Chapitre I. Le corps sénile : approches médicales
p. 35-50
Texte intégral
1La collection hippocratique représente un ensemble de sources précieuses pour notre sujet. D’abord, parce que nous disposons d’un recueil de traités fournissant des questionnements sur la nature des êtres, indépendamment de leurs statuts1. Ensuite, parce que les hommes et les femmes constituent le matériel d’études, non pas matières équivalentes mais parties de raisonnements qui se nourrissent de leurs différences, de leurs analogies aussi2. S’ils ne font pas l’objet d’une discipline “gérontologique” ou “gériatrique” qui reste à inventer, ni d’un traitement particulier, les plus âgés forment une catégorie reconnue en vertu du critère de l’âge3. Leurs caractères physiologiques, leurs pathologies, de même que les thérapeutiques adaptées, sont envisagés au gré des nombreux discours des spécialistes de la médecine grecque. Par conséquent, les médecins, auxquels il faut adjoindre Aristote, identifient des complexions masculines et féminines spécifiques, et, ce faisant, dessinent les linéaments du corps sénile. Encore faut-il s’entendre, au préalable, sur la délimitation de ce qui constitue le dernier temps de la vie…
Les seuils de la vieillesse
2Définir un seuil de vieillesse “médicale” n’est pas chose aisée en l’absence d’une terminologie pratique à même de traduire une gradation qui permettrait de discerner des niveaux de sénilité4. Dans la médecine hippocratique, les distinctions entre ceux que l’on qualifie comme “πρεσβύται” ou comme “γέροντες” n’ont pas valeur chronologique et aucune échelle des temps de la vie ne justifie l’emploi de l’un ou de l’autre comme le remarque Galien5. Les praticiens font en effet un usage minimal du lexique des âges, se contentant bien souvent d’opposer les “γεραίτεροι” et “παλαιότεροι” aux “νεώτεροι”, en vertu d’une segmentation de l’existence réduite au dualisme emblématique entre les plus jeunes et les plus vieux6. Cette question de la structure des âges suscite assez peu d’intérêt chez les médecins et, lorsqu’une ligne de partage se dessine, on ne trouve pas moins de trois ou quatre propositions concurrentes.
Un cap changeant
3Dans son analyse de l’influence d’un milieu local dans le déclenchement des maladies, l’auteur des Airs, eaux, lieux détaille les affections propres aux âges et aux sexes dans un contexte géographique donné. À ce titre, dans les cités situées face aux vents chauds, il singularise ceux des habitants qui “dépassent la cinquantaine” : victimes d’un coup de soleil ou d’un coup de froid, ils pourront pâtir d’une hémiplégie7. Ce cap des 50 ans lui permet de circonscrire le groupe des individus les plus avancés en âge ; il n’est pas explicitement associé à l’état de vieillesse même si les accidents exposés ici par notre praticien sont de ceux qui surviennent précisément chez des personnes âgées8. De la même manière, l’auteur des Épidémies adopte le seuil des 50 ans comme une ligne de démarcation entre les malades : au-delà de cet âge, les affections rénales sont incurables9.
4Certains de leurs confrères sont en revanche beaucoup plus explicites en ce qui concerne l’avènement du vieil âge. Le traité Des semaines, qui formalise la division septénaire des âges de la vie humaine, fixe l’âge du πρεσβύτης de 49 à 56 ans, période à l’issue de laquelle l’individu accède à la vieillesse en devenant un γέρων à proprement parler10. Le rédacteur Des Articulations indique que des sujets exposés à une incurvation des vertèbres ont pu développer cette pathologie et porter des gibbosités jusqu’à la vieillesse (“ἄχρι γήρως”) mais, parmi ceux-là, peu ont vécu “au-delà de soixante ans”11. Celui des Prénotions Coaques présente une brève typologie des affections distribuées suivant les âges, notamment celles qui n’apparaissent pas entre 42 et 63 ans, concluant que jusqu’à la vieillesse (“µέχρι γήρως”), ces maladies restent éloignées12. On pourrait rapprocher de ce texte deux passages du Prorrhétique II, dans lequel le médecin observe à propos des douleurs aux épaules et aux bras qu’elles surviennent avec le plus d’intensité “depuis quarante jusqu’à soixante ans”, ou, à propos de certaines tumeurs, qu’elles sont redoutables jusqu’à ce que les soixante ans soient largement dépassés car, chez les vieillards, on ne voit aucune tumeur de ce genre13.
5Somme toute, placé dans un intervalle compris entre 56 ans et 63 ans, le seuil de la vieillesse n’est pas fermement fixé. Pour nos praticiens, il s’établit autour de la soixantaine et varie en fonction des constitutions individuelles, des dispositions de tel ou tel, étant entendu que certaines natures vieillissent plus vite que d’autres14. De même, quelques mutations, comme le déclin des capacités (“µινύθησις”), peuvent intervenir plus tôt ou plus tard qu’il n’est de règle15. Enfin, le mode de vie n’est pas sans incidence sur le processus de sénescence. Un passage Des Articulations l’admet bien volontiers : “pour le dire sommairement”, écrit son auteur, “toutes les parties du corps qui sont faites pour qu’on s’en serve, employées convenablement et exercées au travail auquel chacune a été habituée, sont saines (“ὑγιεινὰ”), développées (“αὔξιµα”) et vieillissent bien (“εὔγηρα”) ; inexercées et tenues dans le repos, elles sont maladives (“νοσηρότερα”), non développées (“ἀναυξέα”), et vieillissent vite (“ταχύγηρα”)”16. On ne saurait mieux dire. Plus ou moins précoce, à même d’être accéléré ou retardé, le vieillissement est subordonné à la nature de l’homme, accentué par les maladies et les vicissitudes de la vie, voire par l’environnement géographique.
Arithmétiques de la vie
6La prise en compte des variables individuelles, des interactions entre éléments personnels et naturels, ne dégage pas les spécialistes des schémas anciens, notamment des modèles arithmétiques mis en place depuis l’époque archaïque17. L’idée d’une délimitation temporelle de la vieillesse apparaît clairement dans la pensée pythagoricienne qui scinde l’existence humaine en quatre tranches de 20 ans et établit une correspondance entre les saisons de l’année et le cours de la vie. Le passage de la troisième à la quatrième étape, à 60 ans, marque ainsi le début du vieil âge ; l’individu passe alors du stade de νεηνίης à celui de γέρων18. La césure est nettement marquée, le basculement brutal puisque la phase caractérisée par le dynamisme précède sans transition celle de l’effondrement19. Influencée par les principes et les combinaisons arithmétiques, la science médicale met aussi en œuvre ce système périodique. Comme celle des saisons, la quadripartition des âges (παῖς, νεηνίσκος, ἀνήρ, πρεσβύτης) apparaît dans plusieurs traités20.
7D’autres souscrivent à une temporalité différente. Un passage des Aphorismes établit un découpage en trois saisons masculines sans césures calendaires définies21. Les auteurs des Prénotions Coaques et Des semaines, qui ordonnent leurs mesures selon un cycle septénaire, se sont inspirés de la théorie des hebdomades qui fait florès pendant toute l’Antiquité. Défendue par Solon, qui semble être son promoteur, elle forge un partage de l’existence en dix périodes successives de sept années, chacune d’elles correspondant pour l’individu à l’acquisition, à l’épanouissement puis à l’abaissement de ses facultés et caractères physiques, sociaux ou moraux. Les derniers degrés s’établissent ainsi :
“… Au cours du cycle sept, pour l’esprit et la langue, il excelle largement,
Dans le cycle huit aussi. Les deux font quatorze années.
Au neuvième, il a encore des capacités, mais plus faibles
Au vu de la grande excellence sont sa langue et son habileté.
Si l’on atteint le dixième en l’ayant accompli selon la mesure,
On pourra, sans que ce ne soit pas le moment, obtenir la mort”22.
8Pour Solon, l’ultime septénaire s’ouvre à 63 ans et recouvre une séquence de sept années de déclin irrémédiable. Ayant dépassé l’état encore constructif où l’affaiblissement physique est contrebalancé par l’habileté intellectuelle, le sujet est désormais dépourvu de toute aptitude positive, suspendu à l’imminence d’une fin annoncée.
