Chapitre VIII. Que faire de sa vieillesse ?
p. 185-199
Texte intégral
Notre vie est pareille au vin : lorsqu’il n’en reste que peu, elle tourne au vinaigre1.
1La belle vieillesse (eugèria) est-elle le produit de qualités corporelles et de la chance comme le suggère Aristote2 ? Celle d’appartenir à un milieu protégé, de fréquenter assidûment ses semblables et de trouver consolation dans la compagnie d’êtres chers ? Assurément. À quoi il faudrait annexer un certain nombre d’aménagements relevant de moyens individuels, de choix éthiques et diététiques susceptibles d’adoucir, de ralentir le vieillissement3. C’est sous ces heureux auspices que l’on pourra s’ouvrir à l’art du savoir vieillir, du “bien vieillir” surtout.
2Ce bon usage de la vieillesse, promis aux membres d’une petite élite civique de nantis, repose sur le recours au loisir. Tous les moralistes ont dispensé des conseils en la matière et marqué les jalons principaux d’une voie pavée de bonnes intentions. Leurs modèles, de Platon à Plutarque, prônent l’activité et la sociabilité et s’attachent à donner du sens à l’ancienneté. Le défi est de garder la santé, de maintenir la complémentarité entre les exercices corporels et intellectuels, de négocier de nouveaux équilibres entre ouverture et repli au monde. Il s’agit, en somme, de réaliser un savant dosage entre mobilité et repos.
3Confronter le vieillard à l’épreuve du quotidien, telle est l’ambition de ce chapitre ; ambition modeste étant entendu que fort peu d’expériences individuelles nous sont connues, n’ayant pas valeur générale qui plus est. Les genres de vie et les occupations de nos anciens sont liés à des contextes économiques, intellectuels ou matériels qui rendent chaque vieillesse singulière. Les sources considèrent cependant ce qu’il conviendrait de faire, quelles pratiques seraient à prescrire ou à proscrire, dans quel but. La condition sine qua non est d’être déchargé du travail et des nécessités de la subsistance pour dédier son temps à des activités sociales ou à l’entourage familial. Les recommandations s’adressent donc à des hommes et à des femmes qui peuvent mobiliser leurs ressources physiques et mentales pour autre chose que leur survie immédiate.
Hygiène du corps
4S’il n’y a pas moyen de rester ageraos, exempt de vieillesse, il y a moyen d’en atténuer l’impact négatif. Pour ce faire, l’entretien des corps est un prérequis : il relève d’un régime de vie, d’une diaita, hygiène toute médicale qui impose de prendre soin de sa personne, de faire de l’exercice, de réguler ses activités sexuelles, de contrôler son alimentation. À cet égard, le type du vieux Démade qui aurait été avide de nourriture est un exemple à ne pas suivre4. S’il faut attendre le deuxième siècle de notre ère pour que soit formellement définie la gérocomie, la branche de l’art médical relative aux soins spécifiques des vieillards, par Galien de Pergame, les émules et héritiers d’Hippocrate ont déjà réfléchi aux moyens de préserver au mieux leur santé5.
L’exercice physique
5La routine quotidienne systématique proposée au ive siècle par Dioclès de Carystos recèle une grande variété de tâches et réclame peu d’efforts : des promenades, hiver comme été, des bains chauds sans se mouiller la tête, des onctions et frictions d’huile de main propre ; ces dernières, en exigeant des mouvements légers et naturels, favoriseront le renforcement et la forme du sujet6. Nous avons vu que la course de fond préconisée par les médecins pour les hommes âgés constituait par ailleurs un excellent moyen d’échauffer l’organisme, de rétablir une température du corps équilibrée7. Admettons que cette discipline s’adresse aux plus vaillants sans être à la portée du tout-venant. La poursuite de l’entraînement physique par des vieillards qui en ont les moyens et s’y plaisent encore, aussi ridés et rebutants soient-ils, n’est nullement réprouvée, dans l’absolu8. Ayant cette propriété de soutenir le développement du corps aussi bien que d’en différer le dépérissement, la gymnastique est bien adaptée, conçue comme une activité de longue haleine qui ne cesse de fortifier l’organisme9. La thématique du pratiquant impénitent est exploitée par les imagiers qui font parfois d’un homme vieilli l’hôte d’une scène de palestre. Sur une coupe attique à figures rouges qui met en exergue les accessoires de toilette utilisés par les usagers, un athlète porte l’aryballe suspendu à son poignet10. Il est ostensiblement chauve, pourvu d’une barbe touffue, d’un ventre très arrondi, de chairs flasques. Par opposition au jeune homme muni du strigile qui figure sur l’autre face, le peintre expose le corps nu et imparfait de l’aîné encore intéressé par une séance d’exercice.
6Le motif n’est certainement pas détaché des pratiques contemporaines. Si la séparation entre gymnases des neoteroi et des presbyteroi préconisée par les concepteurs de cités parfaites ne semble pas refléter l’usage athénien de l’époque classique, rien ne s’opposait à la fréquentation des installations sportives existantes, publiques ou privées, par des hommes ayant dépassé aussi bien la fleur que la force de l’âge11. Faute d’espace réservé aux aînés, les gymnases et surtout les palestres devaient compter avec quelques vieux habitués soucieux de persister dans l’entretien de leurs corps12. Peut-être comptait-on parmi eux ces vieillards à la belle prestance que l’on sélectionnait périodiquement pour former les rangs de processions athéniennes et, plus sûrement, des athlètes ou anciens athlètes qui n’avaient pas encore raccroché. Dans son traité sur la gymnastique, Philostrate prétend, sans donner d’exemple, que quelques-uns prirent part aux concours pendant huit ou neuf olympiades13. Les disciplines qui exigent une grande maîtrise technique, telles que la lutte, peuvent sans conteste être pratiquées sur un temps long14. L’exploit d’Ephoudion, un pancratiaste arcadien, est passé à la postérité parce qu’il a vaincu son adversaire à Olympie alors qu’il était déjà vieilli et blanchi15. Les plus anciens n’ont généralement que peu de chances de remporter des compétitions face à de jeunes et robustes concurrents mais rien ne leur interdit de s’adonner aux exercices corporels et de dispenser leurs leçons dans les palestres16. Des amphores athéniennes produites au tournant des vie et ve siècles exploitent le sujet du combat de lutteurs engageant des hommes marqués par leur embonpoint et leur calvitie17. L’entretien des corps n’est pas limité dans le temps pour peu que l’on ait le goût de s’entraîner et le tonus musculaire requis. De surcroît, il est l’expression d’un mode de vie, de valeurs civiques, qui confortent les habitués des activités physiques dans leur routine18. Par conséquent, on devait rencontrer parmi les aleiphomenoi des établissements sportifs des cités ou des particuliers quelques usagers au seuil de la vieillesse, si ce n’est plus. Ceci sans compter les anciens qui fréquentent les installations pour jouir des bains ou faire un brin de causette19.
7Leur présence, néanmoins, soulève peu d’enthousiasme à Athènes, si l’on s’en tient à certaines de nos sources. Dressée en anti-modèle de Sparte, la cité est supposée dédaigner l’entretien des corps et railler ceux qui s’y appliquent continûment pour rester en bonne condition20. En outre, la fin de l’enrôlement ne le justifie plus. Il y est ainsi de bon ton de se moquer de celui qui, parvenu à l’âge de 60 ans, prétend encore se former aux marches militaires, s’atteler aux prises rapprochées dans les palestres et s’occuper d’équitation au risque de s’ouvrir le crâne21. Brocardé par Théophraste dans ses Caractères, le type contrevient aux valeurs et traduit un défaut d’adaptation personnelle, de sagacité et de conformité à l’ordre de sa cité22. L’amateur s’humilie lui-même. L’anecdote relative à la stupide désolation du vieux Milon de Crotone, privé de sa force proverbiale, renvoie encore opportunément au principe de réalité23. S’afficher dans l’arène sportive avec plusieurs temps de retard et un manque total d’à-propos, c’est ajouter à l’incongruité une certaine transgression des normes. Quitte à s’entraîner, mieux vaut inscrire sa pratique dans la discrétion plutôt que dans la performance.
