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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les découvertes numismatiques liées à la guerre des Gaules État de la circulation monétaire gauloise à La Tène D2b L’administration de la nouvelle province Usage des monnaies dans la société gauloise Conclusion du chapitre Notes de bas de page

    Du statère au sesterce

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 2. Le temps des armes. La guerre des Gaules et La Tène D2b (60/50 - 30 a.C.)

    p. 97-176

    Texte intégral Les découvertes numismatiques liées à la guerre des Gaules État de la circulation monétaire gauloise à La Tène D2b Les alliages L’alternative potin/bronze frappé : quelques raisons possibles Un brassage de la circulation ? Les autorités émettrices L’administration de la nouvelle province Les contributions des provinciaux Le poids des élites Des prérogatives intactes Une aristocratie intégrée Une classe dirigeante unie ? Armée et circulation monétaire Les monnaies romaines républicaines Les monnaies gauloises Monnaies et occupation du territoire Usage des monnaies dans la société gauloise La monnaie dans les habitats Les monnaies en contextes cultuels et funéraires Rôle négligeable du commerce italique Conclusion du chapitre Notes de bas de page

    Texte intégral

    Les découvertes numismatiques liées à la guerre des Gaules

    1La transition entre La Tène D2a et La Tène D2b correspond à la guerre des Gaules. Malgré l’importance des campagnes, attestée par le texte de César, ce conflit a laissé très peu de traces archéologiques. À l’exception des structures des sièges d’Alésia, de Gergovie et d’Uxellodunum (Puy d’Issolud), on peine à attribuer des vestiges avec certitude à ces événements1. Pour l’identification des sites de la guerre des Gaules, nous restons largement tributaires des fouilles du Second Empire, publiées par Napoléon III. En sus des trois sites mentionnés, l’ouvrage de l’empereur présente les plans de deux autres sites localisés dans notre zone d’étude : Mauchamp/Berry-au-Bac dans l’Aisne et Saint-Pierre-en-Chastres dans l’Oise2.

    2Un rapide examen du mobilier publié montre qu’il est difficile d’être aussi catégorique. On date traditionnellement le camp de Mauchamp de 57 a.C, avec de bons arguments historiques et archéologiques (morphologie précoce des fortifications)3. Il faut rappeler toutefois qu’une occupation plus longue n’est pas exclue, car les fouilles anciennes ont donné de la céramique sigillée et un des fossés a livré une monnaie de Tibère4. Seules de nouvelles fouilles permettraient d’affiner la chronologie du gisement. À Saint-Pierre-en-Chastres, attribué à la campagne contre les Bellovaques de 51 a.C., la datation est centrée sur La Tène D sans plus de précision. Les fouilles des années 1970 ont mis en évidence l’existence d’une couche et d’un fossé de La Tène finale, datés par quelques tessons céramiques5. Les fouilles du xixe s. ont livré notamment des pointes de flèche d’un type attesté à Alésia, ainsi que 31 monnaies gauloises, conservées au Musée d’Archéologie Nationale6. Ces dernières couvrent un arc chronologique important, qui ne permet pas de dater avec certitude l’occupation du milieu du ier s. a.C. : coexistent des types attestés dès La Tène D1 (Scheers, 191 ; Scheers, 163/IIIa), des types de
    La Tène D2a ou connus à Alésia (Scheers, 154 ; Scheers, 196/II ; Scheers, 198) et des types clairement attribuables à La Tène D2b (Scheers, 185/I et surtout Scheers, 27a et Scheers, 196/I).

    3À ces trois sites, deux publications récentes ont ajouté deux autres gisements qui pourraient être en rapport avec les campagnes césariennes. Un ouvrage consacré à huit dépôts monétaires de Gaule Belgique, propose d’identifier l’oppidum de Thuin à l’oppidum des Aduatuques détruit par César en 577. L’identification repose sur trois critères principaux, dont aucun toutefois n’emporte totalement l’adhésion. La taille du site (environ 13 ha) et sa topographie sont conformes au texte césarien, mais l’oppidum a livré peu de mobilier et sa datation à La Tène finale repose principalement sur l’analyse 14C d’un charbon de bois provenant de l’intérieur du rempart, qui donne une date calibrée située entre 90 a.C. et 60 p.C., avec 68,2 % de probabilité. La présence de balles de fronde en plomb est assez remarquable, mais leur publication est trop imprécise8. Enfin, le site a livré trois dépôts monétaires datés par les auteurs peu après 60 a.C.9 Toutefois, cette datation très resserrée ne se justifie pas nécessairement. Un terminus post quem aux environs de 60 a.C. pour le dépôt le plus ancien est acceptable au vu des données dont on dispose (étude des prototypes, contextes archéologiques, sériation des dépôts). Mais pour des raisons similaires, nous ne voyons pas la nécessité d’adopter la date de 52 comme terminus ante quem strict10 et il nous semble possible de dilater légèrement la chronologie des émissions considérées11. Si nos critiques sont fondées, la convergence des différents indices permettant d’identifier Thuin à l’oppidum des Aduatuques s’en trouve encore fragilisée. Afin de clarifier la situation, la reprise des fouilles, appelée de leurs vœux par les auteurs de l’étude, s’avère en effet souhaitable.

    4Enfin, récemment découvert, le camp romain d’Hermeskeil, près de Trèves, a livré un mobilier attribuable à La Tène D2b, ainsi qu’un as républicain entier12. Il pourrait se rapporter aux campagnes de la fin de la guerre des Gaules ; mais en l’absence de certitude en la matière, nous le traiterons plus loin, avec les autres contextes de La Tène D2b.

    5Au final, dans notre zone d’étude, seules les découvertes d’Alésia sont attribuables sans doute possible à l’épisode césarien. Elles sont très abondantes et le site est depuis longtemps un point de référence incontournable dans la datation du mobilier laténien et particulièrement des monnaies gauloises13. La publication des fouilles récentes a été l’occasion de donner le catalogue définitif des monnaies gauloises comme romaines14. Le caractère particulier du site nous conduit à le traiter à part : il est à la transition entre deux périodes, à la fois chronologiquement et par ce qu’il représente.

    6M. Reddé a souligné qu’il ne fallait pas considérer le mobilier du siège d’Alésia comme un ensemble clos, car les structures ont été largement emportées par les labours15. Sans tomber dans l’hypercritique, il faut donc reconnaître que des intrusions sont possibles ; ceci s’applique bien entendu également aux monnaies. Il est aisé d’écarter toutes les monnaies romaines postérieures au siège16 ; il est plus difficile de faire le même travail pour les monnaies gauloises. Certaines séries sont clairement postérieures : ainsi, le bronze frappé Scheers, 21717 et le bronze à légende GERMANVS INDVTILLI L (RPC, 506)18 sont arrivés sur le site après la bataille. Pour quelques types, les contextes archéologiques font douter : le potin au rameau Scheers, 190 trouvé à Alésia est l’exemplaire le plus ancien dont nous ayons connaissance19. De même, les bronzes à légende REMO REMO (Scheers, 146), connus à deux exemplaires à Alésia dans les fouilles anciennes, sont sur d’autres sites absents de contextes archéologiques antérieurs à 30 a.C., et ce malgré la grande diffusion de la série20. Le cas du statère à l’œil Scheers, 30/IV est similaire21 mais les monnaies en or étant beaucoup plus rares en contexte, il est plus difficile de trancher. Néanmoins, comme cet examen le montre, la grande majorité des découvertes est cohérente avec la chronologie du site. Le doute n’est permis que pour un petit nombre de types, attestés chacun par un ou deux exemplaires, mais la distorsion produite est dans l’ensemble négligeable.

    7Les conditions des récoltes ont également été sujettes à débat. On peut ranger le mobilier dans trois catégories : celui trouvé au xixe s. (602 monnaies), celui trouvé en prospection au xxe s. par R. Collot (252 monnaies) et celui trouvé stratifié dans les fouilles récentes (18 monnaies). Ce dernier lot ne pose pas de problème mais est malheureusement le moins abondant. Les différences entre les deux premiers lots sont significatives : 25 types ne sont attestés que dans les prospections récentes, alors que 33 types ne le sont que dans les fouilles anciennes. Pour un même type, les découvertes peuvent être très déséquilibrées : par ex., huit des dix oboles massaliètes viennent des prospections, une des fouilles anciennes, une des fouilles récentes. Inversement, seul un denier à légende SEQVANOIOTVIOS sur 13 a été trouvé en prospection. Au niveau des alliages, les métaux précieux sont surreprésentés dans les découvertes anciennes par rapport aux prospections (fig. 21) : le faciès des découvertes anciennes est à 62,62 % composé d’argent, pour 35,88 % de bronze et de potin. Le faciès des prospections est inverse : 78,97 % de bronze et de potin pour 19,44 % d’argent.

    Fig. 21. Faciès métallique des différents lots d’Alésia (tous émetteurs confondus).

    %

    Fouilles xixe s.

    Prospections xxe s.

    Fouilles xxe s.

    TOTAL

    Or/electrum

    1,50

    1,59

    0,00

    1,03

    Argent

    62,62

    19,44

    38,89

    40,32

    Potin

    10,30

    17,06

    22,22

    16,53

    Bronze frappé

    25,58

    61,90

    38,89

    42,13

    TOTAL

    100 %

    100 %

    100 %

    100 %

    n =

    602

    252

    18

    872

    8Toutefois, nous sommes d’accord avec M. Reddé pour accorder une valeur égale au mobilier des fouilles du xixe s. et à celui des prospections de R. Collot. Il est indéniable, comme le note B. Fischer, qu’il y a un biais dans les récoltes22 ; mais elle ne semble pas considérer l’hypothèse d’un biais lors des récoltes de mobilier napoléoniennes, alors qu’elle soupçonne fortement le mobilier de prospection. Bien que moins franchement, L. Popovitch semble également dubitatif sur le résultat des prospections23. À notre sens, les biais sont aussi forts pour les deux récoltes et les rendent complémentaires : on peut supposer qu’au xixe s., les monnaies en métaux précieux ont été privilégiées par les fouilleurs, monnaies qui sont par ailleurs moins sujettes à la corrosion. Au contraire, du fait des découvertes anciennes et des découvertes récentes fortuites et clandestines, il est probable que les prospections de R. Collot aient concerné un ensemble déficitaire en métaux précieux ; mais les monnaies en alliage cuivreux ont par contre été ramassées systématiquement. Ceci nous semble confirmé par l’examen des planches publiées en 2001 : les monnaies issues des prospections sont rarement les plus belles. Dans les monnaies non identifiables en bronze, 22 sont issues des prospections, contre huit pour les fouilles anciennes ; les trois potins non identifiables viennent des prospections et fouilles récentes. Les monnaies cassées proviennent souvent des prospections. De même, les monnaies les plus petites semblent avoir largement échappé aux fouilleurs du xixe s. : ainsi les oboles massaliètes mentionnées plus haut, qui pèsent presque toutes moins de 0,5 g. En ce qui concerne les monnaies romaines, il est significatif que tous les as républicains, malaisément identifiables pour des non spécialistes car souvent complètement lisses, proviennent des prospections et fouilles récentes24. Leur absence dans l’abondante récolte de la plaine de Grésigny ne saurait donc étonner outre mesure ; comme le souligne M. Reddé, l’absence totale de monnaies impériales dans le mobilier du xixe s. conservé à Saint-Germain-en-Laye montre qu’un tri a été effectué, sur le terrain ou au musée, entre le mobilier alors attribué au siège et celui considéré comme exogène25. On observe les mêmes biais sur d’autres catégories de mobilier, notamment le petit mobilier métallique, les ossements et la céramique, largement ignorés, rejetés ou non prélevés lors des fouilles napoléoniennes26. Ainsi, bien qu’un contexte stratigraphique précis manque presque toujours, il n’y a pas lieu de rejeter les découvertes de prospection plus que les découvertes anciennes. On peut estimer que le lot ainsi composé est hétérogène et que les biais dans sa composition sont difficiles à évaluer précisément ; les enseignements qu’on peut en tirer n’en restent pas moins précieux, car il ne fait pas de doute que la très grande majorité des données soit attribuable au siège de 52 a.C. Pour finir, il faut noter que les prospections de R. Collot n’ont pas concerné l’ensemble des structures au même degré, pour des raisons d’accessibilité : les champs labourés du camp C ont été plus touchés par ses travaux que le camp B (forêt) et que le Mont Réa (prairies)27. Dans une contribution récente, H.-M. von Kaenel a souligné que les faciès des camps étaient plus proches de trouvailles de sites (Siedlungsfunde) “normales”, tandis que celui de Grésigny se rapprochait de celui de Kalkriese et pouvait être qualifié de Katastrophenfunde28. Il faut toutefois mettre ces conclusions en regard des considérations taphonomiques que nous venons de présenter.

    9Les monnaies d’Alésia ont déjà été commentées à de nombreuses reprises ; outre les problèmes dont nous venons de traiter, les discussions se sont concentrées sur trois aspects principaux : les peuples gaulois représentés par les monnaies ; la présence massive de numéraire gaulois dans les camps romains ; la concentration de deniers républicains dans la plaine de Grésigny. Mais à notre connaissance, les monnaies gauloises et romaines ont toujours été étudiées séparément, ce qui nuit à la bonne compréhension de l’ensemble. De même, on ne s’est pas assez attaché à la comparaison des différents gisements alisiens (y compris les niveaux de l’oppidum contemporains du siège)29.

    10Une carte de répartition des monnaies d’après leur point de découverte fait apparaître que les monnaies gauloises sont toujours présentes dans les gisements explorés (sauf pour la petite récolte ancienne de deux deniers sur les bords de l’Ozerain) (pl. h.-t. 1)30. Comme nous l’avons noté, la présence systématique de monnaies gauloises sur les lignes romaines n’a pas manqué de susciter nombre de commentaires. M. Reddé et B. Fischer ont apporté des éléments de réponse importants : les peuples et régions les mieux représentés correspondent aux théâtres d’opération de 52 a.C.31 Même si on peut être moins catégorique que B. Fischer sur l’attribution de certains types à des peuples32, ces conclusions restent valables. Ainsi, étant donnée leur provenance, on peut considérer que la plupart de ces monnaies ont été amenées par l’armée césarienne (légionnaires ou auxiliaires). Sur l’oppidum, toutes les monnaies sont des espèces locales. Sur les lignes romaines, les monnaies du Centre-Est sont presque toujours dominantes ; celles du Centre-Ouest (Bituriges, Carnutes principalement) sont bien représentées et dominent sur le camp B. Considérer les monnaies exogènes comme l’indice des pillages des troupes césariennes explique, mieux que l’hypothèse de pièces apportées par l’armée de secours, la présence importante de pièces arvernes dans les camps romains33. Dans ces derniers, la part de bronzes frappés est très importante, alors que le potin domine dans la région, comme le montrent les découvertes de l’oppidum. Ce point met un peu plus en lumière le caractère particulier du faciès du siège.

    11Les autres provenances de monnaies non romaines sont marginales mais on note avec intérêt une série de frappes de Gaule méridionale et d’Italie du nord, concentrée sur les camps B et C (pl. h.-t. 1 et fig. 22). Le groupe le plus important est constitué par les oboles de Marseille, dont 8 proviennent du seul camp C qui a également livré une monnaie à la croix de groupe de Cuzance, généralement attribué aux Rutènes34 (cette concentration est peut-être due à l’intensité des prospections). Outre une obole massaliète, le camp B a livré une drachme de la plaine du Pô à légende grecque PIKOI et un bronze NAMAΣΣAT frappé à Nîmes.

    Fig. 22. Tableau des monnaies méridionales découvertes sur le siège d’Alésia.

     

    Contexte L-001-02 (camp B)

    Contexte L-001-03 (camp C)

    Contexte L-001-11
    (sans provenance précise)

    TOTAL

    Drachme padane

    1

     

    2

    3

    Obole massaliète

    1

    8

    1

    10

    Deroc E

     

     

    2

    2

    LT, 2698

    1

     

     

    1

    LT, 3433

     

     

    1

    1

    LT, 4353

     

     

    1

    1

    Monnaie à la croix

     

    1

    1

    2

    TOTAL

    3

    9

    8

    20

    12Les monnaies romaines sont réparties plus inégalement que les monnaies gauloises (pl. h.-t. 1). La plupart viennent de la contrevallation : plaine de Grésigny, plaine des Laumes, bords de l’Ozerain. Seuls les camps B et C ont livré des monnaies républicaines, non seulement en argent (comme sur la contrevallation), mais également en bronze (un seul as semble provenir de la plaine de Grésigny). Cette conjonction, en deux points seulement, de monnaies méridionales et de monnaies républicaines, en argent et en bronze, ne saurait être une simple coïncidence. Ces deux camps ont également livré une bonne partie du (maigre) mobilier céramique et de très nombreux clous de chaussure. En outre, la présence de légionnaires est assurée pour le camp C, puisque la présence de deux balles de fronde épigraphes l’identifie comme le campement probable de T. Labienus35. D’autre part, si le camp A est bien le camp de César, comme sa position et ses défenses le font supposer, il serait assez logique que le camp B tout proche accueillît des troupes légionnaires36. On sait que la plupart des légions dont dispose César au moment d’Alésia ont été levées en Gaule Cisalpine. Par ailleurs, bien que les textes ne soient pas totalement explicites sur le sujet, il semble que César ait mobilisé la totalité de ses troupes à Alésia, y compris les cohortes levées en Gaule Transalpine qui formèrent ensuite la légion Alaudae37. Il est donc tentant de faire le lien entre l’origine des troupes légionnaires et la provenance des monnaies “exotiques”, qui correspondent parfaitement, d’autant plus que les pièces de la vallée du Pô sont extrêmement rares en Gaule38.

    13Il reste à traiter de la très importante concentration de monnaies romaines provenant des fossés de la plaine de Grésigny. Outre quatre monnaies gauloises (un denier, un potin et deux bronzes), on compte 98 deniers (dont seulement deux fourrés) et un quinaire républicains, ainsi qu’un as en bronze39. Dans son analyse des monnaies d’Alésia, L. Popovitch s’est longuement interrogé sur l’interprétation de cette découverte et arrive à la conclusion qu’il s’agit vraisemblablement d’un dépôt, dispersé le long du fossé à un moment donné. En analysant la composition du lot, il détectait un certain archaïsme dans la structure et émettait l’hypothèse d’un premier noyau rassemblé dans les années 80 a.C., puis “gelé et complété par la suite”40.

    14Afin de déterminer s’il s’agit bien d’un dépôt dispersé ou si on doit plutôt considérer ce lot comme des monnaies “perdues”, nous avons demandé à K. Lockyear de le comparer à des dépôts de deniers contemporains par le biais d’analyses multifactorielles41. Il s’avère que l’hypothèse d’un dépôt dispersé est extrêmement probante et conforte l’identification proposée par L. Popovitch, à savoir un dépôt privé, semblable à ceux retrouvés à Kalkriese. L’analyse a également montré un léger archaïsme dans la structure du dépôt mais la similitude avec les dépôts italiens contemporains infirme, à nos yeux, l’idée d’un dépôt constitué en deux temps. K. Lockyear conclut au contraire que “the [...] assemblage has all the characteristics of a hoard withdrawn from the Italian coinage pool in the mid-50s BC”. C’est dans ce dernier point que se situe l’apport majeur de l’analyse. Cette dernière permet en effet d’établir que le dépôt a vraisemblablement été assemblé en Italie. Sans que cela constitue véritablement une surprise, l’analyse permet à nos yeux de préciser l’identité du propriétaire du dépôt, très probablement un membre de l’armée césarienne plutôt qu’un Gaulois42.

    15Que déduire de tout ceci ? Les principales nouveautés viennent des faciès des camps B et C. Les as républicains sont pour nous à mettre en relation avec le siège, contrairement à ce qu’écrivait L. Popovitch ; il n’est pas fortuit que sur les 11 monnaies romaines en bronze trouvées en prospection, cinq soient les as en question et que les six autres soient datées entre le iie et le ive s. p.C. Il semble donc certain qu’au milieu du ier s. a.C., les légionnaires transportaient avec eux du numéraire romain en bronze, qui reste sinon exceptionnel en Gaule à cette période43. La répartition du numéraire de Gaule méridionale et les drachmes padanes semblent également indiquer qu’elles sont parvenues à Alésia dans les bourses légionnaires.

