Chapitre IV. Subsister par soi-même : activités et indemnités
p. 89-112
Texte intégral
“L’homme raisonnable ne saurait supporter la vieillesse avec une aisance parfaite s’il est dans la pauvreté”1.
1Qu’il s’agisse de Platon ou de Diogène, les penseurs grecs ne manquent pas de souligner l’indignité attachée à une vieillesse miséreuse et s’accordent pour y voir une double peine2. Eschine considère qu’il n’y a de pires maux pour l’homme que la vieillesse conjuguée à la pauvreté3. Or, il y a lieu de constater que les disparités sociales ne s’effacent pas subitement avec la progression en âge des individus. Si d’aucuns ont joui des bénéfices d’une fortune accumulée au fil des ans, d’autres sont encore indubitablement contraints par la nécessité à gagner leur vie, par quelque biais que ce soit. Il suffit de suivre Socrate pour rencontrer l’un de ceux-là, Euthéros, vieux camarade de l’Athénien au seuil du grand âge et en situation de devoir assurer son entretien4. L’affaire ne va pas sans difficultés mais Socrate n’envisage à aucun moment de lui fournir une aide matérielle ; il ne saura que lui conseiller de se porter secours lui-même en travaillant dorénavant contre salaire et en recherchant une activité susceptible d’être prolongée dans ses vieux jours.
2Voici là un sujet fort peu abordé par les sources, aux yeux desquelles il ne sied guère d’autres activités pour les anciens que celles qu’assument, sous la plume des poètes, de vieux et fidèles serviteurs ou de vieux héliastes mal embouchés, bien peu dignes de recevoir un misthos. Les préjugés affectant certaines formes de labeur les ont amenées à négliger la personne du travailleur libre et âgé, ou mieux, à l’ignorer5. Nul ne trouve, naturellement, rien à dire ou à redire sur le travail des esclaves, quel que soit le nombre de leurs années.
3Appréhender la question du travail des anciens conduit par conséquent à présenter un panorama fragmenté, résultant de statuts, de genres ou de types d’activités qui impliquent reconnaissance ou opprobre social. La contrainte au labeur est un marqueur de clivage, pas seulement entre asservis ou non mais au sein même des catégories de libres. Il faudra distinguer entre nantis et démunis, entre qui dispose d’une occupation noble ou méprisable et s’interroger sur les moyens adoptés par des vieillards pour pourvoir à leur propre subsistance. S’agissant des vieux esclaves, les enjeux sont particuliers. La question n’est pas tant d’envisager les ressources potentielles que de savoir si le corps social peut encore tirer profit de leur travail et, en contrepartie, assurer leur pitance. Il convient de considérer le sujet selon le double point de vue du maître et de l’asservi.
4Même imparfaite, la documentation athénienne est prépondérante. Elle offre des éclairages ponctuels sur les activités des personnes âgées des deux sexes, sur les tâches serviles, sur les revenus perçus par les citoyens, sur l’idéologie des groupes de référence en la matière ; elle entrebâille la porte d’univers séparés, du vieillard aporos d’une part, d’heureux bénéficiaires d’une fortune confortable d’autre part, qui ont pu choisir, ou pas, de passer la main6.
Travail servile et servitudes du travail
5La cessation d’activité au seuil de la vieillesse n’est pas une option offerte aux contingents serviles. Or, rien n’est plus difficile que de l’illustrer par des témoignages probants : les vieux esclaves disparaissent corps et âme de nos sources. Nul ne s’étonnera de leur absence dans ce modèle de gestion rationnelle qu’est l’oikos d’Ischomaque. La réciprocité entre travail et entretien exclut les plus anciens du processus d’échange ; les modes d’administration et d’exploitation de la main-d’œuvre servile, les objectifs assignés à chacun en vue d’améliorer les rendements du travail, en font des ressorts périmés et inutilisables7.
6Fors quelques singulières exceptions émergeant du néant, tel le Thrace Zopyros, trop âgé pour effectuer quoi que ce soit et qui devint par défaut le paidagogos d’Alcibiade, ou cette obscure vieille servante sans identité que l’on envoie comme messagère à Euphylétos, le mari trompé d’un plaidoyer de Lysias, les données socio-économiques se dérobent8. Pour donner de la matérialité au travail servile des anciens, force est d’emprunter aux œuvres de fiction qui ne manifestent pas de réserves particulières sur ce thème. Les tâches des serviteurs constituent un motif très marginal des pièces mais les poètes apportent les rares indices disponibles9. Doté d’un puissant potentiel dramatique, le personnage du vieil esclave est peu utilisé par la comédie, Ancienne ou Nouvelle, pour enrichir les intrigues10. C’est dans la tragédie qu’il donne sa pleine mesure.
Vieux esclaves de scène : le travail en pointillé
7Les poètes ont campé avec une certaine constance deux personnages emblématiques d’esclaves âgés : le type masculin du vieux pédagogue et son équivalent féminin, la vieille nourrice11. Les premiers sont tous de nobles spécimens, dévoués et consciencieux dans leur tâche : “pour les maîtres qui m’ont nourri, je suis prêt à vivre ou à mourir”, déclare un vieux pédagogue dans Ion12. Les secondes sont des créatures fiables, loyales, confidentes et conseillères discrètes, instinctivement attachées à leurs maîtresses avec lesquelles elles ont partie liée13. Des comparses de moindre stature apparaissent ici et là dans les rôles périphériques ; ils sont employés à des travaux de circonstance : vieille portière, vieux domestique ou messager, vieux berger14. Dans ce monde en suspension, les rapports sociaux entre libres et esclaves sont sans aspérité et les maîtres éprouvent volontiers de la compassion devant l’âge et l’impuissance de leurs fidèles serviteurs, traités avec bonté15. Anonymes, ces vieux esclaves sont naturellement définis par leurs fonctions mais aussi par leur personnalité. Ils expriment des sentiments profonds, se lamentent sur les souffrances d’autrui ou disent leurs espoirs16. En revanche, ils ne formulent pas d’appréciation sur leur travail. Ils l’accomplissent, sont diligents, mais ne se tuent pas à la peine. Ils ne se plaignent pas, si ce n’est de leurs vieux os qui les retiennent d’exécuter agilement et promptement les ordres17. La nourrice de Médée confesse tout de même ses espoirs de vieillir en lieu sûr sans entrevoir, néanmoins, la fin de tout labeur18.
8Non sans paradoxe, c’est par le truchement d’une reine qu’Euripide choisit de confronter son public aux besognes serviles des anciens et aux pénibles épreuves qu’elles suggèrent. Dans Les Troyennes, Hécube expose ce qu’elle croit être son avenir de vieille esclave en terre grecque et dresse une liste de ses emplois futurs, tâches les plus intolérables à la vieillesse : servante à une porte, en garder les clés, faire le pain19. À quoi s’ajoutent des conditions d’existence misérables. La reine déchue se présente précisément comme une triste vieille, semblable à un frelon, c’est-à-dire à un parasite, un être encombrant dont on ne sait trop que faire et qu’on ne saurait rentabiliser. Outre ses attributions de portière, elle pense qu’elle devra peut-être aussi veiller sur des enfants20. Peinture de désespérance et de pathétique, teintée d’une touche de réalisme, la tirade d’Hécube attire l’attention sur les emplois serviles assignés aux femmes-esclaves en fonction de leur âge. Ceux qui sont confiés aux servantes encore jeunes ne sont pas exactement du même ordre. Esquissés par Polyxène dans Hécube, ils consistent à faire le pain, à tenir la navette, à balayer la demeure du maître21. Andromaque avertit qu’ils impliquent également de partager sa couche22.
9Pétris de stéréotypes et assujettis aux lois du genre, ces portraits de vieux serviteurs appellent à la prudence. Les poètes ne livrent pas des informations de première main mais des représentations de fonctions serviles – émanant de maîtres23. Détachées des réalités factuelles, elles sont malgré tout en prise avec le quotidien car l’âge, comme le genre, détermine les espaces et les champs d’action de la servitude. Transposés dans l’ordre du réel, ce sont certainement des emplois différenciés mais dorénavant sexuellement indéterminés qui échoient aux vieux esclaves dans la sphère de l’oikos : portier(ère), messager(ère), gardien(ne). Soit, des fonctions redéfinies ou allégées, des tâches auxiliaires et subalternes agencées spécialement pour ces individus, aussi peu productifs soient-ils.
10Les rares figures d’esclaves âgés de la comédie se conforment aussi à ce modèle : ils travaillent sans objection ni état d’âme et tiennent tant bien que mal leur place. Dans une configuration littéraire qui se prête à la plaisanterie caustique, les poètes s’autorisent tout de même à questionner leurs aptitudes réelles. Simikè, la vieille esclave du bourru de Ménandre s’illustre précisément par sa maladresse et son incapacité à puiser de l’eau : elle est, par un enchaînement malheureux de circonstances, cause de tous les déboires de son maître24…
Vieillards invisibles
11Hors de l’espace de la maison, pénétrer l’univers silencieux des esclaves relève du défi. On connaît l’effectif des contingents d’esclaves employés dans les ateliers détenus par les pères de Lysias ou de Démosthène, mais on ne sait rien de la structure par âge ni de l’ancienneté dans la place de ces ouvriers25. Si tant est qu’ils aient survécu, que devenaient les vieux esclaves masculins auparavant employés dans les chantiers, l’artisanat, les transports ou les fermes agricoles ? Tirait-on profit de leurs connaissances techniques jusqu’au bout ? Leur confiait-on des tâches spécifiques parmi les postes les moins pénibles et exigeants, notamment dans les domaines ruraux26 ? Une reconversion est sans doute obligatoire, favorisée par la souplesse qui caractérise cette main-d’œuvre. Les aînés peuvent toujours passer des champs au potager et se reconvertir en jardiniers mais le cas n’est pas documenté27. Si des Athéniens vieillissaient dans les mines, comme le prétend Xénophon, il ne faut pas imaginer qu’il en allait de même pour leurs esclaves. Considérant la dureté des conditions de travail, ceux-ci ne pouvaient être maintenus leur vie durant dans l’extraction, sauf à souhaiter leur mort et à consentir à une perte sèche de capital. La solution devait consister à renouveler les postes de travail et à déplacer dans les ergasteria de surface, peut-être au triage, les plus rompus et les plus âgés d’entre eux28.
Conclusion
12Présentes dans tous les secteurs d’activités, ces multitudes anonymes demeurent insaisissables. Usés, ayant perdu leurs forces, les vieux esclaves représentent des outils de production de peu de valeur pour lesquels il faut néanmoins prévoir des frais de bouche et de maintenance, même limités. Leur vente est certainement irréalisable, faute d’acheteurs pour la mettre en œuvre29. Fait-on alors parfois le choix de les affranchir pour qu’ils s’acquittent seuls de leur entretien ? De les relever de leurs tâches ? Ou de les abandonner lorsque la vieillesse les rend incapables de travailler, comme l’affirme Socrate30 ? Une fois encore, surgit la question des capacités fonctionnelles et de la rentabilité, qui n’était peut-être pas d’un intérêt fondamental pour certains maîtres, mais que l’historien est en droit de se poser. Ce n’est pas sans incidences concrètes sur le devenir des vieux serviteurs31. Les femmes, pour leur part, perdent avec la vieillesse leur double valeur de productrices et de reproductrices. Dans des contextes où le nombre d’esclaves nés à la maison n’est pas insignifiant, les vieilles “asexuées” sont donc doublement dépréciées32.
Travaux indispensables
13Qui tire ses ressources d’une activité personnelle, rémunérée ou rémunératrice, n’est pas non plus forcément en situation de se reconvertir ou de se retirer. La question est examinée par Socrate, dans son dialogue avec Euthéros, avec pour point de départ le constat d’un affaiblissement général des forces et les embarras qui s’ensuivent pour accomplir les travaux qui sollicitent le corps. L’échange met bien en valeur le point de bascule que constitue la vieillesse pour qui prétend encore se voir verser un misthos alors même qu’il effectue un travail physique33. La solution préconisée est de prendre des emplois à la mesure de ses capacités, ce qui n’est sans doute pas à la portée de tout un chacun34. Quant à l’éventualité d’une retraite, elle est en soi envisageable mais soumise à des dispositions préalables. À défaut, il sera inéluctable d’aller au bout du bout avant que de se défaire de ses instruments de travail. Cela vaut pour les hommes comme pour les femmes.
