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    Plan détaillé Texte intégral Les relations élitaires d’hospitalité entre Grecs et Perses ou la formation d’un réseau parallèle L’institutionnalisation des relations d’hospitalité : une xenia en tension Élites et cités : la continuation de la xenia par d’autres moyens Notes de bas de page Auteur

    Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne

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    Table des matières

    S’informer et négocier auprès des Perses. L’impossible régulation par les cités des liens d’hospitalité entre Grecs et Perses d’après Xénophon

    Marie Durnerin

    p. 173-185

    Texte intégral Les relations élitaires d’hospitalité entre Grecs et Perses ou la formation d’un réseau parallèle L’institutionnalisation des relations d’hospitalité : une xenia en tension Élites et cités : la continuation de la xenia par d’autres moyens Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans les sources grecques de l’époque classique, à plusieurs reprises des informateurs étrangers viennent avertir une cité de dangers la menaçant. Ainsi, selon Xénophon1, vraisemblablement lors de l’hiver 397/396 a.C., un Syracusain, Hérodas, vient avertir les Spartiates de la préparation dans l’Hellespont d’une flotte perse qui viserait à s’en prendre à leurs alliés (Xen., HG, 2.1.30). Les relations qu’Hérodas entretenait avec Sparte ne nous sont pas connues mais ce rôle d’informateur tenu par un étranger est bien souvent fondé sur des liens particuliers entre un individu et une cité autre que sa patrie d’origine. Reposant sur la logique de l’hospitalité archaïque, la xenia, ces liens sont progressivement encadrés dans les cités au cours de l’époque classique, car ils donnent aux hôtes (xenoi) une influence qui remet en cause l’égalité entre les citoyens, que ce soit à Athènes ou à Sparte. Les membres de l’élite, premiers acteurs de l’hospitalité, sont de plus en plus contrôlés et leurs réseaux progressivement mis au service de la cité2. L’hospitalité perd alors son caractère interpersonnel. Les étrangers influents deviennent des hôtes de la cité tout entière par l’institution d’une relation d’hospitalité entre les individus et la cité, la proxénie, qui permettait d’intégrer ces relations dans la sphère civique. Par cette institution, le proxène, citoyen d’une cité A, était désigné par une cité B, pour garantir les intérêts des citoyens de la cité B venus dans la cité A. Le proxène restait avant tout citoyen de sa cité, et son premier devoir était de la servir3, mais la proxénie lui donnait une relation privilégiée avec une autre cité.

    2De ce fait, la proxénie est une institution qui permet la transmission d’informations entre individus, voire entre cités. Pour A. Gerolymatos, les proxènes menaient souvent des activités d’espionnage au service de la cité qui les avait nommés4. On ne peut nier qu’en 354 a.C., par exemple, Démosthène, proxène des Thébains, fut accusé d’espionner au service de Thèbes, et obligé de s’en défendre (D., Symm., 14.33)5 ; le proxène d’une autre cité, qu’il soit ou non effectivement un espion, pouvait être suspecté dans sa propre communauté.

    3Cependant, cette économie de l’hospitalité est bouleversée par l’intrusion d’un nouvel acteur dans le jeu diplomatique grec. À partir de la fin du ve siècle, l’Empire perse s’immisce dans les relations entre cités, ce qui pose le problème de la communication avec cet interlocuteur qui n’est pas une polis6. En effet, les Grecs engagés dans des relations d’hospitalité interpersonnelles avec les Perses pouvaient bénéficier d’informations privilégiées et, partant, en retirer un pouvoir politique très supérieur à celui de leurs concitoyens. Si elles s’en méfiaient, les cités avaient besoin de ces individus capables de nouer des relations avec l’élite perse car ceux-ci pouvaient non seulement négocier avec l’Empire mais aussi obtenir des informations auxquelles d’autres membres de la cité n’avaient pas accès. L’information leur donnait donc un pouvoir particulier qu’il convenait de contrôler dans une cité démocratique fondée sur l’isonomie.

    4Cela rejoint un débat historiographique à propos de la place de la xenia dans la cité démocratique d’Athènes. À la fin des années 1980, G. Herman a proposé une synthèse sur les relations d’hospitalité dans la cité grecque mettant en lumière cette tension entre communauté politique et hospitalité privée7 : refuser l’échange de dons – que supposait la xenia – était une marque de sens civique dans le monde grec. Cette opposition entre hospitalité et vie civique a été fortement nuancée notamment par L.G. Mitchell qui souligne l’usage que les cités grecques pouvaient faire de ces relations privées8.

    5L’œuvre de Xénophon, qui mentionne à plusieurs reprises des relations entre Grecs et Perses, offre un bel observatoire pour analyser la tension entre la xenia aristocratique et le principe d’égalité entre citoyens. Comment fonctionnent ces relations entre Grecs et Perses, qui n’entrent pas dans le cadre mis progressivement en place par la cité ? Étant donné que les individus investis dans ces relations pouvaient former une sorte de réseau parallèle de négociation et d’échanges d’informations, quels sont les moyens mis en place par la cité pour réguler ces relations interpersonnelles et les difficultés qu’ils entraînent ? En réalité, les cités ont dû s’accommoder de ces relations élitaires nécessaires pour elles mais qu’elles ne pouvaient pas contrôler pleinement. L’extension du contrôle des cités sur les relations des membres de l’élite n’a pas laissé la xenia intacte puisqu’il est désormais nécessaire de la masquer ou de la justifier ; c’est en jouant sur les institutions et la temporalité que les élites parviennent à faire accepter ce type de prérogative.

    Les relations élitaires d’hospitalité entre Grecs et Perses ou la formation d’un réseau parallèle

    6Chez Xénophon, l’hospitalité, la xenia, est un des liens fondamentaux entre les individus9. Si, avant Xénophon, on avait déjà des mentions de relations de xenia entre Grecs et Barbares, elles apparaissent chez lui comme un outil de pouvoir souvent déterminant. Dans son œuvre, les relations d’hospitalité suivent les mêmes codes, qu’il s’agisse de relations entre Grecs ou entre Grecs et Perses. On peine en effet à repérer un répertoire spécifiquement grec de l’hospitalité qui distinguerait Grecs et “Barbares”10. En réalité, c’est plutôt une forme d’adéquation des élites entre elles qui apparaît.

    7Par exemple, la relation de xenia décrite par Xénophon (HG, 4.1.39-40), entre Agésilas, roi des Lacédémoniens, et le fils de Pharnabaze, satrape perse, établie lors de la campagne d’Agésilas en Asie (396-394 a.C.), n’apparaît pas foncièrement différente des relations de xenia entre Grecs, que ce soit chez Xénophon ou dans d’autres sources11. Par conséquent, à travers l’institution de la xenia, le non-Grec, le barbare, l’étranger par excellence, pouvait devenir un proche et être traité comme un ami parmi d’autres dans un réseau de philia. Il devait donc, comme tout ami, donner et recevoir des bienfaits12, dont les informations pouvaient faire partie. Par conséquent, plutôt que de séparer le monde entre Grecs et Barbares comme cela peut être le cas chez Hérodote, il vaut mieux, pour comprendre l’œuvre de Xénophon, distinguer les membres de l’élite et les autres13.

    8De fait, ces liens d’hospitalité entre élites grecques et barbares constituent une véritable institution avec des normes établies : ceux qui ne respectent pas ce système s’excluent “de la commune humanité en rompant les circuits normaux de la réciprocité14”. Ces élites profitent ainsi d’un système d’hospitalité qui sert à la fois à satisfaire leurs ambitions et à garantir leur protection en cas de difficultés (comme c’est le cas pour le fils du satrape perse Pharnabaze). En outre, le système d’hospitalité garantit en partie la prééminence des élites. Parallèle aux sociabilités et aux réseaux d’amitié et de protection au sein de la cité, ce système leur donne un avantage important par rapport à ceux qui en sont exclus.