L’orchestique
8D’autres activités corporelles, réputées plus douces, peuvent convenir aux vieillards. Occasion leur est donnée d’entretenir leur condition physique dans l’orchestique. La danse est en effet recommandée pour l’entretien du corps et la préservation de l’organisme, particulièrement aux âges avancés. Socrate en fait l’apologie et se montre désireux d’en expérimenter les bienfaits, de même que le Pseudo-Isocrate encourage à pratiquer ces exercices qui entretiennent la santé24. Nos auteurs n’entendent pas faire l’éloge des transports débridés d’un Philocléon sur scène mais ils font allusion aux figures eurythmiques d’une chorégraphie totalement maîtrisée25. Le penchant confessé par un Socrate alors quinquagénaire prête pourtant à rire, signe que l’activité ne recueille pas non plus l’assentiment général pour qui a dépassé la jeunesse. Platon se montre réservé et il exclut les hommes de plus de 60 ans des catégories de chœurs masculines, au motif qu’ils ne sont plus en état de satisfaire aux exigences d’une prestation chorale26. C’est en compositeurs, en mythologoi éducateurs de leurs cadets, qu’ils donneront leur pleine mesure27. N’ayant plus part aux bénéfices physiques de la danse, ils en conserveront toute la valeur morale, ravis et rajeunis par le spectacle des jeunes28. Ces conceptions idéales s’accordent-elles avec la réalité ? Difficile d’en juger d’après nos maigres témoignages. Aucun type d’orchestique n’est précisément associé aux anciens et il n’est pas étonnant que des corps diminués ne soient en rien sollicités. L’une des figures de danse mimétique signalée par Pollux à Sparte réside même dans une gestuelle imitant des vieillards appuyés sur des bâtons29.
9Liée à l’ivresse, la danse bachique occupe une place à part – suspecte aux yeux de Platon30. La faveur dont elle jouit, en raison des consolations qu’elle est censée procurer aux hommes d’âge, en fait une danse sénile par excellence. “On dit que le vin persuade les vieux de danser à l’insu même de leur volonté” dit un proverbe attribué à un auteur de la comédie Moyenne, Eriphos31. Le thème de l’effacement des ans dans l’euphorie procurée par le vin et la danse est banal. Il figure déjà dans les poésies anacréontiques et il est repris dans le théâtre32. Ce n’est pas, cependant, une forme d’expression corporelle jugée convenable et elle constitue pour l’ancien un contre-modèle, régulièrement tourné en dérision par les poètes33. Elle concourt à construire l’image bouffonne du vieillard pris de boisson, oublieux de son âge et de ses responsabilités. Elle confine à la licence comme l’illustre l’ardeur supposée de Polyperchon pour la discipline, sous l’effet du vin : selon Douris de Samos, il aimait à se vêtir d’une crocotte, de sicyonia et à danser sans fin34. Les conventions qui s’appliquent imposeraient de la retenue, de la modération, la parcimonie et la dignité du tempo d’un chœur tragique d’anciens. Les mouvements et déplacements esquissés par ses membres s’accordent mieux avec la condition, le genre et l’âge des personnages qu’ils incarnent ; au service du discours, ils développent une gestuelle noble et sobre35.
Conclusion
10Si plébiscitée soit-elle par les intéressés, la danse pratiquée par l’homme d’âge suggère le rire : les images parodiques de vieillards se prêtant à des prouesses acrobatiques le disent bien36. Ils ne sont plus réputés en âge de danser37. Plus généralement, les recommandations des spécialistes des régimes de vie quant aux bienfaits de l’exercice ont toute chance de rester lettre morte si l’on se fie aux réticences exprimées par ceux qui font profession de penseurs. Sans surprise, c’est un genre de vie plus contemplatif qui a leurs faveurs.
Hygiène de l’âme
11“Le plus beau viatique pour la vieillesse, c’est l’éducation”38. Cet adage prêté à Aristote recueille l’adhésion générale. Il invite à miser sur le savoir et la vie de l’esprit sur le modèle d’un Solon qui, selon ses dires, vieillissait sans cesser d’apprendre39. Se pose, dès lors, la vexante question des capacités cérébrales du vieillard. Solon lui-même n’ignore pas que le poids des années émousse l’intelligence et l’éloquence, que les aînés sont moins aptes à l’étude40. Le déclin des facultés mentales a donné prise à caricature et l’on songe bien sûr à Strepsiade en disciple horripilant du Socrate des Nuées, figure emblématique des défaillances séniles auxquelles se greffe, il est vrai, une bonne dose d’idiotie et de sournoiserie41. Son initiation intellectuelle est vouée à l’échec, en raison de son âge avancé qui ne le prédispose pas à apprendre et à assimiler. Dépourvu de mémoire, il ne peut faire son instruction et perd l’opportunité de devenir un débatteur42.
12Le portrait de l’opsimathès dessiné par Théophraste se fonde également sur la dissonance entre les aptitudes de l’élève et son sujet : celui qui apprend sur le tard des vers par cœur pour les oublier aussitôt ne réussit pas à combler ses lacunes mais à les rendre plus éclatantes en société43. Au demeurant, l’acquisition des tours de sophistes ou l’apprentissage d’un vernis de culture que l’on étale au banquet ne sont en rien conformes aux apprentissages auxquels se référait Solon, entièrement dirigés vers l’acquisition d’une sagesse44.
Doctes vieillards
13C’est la recherche continue de cette sophia, couronnement d’un parcours personnel, qui devrait occuper le vieillard. L’idée est portée sur la scène tragique45. Elle est défendue par les philosophes, conscients que la vieillesse en soi n’apporte pas, ni ne garantit, la sagesse46. Il faut donc la cultiver par l’étude et réaliser l’idéal de Socrate dans ses dernières années, scrutateur infatigable et dispensateur enthousiaste de la connaissance véritable47. Convaincu par ce précédent, Platon fait d’une petite élite choisie d’aînés des maîtres ès sciences de sa cité idéale, professeurs tout indiqués pour prodiguer les enseignements48. À la superficialité de la leçon tard apprise, Platon oppose le bagage intellectuel d’une vie, fruit de la formation progressive, de l’expérience, de la clairvoyance acquise au fil des ans49. Quelques-uns de ces vieillards instruits ou érudits se donnent à voir sur les monuments funéraires athéniens, immortalisés avec des rouleaux de papyrus en main50. Le vieux Chairion du dème d’Aixônè, décédé à 90 ans, est représenté sur le relief d’une stèle avec un volumen tandis que l’épigramme met en valeur sa sagesse51.
