• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16588 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16588 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Ausonius Éditions
  • ›
  • Scripta Receptoria
  • ›
  • L'Antiquité dans la littérature de jeune...
  • ›
  • Partie 2. Peuples et héros
  • ›
  • Énée dans la littérature de jeunesse : u...
  • Ausonius Éditions
  • Ausonius Éditions
    Ausonius Éditions
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral La place d’Énée dans la littérature pour la jeunesse Caractéristiques communes ou tendances dominantes des adaptations et des réécritures étudiées Conclusion : un héros aimant, aimé… et “à faire aimer” Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Énée dans la littérature de jeunesse : un héros ‘à faire aimer’

    Séverine Clément-Tarantino

    p. 121-132

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1J.-C. Mühlethaler a bien résumé le caractère problématique de la réception d’Énée, héros de l’épopée de Virgile, par le titre de son enquête qui concerne plusieurs formes de littérature, du Moyen Âge à l’époque contemporaine : Énée le mal-aimé (Paris, 2016). Certes, surtout considérée sur le long terme, la réception du personnage ne se limite pas à cette facette négative – plusieurs ouvrages récents le rappellent, dont celui de P. Hardie, The Last Trojan Hero (New York, 2014)1 –, mais il est vrai que, en considérant la production artistique (cinématographique et littéraire, avec le cas précis de la littérature de jeunesse) des dernières décennies, Énée n’est nullement comparable à Ulysse ou Hercule, qui lui servirent d’ailleurs de modèle2. Est-ce, justement, sa “secondarité” qui est en cause ? Ou sont-ce les caractéristiques si particulières de son héroïsme3 ? Le fait est en tout cas que, alors que sa réception en général n’est pas si propice ou féconde que celle d’autres héros – au moins actuellement en France : la situation est différente en Italie par exemple –, auteurs, éditeurs et enseignants (les réécritures concernées sont susceptibles d’être utilisées dans les classes), tiennent encore à lui : qu’est-ce qui le justifie ? que signifie, encore, Énée ? et à quelles conditions semble-t-il pouvoir être encore “aimé” ?

    La place d’Énée dans la littérature pour la jeunesse

    Énée, “cas d’école” plutôt que héros de divertissement ?

    2Énée est le principal protagoniste d’un cycle de bande dessinée remarquable (pas spécialement orienté vers la jeunesse) qui emporte ses lecteurs dans une Antiquité devenue “galactique” – je veux parler du Dernier Troyen, de V. Mangin et T. Desmarez (6 t., Quadrants, 2004-2008) – mais il n’a pas, en France, d’album illustré qui familiarise les plus jeunes avec son histoire. Ni S. Bravi (je pense à ses albums cartonnés pour les plus petits, de 2 à 5 ans4) ni Y. Pommaux5 n’ont retenu l’Énéide parmi les épopées antiques ou les épisodes héroïques qu’ils ont revisités. Et quand un auteur ou un illustrateur familier de la mythologie grecque se tourne vers un modèle romain, les Métamorphoses d’Ovide ont plus de chance d’être retenues que l’Énéide de Virgile6. Du côté des romans, rares sont les réécritures de l’Énéide qui ne soient pas des adaptations conçues pour un usage scolaire – deux exceptions remarquables sont constituées par Énée ou la cité promise, de M. Goudot, et Les Survivants de Troie, par M. Honaker (tous les livres étudiés sont brièvement présentés infra). Une question d’âge entre en ligne de compte : Énée se trouve ainsi exclu – mais pas Romulus et Rémus – de la collection “Petites histoires de la mythologie” proposée par l’éditeur Nathan, avec une claire intention pédagogique, aux enfants à partir de 8 ans7 ; en revanche, dans une série ressemblante commencée plus tôt, mais adressée, quant à elle, aux enfants à partir de 11 ans, les “Histoires noires de la mythologie”, Énée trouvait sa place… pour ainsi dire grâce à Didon, puisque Les Brûlures de Didon de G. Massardier sont une version “romancée8” des chants 1 et 4 de l’Énéide. Il est significatif que ce soit par l’amour – un amour, qui plus est, malheureux – qu’Énée obtienne ainsi une place parmi moult héros et héroïnes de la mythologie grecque9. Les deux livres qui, parmi ceux que j’ai retenus pour cette étude, semblent les plus voués et, peut-être, les plus propices à une utilisation par des élèves (en l’occurrence, de collège, et non nécessairement latinistes), font eux-mêmes, sur leur couverture, une place à l’amour et surtout à la femme en montrant, pour le premier (M. Laporte, 12 récits de l’Énéide, 2020), une Didon abandonnée, et pour le second (L’Énéide, par M. Laffon 2020), le couple des deux héros représentés dans des attitudes contrastées (Didon regarde amoureusement Énée qui, les yeux clos, est sans doute déjà en train de se ressaisir et de reprendre le cours de son destin)10. À en juger par ce constat et par ces apparences, on dirait que la renommée du héros insigne pour sa piété est chancelante11, voire que son statut même de héros est en cause (étant donné la place prise par Didon).

    Le corpus étudié

    3Sans réussir à être parfaitement exhaustive, je me suis efforcée de lire le plus grand nombre d’ouvrages possibles en français et, parce que je voulais esquisser une confrontation avec la littérature de jeunesse en Italie, elle-même en plein essor et riche d’adaptations de l’Énéide non moins nombreuses que celles de l’Iliade ou de la Divine Comédie, j’ai également sélectionné et lu de près deux ouvrages italiens récents. Je vais présenter rapidement chacun, en allant des textes qui, pour différentes raisons, restent les plus proches du poème – traduit, le plus souvent en prose – de Virgile vers les ouvrages qui s’en éloignent le plus et constituent bien plus que des sélections, abrègements ou adaptations : des réécritures.

    4J’ai commencé par deux ouvrages qui visent à faire découvrir l’Énéide par le biais de passages choisis :

    - des passages assez étendus, donnés dans une traduction “révisée d’après D. Nisard” et avec des résumés intermédiaires composés par P. Monat, pour l’Énéide publiée dans la collection “Classiques abrégés” de l’École des loisirs (1988) ;

    - une sélection de textes traduits par S. Kefallonitis et O. Balazuc, avec, par S. Kefallonitis, une introduction, des notes, des questions méthodiques sur chaque extrait présenté, des fiches de synthèse et un dossier final pour mieux comprendre l’œuvre, pour les “Petits Classiques Larousse”, aux Éditions Larousse (2009).

    5Mon but était de voir, dans de telles sélections, quels textes étaient choisis et tenus pour représentatifs de l’épopée virgilienne.

    6Les deux ouvrages suivants tiennent à la fois de l’abréviation et de l’adaptation :

    • quoique sa structuration en douze chapitres le fasse attendre, l’ouvrage de M. Laporte (12 récits de l’Énéide, Flammarion Jeunesse, 2010) ne suit pas les douze chants de l’Énéide (mais il suit l’ordre, non chronologique, des premiers) : l’auteur qui, dans un avant-propos, explique qu’il a décidé de réduire la part des livres guerriers (chants 7 à 12) par fidélité aux convictions profondes de Virgile, ami de la paix, étend les chants 2 et 4 chacun sur deux chapitres, puis traite dans un même chapitre les chants 8 et 9 (première partie), 9 (deuxième partie) et 10, 11 et 12. L’auteur a certes opéré des coupes dans le récit, mais il suit en général de très près le texte original – dans une traduction qui n’est malheureusement pas précisée.

    • M. Laffon présente, quant à elle, son Virgile. L’Énéide (Livre de poche Jeunesse, 2011) comme une “libre adaptation inspirée par les six premiers chants” de l’Énéide d’après la traduction de J. Perret. Le récit court en fait jusqu’à la “fin” des errances des Troyens, mise en évidence dans le texte de Virgile même lors de la vérification de la prophétie des tables (Aen., 7.716-718) ; et l’ouvrage comporte en outre un sous-titre, qui n’apparaît que sur la page de titre : “Troie revivra”. Le récit est fait par Énée, dans l’ordre chronologique, et se présente d’abord comme une sorte de journal de bord, puis contient des indices d’un regard rétrospectif qui permet, en particulier, de justifier qu’Énée sache ce qu’ont fait les dieux. Ce choix de présentation fait que, malgré la proximité déclarée avec la traduction de J. Perret, ce récit apparaît en effet comme plus libre que le précédent.

    7L’apparat pédagogique de ces deux ouvrages est moindre, comparé à celui des deux précédents. Le livre de M. Laporte, qui a la particularité d’intégrer, à chaque chapitre, une citation de quelques vers, en latin puis en traduction, comporte cependant une carte des voyages d’Énée et un lexique (un “qui est qui” dans l’Énéide) et avant-propos et épilogue offrent une mise en contexte du poème original (ainsi qu’une interprétation singulière de ce dernier, sur laquelle je reviendrai). L’ouvrage de M. Laffon a seulement un prologue qui présente l’essentiel de l’interprétation que l’auteur fait et a voulu illustrer de l’Énéide : aucun autre élément de paratexte ne vient désigner cette version comme une ressource pour l’école, mais sur la couverture de l’ouvrage réédité en 2014, un écusson signale son appartenance à la collection “Classiques & Cie” des éditions Hatier ; cette édition a été conçue spécialement pour la classe de 6ème, en accord avec les “nouveaux programmes” et elle est dotée de compléments pédagogiques apportés par N. Nadifi.