Une vieillesse industrieuse
14La division des tâches, comme celle des compétences techniques, destine aux femmes de tous âges des activités multiples. Les sources ne considèrent pas ces activités sans ambiguïté et celles qui échoient aux vieilles femmes n’échappent pas à la règle.
15Les épigrammes hellénistiques présentent à cet égard un intérêt indéniable, car elles développent des modèles qui éclairent le rapport singulier et paradoxal des femmes au travail. Singulier au sens où les femmes, travailleuses par essence, restent indéfiniment liées à leurs ouvrages domestiques et n’en sont pas dissociées, même avec l’avancée des ans. Tirée de la section des epitumbia du “nouveau” Posidippe de Pella, l’une des trois épigrammes consacrées à des femmes âgées illustre bien cette persistance. Elle célèbre telle défunte anonyme qui reposa ici :
“… du (pénible) métier à tisser ses mains, dans sa vieillesse. Elle avait 80 ans mais était encore capable de tisser la délicate trame avec la navette au son aigu”.35
16Un rapport paradoxal, en second lieu, dans la mesure où les poètes disent à la fois l’orgueil des femmes à exercer encore et toujours une tâche noble et leur tourment du fait de sa pénibilité. On le constate dans l’épigramme précédente et mieux encore dans la suivante, signée par un auteur contemporain de Posidippe, Léonidas de Tarente36. Le pathos qui se dégage de son éloge funèbre de la vieille Platthis résulte de la juxtaposition entre la dignité tirée d’une pratique ininterrompue du travail de la laine et l’épreuve physique qu’impose ce rude labeur :
“Le sommeil du soir et celui de l’aurore, elle les a chassés souvent, la vieille Platthis, en cherchant à écarter la pauvreté ; et elle chantait un air à sa quenouille et à son auxiliaire le fuseau, au seuil de la blanche vieillesse ; elle chantait, tandis que près du métier elle tournait jusqu’à l’aurore cette longue ronde d’Athéna avec les Charites ou que, d’une main déformée autour de son genou déformé, elle dévidait, non sans grâce, l’écheveau qui devait suffire à la trame. À quatre-vingts ans, elle a vu l’eau de l’Achéron, Platthis, qui avait tissé de belles choses, et avec beauté”.37
17La ténacité, l’endurance, la douleur sont des motifs lancinants, conséquences d’une occupation monotone qui ne laisse pas de repos et à laquelle semble se réduire la vie de Platthis. L’épigramme met en exergue la pauvreté de Platthis, sa condition de besogneuse et sa servitude au travail pour tenter d’y remédier38.
18Ce dernier exemple jette une lumière crue sur les réalités du travail des femmes âgées. À l’égal de leurs congénères masculins, toutes celles qui ne bénéficient pas du soutien d’un tiers font de leurs ouvrages une nécessité vitale. Les épigrammatistes ont abordé ce sujet avec sensibilité en déclinant le type de la “γρῆϋς χερνῆτις”, qui vit du travail de ses mains, dans différents contextes, de l’admirable au lamentable39. Des auteurs d’épitaphes lui ont donné ses titres de noblesse en fournissant des éléments d’appréciation positifs sur leurs activités. L’épitumbion de Posidippe en mémoire de la vieille Batis offre sur ce sujet un témoignage remarquable :
“Moi, la vieille travailleuse, j’ai vieilli en étant en charge de nouveau-nés, moi, Batis, salariée d’Athénodikès de Phocée, en enseignant à traiter la laine et les fils pour les coiffes multicolores, entrelacs de leurs résilles perforées ; et elles, qui désormais sont sur le seuil de leur chambre nuptiale, elles m’ont enterrée, moi la vieille porteuse de narthex”.40
19L’évocation de métiers, qui plus est dans leur dimension technique, correspondant à une position socio-économique précise – celle de salariée –, confère à cet hommage une dimension hors du commun, personnelle et en même temps emblématique. Les activités de nourrice et d’instructrice de Batis ont entraîné reconnaissance et affection de la part des bénéficiaires. Posidippe en donne une image gratifiante qui transcende sa vieillesse et dessine un profil professionnel qui vaut respect. Au passage, il fournit une attestation d’une transmission de savoir par une aînée. Si ce type d’expression reste, somme toute, isolé, d’autres pièces mettent également l’accent sur l’utilité et la respectabilité des tâches accomplies par des femmes âgées : quelques auteurs d’épigrammes votives affichent sans détour la fierté des vieilles ouvrières qui consacrent leurs instruments de travail au soir d’une vie de labeur41. Les poètes ne masquent pas, cependant, les aspérités de la condition de travailleuse et peuvent tout aussi bien proposer des aperçus de dégringolade individuelle en faisant du travail d’une vieille femme une activité pernicieuse et dévalorisante. Exploité dans le répertoire des épigrammes épidictiques, le type social de la vieille travailleuse misérable inspire ainsi des peintures de caractères, arrangées sous la forme d’un fait divers sordide :
“Désireuse d’échapper aux cruautés de la faim, Nico, très vieille, glanait des épis avec ses filles. La chaleur la tua, et, parmi les chaumes, ses compagnes de labeur amoncelèrent pour elle un bûcher sans bois, avec des épis (…)”.42
20L’incident qui retrace les dernières heures de Nico est dérisoire mais l’effet est saisissant, car le poète représente le dénuement, la marginalité, la tragédie de quiconque, comme elle, se tue à la tâche43. La pièce composée sur le mode de la fable invite à méditer sur la vieillesse déshéritée en donnant une représentation certes banale, mais d’un grand réalisme. Elle fait du travail une composante inévitable et cruelle du vieil âge des nécessiteux, et ce jusqu’à la mort. C’est aussi un élément identitaire, signe ici de déclassement comme il l’était précédemment de reconnaissance et de fierté.
21Eu égard à l’expressivité du trait, à l’humanité qui s’en dégage, ces épigrammes hellénistiques offrent des points de vue sur des faits sociaux, regards d’une classe sociale citadine plus favorisée mais non dénuée de compassion. Elles exposent des métiers de femmes, professions de la laine, travaux agricoles, métiers qui ne sont pas saisis par ailleurs lorsqu’il est question des aînées44. Elles ouvrent également sur le monde réel et permettent d’envisager le travail dans une perspective d’inclusion ou d’exclusion sociale des personnes âgées, non sans filtre idéologique mais avec un réel intérêt pour l’univers des humbles, pour les cadres matériels. Les testimonia de l’époque classique n’apportent pas, en effet, des éclairages aussi vifs sur les exigences du quotidien et les inscriptions funéraires, quant à elles, n’en disent rien. Les stèles sur lesquelles sont mentionnées les professions des défuntes ne fournissent pas d’indices sur l’âge auquel elles les ont exercées et les défuntes âgées ne sont pas caractérisées comme des vieilles travailleuses45. L’idéal mémoriel ne s’y prête pas46. De la même manière, celles qui vivent toujours de leur travail, domestique ou extérieur, n’ont pas de leur vivant la faveur de nos sources. Les dédicaces qu’elles ont parfois produites, les épitaphes émanant de leur entourage donnent à connaître des occupations variées mais sans révéler leurs conditions d’exercice. La masse anonyme des vieilles travailleuses reste inaccessible, au champ ou à la ville, même si leur participation aux activités agricoles ou artisanales ne cesse pas tant que nécessité fait loi47. Les a priori sont nombreux et les auteurs ne parlent pas aisément des activités qui relèvent de la contrainte économique.
Entre mépris et désintérêt
22La documentation athénienne est de ce point de vue révélatrice. Elle ne distingue que de rares cas de femmes âgées, libres ou citoyennes, qui s’emploient encore à gagner leur vie dans le commerce de détail, à l’agora ou dans les boutiques. Les plus hautes en couleur sont tout droit sorties de l’imagination d’Aristophane, comme la vieille vendeuse de purée dans Lysistrata48. Ces marchandes de la scène comique trouvent pourtant leur alter ego historique en la personne de la mère d’Euxithéos, le plaideur du Contre Euboulidès de Démosthène. L’exemple est certes incident, mais il est très instructif. La dénommée Nicarétè est née peu avant 420, dans une modeste famille. Abandonnée par son premier mari au profit d’une épiclère, elle est mère d’au moins deux enfants issus de deux lits. Nourrice au début du ive siècle en l’absence de son second époux, parti en campagne, elle est encore en activité lors du procès qui oppose son fils à Euboulidès, vers 345. Alors âgée de plus de 70 ans, forcée par les circonstances, cette femme vend des rubans sur le marché49. Euxithéos s’efforce de démontrer que ce gagne-pain, jugé méprisable, n’est qu’un pis-aller pour des personnes qui ne peuvent vivre comme elles le voudraient50. Estant en justice afin de recouvrer sa citoyenneté, la position de sa vieille mère, réduite à s’exposer de la sorte pour subsister, ne parle pas en sa faveur51. Son travail est perçu comme un facteur de déclassement supplémentaire et l’argument de la pauvreté ne suffit pas à le rendre acceptable ; à ceci s’ajoute, bien sûr, l’image négative de la marchande, le dédain pour sa profession52.
23Tout en bas de l’échelle sociale, l’activité des aînées n’engendre que quolibets. Les vieilles prostituées encore en activité et assez connues pour figurer dans les annales de la profession sont des cibles faciles. Athénée rapporte plusieurs anecdotes concernant ces dernières, dont les noms se transmettent de grand-mère à petite-fille53. Il va sans dire que le déclin des charmes annonce celui des revenus. Isée laisse entendre qu’une reconversion pouvait s’opérer avec l’avancement en âge, comme tenancière d’une maison, mais il n’en demeure pas moins que le travail reste la norme54. On tient encore d’Athénée une information selon laquelle le bouffon Mandrogénès, qui se produisait dans les banquets, dansait avec sa femme qui avait dépassé les 80 ans, un âge qui devait probablement constituer le clou de la farce55. Ce type de personnage, inhabituel et pittoresque, a pu influencer les plasticiens de la terre cuite et inspirer les grotesques parodiques56.
24Cette logique du mépris ne tolère que de rares exceptions. La fonction de sage-femme s’impose d’emblée comme contre-exemple, ne serait-ce que parce que c’est un art que l’on déploie à l’abri des regards. Sans être une profession à proprement parler, c’est une occupation réservée aux femmes ayant passé l’âge de procréer, puisque les principaux critères d’exercice sont ceux de l’ancienneté et de l’expérience. “Le métier d’accoucher les autres, seules le font celles qui ne peuvent plus enfanter”, proclame Socrate, dont la mère, faut-il le rappeler, semble avoir été l’une d’elles57. Libres ou même citoyennes, comme Phénarète, les sages-femmes remplissent une fonction que Platon, seul à s’exprimer sur leur office, considère honorable58. À tout le moins, c’est un emploi modeste mais socialement acceptable, valorisé dans certaines familles : au ive siècle, à Athènes, l’épitaphe de Phanostratè, sage-femme et médecin, indique que cette qualité est digne d’être mentionnée conjointement à une qualification plus prestigieuse et elle manifeste toute l’étendue de son savoir59. Pour être source de visibilité et de reconnaissance, l’activité reste limitée, contrôlée par un tout petit nombre de femmes d’âge avancé encore alertes et robustes, qui évoluent dans le cercle des proches, familiers ou voisins60. Quant aux nourrices sèches, couramment représentées comme des femmes âgées par les imagiers et les coroplastes, certaines d’entre elles restent sans doute dans le personnel d’une maisonnée durant leur vieillesse61. Elles occupent des fonctions qui sont également respectables et, c’est un avantage, aménageables au gré de leurs capacités.