    9Or, à cette adéquation des élites entre elles correspond une circulation des biens15, et dans ce cadre, l’échange d’informations participe à la puissance de ces élites. En effet, selon M. Crozier et E. Friedberg, parmi les quatre grandes sources de pouvoir, on trouve la capacité à réduire les incertitudes par la maîtrise de la communication et des informations ; le pouvoir est en partie déterminé par la capacité des acteurs à réduire les sources d’incertitude. Le fait d’en savoir plus sur quelqu’un donne automatiquement une forme de pouvoir sur lui, dans la mesure où le pouvoir se définit comme relation16. Ainsi, par leurs relations personnelles avec des Perses détenteurs d’un haut-commandement, certains Grecs parviennent à réduire les sources d’incertitude pour eux-mêmes et en retirent un pouvoir important. Par exemple, dans l’Anabase, Cléarque semble avoir été le seul chef grec informé de la véritable destination de Cyrus, grâce à la relation de xenia qu’il entretient avec lui17. Le fait de savoir que le prince voulait marcher contre son frère le Grand Roi lui permet de manipuler habilement les troupes grecques et de les amener à destination contre leur gré, en accord avec Cyrus. Il faut cependant nuancer le lien entre xenia et partage d’informations avec le cas très clair de Proxène de Béotie qui est mentionné comme xenos de Cyrus mais à qui Cyrus déclare que les troupes marchent contre les Pisidiens ; de même pour Sophénète de Stymphale et Socrate d’Achaïe à qui il dit vouloir combattre Tissapherne (Xen., An., 1.1.11). Xennias d’Arcadie ou Xénophon qui semblent avoir été trompés par Cyrus ne sont nulle part mentionnés comme xenoi de Cyrus mais on peut supposer qu’ils avaient eu cette relation avec lui. Il faudrait donc distinguer différents degrés de xenia dont le plus élevé irait avec un partage des informations les plus confidentielles.

    10Dans la même perspective, les relations de xenia d’Alcibiade avec Tissapherne (Th. 8.45-48) puis Pharnabaze (Xen., HG, 1.3.12) en font un des hommes les mieux renseignés sur l’Empire perse, atout qui contribue à son rappel par Athènes18.

    11Cette adéquation des élites entre elles et la circulation des avantages qu’elle comporte placent en partie le pouvoir des élites hors du cadre institutionnel de la cité, ce qui a deux conséquences : d’une part, le fait que ces élites aient des pratiques en commun avec les barbares contribue à placer les élites hors du cadre civique et d’autre part, l’asymétrie d’information qu’elles obtiennent les rend supérieures au commun. Ainsi, la xenia contribue-t-elle à faire exister les élites en tant que groupe.

    12Par conséquent, dans le contexte de guerre quasi permanente entre les cités grecques dans la période décrite par Xénophon dans les Helléniques (411-362 a.C.), des amitiés sortant du cadre de la cité peuvent entrer en contradiction avec les intérêts des cités d’origine des amis/hôtes19. Pour cette raison même, entretenir des relations d’hospitalité avec les Perses peut être suspect. Profitant de la relation qu’il entretient avec les Perses, un individu comme Alcibiade peut vouloir profiter des informations qu’il détient indépendamment de sa cité ou, dans le cas de Cléarque, de son armée20. Par conséquent, cette tension entre les intérêts de la communauté et les liens d’hospitalité est-elle bien réelle, et le choix ne semble pas toujours se faire en faveur de la cité – comme le montre le cas de Xénophon lui-même qui prit plusieurs fois parti pour ses hôtes plutôt que pour sa patrie21. Les partisans d’une répartition du pouvoir la plus égale possible entre citoyens ne se faisaient guère d’illusion.

    L’institutionnalisation des relations d’hospitalité : une xenia en tension

    13Derrida écrit : “Pour l’hospitalité, le passage au droit, à la politique et au tiers constitue, d’une certaine manière, une sorte de chute22”. Chutant dans la sphère politique, l’hospitalité n’en est pas moins rendue plus effective, concède le philosophe23. L’intervention du politique dans les relations d’hospitalité les bouleverse en profondeur, mais selon une logique ambiguë. La cité contrôle ces relations autant qu’elle les encourage ; elle leur impose une redirection qui peut contaminer à son tour la sphère politique. Cette dialectique apparaît clairement en Grèce, où la cité a tenté peu à peu de prendre le contrôle des relations de xenia à travers la proxenia24, une institution qui se manifeste peut-être dès l’époque archaïque25 mais que les inscriptions rendent bien visible à partir de la première moitié du ive siècle. L’institutionnalisation ne peut pas parfaitement s’étendre aux Perses et le fait que la xenia échappe au contrôle de la cité provoque une forme de méfiance vis-à-vis de ceux qui la pratiquent. Xénophon se situe de fait au cœur de ce processus, de par son parcours entre Empire perse et différentes cités grecques, entre vie civique et vie d’exilé protégé par ses xenoi.

    14De fait, pour contrôler ces liens avec les Perses qui sortaient du cadre isonomique de partage des pouvoirs, dans la mesure où ces relations donnaient à certains individus plus de pouvoir qu’à d’autres, les cités usèrent de divers moyens. Ainsi, après la prise de la Cadmée par les Spartiates en 382, le Thébain Isménias fut condamné et exécuté pour avoir touché de l’argent dans le cadre ambigu de la xenia26. Le chef d’accusation énoncé par Xénophon est d’ailleurs révélateur de la conscience qu’ont les démocrates grecs – ici à Thèbes – du danger que représentent ces relations d’hospitalité : Isménias est accusé entre autres “de favoriser les Barbares, d’avoir contracté avec le Perse, pour le plus grand malheur de la Grèce, des liens d’hospitalité (καὶ ὡς βαρβαρίζοι καὶ ὡς ξένος τῷ Πέρσῃ ἐπ᾽ οὐδενὶ ἀγαθῷ τῆς Ἑλλάδος γεγενηµένος εἴη), d’avoir reçu de l’argent de la part du roi27”. Dans ce cas précis, un individu est condamné pour ses relations avec les Perses, mais de quels moyens disposaient réellement les cités pour lutter contre ce système parallèle à leur propre fonctionnement ?

    15Les œuvres de Xénophon font état de trois moyens principaux pour lutter contre ces puissants réseaux élitaires gréco-perses : le premier est la limitation de la durée des charges, notamment militaires, qui est la règle dans la plupart des cités. C’est le cas pour le navarque spartiate, qui ne peut être élu qu’une fois, ou du stratège athénien, élu pour un an28. Le deuxième moyen consiste à rappeler les citoyens évoluant à l’étranger si les instances de la cité se rendent compte qu’ils gagnent trop en influence et en autonomie. L’efficacité de tels rappels est à l’évidence conditionnée par d’éventuelles sanctions, l’exil en premier lieu. Ces sanctions constituent le troisième moyen dont dispose la cité pour contrôler ces relations : le jugement a posteriori d’actions considérées nuisibles pour la communauté. Toutefois, à l’exception du cas d’Isménias et de celui, très spécifique, d’Alcibiade29, ces moyens d’action sont peu ou ne sont pas employés dans la mesure où ces relations sont souvent indispensables aux cités. Retirer son commandement à un magistrat qui a réussi à obtenir des Perses une réduction de la marge d’incertitude de la cité s’avère contre-productif. Même les Spartiates, supposés être les plus hostiles aux étrangers30, entretiennent des liens de xenia avec des Perses et ces liens sont utilisés par la cité, notamment dans la conduite des affaires extérieures.

    16Ainsi, dans ce processus continu d’un accaparement de la xenia par les cités, on observe un décrochage. La proxénie paraît limitée aux relations entre Grecs et ne concerne les non-Grecs qu’à de très rares exceptions31. L’Empire perse ayant un fonctionnement bien différent de celui des cités grecques, ces dernières doivent utiliser, pour entrer en relation avec les Perses et obtenir des renseignements sur eux, des moyens différents de ceux qu’elles mettent en œuvre avec les autres cités. L’œuvre de Xénophon montre précisément à quel point l’activité diplomatique et l’obtention de renseignements sur la Perse se jouent entre des individus entretenant des liens de xenia : Cyrus et Lysandre, Cyrus et Cléarque, Alcibiade et Tissapherne. Bien sûr, des amitiés formelles et informelles existent au niveau de la cité – Cyrus a rappelé à Lysandre qu’il avait une philia avec la communauté spartiate (HG, 2.1.14) ; pourtant c’est bien l’amitié privé de Cyrus avec Lysandre qui a formé la base de la relation entre Perses et Spartiates et a permis aux Lacédémoniens de construire une flotte et de l’emporter dans la guerre du Péloponnèse.