    8Les deux ouvrages italiens que j’ai annoncés plus haut, sans apparat didactique, relèvent également de cette catégorie des adaptations/abréviations, même si, dans l’un des deux, la réécriture est déjà beaucoup plus à l’œuvre :

    • Cuore d’eroe. La storia di Enea (Giunti, “Raccontami un classico”, 2017), par R.Piumini, est une “adaptation” de l’épopée de Virgile écrite en prose, mais avec un souci du rythme voué à rappeler la poésie, et où fort peu de réductions s’observent. L’auteur ne s’est manifestement pas donné pour tâche, peut-être parce qu’en Italie elle ne s’impose pas ou pas avec la même nécessité qu’en France, de tenter de composer une version séduisante de l’histoire d’Énée qui attire ou ramène de jeunes lecteurs vers elle.

    • Très différent est alors le cas de l’Eneide racontée par Carola Susani, avec des illustrations de Rita Petruccioli (la Nuova frontiera junior, 2017) : tout y est fait, au contraire, pour plaire et divertir, d’une manière qui, comme l’expose clairement, pour finir, le narrateur (/la narratrice) est voué à rendre les jeunes lecteurs/lectrices curieux d’ouvrir le “vrai livre” composé par Publius Vergilius Maro (p. 123). Le ton est ici celui du conte, il est généralement léger et ludique, même si tout n’y est pas plaisanterie et si les abrègements ne sont pas très nombreux.

    9Les deux ouvrages en français, enfin, qui constituent de véritables réécritures et qui ne semblent pas premièrement investis d’une fonction didactique, sont le récit relativement bref de M. Goudot, Énée ou la cité promise (L’École des Loisirs, Medium, 2005) et le roman en deux tomes intitulé Les Survivants de Troie (I. Le prince sans couronne II. La forteresse des oracles, Flammarion, 2008), par M. Honaker ; celui-ci a également composé une version en quatre tomes de l’épopée d’Ulysse (Odyssée, 2006-2007). Qu’ils s’en expliquent ou pas (M. Goudot le fait dans des annexes en fin d’ouvrage), les deux auteurs ont usé du matériau que leur offrait le poème de Virgile et, plus largement, les légendes d’Énée (ainsi que celles sur la chute de Troie et la fondation de Rome) d’une manière à la fois libre et informée ; surtout quand ils y ajoutent, chacun à sa manière, des trouvailles qui regardent le fond ou la forme, ils semblent faire prendre à l’Énéide un nouvel essor. Les éléments de réception contenus dans ces deux récits corroborent parfois ce qui se trouve de manière plus ou moins appuyée dans les autres ouvrages pris en considération ; d’autres éléments leur sont propres et ils les partagent parfois avec d’autres fictions élaborées à partir de l’Énéide (que l’on repense au Dernier Troyen de V. Mangin et T. Desmarez).

    Caractéristiques communes ou tendances dominantes des adaptations et des réécritures étudiées

    10En tenant compte des indications fournies dans les préfaces éventuelles, de la nature de chaque texte et du lien, plus ou moins étroit, qui est entretenu avec le poème de Virgile, j’ai d’abord essayé d’observer les sélections pratiquées par les auteurs, pour voir quels épisodes du poème étaient régulièrement laissés de côté, lesquels semblaient tenus pour indispensables… Il y a, manifestement, des préférences et des réticences qui tiennent au goût de chaque auteur : je ne trouve pas d’explication plus signifiante à l’absence ou au strict abrègement de l’épisode de Polydore au début du récit des errances12, de même qu’à la mort de Palinure à la fin du chant 513. La description des portes du temple d’Apollon à Cumes est le plus souvent omise, comme si les narrateurs avaient été attentifs à la hâte de la Sibylle de Virgile, sensible dès ce moment (Aen., 6.33-37). Des scènes ou des interventions divines sont supprimées, sans que cela se donne lieu à une mise en cause de la présence des dieux dans l’épopée14. Des abrègements ou des coupes que l’on observe dans les adaptations, en particulier, apparaissent toutefois comme plus lourds de sens : la Revue des héros est ainsi systématiquement abrégée, parfois au profit de la description du bouclier de Vulcain, parfois de telle sorte que la dimension téléologique et la perspective historique de l’Énéide s’en trouvent considérablement diminuées, sinon annihilées15. L’épisode de Nisus et Euryale est un autre cas intéressant. Logiquement absent dans la version de M. Laffon qui ne traite pas des chants de la guerre, il l’est aussi des 12 récits de M. Laporte pour une raison sans doute plus idéologique : même si, dans les faits, l’auteur a conservé bien plus des horrida bella que son “Avant-propos” ne le ferait attendre, il a omis cet épisode que l’on sait si problématique16. Avant d’y illustrer les liens sacrés de l’amitié entre deux hommes et de les vouer à une renommée souhaitée éternelle (Aen., 9.446-449), Virgile relate le carnage auxquels tous deux se livrent, surtout quand l’appât du gain s’empare d’eux au cœur de leur mission. Hormis R. Piumini qui conserve le plus d’éléments possible et intitule du nom des deux guerriers le chapitre de son ouvrage équivalant au chant 9 de l’Énéide, les autres auteurs (Kefallonitis, Monat, Susani) résument et/ou atténuent la partie critique de l’épisode (le “carnage”)17. L’opération d’occultation – ou de réinterprétation – est encore plus nette quand il s’agit d’Énée – Énée tel qu’il est transformé par la mort de Pallas, scil. en guerrier sanguinaire, impitoyable, que Virgile compare même au Cent-Bras Égéon devenu un opposant à Jupiter (Aen., 10.565-570). Aucune des adaptations ne s’étend sur cette séquence : R. Piumini intègre à son résumé les prisonniers que fait Énée “pour les immoler aux Mânes [de Pallas]” (Cuore d’eroe, p. 116-117) ; M. Laporte intègre la comparaison d’Énée à un torrent furieux qui emporte tout sur son passage (12 récits…, p. 174, cf. Aen., 10.602-604). C. Susani passe complètement sous silence la réaction d’Énée à la mort de Pallas (p. 102). Dans ces conditions, le meurtre de Turnus par Énée, même non préparé, peut apparaître d’autant mieux comme une vengeance juste, voire comme un acte de piété. Plusieurs auteurs n’hésitent pas à le justifier de manière explicite : R. Piumini rend saillantes les paroles d’Évandre pleurant sur le corps de son fils et disant qu’il ne vivra plus désormais que pour le savoir vengé par Énée même (Cuore d’eroe, p. 125 ; cf. Aen., 11.175-180) ; M. Goudot réinterprète le dernier vers de l’Énéide en faisant que l’âme (“noire”) de Turnus clame “qu’elle n’avait pas sa place sur terre” (Énée ou la cité promise, p. 128), tandis que son narrateur souligne que la mort de Turnus était indispensable pour le retour de la paix. Tous les textes étudiés contiennent, pour qui les cherche, des éléments de justification concernant des zones d’ombre dans l’histoire d’Énée telle que l’a racontée Virgile : en plus des deux passages que l’on vient d’évoquer, l’on pourrait aussi citer l’abandon de Didon – la “faute” d’Énée sans doute la plus irréparable ou, du moins, sa résolution la moins acceptable18 – et la perte de Créüse lors de la fuite de Troie. La présentation de ce dernier événement n’est pas douteuse dans les adaptations et réécritures considérées19 ; l’amour d’Énée pour sa première épouse donne même parfois lieu à des développements convaincants. Je voudrais insister maintenant sur deux caractéristiques majeures qui se retrouvent dans les différents ouvrages du corpus : en brossant un tel portrait d’Énée, les auteurs n’ont peut-être pas été mus par l’intention apologétique que je tends à leur prêter, pour avoir bien en tête les raisons qui ont pu faire d’Énée un (Le ?) héros “mal-aimé” ; certains points de convergence nous plongent en tout cas au cœur des problématiques de la réception du personnage.

