Chapitre XIV. Vieillesse et vigueur combattante
p. 301-318
Texte intégral
“Dans le cas où le péril du général peut contribuer au résultat d’ensemble, alors il ne doit pas ménager son bras et sa personne, et il faut laisser dire ceux qui prétendent qu’un bon général doit mourir de vieillesse, ou du moins mourir vieux ; mais là où il y a peu de profit si l’on réussit, et où l’on perd tout avec soi si l’on échoue, personne ne demande au général de faire office de soldat, en s’exposant au danger”1.
1Inspirée par un homme dont la mort est jugée déraisonnable, Pélopidas en l’espèce, cette réflexion de Plutarque traduit une part du dilemme qui consiste, pour le commandant, à ne pas s’épargner s’il en va du gain de la bataille tout en s’appliquant à ne pas s’exposer inutilement. Qui anticipe la leçon et ne méprise pas la vie peut espérer guerroyer aussi longtemps que faire se peut.
2S’agissant des hommes de troupe, les communautés civiques n’ont pas conçu le service des armes sans terme fixé. Les impératifs militaires ont néanmoins motivé des ajustements, si bien que des vétérans continuent d’occuper le terrain. La composition des armées royales en apporte une belle confirmation.
L’âge du capitaine
3Aucune limite supérieure d’âge ne circonscrit la carrière des chefs militaires, quel que soit le contexte politique. Le plaidoyer du corpus lysiacum en défense de Polystratos attribue à cet Athénien un commandement à Oropos, en 412-411 : né vers 480, l’homme avoisine les 70 ans. Le plaideur, son propre fils, ajoute que Polystratos fut volontaire en 411, qu’il s’embarqua pour Érétrie où il aurait été blessé dans les combats navals2. On le constate, les fonctions de commandement, électives ou non, peuvent être tenues par des individus avancés en âge car l’expérience est un atout essentiel, de même que l’exercice de la raison et de la prévoyance sont des préalables primordiaux3. Nous avons vu qu’au gré des résolutions du diagramma de Ptolémée, les stratèges de Cyrène étaient choisis entre les hommes de plus de 50 ans4. L’accession à la tête des armées est seulement conditionnée par la faculté physique et cérébrale des intéressés à assumer personnellement la direction des opérations.
Carrières longues
4Des stratèges athéniens âgés sont connus, Périclès n’étant que le plus fameux5. Le savoir-faire de ces hommes est constamment plébiscité et les citoyens d’Athènes n’ont pas atermoyé au moment d’envoyer les mieux qualifiés dans de lointaines équipées, fussent-ils sexagénaires. Nicias, né quelques années avant 469, trouve la mort comme stratège en Sicile lors de la campagne de 413-412 : il a une soixantaine d’années6. Du même âge aussi, Iphicrate et Timothée lorsqu’ils exercent de concert leur dernière stratégie durant la guerre des Alliés, en 3567. Dans sa Vie de Timothée, Cornélius Népos met l’accent sur l’ancienneté et le métier de ces deux hommes, appelés à prodiguer des conseils à leurs collègues plus jeunes8. La proportion de sexagénaires chez les stratèges athéniens est impossible à établir mais on repère aisément quelques vieux élus parmi les membres de renom du collège9. L’un des plus anciens est Phaidros, fils de Callias, qui assume le commandement à Styra en Eubée pendant la guerre lamiaque, en 323-322, à 65 ans passés10. C’est vers le même âge, voire un peu plus tard, qu’Aristophon d’Azénia endosse la magistrature en 363-36211. L’élection de Sophocle à la stratégie dans les années 420 reste en revanche incertaine. L’âge élevé du poète, qui a dépassé les 70 ans à la fin de la décennie, s’accorde assez mal avec la charge telle qu’elle se présente alors12. Pendant la guerre du Péloponnèse et durant une bonne partie du ive siècle, en des périodes où les titulaires passent plus de temps à courir les théâtres de guerre qu’à discourir à l’Assemblée, la stratégie est une magistrature de terrain exigeante.
5L’élection d’un grand vieillard est en effet problématique car il existe un seuil de caducité à partir duquel l’âge élevé du commandant peut représenter un obstacle à son action. Le cas de Phocion constitue à cet égard un exemple instructif. D’après Plutarque, Phocion aurait été désigné stratège à 45 reprises et, pour la dernière fois, à plus de 80 ans13. Ce dernier passe pour un personnage hors du commun car avant d’être un vieux général il aurait été un commandant précoce14. S’il est entendu que l’homme surclasse bon nombre de ses contemporains en matière de longévité, la présence de cet octogénaire sur les champs de bataille est cependant très douteuse. À la toute fin des années 320, dans une cité contrôlée par les Macédoniens, la magistrature assumée par Phocion est un tremplin politique et diplomatique, non le signal d’une intense activité militaire15. L’analyse scrupuleuse de la carrière de l’Athénien, purgée des amplifications issues de la tradition embellie dont s’inspire Plutarque, montre que ses derniers faits d’armes remontent au début des années 33016. La biographie de Plutarque ne rend d’ailleurs plus compte de ses contributions guerrières passé la soixantaine, pour ne rien dire d’autres sources qui les ignorent superbement17. Cornélius Népos fournit, au demeurant, une anecdote susceptible de ruiner toute prétention au commandement pour le vieil homme : en fuite, il dut être reconduit dans Athènes et transporté en chariot parce qu’il n’avait plus l’usage de ses jambes18. En définitive, Phocion ne correspond pas au type du combattant octogénaire et il offre un profil moins singulier qu’il n’y paraît.
Fins de parcours critiques
6On ne saurait en dire autant d’Agésilas II. Appelé à un long règne de 41 années, ponctué de nombreuses campagnes, le roi dirige en Égypte son ultime expédition tandis qu’il a doublé les 80 ans19. Les portraits successifs donnent du vieux combattant une image équivoque, corrigée au fil du temps. Selon Plutarque, le roi s’acquitte de sa tâche avec ardeur et courage durant la seconde invasion thébaine, en 362 : en dépit de son âge, il se montre vigoureux dans la défense de Sparte20. L’auteur ne masque pas, à l’inverse, les insuffisances du vieillard lorsqu’il reprend du service quelque deux ans plus tard et se rend en Égypte pour le compte de Tachôs, alors même qu’il avait renoncé aux campagnes militaires en raison de sa vieillesse, est-il précisé21. Agésilas est dépeint sous les traits d’un homme diminué par les atteintes du temps, renvoyant l’image d’un ancien plutôt que d’un roi, et il est présenté comme un être têtu dont l’ambition est désormais excessive22. L’homme, dont le corps grêle, endommagé, était couvert de blessures, fait en quelque sorte figure de survivant23. Héritier d’une tradition critique, Plutarque impose l’idée d’une campagne de trop, ternie par l’absence de grandeur du personnage et la déviation de sa fonction ; ce n’est plus alors qu’un vulgaire capitaine mercenaire au service d’étrangers, trop âgé de surcroît24. Ce n’est pas, bien sûr, l’avis exprimé par Xénophon, ami et admirateur d’Agésilas, qui voit en lui un commandant n’ayant rien perdu de sa vitalité ni de sa supériorité. L’homme est présenté comme l’infatigable adversaire des Perses, non comme un vieux soldat stipendié25. S’il reconnaît que le roi vieilli n’était plus en mesure de faire campagne, à pied ou à cheval, il ne lui prête pas moins une force inaltérable26. “Qui fut dans la fleur de l’âge aussi redoutable à ses adversaires qu’Agésilas à la dernière extrémité de son existence ?” s’interroge-t-il dans l’éloge final27. La question est purement rhétorique car la contribution personnelle du Spartiate aux combats menés aux côtés des Égyptiens n’est pas envisagée28. Cette fin du parcours militaire d’Agésilas, grevée de difficultés, est somme toute peu glorieuse. Le roi de Sparte ne s’honore pas d’une “belle mort” mais termine sa vie furtivement et de manière insignifiante, dans un coin perdu de la côte d’Afrique du Nord. Il recevra, il est vrai, des honneurs posthumes.
7Le vieux Philistos de Syracuse, son contemporain, n’eut pas cette fortune. Commandant de la garnison de sa cité pour le compte de Denys le Jeune, à près de 75 ans, il connaît une fin dégradante. S’il faut en croire la version plutarquienne reprise d’un témoin direct, Timonidès de Leucade, Philistos est publiquement humilié après sa capture par les troupes adverses : les Syracusains lui enlevèrent sa cuirasse et l’exposèrent tout nu29. Selon Diodore, Philistos vaincu se serait donné la mort et ce n’est pas sa personne mais son cadavre que le peuple de Syracuse aurait ouvertement outragé30. Comportant des ingrédients propices à toute forme de réinterprétation – un tyran, des mercenaires, la populace – le récit du triste épilogue de la carrière de Philistos illustre malgré tout la double déchéance du vieillard. Au revers militaire s’ajoutent des formes de violence et d’humiliation, redoublées par l’exposition d’une morphologie sénile31. Dépouillé de ses ornements guerriers, mis à nu, l’homme est réduit à un corps vieilli, boiteux avec cela, dont l’exhibition constitue un élément des plus cruels du spectacle de la défaite exposé par Plutarque32.