    17Dans ce contexte, la xenia entre élites grecques et perses est problématique puisqu’elle ne peut pas être convertie en proxenia : avoir un xenos perse puissant peut être très utile et profitable, notamment du fait des cadeaux reçus à cette occasion, mais aussi un peu encombrant, aussi bien à Athènes qu’à Sparte, les deux cités principalement prises en compte par Xénophon. Ce type de relation se situe en effet à un autre niveau que la proxenia puisqu’un proxène est reconnu par la cité dont il est le proxène, alors qu’un xenos n’est reconnu comme tel que par son xenos. Ainsi, une fois devenue une chose publique à travers la proxenia, la xenia entre individus devient une sorte d’infraction à l’institution. Le fait qu’elle continue d’exister dans les relations avec les Perses devient suspect ; la xenia se constitue comme une sorte d’institution parallèle qui ne peut qu’attirer la suspicion de la part des autres citoyens32.

    18De fait, Xénophon fut “victime” de ce soupçon33 ; tout d’abord en privilégiant Cyrus contre sa propre communauté, il coupe de fait les liens avec sa cité. En effet, au livre III de l’Anabase, alors que son récit est déjà entamé et qu’il est en réalité déjà apparu plusieurs fois, le personnage Xénophon entre dans le récit par une présentation aux airs de justification (An., 3.1.4-9). Dans ce passage, apparaît clairement une tension entre le devoir envers la patrie et les liens personnels passant par la xenia : Proxène attend plus de bien de Cyrus, son hôte, que de sa patrie ; Xénophon, lui, se met en scène comme plus prudent, puisqu’il consulte Socrate et le dieu de Delphes sur la conduite à tenir. Par ailleurs, il montre bien qu’il n’avait pas de rôle défini dans l’expédition du prince perse et qu’il l’a suivi jusqu’au bout par respect des liens de xenia34. Si on suit la logique de Xénophon, sa présence n’aurait été liée qu’à des motivations exclusivement élitaires : loin d’être un mercenaire stipendié, il se serait engagé dans cette aventure douteuse par souci de respecter les liens de xenia qu’il avait contractés avec Proxène de Béotie. De même, c’est Cyrus qui, cherchant à le retenir par tous les moyens, lui aurait ensuite demandé personnellement de rester à ses côtés : Xénophon aurait donc mis entre parenthèses son allégeance civique35, pour respecter les relations d’hospitalité qui le liaient à Proxène tout d’abord, à Cyrus ensuite, dont le portrait élogieux justifie que Xénophon se soit mis à sa suite36.

    19Par ailleurs, dans la seconde phase de l’Anabase – après l’arrivée de l’armée des mercenaires grecs sur les rivages de la mer Noire –, les relations individuelles d’hospitalité suscitent presque systématiquement la méfiance au sein de l’armée, bien souvent représentée comme une sorte de cité37. Hécatonymos, envoyé par la cité grecque de Sinope négocier le départ de l’armée par mer, est ainsi soupçonné d’agir dans son intérêt et dans celui de ses proxènes et non pour le bien de l’armée38. Dans l’esprit des Grecs de l’armée, les relations d’hospitalité sont toujours suspectées de l’emporter sur la solidarité supposée entre eux.

    20Dans les œuvres de Xénophon, la xenia apparaît dès lors souvent sous un jour ambigu. Considérée par les parties prenantes comme un noble lien d’amitié (philia), elle s’apparente à une forme de corruption pour ceux qui ne participent pas directement à l’échange. C’est ce qui conduit certains personnages à rejeter la xenia dans son ensemble ou au moins l’échange de dons39. Il en est ainsi de Callicratidas, le successeur de Lysandre à la tête de la flotte lacédémonienne, qui refuse d’avoir une relation autre que purement contractuelle avec le Perse Cyrus, par attachement à la cause hellénique. Selon Plutarque, il a refusé de lier une relation de xenia avec Cyrus (Apopht. Lac., 222 E), et si Xénophon, de son côté, ne le dit pas, l’attitude de Callicratidas peut le laisser entendre (HG, 1.6).

    21Dans une plus large mesure, Xénophon, dans son portrait d’Agésilas, présente le roi comme incorruptible et refusant les présents du roi perse qui risqueraient d’être cause de malheurs pour les Grecs (Ages., 7.7)40. La logique rhétorique de Xénophon dans cet éloge du roi de Sparte est importante dans la mesure où elle permet de percevoir en creux les critiques adressées au souverain, notamment concernant ses actions en Asie41, lesquelles transparaissent plus clairement dans l’Agésilas de Plutarque et chez Diodore de Sicile42. Un passage de Xénophon est très explicite à ce sujet et reflète à la fois la portée apologétique de l’œuvre et le caractère suspect que revêt l’hospitalité pour nombre de Grecs :

    Pour ma part, je loue donc aussi Agésilas d’avoir, pour garder l’agrément des Grecs, dédaigné l’hospitalité du Roi (τὸ πρὸς τὸ ἀρέσκειν τοῖς Ἕλλησιν ὑπεριδεῖν τὴν βασιλέως ξενίαν). […] Et je loue encore sa prévoyance : pensant qu’il était bon pour la Grèce que le plus de satrapes possible se soulèvent contre le Roi, il ne se laissa dominer ni par les cadeaux, ni par la puissance du Roi et n’accepta pas d’en être traité en hôte (οὐκ ἐκρατήθη οὔθ᾽ ὑπὸ δώρων οὔθ᾽ ὑπὸ τῆς βασιλέως ῥώµης ἐθελήσας ξενωθῆναι αὐτῷ), et il se garda de perdre son crédit auprès de ceux qui voulaient se révolter43.

    22Ici, l’hospitalité est non seulement refusée pour des raisons de stratégie militaire mais également parce qu’elle ferait perdre tout crédit à Agésilas. En effet, dans le contexte grec du ive siècle, un homme parti en ambassade en Asie et revenant dans sa cité chargé de richesses, ne pouvait passer que pour un corrompu. De fait, l’or perse affectait profondément les relations politiques au sein des cités du monde égéen44 : le Grand Roi jouait sur les divisions entre les cités grecques pour maintenir un équilibre entre elles et ainsi éviter que l’une d’elles, devenue trop puissante, n’ait des visées sur son empire. Xénophon rapporte un épisode révélateur à cet égard : pour mettre fin à l’expédition d’Agésilas dans l’Empire, le Roi envoie Timocratès de Rhodes corrompre les élites des cités grecques pour qu’elles se révoltent contre Sparte (Xen., HG, 3.5.1-2). Une vaste coalition anti-lacédémonienne se met alors rapidement sur pied et, pour y faire face, Sparte doit rappeler l’armée d’Agésilas, qui était prête à s’enfoncer en Asie. Le soupçon qui pesait sur l’hospitalité et les présents qui l’accompagnaient n’était donc pas injustifié et de fait, toute alliance élitaire entre Grecs et Perses pouvait dès lors devenir suspecte. Cependant, malgré cette suspicion, les cités devaient s’accommoder de la xenia, parce qu’elles en avaient besoin.