    Diminuer la place de la guerre : Énée, héros de la paix

    11J’ai mentionné plus haut la volonté de M. Laporte de réduire la place prise par les livres guerriers : il justifie ce choix dans un “Avant-propos” où il présente l’Énéide comme un “monument à la paix” et résume l’attitude de Virgile par un slogan bien connu – “l’amour, pas la guerre” – que l’on a plutôt coutume d’associer aux poètes élégiaques ses contemporains (12 récits…, p. 8). Dans un épilogue, le même auteur ajoute que Virgile, s’il en avait eu le temps, aurait sans doute achevé son récit en le conduisant jusqu’à une scène de réconciliation. Même si ces avis sont formulés rapidement pour l’un et non fondés pour l’autre, ils semblent néanmoins qu’ils expriment nettement ce que tous les auteurs illustrent à un moment à un autre et de manière plutôt appuyée : la guerre est odieuse. Ils peuvent le faire par excès, comme M. Honaker, qui est le seul à donner autant de place aux combats après ceux de Troie ; mais si son Énée est fondamentalement un guerrier, il n’aspire qu’à construire une cité paisible où les hommes soient égaux (Les Survivants de Troie, spéc. I, p. 298, II, p. 315). Mais la plupart des auteurs procèdent en fait par réticence : M. Laffon, on l’a compris, a fait le choix, sans doute pour mieux rester sur une note d’espoir, de ne pas relater les chants 7 à 12 de l’Énéide ; dans sa réécriture, M. Goudot va bien plus loin que le narrateur épique qui s’efforce, au chant 7 de l’épopée de Virgile, de repousser la guerre et son récit20 : dans Énée ou la cité promise, la guerre contre les Rutules reste longtemps “une guerre larvée” (p. 105, 110), tandis que le mariage entre Énée et Lavinia a été conclu, et avant que le conflit ouvert ne devienne inévitable, avec son lot de morts cruelles (Camille, Pallas). C’est encore chez M. Goudot que le dégoût d’Énée pour la guerre s’exprime de la manière la plus nette21 ; il s’agit aussi d’une lucidité quant aux métamorphoses que la guerre fait subir aux hommes. Cette conscience rend Énée compréhensif vis-à-vis de ses ennemis, que ce soit Achille “la bête” ou Ulysse, qu’Énée aimerait pouvoir toujours considérer comme un ami22. De fait, la “réconciliation” espérée par un M. Laporte et esquissée dans l’Énéide, s’agissant d’Ulysse, par personnage interposé (Achéménide recueilli à la fin du chant 3 de l’épopée), s’accomplit pleinement dans les réécritures de M. Goudot et de M. Honaker. Leurs deux œuvres ont en commun de présenter Ulysse aidant les survivants de Troie à s’échapper hors de la ville prise et de relater un ou plusieurs épisodes dans lesquels les deux héros se retrouvent et confirment leurs liens d’amitié23. Cette amitié est en effet présentée comme ancienne et elle tient aussi à ce que les deux hommes partageaient la même position sur la guerre (de Troie) : celle-ci aurait pu être arrêtée grâce à la négociation, au prix de simples concessions24. Le fait de rapprocher ainsi deux héros n’est nullement un fait rare dans la littérature de jeunesse25 ; dans le cas d’Énée et d’Ulysse, ce rapprochement-réconciliation prend un sens particulier dès lors qu’il contribue à alléger le personnage d’Ulysse d’un certain nombre de traits ou de faits cruels ; quant à Énée, cela fait que, défenseur de la paix, il dépasse son statut de seule victime de la guerre et de vaincu26, en même temps qu’il bénéficie sans doute de la fama de son “homologue“ grec, aujourd’hui même si répandue et prolifique dans les ouvrages écrits pour la jeunesse et pas seulement.

    Diminuer la place de l’“Élu” : Énée, un homme humble

    “Vi racconto di un povero eroe coraggioso e stanco” (C. Susani, L’Eneide, p. 13 [incipit]).

    “Cette épopée raconte le destin d’Énée, héros malheureux et vaincu” (M. Laffon, L’Énéide, prologue, p. 7 [incipit]).

    12Ces présentations liminaires peuvent faire craindre une victimisation d’Énée ou un traitement de celui-ci qui ne rattrape pas sa passivité présumée, celle qu’implique sa pietas en tant qu’acceptation des fata27. Dans les faits, il n’en est rien : M. Laffon, par exemple, peut aller très loin dans la peinture du désespoir d’Énée au sortir de la guerre et de la tempête, elle peut également insister sur le statut d’Énée et des Troyens comme “exilés”28, mais cela ne l’empêche pas par ailleurs de mettre en scène un héros entreprenant et vigoureux qui comprend et assume très tôt de n’être qu’un maillon – essentiel – entre le passé symbolisé par son père Anchise et l’avenir incarné par son fils Ascagne (L’Énéide, p. 53). L’effacement en faveur du jeune homme est encore plus net dans les deux réécritures dont les auteurs se donnent plus librement le droit de développer le personnage29. Mais ce n’est pas tant sur ce décentrement horizontal que je veux me concentrer que sur une transformation qui se joue plutôt sur le plan vertical, dans la relation entre les hommes et les dieux, et plus particulièrement encore, entre Énée et tout ce qui représente son destin (et les destins de son fils et de Rome). Même si, dans tous les ouvrages étudiés, il est assez tôt question d’une prophétie qui le concerne, Énée ne s’impose pas comme la figure de “l’Élu” qui en retire un traitement de faveur et dont la route est toute tracée30. M. Honaker va le plus loin dans une déconstruction-reconstruction du héros qui fait que, d’origine humble, réputé “sans mère”, Énée mérite de se rapprocher de la famille de Priam par sa bravoure militaire et sa loyauté – jusqu’à devenir général de l’armée troyenne et époux de Créüse. La prophétie originelle, dans Les Survivants de Troie, ne le concerne pas directement tout d’abord, et c’est dans l’action qu’il acquiert, auprès des Troyens qui l’ont suivi, l’autorité d’un chef, après avoir été désigné comme l’héritier du royaume Troie par le fantôme de Polydore31. L’ascendance divine d’Énée est mise à distance dans d’autres œuvres, en particulier dans celle de M. Goudot (voir en particulier p. 22). Un autre phénomène, enfin, s’observe dans Énée ou la cité promise ainsi que dans l’Eneide de C. Susani : la diminution du nombre et de la place des prophéties et des oracles, qui fait que l’itinéraire d’Énée paraît nettement moins balisé et facilité et, surtout, moins divinement orienté32. L’épopée de la renaissance de Troie est devenue celle d’un héros “responsable”, symbole de l’espoir que des hommes et des femmes éprouvés par le malheur, notamment le malheur des guerres, méritent de garder. La naissance de Rome reste, quant à elle, relativement floue, dans un lointain historique – ce qui était le “présent” augustéen pour Virgile – qui ne pèse pas du tout sur ces œuvres33.

    Conclusion : un héros aimant, aimé… et “à faire aimer”

    13Même qui fréquente beaucoup Énée – l’Énée de l’Énéide en premier lieu – peut avoir l’impression, en lisant certains des livres qui lui sont consacrés dans la littérature pour la jeunesse, de le rencontrer pour la première fois. Cela ne tient pas seulement aux plus de deux mille ans qui nous séparent de Virgile ou à la différence de genre, de forme, de visée littéraires : le fait est que nous est offert un portrait physique et moral du personnage plus complet que jamais ; et ce portrait comble sans doute des manques, des “vides” qui n’en étaient pas dans l’épopée originelle, ou qui y étaient compensés, en quelque manière, par le “plein” constitué par le statut d’Énée comme héros agent du destin. Parmi les éléments qui sont développés de manière franchement positive dans les ouvrages qui sont le plus des réécritures (chez M. Goudot et M. Honaker, mais aussi chez M. Laffon), la subjectivité du héros et sa personnalité de père, d’ami, d’amant ou d’époux, occupent peut-être la première place. M. Laffon le concrétise par le choix d’un récit à la première personne, qu’Énée assume de bout en bout34. Dans le premier tome des Survivants de Troie, de M. Honaker, c’est à travers le regard aimant de Créüse, dans l’intimité de la chambre, que nous découvrons Énée (chap. 3, “Seul et unique amour”, p. 25) :

    “La belle Créüse repoussa les draps de soie fanée et s’assit sur le rebord du lit en secouant sa chevelure d’ébène. Elle contempla son époux, qui dérivait encore dans les limbes du sommeil, et ne put s’empêcher de détailler avec ravissement sa large poitrine contre laquelle elle aimait tant se blottir. Elle fit courir ses doigts sur les contours du menton volontaire, piqué d’une barbe rase, tirant un vague sourire des lèvres charnues qui s’y dissimulaient. Puis elle suivit le vallon du cou tendu de veines, les épaules couturées de cicatrices et le torse endurci par les exercices guerriers pour atteindre le ventre aussi rigide qu’un tablier de cuir. Énée souleva un œil et saisit avec fermeté le délicat insecte qui glissait sous l’étoffe”.

    14La sincérité des sentiments qui lient Énée aux autres personnages et en particulier aux femmes contribue beaucoup à le rendre attachant. Parmi tant d’autres inventions (ou réinventions) réussies, M. Goudot a su créer une relation aussi fraîche que délicate entre Énée et Cassandre, sa cousine, qui s’impose comme la femme ayant le plus compté dans la vie du héros. Voici un extrait du récit de leur séparation, à la veille du départ d’Énée de Troie :

    “[…] entourant la jeune fille de ses bras :

    – Je t’emmène toi aussi, Cassandre.

    L’expression fit naître un pâle sourire sur son visage. C’étaient des mots qu’ils employaient, lors de leurs séparations, pour signifier, que, à distance, ils seraient ensemble en pensée.

    – Moi aussi, Énée, je t’emmène.

    Dite avec tant de gravité et de tendresse, la promesse lui donnait de la force. À travers un monde dévasté, la présence de Cassandre serait là pour lui permettre d’aimer les aubes, même en pleine errance. Pour l’aider à penser qu’elles pourraient annoncer des jours plus sereins”.

    15“Aider à penser que les aubes” peuvent “annoncer des jours plus sereins” est une des significations majeures que semble avoir pris récemment la figure d’Énée dans la littérature de jeunesse35 et cet Énée qui aime et est aimé comme il ne l’a peut-être jamais été pourrait finir par convaincre plus de lecteurs qu’il est, en effet, un héros aimable.

    Bibliographie

    Des DOI sont automatiquement ajoutés aux références bibliographiques par Bilbo, l’outil d’annotation bibliographique d’OpenEdition. Ces références bibliographiques peuvent être téléchargées dans les formats APA, Chicago et MLA.

