56Cic., Verr., 2.1.63 : Deducitur iste [Verres] ad lanitorem quendam hospitem, comitesque eius item apud ceteros hospites collocantur. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154.

    57Comme en témoignent Aelius Aristide et d’autres, les voyageurs privés appartenant à l’élite sociale – qui se faisaient accompagner d’au moins une vingtaine de personnes – envoyaient le jour même des esclaves à l’avance vers leur prochaine étape, pour leur trouver et préparer un hébergement : Plu., Cat. Mi., 12.2-4 ; Aristid., Or., 48.61 ; 51.3 ; 51.5 ; 51.28.

    58Cic., Verr., 2.1.63. Esclaves de Rubrius : Cic., Verr., 2.1.66-67.

    59Cic., Verr., 2.1.64 : Homo [Verres], ut haec audiuit, sic exarsit, ad id quod non modo ipse numquam uiderat, sed ne audierat quidem ab eo qui ipse uidisset, ut statim ad Philodamum migrare se diceret uelle. Hospes lanitor, qui nihil suspicaretur, ueritus ne quid in ipso se offenderetur, hominem summa ui retinere coepit. Iste, qui hospitis relinquendi causam reperire non posset, alia sibi ratione uiam munire ad stuprum coepit ; Rubrium, delicias suas, in omnibus eius modi rebus adiutorem suum et conscium, parum laute deuersari dicit ; ad Philodamum deduci iubet. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154.

    60Voir n. 41.

    61Voir Gildenhard 2011, 105 ; 107 ; Münzer 1914.

    62Cic., Verr., 2.1.65 : Quod ubi est Philodamo nuntiatum, […] tamen ad istum uenit ; ostendit munus illud suum non esse ; se, cum suae partes essent hospitum recipiendorum, tum ipsos tamen praetores et consules, non legatorum adseculas, recipere solere. Iste, qui una cupiditate raperetur, totum illius postulatum causamque neglexit ; per uim ad eum, qui recipere non debebat, Rubrium deduci imperauit. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154-155.

    63Kuhn [1864-1865] 1968, 1, 61.

    64Cic., Verr., 2.1.64 : genere, honore, copiis, existimatione.

    65Ainsi par exemple Millar 1977, 30 ; Bérenger 2014, 342.

    66Cic., Verr., 2.1.66-67. Verrès disposait d’un licteur en tant que légat d’un gouverneur : Mommsen [1887-1888] 2017 , 1, 387 av. n. 1.

    67Cic., Verr., 2.1.69.

    68Cic., Verr., 2.1.71-76.

    69 Voir Freund 2013, 413 ; 416-421 ; 435-436 ; Wesselmann 2013, en particulier 125.

    70Schulz 2008, 348-351, qui attire à juste titre l’attention sur l’importance du facteur social dans l’interprétation de l’issue de l’affaire de Lampsaque. Frisch, éd. 1978, 136 évoque le vif sentiment anti-romain auquel était en proie Lampsaque à l’époque.

    71Nasrallah 2017, 284.

    72Voir n. 70. Freund 2013, 418.

    73Sijpesteijn 1969, 109.

    74Columella, Rust., 1.5.7 : hac autem praetereuntium uiatorum populationibus et adsiduis deuertentium hospitiis infestat rem familiarem. Propter quae censeo eius modi uitare incommoda uillamque nec in uia nec a via procul editiore situ condere. Éd. : Ash, éd. 1948, 62 av. n. 3 (pour les différentes lectures de ce passage corrompu). Trad. : Du Bois, trad. 1844 = Desgrugillers-Billard, éd. 2008, 74 (qui se base sur la lecture: […] nec in uia nec pestilenti loco, sed procul […]). L’hébergement de voyageurs, s’il ne s’agissait pas de voyageurs officiels, pouvait constituer un moyen pour augmenter la rentabilité d’une ferme : Varro, Rust., 1.2.23.