9Les traités du Corpus hippocratique ne reprennent pas exactement le canevas abstrait des fragments poétiques de Solon. Contrairement à l’Athénien, l’auteur Des Semaines fait usage d’un vocabulaire précis qui distingue entre ἀνήρ, πρεσβύτης et γέρων, de même qu’il corrige les durées assignées à chaque état en partageant le cours de la vie en sept phases23. Celui des Prénotions Coaques bâtit son schéma du rapport entre les maladies et les âges autour des multiples du même chiffre mais selon une grille sensiblement différente puisqu’elle se combine avec un découpage quadripartite de l’existence structuré par les jalons des 14, 42 et 63 ans24. L’un et l’autre souscrivent cependant à une arithmétique des âges, influencés par des considérations métaphysiques et peut-être aussi par un traité hippocratique sur la question, traité qui divisait le temps de l’homme en quatre phases et groupaient les années par sept et dérivés de sept25. À la fin du ive siècle, le médecin Dioclès de Carystos fait encore référence à la nomenclature de Solon et à sa division de l’existence en 10 septénaires26.
10Entrecroisant décomptes méthodiques et approches empiriques, les schémas précédents traduisent toute la complexité des seuils d’âge. De ces modèles changeants, on retiendra que le franchissement de la soixantaine constitue bien un temps fondamental dans le processus de sénescence. Bien que guidée par un esprit de système, l’approche médicale épouse les idées du temps27.
Le vieillissement féminin, phénomène divergent
11L’opuscule Du fœtus de huit mois, dont la numérologie médicale est inspirée par la doctrine des hebdomades, précise en effet que “les filles deviennent pubères, ont du sens et vieillissent plus vite que les garçons à cause de la faiblesse de leur corps et de leur régime”28. Dans quelle mesure exactement ?
12Le tableau classificatoire des âges où les corps sont susceptibles de maladies des Prénotions Coaques offre une première indication : les jalons des 14 et 42 ans observés précédemment pour le parcours masculin peuvent aussi être mis en relation avec les processus de puberté et de ménopause et constituer des pivots d’une destinée féminine29. Dans le même sens, le traité Nature de la femme met en valeur, dès le prologue, un système tripartite qui lui fait distinguer entre les femmes jeunes (“νέαι”), les femmes moyennement âgées (“µέσαι”) et les vieilles femmes en fonction du degré d’humidité corporelle – ces dernières “plutôt sèches et pauvres en sang”30. L’auteur ne stipule pas les âges auxquels s’opèrent les passages d’un état à l’autre. Ses collègues rédacteurs des traités gynécologiques n’en disent pas davantage même s’ils prennent soin de différencier les aînées des plus jeunes, notamment en matière de physiologie. Leur matrice est desséchée, vide, légère, et la vacuité de leur ventre est propice à son déplacement, jusqu’à provoquer des suffocations utérines subites31. Ces migrations de la matrice surviennent précisément chez les femmes d’un certain âge plutôt que chez les jeunes, “vers l’époque de la disparition des règles” écrit l’auteur des Maladies des femmes32. Cette référence directe à la ménopause, très isolée, ne donne pas lieu à développement car les médecins se focalisent sur le pathologique plus que sur le physiologique. Ils n’ont pas systématiquement questionné la fin du processus de menstruation, ni cherché à le fixer dans l’échelle du temps33. Il n’y a pas, du reste, de terme précis pour le désigner dans les traités connus34. Il est clair, néanmoins, que les catégories des γεραίτεραι, πρεσβύτιδες et autres ἀφηλικέστεραι des traités comprennent toutes celles qui ne sont plus aptes à donner le jour et sont dès lors caractérisées par la sécheresse de leur nature35. Que le déclin de l’âge féminin soit plus précoce tient du phénomène organique implicite, du mécanisme des flux exactement : elles ne saignent plus, s’assèchent et dès lors se flétrissent36.
13Les traités biologiques d’Aristote n’apportent pas de démenti. Le Stagirite souscrit à l’opinion de la sénescence prématurée des femmes en raison de l’asthénie congénitale qui les y prédispose : elles atteignent plus vite que les mâles l’acmé puis la vieillesse37. L’accouplement des sexes est une affaire de tempo et il y a nécessité d’harmoniser pour ne pas risquer le contretemps. En effet, la faculté d’engendrer qui marque la phase d’équilibre et de maturité d’un parcours féminin – son juste milieu (“µεσότης”) – commence et s’achève plus tôt. Alors qu’après 21 ans, les femmes sont en condition propice pour faire des enfants, les hommes ont encore à se développer38. De même, alors que les hommes sont capables de procréer jusqu’à 60 ans, voire même jusqu’à 70 ans, les femmes ne peuvent plus enfanter au-delà de 50 ans, du fait de la cessation des règles. Plus précis que la médecine hippocratique, Aristote observe qu’elles cessent “chez la plupart des femmes, aux environs de 40 ans”, mais concède que pour celles qui vont au-delà de cette période, “elles continuent jusqu’à 50 ans”39. De manière plus lapidaire, il fixe les bornes du potentiel génératif “pour la plupart” des hommes à 65 ans, pour les femmes à 45 ans, des âges qui déterminent les seuils de vieillesse respectifs40. Aristote n’ignore pas les contingences personnelles constatant que certaines femmes s’usent plus vite, surtout celles qui ont connu un grand nombre d’accouchements, précise-t-il41.
Conclusion
14Les experts de la médecine grecque s’accordent donc sur l’essentiel, en dépit des quelques légers flottements dans la computation. Le seuil biologique de la vieillesse ne peut être défini de manière absolue et péremptoire, en référence à un âge pivot, ce qui n’est guère surprenant dans un contexte où les patients sont eux-mêmes incertains du nombre de leurs années. Glissement progressif, la vieillesse a de surcroît des contours fluctuants et elle ne frappe pas simultanément les deux sexes, survenant entre 55 et 70 ans chez les hommes, entre 40 et 50 ans chez les femmes, les cinquante ans marquant dans ce dernier cas un terminus post quem consensuel42. Quel que soit le schéma temporel d’ensemble, le cycle d’une vie féminine s’articule autour de la logique de la procréation. Même distribué en quatre temps, le parcours se ramène encore à cette dimension reproductrice ainsi que l’illustre la partition de Pythagore43. Dès qu’elle n’est plus en mesure de donner la vie, une femme bascule dans le groupe des vieilles.
Physiologie et pathologies du vieillard
15Bien qu’aucun ouvrage ne soit consacré à la physiologie des vieillards, à leurs pathologies et thérapeutiques, les médecins ne manquent pas de les identifier comme des figures de l’altérité44. L’avancement en âge constitue un facteur discriminant qui produit chez les individus des variations significatives et fonde une complexion caractéristique. Celle-ci est abordée de deux façons. Par le biais, tout d’abord, de fiches pratiques rédigées au contact de patients. On rencontre, chemin faisant, une “vieille leucophlegmatique” dans les Épidémies, une autre qui, prise de douleurs à soixante ans, accouche d’une pierre rugueuse “grosse comme un peson de fuseau”, ou bien encore un “vieillard habitant dans les Propylées” souffrant de douleurs dans les lombes et les membres inférieurs aussi bien que dans la vessie et l’oreille, par exemple45. Dans le cadre de discussions d’école ensuite, portant sur les combinaisons particulières entre les éléments premiers (chaud, froid, sec, humide) et les flux des humeurs (sang, bile jaune, bile noire, phlegme)46. Ces approches empiriques et théoriques, croisées, nous permettent de percevoir la nature profonde du vieillard.
Des êtres froids
16Nos médecins partagent globalement l’opinion selon laquelle la vieillesse n’est autre que l’avant-dernière phase d’un processus de refroidissement progressif, entamé dès les premières minutes de la vie47. De toute nécessité, comme le résume l’auteur de la Nature de l’homme, “le corps qui croît et a des évacuations difficiles est chaud ; au contraire, le corps qui entre dans son déclin et qui, dès lors, est facilement sujet à des flux abondants, se refroidit. Et en vertu de cette loi, dans la mesure où l’homme, au premier jour de sa vie, est à son maximum de croissance, il est à son maximum de chaleur et, au dernier jour de sa vie, dans la mesure où il est à son maximum de déclin, il est à son maximum de froideur, cela est nécessaire”48. Ayant dépensé ce capital de “chaud inné”, les vieillards sont désormais des êtres froids49. L’union d’éléments premiers par paire étant de règle, les vieillards sont-ils froids et humides ou froids et secs ? Les médecins sont sur ce point divisés. Ils sont “froids et humides”, “parce qu’il y a retrait du feu et afflux de l’eau, éloignement des éléments secs et installation des humides” pour le diététicien du Régime qui fait école mais sans faire l’unanimité50. Il est en effet contredit par certains collègues, auteurs des traités gynécologiques notamment, et par Aristote d’autre part51. Les premiers sont convaincus que les vieilles femmes présentent une complexion plus sèche que les jeunes, plus pauvre en sang puisqu’elles ont cessé d’en produire. Leur matrice, nous l’avons vu, est desséchée par la fatigue52. L’auteur du célèbre traité sur La maladie sacrée défend aussi la conception de la diminution du sang avec l’âge et il considère que les vieillards voient décroître leur volume sanguin si bien que les attaques de phlegme provoquent chez eux des dommages irrémédiables car “les vaisseaux sont vidés et que le sang y est en petite quantité, ténu et aqueux” ; en raison de cette carence, le phlegme sort vainqueur du combat des humeurs : son flux domine le sang et le coagule53. Adhérant au principe de la diminution du sang, Aristote conçoit aussi la vieillesse comme froide et sèche54. C’est une proposition qu’il exprime à plusieurs reprises et qu’il illustre en constatant le blanchiment des tempes, la calvitie, le dessèchement des yeux, leur décoloration, ou en analysant l’assèchement des poumons empêchés dès lors de fournir de l’air55. Il considère de surcroît que la dissipation progressive de l’humidité accentue la nature terreuse du sujet âgé ; celle-ci est perceptible au niveau de la peau devenue plus dure et plus terreuse justement56.