25Celles qui ne possèdent pas de savoir particulier peuvent se voir confier d’autres missions ponctuelles et spécifiques de leur tranche d’âge. On pense ici aux emplois de pleureuses, sources de revenus épisodiques mais “convenables”. À Athènes, ces professionnelles sont recrutées en regard du nombre de leurs années. D’après la loi de Solon, à laquelle fait référence un plaideur au ive siècle, les femmes n’auront le droit de pénétrer dans la maison du mort ou de suivre son convoi funèbre que si elles ont plus de 60 ans ou si elles sont parentes en deçà du degré d’enfant de cousin62. Le choix d’étrangères à la famille, sexagénaires, septuagénaires ou plus, pour accompagner des funérailles répond certainement à une logique religieuse, une volonté de réguler et de limiter la diffusion de la pollution engendrée par la mort63. Il obéit également à une définition des rôles selon le genre64. Hommes et femmes n’ont pas part égale dans les rituels65. Cela dit, des préoccupations matérielles ont aussi pu guider les décisions du législateur : ce faisant, il permet à des femmes âgées isolées et défavorisées d’accéder à une petite rétribution ou à un dédommagement en nature. L’exclusivité contenue dans la loi leur ménage des bénéfices qui, pour être sporadiques, sont à même d’améliorer une médiocre situation économique66. L’emploi ne fait pas l’objet d’une réprobation et échappe au manque de considération affectant les travaux féminins. Il est adéquat car contenu : les pleureuses se meuvent dans les strictes limites permises par la loi et occupent des fonctions que des femmes âgées sont en devoir d’assumer.
Conclusion
26Incertitudes, efforts, peines et labeurs semblent être des maîtres mots pour certaines femmes âgées d’un rang social modeste. Les craintes associées au grand âge contrastent avec les propos lénifiants d’un Ischomaque rassurant son épouse et lui enjoignant de ne point redouter la vieillesse qui confortera ses mérites, pourvu qu’elle soit pour lui “une meilleure associée” et “une meilleure gardienne” du foyer pour leurs enfants67. Pourtant à l’abri du besoin, la maîtresse de maison idéale ne cesse donc pas de travailler, ne fut-ce qu’en surveillant la besogne de ses esclaves et la bonne tenue de son intérieur. Celles qui œuvrent à l’extérieur s’exposent au blâme du fait des préventions idéologiques sur la dépendance au travail et du fait de l’ancienneté qui les prédispose aux sarcasmes. Toute science mise à part, les sources se plaisent ainsi à faire des sages-femmes des entremetteuses de premier ordre quand elles n’en font pas des trafiquantes d’enfants68. Aristophane ne manque pas d’égratigner une corporation dont la pratique serait entachée des défauts propres à la vieillesse féminine. Dans ses Thesmophories, la femme qui cède un nouveau-né à une mère en mal d’enfant figure probablement une sage-femme : délivrant l’une de ses clientes d’un rejeton indésirable et l’autre de son infertilité, elle illustre parfaitement la malignité des vieilles69.
Tenir le travail à distance
27Les repères qui structurent la notion de travail masculin sont complexes et ambivalents, variables au fil des siècles. Travailler de ses mains ou pas, en autarcie individuelle ou non, pour soi ou pour autrui, sont autant de paramètres propres à conditionner les degrés d’acceptation. Si le travail n’est pas automatiquement objet de discrédit, il peut facilement se transformer en objet de mépris pour peu qu’il soit associé à la subordination, à la sujétion physique, aux finalités de subsistance immédiate. Combiné avec la vieillesse masculine, il suscite des sentiments mélangés. Une longue carrière professionnelle, puisqu’il faut bien le dire ainsi, est signe de reconnaissance et de réussite si elle entérine la maîtrise d’un art personnel tenu pour estimable. Polos d’Égine, l’acteur tragique encensé par Plutarque, était encore sur scène à 70 ans pour le plus grand plaisir des spectateurs70. Tout autre est la mise en œuvre d’une technè, sans masque ni costume, à un âge avancé. Sacrifier à “l’artisanat de la pauvreté”, se plier encore au joug du travail faute d’avoir produit et accumulé de la richesse, quelle qu’en soit l’origine, d’avoir préparé l’avenir à la manière d’un Ischomaque, trahit une défaillance71. Relevant d’une ligne morale qui commande la circonspection, les peintures de vieux travailleurs sont donc rares et problématiques.
Georgoi et autourgoi
28Leur présence dans le monde rural est très mal documentée et les personnages du théâtre d’Aristophane ou de Ménandre composent l’essentiel de notre échantillon de vieux georgoi72. Inspirés par des figures familières des spectateurs, du monde réel, ils représentent des types concevables et délivrent des messages topiques sinon symptomatiques des hiérarchies établies73.
29La campagne d’Aristophane, du moins dans ses premières pièces, est une réplique enchantée de la chôra attique : ses héros déracinés, ruinés par la guerre, décrivent une terre généreuse, d’abondance et de réjouissances74. Les vieux du chœur des Acharniens filent la métaphore agricole pour dire leur désir de revenir à la vie ; Trygée se languit de sa ferme et brûle de reprendre possession de son champ de vignes75. Les outils sont célébrés, les activités agricoles transfigurées par la nostalgie mais, pour ces paysans de la scène comique, tout à leur frustration de ne plus s’en préoccuper, l’activité campagnarde se ramène aux seuls plaisirs de l’existence. Dans ce pays de cocagne, tout pousse à profusion et sans peine76. S’il s’agit de se donner du mal, les esclaves sont là77. Le tableau d’une existence paysanne faite de rudes labeurs n’apparaît que bien après la guerre, dans Ploutos, la dernière pièce du poète. La vie campagnarde d’un Chrémyle, estampillée du sceau de la pauvreté, matérialise l’envers de la vie rêvée associée au loisir, aux plaisirs et à l’aisance. La culture de la terre est là synonyme d’efforts sans fin78. Or, si notre vieux paysan s’en libère lui-même en rencontrant son bienfaiteur en la personne du dieu Argent, la pièce illustre sous un jour nouveau les contours d’une vie rurale sans miracle. Le travail y est une obligation, l’effort une valeur perpétuelle de l’éthique du pauvre, jeune ou vieux79. Encore faut-il concéder, avec Aristophane, que les épreuves de ses vieux exploitants seraient encore plus harassantes si les esclaves venaient à disparaître80.
30Certaines des œuvres de Ménandre brossent des portraits de campagnards âgés et industrieux. L’auteur met en scène le vieil autourgos qui vit de son bien et s’astreint à rude travail. Cléénète, par exemple, vieux paysan qui bêche lui-même ses vignes et travaille durement81 ; Cnémon également, le vieillard acariâtre et fruste du Dyscolos, insociable comme il se doit : il habite avec sa fille et une vieille servante et travaille inlassablement, “charriant du bois, bêchant, trimant sans arrêt”82. N’ayant ni esclave domestique, ni ouvrier du coin, ni voisin pour lui prêter son concours, l’individu personnifie l’entêté qui persiste dans son travail au prix de gros efforts et du refus de toute autre aide que de sa famille, de sa fille en l’occurrence. Un autre de ses congénères peine aussi dans les champs, ce que son interlocuteur estime déraisonnable, “à ton âge avancé, car tu dois avoir la soixantaine” lui dit-il83. Leur implication personnelle n’est pas le fruit d’une nécessité mais le résultat d’un vice de comportement, d’une inadaptation à la société. Cnémon ou son homologue anonyme figurent des caractères de misanthrope ou de rustre, rétifs au commerce des hommes et aux sociabilités urbaines. Sans être représentatifs d’un milieu ou d’une classe de vieux exploitants athéniens, ils s’établissent en méchants et en adversaires de l’idéal : le travail de l’ancien est déplacé de même que le refus du travail servile, salarié ou même collectif84.
31Des figures secondaires présentent en revanche des attributs révélateurs de l’exclusion de certains vieillards, placés tout en bas de l’échelle sociale. Une pauvre vieille, mise en scène par Alexis, décrit l’ordinaire familial fait de privation, de jeûne et de dîners frugaux composés d’un peu de maza et de beaucoup de végétaux offerts par la nature, lupins, faînes, raves, poires sauvages ou figues sèches85. Tibios, dont il est question dans Le Héros, est un affranchi devenu berger ; il fait l’expérience dans sa vieillesse d’un dénuement extrême, se voit contraint d’emprunter à deux reprises pour nourrir ses enfants avant de souffrir famine et de mourir de dessiccation précisément86. Le malheureux cristallise sur sa personne un cortège de revers successifs : mobilité sociale contrariée, précarité, endettement et finalement une pénurie d’aliments fatale.
32Ces peintures urbaines de vieux campagnards nous instruisent sur le rapport au travail d’un point de vue statutaire ou moral, mais elles n’apportent pas d’informations précises sur la réalité des travaux de vieux misthotoi ou d’autourgoi que l’on suppose encore dans les champs tant qu’ils sont dans l’obligation de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs familles, en possession de leurs propriétés87. Les vieillards demeurés dans leurs dèmes au moment des luttes pour le retour de la démocratie, supposément dépouillés par Philon pendant qu’il était à Oropos, pourraient appartenir à cette catégorie. Le plaideur de Lysias insiste sur leur faiblesse, leur vulnérabilité, précisant bien qu’ils n’avaient que le nécessaire pour vivre88. On imagine que sont des fermiers tirant subsistance de leurs terres du nord de l’Attique, mais l’orateur ne s’attarde pas sur ce monde rural lointain. Au demeurant, ce n’est que tardivement que les poètes mettent leur plume au service d’une célébration, à la première personne, de petits propriétaires vieillis89. Une épigramme composée par Léonidas de Tarente insiste sur la modestie des biens de Kleiton, tout en soulignant que c’est grâce à ce maigre patrimoine qu’il a pu traverser ses 80 années de vie90. Si l’on suit les schémas établis des épigrammes votives, ce profil n’est en rien singulier. Les offrandes d’instruments de travail personnels et identitaires à une divinité bienveillante n’interviennent qu’en fin de vie, de la part de vieillards littéralement épuisés ou même déjà impotents. L’usure des corps après de longues années de travail apparaît, par exemple, dans une épigramme du iiie siècle, toujours de Léonidas de Tarente, dans laquelle Sosippos consacre à Hermès son petit matériel pour la chasse ou dans celle plus tardive d’Archias, pour Phintylos, vieux pêcheur fourbu91. Forcés de s’acquitter des travaux des champs, de chasse ou de pêche pour vivre, les dédicants et leurs familiers en tirent néanmoins de la fierté92.
Travailler sans relâche
33Les petits artisans ou commerçants, actifs dans la production de biens ou de services et dans l’obligation de rester des lustres à l’ouvrage, échappent à peu de chose près à toute tentative d’examen93. Les ateliers, les boutiques familiales, comme les savoir-faire, se transmettent de pères en fils et il faut imaginer que nombre de vieux citoyens ou de vieux métèques ne cessent pas de travailler avant d’en être incapables. L’invalide de Lysias a lui-même un métier qu’il prend bien soin de taire, mais qu’il continue d’exercer en dépit de son infirmité et de son âge. Il ne lui procure, dit-il, que maigre profit ; réfutant les accusations de son adversaire, il certifie que son affaire n’est en aucun cas le rendez-vous d’une bande de fripons94. Dans un système de pensée qui ne fait pas du travail quotidien une valeur constitutive de la société civique - dont sont de bon gré évincés les technitai -, ces gagne-petit ne sont pas signalés, sauf à mots couverts ou, exceptionnellement, au titre de faire-valoir95. Vieux, besogneux, voire nécessiteux, ils sont aussi en proie au discrédit attaché à leur milieu social et à certains métiers96. Le plaideur du Contre Léocharès confesse que son père a toujours été crieur au Pirée, dans l’obligation d’être sur le marché toute la journée. Il s’en excuse et explique que sa pauvreté et son manque de disponibilité n’en font pas un habitué des procès97. Dans le cadre de sa stratégie d’accusation, l’orateur en vient à formaliser la condition du pénès : un travail contraignant et persistant, une servitude quasiment, économiquement stérile et civiquement préjudiciable98. Le père déjà âgé est présenté devant les juges afin de susciter leur sympathie et peut-être aussi pour placer explicitement sous leurs yeux le spectre de la douloureuse vieillesse.
Conclusion
34Tous ceux qui, comme ce pitoyable citoyen, pourvoient à leur subsistance doivent travailler sans relâche. Sont-ils nombreux à devoir se procurer seuls leurs moyens d’existence le grand âge venu ? Est-ce une question vitale pour ces hommes et ces femmes ? N’ont-ils pas d’enfants, de proches susceptibles de contribuer à leur entretien ? Il est impossible d’apporter des réponses claires en raison des carences de la documentation. Un témoignage, rare, provenant d’Égypte, donne un aperçu des inquiétudes personnelles : dans une lettre adressée à Zénon de Caunos, un serviteur nommé Théon remercie Zénon de sa générosité et lui demande de lui donner du travail, un gîte, afin de lui épargner toute anxiété quand il sera vieux99. L’exemple renseigne sur les difficultés, en même temps qu’il témoigne des capacités des intéressés à surmonter tant bien que mal l’obstacle de la pauvreté, à trouver des solutions.