    16Pour terminer, on se permettra un mot sur le déclenchement du conflit en 58 a.C. Une opinion commune est que la migration des Helvètes fut un prétexte, qui permit à César de mettre à exécution son plan de conquête44. Grand tenant de cette thèse, M. Rambaud allègue notamment le fait que les Helvètes avaient l’accord des Éduens pour passer sur leur territoire45 ; mais c’est sans tenir compte du pillage dont sont responsables les premiers, mentionné par César comme par Dion Cassius46. À cet égard, les textes nous font connaître un précédent à cette intervention, que nous avons mentionné plus haut : l’abrégé de Tite-Live nous apprend qu’une des raisons de la guerre contre les Allobroges de 122 a.C. sont les dommages infligés aux Éduens, parce que ces derniers sont alliés du peuple romain47. Par ailleurs, la lettre de Cicéron à Atticus citée plus haut, datée du 15 mars 60, montre que la menace d’une “guerre gauloise” était prise très au sérieux48. Sans préjuger des ambitions de César, il faut donc abandonner l’idée d’une guerre illégitime et déclenchée au mépris du droit romain49.

    État de la circulation monétaire gauloise à La Tène D2b

    17Les données postérieures à la guerre des Gaules sont un peu plus abondantes que pour la période précédente ; même si les quantités absolues sont proches et qu’un site comme le Titelberg fournit une masse de données très importante, il faut se rappeler que la période considérée est plus courte. De même, la répartition des données est similaire, avec deux concentrations principales dans le Centre-Est d’une part et dans le sud de la Gaule Belgique de l’autre ; le Belgium est mieux représenté à la fin de la période.

    Les alliages

    18De nombreuses caractéristiques observées avant la guerre des Gaules restent vraies dans les décennies qui suivent. La conquête ne semble pas introduire de changements perceptibles dans la structure des frappes ; les évolutions de La Tène D2b sont dans le prolongement de phénomènes déjà amorcés. Ainsi, les monnaies en argent se retrouvent principalement dans la moitié orientale de la zone d’étude, dans laquelle l’étalon romain a été définitivement adopté (fig. 23). Les monnaies en or restent rares et sont présentes uniquement en Gaule Belgique (Flavier [B-042], Martberg [B-058], Titelberg [B-094]), même si les dépôts de monnaies en or y ont une distribution bien plus réduite qu’à la période précédente (fig. 25, à comparer à la fig. 15). La partition du territoire étudié en deux zones distinctes reste donc valable ; on peut distinguer grossièrement un Nord-Ouest marqué par l’utilisation de l’or et du bronze frappé, et un grand Centre-Est unifié par l’adoption d’un étalon argent et en partie par un usage prolongé du potin. Le phénomène le plus marquant à La Tène D2b reste en effet l’abandon quasi-total du potin en dehors du Centre-Est50 ; s’il est amorcé dès avant la conquête, on trouve pour la première fois des ensembles, parfois très importants comme au Titelberg, où les bronzes frappés sont majoritaires. Toutes ces tendances s’accentuent à la transition entre La Tène D2b et l’époque augustéenne (fig. 24). Si le bronze frappé gagne du terrain dans le Centre-Est, le rapport avec le potin reste au mieux de 1/3 en faveur de ce dernier, alors que la proportion est inverse en Gaule Belgique.

    Fig. 23. Carte des monnaies gauloises par alliage (La Tène D2b).

    Image 10000000000003580000046FF5F46AECF70E628B.jpg

    Fig. 24. Carte des monnaies gauloises par alliage (La Tène D2b/Auguste).

    Image 10000000000003580000046FF4A9A132B9A05CD4.jpg

    Fig. 25. Carte des dépôts gaulois datables de La Tène D2b selon les alliages monétaires.

    Image 1000000000000358000003543B2E602983750E76.jpg

    L’alternative potin/bronze frappé : quelques raisons possibles

    19Les raisons de la transition du potin au bronze frappé restent peu claires. Des questions techniques sont peut-être en jeu mais ne nous semblent pas essentielles : il est certes plus facile de produire des potins, mais au vu du degré de sophistication de la métallurgie gauloise, la frappe de bronzes n’était guère complexe. Les bronzes à la gueule de loup du Berry sont d’ailleurs produits dès La Tène C251. Pour la même raison, il est plus facile de contrefaire les potins que les bronzes frappés. Cependant, dans le Centre-Est, on note de nouveaux types de potin à la fin de La Tène D2b, ce qui montre clairement que le problème n’affectait guère les producteurs. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de l’abandon du potin en Gaule Belgique et de son maintien dans le Centre-Est.

    20Une piste possible se trouve dans la fonction assumée par les potins, dont certains pourraient, selon K. Gruel, être assimilés à des jetons. Le même auteur rappelle également qu’on trouve des potins associés à des monnaies, notamment dans des dépôts, ce qui démontre qu’une partie au moins peut être considérée comme du numéraire. Cependant, les données manquent pour progresser dans cette voie et il nous semble plus prometteur d’en explorer une autre. En effet, K. Gruel note que la fiduciarité du potin implique un pouvoir émetteur fort pour en garantir la valeur52. Il est à cet égard intéressant de noter que la Gaule Belgique, particulièrement sa partie occidentale, ne connaît pas le même type d’occupation du territoire que le Centre-Est. Les cités y ont une superficie plus réduite et ont peut-être été moins stables que celles du Centre-Est, notoirement plus grandes53. Par ailleurs, en Belgique, les sanctuaires semblent jouer un rôle plus structurant que les oppida, alors que ces derniers sont clairement la clé de l’organisation territoriale dans l’Est de la Gaule54. De plus, dans la zone d’étude, seul le Centre-Est connaît les potins à circulation suprarégionale, dont certaines classes sont émises après la conquête (potins à la grosse tête, classe GT, A 1055 ; probablement aussi certains potins au sanglier du type Scheers, 186). Les émissions belges connaissent toujours une circulation plus limitée, les potins restant concentrés sur un site ou dans une région bien localisée ; ce type d’émission se rencontre également dans le Centre-Est jusqu’à la fin de La Tène D2b (par ex. les potins LT, 4628 autour de Bibracte). Dans ces conditions, le maintien du potin en Gaule orientale pourrait tenir à une structuration politique différente dans cette région. Les entités politiques, disposant de l’autorité nécessaire pour appuyer la circulation du potin, auraient été plus nombreuses, avec un pouvoir politique, situé dans les oppida, plus développé et indépendant qu’en Gaule Belgique, où le lien entre pouvoir politique et pouvoir religieux (illustré par l’importance des sanctuaires comme lieux centraux) serait resté plus fort.

    21Deux autres pistes ont déjà été évoquées par I. Wellington dans sa thèse de doctorat, sans être réellement explorées. D’une part, le remplacement du potin par le bronze frappé en Gaule Belgique pourrait être lié à une raréfaction des sources d’étain disponibles, qui aurait amené les pouvoirs émetteurs à changer d’alliage monétaire56. En Europe de l’Ouest, l’étain est concentré dans trois régions principales : le nord-ouest de la péninsule Ibérique, la Cornouaille et la Bretagne actuelle ; on trouve également des gisements mineurs en France dans le Massif central, ainsi que dans le Morvan57. La chronologie des exploitations est malheureusement très mal connue. Une exploitation d’époque romaine est attestée en Bretagne ; ses environs ont livré du mobilier protohistorique. À notre connaissance, il n’existe pas d’études permettant de faire le point sur la circulation de l’étain au Second âge du Fer pour la zone d’étude. Un passage de Diodore de Sicile (5.23) désigne l’Angleterre actuelle comme une source majeure d’étain mais il est difficile de dire s’il décrit une situation contemporaine de la rédaction (vers le changement d’ère) ou s’il s’agit d’un emprunt à Posidonios, devenu anachronique. Toutefois, la mise en relation entre la production des potins britanniques et celles des potins continentaux pourrait appuyer l’idée d’un changement des routes commerciales58. Dans le sud-est de l’Angleterre, les premiers potins apparaissent à la fin du iie s. a.C. et sont très proches de potins que l’on trouve autour du bassin parisien (type LT, 5284), imités de monnaies massaliètes. Ces potins britanniques ont un alliage comportant 17 à 18 % d’étain en moyenne, ce qui est proche de ce qu’on connaît pour les potins continentaux. Au début du ier s., dans les années correspondant à La Tène D2a sur le continent, un nouveau type de potins (flat-linear) apparaît dans l’île ; l’alliage utilisé contient plus de 20 % d’étain, avec des pics à 30 %. Au même moment, les bronzes frappés se multiplient en Gaule Belgique, jusqu’à devenir dominants à La Tène D2b, alors que dans le Centre-Est les potins restent dominants. Par ailleurs, on note la production de potins jusqu’à l’époque augustéenne en Touraine59. Une hypothèse possible est donc l’arrêt d’une importation par la Seine, alors que la voie ligérienne resterait active et permettrait l’approvisionnement du centre de la France actuelle, qui possédait de plus ses propres gisements ; l’utilisation accrue d’étain dans les alliages britanniques pourrait être la cause (demande plus importante de minerai) ou la conséquence (nécessité de trouver un débouché à la production régionale) de ces changements.

    22D’autre part, les alliages employés avaient nécessairement une influence sur la couleur des pièces produites. Or les analyses ont montré le soin que les Gaulois portaient aux alliages métalliques et l’importance qu’ils donnaient à la couleur : malgré ce que nous percevons comme des dévaluations (par ex. diminution du contenu en or), certaines émissions continuaient vraisemblablement à garder la même couleur. Plutôt que d’interpréter le phénomène comme une simple manipulation à but économique (voire une fraude), on peut donc se demander si le contenu en métal précieux était forcément la caractéristique la plus importante de ces monnaies60. Du point de vue métallurgique, les potins comme les bronzes frappés sont constitués d’un alliage cuivreux communément appelé “bronze” et dont les deux métaux principaux sont le cuivre et l’étain. Étant donnée leur composition, avec une part d’étain souvent proche de 20 %, les potins neufs avaient vraisemblablement une couleur argentée, alors que les alliages cuivreux des bronzes frappés ont une couleur plus chaude, entre le rose-rouge du cuivre non allié et une couleur très proche de l’or lorsque la part d’étain est de 15 %61. Il est donc intéressant de noter que les bronzes frappés s’imposent d’abord dans une région où se maintient un étalon or jusqu’aux lendemains de la guerre des Gaules, alors que le Centre-Est passe très tôt à un étalon argent et garde l’usage du potin. Malheureusement, il n’existe pour l’instant que très peu d’analyses disponibles sur les bronzes frappés, qui en outre ne concernent pas notre zone d’étude62 ; il est donc difficile d’avoir des certitudes sur la couleur des bronzes frappés, qui nous parviennent généralement patinés. Cependant, d’après les analyses de C.-O. Sarthre sur des monnaies du Centre-Ouest, la différence ne semble pas avoir été “clairement visible” entre les bronzes (à 10/15 % d’étain) et les laitons (alliage cuivre/zinc) dont la couleur est souvent dorée63.

    23Les trois hypothèses présentées ici ne sont pas mutuellement exclusives et ont pu se combiner différemment selon les régions ou les pouvoirs émetteurs (avec d’autres raisons qui nous sont inconnues). Il est malaisé de déterminer quel a été le facteur premier, “logiquement” comme chronologiquement – à supposer qu’une hiérarchisation soit possible entre les raisons politiques, économiques et culturelles. Il semble en tout cas difficile de déceler ici une quelconque influence romaine.

    Un brassage de la circulation ?

    24On a déjà montré au chapitre précédent que les zones monétaires définies par les principaux types restent largement inchangées entre La Tène D2a et La Tène D2b, avec une circulation plus intégrée dans le Centre-Est (malgré la présence de types locaux, plusieurs émissions suprarégionales renforcent l’unité de la zone) et plus morcelée en Gaule Belgique (fig. 7). L’adoption progressive d’un étalon argent basé sur le quinaire ne gomme que partiellement les différences, qui restent bien visibles. Les nouvelles émissions d’argent sont moins nombreuses après la conquête, alors que La Tène D2a s’était caractérisée par une floraison de types. La seconde moitié du ier s. a.C. est surtout dominée par les deniers du Centre-Est à légende TOGIRIX (LT, 5550), extrêmement abondants, alors que les monnaies plus anciennes continuent à circuler. En Gaule Belgique, on note plusieurs séries nouvelles, dont la circulation est plus restreinte et qui apparaissent pour la plupart à la fin de La Tène D2b (série à l’astre, Scheers, 25, dans le Belgium ; série à légende CRICIRV, Scheers, 27, dans le Soissonais ; Scheers, 41, 42, 43 en Gaule Belgique).

    25En dehors du Centre-Est, les émissions de potin disparaissent. Les grandes émissions suprarégionales continuent (potin à la grosse tête, potin Scheers, 186), à côté de séries souvent très localisées (LT, 5538 et 5629 sur le Rhin supérieur, LT, 4628 et 5083 en Bourgogne). Au contraire, le nombre d’émissions de bronze frappé explose, particulièrement en Gaule Belgique où nous recensons au moins une quarantaine de types nouveaux après la guerre des Gaules, à la circulation généralement restreinte. Comme l’ont montré plusieurs articles, les décennies postérieures à la conquête sont caractérisées par une régionalisation de la circulation monétaire, alors que pour J.-B. Colbert de Beaulieu, on assistait au contraire à un brassage complet des espèces64. Il est possible, en élargissant la zone considérée à l’ensemble de la Gaule septentrionale, de concilier les deux positions. Le Belgium constitue un cas particulier de morcellement des émissions mais le reste de la Gaule se caractérise également par une part très forte des émissions locales dans le stock monétaire. Il s’agit du reste d’une tendance amorcée dès La Tène D1 et surtout La Tène D2a, liée à l’augmentation du nombre d’émissions. Dans le même temps, il est vrai que la part de monnaies gauloises exogènes augmente sur les différents sites à La Tène D2b et à la transition avec la période augustéenne, dans des proportions variables (fig. 26 et 27, à comparer à fig. 7).

    Fig. 26. Carte des monnaies gauloises par zone émettrice (La Tène D2b) (NB : les monnaies dont la zone d’émission est mal connue n’ont pas été intégrées).

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    Fig. 27. Carte des monnaies gauloises par zone émettrice (La Tène D2b/Auguste) (NB : les monnaies dont la zone d’émission est mal connue n’ont pas été intégrées).

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    26Comme on le voit, tous les sites ne reçoivent pas de monnaies exogènes et les monnaies produites localement, ou du moins régionalement, sont toujours majoritaires. Il est intéressant de noter que les sites qui livrent des monnaies extra-régionales sont également ceux qui concentrent les monnaies romaines, que ce soit à La Tène D2b (fig. 28) ou à la transition avec l’époque augustéenne (fig. 29). À des degrés divers, les principaux sites concernés sont Pommiers [B-076], Bibracte [L-007], le Titelberg [B-094], La Chaussée-Tirancourt [B-050], Bois-l’Abbé [B-016] et Estrées-Saint-Denis [B-040]65. Comme on le voit, il s’agit dans la plupart des cas d’oppida ou de sanctuaires importants et la présence de monnaies exogènes n’y est pas fortuite ; comme nous le verrons plus loin, le parallèle avec les monnaies du siège d’Alésia constitue une piste probante. Ainsi, ces monnaies exogènes sont la trace de mouvements de personnes plutôt que d’un décloisonnement général de la circulation monétaire postérieure à la conquête.

    Fig. 28. Faciès des sites par autorité émettrice (La Tène D2b).

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    Fig. 29. Faciès des sites par autorité émettrice (La Tène D2b/Auguste).

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    Les autorités émettrices

    27Comme à La Tène D1 et La Tène D2a, les légendes monétaires connues pour La Tène D2b documentent essentiellement des noms d’individus, sans mention de titre officiel : on peut citer pour notre zone d’étude C. Iuli Teledhi en Gaule Belgique, Atesos et Atisios Remos (la même personne ?) chez les Rèmes, Atpili f. Orcetirix et (Q. Iulius) Togirix dans le Centre-Est, Arda chez les Trévires, et à la fin de La Tène D2b ou au début de l’époque augustéenne, Eccaios, Roveca et Venextos en région parisienne, Ateula/Ulatos, Caledu, Matugenos, Sutic(c)os en Gaule Belgique, Kraccus chez les Rèmes, Turonos Cantorix sur le Rhin supérieur, Criciru dans le Soissonnais66.

    28Comme on l’a vu, la circulation apparaît plus régionalisée après la conquête qu’avant ; se multiplient notamment les frappes à circulation très restreinte, parfois concentrées autour d’un unique site. De telles productions sont bien attestées dans le Belgium : la distribution de plusieurs séries autour de certains sanctuaires a amené L.-P. Delestrée et I. Wellington à localiser les ateliers dans les sanctuaires mêmes (en proposant, par ex., que les bronzes Scheers, 111 aient été frappés sur le sanctuaire de Digeon, où ils sont connus à près de 3000 exemplaires)67. Il n’est pas impossible que certaines frappes belges aient été émises spécifiquement pour des pratiques de déposition : la situation n’est d’ailleurs pas particulière à cette région, et on la retrouve par ex. à Corent en Auvergne avant la conquête68. Mais il nous semble inopportun de généraliser la situation à la majorité des émissions de cette région, comme le fait I. Wellington (voir infra). Quelle qu’ait été la fonction de ces pièces, il reste indéniable que leur zone de circulation ne correspond pas à un territoire civique. La situation se retrouve hors de Gaule Belgique : les potins à légende SELISV (LT, 4628) sont massivement concentrés sur Bibracte. Les monnaies à légende TVRONOS CANTORIX sont courantes entre Bâle et Besançon mais, alors que la chronologie est identique, les potins (LT, 7011) semblent mieux représentés sur le premier site et les bronzes frappés (LT, 7005) sur le second, tandis que la situation à Mandeure, situé à mi-chemin, est plus équilibrée. À l’inverse, on continue de trouver des émissions à circulation large, particulièrement en argent (le denier LT, 5550 à légende TOGIRIX étant le plus courant de tous), et dont on peine parfois à déterminer la zone d’émission (Scheers, 41 et 42, en particulier).

    29Dans le même temps toutefois, apparaissent les premières mentions ethniques dans les légendes monétaires. Alors qu’en Gaule intérieure, ces dernières apparaissent dès La Tène D169 et se multiplient à La Tène D2a, les émetteurs ne précisent jamais leur cité d’origine. Dans le demi-siècle qui suit, on trouve 27 mentions d’ethnique sur des légendes monétaires pour l’ensemble de la Gaule (hors Narbonnaise), dont la moitié au moins est datée de La Tène D2b (fig. 30). À de rares exceptions près, ces mentions ne font pas référence à la cité comme autorité émettrice (six cas assurés et un possible pour quatre civitates) mais indiquent vraisemblablement l’origine des émetteurs (11 cas assurés et neuf possibles pour 12 civitates), ce qui fournit un nouvel argument contre le caractère civique des émissions. L’ethnique ne correspond pas nécessairement à la zone d’émission (par ex., les monnaies à légende TVRONOS/CANTORIX qui circulent principalement autour de Bâle et, peut-être, les deniers SANTONOS et ARIVOS/SANTONOS dont la zone d’émission précise n’est pas localisée). La situation géographique ne semble pas être un facteur important, même si on remarque que les cités concernées forment des groupes d’au moins deux entités, ce qui pourrait être un signe d’émulation régionale (fig. 31).

    Fig. 30. Mentions d’ethniques dans les légendes monétaires gauloises (hors Transalpine/Narbonnaise).