17En dépit de leurs désaccords, nos savants se rejoignent pour voir dans le vieillissement une involution de l’organisme, une décroissance du corps sous l’action réciproque de qualités congénitales qui s’amenuisent et du métabolisme des fluides. Le manque de chaleur interne qui en résulte s’oppose au principe même de la vie, en conséquence de quoi les personnes âgées sont en sursis. Ils constatent néanmoins que l’environnement dans lequel elles évoluent peut améliorer ou altérer leur état sanitaire. “Des maladies, certaines sont bien ou mal adaptées à certaines saisons, et certains âges à certaines saisons, à certaines régions, à certains régimes” peut-on lire dans les Aphorismes qui formulent en la matière une vérité générale57.
18Les médecins vont en tirer des corollaires multiples, à commencer par celui qu’il n’est de pire ennemi que l’hiver pour les vieillards58. À l’appui de cette thèse, la théorie de l’opposition et de l’équilibre des contraires selon laquelle une saison chaude et sèche permet de corriger des qualités corporelles inverses. Ces natures froides et humides que sont les vieillards, aux yeux de certains médecins tout du moins, seront donc plus exposées à la maladie en hiver, maladies qui resteront de surcroît sans solution durant l’automne ou l’hiver59. Ils se trouveront mieux dans une saison complémentaire de leur état60. Ce principe fonctionne pour les régimes de vie également et le vieillard aura tout intérêt à pratiquer des activités qui lui procurent de la chaleur pour compenser le refroidissement de son organisme : la course de fond où l’on garde ses vêtements parce qu’elle échauffe plus vite et rend le corps plus humide, le coït si possible, mais en hiver de préférence, car il échauffe pareillement en raison de l’exercice et de la sécrétion d’humidité61. De même, il se gardera de prendre trop d’aliments étant entendu qu’il faut peu de combustibles chez des individus où le chaud est peu élevé62. La quantité de nourriture absorbée est une clé de l’équilibre somatique : Aristote prétend que les êtres suralimentés et trop gras vieillissent de manière rapide et accélèrent leur propre destruction63. Il faudra donc proportionner son alimentation, éviter tout excès dans un sens ou dans un autre – le modèle d’Hérodicos de Sélymbria, tenant d’une diète ascétique, est une source commune de réprobation64. La préparation des aliments a aussi son importance et les viandes mortifiées et macérées sont hautement recommandées aux vieillards65. En raison de ses propriétés échauffantes, le vin n’est pas proscrit mais l’abus de boisson est nocif parce que le vieillard s’enivre facilement d’une part et qu’il risque la consomption d’autre part, l’excès de chaleur externe produite par le vin venant à étouffer le peu de chaleur interne disponible66. Sauvé du régime sec par la règle de compensation, il boira donc avec modération.
Des maladies plus ou moins fréquentes et plus ou moins graves
19L’hygiène corporelle préconisée par les professionnels de la santé ne sauvera pas les vieillards des troubles physiques inhérents à leur état. Les médecins n’en ont pas dressé un tableau général mais, tout en s’employant à classer les maladies suivant les saisons, les sexes et les âges, ils donnent un bon aperçu des affections séniles. Le traité des Aphorismes fournit ainsi un condensé des maux qui sévissent chez les plus âgés : “dyspnées, catarrhes avec toux, stranguries, difficultés à uriner, douleurs articulaires, maladies des reins, vertiges, apoplexies, mauvaise constitution générale, démangeaisons de tout le corps, insomnies, écoulements du ventre, des yeux, du nez, vue brouillée, ’glaucomes’, difficultés d’audition”67. Cet inventaire n’est pas exhaustif et les médecins enregistrent çà et là bien d’autres phénomènes morbides chez les personnes d’âge, tels que les atrophies et arthropathies musculaires, les ulcérations ou les tumeurs, les gastrites et gastroentérites pour n’en retenir que quelques-uns68. Le refroidissement corporel entraîne aussi des dégradations physiologiques ou anatomiques plus bénignes : l’engourdissement des lombes et des membres inférieurs, la détérioration des facultés génératrices, l’absence de tonus, le relâchement de la peau autour des chairs, des tissus autour des os69. Les tremblements bien sûr, si désobligeants aux yeux de Sophocle70. Le dépérissement amenuise encore les facultés intellectuelles et explique la perte de la mémoire71.
20Le sexe n’est pas indifférent et les femmes ont à souffrir des afflictions supplémentaires, en lien avec la sphère génitale tout spécialement. À l’instar des parthenoi, les troubles de la matrice les exposent à toutes sortes de maladies72. La fin du cycle menstruel correspond à de nouvelles pathologies car les évacuations, censées procurer équilibre et soulagement, ne jouent plus leur rôle régulateur73. Ainsi peut-on poser “qu’une femme n’est pas sujette à la goutte à moins que ses règles n’aient cessé”74. Mais les dysfonctionnements ne s’arrêtent pas là. Certains désordres corporels qui surviennent après la cessation des règles touchent le système pileux. L’apparition de poils au menton est rare mais pas inconnue75. Ces signes de masculinisation qui coïncident avec la fin des écoulements périodiques confirment, s’il en est besoin, que ces vieilles ne sont plus des femmes à part entière. Le vieillissement féminin tend ainsi à réduire la distance physiologique entre les sexes.
21De ces mentions éparpillées, il ressort que les vieux sont susceptibles d’être affectés par un certain nombre de pathologies caractéristiques, intrinsèques à leur nature. Certaines se révèlent redoutables car peu enclines à guérir. Les troubles de l’appareil urinaire notamment – calculs rénaux ou néphrites, par exemple – sont redoutés car ces affections des reins et de la vessie sont supposées sans grand remède chez les vieillards76. L’auteur des Épidémies avoue pour sa part qu’il “n’a pas vu les affections rénales guérir au-delà de cinquante ans”, ce qui s’explique probablement par le fait que le froid est présumé mortel pour certains organes, dont la vessie77. Les vieillards ne guérissent pas non plus de maladies respiratoires telles que catarrhes et coryzas parce que celles-ci n’arrivent pas à la maturation chez les personnes très âgées, faute de chaleur78 ; le processus de coction qui éliminerait les substances anormales et ramènerait l’équilibre et l’état de santé n’advient pas79. Pour peu que ces maladies se déclarent dans une conjonction des saisons défavorable, elles emporteront promptement les anciens80. Partant, le sujet âgé est un conservatoire de maladies, plus ou moins pénibles, qui s’éteindront avec lui81.
22Cependant, et c’est un paradoxe, la vieillesse constitue dans le même temps un terrain protégé car elle présente aux yeux des médecins l’avantage d’atténuer certains assauts morbides, voire de les réduire ou d’annuler les agents pathogènes. Corrodées ou lénifiées par la matière froide, les fièvres par exemple ne frappent pas avec la même intensité et ne sont pas aussi aiguës chez les vieillards82. Des maladies chroniques disparaissent d’elles-mêmes, toujours par l’opération du refroidissement naturel du corps qui rend toute thérapeutique inutile : ainsi en va-t-il des maladies desséchantes, des inflammations du poumon83. Au demeurant, les affections pulmonaires les atteignent rarement et, le cas échéant, ils en souffrent moins que les jeunes ; les douleurs sont moins vives étant donné qu’ils sont plus faibles, qu’ils s’en occupent davantage et se soignent mieux selon l’auteur des Maladies84. Ce dernier poursuit en reprenant un axiome de la pensée hippocratique suivant lequel ces maladies, quand elles surviennent, sont plus faibles chez les vieux, plus fortes chez les jeunes. L’astheneia de la personne âgée aurait ainsi pour résultat d’affaiblir son mal, de la préserver des accès fébriles et des crises. Aux prises avec la maladie, le corps serait plus lent à la développer et il pourrait éventuellement en réchapper85.