    Élites et cités : la continuation de la xenia par d’autres moyens

    23La xenia constitue ainsi un point d’achoppement de l’institutionnalisation des activités élitaires par les cités : face aux Perses, les cités sont, en quelque sorte, obligées de céder aux relations interpersonnelles, ce qui ne va pas sans heurt. Or, le maintien, voire le développement de telles relations est d’autant plus indispensable que les cités peinent à recueillir des renseignements précis sur l’Empire perse. Certes, des alliés dépendant nominalement des Perses peuvent prévenir les Grecs de ce qui se passe sur le territoire achéménide mais ils n’en ont qu’une vision très partielle : en raison de l’immensité de l’Empire, il est difficile pour l’un de ses membres sans responsabilité majeure de hiérarchiser les événements et de mesurer leur effet global – et donc d’anticiper les réactions éventuelles du Roi ou de l’un de ses satrapes. Dans les cités, pour être acceptés, les partenaires de l’échange doivent démontrer que ces liens servent aussi les intérêts de la communauté. La xenia doit être justifiée45. Il existe divers moyens pour cela, de la justification publique aux relations secrètes en passant par toute une gamme de relations volontairement laissées dans le flou, au moins temporairement. On observe alors un jeu des élites qui usent de diverses stratégies pour développer de telles relations.

    24Le cas de Lysandre permet de voir clairement que, malgré les dispositifs de contrôle de la cité laconienne sur ses activités, la cité ne peut pas se passer de ses services46. Grâce à ses relations de xenia avec Cyrus, fils du Grand Roi, qui détient alors le plus haut commandement en Asie Mineure47, le navarque obtient notamment de lui un relèvement de la solde (Xen., HG, 1.5.2-9), ce que ne parvient pas à faire son successeur à la tête de la flotte spartiate, Callicratidas (Xen., HG, 1.6.6-7). Par ailleurs, Lysandre, grâce à sa proximité avec le prince perse, est très bien placé pour en savoir plus que les autres sur la politique générale de l’Empire perse et les intentions du roi vis-à-vis des Grecs. Il réduit ainsi considérablement la “zone d’incertitude” de Sparte face à l’Empire, grâce à sa relation de xenia avec Cyrus. C’est très net par exemple au moment où le jeune prince fait venir Lysandre pour lui dire qu’il doit se rendre au chevet de son père : à ce moment-là, Cyrus informe le navarque non seulement du fait que le Grand Roi est mourant mais il lui communique aussi le montant de ses revenus sur les cités d’Asie (HG, 2.1.13-14). Il le fait avant tout pour dissuader Lysandre d’attaquer les Athéniens en son absence s’il a moins de vaisseaux qu’eux, parce que les Perses ont tout à fait les moyens d’équiper plus de navires si nécessaire, et il est donc inutile de prendre le risque d’attaquer en état d’infériorité numérique. Ainsi, les arguments utilisés par Cyrus pour convaincre Lysandre sont autant d’informations primordiales pour Sparte puisqu’elles permettent à la cité de se rendre compte des ressources que le jeune prince peut mettre à sa disposition dans le combat contre Athènes.

    25Par conséquent, le partage d’information entre Lysandre et Cyrus constitue un argument de ses partisans pour le maintenir au pouvoir dans le récit xénophontique : en effet, en 406 a.C., au moment où Callicratidas est envoyé pour prendre la tête de la flotte à la place de Lysandre, les amis de ce dernier répandent dans les cités d’Asie l’idée qu’il vaudrait mieux maintenir Lysandre au pouvoir, notamment parce qu’il n’est pas avantageux d’envoyer des gens “inconnus en Asie (ἀγνῶτας τοῖς ἐκεῖ)” (HG, 1.6.4). Le fait que Lysandre soit connu et apprécié dans ces cités, mais aussi qu’il ait la capacité de s’informer facilement auprès de Cyrus sont des facteurs de son pouvoir et de sa capacité d’action qui le rendent indispensable pour les Spartiates et leurs alliés d’Asie. Même si ce n’est pas dit explicitement dans le récit, il est clair que Lysandre joue avec le système de contrôle de la cité : d’une certaine façon, il a fait prendre conscience à son entourage et à tous ceux qui participent au gouvernement de la cité laconienne qu’ils ne peuvent pas se passer de lui, que sa capacité à s’informer auprès des Perses est indispensable à la cité.

    26Dans ces circonstances, Sparte est obligée un peu plus tard de contourner les règles de ses propres institutions pour remettre Lysandre à la tête de la flotte (Xen., HG, 2.1.6-7). La relation particulière nouée par le navarque avec les Perses – qu’il doit en grande partie à ses liens de xenia avec Cyrus – oblige en quelque sorte sa cité à oublier pour un temps ses principes sur la rotation des charges, et ce malgré la méfiance que suscite le navarque48. D’après Xénophon, les éphores, magistrats qui contrôlent la vie politique spartiate n’interviennent pas directement pour réduire ses pouvoirs49. En revanche, plusieurs rois de Sparte cherchent à abattre la puissance de Lysandre : Pausanias et Agis, en accord avec les éphores, essaient de mettre fin à l’entreprise impériale de Lysandre50, même s’il faut attendre l’arrivée sur le trône d’Agésilas pour que l’ancien navarque voie définitivement son étoile pâlir (Xen., HG, 3.4).

    27Le cas de Conon d’Athènes constitue également à cet égard un exemple particulièrement intéressant : il avait sans l’ombre d’un doute une relation de xenia avec Évagoras51, et très probablement une relation de xenia avec Pharnabaze par l’entremise du roi de Chypre52. Grâce à son amitié avec Pharnabaze, il commande la flotte perse et obtient des subsides pour se battre contre les Spartiates au nom du Grand Roi53 ; avec le satrape, il remporte la bataille de Cnide en 394 a.C.54. Puis, Conon et Évagoras obtiennent du dirigeant perse les subsides nécessaires à la reconstruction des murs d’Athènes, ce qui leur vaut la reconnaissance des Athéniens marquée par des statues sur l’Agora55. Un peu plus tard, alors que les Spartiates cherchent à regagner l’amitié des Perses, par l’intermédiaire du satrape Tiribaze, Conon est envoyé dans l’ambassade athénienne pour contrer la tentative lacédémonienne (Xen., HG, 4.8.12-15). Conon n’est certes pas le xenos de Tiribaze, mais par ses relations de xenia avec des Perses, il a une connaissance irremplaçable du fonctionnement et de la situation de l’Empire qui favorise sa nomination pour une mission de cette importance. Et il a su habilement justifier ces relations en montrant ostensiblement qu’elles étaient utiles à sa cité, puisque c’est grâce aux relations privilégiées de Conon avec les Perses que la cité attique parvient à reconstruire ses Longs Murs, abattus après la défaite de 404 a.C.

    28Malgré la méfiance qu’elle suscite, la xenia est ainsi devenue progressivement, à la fin du ve s. a.C., l’une des voies privilégiées de la diplomatie gréco-perse, tantôt formalisée, tantôt laissée dans le flou. Ces liens de xenia étaient établis en dehors du contrôle de la communauté mais les Grecs qui agissaient dans ce cadre devaient sortir un moment de l’ambiguïté et montrer que ces liens servaient à la cité ; cela se faisait dans un second temps, après un moment de flou, qui pouvait être exploité par les partenaires de l’échange. Par exemple, Antalcidas, qui réussit à négocier la paix du roi en 386 a.C., était le xenos du satrape perse Tiribaze (Xen., HG, 4.8.12-15 ; 5.1.6-32), ce qui a facilité les pourparlers. Or, c’est justement à ce moment-là que Conon connaît un grave échec diplomatique et qu’il est arrêté par le satrape. Conon connaissait l’Empire perse mais n’étant pas le xenos de Tiribaze, visiblement l’homme fort du moment, il est vaincu par Antalcidas dans les négociations. Celui-ci a alors manifesté publiquement à sa communauté l’utilité de ses liens personnels d’amitié avec un membre de l’élite perse. De même, la tentative d’Alcibiade pour établir une xenia avec Tissapherne suggère qu’il était important pour lui de formaliser leur relation de cette manière56, et ainsi de manifester ouvertement que ce lien pouvait avoir une utilité pour sa cité, même s’il espérait probablement simultanément en recevoir des avantages pour lui-même. Si la xenia n’avait aucun avantage pour l’individu qui s’y investissait, le refus de Callicratidas n’aurait pas eu la même portée. Refuser la xenia avec les Perses, ou, au moins, ne pas s’y investir, pouvait certes manifester un attachement à la cause hellénique (Xen., HG, 1.6.7), mais, du même coup, c’était aussi se condamner à ne pas obtenir autant que l’on souhaitait des Perses et, à terme, ne plus avoir les moyens de vaincre les Athéniens sur mer57.