Passer la main ou non
35À l’autre bout de l’échelle sociale, les problématiques sont tout autres. La fortune protège du besoin mais pas obligatoirement de l’agitation liée à son administration. Le vieil âge venu, convient-il de se défaire de ses biens au bénéfice des héritiers, de se retirer ?
Le transfert des biens
36Conformément à la législation connue, particulièrement à Athènes et à Gortyne, la transmission du patrimoine de père en fils s’effectue post mortem100. Ces dispositions peuvent toutefois être révisées au motif d’incapacités caractérisées : la sénilité et la débilité permettent de précipiter l’échéance afin d’interdire aux vieillards insanes de dissiper la fortune101. Elles peuvent également être devancées, à Athènes notamment où les pères ont la possibilité d’anticiper la dévolution des successions au moyen de donations entre vifs102. Peu avant le milieu du ive siècle, l’un d’eux partage ainsi ses biens entre ses deux fils, Théophèmos et Évergos ; il est installé avec le cadet et profite, au soir de sa vie, d’une sorte de retraite103.
37En même temps qu’elle favorise le repos des anciens, la transmission de l’héritage inter vivos est un moyen de maintenir une certaine harmonie entre les générations. À Délos, aux iiie et iie siècles, où les donations de pères à fils sont aussi bien attestées, des fils se portent garants ou cautions de leurs pères104. À Gortyne, les partages anticipés entre vifs deviennent possibles lorsqu’une condamnation doit être payée par un descendant : ce motif d’exception prévu par la loi permet d’assouplir les règles et de désamorcer les tensions familiales105. De surcroît, ces partages annihilent toute querelle à venir après le décès d’un ascendant106. Enfin, et ce n’est pas le moindre des avantages, le dessaisissement d’un père donne aux fils l’occasion de s’établir plus tôt dans de bonnes conditions. Au début du ve siècle, Bousélos du dème d’Œon distribua son patrimoine à ses cinq fils, après quoi ceux-ci se marièrent et s’installèrent à part107. Si ces derniers étaient en âge et pressés de former leur propre oikos, l’âge avancé du père l’encourageait au transfert et le poussait peut-être aussi à la retraite108.
Rester en charge, coûte que coûte
38D’un autre côté, les craintes qu’inspire l’avenir, la hantise du manque de ressources, à tort ou à raison, incitent des hommes à garder définitivement la main sur leurs possessions, y compris lorsque leurs héritiers sont largement en condition de les recevoir109. La prodigalité des fils inquiète et Périclès, par exemple, ne s’est jamais défait de ses biens. Vers la fin de sa vie, il modérait l’allocation qu’il donnait à son aîné, Xanthippe, réputé dépensier110. L’ingratitude, la mesquinerie, l’appât du gain chez les enfants sont aussi des comportements redoutés, traduits dans les discordes entre pères et fils étalées au grand jour lors des procès et relayées sur la scène théâtrale111. Tel vieillard considère que c’est folie de céder “son patrimoine à des fils qui ne sont pas raisonnables”112. Un plaideur de Lysias assure que si l’on partage ses biens patrimoniaux entre ses fils, mieux vaut en garder pour soi afin de ne pas dépendre d’eux113. Quels qu’en soient les motifs, nombre de vieillards ont donc choisi de ne pas se dépouiller. Euktémon de Kephisia, introduit par un plaidoyer d’Isée, est un parfait représentant de cette option114. Il est encore en possession de son patrimoine lorsqu’il atteint l’âge respectable de 96 ans ; deux de ses fils légitimes, il est vrai, ont disparu prématurément et le dernier, Philoktémon, décède tandis qu’Euktémon est déjà un très vieil homme. Philoktémon a activement participé à la gestion du patrimoine de son père mais il n’a pas reçu une part en propre de l’héritage115. Dans ses vieux jours, Euktémon dispose seul de ses biens : un domaine, deux maisons de passe au Pirée et au Céramique, un établissement de bains, une maison de ville, des esclaves, etc., soit une fortune considérable qu’il prétend administrer à sa guise116. Mal lui en prend puisqu’il est privé d’une grande partie de ses avoirs dans les dernières années de sa vie, dupé par une affranchie et ses complices selon l’accusation117.
39La mésaventure est inhabituelle car tous les chefs de famille d’âge avancé ne se montraient pas aussi irréductibles ou entêtés. Ils pouvaient adopter une position moyenne en se déchargeant de certaines activités. Il leur était en effet loisible de se ménager tranquillité personnelle et familiale moyennant une aliénation partielle. Le père anonyme d’Épicrate, le plaignant du Contre Athénogène d’Hypéride, a donné quelques champs à son fils, qui les cultive118. Le stratège Conon a laissé à Athènes le nécessaire au sien, tandis qu’il dispose de biens à Chypre119. Les futurs héritiers pouvaient aussi être associés à la gestion des biens ou même chargés, de facto, de leur administration120. Le vieux Ménéklès a, semble-t-il, confié de bon cœur la gestion de ses biens à son fils adoptif121.
40Ceux qui n’avaient pas de descendants se trouvaient certainement en posture plus délicate ainsi qu’en témoigne le plaideur du Contre Olympiodoros en exposant les dernières années d’un certain Comon, du dème d’Halai, un homme très âgé resté sans enfant. Propriétaire de deux maisons et de deux ateliers, vraisemblablement dans l’incapacité d’en assumer personnellement la direction en raison de son âge, Comon en charge Moschion, l’un de ses esclaves122. Celui-ci fait office d’intendant mais dérobe régulièrement, à l’insu de son maître, de grosses sommes d’argent ; au fil des péripéties de la succession, les méfaits de Moschion paraissent considérables123. Abusé par de prétendues personnes de confiance, le vieillard diminué ou sous influence, comme Euktémon précédemment, s’expose bien malgré lui au risque de faire de fort mauvaises affaires. Des personnes plus circonspectes prennent au contraire toutes les dispositions souhaitables. Pasion, le banquier, est de ceux-là. En plaçant son établissement entre les mains de Phormion, son affranchi, il se protège contre les revers du sort qui guettent un vieillard imprudent. Son fils aîné dresse de lui le portrait d’un vieil homme diminué, impotent, ne sortant plus guère et perdant la vue : en homme avisé, Pasion avait su tirer les conclusions qui s’imposaient124.
Conclusion
41Au vu des exemples précédents, grande est la gamme des situations et la vieillesse n’est pas toujours synonyme de retraite chez les nantis. Des hommes âgés ont sans conteste passé la main parce qu’ils n’étaient plus en mesure de conduire une maison ou une affaire du fait de leur santé ou parce qu’ils jugeaient leurs héritiers plus capables qu’eux-mêmes de diriger l’oikos125. L’avancement des ans peut amener une remise en cause de leur autorité, inverser les rôles et accélérer leur dessaisissement. Tous ne l’ont sans doute pas fait de gaîté de cœur et l’on ne saurait conclure sans convier les personnages mis en scène par Aristophane dans Les Guêpes : confiné et surveillé, Philocléon n’a d’autre alternative que de remettre ses affaires entre les mains de son fils, mais il ne désespère pas de l’enterrer et de reprendre le contrôle de sa maison lorsque ce gêneur ne sera plus de ce monde126. Le fils tout-puissant et le père renâcleur, duo comique imaginé par le poète, ne sont peut-être pas des types si illusoires que cela car la remise de la succession est assurément source de tensions dans certaines familles et source de pouvoir pour qui l’obtient. Il faut cependant se garder de faire d’une farce d’Aristophane un modèle de relations : les paramètres de la démographie antique enseignent que bien des fils perdent leurs pères lorsqu’ils sont encore relativement jeunes : point n’est besoin d’attendre indéfiniment en rongeant son frein127. De fait, pour les anciens, la poursuite ou non de l’activité dépend en large mesure de l’âge des héritiers et de leur appétit d’indépendance.
Annexe
Rétributions publiques : l’exemple athénien
L’identité entre le vieillard pauvre et le juge athénien constitue l’un des topoi de la comédie aristophanesque. Le poète a tôt fait de réduire les tribunaux à des assemblées de gerontes dont la présence s’expliquerait par le versement d’une rétribution par la cité128. Se pressant aux portes de la justice en quête de leur triobole, nos vieillards en feraient l’usage d’une indemnité de subsistance toute entière employée à l’achat de nourriture, d’huile ou de bois pour leur famille129. Pour assurer leur trophè, les très vieux compagnons de Philocléon n’auraient eu d’autre issue que de pointer au tribunal et d’autre activité rémunérée que de juger pour vivre – ou de vivre pour juger si l’on suit bien le poète130. Encore n’est-ce là qu’un “mistharion”, un salaire de misère qu’on leur donne, affirment les vieux du chœur131. Et de pester contre ceux qui le perçoivent indûment, ne l’ayant pas même mérité au titre d’anciens combattants132. L’emphase avec laquelle Aristophane traite ce double thème du grand âge et de la pauvreté a pu inciter à considérer le misthos des juges comme une sorte d’allocation vieillesse133.
En vérité, Philocléon lui-même, si vieux soit-il, n’est certainement pas démuni134. S’il juge, c’est parce qu’il a contracté une maladie : victime d’une addiction endémique, n’étant ni sage ni modéré comme devrait l’être un homme de son âge, il est même très gravement atteint. Et s’il a besoin de ces quelques oboles pour ses nécessités, c’est parce que son fils le tient sous sa coupe et ne lui fournit que le strict minimum. Critique politique, dénonciation de dérives politico-judiciaires, la comédie d’Aristophane tourne-t-elle en ridicule la société des tribunaux : les jurys de l’Héliée ont-ils jamais été le débouché des vieux citoyens, nécessiteux ou non ?
La question de la composition sociale des tribunaux est, de longue date, objet de discussion parmi les historiens. Nos informations proviennent essentiellement d’une tradition hostile à la démocratie, laquelle tend à imposer l’idée d’une fréquentation massive des pauvres, devenus clients de l’État. Les sources du ive siècle, polémiques et tendancieuses, l’accréditent. Isocrate, par exemple, parle de “ceux qui sont forcés de soutenir leur existence” en prenant ce que donne la cité, dans les tribunaux notamment135. Fondé sur des arguments économiques détachés de toute séquence historique, le débat résultant de ces exposés est sans issue136. L’objet du misthos dikastikos étant de favoriser la participation du dèmos aux affaires publiques et d’assurer le bon fonctionnement des institutions, la présence de citoyens modestes sur les bancs du tribunal n’est rien moins que légitime137. Point négligeable des argumentaires, l’âge des participants n’a que fort peu retenu l’attention138. De fait, l’illusion comique s’est subrepticement immiscée dans les esprits et les extravagances du poète tendent à devenir des réalités : les dikasteria sont fréquemment présentés comme des repaires de vieillards139.
Or, cette interprétation mérite d’être discutée. Qu’il se trouvât des vieux dans les rangs du public et dans ceux des juges ne fait pas de doute. Eschine, dans le Contre Timarque, les distingue au milieu des spectateurs du procès140 ; ils sont présentés comme des auditeurs curieux des débats, non comme les citoyens rejetés par le sort, vieillards désœuvrés, membres permanents si l’on ose dire, attirés par l’intensité dramatique des séances et les têtes d’affiche141. Certains d’entre eux, favorisés par le tirage au sort du jour, sont ravigotés par l’idée d’imposer leur verdict et de décider secrètement de la culpabilité de tel ou tel142. Outre ces habitués, l’Héliée est certainement fréquentée par de piètres vieillards, travailleurs ou impécunieux qui, faute d’exercer une activité à plein temps ou d’être en mesure de trouver occupation plus rémunératrice, sont attirés par l’indemnité. Le triobole représente une entrée d’argent appréciable et nécessaire pour des hommes âgés dotés de capacités réduites143. Contrairement à leurs cadets, les vieux citoyens sont écartés des contingents militaires : c’est moyennant participation aux tribunaux ou aux assemblées qu’ils ont la possibilité de remplir des fonctions civiques et de mériter des subsides de la cité144. Partant, le contingent des hommes d’âge candidats au tirage au sort n’est sans doute pas négligeable. Quant à leur présence effective, elle dut varier suivant les périodes, les aléas politiques ou économiques. En tout état de cause, les adresses directes aux juges ne distinguent jamais clairement les aînés : d’Antiphon à Lycurgue, les plus anciens sont interpellés conjointement aux plus jeunes pour marquer la transmission d’une mémoire collective ou la communion entre générations145. En 410, l’orateur du Pour Polystratos apostrophe les juges dans la péroraison de son discours : il s’adresse aux générations qui lui font face, implorant la clémence de ceux qui ont des fils et de ceux, de son âge, qui ont des pères qu’ils ne voudraient pas voir condamner146.