Des hommes remarquables
8Les deux générations suivantes fournissent, curieusement, des chefs militaires qui ont non seulement accédé à la grande vieillesse mais ont accompli le service des armes jusqu’à la fin de leur vie. Tous ont évolué dans l’entourage d’Alexandre. Membres de la vieille garde d’abord, à l’instar de Parménion qui dirige l’aile gauche macédonienne au Granique, à Issos puis à Gaugamèles alors qu’il tutoie les 70 ans33. Compagnons ensuite, en la personne d’Antigone, de Lysimaque et de Séleucos, qui ont tous approché ou franchi les 80 ans et ont été des combattants infatigables ; deux d’entre eux laissent la vie sur un champ de bataille34. À ces personnages de tout premier plan, il faut adjoindre d’autres frères d’armes ou successeurs potentiels du roi de Macédoine toujours actifs sur les terrains d’opérations dans leur vieil âge : Antipatros, qui a plus de 75 ans lorsqu’il commande l’armée macédonienne à Crannon, en 322, Polyperchon, l’ex-épimélète des rois, qui fait campagne dans le Péloponnèse au début du iiie siècle à près de 90 ans35 !
9Hetairoi ou diadoques, ces vétérans font la démonstration d’une longévité militaire sans pareille, due à leur insolente santé, à leurs formidables ambitions personnelles et à la nature même de la fonction royale à laquelle ils prétendent. Les portraits de combattants qu’en donnent nos sources sont ambivalents, flatteurs ou critiques, fortement pénétrés d’idéologie. Ils invitent à analyser plus minutieusement les représentations données des vieux chefs de guerre ayant évolué du vivant ou juste après la mort du Conquérant.
Parménion
10Parménion, pour commencer, récolte des appréciations pour le moins tranchées. Son action à Gaugamèles, par exemple, est durement évaluée par Plutarque. Il vient à Alexandre pour lui conseiller d’attaquer de nuit, ce que refuse le roi qui juge la recommandation déshonorante et adopte sa propre stratégie36. Il trouble le déroulement des opérations par son action militaire proprement dite et porte ainsi atteinte au prestige de son chef. Parménion, dont l’aile gauche recule, appelle Alexandre à l’aide par deux fois, le contraignant à corriger sa manœuvre et à laisser échapper Darius37. Plutarque réitère à l’endroit de Parménion des accusations d’anxiété, de mollesse et d’incompétence : ses défaillances sont attribuées à l’âge qui aurait atténué sa hardiesse, suppose-t-il, ou bien, suivant Callisthène, au dépit de ne pas être écouté par le roi38. Le biographe se fait ici l’écho d’une partie de la tradition délibérément hostile à Parménion39. Son récit est ponctué par l’étalage des désaccords l’opposant à Alexandre sur les questions militaires, entre autres. Ses conseils avant la bataille du Granique ont déjà été rejetés au motif que la stratégie proposée ferait fi de la promptitude du roi à l’action, de sa témérité40.
11L’image que donne Quinte-Curce du vieux général est à rebours de la précédente. L’auteur ne retient aucune occurrence d’impéritie à Gaugamèles : bien qu’en difficulté à la tête de l’aile gauche, Parménion fait face41. Au reste, sa conduite avait déjà, à Issos, contribué à la victoire des Macédoniens42. Mieux, l’auteur célèbre l’homme d’expérience et le grand militaire sans qui le roi n’aurait pas accompli ses exploits, attendu qu’il était à soixante-dix ans “incisif dans la décision et énergique dans l’action” selon sa formule43. Il précise qu’il ne répugnait à aucune tâche, y compris celles relevant d’un officier ou même d’un simple soldat. L’historien romain dessine une figure de vieux combattant en pleine possession de ses moyens intellectuels et de sa force physique.
12Tributaire de sources tendancieuses et fruit d’enquêtes sélectives, la représentation de Parménion est contradictoire, fondée sur des traits irréconciliables : mentor d’un côté, pourvoyeur de conseils qui auraient estompé la gloire du roi s’ils avaient été suivis de l’autre44. Le rappel constant de son âge avancé par nos deux auteurs sert à expliquer – à défaut de les justifier – ses insuffisances ou sa prééminence, en particulier le respect que lui portent officiers et soldats. Il permet surtout de développer les jeux d’opposition entre un vieux commandant inquiet et prudent, manifestement à l’excès aux yeux de Plutarque, et un jeune combattant, fougueux, intrépide sur le champ de bataille, mû par une confiance absolue. Représentant de la génération des presbyteroi, Parménion est un négatif d’Alexandre qui n’a pas encore 30 ans. À ce titre, il ne peut déployer des qualités physiques ou morales similaires au combat, ne peut qu’être en désaccord avec le roi. C’est ainsi qu’il prodigue, au nom des aînés, des conseils rationnels et raisonnables qu’un jeune homme qui aspire à l’héroïsme décide d’ignorer45. C’est, d’une certaine façon, Nestor aligné aux côtés d’Achille, une mise en scène de deux stéréotypes qui occulte certainement la réalité des engagements personnels46. Gommées de la geste d’Alexandre après son exécution, les contributions de Parménion aux victoires macédoniennes demeurent certainement substantielles.
Les Successeurs
13Que se passe-t-il lorsqu’un Nestor se confronte à autre vieux meneur de chars, à un Phoenix, quand deux anciens se mesurent manu militari ? Il est malaisé d’en juger car les performances guerrières des Diadoques vieillissants ne sont pas correctement renseignées.
14Prenons l’exemple d’Antigone. L’inusable combattant recueille l’estime de Plutarque. Parce qu’il était borgne, en premier lieu, particularité conçue par l’auteur comme une marque d’accomplissement militaire qui le hisse au rang des polemikotatoi, des commandants les plus belliqueux, au même titre que son contemporain éborgné, Philippe II47. Parce que des hommes de sa trempe doivent faire des émules, en second lieu. Persuadé que des gens âgés valent mieux que des jeunes gens chétifs, Plutarque choisit Antigone pour illustrer l’adage de la supériorité du vieillard qu’il ne faut pas détourner des responsabilités : “Arrhidée était jeune, Antigone vieux, mais celui-ci conquit toute l’Asie ou presque”, proclame-t-il avec quelque mauvaise foi48.
15À l’heure où il trouve la mort, dans le feu de l’action, Antigone est octogénaire et il n’est en rien conforme au modèle du robuste guerrier dont parle Plutarque dans son traité sur la vieillesse49. Bien qu’il ait manifesté une grande ardeur pour la guerre malgré son âge, l’auteur signale dans un passage de la biographie de Démétrios qu’il se déplaçait difficilement à la fin de sa vie, en raison de sa carrure et de la lourdeur de son corps50. Il fait par ailleurs allusion à une “longue maladie”51. Ces détails révélateurs du déclin physique, rare concession à la réalité, n’entrent cependant pas en ligne de compte lorsqu’il est question de la prestation du vieux combattant à Ipsos. Réécrivant bien après coup les dernières heures du Borgne sur le champ de bataille et ignorant délibérément le handicap, Plutarque préfère alléguer la malchance plutôt que les entraves de la vieillesse, ou d’une déplorable condition physique, pour expliquer son effondrement personnel. Il raconte en effet qu’au moment de se mettre en ligne, survint un mauvais présage : Antigone fit un faux pas au sortir de sa tente, tomba face contre terre et s’en trouva fort mal en point52. Par la suite, pris dans la mêlée puis cerné par ses adversaires, le roi ne réussit pas à se dégager. Son espoir de voir surgir Démétrios déçu, il meurt percé de flèches53. De cette fin tragique lors d’une bataille décisive, ne restent que les images des erreurs de Démétrios et de la bravoure d’Antigone, tombé les armes à la main. L’âge très élevé, la corpulence, les problèmes de mobilité ne sont pas des éléments qui peuvent être rapportés à un combattant qui défend son royaume. Nos informateurs ne s’autorisent pas à suggérer que le poids des années pourrait compromettre l’action et avoir un impact sur une capacité à mener des armées ou à sauver sa vie.
16Lorsqu’ils croisent le fer en 281 à Couroupédion, Lysimaque et Séleucos sont à peine plus jeunes54. Si elles signalent l’ancienneté des deux derniers compagnons d’Alexandre, les sources répugnent également à les caractériser comme de vieilles personnes : ils sont inlassablement parés de “la fermeté d’âme des jeunes gens” et nourrissent des ambitions intactes55. Ce sont deux rois des plus vaillants (“ἀνδρειότατοι”), qui “combattirent de leurs propres mains jusqu’à leur mort” comme se plaît à le rappeler Appien56. Le déroulement de la bataille reste malheureusement inconnu et ne subsistent que les anecdotes sur la fin de Lysimaque : mort les armes à la main, il ne déçoit pas et ne déroge nullement à sa réputation de courage57. Le vainqueur, Séleucos, traîtreusement assassiné sept mois plus tard, a aussi livré en Phrygie son ultime combat58.