14Les philosophes se sont eux-mêmes largement conformés à cet idéal du docte vieillard. Les ouvrages consacrés à la vieillesse fournissent des listes édifiantes d’anciens remarqués pour leur énergie et leur fécondité intellectuelle52. Les Platon, Carnéade, Chrysippe et autre Cléanthe sont loués pour avoir mené à bien des travaux alors qu’ils étaient octogénaires ou nonagénaires. Passage obligé qui participe de l’essence du sage, l’étude assidue n’est ici interrompue que par la mort. Ces hommes satisfont leurs aspirations personnelles mais, suivant les idées de l’époque, ils s’appliquent aussi à lutter contre le travail du temps en pondérant leur déclin physique par les progrès de leur esprit. L’intense activité cérébrale est vue comme une opération de régénération continue dans un corps qui dégénère. Qu’on vienne à la réduire, et c’est la fin : Théophraste, infatigable travailleur qui interrompt ses activités pour assister à un mariage relâche ses efforts et trouve la mort incontinent53. Condition essentielle d’une réflexion philosophique, la préservation de la mémoire est d’importance capitale54. Une anecdote relative à Démocrite d’Abdère rattache explicitement son suicide aux troubles de la mémoire qui l’empêchent de travailler55. On pourrait ainsi conclure avec cette réflexion que l’on prête à Cléanthe : “Quand sur tous les points je me vois en bonne santé, capable de lire et d’écrire, je reste”56.
Des poètes périmés ?
15Ces portraits très convenus de vieux et glorieux philosophes contrastent avec l’image en demi-teinte que l’on donne des activités de l’esprit d’autres intellectuels. C’est le déclin de l’âge qui conduit Agatharchide de Cnide à mettre un point final à ses travaux57. Chez les poètes, le vieillissement prend une tournure plus aigre et délétère. L’hypothèse d’un Sophocle frappé de démence sénile, agitée par un fils à l’occasion d’un éventuel procès familial, jette une ombre sur le récit traditionnel d’une bienheureuse vieillesse58. Déjà, Aristophane l’avait campé en vieillard âpre au gain et comparé au vieux Simonide, le premier selon lui à proposer à des personnalités des éloges qu’il vendait à prix fort59. Les biographies théâtrales ne laissent pas d’isoler la vieillesse et d’en faire un élément de parodie utilisé aux dépens des adversaires. Le désamour du public pour les vieux poètes est un thème d’Aristophane, développé dans la parabase des Cavaliers en 424. Retraçant sommairement l’histoire du genre comique jusqu’à cette date, afin d’établir la nouveauté du théâtre de l’auteur, le chœur des jeunes cavaliers explique comment ses prédécesseurs ont perdu leur inspiration avec l’âge60. Magnès, Cratinos, Cratès, poètes illustres et établis des années passées ou présentes, sont tous trois convaincus de radotages, présentés comme des has been qui ne captivent plus les Athéniens61. Aristophane met en parallèle le temps de l’apogée et celui de la décadence et insiste sur l’impuissance fondamentale des vieux poètes de comédie à créer des pièces victorieuses. Cratinos est personnellement et professionnellement injurié, représenté en vieillard errant et alcoolique, porteur de couronnes désormais desséchées62 ; Aristophane lui conseille de se convertir en spectateur63. En le mentionnant entre Magnès et Cratès, il laisse entendre que Cratinos est non seulement d’une autre génération mais qu’il appartient au passé. Or, il n’en est rien. Cratinos est l’adversaire direct d’Aristophane aux Lénéennes de 42464. La contre-attaque du vieux poète l’année suivante, qui remporte la victoire aux Dionysies, clouant provisoirement le bec de son jeune rival, montre s’il en est besoin qu’il ne faut pas prendre les imputations d’Aristophane au premier degré65. Le vieil âge n’a pas privé Cratinos d’éclairs de génie, avec ou sans l’aide du vin66. Il n’empêche. Au-delà des normes de compétition et du dialogue qui s’instaure entre les poètes, la charge d’Aristophane pose la question des activités créatrices des vétérans et de leur réception.
16C’est la vieillesse des poètes qui est ici mise en cause pour expliquer leur manque de succès et, implicitement, la préférence accordée à de nouveaux venus. Aristophane aborde la question du fossé entre générations, de la marginalité des anciens dont les défaites seraient imputables à leurs sujets démodés ou à leurs plaisanteries surannées qui ne trouvent plus leur public. Il laisse entendre que les vieillards ne produisent que des vieilleries qui ne sont plus dans l’air du temps. Dressé en 424, le tableau ne manque pas de pertinence. Les années 420 correspondent en effet à un passage de relais entre deux générations de poètes, avec des victoires attribuées en grande majorité à des débutants, promoteurs d’une comédie nettement politisée en phase avec les attentes du moment67. En jouant les jeunes contre les vieux, l’innovation, la régénération contre le manque d’inventivité et la sénilité, Aristophane aborde un thème qui, pour être universel, n’est pas injustifié. Magnès, autrefois vainqueur de tant de trophées, semble produire des comédies bien trop naïves et “primitives” pour un public qui s’est laissé séduire par le style agressif d’un Cratinos, à son tour débordé et dépassé par le succès tout neuf des créations d’Aristophane68. L’image de basculements successifs qui, dans le troisième quart du ve siècle, ont comme périmé les pièces des anciens et transformé les vieux poètes comiques en reliques du passé n’est pas fausse. Une génération chasse l’autre et Aristophane, en figure de proue de la nouvelle vague, a beau jeu de moquer les vieux. Le processus tend à se reproduire : Athénée prétend qu’Anaxandride, poète de la comédie Moyenne, était lui-même devenu aigri à l’égard du public avec l’âge69.
Savoirs des vieilles femmes
17Absentes de ce tableau des sommités intellectuelles, les vieilles femmes n’y ont pas leur place. Elles ne sont pas en mesure d’égaler les niveaux de pénétration promis à leurs semblables masculins70. Le grand âge venu, les femmes sont nettement dissociées de ce qui fait sens comme l’illustrent les “contes de vieilles femmes” dont parle Platon, à maintes reprises71. Ceux-ci semblent agglomérer, dans l’esprit du philosophe, des expressions orales assez diverses, plus ou moins déconsidérées : les vieilles sont les dépositaires de légendes familiales racontées aux rejetons mais de celles, trop fabriquées, que l’on balaie d’un revers de main72. Elles sont également les narratrices des fables que l’on transmet par le biais de comptines aux enfants73. Cette parole des aînées, grands-mères ou nourrices d’âge avancé, est réduite à des fabulations sans queue ni tête, voire à des inepties qu’il y aurait nécessité à réviser74. Selon Platon, ces traditions orales vulgarisent des contenus irrationnels, des impostures en un sens. La transmission d’une culture académique passe par le canal masculin et la portée éducative des propos féminins est discréditée et réduite. Le point de vue est partagé par un personnage de Ménandre qui se plaint des leçons que reçoivent les jeunes filles de la part des femmes d’âge75. Les aïeules de la comédie ont en matière d’éducation une réputation détestable76.
18En définitive, c’est dans le seul domaine du savoir-faire que la compétence des vieilles femmes est tant soit peu établie - sans pour autant être reconnue77. Les sages-femmes en font la démonstration. Certaines vieilles femmes sont aussi réputées pour leur maîtrise et leur usage de substances curatives ou toxiques ; elles sont des spécialistes en recettes de philtres et potions d’amour, dirigent les opérations de la magie érotique78. Elles n’en deviennent pas savantes, mais dangereuses.
Conclusion
19Le tableau de l’activité intellectuelle dans le vieil âge est assez nuancé. Seuls les philosophes semblent en mesure de réaliser l’idéal d’un Solon. Les poètes des jeunes générations ne donnent pas de leurs aînés une image positive et la vieillesse est synonyme de déphasage, à tous égards. Quant aux vieilles femmes, à suivre nos sources, elles ne tirent rien de la marche du temps. Leur bagage cérébral est déprécié : d’après Platon, les petits enfants sont les seuls êtres suffisamment curieux, crédules et malléables pour y prêter attention.