Conclusion
23En somme, vieillir c’est réaliser une combinaison d’éléments plus ou moins favorables, posséder un tempérament précaire qui prédispose toutefois plus souvent en mal qu’en bien. Cela étant dit, tous les âges ont leurs problèmes et les anciens n’ont pas le monopole des troubles de la santé. Les traités de la collection hippocratique ne dénombrent pas moins de maladies chez les jeunes sujets que chez les vieux86. Il se trouve même certain praticien pour penser que “les vieillards, la plupart du temps, ont moins de maladies que les jeunes gens, mais les maladies chroniques qui se produisent chez eux ne finissent généralement qu’avec leur mort”87.
24L’appréhension du phénomène de la vieillesse est, en définitive, assez nuancée. Le vieillissement n’est pas lui-même toujours bien déchiffré et l’on ne cesse d’osciller entre processus naturel ou relevant du pathologique. Les médecins grecs ont certes recueilli et analysé de multiples données mais ils n’ont guère abordé ce que nous appelons désormais “la grande vieillesse”. Les informations sur la question sont à chercher ailleurs.
Les servitudes du corps sénile
25Les expertises savantes du vieillissement et de ses caractères peuvent être enrichies par les témoignages de particuliers ou par des échos tirés de sources étrangères à la science médicale.
26Les premiers sont très inhabituels car nul récit du quotidien d’un vieillard, nulle lettre faisant état d’un récent bilan de santé n’est à notre disposition88. Les rares relations d’expériences personnelles adoptent des formes conventionnelles et répétitives de l’évocation nostalgique de la jeunesse perdue, de l’amer constat d’une vieillesse invalidante89. Lorsqu’elle se libère quelque peu, par exception, la parole privée est au service de l’image publique. Prenons Isocrate, l’un des seuls à s’exprimer sur sa santé à la première personne. Suivant un schéma d’exposition qui consiste à proclamer à la face du monde son étiolement, son état d’affaiblissement, la perte de son intégrité physique et morale, l’orateur ne cesse de se plaindre d’être empêché de construire un raisonnement, de composer un discours ou de le prononcer, de se déplacer du fait de son ancienneté90. Le motif des préjudices de l’âge revient comme un leitmotiv et l’on s’étonnera d’apprendre que l’intéressé a surmonté, à force d’opiniâtreté, une très grave maladie à l’âge de 94 ans. Après trois années d’un incessant combat contre le mal, Isocrate s’avère en mesure d’achever son Panathénaïque. La maladie n’est pas nommée mais elle est, à l’en croire, de celles qui peuvent emporter des hommes dans la plénitude de l’âge en trois ou quatre jours91. Que l’on sache, l’Athénien a produit l’essentiel de son œuvre intellectuelle après 50 ans : il a pu travailler jusqu’au terme de sa très longue existence et n’est pas précisément l’incarnation du vieillard valétudinaire92. Nonobstant, pendant près de 30 ans, Isocrate s’apitoie sur sa mauvaise santé, glose sur sa fin prochaine et laisse au lecteur le sentiment qu’il n’a jamais été qu’un moribond93. Se récrier contre les ravages de la vieillesse confine dans ses écrits à l’ornement rhétorique, vague et itératif94. Ces lettres ouvertes lui permettent d’édifier sa propre statue tout en se conformant à l’èthos social de la vieillesse95. Elles n’apportent malheureusement pas d’informations objectives sur son état, pas même des détails bénins.
27En l’absence de tout bulletin sanitaire individuel, il faut donc s’en remettre à des indices glanés ici et là. Les effets tangibles du déclin tels qu’ils sont succinctement exposés par les littérateurs de tout acabit sont généralement en conformité avec les observations médicales. La relativité des seuils et des manifestations de la sénescence est ainsi tenue pour acquise et Eschine constate devant ses concitoyens qu’“il y a des hommes, par nature, qui n’ont pas l’air du même âge que les autres”96. Tel paraît plus âgé ou plus jeune qu’il n’est en réalité. À 45 ans, il est lui-même grisonnant contrairement à Misgolas, le bienfaiteur de Timarque, son conscrit, qui aurait presque l’apparence d’un jeune homme. C’est la décoloration progressive du poil qui lui permet de percevoir les signes d’avancement en âge des uns et des autres.
28Bien qu’il soit fait état de sujets très âgés ayant traversé la vie sans aucun embarras, les échos des maux de vieillesse abondent97. Les anecdotes reprises par Plutarque ou Diogène Laërce relatives aux grands hommes, aux philosophes et scholarques, n’ont naturellement pas la qualité de fiches cliniques car ces auteurs ne poursuivent pas les mêmes buts que les médecins, ni ne s’adressent au même public ; ils exposent des affections caractéristiques en mettant en lumière les aspects les plus frappants des maladies, non les plus signifiants pour poser un diagnostic98. L’affaiblissement général est maintes fois relevé et les vieillards fréquemment emportés par un petit rien, par suite d’épuisement, comme les Corinthiens Timoléon ou Démarate autour de leurs 70 ans, ou encore par un marasme sénile99. Déjà âgé, Polémon, académicien, s’éteint par suite de la phthisis, de la consomption100. On dit de Straton, péripatéticien à la tête de l’école pendant huit ans, qu’il devint si mince qu’il ne se sentit pas mourir101. Quelques-uns auraient souffert dans leur vieillesse de graves incapacités à l’instar de Speusippe, le neveu et successeur de Platon, paralysé102. Devenu vieux, Théophraste se serait fait transporter en litière ; de même que le banquier Pasion, impotent, ne sortait plus guère de chez lui d’après Apollodore103. L’altération de la vue est l’une des infirmités les plus couramment signalées. Elle est attribuée à Timoléon qui sentit sa vue s’affaiblir dans sa vieillesse, avant de la perdre totalement. Plutarque précise qu’il fut atteint de cette infirmité de l’œil sous l’effet d’un mal héréditaire qui réapparaissait de temps à autre dans sa lignée avec le déclin de l’âge104. Deux de ses contemporains ayant vécu à Athènes au ive siècle, Pasion et Dinarque ont aussi souffert dans leurs vieux jours d’une vision défaillante105. D’autres problèmes oculaires mieux identifiés sont mentionnés, comme une cataracte chez Carnéade106. Les détériorations de la dentition sont également mises en valeur, par Anacréon qui se plaint de ses vieilles dents, par Hérodote au sujet d’Hippias dont la plupart des dents étaient branlantes107. C’est une gingivite qui aurait contraint Cléanthe, alors très âgé, à cesser de se nourrir108.
29Des pathologies particulières ayant frappé d’illustres vieillards, non sans incidences sur la fin de leur existence, sont aussi connues. Ainsi en est-il de la “néphrite” de Nicias qui empoisonne la campagne de Sicile et revient sans cesse sous la plume de Thucydide109. De la mélancolie de Lysandre dans sa vieillesse – un état relevant de l’excès de bile noire – qui, d’après le diagnostic posé par l’école aristotélicienne, provoquait chez lui des irruptions d’ulcères110. Du lent dépérissement d’Aratos de Sicyone, provoqué par un empoisonnement si l’on en croit Polybe, suivi par Plutarque111. C’est à la suite d’un calcul urinaire et après avoir été malade durant 14 jours qu’Épicure aurait trouvé la mort à 72 ans112. Le successeur de Straton, Lycon, qui dirigea l’école d’Aristote pendant 44 ans, mourut à 74 ans affligé de la goutte113. Les exemples de ce type sont légion et il ne saurait être question de les passer tous en revue. Les traditions conservées sur les maladies de vieillesse, vraies ou fausses, ont évidemment une portée symbolique, spécialement chez les grands esprits114. Les adeptes de l’ascèse ou les jouisseurs n’ont pas enduré les mêmes pathologies. On pourrait enfin ajouter l’exemple d’Euripide qui, selon la Vie consacrée au poète, aurait développé une sorte de cataracte lenticulaire de type “homérique” : non content d’entretenir une longue barbe, il aurait pâti de taches sur les yeux115. Bien que symptomatiques des misères du vieil âge, certaines de ces maladies séniles paraissent tout de même cousues de fil blanc.