La comédie d’Aristophane n’est pas une source objective et le réalisme n’est qu’apparent. Les rôles ne sont pas distribués sur la scène comme sur les gradins. Dans les faits, les tribunaux sont composés d’hommes mûrs et beaucoup de citoyens en sont exclus – rappelons que les moins de 30 ans à Athènes forment environ un tiers des politai. Leur structure par âge est sans commune mesure avec celle de l’ekklèsia. Aristophane a forcé le trait pour exprimer l’absence de cette jeunesse. Le poète joue sur le décalage de générations : les dicastes dans la force de l’âge sont caricaturés en vieillards et Cléon en “gérontagogue” bien plus qu’en démagogue147. En outre, l’Athénien compose son œuvre dans un contexte particulier, celui de l’année 422, qui mérite considération148. En premier lieu, parce que les pertes de guerre ont affecté la cité et fauché des hommes appartenant aux classes d’âge combattantes. En second lieu, parce que les tribunaux ne cessent pas de fonctionner pendant les campagnes militaires : les cohortes de trentenaires et de quadragénaires, sans être absentes, sont moins fournies149. En somme, plus l’effort de guerre est important, plus les vieux sont actifs à l’Héliée et très certainement surreprésentés, du moins pendant quelques semaines ou quelques mois. De là à leur faire monopoliser le tribunal en toutes saisons, il n’y a qu’un pas : c’est tout l’art du poète que de le franchir pour mieux satisfaire son public et s’amuser de vieillards qui se révèlent, finalement, totalement inoffensifs.
Les implications démographiques, d’une part, et pratiques d’autre part, doivent enfin être prises en compte. En effet, quels que soient les modèles démographiques retenus, nous avons vu que la proportion des plus de 60 ans dans la population est faible, qu’ils ne représentent pas même 10%. Éligibles à partir de la trentième année, les citoyens athéniens désireux de siéger à l’Héliée devaient se porter volontaires, se soumettre à un tirage au sort et prêter serment. Minutieusement décrit par Aristote, le complexe processus de sélection des dicastes reste assez mal connu pour les périodes précédentes, entre la fin du ve siècle et les années 320150. Quelles qu’aient été les configurations, le panel de juges sélectionnés, annuellement ou ad hoc, ne saurait être majoritairement composé des citoyens ayant dépassé la soixantaine : tous les vieux ne sont pas candidats et tous les vieux candidats ne sont pas retenus parmi les 6000 ou parmi les élus aux jurys du jour151. À cela s’ajoutent des critères d’éloignement, de santé et d’invalidité qui, dans le cas de personnes âgées, ne sont pas à dédaigner152. Même s’ils sont plus assidus que leurs congénères habitant la chôra, les vieux citoyens résidant dans les dèmes de l’asty et les dèmes périurbains ne suffisent donc pas à emplir les tribunaux.
Notes de bas de page
1Plat., Rep., 1.330a (trad. E. Chambry, CUF, 1932).
2Diog. Laert. 6.51.1, cite cette remarque de Diogène le Cynique : “Comme on l’interrogeait sur ce qu’il y avait de plus misérable dans la vie, il répondit : un vieillard sans ressources (γέρων ἄπορος)”, (trad. M.-O. Goulet-Cazé, éd. 1999). La même idée est développée par Isoc., Plat., 56 : il rappelle aux plus anciens qu’il est pitoyable pour “les gens de cet âge de se voir dans le malheur et jour après jour sans ressources” (“τοὺς τηλικούτους ὁρᾶσθαι δυστυχοῦντας καὶ τῶν καθ᾽ἡµέραν ἀποροῦντας”).
3Aeschin., Tim., 88 : “γῆρας ἅµα καὶ πενίαν”.
4Xen., Mem., 2.8.1-6. Cet Euthéros n’est pas connu par ailleurs, PAA, vol. 7, n° 431537. Il est victime de la conjoncture et précise qu’il a perdu ses biens hors des frontières, n’a rien reçu de son père en Attique et n’a donc pas de garantie pour emprunter.
5Bien que le travail fasse l’objet de réflexions dès la fin du ve siècle, le dédain pour certaines activités laborieuses, telles que l’artisanat ou le petit commerce, exclut tout intérêt pour l’homme de métier, cf. Descat 1999.
6Les écarts de fortune peuvent être considérables ; des estimations ont été proposées pour Athènes, au ive siècle : en dernier lieu, Kron 2011.
7Xen., Oec., 12.9-12. Les critères de choix d’une intendante idéale désignent une personne d’âge mûr, non une vieille femme, ibid., 9.11-13. Sur ce que l’on attend des esclaves dans l’Économique, Plácido Suarez 1999.
8Plut., Alcibiade, 1.3 et Plat., Alc., 122b : “Périclès t’a donné comme paidagogos, un de ses esclaves domestiques que le vieil âge rendait tout à fait inutilisable (“τὸν ἀχρειότατον ὑπὸ γήρως”), Zopyros le Thrace” ; Lys., Sur le meurtre d’Ératosthène, 15 : “τις πρεσβῦτις ἄνθρωπος”. Des inscriptions funéraires athéniennes du ive siècle font connaître des esclaves pédagogues mais elles ne donnent que leur nom et leur fonction, sans indication d’âge, IG II², 10715 ou 12433.
9Les tâches effectuées par des esclaves âgés sont rarement vues comme significatives et ne retiennent nullement l’attention des commentateurs : ainsi, Byl 1975 ou Falkner 1995. Les études consacrées au travail des esclaves dans la fiction théâtrale – plutôt centrées sur la comédie – prennent peu en considération le facteur de l’âge : ainsi, Mactoux 1999 ou Feuvrier-Prévotat 2005.
10C’est le pais ou le paidion qui paraît en grand nombre dans le théâtre d’Aristophane. Le vocable peut renvoyer à plusieurs âges de la vie, mais le poète a choisi de flanquer ses vieux héros d’esclaves plus jeunes.
11Déjà, dans L’Odyssée, avec le personnage d’Eurycleia : Skafte Jensen 2014.
12Eur., Ion, 852-853. Également, Soph., El., 23-31 et 73-74 ; Eur., Phoen., 88-201 ; Ion, 1043-1047. La figure du vieil esclave pédagogue a aussi inspiré les artistes à l’époque hellénistique : certaines œuvres prolongent le type littéraire et mettent en valeur la dignité, la fidélité, tout en soulignant, suivant l’esthétique de l’époque, la vulnérabilité et l’usure physique de l’ancien, cf. Schulze 1998, 42-48 et 142-147 ; cf. également infra chap. XVII et dans ce volume, p. 360, fig. 23.
13Par exemple, Eur., Med., 184-186 ; Andr., 802-880 (nourrice d’Hermione) ; la nourrice de Phèdre, dans Hippolyte, ne ménage pas non plus sa peine pour aider sa maîtresse. Sur ces personnages littéraires, Karydas 1998.
14Un vieux messager dans Soph., Trach., 180-204 ; un vieux berger dans OT, 1110- 1185 ; une vieille portière dans Eur., Hel., 437-482 ; un vieux serviteur et messager dans IA, 1-162 ; une vieille servante envoyée puiser l’eau dans Hec., 610-611.
15Eur., Ion, 725-746.
16Les nourrices ressentent dans leur chair même la douleur de leurs maîtresses, Eur., Hipp., 203-207, 258-260 ou Med., 1-48 ; “c’est pour les bons esclaves une calamité que les revers des maîtres, et leur cœur en sent le contrecoup”, déclare la nourrice de Médée, 54-55 (trad. L. Méridier, CUF, 1956). Dans Ion, le vieux pédagogue ressent de la pitié et de la peine pour Créuse, 925-930.
17Eur., Ion, 1041-1042.
18Eur., Med., 123-124.
19Eur., Tro., 489-499 pour la préfiguration de sa vie future ; 492-494 : “ἢ θυρῶν λάτριν κλῇδας φυλάσσειν... ἢ σιτοποιεῖν”. Eu égard à son sexe, elle a eu la vie sauve et eu égard à son âge, elle ne sera pas asservie comme partenaire sexuelle. Pour ce personnage d’Hécube, Sorkin Rabinowitz 1998, 59-62.
20Eur., Tro., 195 : “παίδων θρέπτειρ᾽”.
21Eur., Hec., 362-364.
22Eur., Tro., 667-668.
23Des fonctions et des actes dont la portée est aussi symbolique, notamment pour ce qui concerne les rapports entre les serviteurs et les seuils de porte, comme le montre Serghidou 1998.
24Men., Dys., 190-191 et 574-599 ; aux vers 427-428, Simikè garde la porte. Dans Sam., 405-426, la vieille nourrice, désormais affranchie, est encore dans la maison et veille à l’exécution des tâches. Dans une comédie adaptée de Philémon (PCG, VII, Test. 18), poète de la comédie Nouvelle, Plaute met en scène une vieille servante, Syra, qui se traîne derrière sa maîtresse, écrasée par le fardeau de ses “quatre-vingt quatre ans”, auquel s’ajoutent “la servitude, la sueur et la soif”, Plaut., Merc., 673-674. Aristophane, pour sa part, présente des esclaves féminines jeunes, sexuellement actives et attractives, cf. Mactoux 1999.
25Lys., Contre Ératosthène, 19, indique que ses adversaires ont pris les meilleurs esclaves pour eux (“ὧν τὰ µὲν βέλτιστα ἔλαβον”), signe qu’ils n’ont pas tous même habileté, même prix ; Dem., Contre Aphobos I, 9, attire l’attention sur la valeur de quelques esclaves travaillant dans l’atelier de couteaux : celle-ci dérive d’un haut niveau de technicité et le maître peut tirer avantage d’hommes âgés ayant une longue pratique du métier pour former les nouveaux venus.
26L’esclavage rural reste en large mesure insaisissable et le labeur des vieillards invisible ; en dernier lieu Morris & Papadopoulos 2005. La mise en parallèle avec les sources romaines, tout aussi discrètes, ne permet pas d’avancer, cf. Wiedemann 1996, 286-289 et Casamayor Mancisidor 2019, 200-203.
27Mis à part l’exemple d’un Laërte qui, devenu travailleur, s’occupe des travaux du jardin, Hom., Od., 24.244-253 et Ndoye 2010, 37-38.
28Xen., Por., 4.22 avec Gauthier 1976, 152-155. Établie à partir de modèles coloniaux andins, l’espérance de vie de mineurs adultes, en pleine possession de leurs moyens, est évaluée à 5 ans. Les recherches conduites sur site attestent de la présence de familles mais nous n’avons aucun témoignage direct sur l’âge des travailleurs adultes des ergasteria, cf. Lauffer 1979, 171-176 ; E. Kakavoyannis 2001, 376 et Morin & Photiades 2005. Se fondant sur le fonctionnement des mines égyptiennes, décrites par Diod. 3.13.2 (les hommes plus âgés sont employés, avec les femmes, au broyage), Ardaillon 1897, 91-92, pensait que les vieillards étaient employés au triage et dans les ateliers, aux meules. Nous hésitons à le suivre car si les informations de Diodore sont certainement transposables, les vieillards proprement dits ne devaient pas constituer un groupe de main-d’œuvre à part entière.
29Cato., Agr., 3.7, conseille aux propriétaires de vendre les esclaves âgés et mal portants (“seruum senem, seruum morbosum”), en même temps que tout autre bien superflu. L’admonition est plus facile à énoncer qu’à réaliser car le marché est certainement réduit, cf. Reay 2012 ; Casamayor Mancisidor 2019, 202-203.