    Peuple

    Statut selon Pline

    Origo d’un individu

    Cité comme émettrice

    Indéterminé

    TOTAL

    Andes

    Stipendiaires

     

     

    1

    1

    Éburovices

    Stipendiaires

    1

    2

     

    3

    Éduens

    Fédérés

     

     

    1

    1

    Lexoviens

    Stipendiaires

     

    3

    2

    5

    Médiomatriques

    Stipendiaires

     

    1

     

    1

    Pétrocores

    Stipendiaires

    1

     

     

    1

    Rèmes

    Fédérés

    1

    1 ?

    1

    2+1 ?

    Santons

    Libres

    2

     

     

    2

    Ségusiaves

    Libres

     

     

    1

    1

    Sénons

    Stipendiaires

    1

     

    2

    3

    Sotiates

    Stipendiaires

    1

     

     

    1

    Turons

    Libres

    3

     

     

    3

    Véliocasses

    Stipendiaires

    1

     

     

    1

    Indéterminé

    Indéterminé

     

     

    1

    1

     

    TOTAL

    11

    6+1 ?

    9

    27

    Fig. 31. Cités mentionnées dans les légendes monétaires gauloises (hors Transalpine/Narbonnaise) (fond de carte d’après Fichtl 2004, 10).

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    30Les cas où l’ethnique désigne sans ambiguïté la civitas comme puissance émettrice concernent les Lexoviens et les Aulerques Éburovices et ne semblent pas antérieurs à l’époque augustéenne précoce ; la proximité tant géographique que numismatique entre les deux peuples n’est certainement pas un hasard70. Plus à l’Est, on trouve plusieurs cas plus précoces mais moins nets : les légendes MEDIO/MEDIOMA (RIG, IV, n° 207) pour les Médiomatriques et REMO/REMO (RIG, IV, n° 232) pour les Rèmes semblent bien faire référence aux peuples et non à des individus71. Le cas du bronze à légende KRACCVS (RIG, IV, n° 124) est plus difficile : on a lu au revers SRM, interprété comme S(emissos) R(e)M(orum). Il est difficile de proposer une étude métrologique pour appuyer le développement de S en semissos (ou semis) (en 1977, S. Scheers recensait un unique exemplaire, pesant 3,93 g) et, sans être impossible, une telle abréviation de l’ethnique serait à notre connaissance unique. Par ailleurs, la distribution de certaines émissions semble centrée sur les territoires civiques d’époque romaine (par ex. la série Scheers, 27 à légende CRICIRV pour les Suessions, et la série Scheers, 28 à légende ROVECA pour les Meldes72) ; mais les inventaires disponibles sont déjà anciens et une telle répartition n’implique pas nécessairement une production civique.

    31La plupart des cités mentionnées dans les légendes ne sont ni liberae ni foederatae (d’après la liste de Pline l’ancien) ; a priori, il ne s’agit donc pas d’exalter un statut privilégié (mais on remarque qu’aucune unité auxiliaire de l’époque impériale n’est nommée d’après une de ces cités). Les raisons qui ont conduit les émetteurs à mentionner leur origo ou le nom de la cité responsable des frappes sont difficiles à restituer mais ces légendes monétaires constituent les premières traces explicites qui nous soient parvenues d’une “conscience civique”. La toponymie et l’archéologie permettent de reconnaître des noms et des sanctuaires de frontières, qui nous autorisent à restituer une certaine stabilité dans les divisions territoriales73 ; dans le même temps, la Guerre des Gaules témoigne encore de la mobilité des groupes celtiques à La Tène finale et de l’autonomie relative de certains d’entre eux par rapport à leur civitas (par ex. les Rauraques et les Séquanes, ou les Tigurins et les Helvètes). C’est pourquoi il n’est pas anodin que les premières mentions de cités gauloises sur les monnaies n’apparaissent qu’après la conquête et la réduction de la Gaule en province. À partir de ce moment (à vrai dire, dès la migration avortée des Helvètes), Rome devient l’arbitre des conflits territoriaux et des migrations, ce qui entraîne nécessairement une stabilisation des frontières. Par ailleurs, si on accepte que les cités constituent l’unité fiscale de base pour la collecte du stipendium et des autres impôts, ainsi que pour la levée des troupes auxiliaires (voir infra), on comprend qu’elles acquièrent une réalité nouvelle pour les indigènes et la mention de l’origo devient également une manière de se positionner par rapport à Rome.

    32En définitive, la situation à La Tène D2b est à bien des égards similaire à celle qui prévalait auparavant. On ne note pas de bouleversement dans la circulation du numéraire. Plutôt qu’un brassage général dans la circulation, on constate au contraire un certain recentrage sur l’échelon local, qui va contre l’idée d’une dissolution des structures indigènes. Quelques rares émissions peuvent éventuellement être qualifiées de civiques. La présence significative de monnaies gauloises exogènes et/ou de monnaies romaines reste limitée à quelques sites précis et doit probablement être attribuée au stationnement de troupes liées à l’armée romaine, légionnaires ou auxiliaires. En effet, tout laisse à penser que, jusqu’à l’organisation augustéenne des nouveaux territoires, la présence militaire joua un rôle structurant dans la nouvelle province.

    L’administration de la nouvelle province

    33Les sources n’ont pas laissé la trace d’une organisation provinciale immédiatement postérieure à la guerre des Gaules. Le déclenchement de la guerre civile n’y est certainement pas étranger74. On ne connaît pas de proconsul de Comata pendant quatre ans, entre César et Hirtius (à l’exception du successeur désigné de César en 49, L. Domitius Ahenobarbus, qui ne prit jamais son poste)75. L’attention pour les Gaules n’en fut pas moins constante, en raison notamment de la réserve de soldats auxiliaires qu’elles constituaient et qui fut largement employée par les différents imperatores. Jusqu’à la réorganisation formelle de l’époque augustéenne, Rome exploita donc ces nouveaux territoires de manière plus souple, en laissant vraisemblablement une large autonomie aux communautés locales, comme il était habituel pendant la République76.

    Les contributions des provinciaux

    34La fiscalité dans les provinces à l’époque républicaine est un sujet central mais pour lequel les différences entre territoires sont énormes77. Sur la situation en Gaule entre la conquête césarienne et le premier cens augustéen78, on dispose pour ainsi dire d’une mention unique : Suétone nous apprend que César demanda à la Gaule un tribut annuel de 40 millions de sesterces79. Tout ce qu’on peut écrire sur le sujet reste donc très largement hypothétique et son appréciation dépend entièrement de la vraisemblance qu’on accordera ou pas à la reconstruction proposée. Le mot employé par Suétone est stipendium, terme normal pour désigner le tribut ou l’indemnité demandé au vaincu à l’issue d’un conflit80. Néanmoins, le caractère apparemment permanent de la mesure est une réalité que stipendium n’exprime pas dans les sources républicaines mais seulement dans les sources impériales, ce qui interdit un commentaire trop détaillé81. Les sources dont on dispose pour le reste de l’empire montrent que les communautés locales récoltaient la somme due pour le tribut et que Rome la récupérait auprès d’elles ; il est donc vraisemblable qu’il en était de même en Gaule à La Tène D2b. Si on songe à Dumnorix, il n’est pas impossible que le paiement du stipendium ait été confié à des aristocrates ; en l’absence de personnel romain spécialisé, on peut supposer que les modalités pratiques étaient laissées à chacune des cités concernées.

    35Aussi cruciale que soit la question des moyens de paiement, il est encore plus difficile d’avoir des certitudes et rien ne permet de dire si l’établissement de ces nouvelles taxes a entraîné une hausse du taux de monétarisation. Des paiements en espèces sont vraisemblablement attestés sous Auguste82. La situation antérieure pose un certain nombre de questions. Les monnaies romaines semblent avoir été peu répandues en Gaule à cette époque ; en cas de paiement en numéraire, on a donc probablement eu recours à des monnaies gauloises – ce qui ne devait pas constituer de problème, en particulier si l’alliage était de bonne qualité83. Mais rien n’indique que le paiement en pièces de monnaies ait été la norme84 et il nous semble difficile de le déduire du fait que Suétone exprime le stipendium en sesterces. On pourrait en effet très bien imaginer un mécanisme inverse à celui de l’aestimatio décrit par Cicéron en Sicile85 : dans ce dernier cas, au lieu de livrer du blé réquisitionné, les communautés concernées versaient une somme d’argent jugée équivalente, sur la base d’une estimation forfaitaire. Bien que nous n’en connaissions pas d’attestation, rien n’empêchait de percevoir en nature une somme exprimée en termes monétaires, toujours sur la base d’estimations. On sait que sous Auguste, Drusus imposa un tribut en nature aux Frisons qui devaient fournir des peaux tannées86. Faut-il vraiment y voir un cas exceptionnel ? Recevoir des taxes en nature n’était pas forcément un inconvénient, notamment pour les fournitures à l’armée (à qui les Frisons livraient leurs peaux directement).

    36En effet, le stipendium n’était qu’une des contributions demandées aux communautés locales. Rome pouvait exiger d’elles, de façon extraordinaire ou ordinaire, beaucoup d’autres services (par ex. loger le gouverneur avec sa troupe87) ou biens (le plus recherché étant le frumentum)88. L’entretien des troupes légionnaires stationnées en Gaule fut à n’en pas douter une lourde charge89. Mais dans le contexte des guerres civiles, la fourniture de troupes auxiliaires représentait certainement une contribution majeure. Il s’agissait, sous la République, d’une pratique normale envers les peuples soumis à Rome, qu’il s’agisse des socii italiens ou des externae nationes dont les troupes recevaient l’appellation d’auxilia externa (puis simplement d’auxilia après la guerre sociale)90. Tant les premiers que les secondes devaient en outre prendre en charge l’entretien complet de leurs troupes, y compris la solde91. Ces mobilisations étaient toujours temporaires, au gré des besoins romains : la Guerre des Gaules et le corpus cicéronien nous en font connaître de nombreux exemples92. Qui était concerné ? Après la conquête césarienne, virtuellement toutes les communautés gauloises. Toutefois, comme l’a montré R. Wolters, on ne connaît pas de livraisons de troupes de la part des peuples fédérés93. Mais ces derniers étaient peu nombreux. Le fameux passage de César dans la Guerre civile, qui décrit le paiement d’une unité allobroge sur des fonds romains, ne suppose pas que ce fût alors la seule procédure en vigueur94. Au contraire, ce n’est qu’à partir d’Auguste que semble créé le système d’unités auxiliaires professionnelles et permanentes. Encore souffre-t-il de nombreuses exceptions au moins jusqu’au milieu du ier s. p.C. Les principales sont d’ailleurs situées dans le domaine gaulois et germanique. Ainsi, Tacite (Ger., 28.5) nous dit des Ubiens qu’ils ont, “ayant jadis passé le fleuve […], après essai de leur fidélité, été installés sur la rive même du Rhin, pour la défendre, non pour y être surveillés.” On situe l’épisode dans la seconde moitié du ier s. a.C. et on l’attribue généralement à un des deux séjours d’Agrippa en Gaule. Le même auteur (ibid., 29.2) nous rapporte le cas célèbre des Bataves et des Mattiaques, qui “conservent l’honneur et le privilège d’une antique alliance : ils ne subissent pas la honte des tributs et le publicain ne les pressure pas ; exempts de charges et de contributions et réservés seulement pour servir aux combats, comme des traits et des boucliers, on les garde en vue des guerres95.” Plusieurs chercheurs font précisément remonter “l’antique alliance” des Bataves à l’époque césarienne96. Que ces cas aient été dignes de mention pour Tacite, à un moment où les troupes auxiliaires étaient devenues définitivement professionnelles, n’implique pas qu’ils aient été étranges près d’un siècle et demi plus tôt. Ils ne faisaient que remplacer une des contributions attendues (le tributum) par l’extension d’une autre contribution, rendue permanente : la fourniture de troupes auxiliaires que les communautés continuaient sans aucun doute à entretenir (ce qui justifiait aussi l’absence de tributum). La plupart des cités voyaient peser sur elles à la fois le tributum, fixe et annuel, et la fourniture et l’entretien de troupes, certes temporaires, mais utilisées de manière récurrente par les généraux romains à partir de la guerre des Gaules.

    Le poids des élites

    37Les sources disponibles sur l’organisation politique des cités gauloises entre la guerre des Gaules et la réorganisation augustéenne sont quasiment inexistantes97. R. Wolters propose pour ces territoires une organisation proche de celles des “États-clients”98. Néanmoins, il ne s’agit pas des “royaumes amis et alliés99” tels qu’on les connaît ailleurs : la Gaule était bien une province, dirigée par un proconsul et soumise à un tribut100. Mais en l’absence d’une administration provinciale attestée, on peut supposer à bon droit que, pendant une trentaine d’années, la Gaule continua à être administrée essentiellement à travers les procédures indigènes et les aristocraties locales. La documentation disponible laisse en effet penser que le pouvoir de ces derniers resta important après la conquête.

    Des prérogatives intactes

    38Selon toute probabilité, la mobilisation des troupes auxiliaires s’effectuait à travers les aristocrates. Deux passages de César attestent l’importance des relations personnelles. En 54, au moment de passer en Bretagne, il rassemble “la cavalerie de toute la Gaule […] forte de quatre mille chevaux, avec les chefs de toutes les nations”, mais il ajoute immédiatement “[qu’il] avait résolu de n’en laisser en Gaule qu’un petit nombre, ceux dont il était sûr, et d’emmener les autres comme otages, parce qu’il craignait un soulèvement de la Gaule en son absence” ; en 49, il recrute “3000 cavaliers […] provenant de la Gaule […] : tout ce qu’il y avait de plus brave dans toutes les cités avait été recruté individuellement”101. Suite aux propositions de C. Goudineau, on accepte maintenant que dans le second passage, “individuellement/nominatim” implique que César a recruté nominalement ces troupes, c’est-à-dire qu’il avait tissé des liens avec la majeure partie de l’aristocratie gauloise, qu’il connaissait personnellement102. Dans ces conditions, on peut supposer qu’il prend soin, lorsqu’il recrute 3000 cavaliers pour combattre les pompéiens en Hispanie, de laisser en Gaule ses plus fidèles soutiens et de s’adjoindre ceux dont l’attachement paraissait moins fort. On peut citer en outre deux lettres de L. Munatius Plancus, qui laissent apparaître en 43 a.C. l’implication des nobles gaulois dans les opérations : en mars, il écrit au Sénat qu’il a avec lui “une province on ne peut mieux disposée par l’accord unanime de toutes les cités, qui rivalisent de bons offices avec acharnement, des forces de cavalerie et de troupes auxiliaires aussi importantes que ces populations sont capables d’en mettre sur pied pour la défense de leur propre salut et de leur propre liberté103” ; en mai, il dit dans sa lettre à Cicéron qu’il ne peut rencontrer l’ennemi avec “une armée profondément loyale, des troupes auxiliaires très nombreuses, les premiers personnages de la Gaule, la province toute entière104.” Le premier passage montre que la procédure de recrutement est la même que durant la conquête, le second indique que les élites gauloises participent aux opérations, probablement à la tête des différents contingents105. Le commandement de troupes indigènes par les élites locales doit être vu comme une pratique normale106. D’une part, la fourniture de troupes militaires était une clause habituelle des traités entre Rome et les peuples conquis et les troupes d’un peuple donné étaient menées par des officiers issus du même peuple. D’autre part, le commandement militaire semble avoir été un des attributs du pouvoir en Gaule et il aurait été difficile d’en priver les élites sans saper leur autorité107. Durant la guerre des Gaules, on note d’ailleurs plusieurs cas de grande autonomie militaire chez les auxiliaires de César, une situation qui concerne principalement les troupes éduennes. Ainsi, en 57 a.C., lors de la campagne contre les Bellovaques, César confie à Diviciacos et aux troupes éduennes le soin de prendre l’ennemi à revers108. Selon toute vraisemblance, Diviciacos s’occupe seul du commandement des troupes, sans être assisté d’un officier romain109. Une fois la bataille de l’Aisne gagnée et la mission terminée, il revient auprès de César après avoir renvoyé lui-même ses troupes en pays éduen110. Déjà, l’année précédente, Diviciacos avait été chargé d’établir l’itinéraire pour aller de Besançon jusqu’à Arioviste111. Ceci signifie, nous semble-t-il, qu’il faisait partie du cercle des proches de César ; sans être nécessairement associé aux décisions, il en était en tout cas informé rapidement. Après s’en être servi comme ambassadeur en Bretagne, César fit également suffisamment confiance à l’Atrébate Commios pour le laisser garder le territoire des Ménapes à la tête de cavaliers112. À la fin du conflit, au moment de la grande révolte de 52, on trouve un nouvel exemple de troupes éduennes agissant seules. À la demande des Bituriges Cubes, encore fidèles à Rome et attaqués par les Rutènes rebelles, les Éduens leur envoient un contingent qui reviendra finalement sans avoir rempli sa mission, précipitant les Bituriges dans le camp adverse113. César note à cette occasion que les Éduens agissent “sur l’avis des légats que César avait laissé à l’armée”114. Ceci semble indiquer que malgré l’absence de légions sur le territoire éduen à l’hiver 53/52, le général romain y avait laissé des officiers – à moins qu’il ne s’agisse des légats stationnés chez les Lingons et Sénons voisins115. Quoi qu’il en soit, et bien qu’à leur retour elles semblent rendre compte de la mission aux légats, les troupes éduennes envoyées aux Bituriges ne sont accompagnées d’aucun officier ou soldat romain, ce qui explique le doute qui plane sur les raisons réelles de leur conduite116. Dans les deux cas cités, les Éduens agissent seuls, sans contrôle direct d’officiers romains. Un dernier épisode, toujours en 52, témoigne d’une certaine autonomie militaire chez les Helviens et les Allobroges. Bien qu’on se trouve ici sur le territoire de la Provincia, il faut rappeler que la dernière révolte des Helviens date de la fin des années 80 a.C.117 et que les Allobroges se sont rebellés dix ans seulement avant Alésia118. Pourtant, les Helviens se battent “spontanément” contre les Arvernes et les Gabales119, tandis que les Allobroges “organisent avec soin et diligence la défense de leurs frontières120” ; dans les deux cas, César met l’accent sur l’initiative des peuples locaux et les vingt-deux cohortes de Transalpins commandées par L. César ne semblent pas intervenir directement. La situation de crise explique peut-être l’absence de militaires romains. Il est toutefois clair que certains peuples gardaient une autonomie militaire importante ; il s’agissait, à n’en pas douter, de “ceux dont [César] était sûr121.”

    39Autre attribut du pouvoir, la frappe monétaire semble également avoir été du ressort des aristocrates gaulois même après la conquête (supra). Si on accepte par ailleurs l’idée que ces mêmes personnes payaient la solde des troupes sous leurs ordres, on conçoit à quel point il était vital pour Rome de s’assurer l’appui de l’aristocratie indigène et de la contrôler : un réseau étendu de personnages fidèles était la meilleure garantie d’une stabilité politique et militaire et, peut-être, l’occasion de minimiser les coûts de la conquête, en faisant reposer l’entretien des troupes directement sur les vaincus. Enfin, comme nous l’avons vu, l’implication des élites dans le paiement de l’impôt est très vraisemblable, celui-ci étant récolté par l’intermédiaire des cités. Mais ceci n’empêchait probablement pas la perception “d’impôts locaux” à leur propre profit. En somme, la documentation disponible montre qu’après la défaite, l’aristocratie gauloise n’avait perdu que peu de ses prérogatives ; si l’on excepte la “politique extérieure” de leur cité, elle continuait à gérer les autres domaines de la vie publique. La hiérarchie de l’habitat et les pratiques funéraires montrent un pouvoir renouvelé, voire consolidé par l’appui de Rome : qu’on pense aux riches tombes trévires ou aux demeures aristocratiques de Bibracte. La principale différence avec les décennies précédentes tient dans un degré d’intégration beaucoup plus grand au monde romain.