30Les témoignages relatifs aux vieilles femmes font, quant à eux, presque complètement défaut. Les affections figurées sur les terres cuites dites pathologiques, qui ont éveillé la curiosité des médecins de la Salpêtrière dès le xixe siècle, ne peuvent tenir lieu d’attestations médicales116. Une vieille femme très maigre recroquevillée sur un petit lit dans une position antalgique est clairement représentée sous l’emprise de la souffrance117. Quel est ce trouble mis en scène par le coroplathe ? On ne peut le dire118.
Conclusion
31Les traités de la collection hippocratique n’offrent, finalement, que peu d’exemples individuels de vieillards cacochymes. La liste des pathologies rapportées aux patients âgés et très âgés n’est pas bien fournie. La célébration dans la poésie funéraire contemporaine de la vieillesse sans peine, exempte de toute maladie, renforce même l’idée d’une splendide conservation des aînés119. Le tableau est probablement plus balancé. Dans la seconde moitié du ive siècle, la fréquentation d’un sanctuaire athénien d’Asclépios par un très grand vieillard, Aristophon d’Azénia, laisse supposer qu’il n’était pas inapproprié de s’en remettre à la médecine du temple pour espérer garder un semblant de santé et s’éteindre en douceur120. Si l’on en croit Posidippe, la démarche reste tout de même assez dérisoire. Une de ses épigrammes met en scène l’un de ces vieillards qui, à 80 ans, s’en fut consulter la divinité dans l’espoir de recouvrer la vue121. Ceci fait, il trouva la mort deux jours plus tard. Cette ironie du sort, certes cruelle, rappelle opportunément qu’à 80 ans, l’homme avait fait son temps.
Notes de bas de page
1Les médecins traitent indistinctement les malades, libres comme esclaves.
2Sur ces questions, Bourbon 2012.
3Hippoc., Aphorismes, 1.2, fait de l’âge l’un des critères auxquels il faut prêter attention dans le traitement de maladies, de même que la saison et le pays (Littré, 4.458). Ce n’est qu’au iie siècle de notre ère que la médecine galénique posera les jalons de la “gérocomie”, partie de la médecine relative aux soins des vieillards : Boudon-Millot 2018.
4Magdelaine 2003, 63-65, propose un relevé des occurrences de πρεσβύτης, γέρων, γῆρας, ainsi que des adjectifs correspondants dans les traités du Corpus à partir de l’Index Hippocraticus (éd. Kühn & Fleischer 1989) : elle note que l’emploi des différents termes est flou et qu’il ne permet pas de déceler des nuances en matière de vieillissement.
5Galien, dans ses Commentaires aux Aphorismes d’Hippocrate, 3.31 (éd. Kühn 1829, 17-2.648), fait observer qu’Hippocrate utilisait l’un ou l’autre terme pour nommer les plus avancés en âge (“ἀλλὰ νῦν γε σαφῶς ἐνεδείξατο πρεσβύτας ὀνοµάζων τοὺς τὴν ἐσχάτην ἄγοντας ἡλικίαν”). Il use lui-même de la terminologie avec grande souplesse, cf. Boudon-Millot 2014.
6Principales attestations dans Magdelaine 2003, 63-65, avec les références.
7Hippoc., Airs, eaux, lieux, 3.4 : “τὰ πεντήκοντα ἔτεα ὑπερβάλλωσι” (éd. et trad. J. Jouanna, CUF, 1996).
8Les accidents évoqués relèvent de ladite “maladie sacrée”, soit de l’épilepsie. Le traité consacré à cette affection reprend en tout point ce passage tout en offrant des développements supplémentaires sur les conditions physiologiques dans lesquelles elle se manifeste de la sorte. Étiologie et pathologies décrites dans les deux cas s’appliquent “τοῖσι δὲ πρεσβύτῃσιν”, Hippoc., La Maladie sacrée, 10.5 (éd. J. Jouanna, CUF, 2003), avec les commentaires de l’éditeur qui revient sur l’attribution de ces deux traités à un seul auteur, p. LXX-LXXIV.
9Hippoc., Épidémies, 6.8.4 (Littré, 5.344).
10Hippoc., Des Semaines, 5 (Littré, 8.636) : “πρεσβύτης δ᾽ἄχρι πεντήκοντα ἓξ, ἒς τὰ ἑπτάκις ὀκτώ. Τὸ δ᾽ἐντεῦθεν γέρων”. La date de ce traité pose problème, notamment en raison des dissemblances entre et à l’intérieur des parties : il était daté du vie siècle par Roscher 1913, 117-130, de la fin du ve siècle par West 1971, 383-385, du ier siècle avant notre ère par Mansfeld 1971, 229-231. La première partie, relative à la constitution septénaire de l’univers, est l’expression de conceptions anciennes déjà exprimées par Solon. Les paragraphes 5, 8 et 9 sur les sept âges de la vie, les sept parties du corps, les sept fonctions de la tête, traduisent au contraire une perspective plus spécifiquement médicale qui est celle, plus tardive, des auteurs du Corpus hippocratique.
11Hippoc., Des Articulations, 41 : “ὑπὲρ ἑξήκοντα ἔτη ἐβίωσαν” (Littré, 4.182).
12Hippoc., Prénotions coaques, 5.30 (Littré, 5.701).
13Hippoc., Prorrhétique II, 40 : “ἀπὸ τεσσαράκοντα ἐτέων ἐς τὰ ἑξήκοντα” (Littré, 9.70) et 11 (Littré, 9.32).
14Comme le souligne l’auteur Du régime 1.32.1-6, dans sa typologie somatique (Littré, 6.506-510).
15Hippoc., Épidémies, 6.8.11 (Littré, 5.348).
16Hippoc., Des Articulations, 58 (trad. E. Littré, 4.254, légèrement modifiée). Un point de vue partagé par Aristote qui pense que ce qui reste sans mouvement se gâte, Probl., 14.7 (909b).
17Des modèles arithmétiques appelés à passer à la postérité comme le rappellent Garland 1990, 1-11 avec des exemples, et Parkin 2003, 16-19.
18Schémas d’évolution des âges selon les Pythagoriciens : Jamblique, Vie de Pythagore, 201. Pour la théorie des quatre tranches de la vie, Diog. Laert. 8.10 et aussi Diod. 10.9.5.
19Sur le sens du terme νεηνίης qui exprime la force, la vivacité, DELG, s.u. νέος ; l’âge mûr n’a pas sa place dans ce schéma pythagoricien.
20Par exemple dans Hippoc., Aphorismes, 1.13 (Littré, 4.466) ou dans Du régime, 1.33.1-2, avec les commentaires de Thivel 1981, 271-275. L’auteur de la Nature de l’homme, 15 (Littré, 6.68), écrit que “c’est en automne surtout que les individus sont atteints par les fièvres quartes et, pour l’âge, entre 25 et 42 ans ; or, c’est à cet âge plus qu’à tout autre que prédomine la bile noire, et à cette saison plus qu’à toute autre” (trad. J. Jouanna, CMG, I 1, 3, 1975) : l’âge adulte, associé à l’automne, semble ici s’achever à 42 ans.
21Hippoc., Aphorismes, 3.18 (Littré, 4.494) : “παῖδες”, “οἱ µέσοι τῇσιν ἡλικίῃσιν” et “γέροντες”. Un découpage en trois temps se rencontre également dans les Épidémies, 1.8 (Littré, 2.644).
22Solon, fr. 27.13-18 (éd. West 1992, trad. de F. Blaise dans Psilakis 2014, 506). Sur cette théorie des âges de la vie replacée dans son contexte littéraire, Noussia-Fantuzzi 2010, 369-373. Replacée dans son contexte politique et social, Musti 1990 ; Falkner 1990 et Giammarco Razzano 2001, 92-98.
23Hippoc., Des semaines, 5 (Littré, 8.636).
24Hippoc., Prénotions Coaques, 5.30 (Littré, 5.701).
25Thivel 1981, 269-270. Il existe différents systèmes d’hebdomades, celui de Solon ayant été, au fil du temps, amendé et étendu. Plut., Sur l’E de Delphes, 17 (392 C) propose aussi une structure de la vie divisée en sept âges.
26Dioclès de Carystos, fr. 45b (cité par Macrobe, Commentaire au songe de Scipion, 1.6.62-66), éd. Van der Eijk 2000. Selon Mansfeld 1971, 170-178, Dioclès aurait unifié les traditions antérieures sur la question.