30Xen., Oec., 1.22. L’auteur oppose les esclaves “jeunes et capables de travailler” (“ἡβῶντας καὶ δυναµένους ἐργάζεσθαι”) aux vieux ἀδυνάτοι, incapables de travailler à cause de l’âge avancé et que leurs maîtres abandonnent à leur misérable vieillesse (“ἀπολείπουσι τούτους κακῶς γηράσκειν”). Un fragment d’Isée selon lequel un individu, non identifié, laissa dans un domaine “des vieillards et des infirmes” (“γέροντας καὶ ἀναπήρους”), pourrait être rapproché du témoignage de Xénophon mais il ne peut être mis en contexte, fr. 10, Contre Aristomachos (ou Arésaichmos).
31Sur les concepts de productivité et de rentabilité du travail, Descat 2004 et 2007, 206. Également Guéry 2004.
32La question de l’âge et de ses incidences sur l’usage des esclaves féminines est abordée par Martínez López & Mirón Pérez 2000.
33Xen., Mem., 2.8.1-2 : “µισθὸν δὲ οὐδείς σοι ᾽θελήσει τῶν τοῦ σώµατος ἔργων διδόναι”. Il faut entendre dans “σώµατος ἔργων”, tous types de travaux nécessitant la ressource des forces du corps, travaux physiques et manuels.
34Xen., ibid., 2.8.6 : il est conseillé à Euthéros de supporter toutes les tâches qui sont dans ses moyens et de se garder de toutes celles qui excèdent ses capacités.
35Bastianini et al., éd. 2001, VII 24-29 (A-B, 45) : “σὺν γήραι [χαλεπῶ]ν χεῖρας <ἀ>φ᾽ ἱστοπόδ[ων], ὀγδωκοντ[αέτις µέ]ν, ἔτι κρέξαι δὲ λιγε[ίαι] κερκίδι λε[πταλέον] στήµονα δυναµέ[νη]”, dans la traduction de Durbec 2014, 33.
36Les deux poèmes ont déjà été rapprochés par De Stefani 2004, 173-176.
37AP, 7.726 : “Ἐσπέριον κἠῷον ἀπώσατο πολλάκις ὕπνον ἡ γρηΰς πενίην πλατθὶς ἀµυνοµένη, καί τι πρὸς ἠλακάτην καὶ τὸν συνέριθον ἄτρακτον ἤεισεν, πολιοῦ γήραος ἀγχίθυρος, καί τι παριστίδιος δινευµένη ἄχρις ἐπ᾽ ἠοῦς δεῖνον Ἀθηναίης σὺν Χάρισιν δόλιχον, ἢ ῥικνῇ ῥικνοῦ περὶ γούνατος ἄρκιον ἱστῷ χειρὶ στρογγύλλουσ᾽ ἱµερόεσσα κρόκην. Ὀγδωκονταέτις δ᾽Ἀχερούσιον ηὔγασεν ὓδωρ ἡ καλὰ καί καλῶς Πλατθὶς ὑφηναµένη” (trad. P. Waltz et al., CUF, 1941).
38Sur les modèles littéraires qui inspirent ce portrait de vieille femme, Gigante 2011, 94-101.
39La “γυνὴ χερνῆτις” apparaît dans l’Iliade, 12.433, figuration de l’ouvrière de la laine ; par la suite, χερνῆτις s’emploie pour désigner une fileuse mais le terme s’utilise dans la poésie épigrammatique au masculin (χερνήτης) ou au féminin dans le sens de travailleur/travailleuse pour s’appliquer à celui/celle qui vit grâce au produit de son travail manuel et pas seulement du travail de la laine, DELG, s.u. χερνής. Outre les exemples présentés ici, la formule qualifiant une femme âgée se rencontre aussi dans AP, 6.203, une épigramme votive, où une vieille travailleuse, boiteuse (“ἡ γρῆϋς ἡ χερνῆτις, ἡ γυιὴ πόδας”, l. 1) est délivrée de son infirmité par les Nymphes.
40Bastianini et al., éd. 2001, VII 30-35 (A-B, 46) : “γρηΰς ἐγὼ χερνῆτις ἐπὶ βρεφέεσσιν ἐγήρων, µισθία <φ>ωκαϊκῆς Βατὶς Ἀθηνοδίκης, εἴρια παιδεύουσα κοµεῖν καὶ νήµατα µίτραις ποι<κίλα κ>αὶ τρητῶν πλέγµατα κεκρυφάλων. α<ὶ> δ᾽ἤδη θαλάµων ἐπὶ νύµφιον οὐδὸν ἰοῦσαι τὴν ναρθηκοφόρον γρηΰν ἔθαπτον ἐµέ”, toujours dans la traduction de Durbec 2014, 33. L’épigramme souligne l’immutabilité du modèle de la “γυνὴ χερνῆτις” de toute condition, à tout âge.
41AP, 6.39 (d’Archias, du ier siècle avant notre ère), ou 247 (de Philippe, ier siècle de notre ère). L’auteur de cette dernière insiste bien sur l’ancienneté de la dédicante, “ἡ βαθύγηρως Αἰσιόνη”, l. 7-8.
42AP, 9.89 : “Λιµὸν ὀϊζυρὴν ἀπαµυνοµένη πολυγήρως Νικὼ σὺν κούραις ἠκρολόγει στάχυας. ὤλετο δ᾽ἐκ θάλπους. τῇ δ᾽ἐν καλάµῃς συνέριθοι νῆσαν πυρκαϊὴν ἄξυλον ἐκ σταχύων” (trad. G. Soury, CUF, 1957).
43AP, 9.276 : une autre vieille travailleuse (“χερνῆτις” l. 2) est emportée par une vague tandis qu’elle lavait son vêtement ; elle est aussi explicitement associée à la pauvreté (“πνεῦµα δ᾽ὁµοῦ πενίῃ ἀπελύσατο”, l. 5).
44C’est le cas pour ce qui concerne les métiers de la terre : les témoignages illustrant la participation des femmes aux activités agricoles, exploitantes ou salariées, sont rassemblés par Scheidel 1996.
45Cf. Kosmopoulou 2001 et Bielman Sánchez 2008, 163-180.
46Une exception à relever dans une épitaphe funéraire trouvée à Chios, non précisément datée (IG XII, 4, 4, 3316 ; GVI, 474 ; McCabe & Brownson 1968, n° 567, classée parmi les spuria) : deux femmes, Bitto et Phainis, sont qualifiées de “ξυνέριθοι” et de “πενιχραὶ γραῖαι” (l. 1-2) ; le contexte est indéterminé mais ces vieilles compagnes de travail sont ici présentées comme des femmes libres, toutes deux de Cos, et d’un certain rang (l. 3). L’épigramme met l’accent sur l’ambiance plaisante de leurs activités, ponctuées par des récits de légendes.
47Pline signale que les vieilles femmes constituent une main-d’œuvre bon marché qu’il est avantageux d’utiliser pour la cueillette, par exemple, HN, 13.47.
48Aristoph., Lys., 562.
49Dem., Contre Euboulidès, 33-34.
50“Bien sûr, si nous étions riches, nous ne vendrions pas de rubans – et nous ne serions pas non plus dans la gêne”, Dem., ibid., 35 (trad. L. Gernet, CUF, 1960).
51Dem., ibid., 33-36. Sur le rapport entre travail et statut dans ce plaidoyer, Cohen 1998, 57-61.
52D’Ercole 2013, 61.
53Ath. 13.587a-c. Sur ces lignées féminines et l’image qu’en donnent les sources, Strong 2012.
54Isae., Philoktémon, 19-20. Une épigramme amoureuse de l’AP, 5.289, de basse époque, met en scène de manière plaisante une de ces vieilles taulières (“ἡ γραῦς ἡ τρικόρωνος”) qui fait souffrir les jeunes pensionnaires d’une maison. Une épigramme votive, d’un poète anonyme, met aussi l’accent sur la reconversion, cette fois-ci dans le travail de la laine, AP, 6.283.
55Ath. 4.130c : “ἔτη οὔσης ὑπὲρ τὰ ὀγδοήκοντα” ; cet amuseur et ses performances, célèbres en son temps, ne sont connus que par cette brève mention, Milanezi 2004, 193-195.
56Ballet & Jeammet 2011, 51.
57Plat., Tht., 149b-151d (trad. A. Diès, CUF, 1923). Platon n’a pas l’intention de gloser sur ce que l’on devait considérer comme “des affaires de bonnes femmes”, mais il aborde la profession lors de sa présentation de la maïeutique socratique. Sur les sages-femmes et leur niveau de connaissance, Demand 1994, 63-70 et French 1987. Pour des exemples, Laes 2011 et Samama 2003, 7-10. Ainsi que le souligne l’auteure, le terme “µαῖα” qui les désigne s’emploie également pour qualifier la vieille femme ou la grand-mère, expression d’un âge avancé.
58Au même titre que les femmes médecins, cf. Pomeroy 1978, 499-500.
59IG II², 6873 et Samama 2003, 109-110, n° 002, avec Totelin 2020a. La valorisation de ce double savoir-faire se fait à titre posthume, comme il est de règle, quel que soit l’âge des femmes.
60Sur leurs compétences et activités, Dasen 2016, 5-8.
61Pour le type iconographique, Birchler Emery 2010b. Une sage-femme et une nourrice pourraient être représentées sur une des stèles peintes de Démétrias, autour de 200 avant notre ère, cf. Volos, Athanasakio Archaeological Museum, Λ1.
62Ps-Dem., Contre Macartatos, 62 : “ἐντὸς ἑξήκοντ᾽ ἐτῶν γεγονυῖαν”. Ruschenbusch 1966, 113, F 109, considère ce texte comme une version du ive siècle et non comme le texte de loi authentique. Contra, en dernier lieu, Blok 2006, 210-213.
63Blok, ibid., 230-233. Les vieilles ne sont pas affectées par la pollution de la même manière que les femmes en âge de procréer.
64Frisone 2011, 196, explique cette présence des femmes de plus de 60 ans par leur éloignement avec la citoyenneté féminine “active”, ce qui reste à démontrer : cf. infra, chap. XII.
65Sur leurs positions respectives, Stears 1998, 117-123. Sur les liens étroits entre les larmes et les femmes, Van Wees 1998.
66Cette lecture “sociale” de la loi a déjà été défendue par Garland 1990, 258.
67Xen., Oec., 7.42 : “µὴ δέῃ σε φοβεῖσθαι µὴ προϊούσης τῆς ἡλικίας ἀτιµοτέρα ἐν τῷ οἴκῳ γένῃ, ἀλλὰ πιστεύῃς ὅτι πρεσβυτέρα γιγνοµένη ὅσῳ ἂν καὶ ἐµοὶ κοινωνὸς καὶ παισὶν οἴκου φύλαξ ἀµείνων γίγνῃ, τοσούτῳ καὶ τιµιωτέρα ἐν τῷ οἴκῳ ἔσει”.
68C’est Plat., Tht., 149d-150b, qui parle des accoucheuses comme des marieuses et comme capables, s’il leur paraît bon, de provoquer les avortements, une tâche ne faisant pas l’objet d’une réprobation particulière, Kapparis 2002, 84-88. Le type de la vieille entremetteuse apparaît aussi dans un des Mimes d’Hérondas : la vieille Gyllis semble s’être reconvertie après une carrière dans la prostitution, 1.15-18.
69Aristoph., Thesm., 505-516.
70Selon Ératosthène et Philochore, repris par Plutarque, Polos joua huit tragédies en quatre jours, à l’âge de 70 ans, un peu avant sa mort, An seni, 3 (785 B). Cet acteur est connu par nombre d’anecdotes mais les renseignements précis sur sa carrière font défaut ; elle démarre dans la seconde moitié du ive siècle, cf. Ghiron-Bistagne 1976, 164-169 et Le Guen 2004, 80-85. À la fin du siècle, le comédien, qui a accepté de jouer à Samos pour un cachet modeste, est honoré par un décret de la cité (IG XII 6, 1, 56). Dem., Contre Midias, 60, parle en revanche d’un leader de chœur athénien, Aristidès qui, devenu vieux, est désormais amoindri comme choreute (“ὃς νῦν µὲν καὶ γέρων ἐστὶν ἤδη καὶ ἴσως ἥττων χορευτής”) : ce n’est pas une profession mais une activité qui représente aussi un engagement de longue haleine. Ce personnage n’est pas clairement identifié, MacDowell 1990, 280-281.