    29Les choses ne sont donc pas aussi simples que Callicratidas veut le faire croire. Le temps, comme le montrent les exemples proposés, est de fait une instance décisive58. Il permet d’une part le contrôle par la cité des actions de l’individu, et d’autre part laisse une certaine latitude aux élites pour mener une politique à leur avantage. Un individu qui se voit attribuer un pouvoir particulier, que ce soit par une magistrature ou un autre biais, sait que son pouvoir est limité dans le temps et que s’il dépasse les limites du tolérable en individualisant son pouvoir, il aura à en rendre compte au retour59. Mais ce délai est aussi le moment où les élites peuvent jouer sur les ambiguïtés de la relation de xenia, ni vraiment privée, ni vraiment publique, pour prévoir la manière dont ils vont la présenter : doit-on plutôt la masquer, la rendre la plus secrète possible, ou du moins laisser les autres la valoriser, comme le fait Lysandre ? Ou au contraire, la mettre publiquement en avant en montrant qu’elle est utile à la cité, comme l’ont fait Conon ou Antalcidas ? Si les œuvres de Xénophon ne donnent pas une réponse claire à cette question, c’est vraisemblablement parce que l’auteur lui-même jouait avec ces ambiguïtés et avec les temporalités de la xenia.

    30Ainsi, dans les œuvres de Xénophon, Athènes comme Sparte étaient obligées de tenir compte des relations privilégiées que certains de leurs citoyens avaient nouées avec des Perses pour les nommer comme ambassadeurs ou à la tête de certaines magistratures militaires60. Ceux-ci avaient en effet à la fois la capacité d’obtenir des informations utiles des Perses mais aussi de négocier avec plus de chances de succès. Non seulement, la cité n’a jamais interdit l’usage de la xenia61, mais surtout, elle ne pouvait pas faire autrement ; le seul moyen efficace de communiquer avec les Perses et d’obtenir ce que la cité désirait, était qu’un citoyen entretienne un lien d’hospitalité avec un Perse suffisamment influent dans l’Empire. Les cités grecques étaient donc, d’une certaine façon, forcées à certains accommodements avec le principe d’égalité entre citoyens ou avec la politique officielle des cités hégémoniques : la défense de la liberté des Grecs62. Étant donné l’équilibre des forces entre Athènes et Sparte, puis avec Thèbes, seule l’aide du puissant allié perse pouvait permettre de faire pencher la balance d’un côté. Entre hégémonie et isonomie, il fallait choisir.

    Notes de bas de page

    1Né c. 428 dans une famille athénienne aisée, Xénophon quitte Athènes après la restauration démocratique consécutive à la “tyrannie des Trente”, en 401 a.C. pour rejoindre l’expédition de Cyrus le Jeune qu’il relate dans l’Anabase. Il est ensuite admis dans l’entourage d’Agésilas, roi de Sparte qui lui accorde un domaine en Élide, où il s’installe. Chassé de son domaine après Leuctres, en 371 a.C., il se réfugie à Corinthe ou à Athènes, où il serait mort c. 355. Pour un aperçu de l’itinéraire de Xénophon et des débats qu’il suscite, voir Azoulay 2004, 10-15 et, plus récemment, Lee 2017.

    2Herman 1987 ; Azoulay 2004, 151-152.

    3Cf. Mack 2015, 139 : voir les références qu’il donne à la note 188.

    4Gerolymatos 1986.

    5Cf. Lewis 1996, 83 et 105.

    6Pour les institutions de l’Empire perse, voir Briant 1996. Sur l’impossibilité pour les cités d’établir des relations de proxénie avec les Perses en raison de différences organisationnelles structurelles, voir Lenfant 2016.

    7Herman 1987.

    8Mitchell 1997.

    9Il s’agit d’un lien privilégié entre deux personnes qui décident de le créer ou qui en héritent de leurs parents. La xenia se déroule en général suivant une séquence codifiée, s’ouvrant sur une déclaration solennelle, se poursuivant par un échange de cadeaux et de serments, pour se conclure sur une poignée de main (dexiôsis) cf. Herman 1987. Sur l’ancienneté et la permanence de cette institution, voir Adkins 1963, Gauthier 1972 et Scheid-Tissinier 1994.

    10Comme le soutient Mitchell 1997, par exemple p. 131-132.

    11Pour une liste des relations de xenia dans les sources grecques issues de la tradition manuscrite, voir Herman 1987, 166-175. Ce dernier décrit précisément les aspects concrets et symboliques de ces relations à différents moments de celles-ci : voir p. 10-40 et 41-72.

    12Mitchell 1997, 12.

    13Comme l’a montré Georges 1994, 208-232 ; voir aussi Ober 1989.

    14Azoulay 2004, 46. Voir l’exemple de Tissapherne et la manière dont il traite Alcibiade (Xen., HG, 1.1.9-10).

    15Sur ce sujet, l’article fondateur de Mauss [1924] 2007 reste essentiel. Pour des mises en perspective de cet héritage et ses éventuelles applications en histoire ancienne, voir Van Wees 1998 ; Wagner-Hasel 2000 et Azoulay 2004.

    16Crozier & Friedberg 1977, 25-26 : “[le pouvoir] n’est au fond rien d’autre que le résultat toujours contingent de la mobilisation par les acteurs des sources d’incertitudes pertinentes qu’ils contrôlent dans une structure de jeu donné, pour leurs relations et tractations avec les autres participants à ce jeu. C’est donc une relation qui, en tant que médiation spécifique et autonome des objectifs divergents des acteurs, est toujours liée à une structure de jeu : cette structure en effet définit la pertinence des sources d’incertitudes ‘naturelles’ et ‘artificielles’ que ceux-ci peuvent contrôler.” Cette idée a fait son apparition dans l’œuvre de M. Foucault, d’abord de façon presque incidente (Foucault 1975, 29-33), puis explicite dans Foucault 1976, 121-135.

    17Sur la relation de xenia entre Cyrus et Cléarque, Xen., An., 1.1.9 ; 1.3.3-5. Sur le fait que seul Cléarque était au courant de la véritable destination : An., 3.1.10 : “tous les autres Grecs, à l’exception de Cléarque, ignoraient qu’on marchait contre le roi (οὐ γὰρ ᾔδει τὴν ἐπὶ βασιλέα ὁρµὴν οὐδὲ ἄλλος οὐδεὶς τῶν Ἑλλήνων πλὴν Κλεάρχου)”. Voir Bassett 2001, 12 qui met en doute la vision que Xénophon donne de Cléarque. D.S. 14.19.1-9 rapporte lui que tous les chefs étaient au courant. Pour Braun 2004, 101, Cléarque était en permanence en relation secrète avec Cyrus.

    18Au moment où Alcibiade entre en relation avec Pharnabaze, Théramène avait peut-être déjà obtenu qu’il fût rappelé d’exil. Voir D.S. 13.38.2 ; 42.2 ; Nep., Alc., 5.4.

    19C’est d’ailleurs ce que déclare Agésilas à Pharnabaze pour se justifier d’avoir ravagé une partie de sa satrapie, cf. Xen., HG, 4.1.3. À propos de cette rencontre, cf. Georges 1994, 208-232.

    20Il y a probablement une sorte d’accord entre Cléarque et Cyrus pour que le premier convainque les troupes le plus longtemps possible de suivre Cyrus, en échange de bienfaits de plus en plus importants offerts par Cyrus.