27Mimnerme, fr. 6.2, formait le vœu de trouver la mort à 60 ans précisément, “sans maladie, ni cruels soucis”, afin de ne pas dépasser ce qu’il considérait un seuil fatidique : “αἲ γὰρ ἄτερ νούσων τε καὶ ἀργαλέων µελεδωνῶν, ἑξηκονταέτη µοῖρα κίχοι θανάθου”, (éd. West 1992). Également, Theophr., Char., 27.
28Hippoc., Du fœtus de huit mois, 9.6 : “τῶν κούρων θᾶσσον ἡβῶσι καὶ φρονέουσι καὶ γηράσκουσι διὰ τὴν ἀσθενείην τε τῶν σωµάτων καὶ τὴν δίαιταν” (éd. et trad. R. Joly, CUF, 1970).
29Ainsi que le font observer Amundsen & Diers 1970, 80-81, l’auteur s’inscrit dans les cycles septénaires mais il n’avance pas que la ménopause survient à 42 ans précisément.
30Hippoc., Nature de la femme, 1.1 : “αἱ δὲ πρεσβύτιδες ξηρότεραι καὶ ὀλίγαιµοι” (éd. et trad. F. Bourbon, CUF, 2008), avec les commentaires de Bourbon 2008, 34. On retrouve une même partition dans Maladies des femmes, 2.111 (Littré, 8.238-240) : νέαι, µέσαι, πρεσβύτεραι.
31Hippoc., Maladies des femmes, 1.7 (Littré, 8.32).
32Hippoc., ibid., 2.137 (Littré, 8.310) : “πρὸς τὰς ἀπολείψιας τῶν ἐπιµηνίων”.
33L’intérêt médical se concentre sur la ménarche – de même que celui des commentateurs modernes, cf. par exemple King 1998. Ainsi que le souligne Diers 1974, 935, les sources sur la ménopause sont plus rares.
34Bien que formé à partir de racines grecques, le terme “ménopause” est une invention récente, du début du xixe siècle, à l’instar de la rupture biologique qu’elle est censée marquer.
35Les praticiens utilisent plusieurs qualifications pour désigner ces femmes : “γεραίτεραι” (Maladie des femmes, 1.63 ; 2.110, 119, 121), “πρεσβύτεραι” (ibid., 2.111) mais aussi “πρεσβύτιδες” (Nature des femmes, 1.1) ou “ἀφηλικέστεραι” (Maladie des femmes, 2.120), deux hapax dans le Corpus hippocratique.
36Ces conceptions sont présentées avec détail par Bonnet-Cadilhac 2002, par Bodiou 2006 et 2017, et surtout par Dean-Jones 1989 et 1994, 103-108.
37Arist., Gen. an., 4.6 (775a). L’idée est encore formulée dans Hist. an., 7.3 (583b). Selon Byl 1980, 56-57, les affirmations et les explications d’Aristote (faiblesse et défaut de chaleur) seraient empruntées au traité hippocratique, Sur le fœtus de huit mois, 9.6. Sur ces développements, Dean-Jones 1994, 103-105.
38Arist., Hist. an., 7.1 (582a).
39Arist., Hist. an., 7.5 (585b) : “παύεται δὲ ταῖς γυναιξὶ ταῖς µὲν πλείσταις τὰ καταµήνια περὶ τετταράκοντα ἔτη, αἷς δ᾽ ἂν ὑπερβάλῃ τὸν χρόνον τοῦτον, διαµένει µέχρι τῶν πεντήκοντα ἐτῶν” (trad. E. Louis, CUF, 1968). À l’époque romaine, le phénomène est décrit dans les mêmes termes. Dans ses Maladies des femmes, 1.6, Soranos d’Éphèse indique que la fin de la menstruation se produit en général, jamais avant 40 ans, ni après 50 ans (“οὔτε τάχιον ἐτῶν τεσσαράκοντα... ὄυτε βράδιον ἐτῶν πεντήκοντα”), même si elle peut se maintenir chez certaines femmes jusqu’à 60 ans. Selon Plin., HN, 7.61, “passé la cinquantaine, la femme n’enfante plus ; le plus souvent, elle voit cesser à la quarantaine le flux menstruel”.
40Arist., Hist. an., 5.14 (545b) : “ὡς δ᾽ἐπὶ τὸ πολὺ τοῖς µὲν πέντε καὶ ἑξήκοντα ὅρος, ταῖς δὲ πέντε καὶ τετταράκοντα”. Également, Gen. an., 1.19 (727a).
41Arist., Hist. an., 7.3 (583b).
42Dans la Rhétorique, 1.9 (1361b), Aristote partage l’existence masculine en trois temps mais ne précise pas explicitement à quel moment se fait le basculement entre les hommes dans la force de l’âge (ἀκµάζοντες) et les vieillards (γέροντες).
43Reprise par Jamblique dans sa Vie de Pythagore, 11.56 : “la femme non mariée est appelée Korê ; celle qui s’est unie à un homme : Nymphê ; celle qui a mis au monde des enfants : Mêtêr ; et enfin, celle qui a vu les enfants de ses enfants, dans la langue dorienne, Maia” (trad. L. Brisson et A. P. Segonds, La Roue à Livres, 1996).
44Les vieux forment un groupe épidémiologique et pathologique, à l’instar des enfants, cf. Bertier 1990.
45Hippoc., Épidémies, 4.30 et 42 (Littré, 5.172-174 et 182-184), 5.25 (Littré, 5.224).
46Discussions présentées par Byl 1983.
47L’idée est déjà défendue par les Présocratiques, cf. Pisi 1995, 450-452, et Wöhrle 2004, 21-22.
48Hippoc., Nature de l’homme, 12.6 (Littré, 6.64) : “ἀνάγκη γὰρ αὐξανόµενον καὶ χωρέον τὸ σῶµα πρὸς βίην θερµὸν εἶναι. ὅταν δὲ ἄρξηται µαραίνεσθαι τὸ σῶµα, καταρρέον πρὸς εὐπέτειαν, ψυχρότερον γίνεται. καὶ κατὰ τοῦτον τὸν λόγον, ὅσον τῇ πρώτῃ τῶν ἡµερέων πλεῖστον αὔξεται ἄνθρωπος, τοσοῦτον θερµότατος γίνεται, καὶ τῇ ὑστάτῃ τῶν ἡµερέων, ὅσον πλεῖστον καταµαραίνεται, τοσοῦτον ψυχρότατον ἀνάγκη εἶναι” (trad. J. Jouanna, CMG I 1, 3, 1975).
49Également Hippoc., Aphorismes, 1.14 (Littré, 4.466).
50Hippoc., Du régime, 1.33.2 (Littré, 6.512) : “Οἱ δὲ πρεσβῦται ψυχροὶ καὶ ὑργοὶ, διότι πυρὸς µὲν ἀποχώρησις, ὕδατος δὲ ἔφοδος καὶ ξηρῶν µὲν ἀπάλλαξις, ὑγρῶν δὲ κατάστασις” (trad. R. Joly, CUF, 1967). Cf. aussi Du régime salutaire, 2 (Littré, 6.74-76) et Nature de l’homme, 17 qui attribue aux personnes âgées un corps humide, mou et froid (“ὑγρὰ καὶ µαλθακὰ καὶ ψυχρά”). Le débat perdure jusqu’à Galien qui réfute ce point de vue dans plusieurs de ses traités, notamment dans De la préservation de la santé, 1.2 (éd. Koch, CMG V 4, 2, 1923).
51Hippoc., Aphorismes, 2.20 et 53 (Littré, 4.476 et 484), constate au contraire que les cavités ont tendance à se dessécher avec l’avancement en âge.
52Hippoc., Nature de la femme, 1.2 (Littré, 7.312), Maladies des femmes, 1.7 (Littré, 8.32), 2.111 (Littré, 8.238-240).
53Hippoc., La Maladie sacrée, 9.2 : “αἱ φλέβες κεκένωνται καὶ τὸ αἷµα ὀλίγον τ᾽ ἐστὶ καὶ λεπτὸν καὶ ὑδαρές” (éd. et trad. J. Jouanna, CUF, 2003) et les commentaires de Duminil 1983, 209-211.
54Repici 2009, 22-28, pour l’analyse des principes fondamentaux.
55Arist., Gen. an., 5.4 (784a-b) ; 5.1 (780a) et 5.3 (783b) ; De la longévité et de la brièveté de la vie, 5 (466a) ; De la jeunesse et de la vieillesse, 23-24 (479a-b). Sur la coloration gris bleu des yeux et leur dessèchement, Pardon-Labonnelie 2008, 204-205. Sur la pilosité des vieux, Brulé 2008, 139-142.