    Format

    Conte, G. B. (1978). Saggio d’interpretazione dell’Eneide: ideologia e forma del contenuto. JSTOR. https://doi.org/10.2307/40235705
    Hardie, P. (2014). The Last Trojan Hero. I.B.Tauris. https://doi.org/10.5040/9780755693900
    Conte, Gian Biago. “Saggio d’interpretazione dell’Eneide: Ideologia E Forma Del Contenuto”. Materiali E Discussioni Per l’analisi Dei Testi Classici. JSTOR, 1978. doi:10.2307/40235705.
    Hardie, Philip. “The Last Trojan Hero”. []. I.B.Tauris, 2014. doi:10.5040/9780755693900.
    Conte, Gian Biago. “Saggio d’interpretazione dell’Eneide: Ideologia E Forma Del Contenuto”. Materiali E Discussioni Per l’analisi Dei Testi Classici, no. 1, JSTOR, 1978, p. 11. Crossref, https://doi.org/10.2307/40235705.
    Hardie, Philip. The Last Trojan Hero. [], I.B.Tauris, 2014. Crossref, https://doi.org/10.5040/9780755693900.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    (1988) : L’Énéide, trad. de Désiré Nisard, révisée et abrégée par Pierre Monat, Paris, L’École des loisirs, Les classiques abrégés.

    (2009) : L’Énéide, trad. par Stavroula Kefallonitis et Oliviez Bazaduc, édition présentée, annotée et commentée par S. Kefallonitis, Paris, Larousse, Petits Classiques Larousse.

    Goudot, M. (2005) : Énée ou la cité promise, L’École des Loisirs, Medium.

    Honaker, M. (2008) : Les Survivants de Troie, I. Le prince sans couronne, II. La forteresse des oracles, Paris, Flammarion.

    Laffon, M. (2011) : Virgile, l’Énéide, Paris, Hatier, Classiques & Cie.

    Laporte, M. (2010) : 12 récits de l’Énéide, Paris, Flammarion jeunesse.

    Piumini, R. (2017) : Cuore d’eroe. La storia di Enea, Florence, Giunti, Raccontami un classico.

    Susani, C. (2017) : Eneide, con illustrazioni di Rita Petruccioli, Rome, la Nuova frontiera junior, Classici illustrati.

    Veyne, P. (2012) : Virgile. L'Énéide, présentation et nouvelle traduction, Paris, Albin Michel-Les Belles Lettres.

    Conte, G. B. (1978) : “Saggio d’interpretazione dell’Eneide: ideologia e forma del contenuto”, MD, 1, 11-48.

    10.2307/40235705 :

    Farrell, J. et Putnam, M. C. J., éd. (2014) : A Companion to Vergil’s Aeneid and its Tradition, Wiley-Blackwell.

    Hardie, P. (2014) : The Last Trojan Hero : a cultural history of Virgil's Aeneid, London-New York.

    10.5040/9780755693900 :

    Mühlethaler, J.-C. (2016) : Énée le mal-aimé : du roman médiéval à la bande dessinée, Paris.

    Paul, J. (2013) : Film and the Classical Epic Tradition, Oxford.

    Rohman, J. (2013) : “Problèmes de la notion de personnage dans l’Énéide de Virgile”, http://www.fabula.org/atelier.php?Question_du_personnage_chez_Virgile#_ftnref17.

    Notes de bas de page

    1 Voir aussi Farrell & Putnam 2014. À la date où cette recherche va être publiée, le statut d'Enée - merveille des dynamiques de réception ! - est en train de changer ; en Italie tout du moins, il a attiré presque simultanément l'attention de trois auteurs (Giulio Guidorizzi, Andrea Marcolongo, Mario Lentano) et apparaît, dans le contexte difficile d'une pandémie et de graves interrogations sur le “monde d'après”, comme le héros auquel se “raccrocher”. Cet aspect de réception toute récente ne pourra malheureusement pas être pris en compte au-delà de cette note. Si de nouveaux livres de littérature de jeunesse ont été écrits à propos d'Énée et publiés après 2018, ils ne peuvent pas non plus avoir été pris en considération.

    2 On sait l’importance du film Troy de W. Petersen dans le revival des “films épiques” inauguré par Gladiator en 2000 (sur la tradition épique cinématographique, voir en particulier Paul 2013). Hercule s’est vu illustrer par deux films, de Brett Ratner et de Renny Harlin (La Légende d’Hercule), en la seule année 2014. Depuis A. Konchalovsky en 1997, aucun réalisateur ne s’est risqué à adapter l’épopée d’Ulysse. Une mini-série produite par Arte, Odysseus, a néanmoins été consacrée, en 2013, à ce héros, présenté sous un jour peu commun. En général, le public des écrans attend peut-être plus des héros épiques conquérants et vainqueurs : il sera cependant intéressant d’évaluer l’accueil fait à la série diffusée sur Netflix relatant la guerre de Troie depuis Troie et le point de vue des vaincus, Troy: The Fall of a City. Quant à Énée, il pourrait, théoriquement, être traité comme un héros conquérant et vainqueur, mais c’est là que sa réception résiste, pour ainsi dire : ce n’est pas l’idée de lui qui domine actuellement ; et à en juger par ses traitements littéraires (dans la littérature de jeunesse en premier lieu), il ne s’agit pas d’un défaut (une sorte de conclusion du portrait d’Énée comme soumis au destin), mais plutôt d’une qualité (Énée exprime le refus de la guerre : c’est un des points principaux sur lesquels je m’arrêterai). J’illustrerai la place d’Ulysse dans la littérature pour la jeunesse dans le premier paragraphe ci-dessous.

    3 P. Veyne en a efficacement saisi un des aspects dans la présentation de sa traduction de l’Énéide (Veyne 2012, p. 12), en parlant de “héros à mission”, ce qu’Énée est en effet bien plus qu’un “héros à exploits”. Le cœur de son héroïsme, résumé en latin par le mot pietas, réside – d’après Virgile – dans sa subordination assumée à l’ordre du destin, aux fata. Une autre caractéristique majeure de l’héroïsme d’Énée recoupe une caractéristique essentielle de l’épopée virgilienne même : l’entremêlement du mythe et de l’Histoire. Le lien d’Énée à l’histoire romaine, qui lui a, certes, valu, d’être revendiqué comme l’ancêtre fondateur de grandes familles de pouvoir au fil des siècles, a peut-être aussi nuisiblement pesé sur sa réception au fil des siècles, si on la compare, de nouveau, à celle d’Ulysse, emblème de la mythologie grecque : moins “mythologique”, Énée a peut-être moins encouragé les œuvres d’imagination et paraît aujourd’hui moins “porteur” pour des œuvres qui visent aussi, voire surtout, le plaisir des jeunes lectrices et lecteurs. Mais les contre-exemples existent, nous le verrons.

    4 Il s’agit en premier lieu du Cyclope (S. Bravi, L’école des loisirs, collection Loulou et Compagnie, 2007). Trois autres ouvrages, publiés dans la même collection, ont été composés avec N. Laurent : le Cheval de Troie (d’après Triphiodore !), en 2009, Éole, Circé et les Sirènes (2009), La Ruse d’Ulysse (2010).

    5 Y. Pommaux est bien connu des antiquisants spécialement pour ses albums Thésée ou comment naissent les légendes (2007) ; Orphée et la morsure du serpent (2009) ; Ulysse aux mille ruses (2001) ; Troie. La guerre toujours recommencée – d’après l’Iliade d’Homère (2012).

    6 La “romanité“ d’Ovide entre en fait sans doute peu en ligne de compte, bien moins que la mythologie – perçue comme essentiellement – grecque. L’exemple auquel je pense en premier lieu est l’album Les Métamorphoses d’Ovide, de F. Rachmühl et N. Ragondet (Flammarion jeunesse, Les albums du Père Castor, 2015). Dans cette même collection, F. Rachmühl a auparavant publié, avec l’illustratrice C. Gastaut, Dieux et déesses de la mythologie grecque (2013), Le grand voyage d’Ulysse (2009) et les Douze travaux d’Hercule (2007).

    7 Quelques titres de cette collection, à commencer par Le Combat de Rémus et de Romulus, par H. Montardre et B. Bachelier, 2015 ; Achille le guerrier, par H. Montardre et N. Duffaut (2013) ; Jason et la Toison d’or (mêmes auteur et illustrateur, 2011) ; Persée et la Gorgone (mêmes auteur et illustrateur, 2010) …

    8 Selon “l’avis de Ricochet”, https://www.ricochet-jeunes.org/index.php/livres/les-brulures-de-didon Dans le même avis, la forme particulière prise par cette réécriture est toutefois précisée : il s’agit d’un récit qui fait alterner deux voix, celle d’Énée et celle de Didon, d’une façon qui rappelle Homère. Iliade (ainsi théâtralisée, en vue de lectures publiques) d’A. Baricco (2007, pour la traduction française par F. Brun chez Gallimard, coll. Folio) et qui évoque aussi les Héroïdes (doubles) d’Ovide.

    9 Cela peut ainsi tenir à l’âge des principaux lecteurs et lectrices visés. La couleur de cette collection (“Histoires noires”) pourrait être aussi responsable, quoiqu’elle oriente moins vers le récit d’amours malheureuses que, plus largement, de situations ou d’épisodes tragiques. D’autres épisodes de l’Énéide auraient pu donner matière à un livre au sein de cette série ; on peut comprendre néanmoins que ce soit l’épisode le plus tragique du poème de Virgile (i.e. aussi l’épisode dont la réception a conforté le caractère tragique) qui ait été retenu. Il faut rappeler par ailleurs que le chant 4 de l’Énéide est un des chants à la “fortune” la plus riche depuis l’Antiquité. Précisons enfin qu’une version de l’histoire de Romulus et Rémus se trouve aussi dans cette collection (Romulus et Rémus, les fils de Mars, par G. Jimenes, 2012).