    21On peut citer la xenia de Xénophon avec Proxène de Béotie et très probablement avec Cyrus le Jeune. Xénophon devient ensuite le xenos du roi de Sparte Agésilas. Il l’accompagne dans sa campagne en Asie et le suit lorsqu’Agésilas rentre précipitamment en Grèce. Après la bataille de Coronée en 394 où Xénophon combat contre ses compatriotes, il est définitivement exilé de sa cité, s’il ne l’avait pas déjà été en partant en Asie avec Cyrus. Il ne souffre cependant pas matériellement de sa condition d’exilé puisqu’il bénéficie grâce à son hôte Agésilas d’un domaine à Scillonte. La xenia est donc une des clefs du parcours de Xénophon, au moins autant que sa politeia athénienne : durant son exil, la xenia devient même pour lui une condition de survie.

    22Derrida 1999, 100.

    23Ibid.

    24Sur la proxénie, à laquelle Monceaux 1886 consacra la première monographie systématique, voir Gschnitzer 1973 et Marek 1984. Walbank 1978 ; Culasso Gastaldi 2004 et Knoepfler 2001 parmi d’autres offrent des recueils de décrets de proxénie commentés. Gerolymatos 1986 voit les proxènes comme des espions (thèse réfutée de manière convaincante par Moggi 1995, 151-154). Mack 2015 considère les proxènes comme parties prenantes de “réseaux” de relations entre cités. Pour une bibliographie commentée récente, voir Lenfant 2016, 275.

    25Si on accepte les interprétations de Mack 2015, 83 n. 204 pour deux inscriptions archaïques.

    26Voir Henry 1967, 163 ; Dušanić 1985 ; Tuplin 1993, 98 ; Dillery 1995, 218-219;  Azoulay 2004, 155.

    27Xen., HG, 5.2.35, je souligne.

    28Il peut certes être réélu ; mais le fait qu’il ait besoin tous les ans de la caution populaire facilite le contrôle sur les élites. Sur ce sujet, voir Fröhlich 2004.

    29Si Alcibiade noue de nombreuses relations de xenia avec les Perses, il est de toute façon déjà exilé ; au moment de son retour, il est devenu indispensable à la cité, et ses relations en Perse sont considérées comme un possible avantage pour la cité qui ne cherche donc pas à les limiter.

    30Cf. Xen., Lac., 14.4 : il était interdit aux Spartiates de voyager sans raison officielle et l’accès des étrangers à la cité laconienne était fortement limité. C’est pour cette raison que tous les liens de xenia qui impliquent des Spartiates se font dans un contexte d’expédition militaire, dans lequel les Spartiates sont autorisés à quitter leur cité (cf. Arist., Pol., 1327a11-18 ; Plu., Lyc., 27.6-8). Et même dans les cités où les étrangers sont autorisés à séjourner, les individus ayant des relations un peu trop étroites avec l’étranger peuvent devenir suspects. Cela dérive de l’idée qu’une cité devait être autonome et ses habitants une communauté fermée : admettre la mobilité généralisée aurait été une attaque à cet idéal, comme le signale Lewis 1996, 27. Cette hostilité spartiate vis-à-vis des étrangers fait partie de ce qu’on appelle, depuis F. Ollier, le “mirage spartiate” (Ollier 1943), de la vision de Sparte par les “autres”, en particulier les Athéniens. Sur la construction d’une image des Spartiates en miroir négatif d’Athènes dans l’idéologie démocratique athénienne, voir Cartledge & Powell, éd. 2018.

    31Lenfant 2016. Comme exemple de proxène non grec, on peut mentionner Straton, roi de Sidon, qui devient proxène des Athéniens pour avoir aidé des ambassadeurs athéniens qui se rendaient auprès du roi. IG, II2, 141 = Rhodes et Osborne, 21 ; voir Culasso Gastaldi 2004, 103-124 ; Brun 2005, n° 42. Pour la datation du décret honorifique voir aussi Elayi 2013.

    32La méfiance n’est pas cause mais conséquence de cet accaparement par les citoyens ; le préjugé culturel de méfiance face aux Perses pourrait être alors considéré, au moins en partie, comme un effet de ce changement institutionnel des cités.

    33Sur le parcours de Xénophon et l’expérience qu’il attribue à d’autres figures historiques dans ses écrits voir Herman 1987, 14-15.

    34Voir Azoulay 2004, 196.

    35Xénophon se condamne lui-même comme il le fait aussi dans les Mémorables ; cette stratégie de présentation de soi par le blâme et l’auto-célébration est analysée par Gray 1998, 98-99.

    36L’armée de Cyrus, non-officielle se fonde avant tout sur un réseau de liens de xenia : voir Herman 1987, 98-101 ; Mitchell 1997, 119-120 ; sur la composition de l’armée et les liens de Cyrus avec chacun des chefs grecs, voir Lee 2007, en particulier le chapitre 3 : “The Army”.

    37Cf. Hornblower 2004 et Sebillotte Cuchet 2006, chapitre 7, 200-220.

    38Xen., An., 5.6.11.

    39Cf. D.S. 16.54.4. Azoulay 2004, 156-157.

    40Pour un développement critique sur l’incorruptibilité supposée d’Agésilas, voir Azoulay 2004, 156-164.

    41Hirsch 1985, 51-55 ; Hamilton 1982.

    42Cf. par exemple D.S. 15.19.4, qui se fondait vraisemblablement sur le témoignage acerbe d’Éphore, contemporain de Xénophon.

    43Xen., Ages., 8.4-5, trad. : Casevitz, éd. 2008, 75-76.

    44Descat, éd. 1990. Cette manne providentielle touche principalement la Grèce entre 413 et 386 a.C. La tradition qui avait cours au ive siècle parlait de 6 000 talents versés aux Lacédémoniens par les Perses en 413 et 405 a.C. (cf. notamment Xen., HG, 1.5.1-9). Du côté athénien, on peut rappeler le rôle décisif de l’or perse dans la reconstruction rapide des Longs-Murs d’Athènes, en 393 a.C. (HG, 4.8.9-10). Voir Lewis 1989 ; Brun 1999, 224-225 ; Azoulay 2004, 152-153.

    45Les problèmes que pose la nécessité pour les élites de justifier leurs prérogatives dans le régime démocratique athénien sont développés par Ober 1989.

    46Sur Lysandre, voir Bommelaer 1981. Cf. Due 1987 pour qui Xénophon met en avant de manière indirecte les qualités du Spartiate ; pour une analyse récente et détaillée des succès du Lacédémonien, voir Richer 2018, 322-323.

    47Cyrus a été nommé karanos par son père. Cf. Xen., HG, 1.4.3 ; An., 1.1.2 ; sa fonction est authentifiée par une lettre royale et elle fait de lui le commandant de toutes les forces d’Asie Mineure : Pharnabaze et Tissapherne lui sont désormais subordonnés. Voir Briant 1996, 617 sq.

    48Sur ce point, voir Ruzé 2018, 322-324. Nous n’évoquons pas les différents cultes et monuments honorifiques dont a bénéficié Lysandre parce que Xénophon ne les évoque pas mais ces éléments ont dû contribuer à dresser contre lui sa propre cité ; cf. Richer 2018, 258.

    49Contrairement à Plu., Lys., 19.7 à 20.6 ; Polyaen. 7.19 ; Nep., Lys., 4.1-3.

    50Bommelaer 1981.

    51Sur cette relation, cf. Xen., HG, 2.1.29 ; Ctes. fr. 16-32 ; Isoc. (IX), Evag., 53 ; D.S. 13.106.6 ; voir Mitchell 1997, 68. Sur le mariage de Conon avec une femme chypriote, peut-être fille d’un proche d’Évagoras : cf. Lys. 19.36 ; Davies 1971, 508.

    52Le fait qu’il serve d’intermédiaire entre les cités libérées des Spartiates et Pharnabaze va dans ce sens également : cf. Xen., HG, 4.8.1-3.

    53D.S. 14.39 ; 81.

    54Id., 14.82-84.

    55Pour la reconstruction des Murs : Xen., HG, 5.8.8. Statues sur l’Agora : D., (XX) Lept., 68-70 ; Paus. 1.3.2 ; IG, II2, 20 = SEG, 33-72.

    56Mitchell 1997, 131.