17Quels qu’ils soient, nos combattants septuagénaires ou octogénaires semblent doués d’une inaltérable force vitale et il est impensable de faire avancer sur le théâtre littéraire des opérations un vieillard obèse, éventuellement perclus de rhumatismes, en lieu et place d’un prétendant à la pourpre ou d’un porteur du diadème conquis par la lance. Leur talent, leur courage, leur détermination, l’emportent sur toute autre considération au mépris, s’il le faut, des réalités corporelles. Les servitudes de l’âge affectent les hommes du rang ou les vétérans de second plan, comme le vieux Corinthien Démarate, hôte de Philippe puis compagnon d’Alexandre dans les hautes satrapies, brisé par l’épuisement59. Fruit d’un travail de recomposition, d’élaboration continue, la tradition écrite relative aux performances militaires des Diadoques a balayé les traits de vieillesse des portraits royaux, sans décours et sans peine. On ne porte pas son vieil âge comme on porte ses innombrables blessures et ce n’est pas un argument dont on peut tirer avantage60. Les portraits monétaires le confirment ostensiblement61. Quelques décennies après la disparition d’Alexandre, une ancienneté caractérisée sur le champ de bataille ne saurait être héroïque.
Combattre sans limites ?
18“On dit que les rois se trouvent mieux des guerres et des expéditions militaires que de l’inactivité” écrit encore Plutarque dans son traité sur les activités publiques recommandées aux vieillards62. L’anecdote selon laquelle Antigone Gonatas aurait gravi prestement les pentes de la citadelle de Corinthe à plus de 70 ans, avant de s’emparer sans coup férir de la place, semble bien lui donner raison63. Ainsi pourrait-on dire que tous ceux qui brûlent encore d’un feu juvénile ont vocation à affronter l’ennemi, quel que soit l’âge de leurs artères.
19De fait, la nécessité de mener des guerres victorieuses est inscrite dans l’idéologie royale et les souverains seront tous contraints de combattre à tout âge. La prise de risque contribue à renforcer leur prestige et ils ne songent pas à se dérober64. Les rois de Pergame ont eux aussi foulé les terrains d’opérations passé les 70 ans. Attale Ier s’éteint suite à la campagne qu’il conduit en Grèce en 197, à 72 ans65. Attale II disparaît à 82 ans, après avoir dirigé un très grand nombre d’expéditions militaires66. La vieillesse d’un royal combattant interpelle rarement les auteurs, à l’exclusion des commentateurs et compilateurs tardifs qui font leur miel de curiosités mémorables et déclinent une longue liste d’exemples67. Les histoires relatives aux très vieux souverains barbares vaincus par Philippe II sont passées à la postérité : celle d’Atéas, le chef des Scythes qui mord la poussière contre le roi de Macédoine à plus de 90 ans ou celle de Bardylis l’Illyrien, lequel combattait à cheval alors qu’il était nonagénaire, dit-on, d’après le Pseudo-Lucien68. La carrière de Bardylis l’Illyrien est mal documentée, mais un nombre d’années approchant au moment de sa bataille contre Philippe II, en 358, est tout à fait plausible69.
20Dans la plupart des récits l’âge du capitaine n’amène pas de mention particulière et rares sont les témoins du délabrement de ces vieillards qui dirigent encore des armées. Il faut lire Polybe pour trouver trace d’une prise en compte du réel, même si la constitution physique demeure accessoire dans l’explication des succès ou des échecs de tel ou tel. Il n’empêche. La mauvaise santé d’Eumène II, par exemple, est abordée à plusieurs reprises. L’auteur n’occulte pas l’état précaire du roi et indique qu’il termine sa vie privé de sa force corporelle70. Polybe n’en tire cependant aucun enseignement sur ses capacités à mener campagne. Or, un stratagème rapporté par Polyen pourrait parfaitement illustrer les difficultés du souverain à diriger des opérations dans les règles de l’art. En 168, malade, Eumène doit être porté en litière sur le champ de bataille ; tandis qu’il se retire tant bien que mal, ralenti et près d’être rattrapé par les Galates, il ne doit son salut qu’à un coup de poker : le roi se fait déposer au sommet d’une colline et les Galates renoncent à la poursuite, persuadés que des troupes auxiliaires sont dissimulées derrière la hauteur71. Tout en renforçant le portrait polybien du commandant physiquement diminué mais dont les qualités d’esprit sont demeurées intactes, l’anecdote de Polyen étaye les présomptions de gêne, de peine à assumer les contraintes d’une activité militaire imposée72.
21Polybe expose plus longuement le déclin de Philopœmen, rattrapé par la vieillesse à son corps défendant. Désigné stratège des Achéens pour la huitième fois, à 70 ans, Philopœmen accomplit sa tâche avec courage et parvient, selon Polybe, à surmonter sa faiblesse : c’est alors un homme malade, accablé par le poids des années73. Ce témoignage de première main, précieux, est d’une grande valeur car l’historien de Mégalopolis a connu et fréquenté l’homme de guerre dans son vieil âge74. Sans désavouer son admiration pour le personnage, Polybe ne masque pas l’état réel du stratège et donne de lui un portrait presque réaliste. Le tableau de sa dernière campagne est brossé par Plutarque à partir d’un passage perdu de Polybe : fiévreux, Philopœmen quitte Argos pour Mégalopolis afin de se porter au secours d’un bourg attaqué par Deinocratès de Messène. Le lendemain, tandis qu’il marche vers ses adversaires, il est assailli sur la route, isolé et acculé par ses ennemis dans un lieu au relief tourmenté. À ce moment-là, écrit Plutarque, “en dépit de sa vieillesse, il avait, grâce à de fréquents exercices, gardé son agilité, et son âge ne l’eût pas empêché de se sauver. Mais, outre qu’il était affaibli par la maladie, fatigué par la route et par suite alourdi et gêné dans ses mouvements, un faux pas de son cheval le jeta à terre”. Fait prisonnier par les Messéniens, Philopœmen est condamné à boire le poison, “déjà si affaibli qu’il s’éteignit vite” conclut Plutarque75. Ce récit minutieux et pathétique à la fois, illustre assez bien les défis auxquels sont confrontés les vieillards combattants. Il transmet l’image d’un Philopœmen exténué après avoir fait, la veille de sa capture, le chemin entre Argos et Mégalopolis en une seule journée76. L’entretien du corps et les exercices physiques ne suffisent pas à ranimer la flamme d’hommes fourbus par d’harassantes campagnes qui ont eu raison de leur fougue, de leur force, de leur résistance et périment leurs qualités77.
Conclusion
22Nous sommes là loin de l’archétype du guerrier grisonnant qui, tel Idoménée, sort encore la tête haute du combat malgré la lenteur de ses pieds78. Bien que discrètes, ces allusions à la santé chancelante de nos commandants permettent d’entrevoir le décalage entre l’ardeur belliqueuse supposée et les états de service effectifs de ces vieux meneurs d’hommes. Ceux-ci constituent des figures d’exception qu’il est légitime de mettre en valeur au mépris, s’il le faut, de toute approche objective. Le corps royal a toujours le dessus sur le corps vieilli, absent ou camouflé. Les auteurs n’envisagent pas les limites physiques, à de rares exceptions près. C’est ainsi qu’Artabarzane, un dynaste à la tête de l’Atropatène, préféra céder aux circonstances plutôt que d’affronter Antiochos III, “à cause de son âge surtout” écrit Polybe, en précisant qu’il était alors très vieux79. Les contingences corporelles ne sont pas ordinairement appréhendées et c’est au détour d’une description de l’attaque de la citadelle de Syracuse que l’on découvre les difficultés rencontrées par Dion, à 52 ans, “déjà trop alourdi par l’âge”, pour mener efficacement les combats80. “Pour chaque Nestor, il y a toujours un Laërte”81. On ne saurait mieux dire. À la lance, se substitue logiquement le bâton82.
Anciens combattants et vieux combattants
“Car voilà bien dégradant, qu’aux premiers rangs tombant,
un vieil homme (ἄνδρα παλαιότερον), au-devant des neoi, se retrouve gisant !
l’éclat de l’argent déjà sur les cheveux, et la blanche grisaille au menton,
son cœur ardent, dans la poussière expirant,
dans ses propres mains, son intimité tout en sang
– infamant que cela ! et sacrilège à le voir de ses yeux –
et sans plus d’armure, le corps mis à nu”83.
23Ces vers de Tyrtée, brossant le tableau d’un monde à l’envers où le jeune homme a cédé la première ligne à son aîné, mettent en lumière la présence des seconds dans les rangs de la phalange. Cette image du vétéran tombé sur le champ de bataille est certes repoussante et pour lui dégradante mais, s’il est en âge de défendre sa patrie, sa mort est honorable, commandée par le devoir. Dans un cadre civique historique ou même utopique, l’établissement d’une dichotomie entre citoyens en âge de combattre d’une part, et citoyens ayant passé l’âge du service armé d’autre part, est constant84. Gerontes apheimenoi d’Aristote ou geraiteroi de Xénophon sont les décalques d’exemples précis, empruntés à l’organisation militaire de cités dans lesquelles les citoyens ne sont totalement exonérés des devoirs militaires qu’à partir d’un terme fixé, à 59 ou 60 ans généralement85.
La retraite militaire
24À Athènes, nous l’avons vu, c’est dans leur soixantième année que les citoyens assument les fonctions d’arbitres publics ; une fois leur mission accomplie, ils sortent du cycle des 42 classes d’âge et ne sont plus, dès lors, incorporables86. À Sparte, le mécanisme est comparable et les Lacédémoniens sont redevables de leurs devoirs militaires tant qu’ils n’ont pas atteint la quarantième classe, qui rassemble vraisemblablement les hommes de soixante ans87. Tous restent néanmoins sur le pied de guerre jusqu’à ces limites d’âge car, pressées par l’urgence, les cités peuvent enrôler leurs quinquagénaires. Les restes d’un crâne appartenant à un combattant béotien tombé en 338 à Chéronée, retrouvés près du site de la bataille dans le polyandrion, pourraient bien en témoigner88. Les plus âgés sont employés, avec les plus jeunes, pour assurer la garde de la chôra ou expédiés en campagne si nécessaire89. À Délion, les Athéniens alignent des soldats appartenant aux classes anciennes, comme Pyrilampès fils d’Antiphon qui y est blessé : il a alors dépassé les 55 ans90. Face à eux, les Béotiens ont apparemment fait de même. Dans son adresse aux troupes, Pagondas, l’un des béotarques, invite les plus âgés à montrer le même courage que par le passé, à Coronée91. Thucydide indique encore que les Spartiates ont mobilisé à Mantinée, en 418, leurs soldats les plus vieux – les plus de 55 ans sans doute – et les plus jeunes92. Juste avant la charge, l’un de ces vétérans apostrophe Agis, le met en garde et le conseille93. Les combattants les plus âgés sont aussi mobilisés lors de la campagne qui fait suite à la bataille perdue de Leuctres94. En revanche, dans quelque contexte que ce soit, le citoyen spartiate ne saurait être envoyé à l’extérieur s’il a franchi le seuil des 40 ans de service. Agésilas, qui a lui-même dépassé cette limite, rappelle que les hommes de son âge ne sont plus tenus au service militaire hors des frontières95. En situation d’oliganthropie de surcroît, il n’était pas abusif de préserver les survivants. Les armées civiques peuvent donc incorporer de vieux soldats au moment des levées en masse, trop vieux diront certains, mais les plus de 60 ans n’y ont plus leur place96.
25Sexagénaires ou septuagénaires ne sont pas censés s’enrégimenter par la suite, y compris à l’intérieur du territoire civique. L’appel aux anciens combattants est inhabituel et tient de l’expédient auquel les cités ont recours dans les conjonctures désespérées, lorsque le niveau d’alerte est maximal. Ainsi, pour faire pièce à l’avancée d’Épaminondas en Laconie, en 369, les vieillards de Sparte ne semblent pas inactifs mais les modalités de leur participation sont assez équivoques : distribuant des conseils et affectés à la garde de la ville pour Diodore, désorientés et indignés selon Plutarque, ils sont complètement ignorés par Xénophon97. Difficile de mesurer, par conséquent, leur degré d’intervention. En 362, tandis que Sparte est une nouvelle fois menacée par le Thébain, les vieillards sont postés sur les toits, aux côtés des enfants, avec pour ordre de repousser les ennemis98. Ils sont encore mis à contribution pour riposter aux assauts de Pyrrhos en 272, occupés les premiers temps à la construction d’un fossé de défense, avec les jeunes filles et les femmes, observateurs impuissants des combats ensuite99. Leur collaboration paraît plus substantielle qu’au ive siècle mais elle est comparable à celle des femmes. Les vieux ne sont pas sollicités pour leur science de la guerre mais pour pallier le manque absolu de bras. Ils sont congédiés à l’arrivée des renforts conjointement aux autres défenseurs de fortune100. À Athènes, c’est à l’annonce de la défaite de Chéronée, en 338, que les anciens, “libérés par les lois du service militaire”, sont supposés entrer en scène car il n’y avait point d’âge qui ne s’offrit pour le salut de la patrie, pour reprendre les mots de Lycurgue101. L’orateur insiste longuement sur l’allure pitoyable de ces hommes qui n’eurent pas, en vérité, à faire la démonstration de leurs (in)capacités. La défense armée de la cité n’est pas du ressort de ses anciens combattants, si ce n’est dans le contexte idéologique d’une oraison funèbre exaltant la bravoure de vieillards dont on fait, à bon compte, les sauveurs de la patrie en danger102.
De vieux soldats
26Ces dispositions civiques ne sont pas invariablement en vigueur comme le démontre l’observation des armées royales, à l’époque hellénistique spécialement. Des témoignages épars éventent l’action de très vieux Macédoniens, combattants d’active ou de réserve. Les premiers appartiennent aux troupes d’Alexandre et des Successeurs qui les utilisent en diverses circonstances.
27En 334 tout d’abord, selon Justin, Alexandre aurait choisi de s’appuyer sur des hommes d’expérience ayant combattu aux côtés de son père et de ses oncles pour encadrer ses soldats. Certains appelés, précise l’auteur, s’étaient déjà acquittés de leurs obligations militaires, notamment les officiers qui étaient tous sexagénaires103. L’ancienneté de ces commandants chevronnés est certainement bien moindre que les 60 ans présumés par Justin car peu de profils s’y ajusteraient ; pas même Érigyos, l’un des compagnons du roi pourtant remarquable par son âge avancé et ses cheveux blancs : tel que modélisé par Quinte-Curce, en digne héritier des héros épiques, il est certes un combattant d’exception mais n’a guère dépassé les 50 ans en 330104.
28Ce flottement autour de l’âge exact des combattants ne remet pas en cause la présence de brisquards dans l’état-major et dans les rangs des Macédoniens. L’expertise, le savoir-faire, la fermeté d’âme dont on les crédite sont des qualités qui motivent leur incorporation et ils font, en toute logique, figure de maîtres dans leur discipline105. Décrivant les ultimes rebondissements qui mettent fin au siège d’Halicarnasse entamé en 334, Diodore insiste sur la bravoure et la valeur des “plus âgés des Macédoniens” dont il fait les artisans de la victoire ; ceux qui avaient combattu avec Philippe et que l’âge déchargeait de certaines opérations sont appelés en recours et font la différence106. Puisés à leur source commune, Clitarque, les faits d’armes de ces guerriers chevronnés reviennent sous la plume de Quinte-Curce lorsque, quelques années plus tard, Alexandre récompense Atarrhias, commandant des hypaspistes, un senior dont l’action a été décisive à Halicarnasse107. L’âge précis de ces hommes très expérimentés est impossible à déterminer. Quinte-Curce indique qu’ils ont fait l’essentiel de leur carrière militaire durant le règne de Philippe II108. Il peut donc s’agir de quinquagénaires, voire de sexagénaires encore en condition de combattre, ayant effectué vers la fin des années 330 plus d’une trentaine d’années de service109.
29Les démobilisations successives, en 329 et en 324, n’ont pas mis un terme aux campagnes guerrières de tous les doyens d’âge110. La crise de succession ramène sur les champs de bataille des vétérans de l’armée du Conquérant, des hommes ayant de longues années d’exercice à leur actif. On les retrouve auprès de Cratère et de Perdiccas, aux côtés d’Eumène ensuite111. Les plus fameux appartiennent au corps d’élite des Argyraspides et participent aux batailles de Paraitakénè et de Gabiène, en 317 et 316112. D’après Diodore, qui relate les événements, ces Argyraspides avaient servi Philippe et Alexandre et ils étaient “d’âge déjà avancé” ; “les plus jeunes d’entre eux avaient dans les 60 ans, la plupart des autres dans les 70 ans, et certains étaient même plus âgés” est-il précisé, soit l’équivalent de durées de service de plus de 45 ou de 50 ans113. Ils sont collectivement décrits comme des soldats d’une autre génération, si bien que les troupes d’Antigone sont accusées de s’en prendre à leurs pères114. Ces mêmes informations sur l’âge sont reprises par Plutarque dans sa biographie d’Eumène, empruntées également à l’œuvre de Hiéronymos de Cardia qui accompagnait son compatriote et fut un témoin direct des campagnes d’Asie115. Plutarque présente ces hommes comme des champions de la guerre (“ἀθληταὶ πολέµων”), invaincus et invincibles.
30S’il n’y a pas lieu de rejeter ces témoignages en bloc, il ne paraît pas aberrant de relever les contradictions apparentes entre la vigueur de ces combattants, leur supériorité absolue dans l’action – ils taillent en pièces 5000 fantassins à Gabiène d’après Diodore – et le nombre de leurs années. Il est surprenant de voir une prétendue troupe d’anciens, assurément bien entraînés, adroits à manier l’épée et confiants, surclasser de la sorte des adversaires dans la force de l’âge116. Par ailleurs, compte tenu des pertes de guerre et des blessures invalidantes enregistrées depuis le début des campagnes dans le royaume achéménide, il est impossible de concevoir, ne serait-ce qu’en matière de cohorte démographique, une majorité d’hommes de plus de 70 ans dans un corps d’élite de 3000 soldats117 ! Sans doute faut-il envisager une présence significative de sexagénaires ou de septuagénaires dans les rangs des Argyraspides, une fraction de vieux soldats très en vue qui doit former le pivot de ce bataillon d’élite, non le fer de lance118. Si des commandants et des leaders sont effectivement âgés, à l’image d’Antigénès, certains de leurs camarades de rang ayant achevé le temps de service imposé peuvent être notablement plus jeunes et allier la force à la compétence, pour ne rien dire des hommes incorporés plus récemment119. Les indications d’âge ne sont pas à prendre au pied de la lettre. Cela dit, l’esprit de corps qui anime ces Argyraspides, qui les conduit à se rebeller ou à trahir, s’appuie autant sur leur formidable réputation que sur leur ancienneté triomphante120.
31Cet affichage valorisant de la longévité militaire est inhabituel pour des subordonnés car il est généralement réservé aux grands hommes : c’est la preuve que ces Argyraspides ont débordé le champ d’action du soldat ordinaire121. La discordance avec les portraits des soldats les plus âgés d’Alexandre, tels que les dresse Justin par exemple, est notable. Contrairement à ces durs à cuire, leur endurance à ses limites : en 326, dans un contexte particulier il est vrai, sur l’Hyphase, les vétérans qui ont fait les guerres de Philippe et d’Alexandre motivent leur refus d’avancer par leur épuisement et leur âge. Ils sont éreintés, leurs corps consumés par les années et les blessures et ils n’aspirent qu’à raccrocher122. Au demeurant, rien ne dit qu’il s’agissait de vieux, à proprement parler123.
32Les derniers témoignages macédoniens proviennent de fragments de règlements militaires émanant de la chancellerie antigonide. Ils offrent des renseignements sur le recrutement des armées au temps de Philippe V, sur les classes faisant l’objet des levées. Les mobilisables doivent ainsi le service de quinze à cinquante ans ; passé ce seuil et sous certaines conditions, ils pourront être versés dans l’armée de réserve, jusqu’à cinquante-cinq ans et même au-delà pour les officiers et les cavaliers encore aptes à faire campagne124. Des dispositions auxquelles fait écho un passage de Tite-Live évoquant, pour l’année 197, l’appel sous les armes de vétérans dont le temps de service était achevé125. Ainsi que le souligne M. Hatzopoulos, ces mesures traduisent le tarissement des classes d’âge intermédiaires, tarissement consécutif aux guerres continues, mais elles révèlent également que seuls les officiers et les cavaliers réservistes en état de combattre sont susceptibles d’être mobilisés après 55 ans. Jusqu’à quel âge ? Le règlement ne le précise pas.
Conclusion
33Tout au long de la tumultueuse histoire du royaume, les combattants macédoniens n’étaient pas habituellement maintenus sous les armes après 60 ans. Il est fait appel aux hommes d’âge avancé dans des circonstances d’exception : des campagnes lointaines qui révoquent les processus de levées et de démobilisations coutumiers, des impératifs d’urgence qui justifient l’usage de troupes d’élite et d’encadrement composées de vieux soldats expérimentés, des troubles et des rivalités qui bouleversent les rapports aux armées. Ces professionnels accomplis sont amenés à déployer leur science des armes mais ils peuvent également offrir soutien et encouragements aux plus jeunes, les rappeler aux combats parfois. Cela dit, en Macédoine comme partout ailleurs, les aînés sont dans leur immense majorité versés dans le groupe des non-combattants. Ce n’est pas, pour autant, une garantie de sauvegarde...
Notes de bas de page
1Plut., Pélopidas, 2.7 (trad. R. Flacelière, E. Chambry, CUF, 1967).
2Ps-Lys., Pour Polystratos, 6, 10 et 14. Sur ce personnage, APF, 467-468, n° 12076 et PAA, vol. 14, n° 781135.
3Boëldieu-Trevet 2007, passim, pour une analyse des qualités requises pour prétendre au commandement.
4IGCyr, 010800, l. 27-28, avec dérogation en phase de guerre afin de recruter les plus talentueux : toutes les classes comprises entre 30 et 50 ans sont éligibles.
5L’homme politique, né vers 494, est élu stratège sans discontinuité entre 443-442 et 429-428. En 429, il a environ 65 ans, APF, 455-460, n° 11811.
6Depuis 427, Nicias a été élu stratège à 11 reprises. Sa date de naissance n’est pas précisément fixée, APF, 403-404, n° 10808, et PAA, vol. 13, n° 712520.
7APF, 248-250, n° 7737 et 506-510, n° 13700 ; tous deux sont nés autour de 415.
8Nep., Timoth., 3.2-4.
9Couvenhes 2003, 32, relève plusieurs exemples.
10Strab. 10.1.6. Il est né vers 390 : c’est sa troisième et dernière stratégie ; APF, 525, n° 13964 et PAA, vol. 17, n° 912610.
11Né dans les années 430, il est stratège à Céos en 363-362 : scholie à Aeschin., Tim., 64 (éd. Dilts 1992, n° 145) ; APF, 64-66, n° 2108 et PAA, vol. 3, n° 176170.
12Vita Sophoclis, 9 (TrGF, vol. 4, Test. 1, éd. Radt 1977) et Plut., Nicias, 15.2. Elle est admise par Westlake 1956, 114-115, qui propose l’année 423-422 et par Ugolini 2000, 59-64 et 246, qui la situe en 428-427. Jouanna 2007a, 43-51, ne se risque pas à donner une date précise mais il place cette stratégie à la fin des années 420. Tyrrell 2012, 90-92, ne lui accorde pas de caractère historique. Rappelons que Sophocle est né en 497-496.
13Plut., Phocion, 8.2 et 24.5. Phocion est né en 402-401, APF, 559-560, n° 15076 et PAA, vol. 18, n° 967590.
14D’après Plut., ibid., 6.6, il débute sa carrière dans les pas de Chabrias et s’illustre alors qu’il n’a pas encore 30 ans à la bataille de Naxos, en 376. Sur cette participation, très problématique, Bearzot 1985, 83-84, avec l’ensemble des sources.
15Brun 2000, 120-121, pour une discussion sur le rôle de Phocion après 322.
16Lamberton 2003 et, sur la carrière militaire de Phocion, Bearzot 1985, 79-127. Cette dernière conteste, avec de bonnes raisons, la réalité des 45 stratégies, 80-83. Son analyse détaillée, appuyée sur l’ensemble des témoignages disponibles, ne permet pas d’illustrer une activité militaire tardive de Phocion, y compris pendant la guerre lamiaque.
17Nep., Phoc., 1.1, prétend que le souvenir de ses actions guerrières n’a pas été conservé. L’auteur se concentre sur quelques épisodes de la vie de l’Athénien et son intérêt pour sa carrière militaire est des plus réduits ; il examine les dernières années de Phocion et entend mettre en valeur les aspects politiques et moraux : Tritle 1992, 4261-4266 et Anselm 2004, 141-143.
18Nep., ibid., 4.1. Plutarque parle aussi d’un transport en chariot mais sans faire le lien avec l’état physique de Phocion, Phocion, 34.3. C. Népos ne dévoile pas ses sources, mais il a pu puiser cette information dans des récits de contemporains, témoins de l’événement, Démocharès et Démétrios de Phalère notamment.
19Agésilas est né vers 444 et l’expédition se place vers 360-359. L’âge au décès donné par Plutarque, 84 ans, est recevable, Agésilas, 40.3. Cf. Cartledge 1987, 20-21, 328-329 et 331-332.
20Plut., ibid., 34.5 : “µάλ’ ἐρρωµένως τοῦ Ἀγησιλάου καὶ παρ’ ἡλικίαν ἐπαµύνοντος”. Le récit de l’attaque thébaine proposé par Diod. 15.83.2-3, met en valeur l’ardeur, la rapidité avec laquelle le roi organise la défense mais son action personnelle n’est pas présentée.
21Plut., ibid., 33.5.
22Plut., ibid., 36.9 : “ἄνθρωπον δὲ πρεσβύτην κατακείµενον ἔν τινι πόᾳ παρὰ τὴν θάλασσαν, εὐτελῆ καὶ µικρὸν τὸ σῶµα”.
23Plut., ibid., 36.3.
24Plut., ibid., 36.2 : “ἔργα µισθοφόρου καὶ ξεναγοῦ διαπραττόµενον”, bien qu’il soit rappelé ailleurs qu’Agésilas est envoyé par Sparte comme allié, 37.4-9. La source de Plutarque pour ce passage est discutée : s’agit-il de Théophraste ou bien de Théopompe de Chios qui a donné du roi un portrait sans complaisance ? Cf. Shipley 1997, 375-400. Pour l’analyse de cette campagne, en dernier lieu, Schepens 2005a, 62-70, avec la bibliographie.
25Xénophon, de même que Diod., 15.90.2 et 92.2, présentent Agésilas et ses 1000 Lacédémoniens comme des alliés des Égyptiens, envoyés par la cité pour appuyer la révolte de Tachôs contre les Perses – ce qui ne signifie pas qu’ils n’en attendaient pas d’argent ; Trundle 2004, 145-146 et 156 pour cette campagne.
26Xen., Ages., 2.25.
27Xen., ibid., 11.14-15 (trad. M. Casevitz, La roue à livres, 2008).
28Xen., ibid., 2.28-31. L’auteur ne se place pas ici en expert militaire et préfère mettre en exergue la portée politique des actes du roi, cf. Pontier 2010b, 408-410. Dans le sobre compte rendu qu’il donne de l’expédition, Diodore ne glisse aucun commentaire au sujet de l’âge d’Agésilas, 15.92.2-3.
29Plut., Dion, 35.3-6. Philistos de Syracuse est l’auteur d’une histoire de la Sicile (FGrH, 556, F 1-44). Né vers 430, il a un peu moins de 75 ans en 356 : Bearzot 2002, 101-102 notamment.
30Diod. 16.16.3, version qui suit celle donnée par Éphore (cité par Plutarque, ibid., 35, 3).
31Plut., Dion, 35.6, reprend de Timée les détails sur l’exhibition du corps décapité par des enfants, qui s’en saisissent par la jambe boiteuse. Ces éléments rappellent les promenades infamantes des condamnés : cf. Halm-Tisserant 1998, 97-100.
32Syracuse et la Sicile sont les théâtres des exploits d’un autre combattant âgé considéré par Plutarque, Timoléon : il dirige, à la fin de sa vie, des opérations en dépit de sa cécité, Timoléon, 37.9. L’information de Plutarque provient d’un contemporain de Timoléon, Athanis de Syracuse, auteur de Σικελικά (FGrH, 562, F 1-3). Diod. 16.65 sq., n’offre aucune indication relative à l’âge ou à l’infirmité du Corinthien.
33Parménion, fils de Philotas, est né vers 400 avant notre ère, Curt. 6.11.32 et 7.2.33. Exposé de sa carrière dans Heckel 1992, 13-23.
34Antigone, né en 382 probablement, trouve la mort sur le champ de bataille d’Ipsos, en 301. Lysimaque, né vraisemblablement en 361, meurt durant la bataille de Couroupédion, en 281 ; le vainqueur, Séleucos, né vers 358, est assassiné quelques mois plus tard : cf. Heckel, ibid., 50-56, 253-257 et 267-275.
35Antipatros, fils de Iolaos, est né en 399-398, Ps-Luc., Les “longue-vie”, 11. Il meurt en 319, dans son lit, vaincu par l’âge et la maladie, Diod. 18.48.1 et 4. Polyperchon, fils de Simmias, est né entre 390 et 380. Il participe à la campagne d’Asie jusqu’en 324, date à laquelle il est renvoyé en Macédoine avec les autres vétérans, Just., Epit., 12.12.8. Sur ces deux personnages, Heckel, ibid., 38-49 et 188-204. Philétairos de Pergame meurt également très âgé, autour des 80 ans, mais ses activités militaires ne sont pas précisément documentées pour la fin de sa vie.
36Plut., Alexandre, 31.10-12. L’épisode est relaté dans des termes similaires par Arr., Anab., 3.10.1-2. Il n’est peut-être pas authentique mais il permet de mettre en valeur la crainte des Perses et les peurs de Parménion.
37Plut., ibid., 32.5-7 et 33.9. Alexandre l’accuse d’avoir perdu l’esprit. Sur ce double appel à l’aide, qui n’est pas relayé par l’ensemble de la tradition, et sur les problèmes qu’il pose du point de vue des opérations militaires, en dernier lieu, Angelucci 2003, qui analyse la version, plus neutre, donnée par Diod. 17.60.5-8.
38Plut., ibid., 33.10 : “εἴτε τοῦ γήρως ἤδη τι παραλύοντος τῆς τόλµης” ; il est “νωθρός καὶ δύσεργος”, léthargique, sans savoir-faire, selon les mots de l’auteur.
39Carney 2000b, 264-273 et Zahrnt 2011.
40Plut., Alexandre, 16.3 et Arr., Anab., 1.13.2-7.
41Curt. 4.16.1-7 et 18-19, avec Atkinson 1980, 446 sq.
42Curt. 3.11.13.
43Curt. 7.2.33 : “acer consilio, manu strenuus”. Ce jugement sonne comme un éloge funèbre puisqu’il clôt le long exposé consacré au procès de Philotas et à l’assassinat de Parménion.
44Sur les sources primaires qui ont pu être utilisées par Quinte-Curce et Plutarque, Bearzot 1987 et Mahé-Simon 2014 avec la bibliographie.
45À Gaugamèles, les suggestions de Parménion sont soutenues par un autre ancien, Polyperchon, Curt. 4.13.7.
46On se souviendra que Nestor est lui-même gêné par son vieil âge : sa force n’est plus intacte et il n’est plus en mesure de participer aux compétitions contre les jeunes gens, Hom., Il., 7.157 et 23.643-645.
47De même qu’Hannibal et Sertorius, Plut., Sertorius, 1.8. Sur la manière dont cette infirmité est masquée par Antigone, Samama 2013, 241-243.
48Plut., An Seni, 15 (791 E).
49Antigone est né vers 382 : Ps-Luc., Les “longue-vie”, 11. L’auteur tient son information d’un contemporain qui a bien connu le Diadoque, Hiéronymos de Cardia (FGrH, 154, F 8) ; à Ipsos, en 301, il a dépassé les 80 ans.
50Plut., Démétrios, 28.2 : “φιλοτιµουµενῳ παρ᾽ ἡλικίαν πρὸς τὸν πόλεµον” et 19.4 : “µεγέθει δὲ καὶ βαρύτητι σώµατος µᾶλλον ἢ διὰ τὸ γῆρας ἐπὶ τὰς στρατείας γεγονὼς δυσπαρακόµιστος”. Il est auparavant question d’un songe de Médios de Larissa, un ami d’Antigone, dans lequel il croit voir ce dernier affaibli et à court de souffle, ce qui ne devait pas être loin de la réalité, 19.1-2. Ces précisions sur l’état physique pourraient provenir d’une source primaire, de Hiéronymos peut-être, témoin oculaire des dernières années d’Antigone : cf. Hornblower 1981, 212.
51Plut., Apophtegmes de rois et de généraux, Antigonos, 6 (182 B) : “µακρὰν νόσον” sans autre détail. Billows 1990, 161, pense que cette maladie pourrait se placer en 305, après l’expédition d’Égypte. Antigone cesse alors toute activité militaire et s’en remet à Démétrios.
52L’information est hypothétique, de même que l’état d’esprit du roi juste avant la bataille – soucieux et silencieux d’après Plut., Démétrios, 28.7-8. On peut faire un parallèle avec un autre vieillard, de fiction certes, Iolaos qui, juste avant de partir sur le champ de bataille, confie sa panoplie à son serviteur, de peur de faire un mauvais pas, de mauvais augure, Eur., Heracl., 730.
53Plut., ibid., 29.1-8 et aussi Diod. 21, fr. 3 (éd. P. Goukowski, CUF, 2006) pour sa mort sur le champ de bataille, criblé de flèches.
54La date de naissance de Lysimaque est imprécise, en raison d’une discordance d’une dizaine d’années dans les témoignages (App., Syr., 11.64.339 ; Just., Epit., 17.1.10 et le Ps-Luc., Les “longue-vies”, 11), mais l’année 361 semble la plus probable selon Landucci Gattinoni 1992, 76-77. Le fondateur du royaume séleucide est né dans les années 350 ; la date exacte est également discutée, placée vers 358 ou vers 354 (Just., ibid. et App., ibid., 11.63.331) avec les commentaires de Grainger 1997, 53-60 et 1990, 190-191.
55Just., Epit., 17.1.11-12 : “animi juveniles”.
56App., Syr., 11.64.342 : “µεµαχηµένων ἐκ χειρὸς οἰκείας ἀεὶ µέχρι τοῦ θανάτου”. L’auteur fait également remarquer qu’Antigone “commandait lui-même et combattait lui-même” à Ipsos, alors qu’il avait plus de 80 ans, ibid., 11.55.279.
57App., ibid., 11.64.339 ; Just., Epit., 15.3.15-16 et 17.2.1-2. Memnon d’Héraclée prétend que celui qui lui porta le coup fatal, un dénommé Malakon, était originaire d’Héraclée, FGrH, 434, F 1 (cité par Phot., Bibl., 4.225b).
58Séleucos meurt assassiné par Ptolémée Kéraunos, App., ibid., 11.62.328-330 ; Just., Epit., 17.2.1-5.
59Plut., Alexandre, 9.12 ; 56.1-2. Arr., Anab., 1.15.6 fait intervenir un Démarate de Corinthe à la bataille du Granique que l’on identifie avec notre vieillard (contra, Bosworth 1980, 122-123 : un parent plus jeune). L’homme s’était déjà illustré par son émotivité sénile, ayant versé des larmes de vieillard à la vue d’Alexandre assis sur le trône de Darius, Plut., Alexandre, 37.7 (“πρεσβυτικῶς ἐπιδακρῦσαι”). Démarate est né vers 400 et il meurt en 328-327, cf. Heckel 2006, 107.
60Salazar 2000, 184-208 et Samama 2013, 243-245, pour l’exhibition des blessures comme preuves de vaillance royale.