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    • Nicola Zwingmann
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    1Je remercie Marie-Adeline Le Guennec pour la révision linguistique de cet article.

    2Kolb 2000. Pour la période républicaine, ibid., 28-39.

    3Nasrallah 2017, 291.

    4Molin 2011, 61-62 ; Eck 2013, 100-102 ; Heil 2014, 298-299 ; 301-302 ; Bérenger 2014.

    5Molin 2011, 64.

    6Plin., Nat., 9.26 ; Plin., Ep., 9.33.1-10 ; Solin. 12.9.

    7Plin., Nat., 9.26 : alius [delphinus] intra hos annos Africo litore Hipponis Diarruti simili modo ex hominum manu uescens praebensque se tractandum et adludens nantibus inpositosque portans, unguento perunctus a Flauiano proconsule Africae et sopitus, ut apparuit, odoris nouitate fluctuatusque similis exanimi caruit hominum conuersatione ut iniuria fugatus per aliquot menses, mox reuersus in eodem miraculo fuit. Iniuriae potestatem in hospitales ad uisendum uenientium Hipponenses in necem eius conpulerunt. Trad. : Saint-Denis, éd. 1955, 46.

    8Plin., Ep., 9.33.1-10.

    9Plin., Ep., 9.33.1 : incidi autem, dum super cenam uaria miracula hinc inde referuntur. Magna auctori fides. […] Is tamen auctor, cui bene uel historiam scripturus credidisses. Trad. : Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 103. Voir Plin., Ep., 9.33.11. Dans le cadre d’un de ses voyages, Pausanias avait vu de ses propres yeux, à Porosélène, une île près de Lesbos, un dauphin docile qui lui aussi avait apparemment acquis une certaine réputation : Paus. 3.25.7.

    10Stevens 2009, 163-173 ; 177-178. Hindermann 2011, 346-352, 354, en particulier 348 n. 14. B. Stevens et J. Hindermann n’abordent pas les différences entre la version de Pline l’Ancien et celle de son neveu : voir n. suivante.

    11La divergence qui touche au nom et à la fonction du magistrat romain, héros de l’épisode (voir infra), porte notamment à croire que Pline le Jeune s’appuyait sur une autre source : Saint-Denis, éd. 1955, 106 ad Plin., Nat., 9.26. Voir Sherwin-White 1966, 514.

    12Plin., Ep., 9.33.9-10 : Constat Octauium Auitum, legatum proconsulis, in litus educto religione praua superfudisse unguentum, cuius illum nouitatem odoremque in altum refugisse, nec nisi post multos dies uisum languidum et maestum, mox redditis uiribus priorem lasciuiam et solita ministeria repetisse. (10) Confluebant omnes ad spectaculum magistratus, quorum aduentu et mora modica res publica nouis sumptibus atterebatur. Postremo locus ipse quietem suam secretumque perdebat : placuit occulte interfici, ad quod coibatur. Trad. : Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 105.

    13Sherwin-White 1966, 515 ad Plin., Ep., 9.33.10 ; Zehnacker & Méthy, éd. 2012, 182 ad Plin., Ep., 9.33.10.

    14Selon une hypothèse débattue, Pline l’Ancien lui-même aurait été procurateur en Afrique : Ziegler 1951, 277-279. Pour les voyages touristiques de commandants militaires voir infra, n. 34. Plu., Luc., 2.5-6 ; Tac., Ann., 2.53-54, voir Zwingmann 2012, 25 et n. 55.

    15PIR2 T 9. Thomasson 1996, 40-41, n° 43 ; pour la date du proconsulat de Flavianus : ibid., 41.

    16PIR2 O 26. Pour le rang des legati dans la province d’Afrique : Thomasson 1996, 13.

    17Le nombre des diocèses et des légats est sujet à débat : Vössing 1997, 193, et 131 n. 450-451 ; 223-224 et n. 865. Voir aussi Thomasson 1960, 1, 66-81, en particulier 66 ; 72 ; 78 ; 1982, 13-19 ; 1996, 13-14 ; Lepelley 2001a.