Les joies de la famille
20La proximité des siens, le réconfort que l’on trouve à connaître “les enfants de ses enfants” sont des assurances reconnues d’une vieillesse fortunée79. Bien qu’incertaines, les probabilités d’en apprécier les bénéfices ne sont pas nulles et une quantité non négligeable d’individus eut l’opportunité de connaître des petits-enfants, au moins dans leurs jeunes années. Les régimes de nuptialité ayant une forte influence sur le nombre des aïeux présents, les grands-mères, qui ont été mariées très jeunes, sont sans doute plus nombreuses que les grands-pères80. Cette coexistence démographique n’implique pas automatiquement de cohabitation intergénérationnelle et les modalités de l’intervention des progonoi dans la vie de famille dépendent de leur milieu social, de leur domicile et de leur âge81. Sans parler de leur état de santé, qui peut représenter une sérieuse entrave pour le développement des relations personnelles.
Discrètes grands-mères
21À en juger par les rares occurrences dans les textes athéniens, la grand-mère n’est pas une interlocutrice ordinairement mise en avant82. Cette discrétion que l’on peut en partie attribuer au silence qui entoure la vie des femmes d’une maison, comme à la circonspection face à celles qui seraient veuves, peut également s’expliquer par la faible publicité faite aux sentiments. Le mutisme des sources n’est pas même rompu par la mort car leur mémoire n’est pas conservée en tant que telle. Priorité est donnée à la famille nucléaire et c’est sous l’identité de l’épouse ou de la mère que l’on se souviendra d’une défunte âgée, non comme une tèthè83. Connaître “les enfants de ses enfants”, ainsi que le précisent quelques épigrammes athéniennes, souligne la contribution d’une femme dans la génération : c’est une manière de confirmer qu’elle a rempli son contrat et qu’elle peut partir avec la satisfaction du devoir accompli84. L’expression ne vaut pas reconnaissance comme grand-mère mais elle fait de la défunte le maillon d’une continuité familiale85.
22La mise en lumière des relations personnelles établies entre une aïeule et son petit-enfant dans l’épitaphe qui célèbre Ampharétè est par conséquent tout a fait exceptionnelle. Le monument funéraire qui lui est dédié à Athènes, dans les dernières années du ve siècle, met en valeur l’amour de cette grand-mère pour l’enfant de sa fille :
“Le cher enfant de ma fille, je le tiens ici, lui que, lorsque vivants, nous regardions de nos yeux les rayons du soleil, je tenais sur mes genoux, je suis morte, il est mort, et je le tiens”86.
23Le redoublement du thème de la proximité physique et affective, dans le texte et dans l’iconographie de la stèle, permet d’établir certaines des assignations sociales de son état : le rôle d’une grand-mère est de cajoler, de conforter, de protéger, de servir de complément à la mère. On est ici frappé par la familiarité qui semble exister entre Ampharétè et son descendant ou sa descendante, et cette grand-mère ne paraît pas demeurer à la périphérie de la cellule familiale. Une stèle élevée en mémoire de Philokydis, vers 360 environ, met aussi en lumière l’implication des progonoi et notamment la subsidiarité féminine lors du décès de la mère. Timagora, la grand-mère maternelle, est en première ligne pour prendre le relais de la défunte vis-à-vis de son enfant, une petite fille en l’occurrence87.
24Ces cas ne sont probablement pas isolés. La relative jeunesse de certaines grands-mères aura permis de tisser des liens sur la longue durée, de même qu’une corésidence fera de l’aïeule un acolyte habituel des petits-enfants. La comédie connaît le tèthalladous, l’équivalent de l’enfant gâté par sa mamie et le symbole de l’existence de liens étroits, intimes, cimentés parfois par des années de cohabitation88. Le tableau des relations intrafamiliales dressé sur la scène tragique attribue aussi aux grands-mères paternelles, toutes âgées, une place de choix. Hécube témoigne de son amour pour Astyanax, des échanges réciproques, des jeux complices et des caresses qu’ils partageaient89. C’est elle qui l’ensevelit, en l’absence de sa mère. Une autre aïeule, Alcmène, est en charge de lourdes responsabilités affectives et matérielles : elle prodigue ses soins, accompagne et protège les enfants d’Héraclès, prête au sacrifice pour assurer leur salut90. Remarquons pour terminer que les portraits donnés par Plutarque de deux grands-mères spartiates ne sont pas sans rappeler les figures épiques évoquées ci-dessus. Archidamia et Cratésicleia, femmes d’action s’il en est, scellent leur destin par un appui indéfectible à leur descendance91. Elles occupent avec cran la place laissée vacante par les pères ou les grands-pères disparus. Archidamia, tout d’abord, qui a élevé Agis, l’a soutenu dans sa politique et a tenté d’intercéder auprès de ses ennemis, finit par le suivre dans la mort : c’était alors une femme très âgée92. Cratésicleia ensuite, qui mène ses petits-enfants en exil, partage leurs peines et les assiste jusqu’à la fin. Ses dernières paroles leur sont destinées et elle meurt en déplorant l’assassinat odieux des enfants de Cléomène93. Dans ces récits aux accents de mélodrames, qui doivent sans doute beaucoup à Phylarque, Plutarque construit l’image de grands-mères admirables, ennoblies par l’amour de leurs rejetons, par leur dévotion totale et leur loyauté à l’égard des rois et de la cité94. À l’intersection des domaines publics et privés, en bonnes Spartiates, elles donnent une leçon de “grand-maternité”. D’autres personnages publics ont également pu compter sur le soutien actif d’une mère pour accompagner leur propre progéniture : Stratonice, mère de Démétrios, fait office de gardienne des enfants de son fils95. D’une génération à l’autre, ces femmes sont reconduites dans les mêmes missions : choyer, entourer, s’entremettre et, à tout le moins, se rendre utiles auprès de jeunes enfants. On peut y voir une prolongation de leur maternité, et même un parachèvement de celle-ci dans le vieil âge.
Les grands-pères : si loin, si proche…
25Les grands-pères occupent une place différente ne serait-ce qu’en raison de leur position privilégiée dans une parenté et dans une mémoire lignagère. Au plus près des racines d’une lignée, ils endossent tout naturellement cet emploi dans quelques épigrammes funéraires, en particulier au ive siècle où plusieurs défunts athéniens sont établis comme tels96. La mise en scène de trois générations sur la stèle dédiée au vieux Littias rappelle qu’il n’a pas seulement été un doyen d’âge mais qu’il fut également un patriarche pourvu d’une belle descendance97. Morts ou vifs, ces hommes sont des sommités familiales, des pivots d’un réseau de parenté en fonction desquels il convient de se positionner.
26Concrètement, les relations qu’ils entretiennent avec les petits-enfants semblent des plus variées. L’exemple de rapports conflictuels est illustré dans le Contre Diogiton de Lysias où l’accusé est à la fois le grand-père maternel et l’oncle paternel des enfants, installé ce faisant en des degrés de parenté dont les intérêts divergent. Tuteur de ses petits-enfants, il lui est reproché par sa fille de les avoir dépouillés de tous leurs biens98. Le portrait moral qui perce sous l’exposé à caractère technique insiste sur l’indignité et la méchanceté de l’aïeul, imperméable aux devoirs induits par la parenté verticale99. À l’opposé, c’est en grand-père attentif que se pose Isocrate dans l’une de ses lettres ouvertes. Le vieil homme intervient auprès des autorités de Mytilène pour leur recommander d’adoucir le sort d’Agénor, maître de musique de ses petits-enfants qui l’ont prié d’agir en ce sens100. Les considérations d’ordre public ne sont pas étrangères à la pétition, mais le vieil homme n’hésite pas à motiver son geste par le désir de plaire aux enfants d’Aphareus101. L’intimité et l’affection réciproque semblent pareillement caractériser les relations entretenues par l’Athénien Kiron et ses petits-fils. L’un d’eux, client d’Isée, fournit pour les besoins de sa cause la liste de leurs activités communes ; aux rendez-vous occasionnés par des cérémonies religieuses à l’intérieur et hors de l’oikos, s’ajoutent des rencontres répétées au domicile du vieil homme, “comme de juste” selon le plaideur pour un grand-père maternel102.