    10 L’illustration est due, dans le premier cas, à F. Sochard, qui a également créé les autres illustrations, d’allure hellénisante, de l’ouvrage, placées systématiquement en vis-à-vis de la première page de chaque chapitre ; l’illustration de couverture de l’Énéide adaptée par M. Laffon est due à N. Peña et elle est la seule de l’ouvrage.

    11 Même si ce n’est précisément pas le cas dans les ouvrages à peine mentionnés, on observe une tendance générale des narrateurs à prendre position en faveur de Didon, et éventuellement à voir dans son abandon une faille majeure dans la piété d’Énée. Dans les ouvrages que j’ai étudiés, le cas le plus net est celui de l’Énéide racontée par Carola Susani (Classici/la Nuova frontiera junior, 2015), dont le narrateur (une narratrice ?) tente de se rebeller au début du chapitre 4 (p. 39), parce qu’il (/elle) n’a pas le cran de Virgile et qu’il (/elle) aurait plutôt envie de crier à Didon de se méfier et de se contenter de devenir une amie d’Énée. Le portrait le plus complexe de Didon se trouve chez M. Honaker où la sensualité et surtout l’ambition de la reine sont accentués (voir Les Survivants de Troie, II, spéc. chap. 6 et chap. 9, p. 129).

    12 C’est ainsi un des rares épisodes qui soient purement et simplement supprimés dans la version de l’Énéide de R. Piumini.

    13 Il peut s’agir de l’élimination, dans le seul but d’abréger, d’un personnage secondaire : les morts de Misène et de Caiéta ne sont pas plus retenues, et la scène de retrouvailles avec Déiphobe aux Enfers est aussi très rare. Pour ce qui est du chant 5, le choix de fond opposant M. Laporte et M. Laffon est remarquable, l’un retenant tous les jeux, mais excluant l’incendie des navires par les femmes, l’autre réduisant le récit des jeux à une phrase, pour relater longuement l’épisode de l’incendie. C. Susani met en évidence une opposition de type genrée : exclues des jeux, les femmes sont d’autant plus livrées à leur lassitude et à leur désespoir (p. 53 ; et p. 55, Énée regrette de ne s’être pas assez soucié des femmes).

    14 C’est peut-être M. Goudot qui va le plus dans cette direction, sans le revendiquer toutefois, comme a pu le faire A. Baricco dans son adaptation (non pour un public jeune, mais pour un public d’auditeurs) de l’Iliade, affirmant que les dieux étaient ce qui pouvait le plus déranger la réception contemporaine des épopées antiques). Dans Énée ou la cité promise, Énée ne se soucie pas de vérifier ce que l’on dit sur son ascendance divine ; les dieux et les choses qui ne doivent pas être vus ou divulgués ne le sont pas (les Grands dieux, dans ce qui correspond au chant 3 de l’Énéide, p. 43 ; le monde d’en bas ! p. 93- 96) ; plus généralement, c’est tout le “bagage” mythologique de l’épopée qui est abandonné ou atténué (ainsi, lors de la rencontre d’Énée et des Harpyes, p. 57-58). Mythologie et merveilleux ne sont pas du tout abandonnés dans le récit de M. Honaker, dans lequel la réussite des Troyens est cependant présentée comme une menace pour les dieux ; certains redoutent de disparaître, quand d’autres savent qu’ils vont devoir évoluer.

    15 C’est dans l’ouvrage – le plus pédagogiquement instruit – de S. Kefallonitis que cette dimension est la plus présente : y figurent deux extraits significatifs (“Auguste, descendant d’Énée” et “Le triomphe d’Auguste”) du discours – partie historique – d’Anchise aux enfers et de l’ekphrasis du bouclier d’Énée. Dans les autres, ce qui tend souvent le fil du récit à la place de la destinée de Rome, est l’espoir que “Troie revivra ” (pour reprendre le sous-titre de M. Laffon). M. Goudot opère un rapprochement de type étymologique entre “Hespérie” et “espoir” (p. 22), et son récit s’achève bellement sur cette note (p. 132).

    16 Dans la polémique suscitée par la citation d’Aen., 9.447 au sein du Mémorial du 11 septembre à New York, la nature des “exploits” de Nisus et Euryale promis à une renommée et à une mémoire durables entrait en large part.

    17 Voir Monat, 129-130 ; Kefallonitis, 136-140 ; Susani, 90.

    18 M. Goudot présente le départ hâtif d’Énée de Carthage comme le fruit de sa résolution propre, avant de le mettre au compte de la volonté des dieux qui est subtilement mentionnée dans un second temps : Énée ou la cité promise, p. 84-86. M. Laporte et M. Laffon insistent, eux, sur le rôle des dieux qui ont fermé les oreilles d’Énée à la pitié (12 récits…, p. 93 ; L’Énéide/Troie revivra, p. 94). Dans l’Énéide racontée par C. Susani, c’est la défense de Didon qui est aussi remarquable (voir en particulier p. 44-45) : au lieu de discours furieux, le monologue intérieur d’une femme qui se sait coupable (envers son premier époux) et qui ne voit pas d’autre solution que la mort à la situation dans laquelle elle s’est mise (elle ne peut risquer un nouvel exil, ni se rallier les rois voisins).

    19 L’épisode avait fait question dans l’Antiquité : voir ainsi le commentaire de Servius auctus ad Aen., 2.735 (nescio qvod trepido), 744 (virvmque fefellit) ; cf. aussi le commentaire de Tiberius Donat aux mêmes endroits.

    20 Le récit entrepris par le narrateur, qui a invoqué la Muse pour inaugurer une épopée guerrière, rattachée au paradigme iliadique, aboutit dans un premier temps à la conclusion d’une paix entre Troyens et Latins (pacemque reportant, Aen., 7.285). Il faut que Junon intervienne et sollicite sa propre “Muse” Allecto pour que l’épopée des horrida bella s’ouvre effectivement.

    21 Voir par ex. Énée ou la cité promise, p. 19.

    22 Énée ou la cité promise, p. 25-26 : alors qu’Ascagne est en train de parler d’Achille qu’il appelle “la bête” en raison de sa sauvagerie au combat, “Énée écoutait son fils, pensif, ou lui expliquait les terribles métamorphoses des hommes dans la guerre” ; p. 119-120 (Énée a retrouvé Ulysse dans un marché, à Pallantée) : “Ses intonations amicales étaient celles d’avant le conflit. Énée se souvint brusquement de son propre départ de Troie, des yeux qui brillaient dans la nuit : Pars donc, puisqu’il est encore temps”.

    23 Énée ou la cité promise, p. 41 et p. 116-120 (et note supra) ; Les Survivants de Troie, I, p. 34 (Énée conteste le portrait noir d’Ulysse fait par Anchise en le présentant plutôt comme un “frère de malheur”), p. 106-108 (Ulysse accepte de couvrir les Troyens sur le point de gagner le tunnel par lequel ils vont s’enfuir, en bloquant le passage à Ajax) ; p. 292-300 (où c’est Énée qui sauve la vie d’Ulysse dont il croise le navire après avoir quitté l’île d’Aia). Dans le t. II, où l’on sait tôt qu’Ulysse a achevé son odyssée, les Troyens s’arrêtent à Ithaque et Énée rend visite à son “ami”, qui lui donne des vivres (chap. 18, “La dette de l’Achéen”) ; l’alliance des Grecs et des Troyens, alors jugée impossible, s’accomplit à la toute fin du récit quand Diomède se résout à venir grossir les rangs de l’armée troiano-latine aux prises avec la Furie Allecto (chap. 27).

    24 Voir e.g. Les Survivants de Troie, I, p. 34, 40.

    25 C’est même, récemment, un usage plus fréquent qui a sans doute entre autres buts de valoriser l’amitié : je ne donnerai ici que l’exemple des Carnets d’Ulysse (Frattini & Duckit, Milan, 2011), où se trouve le couple d’amis Ulysse-Achille.

    26 M. Honaker en vient même à un moment à opposer les deux héros en gardant à Énée un visage de conquérant alors qu’Ulysse, quand il le retrouve assoiffé sur son bateau à la dérive, n’aspire qu’à retrouver sa femme et son toit et laisse entendre qu’il pourrait ne pas être l’aventurier qu’on croyait (Les Survivants de Troie, I, p. 300).

    27 C’est Énée en tant que “non-personnage”, “simple représentant de la volonté du fatum”, qui porte en lui une part de vérité absolue ou objective (la volonté du destin) à côté de la fonction subjective auxquels les autres personnages de l’Énéide sont limités ; voir la mise au point de Rohman 2013, § I.2 avec des références à Conte 1978, 41 sq.

    28 M. Laffon, L’Énéide, p. 80 : quand il se présente à sa mère déguisée, aux antipodes de l’Énée virgilien qui affirme sa renommée de héros pius, cet Énée dit qu’il n’est “plus rien”, un “inconnu”. Il semble alors aussi anéanti qu’un Ulysse réduit à n’être “personne” au cours de ses errances en mer.

