Partie 4. Le triomphe des enfers

p. 247-250


Texte intégral

1Médée et Atrée apparaissent comme des organisateurs du chaos. L’exécution de leurs crimes va de pair avec une destruction du cosmos. L’ensemble des tragédies offre le tableau d’un monde déréglé qui s’oppose à la vision stoïcienne d’un univers organisé par la providence divine. Les parties précédentes ont mis en exergue l’importance de la topique infernale au sein des pièces. L’univers tragique semble constamment menacé par l’invasion du personnel infernal et se caractérise par une interpénétration des deux royaumes qui met à mal la séparation des vivants et des morts. Il s’agit dans cette dernière partie de montrer que les tragédies consacrent le triomphe des Enfers et s’inscrivent dans une poétique du chaos qui participe à la mise en œuvre d’une esthétique fantastique. L’imaginaire romain associe en effet étroitement les Enfers et le chaos. Dans son sens premier, le chaos désigne le principe primordial placé au centre du processus de surgissement de l’univers. Le terme désigne également une partie du domaine souterrain, dont l’apparition est postérieure à la création du monde et le chaos prend alors les traits d’un espace souterrain étroitement lié au Tartare, caractérisé par les ténèbres, l’immensité, la profondeur et la béance. Enfin, il est employé dans l’épopée et la tragédie pour désigner la disparation hypothétique de l’homme et du monde et se présente comme une réédition du chaos des origines. Cette acception amalgame les traits du chaos pré-cosmique et du chaos infernal. L’hypothèse d’une réapparition du chaos initial se présente comme l’anéantissement de l’activité créatrice divine et le monde connaît le mouvement inverse de celui des premiers temps. Il passe de la lumière à l’obscurité, de l’ordre au désordre, de l’harmonie au brouillage généralisé. Autant de traits qui font du chaos “la négation des axes du monde et l’antithèse du cosmos”1. L’univers tragique sénéquien se présente en effet comme l’envers du cosmos stoïcien et développe une esthétique du brouillage généralisé qui génère autant l’effroi que la stupeur. Cette poétique du chaos concourt à la création d’une atmosphère fantastique dans la mesure où la fiction fantastique apparaît comme le lieu privilégié de l’inversion et du renversement des normes.

Notes de bas de page

1Amiri 2004, 148.


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