    57Un exemple clair est la bataille des Arginuses remportée par les Athéniens, alors que les Spartiates sont commandés par Callicratidas. Celui-ci meurt au début de la bataille : cf. HG, 1.6.32-35.

    58Sur cette question, voir la réflexion de M. Mauss sur la place du temps dans le mécanisme du “don-contre-don” dans son “Essai sur le don” (Mauss [1924] 2007). Cette question a été reprise et amplifiée par Bourdieu 1972.

    59On trouve cette idée chez Ober 1989. Pour l’époque hellénistique et une étude systématique des sources épigraphiques à ce sujet voir Fröhlich 2004.

    60Mitchell 1997, 106.

    61Azoulay 2004, 151.

    62Richer 2018, 333-336.

    Auteur

    • Marie Durnerin
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    1Né c. 428 dans une famille athénienne aisée, Xénophon quitte Athènes après la restauration démocratique consécutive à la “tyrannie des Trente”, en 401 a.C. pour rejoindre l’expédition de Cyrus le Jeune qu’il relate dans l’Anabase. Il est ensuite admis dans l’entourage d’Agésilas, roi de Sparte qui lui accorde un domaine en Élide, où il s’installe. Chassé de son domaine après Leuctres, en 371 a.C., il se réfugie à Corinthe ou à Athènes, où il serait mort c. 355. Pour un aperçu de l’itinéraire de Xénophon et des débats qu’il suscite, voir Azoulay 2004, 10-15 et, plus récemment, Lee 2017.

    2Herman 1987 ; Azoulay 2004, 151-152.

    3Cf. Mack 2015, 139 : voir les références qu’il donne à la note 188.

    4Gerolymatos 1986.

    5Cf. Lewis 1996, 83 et 105.

    6Pour les institutions de l’Empire perse, voir Briant 1996. Sur l’impossibilité pour les cités d’établir des relations de proxénie avec les Perses en raison de différences organisationnelles structurelles, voir Lenfant 2016.

    7Herman 1987.

    8Mitchell 1997.

    9Il s’agit d’un lien privilégié entre deux personnes qui décident de le créer ou qui en héritent de leurs parents. La xenia se déroule en général suivant une séquence codifiée, s’ouvrant sur une déclaration solennelle, se poursuivant par un échange de cadeaux et de serments, pour se conclure sur une poignée de main (dexiôsis) cf. Herman 1987. Sur l’ancienneté et la permanence de cette institution, voir Adkins 1963, Gauthier 1972 et Scheid-Tissinier 1994.

    10Comme le soutient Mitchell 1997, par exemple p. 131-132.

    11Pour une liste des relations de xenia dans les sources grecques issues de la tradition manuscrite, voir Herman 1987, 166-175. Ce dernier décrit précisément les aspects concrets et symboliques de ces relations à différents moments de celles-ci : voir p. 10-40 et 41-72.

    12Mitchell 1997, 12.

    13Comme l’a montré Georges 1994, 208-232 ; voir aussi Ober 1989.

    14Azoulay 2004, 46. Voir l’exemple de Tissapherne et la manière dont il traite Alcibiade (Xen., HG, 1.1.9-10).

    15Sur ce sujet, l’article fondateur de Mauss [1924] 2007 reste essentiel. Pour des mises en perspective de cet héritage et ses éventuelles applications en histoire ancienne, voir Van Wees 1998 ; Wagner-Hasel 2000 et Azoulay 2004.

    16Crozier & Friedberg 1977, 25-26 : “[le pouvoir] n’est au fond rien d’autre que le résultat toujours contingent de la mobilisation par les acteurs des sources d’incertitudes pertinentes qu’ils contrôlent dans une structure de jeu donné, pour leurs relations et tractations avec les autres participants à ce jeu. C’est donc une relation qui, en tant que médiation spécifique et autonome des objectifs divergents des acteurs, est toujours liée à une structure de jeu : cette structure en effet définit la pertinence des sources d’incertitudes ‘naturelles’ et ‘artificielles’ que ceux-ci peuvent contrôler.” Cette idée a fait son apparition dans l’œuvre de M. Foucault, d’abord de façon presque incidente (Foucault 1975, 29-33), puis explicite dans Foucault 1976, 121-135.

    17Sur la relation de xenia entre Cyrus et Cléarque, Xen., An., 1.1.9 ; 1.3.3-5. Sur le fait que seul Cléarque était au courant de la véritable destination : An., 3.1.10 : “tous les autres Grecs, à l’exception de Cléarque, ignoraient qu’on marchait contre le roi (οὐ γὰρ ᾔδει τὴν ἐπὶ βασιλέα ὁρµὴν οὐδὲ ἄλλος οὐδεὶς τῶν Ἑλλήνων πλὴν Κλεάρχου)”. Voir Bassett 2001, 12 qui met en doute la vision que Xénophon donne de Cléarque. D.S. 14.19.1-9 rapporte lui que tous les chefs étaient au courant. Pour Braun 2004, 101, Cléarque était en permanence en relation secrète avec Cyrus.

    18Au moment où Alcibiade entre en relation avec Pharnabaze, Théramène avait peut-être déjà obtenu qu’il fût rappelé d’exil. Voir D.S. 13.38.2 ; 42.2 ; Nep., Alc., 5.4.

    19C’est d’ailleurs ce que déclare Agésilas à Pharnabaze pour se justifier d’avoir ravagé une partie de sa satrapie, cf. Xen., HG, 4.1.3. À propos de cette rencontre, cf. Georges 1994, 208-232.

    20Il y a probablement une sorte d’accord entre Cléarque et Cyrus pour que le premier convainque les troupes le plus longtemps possible de suivre Cyrus, en échange de bienfaits de plus en plus importants offerts par Cyrus.

    21On peut citer la xenia de Xénophon avec Proxène de Béotie et très probablement avec Cyrus le Jeune. Xénophon devient ensuite le xenos du roi de Sparte Agésilas. Il l’accompagne dans sa campagne en Asie et le suit lorsqu’Agésilas rentre précipitamment en Grèce. Après la bataille de Coronée en 394 où Xénophon combat contre ses compatriotes, il est définitivement exilé de sa cité, s’il ne l’avait pas déjà été en partant en Asie avec Cyrus. Il ne souffre cependant pas matériellement de sa condition d’exilé puisqu’il bénéficie grâce à son hôte Agésilas d’un domaine à Scillonte. La xenia est donc une des clefs du parcours de Xénophon, au moins autant que sa politeia athénienne : durant son exil, la xenia devient même pour lui une condition de survie.

    22Derrida 1999, 100.

    23Ibid.

    24Sur la proxénie, à laquelle Monceaux 1886 consacra la première monographie systématique, voir Gschnitzer 1973 et Marek 1984. Walbank 1978 ; Culasso Gastaldi 2004 et Knoepfler 2001 parmi d’autres offrent des recueils de décrets de proxénie commentés. Gerolymatos 1986 voit les proxènes comme des espions (thèse réfutée de manière convaincante par Moggi 1995, 151-154). Mack 2015 considère les proxènes comme parties prenantes de “réseaux” de relations entre cités. Pour une bibliographie commentée récente, voir Lenfant 2016, 275.

    25Si on accepte les interprétations de Mack 2015, 83 n. 204 pour deux inscriptions archaïques.

    26Voir Henry 1967, 163 ; Dušanić 1985 ; Tuplin 1993, 98 ; Dillery 1995, 218-219;  Azoulay 2004, 155.

    27Xen., HG, 5.2.35, je souligne.

    28Il peut certes être réélu ; mais le fait qu’il ait besoin tous les ans de la caution populaire facilite le contrôle sur les élites. Sur ce sujet, voir Fröhlich 2004.

    29Si Alcibiade noue de nombreuses relations de xenia avec les Perses, il est de toute façon déjà exilé ; au moment de son retour, il est devenu indispensable à la cité, et ses relations en Perse sont considérées comme un possible avantage pour la cité qui ne cherche donc pas à les limiter.