    18Jacques 1965, 18 ; Hoffmann 1937, 1827 ; Kolendo 1982, 365 n. 85.

    19Voyage commun du proconsul d’Afrique et de son légat : Kolendo 1982, 357-358 et n. 30 (dédicace d’édifice par le proconsul et son légat, ce qui constituait le cas de figure le plus fréquent) et n. 34-35 ; 365 n. 85 (ad Plin., Nat., 9.26 ; Plin., Ep., 9.33.9). Voyage séparé : Kolendo 1982, 357 et n. 31 (dédicace d’édifice par le légat au nom du proconsul, beaucoup plus rare) ; Bérenger 2014, 340. Voir infra l’exemple de Verrès à Lampsaque.

    20Voir, pour la fin de la République, l’aduentus organisé pour Démétrius, affranchi de Pompée à Antioche : Plu., Cat. Mi., 13.1 ; Pomp., 40.1-3. Millar 1977, 29.

    21Eck 2017, 108.

    22Pour la composition et la taille du cortège : Eck 2013, 100 ; 2017, 108-109 ; Bérenger 2014, 18-33 ; 102-151, en particulier 104 (ad Cic., Verr., 2.1.27) ; 106 ; Heil 2014, 301-302 ; Molin 2011, 63-64. Pour les appariteurs des magistrats romains voir David 2019.

    23Bérenger 2014, 26.

    24Pour le nombre des comites voir Fronto, Ep. (ad Anton.), 2.8 ; Molin 2011, 64 ; Eck 2017, 108.

    25Pour les libertini : Dig., 1.18.16 (Mac.). Ainsi Tiron accompagnant Cicéron en Cilicie : Cic., Att., 6.7.2 ; 7.2.3.

    26Pour l’évolution chronologique des voyages des épouses de magistrats : Marshall 1975a ; 1975b ; Raepsaet-Charlier 1982 ; 1987 ; 2005, 204-208 ; Barrett 2005 ; 2006 ; Fertl 2017, 12-52 ; Zwingmann 2018, 39. Voir Pflaum 1950, 297-307 avec complément chez Molin 2011, 63 n. 17. Pour les esclaves des épouses : Tac., Ann., 2.80.1 ; voir Eck 2017, 108 n. 28. Pour les membres féminins de la famille en province, voir la liste de Raepsaet-Charlier 1987, 692-695.

    27Parmi les membres féminins de cet entourage, on a l’exemple d’une cousine (ou nièce ?) accompagnant un proconsul d’Achaïe : IG, II/III2, 4241 ; PIR2 P 871 ; Raepsaet-Charlier 1987, n° 647 ; Heil 2014, 302 n. 52.

    28Par exemple, la fille d’un proconsul : Raepsaet-Charlier 1987, n° 151 (voir ibid. 692).

    29Tac., Ann., 1.40.3 : coniuges amicorum ; 1.41.3 : feminae inlustres ; 3.9.2 : feminarum comitatus (voir Eck 2017, 108 et n. 30).

    30L’escorte du gouverneur, légat ou questeur : Le Bohec 2002, 27 ; 57 ; 132 ; Bérenger 2014, 338 ; 32.

    31Le proconsul de Macédoine était accompagné lors de sa visite dans le sanctuaire à Samothrace le 1er mai 165 p.C. par un cortège d’une trentaine de personne, selon les restitutions d’une inscription fragmentaire par J.H. Oliver : lictores, apparitores, uiatores, sagitarii, un miles epistularius (en charge d’envoyer des messages), amici, quinze de ses esclaves : AE, 1965, 205 = AE, 1967, 44 ; Oliver 1966, 75-80. Voir Bérenger 2014, 346-347.

    32Pour l’aduentus, Bérenger 2014, 55-60 ; 345-353 ; 358-365.