    Une aristocratie intégrée

    40Les Iulii que nous ont conservés les sources littéraires, épigraphiques et numismatiques devaient former le cœur de cette aristocratie appuyée par Rome122. Quatre concentrations principales apparaissent, chez les Éduens, les Trévires, les Helvètes et les Santons ; un Iulius est également attesté pour les Bituriges Vivisques, les Lingons, les Rèmes, les Pictons et peut-être les Séquanes (fig. 32). Or, si l’on suit les indications de Pline l’Ancien (Nat., 4.106-109), tous ces peuples sont libres ou alliés, à l’exception des Pictons et des Séquanes. Dans ces deux derniers cas, attestés par la numismatique, il s’agit très certainement d’attribution viritane de la citoyenneté romaine à des alliés de la guerre des Gaules : Duratios chez les Pictons (mentionné en Caes., Gal., 8.26.1-2 et 8.27.1) et Togirix pour les Séquanes. Pour ce dernier, on connaît d’importantes frappes monétaires contemporaines de la conquête à son nom, sans mention de tria nomina, auxquelles font suite des émissions plus modestes à légende Q. IVLIVS TOGIRI123. Par ailleurs, en s’appuyant sur une relecture des sources et sur les nouvelles découvertes archéologiques, A. Hostein a récemment avancé l’hypothèse que le nombre important des Iulii éduens serait le signe de l’octroi du droit latin à la civitas Haeduorum, qu’il faudrait situer entre La Tène D2b et l’époque augustéenne124. Bien que cette dernière hypothèse soit à prendre avec beaucoup de prudence, on peut considérer que Rome avait à sa disposition un vivier relativement important, qui pouvait être augmenté et renouvelé à tout moment par l’attribution viritane, d’aristocrates fidèles à sa cause – qui était aussi devenue la leur lorsqu’ils avaient acquis la citoyenneté, et celle de leur cité tout entière, exemptée de tribut.

    Fig. 32. Localisation des Iulii attestés en Gaule avant l’époque flavienne (documentation littéraire, épigraphique et numismatique) (fond de carte d’après Fichtl 2004, 10).

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    41Mais il serait faux de penser que par la seule vertu de sa conquête, Jules César s’était automatiquement attaché l’ensemble de la Gaule, dans une relation de patron à clients. Cette vue, qui doit beaucoup à l’œuvre d’E. Badian, a été remise en cause par des travaux récents125. Les exemples de P. Crassus partant combattre les Parthes en 53 avec 1000 Gaulois, et des Gaulois attachés à Labienus par des liens de fidélité, montrent que la situation était bien plus complexe126. Dans le chapitre précédent, nous avons présenté les arguments en faveur de contacts entre Rome et certains peuples gaulois plus anciens qu’on ne le croit généralement, attestés en particulier par le choix de prototypes romains précis pour des émissions gauloises127. À La Tène D2b, on observe une grande diversification des prototypes retenus, dont certains sont parfois copiés avec minutie.

    42L’exemple le plus étudié jusqu’à présent est celui des émissions au nom d’Arda (Scheers, 30a) localisées chez les Trévires128. De manière indépendante, J. Metzler et B. Woytek ont récemment synthétisé l’ensemble des données, en proposant des scénarios différents, bien que tous les deux s’accordent pour dire que les prototypes choisis reflètent les choix politiques d’Arda durant la guerre civile. Toutefois, selon J. Metzler, les prototypes des premières émissions sont clairement liés au camp pompéien (Juba I, M. Terentius Varro), mais à partir de la troisième émission de bronze, on passe à des prototypes césariens (L. Roscius Fabatus dans un premier temps, qui fut légat en Gaule en 54129, puis César lui-même pour la classe V des bronzes130), avant que les émissions au nom d’Arda ne cesse, pour être remplacées par des copies exactes du denier césarien à l’éléphant (RRC, 443/1) portant les noms d’Hirtius et de Carrinas (Scheers, 162/I et II). Ces émissions, qu’on date généralement vers 45 a.C. (les émissions de Carrinas sont peut-être plus tardives), marqueraient un changement politique important à la tête des Trévires, Arda étant évincé pour ses choix malheureux. Mais B. Woytek a montré que la classe V des bronzes Arda copiait plutôt le droit d’un denier du césaricide Cassius, daté de 42 a.C.131, renforçant la tonalité anti-césarienne de toute la série. Selon lui, il faudrait placer d’abord les frappes au nom d’Hirtius (Scheers, 162/I), aux alentours de 45/44, qui seraient suivies par l’ensemble des frappes au nom d’Arda (Scheers, 30a), marquant l’arrivée à la tête des Trévires d’un chef anti-césarien ; les pièces au nom de Carrinas (Scheers, 162/II) clôtureraient les frappes trévires, avec un retour dans le “giron” césarien. Bien que ces reconstructions restent hypothétiques, elles nous semblent tout à fait vraisemblables ; la solution de B. Woytek a l’avantage de renforcer la cohérence de la série et c’est cette dernière que nous suivrions plus volontiers.

    43Dans les lignes qui suivent, nous développerons quatre autres cas similaires, particulièrement significatifs pour notre propos. Le premier est en dehors de la zone d’étude mais nous semble digne d’être mentionné (fig. 33) ; il s’agit du denier frappé par Q. Cassius Longinus (70)132 en 55 a.C., portant au droit la tête du Genius populi Romani et au revers un aigle sur un foudre (RRC, 428/3). Les deux faces ont été copiées par deux émissions gauloises : le bronze à légende TASGETIOS (LT, 6306) reprend le droit, tandis que le bronze à légende CATAL (LT, 6329) copie le revers. L’iconographie est particulièrement signifiante et son adoption par les Gaulois est un manifeste proromain clair. Il faut noter que les types sont tous les deux originaires sur Centre-Ouest (traditionnellement attribuées aux Carnutes133) et qu’il s’agit des seules monnaies gauloises connues ayant choisi ce denier comme prototype.

    Fig. 33. Localisation des émissions imitées du denier RRC, 428/3.

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    44Q. Cassius Longinus (70), le frère ou le cousin du Caius (59) meurtrier de César, prit parti pour ce dernier dès 49, alors qu’il était tribun de la plèbe avec Marc Antoine. César lui confia ensuite le gouvernement de l’Hispanie ultérieure où il périt en 47. Ni Quintus (70), ni Caius (59) ou son frère Lucius (65) ne sont connus comme légats de César en Gaule, dont la liste est très incomplète ; la chronologie de leur carrière laisse la possibilité ouverte. Quoi qu’il en soit, la famille avait des liens avec la Transalpine : L. Cassius Longinus (62), consul en 107, périt la même année contre les Tigurins, peut-être près de Genève et un homonyme (63) servit d’intermédiaire entre Catilina et les Allobroges en 63. Les Cassii Longini, à la fin du iie et au ier s. a.C., sont une famille relativement puissante, qui compte plusieurs consuls et pas moins de cinq magistrats monétaires. Il n’est donc pas exclu qu’au cours d’un séjour en Gaule d’un Cassius Longinus ou d’un noble du Centre-Ouest à Rome, se soient développés des relations d’hospitalité et d’amitié, que reflèterait le choix du prototype. La sélection de cette émission particulière parmi les différentes frappes des Longini peut être attribuée soit à son iconographie, soit à l’implication personnelle de Quintus (70) dans les relations avec les nobles gaulois.

    45Le deuxième exemple concerne une gens encore plus prestigieuse, la famille des Calpurnii Pisones, qui livra un très grand nombre de consuls à la fin de la République et jusqu’au Haut-Empire (fig. 34). Malgré cela, on ne connaît que trois magistrats monétaires, L. Calpurnius Piso Frugi (98)134, monétaire en 90 (RRC, 340/1), son fils Caius (93), monétaire en 67 (RRC, 408/1) et un Cn. Piso (95), issu d’une autre branche et qui frappe en tant que proquesteur de Pompée en 49 a.C. (RRC, 446/1). Seules les deux premières émissions nous concernent ici. Les Pisones Frugi frappent le même type monétaire, qui rappelle qu’un ancêtre fut le premier à rendre les ludi Apollinares permanents en 211 a.C. : le droit porte une tête d’Apollon “aux cheveux calamistrés” et le revers un cavalier au galop. Les variantes et marques de contrôle sont nombreuses. On considère généralement que le droit a servi de prototype à de nombreuses émissions gauloises, bien qu’il soit le plus souvent difficile d’affirmer que ce sont bien les émissions des Pisones qui furent copiées ; on trouve en effet des droits proches sur d’autres frappes romaines et le droit du bronze LT, 6370 a plutôt été copié du denier RRC, 352/1135. Sur certaines monnaies gauloises, la tête du droit porte une coiffe (bonnet ou casque), qui ne se retrouve sur aucune monnaie romaine. Dans un cas (denier LT, 7050-7055), l’émetteur gaulois a copié fidèlement un exemplaire du denier RRC, 408/1b ; le cas du bronze LT, 6295 est moins certain mais la feuille de vigne située derrière la tête apparaît comme marque de contrôle sur certains deniers RRC, 408/1a. Par ailleurs, des émissions portant Apollon “aux cheveux calamistrés” au droit, les émissions des Pisones sont les mieux attestées en Gaule, de façon logique si on considère les volumes d’émissions, particulièrement importants pour les deniers RRC, 340/1 (864 coins de droit répertoriés par M. Crawford)136. Les deux émissions sont représentées à Alésia, contrairement aux autres types137. Il peut donc paraître vraisemblable que les deniers des Pisones aient servi de prototypes à la majorité des émissions “à cheveux calamistrés”138.

    Fig. 34. Localisation des émissions “aux cheveux calamistrés”.

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    46En Gaule, ce type de buste semble apparaître à la transition entre La Tène D2a et La Tène D2b en Picardie, sur les bronzes Scheers, 59, et dans le Centre-Ouest sur les bronzes à légende CAMBIL (LT, 6370), deux types présents à Alésia (fig. 34, n° 1 et 6). Les autres monnaies apparaissent à La Tène D2b, à partir des années 40 a.C. pour les bronzes PIXTILOS et SVTICOS, le potin TVRONOS/CANTORIX et le bronze LIXIOVIATI étant peut-être légèrement plus tardifs (fig. 34, n° 3 à 5 et 8). La zone d’émission de huit des dix types “aux cheveux calamistrés” est localisée et on remarque une concentration remarquable entre le Belgium et le Centre-Ouest. Le denier à légende BIIINOC (fig. 34, n° 10) n’est pas localisé plus précisément qu’en Gaule chevelue (Centre-Ouest, Centre ou Centre-Est) et la monnaie LT, 10381 (fig. 34, n° 9) n’est connue que par un exemplaire trouvé à Jersey. Seul le potin LT, 7011 (fig. 34, n° 8) provient du Centre-Est ; on notera qu’il se distingue des autres frappes par une tête à gauche (comme sur le denier à légende BIIINOC).

    47Comme dans le cas précédent, une telle concentration géographique pourrait s’expliquer par le rôle particulier de Calpurnii Pisones dans ce secteur. Pas plus que pour les Cassi Longini, on ne connaît de légats césariens issus de cette famille, mais les liens de cette dernière avec la Gaule étaient réels : L. Piso Caesoninus (88) mourut en 107 contre les Tigurins en même temps que le consul L. Cassius Longinus, comme le rappelle César au début de la Guerre des Gaules ; C. Piso (63) fut proconsul de Cisalpine et de Transalpine en 66/65 a.C. et combattit les Allobroges. Bien que L. Piso Caesoninus (90) ait été le beau-père de César, les Calpurnii prirent plutôt le parti des optimates et de Pompée pendant la guerre civile mais continuèrent à tenir leur rang sous le Haut-Empire. En tant que gens de première importance, il est tout à fait possible qu’elle ait pris part aux contacts diplomatiques, voire à l’administration et à l’exploitation de la nouvelle province.

    48L’intérêt des deux derniers exemples développés ci-dessous tient à l’identité des émetteurs. Contrairement aux exemples précédents, ils appartiennent en effet à des familles tout à fait mineures voire inconnues, qui ne jouèrent jamais de rôle politique important. Le denier RRC, 361/1, qui porte le nom de P. Crepusius, est une des deux seules mentions de cette gens, avec une épitaphe romaine datée du ier s. p.C.139 Le revers de la monnaie a pourtant été imité très largement dans l’Occident romain, par Juba II en Maurétanie, par Tincomarus en Bretagne, probablement dans le Norique et en Gaule sur la classe II des deniers à légende ARDA (Scheers, 30a). Pour J. Creighton, cette dispersion témoigne des liens tressés entre les différentes aristocraties méditerranéennes à partir de l’époque augustéenne, notamment à travers des séjours à Rome en tant qu’étudiant ou otage. L’iconographie du revers (un cavalier brandissant une lance) s’inscrit également dans les thèmes de la propagande d’Octave/Auguste140. Mais il faut noter, d’une part que les émissions d’Arda sont apparemment antérieures à la mort de César, d’autre part que le droit du même denier a été vraisemblablement été copié sur deux émissions de l’Ouest de la Gaule : les deniers à légende CAMBOTRE (LT, 4131), qui reprennent la disposition de la chevelure141, et un bronze tardif du Centre-Ouest (LT, 6385) qui a copié le sceptre placé derrière la tête (nous reviendrons plus loin sur ce bronze LT, 6385). On ne peut donc exclure qu’un membre de la gens Crepusia, par ailleurs totalement absente des sources conservées, ait joué un rôle, même mineur, dans les dernières années de la République.

    49Pour terminer, nous nous attarderons plus longuement sur le cas des Plaetorii, un peu mieux documenté (fig. 35 et 36). La gens Plaetoria est une famille aristocratique plébéienne d’importance limitée, dont on connaît une vingtaine de membres, essentiellement aux iie et ier s. a.C., avant qu’elle ne disparaisse complètement des sources142. La confusion, fréquente dans les manuscrits, entre Plaetorius et Laetorius, complique les tentatives de reconstitution de l’histoire familiale143. Cette confusion touche le membre le plus ancien de la gens, un M. Plaetorius (ou Laetorius ?) (8), centurion primipile de 495 mentionné par Valère Maxime144. La famille semble originaire de Tusculum, comme l’attestent deux inscriptions145. Les premières attestations certaines dans la vie politique romaine datent du premier quart du iie s., avec un ambassadeur, C. Plaetorius (4), et trois tribuns de la plèbe dont deux hypothétiques146. Le premier sénateur, L. Plaetorius L. f. (6), est connu en 129 a.C. À partir des prénoms, on peut proposer l’existence d’au moins deux branches durant les deux derniers siècles de la République, résumé dans le stemma présenté à la fig. 35147.

    Fig. 35. Stemma de la gens Plaetoria.

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    Fig. 36. Localisation des émissions imitées de deniers de la gens Plaetoria.

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    50À l’ambassadeur en Illyrie C. Plaetorius (4) est peut-être apparenté un questeur du même nom (5), attaché à Cn. Domitius Calvinus, gouverneur césarien d’Asie en 47 a.C.148 La branche la mieux connue utilise deux prénoms, Marcus et Lucius, ce qui incite à les relier à l’édile de Tusculum mentionné plus haut. L’existence d’un M. Plaetorius M. l. Flaccus (17) à Délos en 74 a.C., tout autant que les différentes charges politiques exercées, atteste vraisemblablement d’une plus grande importance pour cette branche. Par ailleurs, au moins deux de ses membres portent le cognomen Cestianus, qui documente certainement l’adoption d’un Cestius dans la gens Plaetoria149 et qui conditionne surtout le stemma que l’on peut proposer150. En effet, M. Plaetorius Cestianus (16) et L. Plaetorius Cestianus (14) portent le même cognomen mais ne sont pas frères151. L’adoption remonte donc à deux générations au moins. Le cognomen pourrait avoir été porté par L. Plaetorius (6) et a nécessairement été porté par M. Plaetorius (11) si on accepte le stemma proposé. Enfin, un Plaetorius Rustianus ou Ruscianus (19), probablement de rang sénatorial, est attesté dans les rangs pompéiens ; il périt en mer en 46 a.C. avec Scipion Nasica152. L’absence de prénom interdit de le rattacher à une branche particulière.

    51M. Plaetorius Cestianus (16) est le personnage le mieux documenté de la gens. Il attint la préture, peut-être en 64 a.C., devint gouverneur de Macédoine en 63 et servit peut-être en Cilicie en 55 sous P. Cornelius Lentulus Spinther. Il est responsable de deux émissions monétaires dans les années 60 a.C. : la première en 69, la seconde en 67 en tant qu’édile curule153. D’après les comptages de coins effectués par M. Crawford, ces émissions sont relativement importantes : 104 coins de droit pour la première, 107 pour la seconde (toutes variétés comprises). Quelques années plus tôt, en 74, son cousin L. Plaetorius Cestianus (14) avait eu la charge d’une petite émission de deniers pendant sa questure : 13 coins de droit seulement pour les deux variétés154. Si l’on excepte une émission monétaire de Brutus en 43/42 a.C. nommant L. Plaetorius Cestianus (15), possible fils du précédent, il s’agit des seules attestations numismatiques de la gens Plaetoria.

    52De manière étonnante, plusieurs de ces types ont servi très clairement de prototypes à trois, peut-être quatre, séries de monnaies gauloises, datables de La Tène D2. Il s’agit des deniers RRC, 396/1, 405/3-4 et 409/1. On compte respectivement 13, 23 et 58 coins de droit, ce qui en fait des émissions petites à moyennes. Les attestations en contexte archéologique dans la zone d’étude sont d’ailleurs peu nombreuses : nous avons relevé un seul denier RRC, 405/3b à Haltern155 et six RRC, 409/1 (un à Alésia dans la plaine de Grésigny, deux à Haltern et trois à Kalkriese)156. Avec les dépôts sans contexte archéologique précis, on peut ajouter un RRC, 409/1 au Mont-Souvance (terminus post quem numismatique de 19/18 a.C.), un RRC, 405/3 à Onna (terminus sous Tibère) et deux RRC, 409/1 à Meussia (terminus sous Caligula)157. Seul l’exemplaire d’Alésia est donc contemporain des émissions gauloises. Dans les dépôts trouvés hors de la zone d’étude et dont le terminus post quem peut être placé entre 78 et 49 a.C., les émissions des Plaetorii sont toujours marginales158. L’émission RRC, 396 ne constitue jamais plus de 0,5 % du dépôt et seule l’émission la plus importante, RRC, 409, dépasse plusieurs fois les 1 %159.

    53Quatre séries gauloises sont concernées ; elles sont chronologiquement homogènes, contemporaines ou postérieures à la guerre des Gaules (fig. 36) :

    • Le bronze à légende ARTOS (LT, 6385) circule en territoire turon. D’après la synthèse récente de M. Troubady, il s’inscrit dans un ensemble de bronzes épigraphes très tardifs, qui ne seraient pas antérieurs à 30 a.C.160

    • L’émetteur du denier LT, 5072 a été identifié à Litaviccos, un des meneurs des rebelles éduens de 52. La chronologie des émissions et la répartition du type rendent l’identification très plausible.

    • On a également proposé d’identifier l’émetteur du denier LT, 3900 à un personnage de la guerre des Gaules, l’Arverne Epadnactos (ou Epasnactos), qui livra le Cadurque Luctérios à César en 51. Ce dernier le qualifie de “grand ami du peuple romain”161. Les contextes archéologiques montrent clairement que les monnaies LT, 3900 sont postérieures à la guerre des Gaules et prennent la suite d’autres émissions monétaires au nom du même personnage, à l’iconographie moins romanisée162.

    • Enfin, S. Scheers propose le droit du denier RRC, 396/1 comme prototype du bronze à légende TOGIANTOS/SODIVS, mais le rapprochement ne nous semble pas évident163 ; on trouve en effet d’autres têtes féminines similaires dans les émissions républicaines164. Les diverses émissions au nom de Togiantos posent problème et sont mal localisées, puisqu’on en trouve dans la Vienne comme en Bourgogne165. S. Scheers note la parenté entre le lion représenté au revers et celui d’autres émissions de l’Ouest de la France, où il faut peut-être situer l’émission166. On peut proposer une datation à La Tène D2, sans plus de précision.