27Ascendants du côté du père ou de la mère, les grands-pères sont supposés se conformer aux normes de la philia. S’il est possible d’envisager une plus grande proximité avec les enfants des filles, en raison d’un moindre écart d’âge notamment, il est hasardeux d’en faire un habitus social ordinaire103. La filiation et la succession patrilinéaires reposent sur des liens généalogiques, elles forgent une certaine cohésion entre ascendants et descendants à défaut, parfois, d’attachement véritable104. Mettant en scène Critias dans son Timée, Platon en fait le narrateur d’une histoire familiale sur ce point instructive105. Critias se souvient des visites qu’il rendait à son grand-père du même nom à l’occasion des fêtes des Apatouries : elles étaient prétexte pour l’enfant qu’il était – il n’avait pas encore 10 ans – à réciter des poèmes et à écouter les histoires racontées par son aïeul qui allait vers ses 90 ans. Le récit de Critias ne témoigne pas d’une réelle proximité mais il fait de l’ancien un passeur d’histoire(s) et de valeurs. Les rites et rassemblements périodiques d’une famille sont des occasions d’échanges et de partage. Ils ne permettent pas forcément d’atténuer le fossé générationnel.
28Les exemples mythiques exposés par L. Gernet, qui mettent en valeur le rôle du grand-père maternel dans l’éducation des enfants, ne trouvent en revanche que peu de prolongements dans les sources historiques106. La contribution de grands-pères pédagogues est très mal documentée et sans doute assez maigre du fait de la concurrence des pères qui ont la haute main sur la formation de leurs enfants. Ils sont certainement plus actifs dans les socialisations hors de la maison et en mesure de transmettre à leurs descendants leurs intérêts et leurs savoirs, de servir de modèles. Les liens entre Sophocle et son petit-fils, Sophocle le Jeune, favori de son grand-père selon une tradition biographique reprise dans la Vie de Sophocle, sont très étroits ; le jeune homme fait représenter Œdipe à Colone après la mort du vieux tragédien et il devient à son tour un poète reconnu107. Il a bien évidemment été formé par son talentueux aïeul, comme Iophon avant lui.
Conclusion
29Nos témoignages accordent finalement peu de place aux grands-parents auxquels on ne reconnaît pas de réelle spécificité, contrairement aux parents ou aux maîtres. La grand-parentalité reste à inventer, du moins dans les représentations collectives, et tout se passe comme si ce n’était pas une véritable position sociale. Les grands-mères et les grands-pères n’apparaissent que subrepticement, mis en valeur par exception, de manière fugace108. L’imaginaire familial les enjoint à faire preuve de tendresse et d’amour pour leurs petits-enfants, à veiller sur eux si besoin109. À charge de réciprocité110. Ces attentes sont vraisemblablement remplies, d’autant mieux que les échanges sont limités en nombre : père d’une épiclère, Kiron n’a que deux petits-fils111. Dans ces conditions, l’intensité des liens a toutes les chances de s’accroître.
Notes de bas de page
1Antiphane, PCG, II, fr. 250.
2Arist., Rh., 1.5 (1361b) : un corps exempt des misères de la vieillesse, qui permet les travaux indispensables et évite d’être à la charge d’autrui.
3Courtil 2018.
4L’anecdote sur Démade est transmise par Plut., Phocion, 1.3 et développée dans De l’amour des richesses, 5 (525 B-C). Elle participe d’une tradition négative analysée par Brun 2000, 22-31.
5Galien, De la préservation de la santé, 5.4 (éd. Kühn 1821-1833, vol. 6, 330) avec les commentaires de Boudon-Millot 2018, 103-108.
6Dioclès de Carystos dans Du régime salutaire, 4-6 (cité par Oribase, Collectiones medicae, Libri incerti, c. 40 ; éd. Raeder 1933, 145-146) avec les commentaires de Van der Eijk 2001, vol. 2, 347-352. Les bains chauds font aussi partie des usages sanitaires recommandés pour les vieillards dans Plat., Leg., 6.761c.
7Hippoc., Du Régime, 2.63.2 (Littré, 6.578).
8Plat., Rep., 5.452b, sur les vieillards ridés qui fréquentent encore les gymnases.
9Plat., ibid., 7.521e et Lois, 6.761c.
10Athènes, National Archaeological Museum, 1248 : coupe produite entre 475 et 425, attribuée au Peintre de Bruxelles R 330 (BAPD 211313 et Catalogue de l’exposition “Le corps et l’esprit” organisée par la Fondation de l’Hermitage, Lausanne, 1990, 99, fig. 36). Placé au centre de la composition, l’homme est encadré par un jeune homme et un homme barbu, tous deux vêtus d’un himation et portant un bâton.
11Arist., Pol., 7.12 (1331a), pour la mise en place de deux gymnases séparés. Fröhlich 2013, 84-85, tire argument d’un passage du Banquet de Xénophon (Symp., 2.3-4) pour inférer, qu’à l’époque de Socrate, il était normal de ne plus fréquenter le gymnase passé la trentaine. Considérons qu’il peut y avoir des exceptions et d’autres lieux, ouverts à tous, pour s’entraîner. Dans un passage du Banquet de Platon, Socrate lui-même est mis en scène, non au gymnase, mais partageant les exercices physiques d’Alcibiade, notamment de lutte, Symp., 217b-c.
12Delorme 1960, 59-60 ou 261-267 et Kyle 1987, 56-101, pour un aperçu des différents établissements publics ou privés, à Athènes. Poll., Onom., 2.13 signale des “γερόντειαι παλαῖστραι” d’après Antiphane (PCG, II, fr. 298) : détachée de tout contexte, la mention est difficilement exploitable. À la fin de l’époque hellénistique et dans un autre environnement politico-social, c’est dans une “palestre des anciens” que se réunissent les presbyteroi de Samos comme l’indique un décret adopté par “τοῖς ἀλειφοµένοις ἐν τῆι γεροντικῆι παλαίστραι”, IG XII 6, 1, 133, l. 1-2 et 15-16.
13Philostr., De la Gymnastique, 43 (éd. Pigeaud 2014).
14La carrière du plus fameux lutteur de l’Antiquité, Milon de Crotone, s’étend au plus haut niveau sur une vingtaine d’années au moins dans la catégorie des adultes, entre 532 et 512 ; il est encore victorieux à 40 ans. Le nombre exact de ses victoires a fait débat : cf. Maddoli 1992 ; Stevenson 2012 ; Roubineau 2016, 29-45.
15Aristoph., Vesp., 1192 (“ἤδη γέρων ὢς καὶ πολιός”) et aussi 1384 (“ἤδη γέρων ὤν”). Ephoudion (ou Ephotion) a remporté le concours en 464 aux dépens d’Ascondas, Moretti 1957, 95, n° 253.
16Plusieurs cas signalés par M. Golden, empruntés à des périodes et à des aires géographiques variées, Golden 1998, 117-118.