56Arist., Gen. an., 5.3 (782b). Pour renforcer sa démonstration, Aristote établit un rapprochement des mots “γῆρας” et “γεηρός” (“ce qui est terreux”), ibid., 784a.
57Hippoc., Aphorismes, 3.3 (Littré, 4.486) dans la trad. de Jouanna & Magdelaine 1999. D’autres occurrences similaires sont répertoriées par Byl 1983, 90.
58Hippoc., La Maladie sacrée, 10.5 fournit un passage particulièrement éloquent sur ce thème. Analyse des rapports entre santé et climat dans ce traité par Laskaris 2002, 135-140.
59Hippoc., Du régime, 1.32.3 (Littré, 6.508).
60Hippoc., Aphorismes, 3.18 (Littré, 4.494) et Prorrhétique II, 39 et 41 (Littré, 9.68-70). Sur la communication, l’interaction entre le corps de l’homme et son milieu climatique, Staszak 1995, 150-160.
61Hippoc., Du régime, 2.63.2 (Littré, 6.578), 3.68.5 (Littré, 6.596) et 2.58.2 (Littré, 6.572).
62Hippoc., Aphorismes, 1.14 (Littré, 4.466) ; trop de combustible éteindrait le vieillard qui supportera par conséquent plus aisément le jeûne (ibid., 13).
63Arist., Part. an., 5 (651b).
64Hérodicos, maître d’Hippocrate, est connu pour s’être conformé à une diète très stricte en vue de survivre à une maladie. Il aurait ainsi atteint la vieillesse mais au prix d’immenses sacrifices, Arist., Rh., 1.5 (1361b).
65Hippoc., De l’aliment, 41 (Littré, 9.112).
66Hippoc., Du régime, 2.52.1-2 (Littré, 6.554-556) et Arist., Probl., 3.5 (871a), s’accordent sur les propriétés échauffantes du vin. Plutarque dans ses Propos de table, 3.3 (650 A), reprend un passage tiré d’un traité Sur l’ivresse d’Aristote suivant lequel les vieillards succombent plus facilement à l’ivresse et les femmes plus difficilement. La raison en est que le corps spongieux du vieillard absorbe et retient le vin qui provoque alors des chocs et des lourdeurs. Sur l’abus de vin et le péril d’une dose létale, Arist., Probl., 3.23 (874a-b) et De la jeunesse et de la vieillesse, 5 (469b-470a) avec les commentaires de Jouanna 1996, 414-422, et de Cavarra 2002, 254-255.
67Hippoc., Aphorismes, 3.31 (Littré, 4.500-502) : “Τοῖσι δὲ πρεσβύτῃσι, δύσπνοιαι, κατάῤῥοοι, βηχώδεες, στραγγουρίαι, δυσουρίαι, ἄρθρων πόνοι, νεφρίτιδες, ἴλιγγοι, ἀποπληξίαι, καχεξίαι, ξυσµοὶ τοῦ σώµατος ὅλου, ἀγρυπνίαι, κοιλίης καὶ ὀφθαλµῶν καὶ ῥινῶν ὑγρότητες, ἀµβλυωπίαι, γλαυκώσιες, βαρυηκοΐαι” (trad. Jouanna & Magdelaine 1999, 222).
68Atrophies et arthropathies musculaires, Hippoc., Prorrhétique II, 39-41 (Littré, 9.68-72) ; ulcérations et tumeurs, ibid., 2.11 (Littré, 9.30-32).
69Hippoc., Prorrhétique II, 41 (Littré, 9.70-72) ; Du régime, 1.25.1 (Littré, 6.496-498) ; Maladies I, 22 (Littré, 6.182-188), Maladies II, 2.74 et 69 respectivement (Littré, 7.112 et 104-106).
70Arist., Probl., 3.26 (874b-875a) : le tremblement vient d’un manque de chaleur.
71Arist., De la mémoire et de la réminiscence, 1 (450b) et 2 (453b). Aristote range clairement les pertes de mémoire parmi les manifestations du déclin sénile, contrecoup de la consomption du vieillard. Il reconnaît que l’intellect peut être altéré parce que la vieillesse fait obstacle à la pensée, De an., 1.4 (408b).
72Hippoc., Maladies des femmes, 1.63 (Littré, 8.126-130) : ulcérations de la matrice ; 2.137 (Littré, 8.310) : déplacements de la matrice ; 2.119 (Littré, 8.258-260) : leucorrhée ; 2.110 (Littré, 8.234) : écoulements blancs chez les femmes d’un certain âge. L’auteur du livre Des humeurs, 10 (Littré, 5.490), observe que les mamelles tout comme la matrice (et le sperme) transmettent des signes distincts en fonction des âges.
73Hippoc., Épidémies 6.5.1 et 6.7.1 (Littré, 5.314 et 334) et Dean-Jones 1994, 134 et 136-139.
74Hippoc., Aphorismes, 6.29 (Littré, 4.570) : “Γυνὴ οὐ ποδαγριᾷ, ἢν µὴ τὰ καταµήνια αὐτέῃ ἐκλίπῃ” (trad. Jouanna & Magdelaine 1999, 237).
75Arist., Hist. an., 3.11 (518a) : la femme n’a pas de poils au menton, cependant quelques-unes en ont un peu “dès lors que les règles cessent” (“ὅταν τὰ καταµήνια στῶσι”). L’exemple à l’appui est celui des prêtresses d’Athéna chez les Pédasiens de Carie qui, selon Hdt. 1.175, se voient “pousser une longue barbe chaque fois qu’il doit arriver quelque désagrément” – barbe présage, temporaire ici. Les Épidémies, 6.8.32 (Littré, 5.356) observent deux cas de femmes devenues barbues et velues avant la fin des règles. Sur ces cas, King 2008 et Brulé 2015, 52-54.
76Calculs : Hippoc., Prénotions coaques, 7.578 (Littré, 5.718) ; néphrites : Maladies I, 3 (Littré, 6.142-146). Faibles perspectives de guérison : Aphorismes, 6.6 (Littré, 4.564).
77Hippoc., Épidémies, 6.8.4 : “Τὰ νεφριτικὰ οὐκ εἶδον ὑγιασθέντα ὑπὲρ πεντήκοντα ἔτεα” (Littré, 5.344). Sur le froid et le chaud dans la cure des maladies, Aphorismes, 5.22 (Littré, 4.538-540) et les remarques de Byl 1983, 90.
78Hippoc., Aphorismes, 2.40 (Littré, 4.482) et Airs, eaux, lieux, 10.6 (Littré, 2.46).
79Ce concept de coction est présenté par Bourgey 1953, 238-239. C’est ce défaut de coction qui explique, selon Aristote, la fin de l’élaboration du sperme chez le vieillard, Gen. an., 1.18 (725b) et 19 (726b).
80Hippoc., Aphorismes, 3.12 (Littré, 4.490).
81Les diarrhées continues sont considérées comme particulièrement pénibles chez les vieillards, Hippoc., Prorrhétique II, 23 (Littré, 9.52-54). Le même médecin avoue son impuissance face aux vieux goutteux, 2.8 (Littré, 9.26-28).
82Hippoc., Aphorismes, 1.14 (Littré, 4.466).
83Hippoc., Maladies II, 66 (Littré, 7.102) et 55 (Littré, 7.88).
84Hippoc., Maladies I, 22 (Littré, 6.182-188).
85Une douleur à l’oreille accompagnée de fièvre peut tuer les jeunes gens en moins de sept jours tandis qu’elle emporte les personnes âgées bien plus lentement et moins souvent, parce que des suppurations ont le temps de se former, Hippoc., Prénotions coaques, 2.185 (Littré, 5.624).
86Comme on l’observe dans les Aphorismes, 3.29 et 30 (Littré, 4.500) et comme le souligne Sassi 2009, 5.
87Hippoc., Aphorismes, 2.39 (Littré, 4.480-482) : “Οἱ πρεσβῦται τῶν νέων τὰ µὲν πολλὰ νοσέουσιν ἧσσον. ὅσα δ᾽ ἂν αὐτέοισι χρόνια νοσήµατα γένηται, τὰ πολλὰ ξυναποθνήσκει” (trad. Jouanna & Magdelaine 1999, 217).
88À l’exemple des témoignages laissés ultérieurement par un Aelius Aristide ou un Libanios qui font de leur mauvaise santé un sujet à part entière, cf. Jouanno 2002, avec la bibliographie antérieure.