    54Étant donnée la rareté de leurs émissions, le choix de monnaies des Plaetorii comme prototypes ne peut être dû au hasard et il faut nécessairement postuler un choix réfléchi et délibéré de la part des émetteurs gaulois, qui ont respecté de façon très fidèle les motifs copiés. Deux émetteurs peuvent être identifiés à des personnages connus et sont issus de la haute aristocratie indigène arverne et éduenne167. Or nous avons pour ces deux peuples la preuve de contacts suivis avec Rome depuis le iie s. a.C. Comme nous le proposions plus haut à propos d’émissions antérieures, on peut donc supposer des relations directes entre des membres de la gens Plaetoria d’une part et de diverses familles aristocratiques gauloises d’autre part, à l’occasion d’ambassades diplomatiques, voire comme otages à Rome pour les Arvernes168.

    55Cette implication des Plaetorii dans les affaires gauloises apparaît beaucoup moins incongrue si on veut bien se rappeler que M. Plaetorius Cestianus (16) fut l’accusateur de M. Fonteius dans le procès que les Gaulois lui intentèrent pour concussion. La délégation gauloise, qui était dirigée par l’Allobroge Indutiomaros et qui comportait au moins des Volques, des Voconces et des Allobroges169, dut se placer sous son patronage à cette occasion. Le procès marque-t-il le début de l’implication de la gens en Gaule ou bien s’insère-t-il dans des relations déjà bien établies170 ? Il est impossible de trancher, mais l’implantation des Plaetorii en Transalpine est confirmée par une inscription datée du troisième quart du ier s. a.C. provenant de Castelnau-Le Lez, sur le territoire de la civitas de Nîmes (c’est-à-dire des Volques Arécomiques), qui mentionne un Cn. Plaetorius Macrinus171. On peut supposer que ce personnage appartenait à une branche mineure de la gens Plaetoria, dominée à cette époque par les Plaetorii Cestiani172. Le fait qu’en Gaule chevelue, au moins deux aristocrates de haut rang revendiquent leurs liens avec cette famille à travers l’iconographie monétaire montrent que le réseau des Plaetorii s’étendait également à cette région.

    56Quelles étaient les opinions politiques de cette gens ? La branche principale a vraisemblablement penché du côté pompéien, bien que M. Plaetorius (11) semble avoir été marianiste. Dans une lettre de 55 a.C., Cicéron dit clairement de M. Plaetorius Cestianus (16), qualifié d’ami dans le Pro Fonteio, que c’est un proche de Pompée, ce que semble confirmer l’iconographie de ses frappes173. Bien que le nom réapparaisse par la suite dans la correspondance cicéronienne, les mentions sont trop sibyllines pour être réellement interprétées174. Si L. Plaetorius (14) n’est connu que par ses frappes monétaires, son fils L. Plaetorius Cestianus (15) est engagé aux côtés de Brutus en 42 a.C., tandis que Plaetorius Rustianus (19) combattait avec les pompéiens, comme nous l’avons noté plus haut. On connaît néanmoins un Plaetorius césarien, le C. Plaetorius (5) questeur en 47 a.C. en Asie, mais il appartient à une autre branche de la famille. Le lien des Plaetorii avec le parti pompéien évoque la situation des frappes à légende ARDA, rappelée plus haut. Si Litaviccos disparaît dès 52 de la scène gauloise, on remarque que l’Arverne Epadnactos, qui s’était maintenu glorieusement, semble cesser assez rapidement ses frappes. Même cause, mêmes effets ?

    57Une telle interprétation suppose que les utilisateurs gaulois comprenaient le message véhiculé, un point que la documentation disponible ne permet pas d’aborder. Le problème a été discuté pour la période romaine et les chercheurs semblent s’accorder maintenant sur le fait que certaines émissions étaient destinées à un public particulier, avec un choix iconographique précis de la part des autorités émettrices – ce qui implique nécessairement que ces dernières supposaient (ou savaient) que le public ciblé comprenait le message175. Pour revenir à la Gaule césarienne, les émetteurs ne visaient vraisemblablement pas la totalité de la population mais plutôt la fraction grâce à laquelle ils maintenaient leur pouvoir : principalement les autres aristocrates et les soldats qu’ils commandaient. La majorité, sinon la totalité, devait être en contact avec les Romains à des degrés divers et ils étaient donc les plus à même de comprendre les références choisies pour les types monétaires. Pour le reste de la population, ce message devait rester inaccessible mais le seul fait d’avoir une iconographie fortement romaine plutôt qu’indigène était déjà un message en soi, qui confirmait l’implication des élites locales auprès du nouveau conquérant.

    58Le choix même de prototypes clairement identifiables et attribuables à une gens ou à un personnage particulier est une nouveauté par rapport à la période précédente. À La Tène D1 et D2a, c’est à Rome même qu’on fait référence sur les monnaies gauloises, en copiant son effigie, alors que c’est précisément à ce moment que l’iconographie des deniers romains se personnalise de manière irrémédiable176. On ne peut pas identifier de prototype précis, sauf dans le cas où un élément de la légende a également été copié, comme sur les premiers deniers KAΛETE∆OY SVLA ou les deniers Scheers, 56a ; mais on ne copiait pas le type iconographique, seulement le nom d’un personnage. À partir de La Tène D2b, la situation est inversée ; l’iconographie choisie est très particulière et permet l’identification précise du prototype, alors que les têtes casquées de Rome tendent à disparaître. De même, on arrête de copier les légendes, qui ne sont plus nécessaires puisque remplacées par les types monétaires. Dans de nombreux cas, on passe donc de la référence à Rome en tant qu’État à la référence à des Romains bien individualisés. Il est clair que la conquête césarienne a complètement changé la donne. Rome, qui était auparavant un État partenaire (malgré la dissymétrie des relations), une alliée ou une simple référence distante, est maintenant la puissance conquérante et occupante. À l’occasion des rencontres avec les administrés et, en particulier, avec les classes supérieures, devaient se développer des liens d’hospitalité entre Romains et indigènes. Nous avons toutes les raisons de penser que ce fut également le cas en Gaule et cela fournissait une occasion supplémentaire pour des contacts avec l’aristocratie locale, qui assumait une partie de l’encadrement militaire des auxiliaires employés par le gouverneur. Les légats et les amici du proconsul étaient nécessairement impliqués dans de telles opérations, durant lesquelles ont dû se nouer des liens ; il suffit de rappeler ici les exemples cités plus haut de P. Crassus et T. Labienus pendant la guerre des Gaules.

    59Des contacts ont également pu prendre place à Rome même. D. Braund, et à sa suite J. Creighton, ont montré combien la pratique d’envoyer les jeunes issus de famille royale était importante177. Ces voyages pouvaient être volontaires ou contraints, sous la forme d’envois d’otages, mais D. Braund rappelle que, sur place, la différence de traitement semble avoir été minime. On prenait grand soin de ces personnes, tout comme de certains prisonniers, en les logeant chez des familles nobles, en les éduquant ; certains traités demandaient à ce que les otages soient renouvelés régulièrement, ce qui montre l’importance que Rome attachait à cette exposition à sa culture178. Or le nombre d’otages demandé par César était très important et si certains étaient envoyés chez les Éduens, d’autres devaient arriver jusqu’à Rome179. Par ailleurs, Appien, à propos des Allobroges présents à Rome en 63 a.C., écrit qu’il était normal pour chaque communauté d’avoir un patron dans la Ville180. Suite à la conquête, on peut penser que les différentes communautés gauloises qui n’en avaient pas prirent les contacts nécessaires, par une ambassade à Rome ou auprès des Romains se trouvant en Gaule. Ces derniers ne faisaient pas nécessairement partie de l’entourage du gouverneur mais pouvaient également être des commerçants181.

    Une classe dirigeante unie ?

    60Les liens qui unissaient entre eux les aristocrates des différentes cités étaient importants. Le cas de l’Éduen Dumnorix, uni à une Helvète et qui maria les femmes de sa famille dans diverses cités de Gaule, montre que ces relations étaient bien établies avant la guerre des Gaules182. Mais le conflit a très certainement rebattu toutes les cartes, en éliminant des pans entiers des élites locales pour les remplacer par des pro-Romains. Commios, vraisemblablement d’origine atrébate, reçoit également la souveraineté sur les Morins voisins183. Des nobles de second rang pouvaient devenir les premiers de leur peuple184. Les réseaux d’amitié et d’influence, dans ces années, ont dû se recomposer sur des lignes nouvelles, qui pourraient aussi être reflétées dans les choix de types monétaires185. J. Creighton a déjà noté qu’en Gaule Belgique, le motif du lion se retrouve dans la moitié sud, alors que dans la moitié nord la représentation d’un cavalier est plus fréquente186. Cette constatation s’applique à d’autres types monétaires. Ainsi, à la fin de La Tène D2b, on note en Gaule Belgique quatre émissions de deniers portant au droit un buste de trois-quarts face, tête à gauche, portant un torque (fig. 37). Les deniers à légende CRICIRV (fig. 37, n° 1-2) proviennent du Soissonnais ; les autres émissions sont moins bien localisées mais les découvertes isolées des deniers ATEVLA/VLATOS (fig. 37, n° 3-4) proviennent majoritairement de l’est de la Gaule Belgique et du Centre-Est, tandis que celles à légende SENODON/CALEDV (fig. 37, n° 5) se retrouvent principalement dans l’ouest de la Belgique. Les types Scheers, 41 à 43 sont tellement proches qu’ils pourraient, selon S. Scheers, avoir été produits par le même atelier187.

    Fig. 37. Émissions de deniers liées par un droit similaire (Scheers, 27a, 41, 42, 43).

    Image 10000000000002DF000002DD891207A07611631E.jpg

    61Le quadrupède qui apparaît au revers des émissions ATEVLA/VLATOS (fig. 37, n° 3-4) est également un motif qu’on retrouve sur d’autres émissions188 (fig. 38). Son identification reste imprécise, bien qu’on ait proposé de l’interpréter comme un taureau ou comme une chèvre selon les types. La représentation est toujours la même, à l’arrêt, avec une forte cambrure, la tête rejetée en arrière, une longue queue et deux cornes ou oreilles recourbées vers l’avant189. Le bronze ARDA “au profil allongé” (fig. 38, n° 3) porte un animal en mouvement ; la forme des cornes/oreilles incite néanmoins à le rapprocher du quadrupède en question. Toutes les émissions concernées sont datées avec plus ou moins de certitude de La Tène D2b ; le bronze à légende ATESOS (fig. 38 n° 2) est un unicum daté par rapprochement avec les types Scheers, 147 et 149. La distribution du motif du quadrupède est plus dispersée, puisqu’on le trouve dans toute la Gaule Belgique, en Touraine et dans le Centre-Est. Toute interprétation reste fortement hypothétique mais on pourrait songer, dans ce cas précis, à des alliances matrimoniales entre familles de différentes cités (à la manière de Dumnorix), plutôt qu’à des alliances locales.

    Fig. 38. Émissions liées par un revers similaire (représentation de quadrupède).

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    62Les liens iconographiques peuvent être restreints à deux types seulement : on retrouve exactement le même cavalier au revers des bronzes ARDA “au cavalier” (Scheers, 30a/II) et ANDOBRV/GARMANOS (Scheers, 46/I), et le même taureau sur celui des bronzes ARDA “au taureau” (Scheers, 30a/V) et SVTICOS (Scheers, 164/I)190. Dans les deux cas, la similitude est frappante et les liens indéniables, même si on ne peut en préciser la nature.

    63Une lecture similaire est possible pour la carte de répartition des types “aux cheveux calamistrés” présentée plus haut (fig. 34) : la forte concentration géographique de ce type de portrait dans le Centre-Ouest et l’ouest de la Gaule Belgique pourrait témoigner d’alliances entre des aristocrates des différents peuples concernés. Cette interprétation n’est d’ailleurs pas incompatible avec l’hypothèse de liens privilégiés avec les Calpurnii Pisones. L’exemple analysé plus haut du denier de P. Crepusius, dont on retrouve l’iconographie du revers tant en Gaule et en Bretagne qu’en Numidie et dans le Norique, montre que des liens se tissaient entre les membres des diverses aristocraties au pouvoir dans les territoires contrôlés par Rome. Ce qui est vrai à l’échelle de l’Empire peut l’avoir été à un échelon régional. Il n’y aurait donc pas lieu de distinguer artificiellement les différents réseaux : les amitiés locales pouvaient influer sur les relations internationales et un rapport privilégié avec une gens romaine entraîner le rapprochement d’aristocrates gaulois. Les “services militaires” en tant qu’auxiliaires de l’armée romaine peuvent également avoir précipité les choses.

    Armée et circulation monétaire

    64Jusqu’à la conquête de la Germanie, les guerres et révoltes furent assez régulières en Gaule, bien qu’elles ne concernassent que des régions relativement périphériques (la future Lyonnaise étant totalement épargnée) (fig. 39). Même si ces conflits n’apparaissent jamais dans nos sources comme particulièrement dangereux ni déstabilisants, ils supposent néanmoins la présence d’une force armée suffisante, de plus nécessaire dans une province conquise récemment.

    Fig. 39. Tableau des conflits antérieurs à la conquête de la Germanie.

    Date (a.C.)

    Peuple

    Général romain

    46

    Bellovaques

    D. Iunius Brutus Albinus

    45/44

    ?

    A. Hirtius

    44/43

    Rhètes

    L. Munatius Plancus

    43

    Peuples alpins (probablement cisalpins)

    D. Iunius Brutus Albinus

    39/37

    Aquitains et région rhénane

    M. Vipsanius Agrippa

    37

    ?

    Auguste

    avant 30

    Morins et Suèves

    C. Carrinas

    29

    Trévires et Germains

    N. Nonius Gallus

    28

    Aquitains

    M. Valerius Messala

    25

    Germains

    ?

    19

    Germains

    M. Vipsanius Agrippa

    17

    Germains

    M. Lollius

    65On accepte maintenant l’idée que les troupes étaient cantonnées sur des sites indigènes préexistants et notamment les oppida191. En effet, les ouvrages militaires romains connus pour cette période sont peu nombreux. Mais il faut souligner que les fouilles de tels gisements sont trop rares et que les recherches récentes en ont révélé plusieurs (Arras/Actiparc, Mirebeau/La Fenotte, Hermeskeil, qui viennent s’ajouter au Petrisberg), bien datés par leur mobilier192 : il n’est donc pas exclu que notre vision de l’occupation militaire évolue rapidement dans les prochaines années. Sur les oppida, s’il est rare de trouver des structures explicitement militaires, comme au Titelberg193, la présence de soldats peut se lire dans le mobilier, qu’il s’agisse de marqueurs primaires tels que les militaria ou de marqueurs secondaires comme la céramique ou les monnaies194. Il faut cependant se garder d’interpréter tout site présentant une proportion plus importante de mobilier italique importé comme une garnison romaine195. Seule la conjonction des différents indices permet de proposer de façon crédible une telle hypothèse (fig. 40). Ainsi, à La Chaussée-Tirancourt, la présence de militaria romains et de céramique fine italique sur un site fortifié postérieur à la conquête, associée à un faciès numismatique très particulier, composé majoritairement de monnaies exogènes (en particulier massaliètes), permet de postuler avec raison le stationnement prolongé de troupes196. Mais on trouve aussi des sites indubitablement militaires comme le fortin d’Arras/Actiparc où le faciès monétaire est presqu’entièrement indigène, ainsi que des ensembles très riches en militaria mais avec un faciès numismatique purement local, comme au sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre197.

    Fig. 40. Structures et mobiliers présents sur les sites où une présence militaire est connue ou suspectée à La Tène D2b.

    Site

    Type de découverte

    Enceinte

    Militaria

    Céramique italique (amphores exclues)

    Monnaies républicaines

    Monnaies gauloises exogènes

    Monnaies
    massaliètes

    Bibracte

    Fouilles

    Oppidum/camp ?

    X

    X

    X

    X

    X

    Titelberg

    Fouilles

    Oppidum/camp

    X

    X

    X

    X

    X

    La Chaussée-Tirancourt

    Fouilles/prospections

    Oppidum

    X

    X

    X

    X

    X

    Pommiers

    Fouilles

    Oppidum

    X

     

    X

    X

    X

    Liercourt-Érondelle

    Prospections

    Oppidum/camp

     

     

    X

    X

    X

    Col des Étroits

    Fouilles/prospections

    ?

    X

    X

    X

    X

     

    Sermuz

    Fouilles/prospections

    Oppidum

    ?

    X

    X

    X

     

    Folleville

    Prospections

    Camp

     

     

    X

    X

     

    Hermeskeil

    Fouilles

    Camp

    X

     

    X

     

     

    Bois-l’Abbé

    Fouilles

     

     

     

    X

     

     

    Le Mont-Castel

    Fouilles/prospections

    Oppidum

    X

     

     

    X

     

    Mirebeau/La Fenotte

    Fouilles

    Camp

    X

    X

     

     

     

    Arras/Actiparc

    Fouilles

    Camp (?)

    X

    X

     

     

     

    66Les monnaies comme marqueurs de la présence militaire peuvent être divisées en deux groupes. D’une part, les monnaies romaines et méditerranéennes (Italie, Gaule du Sud, autres provinces romaines) et, d’autre part, certaines monnaies gauloises. Nous avons déjà abordé les monnaies du premier groupe plus haut à propos d’Alésia198. La présence occasionnelle de monnaies romaines ou massaliètes en argent ne constitue pas forcément un indice ; sans être extrêmement communs, les deniers et quinaires sont attestés en Gaule depuis le début du ier s. a.C. au moins ; quant aux drachmes et oboles de Marseille, on a vu qu’au iie s., elles étaient loin d’être rares dans le sud du Centre-Est. Seule une concentration de ces pièces doit être considérée positivement : ainsi à La Chaussée-Tirancourt, où 13 oboles massaliètes ont été trouvées en stratigraphie199. Mais également Liercourt-Érondelle, à peu de distance du site précédent et dont le faciès est très proche (huit deniers, 19 oboles et une drachme massaliète trouvés en prospection), ainsi que Pommiers, où les fouilles du xixe s. ont livré 23 deniers et quinaires républicains et un nombre égal d’oboles de Marseille200. Le camp de Folleville a livré un lot monétaire plus restreint mais qui mêle des monnaies républicaines et des monnaies gauloises exogènes : une seule pièce peut être attribuée à la circulation locale201. On peut aussi mentionner le sanctuaire de Bois-l’Abbé, où la première phase a livré de nombreuses dépositions monétaires riches en deniers républicains202. Ces observations concordent avec les autres indices archéologiques disponibles (fortifications, militaria) et sont vraisemblablement l’indice d’une fréquentation militaire203.

    Les monnaies romaines républicaines

    67L’interprétation des monnaies républicaines en bronze, dont on a le plus souvent attribué la présence à une circulation augustéenne ou post-augustéenne, doit selon nous être réévaluée. Les données montrent en effet clairement que ces pièces sont déjà présentes de manière diffuse après la conquête (fig. 41 à 43). On ne connaît de contextes de découverte pour La Tène D2a que sur deux sites, alors qu’on en compte neuf pour La Tène D2b et à la transition vers l’époque augustéenne (en comptant Alésia)204. Parmi ces sites, on en retrouve plusieurs cités précédemment : le Titelberg et Bibracte, deux oppida qui ont accueilli des troupes romaines205 ; Bois-l’Abbé, ainsi qu’un autre sanctuaire, Mirebeau, qui pourrait avoir été englobé à cette époque dans un camp militaire206 ; le camp militaire d’Hermeskeil, ainsi que le gisement du Col des Étroits (peut-être un poste de contrôle, situé à 25 km d’Yverdon et de Sermuz, sur la route venant du lac Léman et se dirigeant vers la vallée du Doubs)207 ; Lyon, colonie romaine, et Roanne, agglomération secondaire des Ségusiaves. Il faut y ajouter l’oppidum de Sermuz, dont les prospections ont livré 113 monnaies dont 44 as, six deniers et un quinaire républicains ; les quelques sondages faits sur le site (qui n’ont pas donné de monnaies) permettent de dater l’occupation entre 50/40 et 15/10 a.C. Le site n’a pas livré de militaria mais la proportion de céramique importée et le caractère très atypique du faciès numismatique rendent plausible l’hypothèse d’une occupation militaire romaine208. Les fouilles anciennes de l’oppidum de Pommiers ont également livré deux as républicains209.