17Par exemple, Berlin, Antikensammlung, F1853 : amphore à figures noires, du dernier quart du vie siècle (BAPD 6095 = CVA 45, Berlin Antikenmuseum 5, pl. 33). Birchler Emery 2010a, 332-334, fait observer que l’embonpoint des lutteurs n’est pas un signe d’âge ; il dénote l’importance de la masse corporelle dans un sport qui ne connaît pas de catégories de poids. La calvitie, en revanche, est l’expression de la longue pratique qui conditionne la parfaite maîtrise technique.
18Parmi lesquels on compte Eschine, déjà dans la force de l’âge, Tim., 135. Pour cette fréquentation liée aux valeurs sociales, Fisher 1998.
19Plat., Leg., 6.761c, préconise l’installation de bains chauds réservés aux vieillards dans les gymnases (“γεροντικὰ λουτρὰ θερµὰ”).
20Xen., Mem., 3.5.15 : l’idée est exprimée par Périclès fils, dans son dialogue avec Socrate.
21Theophr., Char., 27.3, 6 et 10. Chaque portrait des Caractères se présente comme une observation de la nature humaine : il modélise ici l’èthos particulier d’un groupe d’âge, ses vices et vertus ; il s’agit en l’occurrence des hommes déjà vieux qui, par manque de jugement, veulent faire comme les jeunes.
22Cf. Volt 2010.
23Cic., Sen., 9.27. Réputé pour sa force, Milon ne l’était pas précisément pour son intelligence aux dires de Galien, cf. Visa-Ondarçuhu 1999, 245.
24Xen., Symp., 2.16-19 et Diog. Laert. 2.32 ; Ps-Isoc., À Démonicos (I), 14.
25Aristoph., Vesp., 1474-1537.
26Plat., Leg., 2.657d et 664d ; son troisième chœur, consacré à Dionysos, est formé des hommes de 30 à 60 ans. Cf. Murray 2013.
27Plat., ibid., 2.664d et Bartels 2012.
28Sur ces idées, Lonsdale 1993, 25, 38-39 et 60-61 ; Mouze 2005, 151.
29Poll., Onom., 4.104 (éd. Bethe 1900) : “οἳ δὲ ὑπογὗπωνες, γερόντων ὑπὼ βακτηρίαις τὴν µίµησιν εἶχον”. Ce témoignage est unique et la danse en question inconnue par ailleurs. La note de Pollux a été mise en relation avec quelques décors de céramiques en figures noires ou rouges par Brommer 1968, 50-52. Le lien est ténu et hypothétique.
30Plat., Leg., 7.815c, qui l’exclut pour le citoyen.
31Eriphos, PCG, V, Αἴολος, fr. 1 (cité par Ath. 4.134c) : “οἶνον λέγουσι τοὺς γέροντας (…) πείθειν χορεύειν οὐ θέλοντας”.
32Eur., Bacch., 185-189 : Cadmos en oublie sa vieillesse. Dans la poésie anacréontique, fr. 39 par exemple, “Φιλῶ γέροντα τερπνόν, φιλῶ νέον χορευτάν, ἂν δ᾽ ὁ γέρων χορεύηι, τρίχας γέρων µέν ἐστιν, τὰς δὲ φρένας νεάζει” (éd. West 1984) : “J’aime un vieillard plaisant ; j’aime un jeune danseur ; et si le vieillard se met à danser, il est vieux par les cheveux, mais jeune par le cœur” (trad. Lambin 2002, 206).
33Delavaud-Roux 2009, 4-9.
34Ath. 4.155c, d’après Douris de Samos (FGrH, 76, F 12). Tel qu’il est présenté par Plutarque, le vieil Antigone Gonatas, tout à sa joie après la prise de Corinthe, fournit un autre exemple, Aratos, 17.6.
35Delavaud-Roux 1994, 151-152.
36Birchler Emery 2010a, 336-337, pour des exemples en figures noires, notamment le skyphos du Musée archéologique de Thèbes, BE64.342, présentant sur une face les pas de danse d’un chœur de six vieillards précédés d’un aulète et sur l’autre, les mêmes personnages dépouillés de leurs manteaux, faisant le poirier (BAPD 4635 = Trendall & Webster 1971, 22, fig. 1, 13 a-b), vers 480.
37Dans une épigramme anonyme de l’AP, les évolutions d’un Cadmos, qui n’est plus dans la fleur de l’âge, sont bien distinguées de celles des autres danseurs : Anthologie de Planude, 289 et les commentaires de Garelli 2007, 165-167.
38Diog. Laert., 5.21 (trad. Goulet-Cazé, éd. 1999).
39Solon, fr. 18 : “γηράσκω δ᾽αἰεὶ πολλὰ διδασκόµενος” (éd. West 1992) : “Je vieillis en apprenant toujours davantage”. C’est un modèle qui fait école, Plat., Lach., 188b, 189a.
40Solon, fr. 27, l. 13-14 : l’homme est au sommet de ses capacités entre 42 et 56 ans. Le déclin survient dès le début la neuvième hebdomade, à 56 ans.
41La bêtise de Strepsiade est amplement informée, Aristoph., Nub., 398 (“ὦ µῶρε”), 628 (“ἄπορον”, “σκαιὸν”) ; aussi aux vers 789, 818-819, etc.
42Aristoph., ibid., 260, pour les promesses de Socrate et Menu 1992, 171-178.
43Theophr., Char., 27.1-2, avec les commentaires de Millet 2007, 69-82.
44Plut., Solon, 2.2. Ce dessein est partagé par un autre des Sept Sages, Bias, d’après une sentence rapportée par Diog. Laert. 1.88 : “Prends la sagesse comme viatique, de la jeunesse à la vieillesse, car cela est plus sûr que toutes les autres possessions” (trad. Goulet-Cazé, éd. 1999).
45Par exemple, dans Soph., Ant., 710-711 ou 1347-1353 ou dans Aesch., Ag., 584.
46Plat., Lach., 188b.
47Dans l’Euthydème de Platon, le vieux compagnon de Socrate, Criton, est aussi désireux de s’instruire, en dépit de son âge, 304c.
48Plat., Rep., 7.540a-c.
49Les deux sophistes qui prétendent pourvoir à l’instruction de Socrate et de Criton dans Plat., Euthyd., 271c et 272c, sont des vieillards qui se sont mis tardivement à leur discipline, l’éristique : ils constituent des contre-exemples et sont combattus par Socrate. Tarrant 1996, pour un aperçu des idées du philosophe sur la question.
50Par exemple, sur un lécythe de marbre conservé à Berlin, Staatliche Museen K 67 (Pergamon Museum, inv. 1466), du milieu du ive siècle : le défunt, Philourgos, est un vieil homme assis (CAT 2.389). La provenance est incertaine, peut-être du Pirée.
51Athènes, Piraeus Archaeological Museum, 1170 et IG II², 5452 (= CEG 2, 531) : “σωφροσύνην δὲ ἤσκησα” à la l. 2 de l’épigramme.
52Cic., Sen., 5.13 ; 7.21-23 ou Val. Max., Faits et dits mémorables, au livre 8, chapitres 7 (De l’étude et de l’application) et 13 (De la vieillesse).
53Diog. Laert. 5.40 et Suidas, s.u. Θεόφραστος (éd. Adler 1928-1935, vol. 2, 701, θ 199).
54Plat., Rep., 6.486c-d.
55Lucr., De la nature, 3.1039-1041 ; aussi Ath. 2.46e-f.
56Diog. Laert., 7.174 (trad. Goulet-Cazé, éd. 1999).
57Phot., Bibl., 3.213 et 7.250, 110 : il abandonne son exposé car son âge ne lui permet plus de soutenir des efforts intellectuels.