    30Cf. Xen., Lac., 14.4 : il était interdit aux Spartiates de voyager sans raison officielle et l’accès des étrangers à la cité laconienne était fortement limité. C’est pour cette raison que tous les liens de xenia qui impliquent des Spartiates se font dans un contexte d’expédition militaire, dans lequel les Spartiates sont autorisés à quitter leur cité (cf. Arist., Pol., 1327a11-18 ; Plu., Lyc., 27.6-8). Et même dans les cités où les étrangers sont autorisés à séjourner, les individus ayant des relations un peu trop étroites avec l’étranger peuvent devenir suspects. Cela dérive de l’idée qu’une cité devait être autonome et ses habitants une communauté fermée : admettre la mobilité généralisée aurait été une attaque à cet idéal, comme le signale Lewis 1996, 27. Cette hostilité spartiate vis-à-vis des étrangers fait partie de ce qu’on appelle, depuis F. Ollier, le “mirage spartiate” (Ollier 1943), de la vision de Sparte par les “autres”, en particulier les Athéniens. Sur la construction d’une image des Spartiates en miroir négatif d’Athènes dans l’idéologie démocratique athénienne, voir Cartledge & Powell, éd. 2018.

    31Lenfant 2016. Comme exemple de proxène non grec, on peut mentionner Straton, roi de Sidon, qui devient proxène des Athéniens pour avoir aidé des ambassadeurs athéniens qui se rendaient auprès du roi. IG, II2, 141 = Rhodes et Osborne, 21 ; voir Culasso Gastaldi 2004, 103-124 ; Brun 2005, n° 42. Pour la datation du décret honorifique voir aussi Elayi 2013.

    32La méfiance n’est pas cause mais conséquence de cet accaparement par les citoyens ; le préjugé culturel de méfiance face aux Perses pourrait être alors considéré, au moins en partie, comme un effet de ce changement institutionnel des cités.

    33Sur le parcours de Xénophon et l’expérience qu’il attribue à d’autres figures historiques dans ses écrits voir Herman 1987, 14-15.

    34Voir Azoulay 2004, 196.

    35Xénophon se condamne lui-même comme il le fait aussi dans les Mémorables ; cette stratégie de présentation de soi par le blâme et l’auto-célébration est analysée par Gray 1998, 98-99.

    36L’armée de Cyrus, non-officielle se fonde avant tout sur un réseau de liens de xenia : voir Herman 1987, 98-101 ; Mitchell 1997, 119-120 ; sur la composition de l’armée et les liens de Cyrus avec chacun des chefs grecs, voir Lee 2007, en particulier le chapitre 3 : “The Army”.

    37Cf. Hornblower 2004 et Sebillotte Cuchet 2006, chapitre 7, 200-220.

    38Xen., An., 5.6.11.

    39Cf. D.S. 16.54.4. Azoulay 2004, 156-157.

    40Pour un développement critique sur l’incorruptibilité supposée d’Agésilas, voir Azoulay 2004, 156-164.

    41Hirsch 1985, 51-55 ; Hamilton 1982.

    42Cf. par exemple D.S. 15.19.4, qui se fondait vraisemblablement sur le témoignage acerbe d’Éphore, contemporain de Xénophon.

    43Xen., Ages., 8.4-5, trad. : Casevitz, éd. 2008, 75-76.

    44Descat, éd. 1990. Cette manne providentielle touche principalement la Grèce entre 413 et 386 a.C. La tradition qui avait cours au ive siècle parlait de 6 000 talents versés aux Lacédémoniens par les Perses en 413 et 405 a.C. (cf. notamment Xen., HG, 1.5.1-9). Du côté athénien, on peut rappeler le rôle décisif de l’or perse dans la reconstruction rapide des Longs-Murs d’Athènes, en 393 a.C. (HG, 4.8.9-10). Voir Lewis 1989 ; Brun 1999, 224-225 ; Azoulay 2004, 152-153.

    45Les problèmes que pose la nécessité pour les élites de justifier leurs prérogatives dans le régime démocratique athénien sont développés par Ober 1989.

    46Sur Lysandre, voir Bommelaer 1981. Cf. Due 1987 pour qui Xénophon met en avant de manière indirecte les qualités du Spartiate ; pour une analyse récente et détaillée des succès du Lacédémonien, voir Richer 2018, 322-323.

    47Cyrus a été nommé karanos par son père. Cf. Xen., HG, 1.4.3 ; An., 1.1.2 ; sa fonction est authentifiée par une lettre royale et elle fait de lui le commandant de toutes les forces d’Asie Mineure : Pharnabaze et Tissapherne lui sont désormais subordonnés. Voir Briant 1996, 617 sq.

    48Sur ce point, voir Ruzé 2018, 322-324. Nous n’évoquons pas les différents cultes et monuments honorifiques dont a bénéficié Lysandre parce que Xénophon ne les évoque pas mais ces éléments ont dû contribuer à dresser contre lui sa propre cité ; cf. Richer 2018, 258.

    49Contrairement à Plu., Lys., 19.7 à 20.6 ; Polyaen. 7.19 ; Nep., Lys., 4.1-3.

    50Bommelaer 1981.

    51Sur cette relation, cf. Xen., HG, 2.1.29 ; Ctes. fr. 16-32 ; Isoc. (IX), Evag., 53 ; D.S. 13.106.6 ; voir Mitchell 1997, 68. Sur le mariage de Conon avec une femme chypriote, peut-être fille d’un proche d’Évagoras : cf. Lys. 19.36 ; Davies 1971, 508.

    52Le fait qu’il serve d’intermédiaire entre les cités libérées des Spartiates et Pharnabaze va dans ce sens également : cf. Xen., HG, 4.8.1-3.

    53D.S. 14.39 ; 81.

    54Id., 14.82-84.

    55Pour la reconstruction des Murs : Xen., HG, 5.8.8. Statues sur l’Agora : D., (XX) Lept., 68-70 ; Paus. 1.3.2 ; IG, II2, 20 = SEG, 33-72.

    56Mitchell 1997, 131.

    57Un exemple clair est la bataille des Arginuses remportée par les Athéniens, alors que les Spartiates sont commandés par Callicratidas. Celui-ci meurt au début de la bataille : cf. HG, 1.6.32-35.

    58Sur cette question, voir la réflexion de M. Mauss sur la place du temps dans le mécanisme du “don-contre-don” dans son “Essai sur le don” (Mauss [1924] 2007). Cette question a été reprise et amplifiée par Bourdieu 1972.

    59On trouve cette idée chez Ober 1989. Pour l’époque hellénistique et une étude systématique des sources épigraphiques à ce sujet voir Fröhlich 2004.

    60Mitchell 1997, 106.

    61Azoulay 2004, 151.

    62Richer 2018, 333-336.

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    Durnerin, M. (2022). S’informer et négocier auprès des Perses. L’impossible régulation par les cités des liens d’hospitalité entre Grecs et Perses d’après Xénophon. In C. Fauchon-Claudon & M.-A. Le Guennec (éds.), Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/166qo
    Durnerin, Marie. « S’informer et négocier auprès des Perses. L’impossible régulation par les cités des liens d’hospitalité entre Grecs et Perses d’après Xénophon ». In Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne, édité par Claire Fauchon-Claudon et Marie-Adeline Le Guennec. Pessac: Ausonius Éditions, 2022. doi:10.4000/166qo.
    Durnerin, Marie. « S’informer et négocier auprès des Perses. L’impossible régulation par les cités des liens d’hospitalité entre Grecs et Perses d’après Xénophon ». Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne, édité par Claire Fauchon-Claudon et Marie-Adeline Le Guennec, Ausonius Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/166qo.

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    Fauchon-Claudon, C., & Le Guennec, M.-A. (éds.). (2022). Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/166rq
    Fauchon-Claudon, Claire, et Marie-Adeline Le Guennec, éd. Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Pessac: Ausonius Éditions, 2022. doi:10.4000/166rq.
    Fauchon-Claudon, Claire, et Marie-Adeline Le Guennec, éditeurs. Hospitalité et régulation de l’altérité dans l’Antiquité méditerranéenne. Ausonius Éditions, 2022, https://doi.org/10.4000/166rq.
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