    Fig. 41 . Distribution des as républicains et des dupondii coloniaux dans les contextes archéologiques (La Tène D2b).

    Image 1000000000000358000003F074FC5F4A8E05B50E.jpg

    Fig. 42. Distribution des as républicains et des dupondii coloniaux dans les contextes archéologiques (La Tène D2b/époque augustéenne).

    Image 1000000000000358000003F0BCA429C43BC1CD8C.jpg

    Fig. 43. Distribution des as républicains et des dupondii coloniaux dans les contextes archéologiques (époque augustéenne).

    Image 1000000000000358000003F0704B76B9216293C1.jpg

    68Pour la période et la zone étudiées, la répartition des as républicains trouvés en contexte, selon les types d’occupation des sites, incite très fortement à les interpréter comme des marqueurs militaires. En quantité absolue, les découvertes sont les plus abondantes sur les sites militaires (camps, agglomérations associées à des camps et sites de bataille), avec un pic à l’époque augustéenne et un second pic au milieu du ier s. ; ces pics correspondent aux camps militaires édifiés sur le Rhin et dont l’occupation fut de courte durée, ce qui explique la concentration des données sur des périodes précises (fig. 44 et 45). Si on représente les mêmes données en pourcentages par période chronologique, on s’aperçoit que les sites militaires sont toujours bien représentés jusqu’au règne de Néron (fig. 46). Entre La Tène D2b et le principat d’Auguste, les as sont découverts en quantité similaire sur les sites militaires et sur les oppida ; après l’abandon de ces derniers au début du ier s., les découvertes en contexte militaire augmentent et sont majoritaires jusqu’à Néron. À nos yeux, ceci est un indice très fort en faveur d’utilisateurs militaires romains, stationnés sur les oppida dans les décennies qui suivent la conquête210.

    Fig. 44. Distribution des as républicains par type de site et période chronologique.

     

    Militaire

    Oppidum

    Chef-lieu de cité

    Colonie

    Agglomération secondaire

    Établissement rural

    Sanctuaire

    Nécropole

    TOTAL

    La Tène D2a

     

    8

     

     

    1

     

     

     

    9

    La Tène D2b

    8

    7

     

    2

    1

     

     

     

    18

    La Tène D2b/aug.

    2

    4

     

     

     

     

    3

     

    9

    Aug.

    47

    14

    10

    7

    8

     

    4

     

    90

    Aug./tib.

    4

     

     

     

    2

     

    10

    16

    Tib.

    10

     

     

     

    2

     

    4

     

    16

    Tib./claud.

    14

     

     

    1

    4

    1

    3

     

    23

    Claud.

    21

     

    1

    3

    5

     

     

     

    30

    Claud./néron.

    138

     

     

    7

    8

    1

    2

    1

    157

    Néron.

     

     

     

     

    13

     

     

     

    13

    TOTAL

    244

    33

    11

    20

    44

    2

    16

    11

    381

    Fig. 45. Distribution des as républicains par type de site et période chronologique (nombre par période chronologique).

    Image 10000000000003580000046466AA33E6A448DD8C.jpg

    Fig. 46. Distribution des as républicains par type de site et période chronologique (pourcentage par période chronologique).

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    69À la fin de La Tène D2b et, surtout, à partir des années 30, il est possible que les dupondii coloniaux, frappés notamment à Lyon (RPC, 514-515) et Vienne (RPC, 517), assument une fonction similaire. Leur circulation apparaît beaucoup plus concentrée : pour l’ensemble de la période concernée, 65 % des découvertes totales proviennent de sites militaires, un chiffre similaire à celui observé pour les as républicains (64 %). Mais 60 % des découvertes totales proviennent des seuls sites militaires augustéens. Après Auguste, les pièces disparaissent littéralement de la circulation. Ces monnaies, iconographiquement et métrologiquement proches des as républicains, leur sont fréquemment associées, dès la fin de La Tène D2b. Le fait qu’on observe à l’époque augustéenne une concentration de ces dupondii sur les camps rhénans, alors que les as républicains restent mieux représentés en Gaule intérieure, renforce l’hypothèse militaire (fig. 41 à 43 et 47 à 48).

    Fig. 47. Distribution des dupondii coloniaux par type de site et période chronologique (nombre par période chronologique).

    Image 100000000000035800000464E395E8AE6C9D38FC.jpg

    Fig. 48. Distribution des dupondii coloniaux par type de site et période chronologique (pourcentage par période chronologique).

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    70Ainsi, encore plus que les monnaies romaines en argent, celles en bronze nous semblent constituer des marqueurs précieux d’une présence militaire légionnaire. En effet, par leur module, ces pièces apparaissent complètement étrangères à la circulation monétaire indigène de l’époque, contrairement aux deniers et aux quinaires. Il est donc vraisemblable qu’elles aient été manipulées par des utilisateurs habitués à un tel numéraire, c’est-à-dire romains ou italiques. De plus, si les dupondii coloniaux étudiés ici ont pour la plupart été frappés en Gaule, ce n’est pas le cas des as républicains, qui ont dû être importés d’Italie. Étant donné que les usagers semblent être des militaires, on peut émettre l’hypothèse qu’une partie de la solde était versée en bronze ; les ateliers de Vienne et Lyon pourraient avoir été installés afin de disposer d’une source d’approvisionnement sur place, réduisant ainsi les temps et les coûts de transport. L’emploi du bronze dans le versement de la solde à l’époque impériale est un sujet controversé ; pour la République, on considère généralement que le bronze est progressivement abandonné au iie s. a.C.211 Cependant, en Espagne, les monnaies en bronze restent relativement abondantes sur les sites militaires après cette période212. En Transalpine, malgré une conquête plus précoce, les as en contexte apparaissent généralement dans des contextes tardifs213. Parmi les sites qui livrent les contextes les plus précoces, on note avec intérêt que deux d’entre eux ont été le lieu de combats entre Romains et indigènes : l’oppidum du Cayla à Mailhac, où des combats semblent avoir lieu vers 75 a.C. et qui a livré un nombre important de monnaies républicaines (38, dont 16 as, un semis et un quadrans), ainsi que l’oppidum de La Cloche, dont on pense qu’il fut détruit en 49 a.C. par les troupes césariennes, au cours des opérations contre Marseille toute proche (sept as sur neuf monnaies romaines)214.

    71Étant donnée la pratique romaine d’envoyer la solde depuis Rome sur les théâtres d’opérations, rien ne s’oppose à l’envoi de monnaies de bronze à côté des deniers qui devaient servir à régler la majorité de la somme due215. Une telle solution nous semble la plus simple pour expliquer la présence constante de bronze républicain, généralement sur des sites liés à l’armée romaine, plutôt que des arrivages liés à des mouvements commerciaux ; pour la Gaule interne, cette deuxième solution est d’autant plus improbable que la métrologie de ces pièces est totalement différente de celle des monnaies indigènes. L’arrivage par coin-drift n’a dû avoir qu’un impact très limité sur ce type de numéraire.

    72L’interprétation des dépôts de monnaies romaines (tous d’argent) est plus compliquée. Sur les 15 que nous avons recensés en Gaule du Nord pour La Tène D2b (dont cinq mixtes, combinant monnaies romaines et gauloises)216, beaucoup sont des trouvailles anciennes mal documentées ou incomplètes (fig. 49). Dans l’état actuel des connaissances, le terminus post quem numismatique n’est jamais antérieur à 42 a.C.217 (quatre sur 15) et la plupart des dépôts datent de la fin des années 30 ou du début des années 20 a.C. (11 sur 15). À cause de la mauvaise qualité des données, la plupart de ces ensembles ne sont pas pris en compte par K. Lockyear dans son étude des dépôts d’argent républicains218. Dans cette dernière, la position des dépôts français, allemands et suisses retenus par l’auteur (dont certains ne sont pas issus de notre zone d’étude) sur les graphiques issus de l’analyse factorielle des correspondances montre qu’ils ont généralement une structure proche des dépôts italiens, mais souvent plus archaïque. La même constatation a été faite plus haut pour les deniers des fossés de la plaine de Grésigny à Alésia219 et on pourrait proposer une interprétation similaire. En l’absence de contextes de découverte précis, il convient de rester prudent et de s’abstenir de les rattacher à des événements historiques particuliers, mais il reste intéressant de noter l’absence de dépôts dans les années 50 et durant la majeure partie des années 40. Il faut peut-être y voir un indice de la rareté relative des troupes légionnaires en Gaule dans les années qui suivent la conquête.

    Fig. 49. Carte des dépôts contenant des monnaies romaines datables de La Tène D2b et de l’époque augustéenne précoce.

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    73À Alésia, César dispose de 11 légions et des 22 cohortes de Transalpins levées la même année220. En 50, il rend deux légions à Pompée221. En 49, huit légions sont stationnées en Gaule (car la XIIIe est envoyée à Aquilée)222. Lorsqu’il franchit le Rubicon début 49, César demande à certaines de ses légions gauloises de le rejoindre223. Des troupes qui lui parviennent, on a connaissance au moins de la XIIe puis de la VIIIe accompagnée des 22 cohortes levées en Transalpine (c’est-à dire, vraisemblablement, la future Ve Alaudae)224. Un peu plus tard, il arrive à Brindes avec six légions225 : parmi elles, les “trois de vétérans” représentent les VIIe, XIIe et XIIIe, tandis que les 22 cohortes et les troupes pompéiennes ralliées et complétées forment probablement les trois autres. Sur ces six légions, il en donne quatre à deux légats226. Il se rend ensuite à Rome puis à Marseille, afin de mener la guerre en Hispanie. On ne sait pas avec combien de troupes il part d’Italie mais on peut supposer qu’il prend avec lui les deux légions qui lui restaient après l’épisode de Brindes. À Marseille, il laisse trois légions faire le siège de la ville227 : peut-être trouve-t-on parmi elles une légion venue de Gaule interne mais rien ne permet de l’assurer. Pendant ce temps-là, trois des légions gauloises stationnées chez les Éduens avaient été transférées à Narbonne. Les légions qui hivernaient chez les Trévires reçoivent l’ordre de descendre228.

    74En Hispanie, César se fait précéder par six légions (les chiffres des manuscrits sont douteux), dont les trois qui étaient à Narbonne229. Quant aux trois autres, on peut supposer qu’il s’agit des légions gauloises, puisqu’il leur avait donné l’ordre de suivre. Il reste donc vraisemblablement une ou deux légions seulement en Gaule interne à la fin de l’année 49, contre huit quelques mois auparavant. Avant mars 43, L. Munatius Plancus peut aligner quatre légions, pour la Gallia comata seule, auxquelles il en ajoute une recrutée par ses soins, en prévision de la guerre civile qui se profile230. Un peu plus tard dans l’année, une fois que Marc Antoine eut pris possession de la province de Plancus, il y laissa six légions231. Parmi les troupes présentes en 44, faut-il supposer qu’une partie avait été amenée récemment, pour la suppression de la révolte des Bellovaques en 46 par D. Brutus et pour les campagnes rhètes de Plancus lui-même en 44/43 ? Après 43, les sources sont beaucoup moins explicites et on ne se risquera pas à proposer un décompte ; on se contentera de rappeler qu’avec la paix de Brindes, en 40, les provinces gauloises sont officiellement attribuées à Octave, avec le reste de l’Occident romain. La Gaule cesse d’être un théâtre d’opération des guerres civiles232.

    Les monnaies gauloises

    75La présence légionnaire semble donc avoir été légère entre 49 et 43 a.C. (et peut-être après), au regard des huit légions que César commandait dès 57. Même si les effectifs ont été épisodiquement augmentés, ce n’est qu’avec les campagnes de Drusus qu’on observe à nouveau une concentration équivalente de troupes légionnaires233. Il faut cependant se rappeler que les légions ne sont pas la seule composante de l’armée romaine à cette époque ; depuis longtemps déjà, l’usage de troupes auxiliaires (auxilia) est une constante dans tous les conflits et ces soldats sont généralement aussi, voire plus nombreux que les légionnaires. Nous avons déjà vu que les Romains firent un usage important des auxiliaires gaulois, pendant et après la conquête de la Gaule. Archéologiquement, ces soldats sont aussi difficiles à repérer que les légionnaires ; il est d’ailleurs pratiquement impossible de distinguer les deux à partir des marqueurs archéologiques, à moins de découvrir des structures ou du matériel particulièrement caractéristiques. Parmi le mobilier souvent mis en relation avec les troupes auxiliaires, on trouve certaines monnaies gauloises, qui auraient servi au versement de la solde et qui constituent le deuxième groupe des marqueurs numismatiques de la présence militaire évoqués plus haut234. On a depuis longtemps associé certaines émissions gauloises à la solde des troupes auxiliaires. C’est vrai en particulier des deniers gaulois en argent, dont on sait maintenant qu’une bonne partie est antérieure à la conquête et que les chercheurs interprètent volontiers comme des émissions militaires235, une hypothèse également avancée en Espagne pour les deniers ibériques236. Rien ne s’y oppose sur le plan juridique : nous avons vu plus haut qu’on attendait des communautés qui fournissaient des auxiliaires qu’elles en assurent l’entretien et la solde. À La Tène D2b, apparaissent des séries de deniers extrêmement abondantes, dont la diffusion est très large et très rapide (en particulier LT, 5550 à légende TOGIRIX, Scheers, 41 à légende ATEVLA/VLATOS et Scheers, 42 à SENODON/CALEDV, auxquelles il faut ajouter les LT, 5405-5411 à légende Q. DOCI SAM F un peu antérieures). De plus, on retrouve fréquemment ces monnaies dans des dépôts qui peuvent atteindre des tailles considérables : avec plus de 15 000 pièces, celui de Lavilleneuve-au-Roi est particulièrement impressionnant237. Dans plusieurs cas, les monnaies gauloises sont associées à des deniers ou quinaires romains de la même époque (par ex. à Chantenay-Saint-Imbert238 ou à Compreignac239). Ces dépôts sont souvent interprétés comme des encaisses militaires, servant à payer les nombreux auxiliaires gaulois attestés dans les sources de cette époque. Une récente découverte pourrait confirmer cette interprétation. La fouille d’un établissement rural à Bassing en Moselle a en effet livré un dépôt dispersé de 1111 deniers gaulois, datable des années 40-30 a.C. En outre, le chantier a livré des militaria tardo-républicains : on attend donc avec intérêt la publication détaillée de ces recherches240. Dans les trouvailles isolées, plusieurs oppida déjà cités, occupés à La Tène D2b, attestent du lien privilégié entre ce numéraire et un environnement militaire : Sermuz,
    La Chaussée-Tirancourt, Liercourt-Érondelle, le Mont-Castel dans le Calvados et le Titelberg au Luxembourg. À Folleville, les découvertes mêlent monnaies républicaines (principalement des deniers) et 21 deniers gaulois sur 51 monnaies indigènes, dont une seule est locale. Les données archéologiques sont donc concordantes et on peut raisonnablement penser que ces pièces servaient à payer la solde de troupes auxiliaires employées sur le sol gaulois – ce qui ne signifie ni que tous les auxiliaires gaulois étaient payés, ni que les deniers gaulois n’aient pu avoir d’autre fonction. On se gardera donc d’interpréter les découvertes de deniers gaulois comme nécessairement liées à des mouvements de troupes auxiliaires241 ; de même, les données sont actuellement trop lacunaires pour tenter de retrouver, à partir de l’identification des zones d’émission, les cités qui payaient elles-mêmes leurs troupes. Ceci supposerait d’ailleurs d’accepter que les émissions monétaires soient prises en charge par la cité, ce qui est loin d’être acquis, comme nous l’avons vu. C’est donc seulement en conjonction avec d’autres indices (quantité importante de deniers gaulois ; présence de monnaies romaines ou de marqueurs miliaires ; etc.) qu’il convient d’interpréter les cartes de distribution des monnaies d’argent en contexte et en dépôt (fig. 23 à 25). Bien que l’argent ait toujours été plus abondant dans le Centre-Est, il semble néanmoins exister une relation entre la présence de monnaies romaines (fig. 28 et 29) et la proportion de monnaies gauloises en argent sur un site donné (fig. 23 et 24), particulièrement à la transition entre La Tène D2b et l’époque augustéenne. Se distinguent Bibracte [L-007], Lyon [L-024], Bois-l’Abbé [B-016], La Chaussée-Tirancourt [B-050] (où les monnaies romaines sont remplacées par les monnaies massaliètes), dans une moindre mesure le Titelberg [B-094], c’est-à-dire une nouvelle fois les sites mentionnés précédemment pour leur relation particulière avec les forces romaines.

    76Si on se tourne vers les dépôts de monnaies gauloises (fig. 25), on constate qu’ils sont très rares dans le Centre-Est (seulement six, en argent), bien que la région connaisse des productions importantes. Au contraire, les dépôts sont abondants en Belgique occidentale. Les dix dépôts dominés par les monnaies en argent sont situés le long d’axes fluviaux, dont cinq le long de la Seine. On peut proposer deux explications à cette concentration de dépôts de tous métaux en Gaule Belgique. Si on accepte la relation entre intensité de déposition et événements guerriers, cette concentration pourrait attester l’existence d’un “point de fixation” sur la Somme, dont témoigneraient des sites comme La Chaussée-Tirancourt et Liercourt-Érondelle242. Le maintien d’un climat guerrier dans le Belgium (révolte des Bellovaques en 46 et des Morins avant 30 a.C.) aurait encouragé le phénomène de thésaurisation. De façon similaire, on constate que les dépôts de monnaies romaines sont situés sur les marges des territoires conquis, dans le Belgium mais aussi sur le Rhin. Ainsi, les regroupements de trésors indiqueraient, en quelque sorte, les zones d’opération ; la répartition plus uniforme des dépôts entre la Belgique et le Centre-Est avant la guerre des Gaules pourrait aller dans ce sens (fig. 15). Toutefois, une autre lecture plus “culturelle” semble préférable car les données montrent que la déposition monétaire a conservé ou acquis une importance plus grande en Gaule Belgique. Comme à La Tène D1 et La Tène D2a, les dépôts de monnaies en or se retrouvent uniquement en Belgique (deux des trois dépôts de monnaies romaines en or en proviennent aussi) ; au ier s. p.C., la région continue à livrer plus d’aurei que la moyenne243. Par ailleurs, il faut rappeler qu’en Belgique occidentale, c’est également à La Tène D2b que débutent les phénomènes de déposition monétaire massive dans les sanctuaires, qui impliquent souvent des monnaies de bronze244 ; or les dépôts dominés par le bronze frappé sont tous situés dans cette zone (fig. 25). La concentration des dépôts en Gaule Belgique peut s’expliquer principalement par ce “fond culturel” (signification votive des dépôts monétaires), le phénomène ayant peut-être été accentué par des opérations militaires plus fréquentes qu’ailleurs.

    Monnaies et occupation du territoire

    77Les différents sites étudiés plus haut ont généralement livré, comme nous l’avons déjà noté, une quantité plus ou moins importante de monnaies exogènes (y compris romaines), c’est-à-dire dont la zone de production est éloignée du lieu de découverte. Folleville, où une seule monnaie gauloise est locale, est un cas limite, presque unique. La définition de monnaies exogènes changeant pour chaque région, il serait fastidieux de dresser ici un catalogue des différents types. Pour les sites de Gaule Belgique, on note en particulier les monnaies en argent du Centre-Est (notamment les deniers TOGIRIX) qui peuvent être très nombreuses, comme à Empel dans les Pays-Bas actuels245. Plus visibles encore pour l’ensemble de la zone d’étude, les monnaies de Gaule méridionale ou de Marseille, qu’on retrouvait déjà à Alésia, se rencontrent en plus ou moins grande quantité sur les divers gisements cités, avec ou sans monnaies républicaines et coloniales. On peut très certainement appliquer à ces monnaies “exotiques” des contextes de La Tène D2b la grille de lecture élaborée par M. P. García-Bellido pour les monnaies hispaniques présentes dans les camps augustéens, reprise par F. Kemmers pour les monnaies gauloises retrouvées dans ces mêmes camps246. Selon ces auteurs, ces différentes pièces exogènes, apparaissant comme des “anomalies” dans le faciès monétaire, sont pour certaines révélatrices de la provenance des corps de troupes, pour d’autres du chemin emprunté pour rejoindre leur cantonnement.