58Vita Sophoclis, 13 (TrGF, vol. 4, T 1, éd. Radt 1977) repris par Plut., An Seni, 3 (785 A-B) et le Ps-Luc., Les “longue-vie”, 24. Sur les années de vieillesse du poète, Phrynicos, PCG, VII, Μοῦσαι, fr. 32 et Plat., Rep., 1.329b-d.
59Aristoph., Pax, 695-699. L’allusion garde tout son mystère et la cupidité supposée pourrait être liée à des activités poétiques ou même politico-militaires. Selon Sousa e Silva 1983, 452, Sophocle aurait pu écrire un chant en l’honneur d’une personnalité connue qui l’aurait grassement rémunéré. Selon Jouanna 2007a, 47-48, qui se fonde sur la scholie d’Aristophane loc. cit., le poète pourrait faire allusion à une stratégie assumée pour le seul appât du gain.
60Aristoph., Eq., 518-540 ; ils ont été abandonnés (“προδιδόντας”), trahis par leur public.
61Aristoph., ibid., 531 et 536. L’auteur insiste énormément sur la perte de l’esprit avec l’emploi des verbes “παραληρέω” et “ληρέω”. C’est Hubbard 1991, 74, qui emploie judicieusement l’expression “has been”. Les trois auteurs pris à partie appartiennent à des générations distinctes. Magnès a probablement obtenu sa première victoire aux Dionysies de 473-472 (IG II², 2318, l. 8), Cratinos dans ce même concours dans la seconde moitié des années 450, de même que Cratès (IG II², 2325, l. 50 et 52), cf. Olson 2007, 382-384. L’originalité artistique de chacun des trois poètes au temps de leur splendeur est néanmoins mise en valeur par Aristophane, cf. Trédé 2000.
62Aristoph., ibid., 526-536. Analyse des images par Perusino 1982.
63Aristoph., ibid., 536 : “ἀλλὰ θεᾶσθαι λιπαρὸν παρὰ τῷ ∆ιονύσῳ”.
64Aristoph., ibid., Hyp. 1.5. En 424, il présente Σάτυροι qui obtiendra le deuxième prix.
65Aux Dionysies de 423, c’est la pièce de Cratinos, Pytine (PCG, IV, Πυτίνη, fr. 193-217), qui l’emporte devant Les Nuées d’Aristophane, à la troisième place : Nub., Hyp. 6. Pour l’étude des portraits scéniques et des jeux complexes d’interaction entre les pièces des deux poètes, Luppe 2000, Biles 2002 et O’Sullivan 2006.
66Cratinos construit son scénario sur la base du portrait caricatural donné dans Aristoph., Eq., et se pose en ivrogne qui délaisse sa muse au profit de la “bonbonne”, cf. scholie au vers 400 des Cavaliers (PCG, IV, Cratinos, Test. 2, 219). En 423, c’est un homme très âgé, ayant dépassé les 90 ans selon le Ps-Luc., Les “longue-vie”, 25.
67Biles 2001, 195-200, pose la question de la solidarité entre les nouveaux arrivants, Phrynicos, Eupolis, Platon et Aristophane, face aux anciens.
68Storey 2010, 184-186 et Biles 2011, 97-133.
69Ath. 9.374a : “δυσκολαίνων τοῖς θεαταῖς διὰ τὸ γῆρας” (PCG, II, Anaxandride, Test. 2, 236).
70Sur cette différence, par exemple, Lalanne 2022.
71Plat., Rep., 1.350e, ou encore Gorg., 527a.
72Plat., Lys., 205c-d.
73Plat., Hipp., 285e-286a.
74Dans Rep., 2.377b-c, Platon revient sur ces fables, bonnes ou mauvaises, que content les nourrices et les mères et sur la nécessité de définir un “corpus”. Plutarque y fait encore référence, des siècles plus tard dans De l’impossibilité de vivre heureux en suivant Épicure (1101 C).
75Men., Dys., 385-387 : la tante (“τηθίδος”) et la nourrice (“µαῖα”).
76Antiphane, PCG, II, Mµισοπόνηρος, fr. 157, s’en prend aux vieilles nourrices et à leur influence pernicieuse. De surcroît, leur addiction à la boisson rend toute leçon problématique.
77Sur le type de savoirs que l’on prête aux femmes, Wagner-Hasel 2011. Sur la manière dont elles peuvent en être dépossédées par les savants masculins, Totelin 2020b.
78Eur., Hipp., 509-515 : la vieille nourrice de Phèdre est experte dans les charmes érotiques. Faraone 2006, 138-149 et 158-162 pour le rapport des femmes à la magie érotique. Une vieille femme apparaît dans un fragment de la pièce d’Alexis intitulée Μανδραγοριζοµένη, sans que l’on sache son rôle précis dans l’élaboration de la préparation aphrodisiaque et narcotique à base de mandragore (PCG, II, fr. 147).
79C’est un motif que l’on trouve exprimé dans Plat., Leg., 11.927b, comme dans les épigrammes du ive siècle. Par exemple, IG II², 6288 (= CEG 2, 566, l. 6) : “(…) φῶς δ´ ἔλιπ´ εὐδαίµων παῖδας παίδων ἐπιδοῦσα” pour une femme, ou encore, pour un défunt masculin cette fois-ci, IG II², 7393 (= CEG 2, 524, l. 5) : “(…) εὐδαίµων δὲ ἔθανον παίδων παῖδας καταλείπων”.
80Scheidel 2009, pour des hypothèses démographiques, fig. 4 et 6, 37-38 notamment. Le plaideur d’Antiph., Sur le meurtre d’Hérode, 79, insiste sur son jeune âge et sur celui, élevé, de son père.
81Corvisier 1991, 28, attire l’attention sur les disparités entre milieu urbain et rural en matière de co-résidence. Il faudrait ajouter un autre critère opératoire qui distingue riches et pauvres et, pour ces derniers, une proportion plus élevée de cohabitation subie entre plusieurs générations. La modélisation de l’oikos établie par Bodiou & Brulé 2013, 31-36, reste très discutable s’agissant de l’âge moyen au veuvage, de la proportion de veuves, de leur lieu de résidence.
82Sauf brève mention pour l’établissement de l’identité d’un enfant ou de la légitimité d’une union : des exemples dans Ernoult 2012. Signalons qu’une pièce de Diphilos avait pour titre Τήθη ; aucun fragment n’a été conservé, PCG, V, Test. 6, 48 (= IG II2, 2363, l. 35).
83Sur τήθη, terme à tonalité enfantine, Du Bouchet 2013, 37 et 39 : le mot, rare dans les sources, ne l’était certainement pas dans la langue courante. D’autres termes familiers devaient aussi être employés pour désigner la grand-mère, comme νίννη ou µάµµη, mais ils n’ont laissé que des traces écrites tardives, cf. Golden 1995, 20-21 et Sève 2009, 313-314.
84La formule apparaît pour des disparues dans quelques épitaphes du ive siècle, IG II², 11998 (= CEG 2, 563), l. 1 : “παῖδας παίδων ἐπιδοῦσαν” ; IG II², 6288 (= CEG 2, 566), l. 5 : “παῖδας παίδων ἐπιδοῦσα” ; SEG 28.248 (= CEG 2, 613), l. 3 : “τρεῖς παῖδας καὶ ἐκ τούτων ἑτέρους παῖδας προσιδοῦσα”, ou encore IG II², 5673 (= CEG 2, 541), l. 4-5 : “τέκνων δ´ ἐπιδοῦσ[α ἔτι] παῖδας”. On pourrait ajouter à cette sélection l’inscription qui honore Lysimachè, la prêtresse d’Athéna, IG II², 3453 (= CEG 2, 757).