    29 Les Survivants de Troie ont pour prologue un texte présenté comme un extrait des Poésies troyennes d’Iule, relatant les origines de la guerre de Troie ; le premier chapitre est lui-même centré sur le personnage du jeune garçon, rendu mystérieux par sa sauvagerie et un certain mutisme. Dans l’ouvrage de M. Goudot, Ascagne apparaît vite comme doté de l’autorité d’un futur chef (dans son attitude vis-à-vis des femmes troyennes lors de l’incendie de la flotte en Sicile) ; l’auteur lui a en outre confié le rôle intéressant et crucial de liant entre les cultures troyenne et latine ; il apprend la langue des Latins – auprès de qui il deviendra “Iule” –, songe à l’évolution que devront subir les cultes religieux des Troyens, “jette les bases de l’avenir” (p. 111-112).

    30 La mise en question la plus acerbe que je connaisse de cette vision d’Énée est celle que présente l’écrivaine M. Szabò dans son livre intitulé L’Instant, avec le sous-titre La Créüside (Viviane Hamy, 2009, trad. de C. Philippe). Dans ce roman dont Créüse est le héros – au sens où elle prend la place d’Énée –, celui qui se voit à longueur de temps appelé “Bon Père” est raillé pour toutes les facilités que lui valaient son statut de fils de déesse et de héros prédestiné dans l’Énéide.

    31 Les Survivants de Troie, I, p. 195, 199 (en le voyant lancer la troupe des survivants à l’assaut du tyran Polymestor, Achate remarque : “Est-ce qu’on a besoin de trouver un roi quand on possède ce chef ?”).

    32 Je ne prendrai que l’exemple, symptomatique, de la Sibylle, qui soit est totalement abandonnée (Goudot), soit ne prophétise pas (Susani). Surtout dans le second tome, une affirmation récurrente dans les Survivants de Troie est que se sont les hommes qui tissent leur propre destinée (II, p. 48, 89, 171…) ; par ailleurs, la prophétie qu’Énée fait s’accomplir est prophétie des morts, qui ont réussi à faire s’échapper cette rumeur du royaume d’Hadès d’une manière qui inquiète profondément les dieux.

    33 Seul M. Honaker fait in extremis, de manière relativement inattendue et, à mon avis, superflue, le lien entre la “nouvelle Troie” et Rome, Énée épousant Lavinia devenant “un César”.

    34 C’est le choix qu’a fait J. Des Gagniers, dans une réécriture de l’Énéide qui ne s’adresse pas spécifiquement à la jeunesse et qui se distingue par des descriptions très poétiques : Les Souvenirs d’Énée, Fides éditions, 2000.

    35 En dehors de la littérature de jeunesse, je pense aussi à L’Énéide, pièce de théâtre écrite par O. Kemeid (Lansman éditeur, 2008), qui est d’ailleurs un des rares et beaux exemples récents, en français, de la réception d’Énée comme figure de l’exilé.

    Auteur

    • Séverine Clément-Tarantino
    Précédent Suivant
    Table des matières

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Tradition et innovation dans l’épopée latine, de l’Antiquité au Moyen Âge

    Tradition et innovation dans l’épopée latine, de l’Antiquité au Moyen Âge

    Aline Estèves et Jean Meyers (dir.)

    2014

    Nouveaux horizons sur l’espace antique et moderne

    Nouveaux horizons sur l’espace antique et moderne

    Marie-Ange Julia (dir.)

    2015

    La construction de l’étruscologie au début du xxe siècle

    La construction de l’étruscologie au début du xxe siècle

    Marie-Laurence Haack (dir.)

    2015

    Afti inè i Kriti ! Identités, altérités et figures crétoises

    Afti inè i Kriti ! Identités, altérités et figures crétoises

    Patrick Louvier, Philippe Monbrun et Antoine Pierrot (dir.)

    2015

    Pour une histoire de l’archéologie xviiie siècle - 1945

    Pour une histoire de l’archéologie xviiie siècle - 1945

    Hommage de ses collègues et amis à Ève Gran-Aymerich

    Annick Fenet et Natacha Lubtchansky (dir.)

    2015

    Les voyages de Seyfried Rybisch, étudiant silésien

    Les voyages de Seyfried Rybisch, étudiant silésien

    Itinéraire (1548-1554)

    Jean Hiernard

    2017

    Le cœur des moulins

    Le cœur des moulins

    Archives départementales de la Gironde

    Olivier Devillers (dir.)

    2016

    Les Étrusques au temps du fascisme et du nazisme

    Les Étrusques au temps du fascisme et du nazisme

    Marie-Laurence Haack et Miller Martin (dir.)

    2016

    Vivre l’Antiquité

    Vivre l’Antiquité

    Recueil de préfaces et autres textes

    Claude Aziza (dir.)

    2016

    Qu'est-ce qu'un auctor ?

    Qu'est-ce qu'un auctor ?

    Auteur et autorité, du latin au français

    Élisabeth Gavoille (dir.)

    2019

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    Olivier Devillers et Séverine Garat (éd.)

    2021

    Du pillage à la conscience patrimoniale en Grèce et dans l’Empire ottoman : le rôle des Français et des autres Occidentaux (xviiie-xixe siècles)

    Du pillage à la conscience patrimoniale en Grèce et dans l’Empire ottoman : le rôle des Français et des autres Occidentaux (xviiie-xixe siècles)

    Irini Apostolou et Alessia Zambon (dir.)

    2022

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Tradition et innovation dans l’épopée latine, de l’Antiquité au Moyen Âge

    Tradition et innovation dans l’épopée latine, de l’Antiquité au Moyen Âge

    Aline Estèves et Jean Meyers (dir.)

    2014

    Nouveaux horizons sur l’espace antique et moderne

    Nouveaux horizons sur l’espace antique et moderne

    Marie-Ange Julia (dir.)

    2015

    La construction de l’étruscologie au début du xxe siècle

    La construction de l’étruscologie au début du xxe siècle

    Marie-Laurence Haack (dir.)

    2015

    Afti inè i Kriti ! Identités, altérités et figures crétoises

    Afti inè i Kriti ! Identités, altérités et figures crétoises

    Patrick Louvier, Philippe Monbrun et Antoine Pierrot (dir.)

    2015

    Pour une histoire de l’archéologie xviiie siècle - 1945

    Pour une histoire de l’archéologie xviiie siècle - 1945

    Hommage de ses collègues et amis à Ève Gran-Aymerich

    Annick Fenet et Natacha Lubtchansky (dir.)

    2015

    Les voyages de Seyfried Rybisch, étudiant silésien

    Les voyages de Seyfried Rybisch, étudiant silésien

    Itinéraire (1548-1554)

    Jean Hiernard

    2017

    Le cœur des moulins

    Le cœur des moulins

    Archives départementales de la Gironde

    Olivier Devillers (dir.)

    2016

    Les Étrusques au temps du fascisme et du nazisme

    Les Étrusques au temps du fascisme et du nazisme

    Marie-Laurence Haack et Miller Martin (dir.)

    2016

    Vivre l’Antiquité

    Vivre l’Antiquité

    Recueil de préfaces et autres textes

    Claude Aziza (dir.)

    2016

    Qu'est-ce qu'un auctor ?

    Qu'est-ce qu'un auctor ?

    Auteur et autorité, du latin au français

    Élisabeth Gavoille (dir.)

    2019

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    Olivier Devillers et Séverine Garat (éd.)

    2021

    Du pillage à la conscience patrimoniale en Grèce et dans l’Empire ottoman : le rôle des Français et des autres Occidentaux (xviiie-xixe siècles)

    Du pillage à la conscience patrimoniale en Grèce et dans l’Empire ottoman : le rôle des Français et des autres Occidentaux (xviiie-xixe siècles)

    Irini Apostolou et Alessia Zambon (dir.)

    2022

    Voir plus de chapitres

    Je et les autres. Réflexions sur la voix épique dans l’Énéide

    Séverine Clément-Tarantino

    Voir plus de chapitres

    Je et les autres. Réflexions sur la voix épique dans l’Énéide

    Séverine Clément-Tarantino

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    • amazon.fr
    • decitre.fr
    • mollat.com
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    ePub / PDF

    1 Voir aussi Farrell & Putnam 2014. À la date où cette recherche va être publiée, le statut d'Enée - merveille des dynamiques de réception ! - est en train de changer ; en Italie tout du moins, il a attiré presque simultanément l'attention de trois auteurs (Giulio Guidorizzi, Andrea Marcolongo, Mario Lentano) et apparaît, dans le contexte difficile d'une pandémie et de graves interrogations sur le “monde d'après”, comme le héros auquel se “raccrocher”. Cet aspect de réception toute récente ne pourra malheureusement pas être pris en compte au-delà de cette note. Si de nouveaux livres de littérature de jeunesse ont été écrits à propos d'Énée et publiés après 2018, ils ne peuvent pas non plus avoir été pris en considération.