    33André & Baslez 1993, 51 ; 72.

    34En 134 p.C. se sont rendus auprès du colosse : le 7 mars, Q. Marcius Hermogenes, préfet de la flotte d’Alexandrie (Bernand & Bernand 1960, n° 38) ; le 10 mars, M. Petronius Mamertinus, préfet de l’Égypte (ibid., n° 40) ; le 22 mai, Iulius Fidus Aquila préfet de la Thébaïde en compagnie de sa femme Asidonia Galla (ibid., n° 41-42), puis, en novembre-décembre, Chaeremon, stratège des nomes Hermonthite et Latopolite (ibid., n° 43). Des magistrats venus avec leurs épouses pour entendre Memnon sont attestés assez fréquemment : outre ces exemples, voir Bernand & Bernand 1960, n° 4 ; 19 ; 56 ; 79. Funisulana Vettulla, l’épouse de C. Tettius Africanus (Cassianus Priscus), préfet d’Égypte sous Domitien, semble avoir visité le colosse de Memnon sans son mari (ibid., n° 8). Sabine, l’épouse d’Hadrien, y était venue l’écouter au moins trois jours de suite, dont au moins une fois sans son mari (ibid., n° 32).

    35 Plin., Ep., 9.33.10.

    36Voir Zwingmann 2012, 77-78 ; 390-391.

    37 Luc., Alex., 30-31 ; 36 ; 49.

    38Au début de l’époque impériale, jusqu’au règne de Claude ou celui de Vespasien, les sénateurs, de même que probablement les chevaliers du plus haut rang, étaient habilités à se servir de la uehiculatio lors de certains voyages à des fins privées : Lemcke 2012, en particulier 136-137 ; 139. Peut-être avaient-ils tenté d’en faire autant dans le cadre de l’hospitium.

    39IGBulg, 4, 2236 ; Haloff 1994 ; Hauken 1995. Voir l’édit de Sagalassos : SEG, 26, 1392.

    40Voir par exemple de Funisulana Vettulla (n. 33) et le cas particulier de Calpurnia qui à la suite d’un décès dans sa famille, avait décidé de se rendre de la province de son mari Pline le Jeune, la Bithynie, à Rome en usant du cursus publicus, sans attendre pour cela la permission impériale : Plin., Ep., 10.120-121.

    41Selon Plutarque, il était exceptionnel qu’un notable romain, tel Caton le Jeune lors de son voyage en Asie Mineure (qui n’était alors même pas en mission), accepte sans rechigner le logement que la communauté visitée lui proposait : Plu., Cat. Mi., 12.2-5. Voir Cic., Att., 5.16.3. La qualité du ravitaillement ne correspondait pas non plus toujours aux attentes : Plu., Caes., 17.9-10, voir Millar 1977, 30.

    42Voir Plu., Cat. Mi., 12.4-5.

    43Philostr., VS, 1.25.71 p. 534 : ἦρξε µὲν γὰρ δὴ πάσης ὁµοῦ Ἀσίας ὁ Ἀντωνῖνος, καὶ κατέλυσεν ἐν τῇ τοῦ Πολέµωνος οἰκίᾳ ὡς ἀρίστῃ τῶν κατὰ τὴν Σµύρναν καὶ ἀρίστου ἀνδρός, νύκτωρ δὲ ἐξ ἀποδηµίας ἥκων ὁ Πολέµων ἐβόα ἐπὶ θύραις, ὡς δεινὰ πάσχοι τῶν ἑαυτοῦ εἰργόµενος, εἶτα συνηνάγκασε τὸν Ἀντωνῖνον ἐς ἑτέραν οἰκίαν µετασκευάσασθαι. Trad. : Bounoure & Serret, éd. 2019, 90.