    78Pour La Tène D2b, quelles conclusions en tirer ? Les monnaies exogènes non gauloises sont, sans surprise, majoritairement romaines. Si les as républicains en bronze sont la trace, selon nous, d’une présence légionnaire, certains dupondii plus tardifs attestent explicitement de l’arrivée de troupes italiennes. Il s’agit de la série à légende DIVOS IVLIOS (RPC, 620-621), rare en Gaule mais représentée par trois exemplaires à Sermuz247. On situe généralement la zone d’émission en Italie du Nord. En bruit de fond, on trouve les monnaies massaliètes et plus généralement méridionales. Sans être extrêmement courantes, elles reviennent toutefois régulièrement248. Témoignent-elles seulement du chemin emprunté par les militaires qui les ont vraisemblablement apportées ? Ou bien signalent-elles la présence, difficile à quantifier, de soldats de Transalpine ? À partir d’Auguste, G. Forni a montré que cette région formait un des principaux bassins de recrutement légionnaire249. Faut-il faire remonter cette tradition aux lendemains de la conquête césarienne ? Comme il est difficile, voire illusoire, de vouloir distinguer cantonnements légionnaires et auxiliaires, on ne peut savoir qui a apporté ces pièces. Si ce sont des auxiliaires, faut-il y voir un indice d’une méfiance envers les troupes locales ? A-t-on sciemment cantonné les auxiliaires hors du territoire de leur communauté d’origine ? Bien que ce soit probable, il est impossible de répondre avec certitude.

    79L’analyse des trouvailles numismatiques menée jusqu’ici s’accorde avec la répartition des marqueurs militaires tardo-républicains en Gaule, présents sur l’ensemble du territoire, y compris dans des contextes indigènes, avec quelques concentrations qui pourraient signaler des points de fixation, ainsi qu’une attention particulière au contrôle des grands axes fluviaux et routiers. Ceci laisse penser que la forme d’occupation du territoire était très différente de ce qu’on connaît plus tard sur le limes. On a en effet l’impression que les troupes légionnaires sont fractionnées en petites unités, dispersées dans toute la province, dans des campements de petite taille ou situés dans des sites fortifiés préexistants250. Le complexe d’Arras/Actiparc, pour lequel tout l’environnement a été fouillé, montre un poste d’une taille très modeste, dont la garnison était forcément réduite. Étant donné la faiblesse relative du corps légionnaire à cette période, un tel dispositif ne peut se comprendre que s’il est appuyé sur un fort contingent de troupes indigènes fidèles : on imagine mal Rome, en effet, prendre le risque de contrôler l’ensemble de la Gaule avec des légions éclatées en unités de quelques dizaines ou centaines d’hommes.

    80Si le tableau dressé jusqu’ici est correct, il faut selon nous inverser la perspective. Plutôt que de voir dans les troupes indigènes des auxilia (au sens premier) des légions romaines, ces dernières constituant l’ossature du dispositif de maintien de l’ordre, il est peut-être plus juste de voir dans les légions stationnées en Gaule une force d’appoint et de contrôle, sur un territoire défendu en premier lieu par des troupes gauloises, commandées et entretenues par des officiers gaulois, gardant une certaine indépendance par rapport à l’armée romaine ; cette situation n’est d’ailleurs pas inédite251. Comme l’a montré P. A. Brunt, Rome ne pouvait matériellement désarmer l’ensemble des peuples soumis et n’y avait pas réellement intérêt ; il était plus productif d’intégrer les élites locales à l’exercice du pouvoir et de leur déléguer une partie des opérations de défense252. En Gaule, malgré les épisodes de désarmement documentés par le texte césarien, le nombre important de sites livrant de l’armement indigène, et ce jusqu’au début de l’Empire, montre bien qu’une partie au moins de la population restait armée253 ; de plus, comme le rappelle P. A. Brunt, les révoltes gauloises de 21 et 68/69 p.C. montrent que des armes étaient encore en circulation. C’est pourquoi, si on peut assurément supposer que Rome a d’abord favorisé les peuples alliés et libres, notre lecture des données diffère de celle de M. Poux, pour qui la conquête a entraîné une démilitarisation du territoire et qui ne conçoit pas les porteurs d’armes connus par les tombes autrement que comme des auxiliaires254. Au contraire, nous sommes enclin à penser que les autorités romaines ont laissé une large autonomie aux élites gauloises, tout en les contrôlant par l’octroi de la citoyenneté et par la présence de contingents légionnaires réduits.

    81Les fluctuations dans le nombre de légions stationnées en Gaule à cette période sont difficiles à cerner après 43 a.C., et il est possible que nous en sous-estimions les effectifs. De plus, il faut se rappeler que de nombreux Gaulois ont pris part à la guerre civile255. César donne lui-même le chiffre de 3000 Gaulois avec lui en Hispanie ; plus tard, Appien parle de 10 000 Gaulois du côté césarien et d’un nombre indéterminé du côté pompéien, une présence attestée également par Lucain256. En Afrique, Labienus a avec lui 1600 Gaulois et Germains257. En 42 à Philippes, Brutus a sous ses ordres 4000 cavaliers gaulois et Crassus 2000 Gaulois et Ibères258. Même si les sources deviennent ensuite moins explicites, il n’y a pas de raison de penser que la pratique cessa ensuite. Toutes ces campagnes ont donc drainé un nombre considérable de combattants hors de Gaule, ce qui diminuait d’autant le risque de révoltes armées259.

    Usage des monnaies dans la société gauloise

    La monnaie dans les habitats

    82À La Tène D2b, les données disponibles pour mesurer l’intensité de l’usage monétaire sur les sites d’habitats sont moins nombreuses. Cela tient en partie à la durée plus courte de la période étudiée ici (30 ans, contre 100 ans au chapitre précédent), mais les publications permettant de localiser les découvertes sur un plan sont également moins nombreuses. Toutes les données étudiées ici proviennent de quatre oppida et l’étude de la répartition spatiale n’est possible que pour le Titelberg.

    83Malgré l’exiguïté du corpus, il semble que les indices soient globalement plus élevés après la guerre qu’avant (fig. 50). L’augmentation générale de la production monétaire qu’on constate à cette époque (lisible entre autres dans les quantités importantes de pièces découvertes sur les sanctuaires, voire infra) en est une raison majeure ; mais on peut supposer que la disponibilité accrue du numéraire en a stimulé l’utilisation et que l’accroissement des découvertes en contexte correspond à une certaine intensification de l’usage monétaire.

    Fig. 50. Tableau des indices pour les contextes étudiés (La Tène D2b).

    Chronologie

    Site

    Fonction principale
    du secteur

    Nombre monnaies

    Surface en ha

    Durée d’occupation en années

    Indice

    La Tène D2b

    Bibracte. PC 1 (horizon 3)

    Habitat

    12

    0,019

    20

    31,75

    La Tène D2b/Aug

    Bibracte. Porte du Rebout (phase 9a sud)

    Rempart

    2

    0,050

    15

    2,67

    La Tène D2b

    Bibracte. Porte du Rebout (phase 5 nord)

    Rempart

    14

    0,100

    30

    4,67

    La Tène D2b

    Besançon. Parking de la Mairie (phase 2)

    Pâture ?

    27

    0,400

    10

    6,75

    La Tène D2b

    Pommiers. Oppidum (étape 5)

    Habitat ?

    11

    0,014

    30

    25,64

    La Tène D2b

    Titelberg. Centre de l’oppidum (LTD2b)

    Habitat

    345

    0,220

    25

    62,73

    84Comme à la période précédente, les monnaies sont plus nombreuses dans les secteurs d’habitat. À Bibracte, le secteur de la porte du Rebout reste pauvre, alors que la demeure aristocratique de la PC1 a un indice dix fois plus élevé260. À Pommiers, les sondages pratiqués en 1987/1988 ont touché une portion du rempart et l’occupation située à l’intérieur ; si la publication des monnaies ne permet pas de préciser le type d’occupation, les fouilleurs ont relevé la trace de bâtiments, séparés du rempart par une voie de 3 m de large. Sans que la localisation précise en soit donnée, les monnaies proviennent de la couche d’occupation située à l’intérieur du rempart261. À Besançon, l’indice de la phase 2 reste assez bas, mais considérablement plus élevé que celui de la phase 1 (6,75 contre 0,84), alors même que l’occupation est très diffuse, avec un habitat presque absent et de vastes enclos (peut-être pour du bétail). Mais la composition du faciès montre que les types identifiés précisément sont majoritairement retrouvés à La Tène D2b, ce qui exclut une résidualité trop importante262. La publication ne permet pas de savoir si les monnaies sont concentrées en un point particulier.

    85Le secteur central du Titelberg livre l’indice le plus important pour La Tène D2b, avec une valeur de 62,73. L’étude de la répartition spatiale est particulièrement intéressante (fig. 51 ; seules les monnaies marquées par un point noir sont ici prises en considération). La zone explorée est située en bordure de la voie principale de l’oppidum, que les fouilles ont partiellement touchée. Les bâtiments sur poteaux et sablière, de taille voisine, sont alignés perpendiculairement à la voirie et semblent avoir été le lieu d’activités artisanales. 133 des 345 monnaies (dont un dépôt de 17 pièces) ne sont pas localisées précisément et proviennent de deux couches d’occupation. Néanmoins, on est frappé par la rareté des monnaies à l’intérieur des bâtiments et la concentration le long de la chaussée est particulièrement marquée (56 pièces dans le fossé 4 ; 144 dans la couche a du fossé bordier). On pourrait objecter que ces structures en creux ont piégé l’essentiel du matériel numismatique (ce qui est en partie vrai), mais il faut noter que les fosses et fossés situés au milieu des bâtiments, bien que relativement nombreux, n’ont livré aucune pièce. La quantité très importante de monnaies retrouvées dans ces fossés pose question ; malgré la présence d’un sanctuaire sur l’oppidum même, à une très faible distance, une interprétation votive de l’ensemble nous semble peu vraisemblable. Sans qu’il soit possible d’apporter une réponse assurée, on notera que dans le fossé bordier (Hauptstrassengraben), une couche de bois b (datée de 31 a.C. par dendrochronologie) a dû préserver la couche a sous-jacente et empêcher la récupération du mobilier. Par ailleurs, toute personne ayant participé à une fouille archéologique sait combien il est difficile de trouver une monnaie de petit module dans un terrain boueux ; or il ne fait guère de doute que le fossé bordier de la voie principale devait être relativement boueux, étant donné le taux de pluviométrie plutôt élevé du Luxembourg actuel. Il nous semble possible de reconnaître ici, comme à Acy-Romance ou Condé-sur-Suippe à la période précédente, un cas de concentration des trouvailles le long des axes de communication.

    Fig. 51. Répartition des monnaies sur le secteur central du Titelberg (fond de plan d’après Metzler 1995, 101 fig. 73).

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    Les monnaies en contextes cultuels et funéraires

    86Si les découvertes sur les habitats semblent indiquer une intensification dans l’usage de la monnaie, il en va de même dans les sanctuaires. Le cas des nécropoles est plus difficile à juger en raison de la faiblesse du corpus. En effet, à La Tène D2b, les dépositions monétaires dans les tombes restent confinées aux territoires rème (Acy-Romance) et trévire (Titelberg). Sur le premier site, on note un potin Scheers, 191 dans une incinération de la phase 7263, soit 10 % des tombes, contre 16,2 % pour les phases 5 et 6. La contraction de l’occupation du village à cette époque est cependant à prendre en compte. Au contraire, les dépositions monétaires sont plus importantes à La Tène D2b au Titelberg : neuf monnaies pour trois tombes à Lamadelaine264 (soit 23 % de l’ensemble) mais seulement une monnaie pour une tombe dans la nécropole orientale265 (soit 5,3 % de l’ensemble), ce qui donne une moyenne de 14,3 % de tombes avec dépôt de monnaies pour cette période. À Lamadelaine, les monnaies identifiées sont toutes des Scheers, 162, qui ne sont pas antérieures à 45 a.C. ; une des tombes est mal conservée mais les deux autres sont relativement riches. À Wederath, les dépositions semblent rares ou inexistantes266. Comme à La Tène D1 et D2a, ces dépositions restent confinées à des territoires bien particuliers et la conquête n’introduit pas réellement de rupture ; on se situe plutôt dans la continuité de pratiques antérieures.

    87Pour les sanctuaires, on possède grâce à plusieurs travaux récents des éléments de synthèse pour la majeure partie de la zone étudiée267. Avec I. Wellington, il faut rappeler la grande variabilité des pratiques d’un site à un autre ; en l’état actuel de nos connaissances, il est presque impossible de procéder à des généralisations. Même si certains sites ne livrent pas ou peu de monnaies, il reste vrai que les années postérieures à la conquête voient sur un nombre important de sites le début ou l’explosion des dépositions monétaires. C’est particulièrement vrai dans le Belgium, où l’on trouve de nombreux “sanctuaires à monnaies” : les fouilles livrent parfois plusieurs milliers de pièces, qui ne constituent cependant qu’une petite partie de l’ensemble en raison des pillages au détecteur à métaux. Souvent, la continuité d’occupation depuis La Tène moyenne, ou le début de La Tène finale, jusqu’à l’époque romaine, brouille considérablement la stratigraphie, entraînant d’importants problèmes de résidualité. Ainsi, I. Wellington considère que sur de nombreux sites belges, il existe déjà des dépôts importants dès avant la conquête, même lorsqu’ils ne sont stratigraphiquement attestés qu’à partir de
    La Tène D2b268. Mais il ne fait pas de doute qu’on assiste à ce moment, sur les sites “à monnaies”, à un changement d’échelle important. Il est par ailleurs vraisemblable que dans cette région, les sanctuaires aient pu être le lieu de frappes monétaires, dont certaines ne semblent pas quitter le site (supra).

    88Dans les Pays-Bas et la Belgique modernes, on continue à trouver à cette époque des dépositions de monnaies en or, souvent isolées de contextes archéologiques connus269. Lorsque ces dépôts sont liés à un site bien identifié, ils sont généralement tardifs et postérieurs à la conquête, comme c’est le cas à Empel sur le Rhin inférieur270. Dans le Centre-Est et en Belgique orientale, les dépositions sont souvent moins spectaculaires que dans le Belgium, mais les données sont également moins précises. Ainsi, les paléosols postérieurs à La Tène D2a ne sont pas conservés à Mirebeau ; au Martberg, l’occupation très longue a perturbé les dépôts et les monnaies retrouvées en stratigraphie ne constituent qu’un maigre échantillon des monnaies déposées à chaque période. En se basant sur la date de frappe, D. Wigg-Wolf a néanmoins pu tirer d’importantes conclusions sur le site, où les trouvailles sont extrêmement abondantes271. Le site est implanté à la transition entre La Tène D2a et La Tène D2b, vers 60 a.C., et les offrandes monétaires sont abondantes dès le début. Pendant les premières années, les monnaies sont généralement poinçonnées et entaillées de manière systématique, ce qui implique des rituels collectifs et un strict contrôle des offrandes par le personnel du sanctuaire. Tous les temples du sanctuaire ne font pas l’objet de dépositions monétaires ; jusqu’à l’époque augustéenne, les trouvailles sont groupées autour du temple K.

    89Des sites comme Imphy et La Villeneuve-au-Châtelot n’offrent pas non plus la stratigraphie nécessaire à une bonne compréhension du phénomène. Néanmoins, pour ce dernier site, l’analyse du faciès des monnaies gauloises (1887 exemplaires) montre qu’environ la moitié des exemplaires identifiables peut être datée de La Tène D2b, contre un tiers pour une période allant de La Tène C2 à La Tène D2a (avec des types appartenant surtout à La Tène D1) : il est donc indubitable que le phénomène prend une ampleur jusqu’alors inconnue sur le site272. À l’exception des Scheers, 152, les monnaies ne sont pas marquées avant l’époque augustéenne, contrairement au Martberg. À Villes-sur-Lumes, la déposition semble augmenter légèrement à La Tène D2b. À partir des monnaies locales, dont la chronologie est assez bien établie, J.-M. Doyen distingue deux phases pour le sanctuaire, la première couvrant La Tène D1 et La Tène D2a (environ 70 ans) et la seconde La Tène D2b (environ 30 ans). Les monnaies de la première phase sont au nombre de 351, soit une moyenne de 5 monnaies par an ; on compte 211 monnaies pour la seconde phase, soit une moyenne de 7 monnaies par an. À Nitry, où on dispose de la séquence stratigraphique depuis La Tène C2, les dépositions ne sont jamais massives, mais atteignent leur apogée à La Tène D2b. À Mandeure/Champs des Fougères, au contraire, les dépositions ne sont attestées en stratigraphie qu’à partir d’Auguste.

    90Comment expliquer le rôle que prennent les monnaies dans les dépositions votives à cette époque ? Même s’il est impossible de proposer des généralisations pour l’ensemble de la zone d’étude, il faut noter que l’essor des monnaies comme offrandes va de pair avec le déclin des dépositions d’armes et d’amphores vinaires, que l’on continue par ailleurs à trouver en contexte funéraire, parfois de façon accrue273. On y voit généralement l’indice d’ajustements dans les structures de pouvoir, avec l’affaiblissement des structures guerrières traditionnelles et la mutation du pouvoir aristocratique, dont la base se ferait plus économique et plus personnelle. Avec les monnaies, il semble que les fibules et la vaisselle se fassent plus abondantes après la conquête (mais ces deux classes d’objets sont déjà présentes dès les premières phases à Nitry)274. Ces différents éléments pourraient laisser penser qu’on passe de rites collectifs à des rites plus individuels. Mais pour I. Wellington, les grands sanctuaires du Belgium et les frappes monétaires qui pourraient y avoir eu lieu sont propres à exalter et renforcer une identité communautaire locale et elle pense que les rituels impliquaient l’ensemble de la population275. L’exemple du Martberg montre que les dépositions semblaient strictement contrôlées et D. Wigg-Wolf favorise l’hypothèse d’offrandes collectives276. À Mirebeau, les monnaies sont rares mais les pratiques collectives semblent bien attestées à La Tène D2b (étape 3)277. Même dans les cas où les monnaies semblent avoir été déposées individuellement ou par petits groupes, comme à Bois-l’Abbé, on ne peut exclure que ces dépositions aient eu lieu de façon périodique lors de grands rassemblements. Il est donc difficile de penser que la dimension communautaire s’affaiblit de manière générale. Mais dans les sanctuaires où la monnaie devient l’offrande dominante, on passe peut-être à des pratiques moins spectaculaires, moins bruyantes : déposer des monnaies implique probablement un rituel plus sobre que sacrifier des armes ou boire des litres de vin. La taille même des monnaies est plus discrète et le caractère ostentatoire moins marqué, même si la valeur (dans le cas des dépôts de métaux précieux) n’est pas forcément moindre.

    91Pour I. Wellington, il faut arrêter d’attribuer une fonction purement économique au numéraire ; à partir des sanctuaires de Belgique occidentale, elle propose que certaines émissions aient été spécialement émises pour des rites de dépositions278. Même si c’est bien le cas, il est difficile d’abstraire complètement les monnaies en question de la sphère économique. On peut difficilement nier que les frappes, dès leur apparition, aient eu une fonction économique ; la présence de divisionnaires dans les émissions en or précoce, dont les poids sont parfois très variables alors que les diamètres sont constants (ce qui montre que les pièces étaient comptées et non pesées) en est une preuve279. À La Tène D2b, on note plusieurs séries trimétalliques or/argent/bronze (Scheers, 27 et 28, notamment). Il est impossible que les dévots, en décidant d’offrir des monnaies plutôt qu’autre chose, n’aient pas investi ces objets de cette dimension économique. Même en considérant les émissions produites sur les sanctuaires comme des jetons ou des médailles, leur forme et leur poids les assimilaient nécessairement à des monnaies. Par ailleurs, on a noté que les sanctuaires “à monnaies” du Belgium semblaient remplacer les oppida dans l’organisation du territoire. Il ne faut donc pas écarter la possibilité que ces lieux de culte aient assumé des fonctions traditionnellement attribuées aux oppida, dont les fonctions économiques. Au ier s. a.C. la multiplication des offrandes par destination, qu’il fallait bien acquérir280, l’approvisionnement en aliments pour les sacrifices, entre autres choses, pouvaient entraîner le développement d’un marché, au sens abstrait comme au sens physique. On rappellera ici la découverte de quatre fours de potiers à l’intérieur du péribole au sanctuaire de Mandeure/Champ des Fougères, précisément à La Tène D2b281.