    2 On sait l’importance du film Troy de W. Petersen dans le revival des “films épiques” inauguré par Gladiator en 2000 (sur la tradition épique cinématographique, voir en particulier Paul 2013). Hercule s’est vu illustrer par deux films, de Brett Ratner et de Renny Harlin (La Légende d’Hercule), en la seule année 2014. Depuis A. Konchalovsky en 1997, aucun réalisateur ne s’est risqué à adapter l’épopée d’Ulysse. Une mini-série produite par Arte, Odysseus, a néanmoins été consacrée, en 2013, à ce héros, présenté sous un jour peu commun. En général, le public des écrans attend peut-être plus des héros épiques conquérants et vainqueurs : il sera cependant intéressant d’évaluer l’accueil fait à la série diffusée sur Netflix relatant la guerre de Troie depuis Troie et le point de vue des vaincus, Troy: The Fall of a City. Quant à Énée, il pourrait, théoriquement, être traité comme un héros conquérant et vainqueur, mais c’est là que sa réception résiste, pour ainsi dire : ce n’est pas l’idée de lui qui domine actuellement ; et à en juger par ses traitements littéraires (dans la littérature de jeunesse en premier lieu), il ne s’agit pas d’un défaut (une sorte de conclusion du portrait d’Énée comme soumis au destin), mais plutôt d’une qualité (Énée exprime le refus de la guerre : c’est un des points principaux sur lesquels je m’arrêterai). J’illustrerai la place d’Ulysse dans la littérature pour la jeunesse dans le premier paragraphe ci-dessous.

    3 P. Veyne en a efficacement saisi un des aspects dans la présentation de sa traduction de l’Énéide (Veyne 2012, p. 12), en parlant de “héros à mission”, ce qu’Énée est en effet bien plus qu’un “héros à exploits”. Le cœur de son héroïsme, résumé en latin par le mot pietas, réside – d’après Virgile – dans sa subordination assumée à l’ordre du destin, aux fata. Une autre caractéristique majeure de l’héroïsme d’Énée recoupe une caractéristique essentielle de l’épopée virgilienne même : l’entremêlement du mythe et de l’Histoire. Le lien d’Énée à l’histoire romaine, qui lui a, certes, valu, d’être revendiqué comme l’ancêtre fondateur de grandes familles de pouvoir au fil des siècles, a peut-être aussi nuisiblement pesé sur sa réception au fil des siècles, si on la compare, de nouveau, à celle d’Ulysse, emblème de la mythologie grecque : moins “mythologique”, Énée a peut-être moins encouragé les œuvres d’imagination et paraît aujourd’hui moins “porteur” pour des œuvres qui visent aussi, voire surtout, le plaisir des jeunes lectrices et lecteurs. Mais les contre-exemples existent, nous le verrons.

    4 Il s’agit en premier lieu du Cyclope (S. Bravi, L’école des loisirs, collection Loulou et Compagnie, 2007). Trois autres ouvrages, publiés dans la même collection, ont été composés avec N. Laurent : le Cheval de Troie (d’après Triphiodore !), en 2009, Éole, Circé et les Sirènes (2009), La Ruse d’Ulysse (2010).

    5 Y. Pommaux est bien connu des antiquisants spécialement pour ses albums Thésée ou comment naissent les légendes (2007) ; Orphée et la morsure du serpent (2009) ; Ulysse aux mille ruses (2001) ; Troie. La guerre toujours recommencée – d’après l’Iliade d’Homère (2012).

    6 La “romanité“ d’Ovide entre en fait sans doute peu en ligne de compte, bien moins que la mythologie – perçue comme essentiellement – grecque. L’exemple auquel je pense en premier lieu est l’album Les Métamorphoses d’Ovide, de F. Rachmühl et N. Ragondet (Flammarion jeunesse, Les albums du Père Castor, 2015). Dans cette même collection, F. Rachmühl a auparavant publié, avec l’illustratrice C. Gastaut, Dieux et déesses de la mythologie grecque (2013), Le grand voyage d’Ulysse (2009) et les Douze travaux d’Hercule (2007).

    7 Quelques titres de cette collection, à commencer par Le Combat de Rémus et de Romulus, par H. Montardre et B. Bachelier, 2015 ; Achille le guerrier, par H. Montardre et N. Duffaut (2013) ; Jason et la Toison d’or (mêmes auteur et illustrateur, 2011) ; Persée et la Gorgone (mêmes auteur et illustrateur, 2010) …

    8 Selon “l’avis de Ricochet”, https://www.ricochet-jeunes.org/index.php/livres/les-brulures-de-didon Dans le même avis, la forme particulière prise par cette réécriture est toutefois précisée : il s’agit d’un récit qui fait alterner deux voix, celle d’Énée et celle de Didon, d’une façon qui rappelle Homère. Iliade (ainsi théâtralisée, en vue de lectures publiques) d’A. Baricco (2007, pour la traduction française par F. Brun chez Gallimard, coll. Folio) et qui évoque aussi les Héroïdes (doubles) d’Ovide.

    9 Cela peut ainsi tenir à l’âge des principaux lecteurs et lectrices visés. La couleur de cette collection (“Histoires noires”) pourrait être aussi responsable, quoiqu’elle oriente moins vers le récit d’amours malheureuses que, plus largement, de situations ou d’épisodes tragiques. D’autres épisodes de l’Énéide auraient pu donner matière à un livre au sein de cette série ; on peut comprendre néanmoins que ce soit l’épisode le plus tragique du poème de Virgile (i.e. aussi l’épisode dont la réception a conforté le caractère tragique) qui ait été retenu. Il faut rappeler par ailleurs que le chant 4 de l’Énéide est un des chants à la “fortune” la plus riche depuis l’Antiquité. Précisons enfin qu’une version de l’histoire de Romulus et Rémus se trouve aussi dans cette collection (Romulus et Rémus, les fils de Mars, par G. Jimenes, 2012).

    10 L’illustration est due, dans le premier cas, à F. Sochard, qui a également créé les autres illustrations, d’allure hellénisante, de l’ouvrage, placées systématiquement en vis-à-vis de la première page de chaque chapitre ; l’illustration de couverture de l’Énéide adaptée par M. Laffon est due à N. Peña et elle est la seule de l’ouvrage.

    11 Même si ce n’est précisément pas le cas dans les ouvrages à peine mentionnés, on observe une tendance générale des narrateurs à prendre position en faveur de Didon, et éventuellement à voir dans son abandon une faille majeure dans la piété d’Énée. Dans les ouvrages que j’ai étudiés, le cas le plus net est celui de l’Énéide racontée par Carola Susani (Classici/la Nuova frontiera junior, 2015), dont le narrateur (une narratrice ?) tente de se rebeller au début du chapitre 4 (p. 39), parce qu’il (/elle) n’a pas le cran de Virgile et qu’il (/elle) aurait plutôt envie de crier à Didon de se méfier et de se contenter de devenir une amie d’Énée. Le portrait le plus complexe de Didon se trouve chez M. Honaker où la sensualité et surtout l’ambition de la reine sont accentués (voir Les Survivants de Troie, II, spéc. chap. 6 et chap. 9, p. 129).

    12 C’est ainsi un des rares épisodes qui soient purement et simplement supprimés dans la version de l’Énéide de R. Piumini.

    13 Il peut s’agir de l’élimination, dans le seul but d’abréger, d’un personnage secondaire : les morts de Misène et de Caiéta ne sont pas plus retenues, et la scène de retrouvailles avec Déiphobe aux Enfers est aussi très rare. Pour ce qui est du chant 5, le choix de fond opposant M. Laporte et M. Laffon est remarquable, l’un retenant tous les jeux, mais excluant l’incendie des navires par les femmes, l’autre réduisant le récit des jeux à une phrase, pour relater longuement l’épisode de l’incendie. C. Susani met en évidence une opposition de type genrée : exclues des jeux, les femmes sont d’autant plus livrées à leur lassitude et à leur désespoir (p. 53 ; et p. 55, Énée regrette de ne s’être pas assez soucié des femmes).

    14 C’est peut-être M. Goudot qui va le plus dans cette direction, sans le revendiquer toutefois, comme a pu le faire A. Baricco dans son adaptation (non pour un public jeune, mais pour un public d’auditeurs) de l’Iliade, affirmant que les dieux étaient ce qui pouvait le plus déranger la réception contemporaine des épopées antiques). Dans Énée ou la cité promise, Énée ne se soucie pas de vérifier ce que l’on dit sur son ascendance divine ; les dieux et les choses qui ne doivent pas être vus ou divulgués ne le sont pas (les Grands dieux, dans ce qui correspond au chant 3 de l’Énéide, p. 43 ; le monde d’en bas ! p. 93- 96) ; plus généralement, c’est tout le “bagage” mythologique de l’épopée qui est abandonné ou atténué (ainsi, lors de la rencontre d’Énée et des Harpyes, p. 57-58). Mythologie et merveilleux ne sont pas du tout abandonnés dans le récit de M. Honaker, dans lequel la réussite des Troyens est cependant présentée comme une menace pour les dieux ; certains redoutent de disparaître, quand d’autres savent qu’ils vont devoir évoluer.

    15 C’est dans l’ouvrage – le plus pédagogiquement instruit – de S. Kefallonitis que cette dimension est la plus présente : y figurent deux extraits significatifs (“Auguste, descendant d’Énée” et “Le triomphe d’Auguste”) du discours – partie historique – d’Anchise aux enfers et de l’ekphrasis du bouclier d’Énée. Dans les autres, ce qui tend souvent le fil du récit à la place de la destinée de Rome, est l’espoir que “Troie revivra ” (pour reprendre le sous-titre de M. Laffon). M. Goudot opère un rapprochement de type étymologique entre “Hespérie” et “espoir” (p. 22), et son récit s’achève bellement sur cette note (p. 132).

    16 Dans la polémique suscitée par la citation d’Aen., 9.447 au sein du Mémorial du 11 septembre à New York, la nature des “exploits” de Nisus et Euryale promis à une renommée et à une mémoire durables entrait en large part.