    44Pour les voyages des empereurs, qui étaient accompagnés par un cortège de plusieurs milliers de personnes, nous savons par des papyri, et donc essentiellement pour la province d’Égypte, que l’organisation et les préparatifs commençaient des mois, voire des années à l’avance : Millar 1977, 32-35 ; Dräger 2000, notamment p. 209 ; Destephen 2016, 335-336 ; Zwingmann 2012, 17 n. 15 avec bibliographie supplémentaire.

    45Vitr., De arch., 6.7.4, qui se réfère, il est vrai, à une situation plus ancienne de deux siècles à celle de notre passage.

    46Bérenger 2014, 362-365. Voir les exemples suivants : le légat extraordinaire de Trajan Pline le Jeune, s’occupant des affaires publiques dans son hospitium de Pruse en Bithynie, probablement la maison d’un notable local : Plin., Ep., 10.81 (voir Bérenger-Badel 2003, 81) ; le banquet de Rubrius chez son hôte Philodamos à Lampsaque (voir infra) ; les banquets des voyageurs aisés qui s’invitent réciproquement dans leur xenoi à Rhodes : Luc., Am., 9-10 (voir Zwingmann 2017, 84). Deux tessères de l’époque augustéenne ou tibérienne évoquent l’hospitium de deux proconsuls d’Afrique avec un habitant d’un pagus respectivement une colonia : Kolendo 1982, 360 et n. 57.

    47Philostr., VS, 1.25.71 p. 534-535.

    48Drew-Bear et al. 1977, 370 ; Voir Kuhn [1864-1865] 1968, 1, 61. Polémon avait aussi obtenu de Trajan le privilège d’être exempté de toutes taxes au cours de ses voyages sur terre et en mer, un privilège qu’Hadrien avait étendu à ses descendants : Philostr., VS, 1.25.71 p. 532-533. Voir Bowersock 1969, 30-34 ; Fein 1994, 236 ; 240.

    49Philostr., VS, 1.25.72 p. 535.

    50Favreau-Lindner 2012, 195 ; Fein 1994, 238.

    51Philostr., VS, 1.25.71 p. 533-534.

    52Pour ces sacrae litterae : Drew-Bear et al. 1977 ; Knibbe & Merkelbach 1978 ; Jones 1984 ; Bérenger 2014, 339.

    53Jones 1984, 93 ; 99.

    54Sur cet épisode, voir aussi la contribution de R. Baudry au sein de ce volume.

    55Voir n. 69 et Kieth 2021. Au sujet d’une éventuelle reconstruction du véritable déroulé des événements : Steel 2004, en particulier 241 et 249 ; Gildenhard 2011, 97-98. Aucun de ces deux auteurs n’aborde le sujet de l’hébergement des magistrats romains.

    56Cic., Verr., 2.1.63 : Deducitur iste [Verres] ad lanitorem quendam hospitem, comitesque eius item apud ceteros hospites collocantur. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154.

    57Comme en témoignent Aelius Aristide et d’autres, les voyageurs privés appartenant à l’élite sociale – qui se faisaient accompagner d’au moins une vingtaine de personnes – envoyaient le jour même des esclaves à l’avance vers leur prochaine étape, pour leur trouver et préparer un hébergement : Plu., Cat. Mi., 12.2-4 ; Aristid., Or., 48.61 ; 51.3 ; 51.5 ; 51.28.

    58Cic., Verr., 2.1.63. Esclaves de Rubrius : Cic., Verr., 2.1.66-67.

    59Cic., Verr., 2.1.64 : Homo [Verres], ut haec audiuit, sic exarsit, ad id quod non modo ipse numquam uiderat, sed ne audierat quidem ab eo qui ipse uidisset, ut statim ad Philodamum migrare se diceret uelle. Hospes lanitor, qui nihil suspicaretur, ueritus ne quid in ipso se offenderetur, hominem summa ui retinere coepit. Iste, qui hospitis relinquendi causam reperire non posset, alia sibi ratione uiam munire ad stuprum coepit ; Rubrium, delicias suas, in omnibus eius modi rebus adiutorem suum et conscium, parum laute deuersari dicit ; ad Philodamum deduci iubet. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154.