89Ainsi, chez Alcman qui regrette que ses jambes ne le portent plus, fr. 90 (éd. Calame 1983).
90Isoc., dans Évagoras, 73 ; Sur la paix, 141 ; Sur l’échange, 9 et 59 ; Philippe, 12 ; Panathénaïque, 38 ; Lettre à Denys, 1.1 ; Lettre à Philippe, 3.4, etc. Les occurrences pourraient être multipliées.
91Isoc., Panath., 267-268 : “νοσήµατος ῥηθῆναι µὲν οὐκ εὐπρεποῦς, δυναµένου δ᾽ἀναιρεῖν οὐ µόνον τοὺς πρεσβυτέρους ἐν τρισὶν ἢ τέτταρσιν ἡµέραις, ἀλλὰ καὶ τῶν ἀκµαζόντων πολλοὺς”.
92Il aurait mis 10 ou 15 ans pour rédiger le Panégyrique d’après le Pseudo-Plutarque, Vit. Orat., 14 (837 F). Il ne succombe cependant pas à la tâche mais, selon la tradition, se laisse mourir de faim dans un moment de désespoir patriotique, Ps-Plut., ibid., 14 et 22 (837 E et 838 B). En vérité, parvenu à 98 ans, l’hypothèse d’une mort naturelle paraît plus que vraisemblable.
93Isoc., Lettre à Denys, 1.1 ; Lettre aux fils de Jason, 6.2. Sur les œuvres conjointes de la vieillesse et de la maladie, appliquées cette fois-ci à Évagoras, Évagoras, 71.
94Ainsi, dans le Panathénaïque, 8, il considère que la vieillesse est morose, mesquine et dolente (“τὸ γῆράς ἐστι δυσάρεστον καὶ µικρολόγον καὶ µεµψίµοιρον”).
95Giovannelli-Jouanna 2015, 98 sq.
96Aeschin., Tim., 49 : “Εἰσὶ φύσεις ἀνθρώπων πολὺ διαφέρουσαι ὀφθῆναι τῶν ἄλλων τὰ περὶ τὴν ἡλικίαν”.
97Ainsi Sophocle serait-il mort en bienheureux “sans avoir enduré aucun mal” (“οὐδὲν ὑποµείνας κακόν”), d’après son contemporain, le poète comique Phrynichos, PCG, VII, Μοῦσαι, fr. 32. D’autres traditions sur le sujet proposent des versions moins suaves, cf. Kimmel-Clauzet 2013, 80-85. Mêmes variations pour la fin de Zénon, par exemple, tantôt “ἄνοσος καὶ ὑγιὴς” jusqu’à ses 98 ans, tantôt mort “ὑπὸ γήρως πολλὰ καµὼν”, Diog. Laert. 7.28 et 31.
98Ce que souligne fort bien Galien lorsqu’il compare, à propos de la “peste” d’Athènes, Thucydide “qui a écrit ce qui arrive aux malades en tant que non-spécialiste pour des non-spécialistes” à Hippocrate qui écrivait “en homme de l’art pour des hommes de l’art” (Difficulté de la respiration, 2.7, éd. Kühn 1824, 7.854), cf. Jouanna 2011, 1460.
99Plut., Timoléon, 39.1 (“ἐκ µικρᾶς προφάσεως τῷ χρόνῳ συνεφαψαµένης ἐτελεύτησεν”) et Alexandre, 56.1-2 (“ἀρρωστία”). La faiblesse physique caractérise aussi Démosthène, vers la soixantaine, Démosthène, 26.2 (“ἀσθένεια τοῦ σώµατος”). Plus généralement, sur la manière dont Plutarque appréhende la médecine dans ses biographies, Boulogne 1996.
100Diog. Laert. 4.20 (“ὑπὸ φθίσεως”). Sur la phthisis, entendue comme dépérissement, diminution, Grmek 1983, 269-270.
101Diog. Laert. 5.60.
102Diog. Laert. 4.3 (“ Ἤδη δὲ ὑπὸ παραλύσεως καὶ τὸ σῶµα διέφθαρτο”). L’auteur ajoute qu’il a été emporté, selon Plutarque, par la phtiriase, une parasitose, 4.4. Cette dernière information de Diogène Laërce, fondée sur une référence erronée, reste hypothétique, cf. Tarán 1981, 185.
103Diog. Laert. 5.41. L’anecdote est issue d’une tradition mal établie jusqu’à Favorinos d’Arles, fr. 98 (éd. E. Amato, CUF, 2010). Pour Pasion, Ps-Dem., Contre Callipos, 14 (il est “ἀδυνάτως”).
104Plut., Timoléon, 37.7-8. Et aussi C. Népos, Timoléon, 4.1. La maladie n’est pas précisément identifiée, cf. Marganne 1979, 203-204.
105Ps-Dem., Contre Callipos, 14 et Ps-Plut., Vit. Orat., 850 D.
106Diog. Laert. 4.66 (“ὄψεις νυκτὸς”).
107Anacréon, fr. 36.4 : “γηράλεοι δ᾽ὀδόντες” (éd. Gentili 1958) ; Hdt, 6.107, précise qu’Hippias perdit l’une de ses dents dans un éternuement et une toux.
108Diog. Laert. 7.176. (“διῴδησεν αὐτῷ τὸ οὖλον” : ses gencives se gonflèrent). Selon le Pseudo-Lucien, Les “longue-vie”, 19, il aurait souffert à 99 ans d’une tumeur à la lèvre (“φῦµα ἔσχεν ἐπὶ τοῦ χείλους”).
109La maladie (“νεφρῖτις”) est précisément nommée par Thuc. 6.102.2 ; 7.15.1 ; 7.43.2 et 77.2, avec les commentaires de Grmek & Wittern 1977, qui se prononcent rétrospectivement pour une néphrolithiase ou lithiase rénale. Les maladies rénales sont comptées au nombre des affections qui sévissent chez les personnes âgées dans Hippoc., Aphorismes, 3.31 (Littré, 4.500-502) et dans Galien, Commentaires aux aphorismes d’Hippocrate, 3, 31 (éd. Kühn 1829, 17-2.648).
110Arist., Probl., 30.1 (953a) avec Pigeaud 1984 et 1988. Sur les pathologies mélancoliques telles que définies dans les traités hippocratiques et dans les Problèmes, Jouanna 2007b, 12-29. Dans sa vie de Lysandre, 2.5 et 28.1, Plutarque insiste principalement sur les implications psychologiques du tempérament mélancolique de son personnage.
111Polyb., 8.2-5 et Plut., Aratos, 52.3-4.
112Diog. Laert. 10.15 (“λίθῶ τῶν οὔρων ἐπισχεθέντων” : une rétention d’urine causée par la pierre).
113Diog. Laert. 5.68 (“νόσῳ ποδαγρικῇ”). C’est une maladie assez répandue, cf. Byl 1988.
114Sur ce point, Jerphagnon 1981, 22-25.
115Vita Euripidis (TrGF, vol. 5.1, Test. I A. 7, éd. R. Kannicht, Göttingen, 2004, 47) : “ἐπὶ τῆς ὄψεως φακοὺς ἐσχηκέναι”.
116Mitchell 2013, 281-282, avec la bibliographie.
117Cette figurine, de la fin du ive siècle, aurait été trouvée dans une tombe de Béotie, Musée du Louvre, CA 538 (Besques 1972, 37 : D 206 et pl. 45 f).
118Grmek & Gourevitch 1998, 11-12, ne se prononcent pas.
119Par exemple, dans des épigrammes provenant d’Athènes, du ive siècle : CEG 2, 601, l. 3 : “... καὶ γῆρας ἄλυπον”, dans l’épigramme de Kydimachos ; “ἄνοσος” dans celle d’un anonyme, CEG 2, 563, l. 1.
120Aristophon d’Azénia compte au nombre des dédicataires d’offrandes dans le sanctuaire d’Asclépios, en 340-339 : il a offert une phiale, portée à l’inventaire, IG II2, 1533, l. 13. Sur cet individu, cf. chap. X.
121Bastianini et al., éd. 2001, XV 15-18 (Austin & Bastianini 2002, 100) : “Alors que Zénon aurait dû dormir du paisible sommeil et qu’il était aveugle depuis vingt-cinq étés, il recouvra la vue à quatre-vingt ans, mais [après avoir regardé] le soleil pendant deux jours [seulement], il vit le pénible Hadès” (trad. Durbec 2014, 67).
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