85Comme le montre bien l’épitaphe IG II², 5673 (= CEG 2, 541) : le premier distique situe d’abord la défunte par rapport à son père et à ses biens ; s’il s’agit d’une épiclère, la continuité de la descendance en ligne patrilinéaire est une assurance de transmission régulière des biens.
86Athènes, Musée archéologique du Céramique, P 695 – I 221, vers 420-410 : CAT 1.660 ; IG I3, 1290 ; CEG 1, 89. “Τέκνον ἐµῆς θυγατρὸς τόδ´ ἔχω φίλον, ὅµπερ ὅτε αὐγὰς : ὄµµασιν ἠ/ελίο ζῶντες ἐδερκόµεθα, ἐχον ἐµοῖς γόνασιν καὶ νῦν φθίµενων φθίµένη ᾽χω" (trad. Muller-Dufeu 2011, 293). Aucune allusion au sexe ou à l’âge de l’enfant (“τέκνον”), ni à l’âge au décès de cette grand-mère.
87Gravestone, 169-170, app. II (= CEG 2, 522) : “Τιµαγόρας θύγατερ καὶ Ἀριστοκλέους Φιλοκυδί, χαῖρε. Ποθεῖ σε Εὔκλεια ἣν ἔλιπες προγόνοις” (“Philokydis, fille de Timagora et d’Aristoklès, salut. Eukleia se languit de toi, que tu as laissée à ses grands-parents”). La stèle est élevée par les parents de Philokydis : l’absence de référence à l’époux pourrait indiquer qu’il est déjà décédé.
88PCG, VIII, Adespota, fr. 196. Sur le sens du mot, Suidas, s.u. τηθαλλαδούς (éd. Adler, 1928-1935, vol. 4, 537, Τ 469) : “γυναικοτρόφους, ὑπὸ τήθῃ τεθραµµένους” : qui a été nourri dans l’espace des femmes, qui a été élevé par une grand-mère.
89Eur., Troy., 790 et surtout 1167-1188.
90Eur., Heracl., 41-44, 710 et 648-650.
91Ces femmes représentent les deux maisons royales, l’une est grand-mère en ligne maternelle pour Agis, l’autre en ligne paternelle pour les enfants de Cléomène. Les origines et la date de naissance d’Archidamia ne sont pas connues avec précision, McQueen 1990, 168-170.
92Plut., Agis, 4.1 ; 7.4 ; 9.6 ; 19.10 et 20.3.
93Plut., Cléomène, 22.4-9 et 38.2-9.
94Le cas d’une grand-mère et de petits-enfants ayant partie liée dans l’échec du fils/père s’observe, vers la même époque, dans l’histoire de l’Asie séleucide : la mort s’impose simultanément à la mère de Molon et à ses enfants après le suicide du satrape ; ils sont exécutés par une même main, Polyb. 5.54.5.
95Plut., Démétrios, 35.5 et 38.1.
96IG II², 5421a, addenda, 879 (= CEG 2, 521) : vers le milieu du ive siècle, la stèle d’un défunt a probablement été élevée par ses petits-fils (“υἱωνοί”, l. 2). Avoir vu naître des petits-enfants est une source de satisfaction à laquelle il est fait référence : par exemple, IG II², 6214, 7195, 7393, 11375 (= CEG 2, 601, 570, 524, 574). L’épitaphe d’Euphranor de Rhamnonte indique qu’il laisse derrière lui des descendants sur trois générations, cf. supra, chap. III.
97Athènes, Piraeus Archaeological Museum, 3504 : sont représentées trois générations, un homme âgé, une fillette au centre et une femme assise à droite ; l’inscription sur l’architrave fournit les noms de Littias, Choirinè et Lysistratè, cf. Davaras 1965, 121 ; BE 1968.231 ; SEG 24.256 ; Gravestone, 133, n° 55 bis. L’interprétation de stèles qui mettent en présence un homme d’âge et un jeune enfant, sans inscription conservée, reste en revanche bien plus délicate ; ainsi la scène de dexiosis entre une fillette et un homme âgé, appuyé sur un bâton, Athènes, National Archaeological Museum, 777 (CAT 1. 1689) est-elle diversement commentée. Pour Golden 1990, 137, c’est l’évocation probable d’un grand-père et de sa petite-fille. Xagorari-Gleissner 2007, 54-55, propose d’identifier une fille épiclère et son père.
98Lys., Contre Diogiton, 4-10.
99Si l’on rappelle que Diogiton est “πάππον δὲ τῶν παιδίων καὶ θεῖον”, 5, l’accusation vise clairement le pappos qui n’a pas accompli ce que l’on était en droit d’attendre de lui, 3, 16 et 24.
100Isoc., Lettre VIII, Aux magistrats de Mytilène, 1-2 et 10. Il s’agit d’une recommandation en faveur du retour d’Agénor et de sa famille, bannis de la cité. Elle est datée des années 340 : l’Athénien est alors octogénaire. Sur ces lettres, Sullivan 2007.
101Isoc., ibid., 10 : “τοῖς τε παισὶν ἡµῶν χαρίσασθαι”.
102Isae., Kiron, 15-16 et 37 : les enfants assistent aux sacrifices et aux Dionysies rurales, conduits par leur grand-père.
103Bremmer 1983, 177 et 183-184, à partir de quelques cas historiques choisis et d’une sélection d’exemples mythiques. Prétendre que le grand-père et l’oncle maternel sont probablement les seuls hommes à pénétrer dans l’oikos de leur fille/sœur est excessif.
104La disparition de Néoptolème, son unique petit-fils, est source de misère et de douleur pour Pélée, désormais “ἄπαις”, “ἄτεκνος”, Eur., Andr., 1207 et 1216.
105Plat., Tim., 20e-d.
106Gernet 1955, 20 et 24-26 spécialement. Les anecdotes de Xénophon sur les leçons reçues par Cyrus à la cour de son grand-père Astyage ne peuvent être versées au dossier historique, Cyr., 1.3.1-1.4.26.
107Ce Sophocle le Jeune est le fils d’Ariston, né de Théoris : Vita Sophoclis, 13 (TrGF, vol. 4, T 1, éd. Radt 1977) et Suidas, s.u. Ἰοφῶν (éd. Adler 1928-1935, vol. 2, 646, Ι 451). Selon Diod. 14.53.5, il aurait obtenu au cours de sa carrière 12 victoires mais Suidas, s.u. Σοφοκλῆς Ἀριστωνος (éd. Adler 1928-1935, vol. 4, 402, Σ 816, 2-3), ne lui en concède que 7. Sur la relation entre le grand-père et le petit-fils et son contexte, Mazon 1945 et Jouanna 2007a, 119-121.
108Signalons qu’un monument familial, du ier siècle, porte une dédicace d’un Rhodien anonyme “au fils de la fille de sa fille”, soit à son arrière-petit-fils, IG XII 1, 107, l. 11 et Rice 1986, 225-233.
109Eur., Or., 462-465, donne un tableau de la petite enfance du héros élevé et choyé par ses grands-parents (Tyndare et Léda), couvert de baisers et comblé d’attentions. Dans Her., 44-48, Amphitryon, “πατρός τε πατέρα” (au vers 325), assure la garde et la défense des enfants de son fils en son absence.
110Dans une pièce perdue d’Euripide, Œnée un vieil homme, est sauvé des humiliations et de la relégation par son petit-fils Diomède, Œnée, fr. 9 (éd. F. Jouan, H. van Looy, CUF, 2000).
111Isae., Kiron, 7-8. Les deux fils nés de sa seconde femme sont décédés sans descendance. De la même manière, peu d’enfants devaient connaître les quatre grands-parents.
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