    60Voir n. 41.

    61Voir Gildenhard 2011, 105 ; 107 ; Münzer 1914.

    62Cic., Verr., 2.1.65 : Quod ubi est Philodamo nuntiatum, […] tamen ad istum uenit ; ostendit munus illud suum non esse ; se, cum suae partes essent hospitum recipiendorum, tum ipsos tamen praetores et consules, non legatorum adseculas, recipere solere. Iste, qui una cupiditate raperetur, totum illius postulatum causamque neglexit ; per uim ad eum, qui recipere non debebat, Rubrium deduci imperauit. Trad. : La Ville de Mirmont, trad. 1922, 154-155.

    63Kuhn [1864-1865] 1968, 1, 61.

    64Cic., Verr., 2.1.64 : genere, honore, copiis, existimatione.

    65Ainsi par exemple Millar 1977, 30 ; Bérenger 2014, 342.

    66Cic., Verr., 2.1.66-67. Verrès disposait d’un licteur en tant que légat d’un gouverneur : Mommsen [1887-1888] 2017 , 1, 387 av. n. 1.

    67Cic., Verr., 2.1.69.

    68Cic., Verr., 2.1.71-76.

    69 Voir Freund 2013, 413 ; 416-421 ; 435-436 ; Wesselmann 2013, en particulier 125.

    70Schulz 2008, 348-351, qui attire à juste titre l’attention sur l’importance du facteur social dans l’interprétation de l’issue de l’affaire de Lampsaque. Frisch, éd. 1978, 136 évoque le vif sentiment anti-romain auquel était en proie Lampsaque à l’époque.

    71Nasrallah 2017, 284.

    72Voir n. 70. Freund 2013, 418.

    73Sijpesteijn 1969, 109.

    74Columella, Rust., 1.5.7 : hac autem praetereuntium uiatorum populationibus et adsiduis deuertentium hospitiis infestat rem familiarem. Propter quae censeo eius modi uitare incommoda uillamque nec in uia nec a via procul editiore situ condere. Éd. : Ash, éd. 1948, 62 av. n. 3 (pour les différentes lectures de ce passage corrompu). Trad. : Du Bois, trad. 1844 = Desgrugillers-Billard, éd. 2008, 74 (qui se base sur la lecture: […] nec in uia nec pestilenti loco, sed procul […]). L’hébergement de voyageurs, s’il ne s’agissait pas de voyageurs officiels, pouvait constituer un moyen pour augmenter la rentabilité d’une ferme : Varro, Rust., 1.2.23.

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    Zwingmann, N. (2022). Sauve qui peut ! Ou comment (tenter de) contourner l’obligation de loger les officiels romains dans les provinces de l’empire. In C. Fauchon-Claudon & M.-A. Le Guennec (éds.), Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/166r7
    Zwingmann, Nicola. « Sauve qui peut ! Ou comment (tenter de) contourner l’obligation de loger les officiels romains dans les provinces de l’empire ». In Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne, édité par Claire Fauchon-Claudon et Marie-Adeline Le Guennec. Pessac: Ausonius Éditions, 2022. doi:10.4000/166r7.
    Zwingmann, Nicola. « Sauve qui peut ! Ou comment (tenter de) contourner l’obligation de loger les officiels romains dans les provinces de l’empire ». Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne, édité par Claire Fauchon-Claudon et Marie-Adeline Le Guennec, Ausonius Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/166r7.

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    Fauchon-Claudon, C., & Le Guennec, M.-A. (éds.). (2022). Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/166rq
    Fauchon-Claudon, Claire, et Marie-Adeline Le Guennec, éd. Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions, 2022. doi:10.4000/166rq.
    Fauchon-Claudon, Claire, et Marie-Adeline Le Guennec, éditeurs. Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Ausonius Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/166rq.
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