71L’expression est de R. Descat dans Briant & Lévêque, éd. 1995, 325.
72L’un et l’autre ont écrit des pièces intitulées Γεωργός, aujourd’hui fragmentaires. Celle d’Aristophane, qui exploitait le thème du paysan de l’Attique enfermé dans l’asty, avait recours au vieillard dans une confrontation père-fils, PCG, III2, Γεωργός, fr. 101-114. Celle de Ménandre mettait en scène un vieux paysan, Cléénète ; il fait lui-même état de son ancienneté qui lui procure de la connaissance (“ὁ δὲ χρόνος τί µ᾽ εἰδέναι ποεῖ πλέον”), cf. Men., Georg., fr. 5 (éd. A. Blanchard, CUF, 2016). Cratinos s’était pour sa part intéressé aux Βουκόλοι (Les bouviers) : les rares fragments et testimonia ne permettent pas de reconstituer l’intrigue, PCG, IV, Βουκόλοι, fr. 17-22. Les auteurs de la comédie Moyenne ont aussi développé des intrigues autour de la vie aux champs, comme Antiphane dans Προβατεύς (Le gardien de moutons) ou Amphis, dans Αἰπόλος (Le chevrier).
73Sur ces figures scéniques et leur inscription dans le contexte athénien, Jones 2004, 192-225. Pour la représentation de la vie rurale dans les pièces d’Aristophane, Ehrenberg 1951, 73-94 et, plus récemment, Saïd 2000.
74Dicéopolis, coincé par la guerre dans la ville, pleure son dème rural, sa terre qui lui fournissait tout le nécessaire, Aristoph., Ach., 32-36.
75Aristoph., ibid., 993-999 ; Pax, 562-563 ou 569-570.
76Le Strepsiade des Nuées vit dans l’aisance et la facilité à la campagne et il est assez riche pour faire un bon mariage – financièrement s’entend, Nub., 43-47. Trygée lui-même n’aspire pas directement à travailler : ce qu’il veut c’est planter son hoyau dans sa terre, comme pour en reprendre physiquement possession (Pax, 570 : “καὶ τριαινοῦν τῇ δικέλλῃ τὸ γῇδιον”).
77Ainsi, dans le prologue de La Paix.
78Le vocabulaire de Ploutos met en valeur la rudesse des tâches, la tyrannie du travail, les fatigues : “ταλαιπωρέω” au vers 224, “πονεῖν ἐρασταί” au vers 254 ou “οἳ πολλὰ µοχθήσαντες” au vers 281.
79Chrémyle se qualifie lui-même comme pauvre (“πένης”) et explique que la vie du pauvre consiste à épargner et à se consacrer au travail (“τοῦ δὲ πένητος ζῆν φειδόµενον καὶ τοῖς ἔργοις προσέχοντα”) ; il s’interroge sur l’opportunité de laisser son fils embrasser un avenir aussi sombre, Aristoph., Plut., 29-38 et 553-554. Sur les rapports entre pauvreté et travail chez les poètes, Roubineau 2013, 16-21 notamment et Coin-Longeray 2014, 157-164.
80Aristoph., Plut., 525-526 : “forcé de labourer, de bêcher et de t’échiner toi-même à toutes les autres corvées, tu mèneras une vie bien plus pénible que celle d’aujourd’hui” (trad. Thiercy 1997).
81Men., Georg., 47-48 et 65-66 (éd. A. Blanchard, CUF, 2016). Il est contraint au repos à la suite d’une vilaine blessure.
82Men., Dys., 31-32 : “ξυλοφορῶν σκάπτων τ᾽, ἀεὶ πονῶν”, (trad. J.-M. Jacques, CUF, 1963). La pièce a été présentée en 316 et l’action se situe dans le dème de Phylè.
83Men., PCG, VI2, Αὑτὸν τιµωρούµενος (Le bourreau de soi-même), fr. 77, l. 1-2 : “γεγονὼς ἔτη τοσαῦθ᾽ ; ὁµοῦ γάρ ἐστιν ἑξήκοντά σοι”.
84C’est un “summum du mal”, au vers 326. Il est bien précisé que Cnémon n’a ni esclave domestique (“οὐκ οἰκέτην οἰκεῖον”), ni ouvrier du coin (“οὐκ ἐκ τοῦ τόπου µισθωτόν”), ni voisin (“οὐχὶ γείτον᾽”) pour l’aider, Dys., 328-334. Il faut ajouter qu’il est pourvu d’un domaine estimé à 2 talents mais où l’on ne peut rien récolter de bon ; terre rocailleuse et sauvage, ce n’est pas un lieu propre à la culture, 604-606. Au reste, il s’escrime tant et plus mais ne parvient pas à la cultiver, cf. l’analyse des cadres et personnages de la pièce par Hoffmann 1986.
85Alexis, PCG, II, Ὀλύνθιοι, fr. 167.
86Men., Her., 20-29. Ménandre met en valeur les conséquences physiques de la misère : la faim (“λιµὸς”) et la consomption du corps - il ne lui reste que la peau sur les os (“ἀπέσκλη”). D’autres exemples empruntés au théâtre athénien dans Fernández Prieto 2020, 73-78.
87La question de la petite propriété agricole et de ses travailleurs est source de débats nourris, dont on peut prendre la mesure dans les articles de Jameson 2002 et de Foxhall 2002.
88Lys., Contre Philon, 18 : “ὀλιγα µὲν τῶν ἐπιτηδείων ἔχοντες, ἀναγκαῖα δέ”. L’orateur ne précise pas ce que sont ses petits profits : outils, bétails ? Sur ce procès et la construction de l’argumentation, Whitehead 2006, 137-141.
89La peinture des campagnes est plus développée dans le corpus hésiodique que dans les sources classiques. Les poètes comiques du ive siècle développent le type de l’agroikos (Antiphane, PCG, II, Ἄγροικος, fr. 1-12 ; Philémon, PCG, VII, Ἄγροικος, fr. 1) personnage rustique et ignorant, à l’exemple d’un Cnémon, mais sorti de sa campagne et confronté aux mœurs des citadins, cf. Konstantakos 2005.
90AP, 6.226, de Léonidas de Tarente : “ὀλιγαῦλαξ” un petit bout de terre, “ὀλιγόξυλον”, un petit bois.
91AP, 6.296 : “ἐπεὶ παρενήξατο τὸ πλεῦν ἥβης, ἐκ γήρως δ᾽ἀδρανίῃ δέδεται” et 6.192 : “µογερῷ γήραϊ τειρόµενος”. Également, de Phanias, 6.294. On trouvera dans Albiani 1995, 325-338, un choix de ce type d’épigrammes.
92AP, 7.321, dans une épigramme funéraire anonyme, on invite à garder en mémoire les efforts mis en œuvre par le vieil Amyntichos pour recueillir les produits de sa terre : “πολλῶν µνησαµένη τῶν ἐπὶ σοὶ καµάτων”.
93Quelques 170 métiers ont pu être identifiés entre 500 et 250 avant notre ère à Athènes par Harris 2002, 68-69. Dans sa vie de Nicias, 12.1, Plutarque signale que les hommes d’âge fréquentaient assidûment les boutiques pour bavarder, mais non pour travailler.
94Lys., Pour l’invalide, 4-6, 8 et 19. Le plaideur revient à plusieurs reprises sur son métier (technè) mais toujours sans plus de précisions.
95Pour montrer, par exemple, la grandeur d’âme et le train de vie modeste d’un Phocion qui, à la vue d’un vieillard pauvre (“πένητα πρεσβύτην”), vêtu d’un manteau sale, se serait exclamé : “cet homme vit de moins que moi et il s’en contente” ; il aurait ainsi rejeté les 100 talents que lui avait offert Alexandre, Plut., Phocion, 18.2-4.
96Galand 2001 pour les paradoxes et les contradictions qui structurent la pensée grecque sur le travail. Il n’y a qu’à voir l’image que l’on projette de ces vieux travailleurs, cf. infra chap. XVI et XVII.
97Ps-Dem., Contre Léocharès, 3-4. Le vocabulaire met en valeur tous les marqueurs de la pauvreté (“πενία” à deux reprises ici) : la faiblesse (“ἀσθένεια”), la nécessité (“ἀνάγκη”), l’absence de ressources (“ἀπορία”), de temps libre (“ἀσχολία”). En 28, l’orateur et son père sont présentés comme des pauvres et des “ἀδύνατοι”, sans habileté pour se défendre.
98La combinaison pauvreté-honnêteté mise au service de la rhétorique judiciaire est étudiée par Cecchet 2015, 214-226.
99P. Cair. Zen., 5.59852, l. 9-10 : “ἵνα µὴ πρεσβύτερος ὢν ῥέµβωναι”. Provenant de Philadelphie dans le Fayoum, de l’année 243 avant notre ère.
100À Gortyne, aux biens du père s’ajoutent ceux de la mère, Code de Gortyne, V, 9-13 et IV, 43-46 (= Nomima, vol. 2, 174-182, n° 48 et 49).
101Pour Athènes, Harrison 1968, 79-81 et chap. IX infra.
102Beauchet 1897, vol. 3, 639 ; Biscardi 1955, avec les sources, 107-108 spécialement ; MacDowell 1989a. Il faut supposer que les donations aux fils majeurs ont lieu après que les pères aient procédé aux dotations des filles ; à défaut, les fils devront apportionner leurs sœurs. Les préconisations sur le sujet sont anciennes et l’on peut remonter jusqu’à Démocrite, qui pensait que les richesses devaient être divisées entre les fils aussitôt que possible mais recommandait aux pères de garder un œil sur elles pour s’assurer qu’ils en faisaient bon usage : DK 68 B 279 (éd. Diels & Kranz 1969, vol. 2) avec Luria 2007, 715.
103Ps-Dem., Contre Évergos et Mnésiboulos, 34-35 ; le partage est déjà effectué vers 357. Le père en question reste pour nous anonyme, APF, 225-226, n° 7094.
104Vial 1984, 292-293 et 302-304.
105Code de Gortyne, IV, 27-31 (= Nomima, vol. 2, 177-182, n° 49), avec les commentaires de Maffi 1983, 15 et, en dernier lieu, de Rørby Kristensen 2007, 93-94.
106Les différends se réglaient généralement devant les tribunaux mais ils pouvaient à l’occasion prendre une tournure dramatique : Isée fait état d’un partage de biens entre héritiers négocié à coups de poing et soldé par un décès, Astyphilos, 17.
107Ps-Dem., Contre Macartatos, 19. Les Bousélides, descendants de ce Bousélos, forment l’une des familles les plus en vue d’Athènes, déchirée au siècle suivant par la fameuse succession d’Hagnias, cf. Davies 2001.
108Strauss 1993, 71, note que la richesse de Bousélos l’autorisait à conserver une partie de ses biens : ce partage n’a peut-être pas sonné l’heure d’une retraite.
109La hantise du manque de ressources dans le vieil âge est fréquemment mise en avant dans la rhétorique judiciaire. L’argument est avancé dans le Contre Timothée : la peur d’être dépourvu de provisions adéquates dans la vieillesse (“ἐφόδια τῷ γήρᾳ ἱκανά”) aurait motivé le non remboursement des dettes du stratège, Ps-Dem., Contre Timothée, 67.
110Plut., Périclès, 36.1-6. Périclès est lui-même réputé pour sa pingrerie ; cette stricte parcimonie constitue l’un des principaux motifs de dissensions entre père et fils, cf. chap. IX. Andocide, pour sa part, rappelle que certains fils n’attendaient pas d’être en possession des biens pour dilapider la fortune paternelle ; ainsi en serait-il allé de Callias vis-à-vis de son propre père, Hipponicos, Myst., 130-131.
111Eur., Œnée, fr. 8 : “L’appât du gain altère même les liens de famille” (trad. F. Jouan, H. Van Looy, CUF, 2000).
112Eur., Phaéton, 160-161, par la voix de Mérops (trad. F. Jouan, H. Van Looy, CUF, 2002). Cf. aussi Phoenix, fr. 4, dans la bouche d’Amyntor : “Je ne conseillerai jamais à un autre mortel de confier le pouvoir à ses fils avant que l’ombre ténébreuse ne s’abatte sur ses paupières, s’il lui faut achever son existence régenté par ses enfants” (trad. F. Jouan, H. Van Looy, ibid.). Ces mises en garde sont récurrentes dans le théâtre d’Euripide comme le montre Jouan 2007, 35-37.