    17 Voir Monat, 129-130 ; Kefallonitis, 136-140 ; Susani, 90.

    18 M. Goudot présente le départ hâtif d’Énée de Carthage comme le fruit de sa résolution propre, avant de le mettre au compte de la volonté des dieux qui est subtilement mentionnée dans un second temps : Énée ou la cité promise, p. 84-86. M. Laporte et M. Laffon insistent, eux, sur le rôle des dieux qui ont fermé les oreilles d’Énée à la pitié (12 récits…, p. 93 ; L’Énéide/Troie revivra, p. 94). Dans l’Énéide racontée par C. Susani, c’est la défense de Didon qui est aussi remarquable (voir en particulier p. 44-45) : au lieu de discours furieux, le monologue intérieur d’une femme qui se sait coupable (envers son premier époux) et qui ne voit pas d’autre solution que la mort à la situation dans laquelle elle s’est mise (elle ne peut risquer un nouvel exil, ni se rallier les rois voisins).

    19 L’épisode avait fait question dans l’Antiquité : voir ainsi le commentaire de Servius auctus ad Aen., 2.735 (nescio qvod trepido), 744 (virvmque fefellit) ; cf. aussi le commentaire de Tiberius Donat aux mêmes endroits.

    20 Le récit entrepris par le narrateur, qui a invoqué la Muse pour inaugurer une épopée guerrière, rattachée au paradigme iliadique, aboutit dans un premier temps à la conclusion d’une paix entre Troyens et Latins (pacemque reportant, Aen., 7.285). Il faut que Junon intervienne et sollicite sa propre “Muse” Allecto pour que l’épopée des horrida bella s’ouvre effectivement.

    21 Voir par ex. Énée ou la cité promise, p. 19.

    22 Énée ou la cité promise, p. 25-26 : alors qu’Ascagne est en train de parler d’Achille qu’il appelle “la bête” en raison de sa sauvagerie au combat, “Énée écoutait son fils, pensif, ou lui expliquait les terribles métamorphoses des hommes dans la guerre” ; p. 119-120 (Énée a retrouvé Ulysse dans un marché, à Pallantée) : “Ses intonations amicales étaient celles d’avant le conflit. Énée se souvint brusquement de son propre départ de Troie, des yeux qui brillaient dans la nuit : Pars donc, puisqu’il est encore temps”.

    23 Énée ou la cité promise, p. 41 et p. 116-120 (et note supra) ; Les Survivants de Troie, I, p. 34 (Énée conteste le portrait noir d’Ulysse fait par Anchise en le présentant plutôt comme un “frère de malheur”), p. 106-108 (Ulysse accepte de couvrir les Troyens sur le point de gagner le tunnel par lequel ils vont s’enfuir, en bloquant le passage à Ajax) ; p. 292-300 (où c’est Énée qui sauve la vie d’Ulysse dont il croise le navire après avoir quitté l’île d’Aia). Dans le t. II, où l’on sait tôt qu’Ulysse a achevé son odyssée, les Troyens s’arrêtent à Ithaque et Énée rend visite à son “ami”, qui lui donne des vivres (chap. 18, “La dette de l’Achéen”) ; l’alliance des Grecs et des Troyens, alors jugée impossible, s’accomplit à la toute fin du récit quand Diomède se résout à venir grossir les rangs de l’armée troiano-latine aux prises avec la Furie Allecto (chap. 27).

    24 Voir e.g. Les Survivants de Troie, I, p. 34, 40.

    25 C’est même, récemment, un usage plus fréquent qui a sans doute entre autres buts de valoriser l’amitié : je ne donnerai ici que l’exemple des Carnets d’Ulysse (Frattini & Duckit, Milan, 2011), où se trouve le couple d’amis Ulysse-Achille.

    26 M. Honaker en vient même à un moment à opposer les deux héros en gardant à Énée un visage de conquérant alors qu’Ulysse, quand il le retrouve assoiffé sur son bateau à la dérive, n’aspire qu’à retrouver sa femme et son toit et laisse entendre qu’il pourrait ne pas être l’aventurier qu’on croyait (Les Survivants de Troie, I, p. 300).

    27 C’est Énée en tant que “non-personnage”, “simple représentant de la volonté du fatum”, qui porte en lui une part de vérité absolue ou objective (la volonté du destin) à côté de la fonction subjective auxquels les autres personnages de l’Énéide sont limités ; voir la mise au point de Rohman 2013, § I.2 avec des références à Conte 1978, 41 sq.

    28 M. Laffon, L’Énéide, p. 80 : quand il se présente à sa mère déguisée, aux antipodes de l’Énée virgilien qui affirme sa renommée de héros pius, cet Énée dit qu’il n’est “plus rien”, un “inconnu”. Il semble alors aussi anéanti qu’un Ulysse réduit à n’être “personne” au cours de ses errances en mer.

    29 Les Survivants de Troie ont pour prologue un texte présenté comme un extrait des Poésies troyennes d’Iule, relatant les origines de la guerre de Troie ; le premier chapitre est lui-même centré sur le personnage du jeune garçon, rendu mystérieux par sa sauvagerie et un certain mutisme. Dans l’ouvrage de M. Goudot, Ascagne apparaît vite comme doté de l’autorité d’un futur chef (dans son attitude vis-à-vis des femmes troyennes lors de l’incendie de la flotte en Sicile) ; l’auteur lui a en outre confié le rôle intéressant et crucial de liant entre les cultures troyenne et latine ; il apprend la langue des Latins – auprès de qui il deviendra “Iule” –, songe à l’évolution que devront subir les cultes religieux des Troyens, “jette les bases de l’avenir” (p. 111-112).

    30 La mise en question la plus acerbe que je connaisse de cette vision d’Énée est celle que présente l’écrivaine M. Szabò dans son livre intitulé L’Instant, avec le sous-titre La Créüside (Viviane Hamy, 2009, trad. de C. Philippe). Dans ce roman dont Créüse est le héros – au sens où elle prend la place d’Énée –, celui qui se voit à longueur de temps appelé “Bon Père” est raillé pour toutes les facilités que lui valaient son statut de fils de déesse et de héros prédestiné dans l’Énéide.

    31 Les Survivants de Troie, I, p. 195, 199 (en le voyant lancer la troupe des survivants à l’assaut du tyran Polymestor, Achate remarque : “Est-ce qu’on a besoin de trouver un roi quand on possède ce chef ?”).

    32 Je ne prendrai que l’exemple, symptomatique, de la Sibylle, qui soit est totalement abandonnée (Goudot), soit ne prophétise pas (Susani). Surtout dans le second tome, une affirmation récurrente dans les Survivants de Troie est que se sont les hommes qui tissent leur propre destinée (II, p. 48, 89, 171…) ; par ailleurs, la prophétie qu’Énée fait s’accomplir est prophétie des morts, qui ont réussi à faire s’échapper cette rumeur du royaume d’Hadès d’une manière qui inquiète profondément les dieux.

    33 Seul M. Honaker fait in extremis, de manière relativement inattendue et, à mon avis, superflue, le lien entre la “nouvelle Troie” et Rome, Énée épousant Lavinia devenant “un César”.

    34 C’est le choix qu’a fait J. Des Gagniers, dans une réécriture de l’Énéide qui ne s’adresse pas spécifiquement à la jeunesse et qui se distingue par des descriptions très poétiques : Les Souvenirs d’Énée, Fides éditions, 2000.

    35 En dehors de la littérature de jeunesse, je pense aussi à L’Énéide, pièce de théâtre écrite par O. Kemeid (Lansman éditeur, 2008), qui est d’ailleurs un des rares et beaux exemples récents, en français, de la réception d’Énée comme figure de l’exilé.

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    X Facebook Email

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    L'Antiquité dans la littérature de jeunesse

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Clément-Tarantino, S. (2021). Énée dans la littérature de jeunesse : un héros ‘à faire aimer’. In O. Devillers & S. Garat (éds.), L’Antiquité dans la littérature de jeunesse. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ausonius.19668
    Clément-Tarantino, Séverine. « Énée dans la littérature de jeunesse : un héros ‘à faire aimer’ ». In L’Antiquité dans la littérature de jeunesse, édité par Olivier Devillers et Séverine Garat. Pessac: Ausonius Éditions, 2021. doi:10.4000/books.ausonius.19668.
    Clément-Tarantino, Séverine. « Énée dans la littérature de jeunesse : un héros ‘à faire aimer’ ». L’Antiquité dans la littérature de jeunesse, édité par Olivier Devillers et Séverine Garat, Ausonius Éditions, 2021, https://doi.org/10.4000/books.ausonius.19668.

    Référence numérique du livre

    Format

    Devillers, O., & Garat, S. (éds.). (2021). L’Antiquité dans la littérature de jeunesse. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ausonius.19551
    Devillers, Olivier, et Séverine Garat, éd. L’Antiquité dans la littérature de jeunesse. Pessac: Ausonius Éditions, 2021. doi:10.4000/books.ausonius.19551.
    Devillers, Olivier, et Séverine Garat, éditeurs. L’Antiquité dans la littérature de jeunesse. Ausonius Éditions, 2021, https://doi.org/10.4000/books.ausonius.19551.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Ausonius Éditions

    Ausonius Éditions

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • LinkedIn
    • Instagram
    • Flux RSS

    URL : http://ausoniuseditions.u-bordeaux-montaigne.fr

    Email : editions.ausonius@u-bordeaux-montaigne.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement