Conclusion sous-partie III
p. 214
Texte intégral
1La crainte et le culte des pères participent du paradoxe attaché au grand âge. Les fils sont censés accepter l’autorité et la discipline, se plier aux rapports hiérarchiques, ne pas se dresser contre leur géniteur. Tirée d’une loi non écrite, d’essence divine et universelle selon Hippias d’Élis, la dévotion filiale ne se discute pas volontiers1. Elle s’affiche à l’Assemblée ou au tribunal et rien n’est plus malaisé que d’illustrer les réalités sociales du conflit de générations dans l’espace privé : s’y exposent des tensions plus que des affrontements ouverts. Les relations entre parents et enfants paraissent sans aspérité et le contraste avec l’antagonisme théâtral n’en est que plus frappant. Il convient d’ajouter que les aînés se montrent tout aussi exemplaires que leurs rejetons : les sentiments de fierté mutuelle qu’un père tire de son fils et un fils de son père s’énoncent comme des principes moraux qui ne prêtent pas à discussion ni à remise en cause effective2. L’insistance avec laquelle Platon réitère les mesures de protection et de soutien aux parents dans la cité des Lois laisse supposer que la situation n’était peut-être pas aussi favorable qu’il n’y paraît.
2La question du rapport aux parents, aux pères en particulier, est assurément difficile car nous n’avons pas tous les éléments du problème à notre disposition. Combien de pères sont encore seuls en charge des affaires familiales lorsque leurs fils sont devenus des hommes faits ?
3Certaines de nos sources se plaisent en revanche à donner de la vieillesse un visage rassurant, à développer le thème d’une période heureuse de la vie, où l’on est entouré des enfants et petits-enfants, voire de vieux complices. Aristophane met en scène des pères désœuvrés, confortablement installés chez le barbier pour causer de leur progéniture3. S’il faut en croire les spécialistes du savoir-vivre, le vieil âge ne correspond pas un rétrécissement des activités sociales mais à une redéfinition des priorités : une saine oisiveté pour les uns, un épanouissement intellectuel et moral pour d’autres, un déplacement des plaisirs sur le terrain de la vie intérieure pour tous.
4Les femmes sont le plus souvent absentes de ce tableau. On ne dit pas grand chose de leur vieillesse mais elles ont, à n’en pas douter, un rôle important à jouer dans la famille : comme complément ou substitut des mères, appelées à prodiguer de l’affection, comme référents pédagogiques aussi car elles sont également des passeuses de savoir et de culture.
Notes de bas de page
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Architecture romaine d’Asie Mineure
Les monuments de Xanthos et leur ornementation
Laurence Cavalier
2005
D’Homère à Plutarque. Itinéraires historiques
Recueil d'articles de Claude Mossé
Claude Mossé Patrice Brun (éd.)
2007
Pagus, castellum et civitas
Études d’épigraphie et d’histoire sur le village et la cité en Afrique romaine
Samir Aounallah
2010
Orner la cité
Enjeux culturels et politiques du paysage urbain dans l’Asie gréco-romaine
Anne-Valérie Pont
2010