113Lys., Sur les biens d’Aristophane, 37 : il ne faut pas conserver pour soi la plus petite quantité (“οὐκ ἐλάχιστα ἄν αὑτῷ ὑπέλιπε”).
114Isae., Philoktémon, 18-42.
115Isae., ibid., 38 et 56 : le patrimoine semble être alors en indivision mais la situation est complexe. Pour un point de vue différent, MacDowell 1989a, 13-14. Ainsi que le fait observer Cox 1998, 86, le père n’a jamais eu l’intention de passer la main.
116APF, 562, n° 15164, pour le détail et l’estimation des biens.
117L’affranchie en question gérait l’une des maisons de passe du vieillard.
118Hyp., Contre Athénogène, 26.
119Lys., Sur les biens d’Aristophane, 36.
120Ps-Lys., Pour Polystratos, 27, pour un exemple de collaboration père-fils dictée par l’urgence : Polystratos a environ 70 ans lorsqu’il écrit à l’un de ses fils, alors en Sicile, pour l’entretenir de ses affaires. Sur ce personnage, sa famille et ses biens, APF, 467-468, n° 12076.
121Isae., Ménéklès, 42 : celui-ci exerce les liturgies et procède aux dépenses “ὡς ὑὸς ὢν ἐκείνου”.
122Ps-Dem., Contre Olympiodoros, 5, 12 et 15. Dans les deux ateliers travaillaient des esclaves fabricants de toiles et extracteurs de pigments.
123Ibid., 15-19.
124Ps-Dem., Contre Callipos, 14 ; il s’était du reste retiré dans le dème d’Acharnes. La date de naissance de Pasion, ancien esclave, n’est pas connue avec précision mais tout indique qu’il faut la placer vers le début de la guerre du Péloponnèse car, à la fin du ve siècle, il gère une banque appartenant à Antisthène et Archestratos, Dem., Pour Phormion, 43. Il meurt vers 370-369 et semble alors très affecté par le vieillissement et la maladie, Dem., ibid., 7. Peu de temps avant son décès, il confie la gestion de sa banque et de sa fabrique de boucliers à Phormion et a disposé de ses biens dans un testament. Sur le personnage, Bogaert 1968, 63-71 ; Trevett 1992, 1-8 et 160-165 ; Ismard 2019.
125C’est le sens des propos de Socrate à Lysis : “Ce n’est donc pas le nombre des années que ton père attend pour tout remettre entre tes mains, mais, le jour où il te jugera plus sage que lui, il se confiera lui-même à toi avec tout ce qu’il possède”, Plat., Lysis, 209c (trad. A. Croiset, CUF, 1921).
126Aristoph., Vesp. : Philocléon est “l’ancien maître” (“τὸν παλαιὸν δεσπότην”), 442, et Bdélycléon “le maître”, 67-70. Philocléon ne dispose pas, pour l’heure, de ses biens (“Νῦν δ᾽οὐ κρατῶ πω τῶν ἐµαυτοῦ χρηµάτων”) et promet à une esclave joueuse de flûte de la racheter quand son fils sera mort, 1351-1357. Philocléon joue ici le rôle du vieillard infantilisé. Sur ce processus d’inversement et les lectures que l’on peut en faire, Orfanos 2006, 76-83.
127Dans Lys., Contre Théomnestos I, 4 et 27, l’accusateur révèle qu’il avait 13 ans lorsque son père, alors âgé de 67 ans, fut mis à mort par les Trente. Diogiton, accusé par un client de Lysias, est né vers 460 : il a 60 ans vers 401 et ses fils, nés d’un second lit, sont apparemment encore mineurs, Contre Diogiton, 17.
128Aristophane interpelle régulièrement les “γέροντες ἡλιασταί”, Eq., 255 et Vesp., 195, ou encore les “φράτερες τριωβόλου”, Eq., 255, des vieillards “confrères du triobole”, partisans et fidèles soutiens de Cléon. Sur ces passages, Orfanos 2006, 36-38 et Jouan 2000.
129Aristoph., Vesp., 253 et 293-313 ; même idée aux vers 605-614 et 1112-1113 : “Εἴς τε τὴν ἄλλην δίαιτάν ἐσµεν εὐπορώτατοι. πάντα γὰρ κεντοῦµεν ἄνδρα κἀκπορίζοµεν βίον” (“de plus, pour trouver notre nourriture, nous sommes plein de ressources : nous piquons tout le monde et nous procurons ainsi notre subsistance”, trad. Thiercy 1997). Sur la remise du triobole à la fin de la session, 684-695. La pièce est présentée en 422, date à laquelle le misthos dikastikos est de 3 oboles après l’augmentation intervenue en 424 ou peu avant, à l’initiative, très vraisemblablement, de Cléon, cf. Lafargue 2013, 67-68 avec les sources.
130Les compagnons de Philocléon sont très, très vieux : ils ont participé aux guerres médiques en 480 et au siège de Byzance (en 478), 1078-1085 et 236-237.
131Aristoph., Vesp., 300 : “τοῦ µισθαρίου” ; 701 : “οὐκ ἀπολαύεις πλὴν τοῦθ᾽ὅ φέρεις ἀκαρῆ” que P. Thiercy traduit par “tu ne tires aucun bénéfice à part ton salaire riquiqui”.
132Ibid., 1117-1119.
133Toutes les références dans Markle 1985, 266, n. 3 ; Will 1975a pour une réflexion sur les différentes acceptions du terme et son évolution.
134Aristoph., Vesp., 714 : il est de ceux qui ont combattu dans les rangs des hoplites mais il ne peut plus tenir son épée. Il est en en revanche sans éducation, 1183 (“ἀπαίδευτος”).
135Isoc., Antid., 152 : “τῶν ἐντεῦθεν ζῆν ἠναγκασµένων”. Dans le discours Sur la Paix, 130, il parle de “ceux qui vivent des tribunaux” (“τοὺς δ᾽ἀπο τῶν δικαστηρίων ζῶντας”), des assemblées et des profits qu’on y trouve, contraints par l’indigence. L’auteur prétend discréditer le système judiciaire athénien démocratique et n’a de cesse de dénoncer la nature “vile” des juges ; sur ce point, Bearzot 2015.
136En témoignent les controverses opposant Markle 1985 et Todd 1990, avec la réponse de Markle 1990, 159-164 spécialement. Ce dernier pense que les dikastai sont, dans leur majorité, des pénètes alors que Todd tranche en faveur des “farmers”, exploitants et propriétaires, lesquels conçoivent le misthos non comme une indemnité de subsistance mais, pour les plus modestes d’entre eux, comme un bonus en liquidités.
137Ainsi que le souligne Oulhen 2004, 348-349, s’il est important de distinguer entre subsides publics et assistance publique, cette distinction “n’était pas opérée avec autant de netteté par les Athéniens”.
138À l’exception de Crichton 1991-1993.
139Ainsi Hansen 1993, 221 : “quelles que soient les retouches qu’on apporte au tableau parodique d’Aristophane, il a sa part de vérité : les pauvres et les vieillards étaient majoritaires dans les tribunaux”. Déjà, Sinclair 1988, 128, n’écartait pas l’hypothèse qu’une “proportion considérable, peut-être une majorité, des jurés étaient des hommes âgés”. Que la moyenne d’âge soit élevée ne signifie pas que la majorité des juges étaient des vieux.
140Aechin., Tim., 117 : l’orateur marque une claire distinction entre les plus jeunes (les moins de 30 ans) et les plus âgés des spectateurs massés devant le tribunal, “Ὁρῶ δὲ πολλοὺς µὲν τῶν νεωτέρων προσεστηκότας πρὸς τῷ δικαστηρίῷ, πολλοὺς δὲ τῶν πρεσβυτέρων”. De nombreux spectateurs se pressaient aux procès, cf. Lanni 1997, 186-187.
141Sur la théâtralité des procès, en dernier lieu, Villacèque 2013, 167-185, avec la bibliographie antérieure.
142Dans Les Guêpes, lors de l’agôn entre père et fils, Aristophane disserte sur l’abus de pouvoir et l’illusion de puissance des juges, Vesp., 546-630, et Philocléon de remarquer qu’il n’existe pas d’être plus gâté et plus redouté que le dicaste, tout vieux qu’il soit, 551 : “ἢ τρυφερώτερον ἢ δεινότερον ζῷον, καὶ ταῦτα γέροντος”.
143L’indemnité, abolie pendant les crises politiques, restaurée en 403, demeurera inchangée jusqu’à l’époque d’Aristote, Loomis 1998, 15-17 et 26 avec les sources. Les 150 à 200 jours environ de sessions par an multiplient les opportunités de siéger et donc, de recevoir le triobole, cf. Hansen 1979.
144Aristophane pousse la logique de service public à l’extrême puisque les vieillards du chœur veulent l’exclusivité des misthoi, au titre de “retraites” d’anciens combattants, hoplites et rameurs : Vesp., 684-685 et 1117-1119.
145Antiph., Sur le meurtre d’Hérode, 71 : “… µεµνῆσθαι τοὺς πρεσβυτέρους, τοὺς δὲ νεωτέρους πυνθάνεσθαι …” ; Lycurg., Contre Léocrate, 93 : “Τίς γὰρ οὐ µέµνηται τῶν πρεσβυτέρων ἢ τῶν νεωτέρον” ; Démosthène dans le Contre Leptine, 77, prend à témoin des juges, parmi les plus âgés, pour confirmer ses allégations : “τούτων πάντων ὑµῶν τινες οἱ πρεσβύτατοι, µάρτυρές εἰσί µοι”. D’autres exemples dans Wolpert 2003, 550 et dans Crichton 1991-1993, 62-64 et tables 1 à 3.
146Ps-Lys., Pour Polystratos, 36.
147Plutarque dans ses Préceptes politiques, 13 (807 A) et dans sa vie de Nicias, 2.3, cite un vers anonyme qui présente Cléon “subjuguant les vieillards, distribuant les soldes” (“Γερονταγωγῶν καὶ ἀναµισθαρνεῖν διδούς”), PCG, VIII, Adespota, fr. 740 (trad. Ozanam 2001). Dans Aristoph., Eq., 1099, le vieux Démos choisit le marchand de boudin pour “guider son vieil âge” (γερονταγωγεῖν). Sur Cléon “gérontagogue”, Orfanos 2006, 36.
148Une année qui ne fut pas la plus terrible, au contraire. Les opérations militaires de 422 sont assez réduites : Thuc. 4.129.2.
149Crichton 1991-1993, 64-66, a raison de rappeler que toutes les forces ne sont pas engagées à l’extérieur au même moment, qu’il faut compter avec les exemptés.
150Arist., Ath. Pol., 63-69. Les procédures de sélection, le nombre des juges, les outils techniques, ont progressivement évolué entre l’époque d’Aristophane et celle d’Aristote : cf. Kroll 1972, 69-104 ; Hansen 1993, 213-225 et 233-235 notamment, et le bilan synthétique de Boegehold 1995, 21-42 ; sur les pinakia, Alfieri Tonini 2001, 107-115.
151Hansen 1981, 367, estime, à partir du témoignage d’Arist., Ath. Pol., 66.1 qu’au moins 1600 à 2000 juges étaient sélectionnés lors d’une journée ordinaire de session au programme moyen.
152La part respective des populations rurales et urbaines est inconnue, de même que l’ampleur réelle de l’exode rural. Ces questions sont discutées, surtout pour le ive siècle, cf. la synthèse de Oulhen 2004, 270-273. Hansen 2006b, 64-67 et 93, avance l’hypothèse de 1/3 d’urbains pour 2/3 de ruraux. Les 2/3 des dèmes de l’Attique se situaient dans un rayon de 4 heures de marche de la ville et la mobilité journalière était importante comme l’a montré M. H. Hansen à partir de l’étude des tablettes individuelles des dicastes, Hansen 1983. Un aller-retour dans la journée est concevable mais néanmoins ardu pour des personnes âgées, même entraînées. Quant à la participation des vieux citoyens appartenant aux dèmes les plus éloignés, elle est certainement problématique.
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