61Les effigies monétaires de Ptolémée Ier ou de Séleucos Ier ne sont pas idéalisées mais elles représentent des têtes diadémées aux traits encore énergiques. Les monnaies de Ptolémée, frappées au début du iiie siècle lorsque le souverain était sexagénaire, présentent un visage aux yeux enfoncés, cernés, aux joues empâtées et au front quelque peu dégarni : des signes d’usure, non de vieillesse (par exemple, sur un tétradrachme d’argent, BNF, MMA, Armand-Valton 559). S’agissant de Séleucos dont l’effigie royale (posthume) figure sur des monnaies d’Antiochos Ier, il est fixé et figé dans l’âge mûr avec des yeux pareillement enfoncés et un visage alourdi, parcouru de sillons (par exemple, Houghton & Lorber 2002, n° 323, provenant de Sardes).
62Plut., An Seni, 16 (792 A), (trad. M. Cuvigny, CUF, 1984).
63Plut., Aratos, 17.5. Un des Apophtegmes de rois et de généraux encore rapporté par Plutarque a trait à la superbe d’Antigone Gonatas, dont la seule présence suffirait à assurer la victoire, 183 C-D.
64Cournarie 2016, 12-23.
65Attale Ier meurt en 197, Polyb. 18.41.8 ; “κατέστρεψε τὸν βίον ἐν αὐτοῖς τοῖς ἔργοις κατὰ τὸν Φιλιππικὸν πόλεµον” précise son fils lorsqu’il s’exprime devant le Sénat dans le récit polybien, rappelant qu’il a payé de sa personne, 21.20.5 ; le roi ne trouve pas la mort sur le champ de bataille mais il disparaît quelque temps après une attaque cérébrale survenue à Thèbes durant son adresse aux Béotiens, Polyb. 18.17.6 et Liv. 33.2.1 et 21.1 (“senior iam et infirmior quam ut contentionem dicendi sustineret”).
66Né en 221-220, Attale II a dépassé les 70 ans lorsqu’il fait campagne contre Prusias en Bithynie en 149, Diod. 32.22, App., Mith., 12.7.21-22 et OGIS, 327 (= I.Pergamon, 225) ; il est précisé dans la dédicace à Zeus et Athéna qu’Attale lui-même a pris la tête de la campagne contre Prusias, comme du siège de Nicomédie (l. 2 et 3). Ma 2013, 55-59, pour une analyse des participations personnelles des rois aux expéditions, même lointaines.
67Le Pseudo-Lucien en particulier dans Les “longue-vie”, 10, 16, 17, des exemples choisis parmi les adversaires des Grecs et des Romains.
68Ps-Luc., ibid., 10. Plut., An Seni, 16 (792 C) ajoute une anecdote au sujet d’Atéas qui ne voyait “aucune différence entre ses palefreniers et lui lorsqu’il n’avait rien à faire”. Les informations sur ce chef scythe sont fragmentaires. Pour un aperçu, Yakovenko 1992.
69Bardylis ne semble pas avoir trouvé la mort dans ce combat mais plus tard, sans qu’il soit possible de fixer une date, Cabanes 1988, 93-101 et Mortensen 1991, 58, avec les sources réunies.
70Polyb. 24.5.2 : “Εὐµένης δὲ κατὰ τὸν καιρὸν τοῦτον ἀπολελυµένος τῆς ἀρρωστίας καὶ διατρίβων ἐν Περγάµῳ” en 180 ; 30.2.5 : “ἃτε τοῦ βασιλέως διὰ µὲν τὴν σωµατικὴν ἀσθένειαν αἰεὶ προσδοκῶντος τὴν ἐκ τοῦ βίου µετάστασιν”, en 168-167 et 32.8.1-2 où il oppose à sa faiblesse corporelle son brio mental. L’auteur devait probablement, dans un passage perdu, préciser la nature des ennuis de santé du roi. Liv. 45.19.11 et 34.11 ne fournit pas plus de détail. Le portrait monétaire présente un visage “malingre”, aux joues creusées, au cou maigre, qui pourrait faire écho à cette santé défaillante, cf. Queyrel 2003, 144-145.
71Polyen, Strat., 4.8.1 (éd. Brodersen 2017).
72En 230-229, c’est un Aratos dans la force de l’âge, mais malade, qui se fait transporter en litière à Athènes, Plut., Aratos, 34.5-6. Il n’a pas, cette année-là, assumé la stratégie pour cause de maladie.
73Polyb. 23.12.1-2 : il “leva le camp et se mit en route, malade comme il était et accablé par l’âge (“τὰ µὲν ὑπὸ τῆς ἀρρωστίας, τὰ δ᾽ ὑπὸ τῆς ἡλικίας βαρυνόµενος”) ; il avait alors 70 ans. Ayant surmonté sa faiblesse, il put avec sa célérité habituelle, parcourir en un jour tout le trajet d’Argos à Mégalopolis” (trad. D. Roussel, La Pléiade, 1970). Philopœmen est né en 253-252 ; cette dernière campagne se déroule en 182 probablement, Errington 1969, 241-245.
74Polybe, qui avait consacré une biographie à Philopœmen (10.21.6), en fait l’un de ses champions et les éloges l’emportent de loin sur les blâmes : cf. Foulon 1993, 353-373, pour le domaine des armes.
75Plut., Philopœmen, 18-20 (trad. R. Flacelière, E. Chambry, CUF, 1969). L’auteur met l’accent sur la langueur du stratège : “δὲ καὶ διὰ τὴν ἀρρωστίαν τοῦ σώµατος ἐνδεοῦς γεγονότος καὶ διὰ τὴν ὁδοιπορίαν κατακόπου” ; “ἀλλ᾽ ἀποσβεσθεὶς ταχὺ διὰ τὴν ἀσθένειαν”.
76Comme il le faisait d’usage, Polyb. 23.12.2.
77Polyb. 24.11.2, prétend que Philopœmen avait toutes les qualités, physiques et morales, qui font l’homme de guerre.
78Hom., Il., 13.361-362 ou 13.509-515.
79Polyb. 5.55.10 : “µάλιστα διὰ τὴν ἡλικίαν (τελέως γὰρ ἤδη γηραιὸς ἦν)”. Ces événements se placent en 220.
80Plut., Dion, 30.9 : “ἤδη βαρύτερος δι᾽ ἡλικίαν” ; il sera sauvé par sa vigueur et son courage. L’auteur suit le récit de Timonidès de Leucade, proche de Dion ; il a personnellement participé à ce combat contre les mercenaires de Denys et donne de Dion un portrait militaire assurément flatteur : Sanders 2008, 44-47 et 49.
81L’expression est empruntée à Giammarco Razzano 2001, 33. Sur Laërte, symbole de qui a remisé sa panoplie, Hom., Od., 24.227-228 et Sauzeau 2003.
82Ainsi, dans Aesch., Ag., 72-82. Pour des exemples dans Homère, Van Wees 1998b, 335-336.
83Tyrtée, fr. 7.21-30 (éd. Prato 1968 et trad. Année 2017, 560-562). Même thématique dans Aesch., Sept., 1011.
84Xen., Cyr., 6.2.37 : “οἱ ἐν τῇ στρατιωτικῇ ἡλικίᾳ” ; Dem., Sur l’organisation financière, 4 : “οἱ ἐν ἡλικίᾳ στρατιωτικόν / οἱ ὑπὲρ τὸν κατάλογον” ou Troisième Olynthienne, 34 ; Diod. 14.74.2 : “οἱ τῶν κατὰ πόλεµον ἀφιέµενοι διὰ τὰς ἡλικίας”.
85Arist., Pol., 3.1 (1275a) ; Xen., Cyr., 1.2.14.
86Couvenhes 2003, 27-31, fait observer, à juste titre, que c’est à 59 ans que les Athéniens étaient libérés du service militaire et non à 60 ans.
87Xen., Hell., 5.4.13 et 6.4.17 : “τετταράκοντα ἀφ᾽ ἥβης”, soit sans doute 40 ans à partir des 20 ans, seuil de l’hèbè : Loraux 1975, 1-7 ; Lazenby 1985, 12 ; Singor 2002, 238-239 et Ducat 1999.
88Ces restes trouvés dans le polyandrion (“Gamma 16”) sont attribués à un homme d’une cinquantaine d’années, Ma 2008, 75-76, 87 et pl. 4c.
89Plut., Phocion, 24.4. Dans Aristoph., Ach., 600, Dicéopolis oppose les hommes grisonnants (“πολιοὺς”) toujours en service aux jeunes planqués.
90Plut., Le démon de Socrate, 11 (581 D) et APF, 329-330, n° 8792 VIII ; PAA, vol. 15, n° 795965. Pour l’usage des classes d’âge les plus anciennes pour assurer la défense du territoire athénien, Couvenhes 2003, 34-40, avec des exemples.
91Thuc. 4.92.7.
92Thuc. 5.64.2-3. Ils seront, dans un second temps, renvoyés à Sparte. On notera aussi la présence dans les rangs adverses des “vieilles classes argiennes”, 5.72.4.
93L’anecdote met en scène un presbyteros, Thuc. 5.65.2-3. Dans Plut., Lysandre, les plus vieux des combattants spartiates apostrophent Pausanias, juste après la bataille d’Haliarte, mais sans succès, 29.2-3.
94Xen., Hell., 6.4.17 et Diod. 15.64.5 et 65.2. Signalons qu’à la bataille de Leuctres étaient présents tous les Thébains en âge de servir, y compris les plus vieux, Diod. 15.52.2, 4 et 6.
95Xen., Hell., 5.4.13 repris par Plut., Agésilas, 24.3.
96Xénophon attribue à Jason de Phères une critique des armées civiques formées de soldats trop jeunes ou trop avancés en âge, Hell., 6.1.5.
97Diod. 15.65.1-2 ; Plut., Agésilas, 31.5 ; Xen., Hell., 6.5.28.
98Diod. 15.83.3. Plutarque n’en dit rien et insiste au contraire sur l’action des jeunes gens, Agésilas, 34.5-11.
99Plut., Pyrrhos, 27.6 et 28.5.
100Plut., ibid., 29.12 : “τοὺς παρ᾽ ἡλικίαν ἐν τοῖς ὃπλοις ὑπ᾽ ἀνάγκης γενοµένους ἀφέντες”.
101Lycurg., Contre Léocrate, 40 : “ὑπὸ τῶν νόµων τοῦ στρατεύεσθαι ἀφειµένους”.
102Lys., Oraison funèbre, 50-53 : dans l’excursus historique, un long passage met en valeur la bravoure des vieillards combattants aux côtés des jeunes gens durant le conflit opposant les Athéniens aux Éginètes, dans le milieu du ve siècle : l’épisode est analysé par Loraux 1981, 136-137 et 283.
103Just., Epit., 11.6.4-6 : “ordines quoque nemo nisi sexagenarius duxit”. L’indication selon laquelle aucun des commandants n’avait moins de 60 ans a tout d’une exagération manifeste selon Heckel que nous suivrons volontiers : Yardley & Heckel 1997, 113. Les hommes de la génération de Philippe sont de jeunes quinquagénaires au début de l’expédition.
104Curt. 7.4.33-39. En 330, l’homme défie Satibarzane, le chef barbare, en combat singulier ; l’auteur précise qu’en dépit du poids de l’âge (“grauis aetate”) et de ses chevaux blancs, il ne le cédait en rien aux plus jeunes “et animi et corporis robore”. Cf. aussi Arr., Anab., 3.28.2-3. Né vers 380, Érigyos est placé par Philippe auprès d’Alexandre. Sur la carrière de ce commandant de la cavalerie jusqu’à sa mort, en 328-327, Heckel 2006, 119.
105Just., Epit., 11.6.7, précise que “nul ne songeait à la fuite, seulement à la victoire” (trad. B. Mineo, CUF, 2016).
106Diod. 17.27.1-3 : au courage et à la fermeté des plus âgés (“οἱ πρεσβύτατοι τῶν Μακεδόνων”) s’opposent la crainte et la lâcheté des plus jeunes. Les hommes les plus âgés n’étaient sans doute pas littéralement exemptés des combats (“διὰ µὲν τὴν ἡλικίαν ἀπολελυµένοι τῶν κινδύνων”) mais des gardes nocturnes : l’attaque a lieu au petit matin. Arr., Anab., 1.22.4-6, parle d’une intervention déterminante de plusieurs bataillons sans fournir de détail sur les soldats qui les composaient.
107Curt. 5.2.5 : “primus omnium virtutis causa donatus est Atarrhias senior”. Il est fait mention de l’action de ce personnage à Halicarnasse en 8.1.36. Il intervient ultérieurement à plusieurs reprises, notamment au moment de l’arrestation de Philotas et de l’exécution d’Alexandre le Lynceste, ibid., 6.8.19-22 et 7.1.5, cf. Atkinson 1998, 406 et Heckel 2006, 60.
108Curt., 8.1.36.
109Il y a dans les armées, à partir du ive siècle, des médecins qui peuvent aider, surveiller, soigner les vieux soldats : Samama 2017, 345-359.
110Démobilisation des hommes jugés inaptes à la guerre en 324, parmi lesquels les plus anciens, Diod. 17.109.1-2 (“τοὺς πρεσβυτάτους”), 18.4.1 et 16.4 ; Plut., Alexandre, 41.9 et 71.2 (“τοὺς ἀσθενεῖς καὶ πεπηρωµένους”) et 8 (“τοὺς ἀχρήστους”) ; Arr., Anab., 3.29.5 (“τοὺς πρεσβυτάτους καὶ ἤδη ἀπολέµους”), 7.8.1, 7.10.5 et 12.1-4 (“τῶν Μακεδόνων ὅσοι διὰ γῆρας ἤ τινα ἄλλην ξυµφορὰν ἀπόλεµοι ἦσαν”) ; Just., Epit., 12.11.4-5 (“dimissis veteranis”) et 12.12.7.
111Roisman 2012, 87-144, tente de suivre les parcours tortueux des vétérans jusqu’en 320 ; sur leur rôle dans l’armée d’Eumène, 177 sq.
112Anson 1988 et, en dernier lieu, Roisman, ibid., 212-236 et Heckel 2013, 162-178, avec la bibliographie. Cette dénomination de prestige qui apparaît avec Alexandre sera reprise ultérieurement, dans les armées séleucides, appliquée à un corps d’élite composé de jeunes gens, Foulon 1996, 60-61.
113Diod. 19.30.6 : “οὗτοι γὰρ ταῖς µὲν ἡλικίαις ἤδη προεβεβήκεισαν” et 19.41.1-2 : “τῶν ἀργυρασπίδῶν οἱ νεώτατοι µὲν περὶ τὰ ἑξήκοντα ἔτη, τῶν δ᾽ ἄλλων οἱ πλείους µὲν περὶ τὰ ἑβδοµήκοντα, τινὲς δὲ καὶ πρεσβύτεροι” avec les analyses de Devine 1985a et 1985b.
114Diod. 19.41.1 et 2. L’auteur insiste sur leur vigueur, la violence de leurs attaques et sur leur compétence.
115Plut., Eumène, 16.7-8 : “οἱ πρεσβύτατοι τῶν περὶ Φίλιππον καὶ Ἀλέξανδρον”, “πολλοὶ µὲν ἑβδοµήκοντα ἔτη γεγονότες, νεώτερος δ᾽ οὐδεὶς ἑξηκονταετους”.
116Diod. 19.41.2 et 43.1 : ils se battent au corps à corps à Gabiène et sont littéralement irrésistibles (“ἀνυπόστατοι”) du fait de leur dextérité (“εὐχειρία”) et de leur force (“ῥώµη”). Hammond 1984, 52-53 et 1989, 62, ne s’étonne pas des performances de ces vieux soldats sur le champ de bataille. Il les explique par leur expérience et surtout par le drill qui entretient leur adresse aux armes.
117Diod. 19.28.1 et 30.6 : les Argyraspides d’Eumène sont au nombre de 3000. Baynham 2013, 117-119, explique la longévité des Argyraspides par leurs conditions de vie, leur entraînement et leur expérience du combat sur le champ de bataille.
118Anson 1981, 119, rejette pour sa part les indications d’âge données par Diodore et Plutarque et pense que les Argyraspides présents à Gabiène étaient, en moyenne, dans la quarantaine.
119Né vers 380, Antigénès a accompagné Alexandre depuis 334 et il est démobilisé en 324 (Just., Epit., 12.12.8). À la tête des Argyraspides, il a accompagné Perdiccas puis Eumène et il partage le commandement avec Teutamos (Diod. 19.28.1). Ce dernier n’appartient pas à la même classe d’âge et il est plus jeune, cf. Heckel 2006, 30-31 et 262.
120Le portrait moral des Argyraspides construit par les sources après leur trahison d’Eumène n’est pas flatteur : des impies (“ἀσεβεῖς”), des bêtes sauvages (“θηριώδεις”) aux yeux d’Antigone, Plut., Eumène, 19.3. Nep., Eum., 10.2 et 11.5, relève surtout leur perfidie. Comme le souligne Anson 2004, 148, ils opèrent un curieux mélange entre les traditions macédoniennes et les caractères des mercenaires.
121Just., Epit., 14.2.7, fait observer qu’ils dédaignaient tous les généraux depuis la mort d’Alexandre et les servaient de mauvaise grâce. Ils sont rétifs à l’autorité et convaincus de leur supériorité, 2.8-10 ; cf. aussi Plut., Eumène, 13.3-8.
122Just., Epit., 12.8.11-14 et 11.4-5. Ils sont suivis par les officiers les plus âgés, Curt. 9.3.16.
123Arr., Anab., 5.27.3, produit un discours de Coenos, l’un des compagnons qui s’exprime en la circonstance et prétend représenter le gros des troupes ; dans l’exorde, Coenos met en avant l’autorité et la liberté de parole que lui confèrent son âge et ses faits d’armes notables : il n’a pas plus de 40 ans à l’époque.
124Nigdélis & Sismanidès 1999 et Hatzopoulos 2001, 157-160, App. 2 II, l. 12-13 (exemplaire de Cassandreia) et App. 2 I, face B, l. 22-27 (exemplaire de Drama/Amphipolis).
125Liv. 33.3.1-5.
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