    92En raison de cette dimension économique, le choix d’offrir des monnaies (ou des objets tellement monétiformes qu’ils en sont archéologiquement identiques) peut être interprété comme une nouvelle manière de faire participer l’ensemble de la communauté aux rituels religieux. Parce que la valeur de chacune des pièces était vraisemblablement faible, tout le monde pouvait s’en procurer et participer ainsi aux rituels, créant ou renforçant un sentiment communautaire, que l’adoption d’un rite similaire pour tous (déposition individuelle ou collective, ou marquage des monnaies) pouvait encore exalter. Il n’y a pas lieu pour autant d’y voir une “démocratisation”. Les sources contredisent toute perte de pouvoir des élites ; mais au lieu de souder la communauté par de grandioses manifestations d’ostentation et de gaspillage de denrées diverses, la classe dirigeante pouvait promouvoir des formes de déposition plus discrètes mais qu’elle contrôlait tout autant (par l’exercice des sacerdoces, par le contrôle des approvisionnements en métaux, voire par la fourniture des monnaies elles-mêmes). L’implication d’une partie plus importante de la population est peut-être le reflet d’une évolution similaire dans le domaine politique, où la “plèbe” gauloise pourrait avoir joué un rôle plus important qu’on ne le suppose282. Le caractère plus personnel d’une offrande monétaire, sans pour autant cesser d’avoir une dimension collective, est peut-être un indice d’une conception plus civique de la communauté, dont on peut penser que l’apparition des ethniques dans les légendes monétaires constitue une autre trace (supra).

    93La rareté des émissions monétaires avant La Tène D1 ne permet pas de trancher la question avec certitude : l’apparition des monnaies dans les sanctuaires ne correspond-elle pas tout simplement à l’apparition d’émissions abondantes ? C’est probablement en partie vrai, mais il reste que certaines séries de La Tène D1 sont très courantes (par ex. les potins à la grosse tête ou les séries Scheers, 186 et 191), et que l’on constate néanmoins une intensification des dépositions à La Tène D2b. Par ailleurs, si on accepte que certaines émissions soient produites dans et pour les sanctuaires, l’argument devient tautologique. Comme le notent I. Wellington et G. Bataille, on assiste plutôt à la mutation de pratiques de déposition qui remontent au moins à La Tène moyenne, si ce n’est plus haut283. S. Izri accepte l’idée d’une influence italique mais adopte une position nuancée qui ne fait pas jouer de rôle prépondérant à la guerre des Gaules ; il préfère y voir un processus, amorcé dès le iie s. a.C., qui se greffe sur les changements sociaux que connaît la Gaule à cette époque284. Il faut insister, à nos yeux, sur la continuité avec des pratiques plus anciennes et refuser l’idée d’une rupture consécutive à César, sans fermer la porte à l’arrivée d’influences nouvelles.

    94Quoi qu’il en soit, il est difficile de dissocier totalement cette intensification des dépositions monétaires d’une monétarisation accrue de la société. Pour que le numéraire s’impose (ou soit imposé) comme offrande de premier choix, il faut que les utilisateurs y soient suffisamment familiarisés et en acceptent l’idée. Selon nous, la monnaie était déjà une réalité bien connue du public dès le iie s. a.C.285. Cette familiarité n’a pu que s’accroître avec le temps et, selon un phénomène circulaire, plus on acceptait la monnaie, plus on était enclin à l’utiliser dans tous types de contextes, et plus on l’utilisait, plus on l’acceptait. Une offrande monétaire, comme l’ont souligné S. Estienne et O. de Cazanove pour l’Italie, permettait de moduler son don en fonction de ses ressources et de ses attentes (si une telle modulation était permise par le rite), parce qu’il était possible d’en estimer précisément la valeur – en termes monétaires286. Ainsi, l’accroissement parfois spectaculaire des dépositions monétaires témoigne bien, selon nous, d’une monétarisation accrue. Mais par ailleurs, l’absence de monnaies sur certains sanctuaires de la même période montre qu’il ne s’agit pas d’un phénomène général et univoque : mentionné plus haut, le sanctuaire de Mirebeau conserve des traces de consommation collective de viande mais pas de monnaies (peut-être pour des raisons taphonomiques, puisque les sols ne sont pas conservés), alors qu’à Fesques, la consommation de viande semble beaucoup moins importante au moment où les monnaies deviennent majoritaires et que les restes osseux du sanctuaire de Bois-l’Abbé ne constituent qu’un petit ensemble par rapport aux sanctuaires voisins de l’âge du Fer287. Les pratiques de déposition locales comme les conditions socio-économiques de chaque région sont des facteurs primordiaux dans le rôle conféré aux monnaies dans des contextes religieux et il faut récuser toute interprétation simplificatrice, qui verrait dans ces dépositions le témoignage de la marche du progrès de la société gauloise, vers une économie monétarisée, grâce à la puissance civilisatrice de Rome.

    Rôle négligeable du commerce italique

    95Il paraît d’ailleurs opportun de rappeler, comme l’ont noté de nombreux chercheurs, que l’arrivée massive de Romains en Gaule interne correspond au moment où le commerce du vin italien décline de façon très significative. Il est difficile de dater le phénomène très précisément ; il est bien attesté dans les années 40 a.C. mais pourrait être plus précoce. La part d’amphores résiduelles dans les contextes archéologiques est difficile à estimer pour cette période288. Pour M. Poux, cette situation paradoxale (un commerce déclinant alors même que la situation politique pourrait le favoriser) indique clairement que, pour les Gaulois, les échanges ne répondaient pas à des considérations économiques, mais purement culturelles. Au ier s. a.C., on serait passé d’une consommation collective dans un cadre public, à une consommation plus restreinte, qui serait réservée aux élites, illustrée par l’augmentation des dépôts d’amphores en contexte funéraire, et qui constituerait l’indice d’une personnalisation croissante du pouvoir. Par ailleurs, il émet l’hypothèse d’une interdiction des réunions publiques qui constituaient une occasion privilégiée de consommation de vin ; cette interdiction du conquérant romain serait liée à la démilitarisation de la nouvelle province qui aurait suivi la conquête. Par la suite, en s’intégrant aux nouvelles institutions romaines, les aristocrates auraient d’eux-mêmes arrêté les distributions de vin pour d’autres formes d’ostentation289. Si le passage d’un mode de consommation à un autre est très probable, on peut être plus sceptique sur la seconde hypothèse. En l’absence de séquences stratigraphiques très fines, l’idée est difficile à démontrer à partir des données archéologiques. Si l’on accepte que le déclin des importations est antérieur à la guerre des Gaules290, faut-il penser que l’accélération du phénomène après la conquête est la simple continuité d’un processus déjà entamé, ou bien la marque d’une nouvelle législation ? Par ailleurs, même si l’argument est loin d’être décisif, l’interdiction des rassemblements dès après la conquête n’est pas attestée, alors que les textes rapportent, pour les décennies postérieures, la lutte contre les druides291. Surtout, l’idée d’une démilitarisation de la province nous semble devoir être abandonnée ; l’élément militaire indigène apparaît au contraire relativement important (voir infra).

    96Quoi qu’il en soit, la baisse réelle des importations montre bien, à nos yeux, combien la pénétration du numéraire romain et la monétarisation de la société indigène sont largement indépendantes du commerce italique. Il serait faux de dire que la conquête n’a aucun effet mais on aurait tort d’imaginer qu’elle a profondément bouleversé la vie quotidienne de millions de Gaulois. En raison des événements politiques à Rome même, puis tout autour de la Méditerranée, bannir la consommation de vin et encourager une économie monétarisée ne comptaient certainement pas parmi les préoccupations majeures du gouverneur de la Comata. C’est plutôt dans la modification de la position des aristocrates gaulois, qui doivent maintenant en référer à une autorité supérieure, qu’il faut chercher l’origine des changements. En modifiant même légèrement leur façon d’exercer le pouvoir, la présence romaine a pu enclencher, ou précipiter une série de réactions, qui ont pu avoir un effet sur la monétarisation de la société gauloise. Mais le poids laissé aux potentats locaux, même inféodés à Rome, et l’absence d’une réorganisation provinciale jusqu’à Auguste, a limité l’ampleur de ces changements et font que La Tène D2b s’inscrit très largement dans les tendances des années antérieures.

    Conclusion du chapitre

    97Les continuités importantes qu’on observe dans le mobilier archéologique après la guerre des Gaules et sur lesquelles nous avons beaucoup insisté, ne doivent pas occulter le fait majeur que constitue la conquête. À partir du milieu du ier s. a.C., la Gaule est officiellement une province romaine, ce qui entraîne nécessairement des modifications dans la vie des nouveaux sujets. Mais le fait même que la conquête ne soit pas détectable archéologiquement (comme le nom de La Tène D2b l’indique, le mobilier reste dans la tradition du dernier âge du Fer) témoigne que de nombreux aspects de la vie quotidienne ne connaissent pas de bouleversements. Du point de vue de la circulation monétaire, les changements observés constituent les derniers développements de tendances amorcées dès avant la conquête, selon des processus régionaux qui ne s’estompent pas : le Centre-Est continue de produire des potins alors que la Gaule Belgique se convertit complètement au bronze frappé. Pour la première fois, on note une production monétaire sur le Rhin inférieur, mais les modalités d’usage et de déposition restent très proches de celles que l’on observait avant la conquête : cette région connaît un développement similaire au reste de la Gaule mais avec un “retard” de 50 à 100 ans. Les différents pouvoirs émetteurs restent difficiles à appréhender, mais les données disponibles vont dans le sens d’une multiplicité d’émetteurs et les indices d’émissions civiques sont peu nombreux. Loin d’être centralisée, la production semble aux mains de centres de pouvoir plus localisés, sanctuaires importants ou aristocrates éminents.

    98Le pouvoir de ces derniers semble inchangé. La guerre des Gaules a sans aucun doute provoqué un certain renouvellement des classes dirigeantes dans les différentes cités, mais elle n’a pas affaibli leur pouvoir. Elle a cependant introduit un changement de taille : si ces classes dirigeantes restent au sommet de la hiérarchie à l’échelon local, elles se situent maintenant à un échelon nettement inférieur à l’échelle de l’empire292. En Gaule, le nouveau maître, c’est Rome, représentée par un proconsul. L’absence de révolte d’envergure, la faible présence légionnaire et le recours important à des troupes locales montrent que le nouveau pouvoir est relativement incontesté. Il apporte une stabilité nouvelle à la situation politique, qui oblige les aristocrates à modifier leur façon d’exercer et de sécuriser leur pouvoir. La faible intervention des autorités provinciales dans les affaires locales entraîne peu de modifications de ce côté-là. Grâce au besoin de troupes indigènes pour le maintien de l’ordre, troupes qui permettent dans le même temps de diminuer la présence légionnaire, l’aristocratie continue à exercer le commandement militaire qui constituait avant la conquête une dimension importante de sa domination. Mais le contact prolongé avec l’appareil militaire romain, à des degrés divers, pouvant aller d’une grande autonomie jusqu’à une véritable incorporation en tant que troupes auxiliaires payées par le questeur romain, quelquefois pour de lointaines campagnes ultramarines, a nécessairement modifié l’organisation militaire indigène. Sur le plan tactique, l’influence semble indéniable (une grande partie des succès de Vercingétorix peut être attribuée à l’adoption de pratiques romaines) et le seul fait d’être subordonné à un état-major romain constitue un premier pas vers l’uniformisation. Mais on peut également supposer que la pratique de la solde, dont on connaît l’importance et l’aspect symbolique pour les Romains293 mais que rien ne permet réellement d’attester en Gaule avant la conquête, a dû se répandre dans ces mêmes années : en 47, avant Pharsale, les Allobroges de Roucillus et Ecus y sont très attachés294. Il s’agit là d’une unité dont la solde est versée par le questeur (donc sur des fonds romains) aux chefs indigènes, afin qu’ils la redistribuent : il ne fait guère de doute que ce mode de paiement a concerné une partie des auxiliaires stationnés en Gaule. Si on accepte l’idée que certains d’entre eux étaient entretenus sur des fonds indigènes, par les aristocrates qui les commandaient ou par la cité dont ils étaient originaires, on peut supposer qu’ils étaient rétribués de manière similaire. Ceci nous semble d’autant plus vraisemblable pour les auxiliaires stationnés hors de leur cité d’origine, dont la présence pourrait être documentée par la présence de monnaies gauloises exogènes sur certains sites295. Ainsi, de la même manière que l’armée civique de la Rome républicaine était largement devenue, dans les faits, une armée de professionnels, le métier des armes en Gaule a dû progressivement se dégager du réseau des obligations sociales et des fidélités personnelles296. Il n’est certainement pas question de dire qu’une telle évolution était déjà très avancée à La Tène D2b, mais elle était sans aucun doute amorcée. Ces troupes indigènes et les contingents légionnaires qui les accompagnaient semblent avoir quadrillé le territoire, stationnant dans un nombre important de sites déjà existants (oppida notamment) ou créés pour l’occasion (comme le fortin d’Arras/Actiparc). Cette population très particulière devait être particulièrement propice aux développements d’échanges marchands, d’une part car la solde leur donnait un accès régulier à du numéraire, d’autre part parce que leur stationnement loin de leur lieu d’origine (au moins pour les légionnaires) devait créer des besoins particuliers, que seul le marché pouvait satisfaire. Ceci a pu favoriser le développement ou le renforcement d’une économie monétaire dans les régions concernées, qui devait toucher à des degrés divers l’ensemble de la population civile.

    99En ce sens, la présence romaine a contribué à la hausse du taux de monétarisation dans l’ensemble de la zone concernée et les contextes archéologiques dans les habitats et sur les sanctuaires semblent montrer une augmentation de la masse monétaire et une intensification de son utilisation. Mais il ne s’agit pas d’une politique délibérée qui viserait à modifier les structures économiques existantes. Comme on l’a vu au chapitre précédent, l’usage de la monnaie était déjà bien ancré en Gaule, un fait illustré par l’absence de remarque à ce sujet chez les auteurs antiques. On a plutôt affaire à un “effet secondaire” de la conquête, dû à la présence permanente de “consommateurs” ayant à leur disposition une quantité importante de numéraire et un “pouvoir d’achat” conséquent. À nos yeux, l’imposition d’un tribut n’a pas réellement constitué un facteur important dans cette monétarisation croissante. En effet, en supposant que les versements en numéraire aient été importants, cela ne signifie pas que la population ait contribué en monnaies, encore moins en monnaies romaines. Seules les autorités civiques auraient eu à se procurer la somme nécessaire. Ceci explique la distribution restreinte des monnaies romaines sur les sites de La Tène D2b, qui semble limitée aux lieux de cantonnements de troupes légionnaires. En effet, le versement de leur solde, en monnaies romaines d’argent et de bronze, constituait à cette époque la seule injection de numéraire romain dans la circulation.

    100Différents chercheurs ont proposé de reconnaître plusieurs circuits de circulation monétaire pour cette époque. L.-P. Delestrée insiste sur une division entre civils et militaires, tandis qu’I. Wellington pense qu’il surestime l’importance de l’élément militaire et considère que d’autres facteurs peuvent expliquer la circulation large de certains types297. Il faut faire ici deux distinctions : entre les monnaies romaines et les monnaies gauloises et, pour ces dernières, entre les raisons de leur production et les raisons de leur circulation. La distribution des monnaies romaines suggère bien que la majorité d’entre elles appartiennent à une circulation militaire, pour la simple raison, déjà énoncée, que seuls les soldats romains avaient un accès courant à de telles pièces. En ce qui concerne les monnaies gauloises, il est difficile d’identifier des “productions militaires” ; les deniers gaulois à circulation suprarégionale, dont on a vu qu’ils pourraient avoir servi à régler la solde de certains auxiliaires, n’ont pas nécessairement été frappés dans ce but, ou uniquement dans ce but. Étant donné qu’à cette époque, la métrologie des frappes en argent est largement standardisée et alignée sur le quinaire romain, toutes les productions, quelle que soit leur origine, pouvaient être utilisées ensemble. Les dépôts de monnaies en argent de cette période sont d’ailleurs très mélangés et attestent du brassage. Néanmoins, la distribution de ces dépôts, comme celles des monnaies gauloises exogènes, semblent souvent correspondre à celles des monnaies romaines. Il est donc probable que les militaires jouent un grand rôle dans la circulation de ces monnaies. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils aient été les seuls à véhiculer ces pièces ; leur présence sur des sanctuaires où l’élément militaire n’est pas apparent (par ex. Vendeuil-Caply et Estrées-Saint-Denis) en témoigne peut-être.

    101Les données archéologiques attestent sans aucun doute de différents niveaux de circulation mais il reste difficile de modéliser l’ensemble de façon adéquate. Un premier problème tient à la question militaire : faut-il considérer que la circulation “militaire” de certaines monnaies gauloises correspond à la circulation des monnaies romaines ? Même en répondant par l’affirmative, cela ne résout pas le problème de la production de ces monnaies. Par ailleurs, l’impossibilité de parvenir à des certitudes concernant les pouvoirs émetteurs gaulois rend difficile toute modélisation, d’autant plus que les différentes émissions des différents pouvoirs ont pu circuler côte à côte. On pourra objecter avec raison que malgré la nature tout aussi incertaine des pouvoirs émetteurs pour La Tène D1 et D2a, nous avons tout de même proposé un modèle au chapitre précédent (fig. 20). C’est que la situation était néanmoins plus simple, car la part jouée par les acteurs romains était tout à fait minimale, pour ne pas dire inexistante. Il y a peut-être aussi un biais de la documentation : les données archéologiques comme les textes concernant la deuxième moitié du ier s. a.C. sont plus nombreux et nous font connaître des détails et des acteurs que nous ne pouvons ignorer. Nous renonçons donc à proposer un modèle général de circulation monétaire pour La Tène D2b en Gaule nord-orientale, pour nous contenter d’un modèle de circulation des seules monnaies romaines (fig. 52).

    Fig. 52. Modèle de circulation des monnaies romaines en Gaule à La Tène D2b.

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    102Ce dernier fait apparaître deux aspects que nous avons déjà soulignés. D’une part, l’étroitesse de la circulation des monnaies romaines, auxquelles la majorité de la population n’a probablement pas accès, pour de simples raisons de disponibilité. D’autre part, la réalité de la domination romaine : si les affaires locales et internes restent largement du ressort des cités et se traitent certainement selon des règles déjà en vigueur avant la conquête, si la présence légionnaire est beaucoup moins marquée que pendant les années de guerre, Rome n’en est pas moins l’autorité suprême en matière judiciaire, fiscale et militaire, à laquelle même les aristocrates les plus importants sont soumis. La reconduction par le conquérant des classes dirigeantes et l’absence d’organisation immédiate de la nouvelle province permettent d’expliquer que ce changement majeur dans la structure du pouvoir en Gaule ne soit pas réellement perceptible dans la documentation : non pas à cause d’une certaine inertie dans nos données (archéologiques ou textuelles) mais parce qu’à l’époque-même, ce changement n’a pas dû avoir de répercussions majeures dans la vie quotidienne de la majorité de la population.

    Notes de bas de page

    1 Voir pour chaque site les notices dans Reddé et al., éd. 2006, 24-25 (Alésia), 183-190 (Gergovie), 371-373 (Uxellodunum) (avec bibliographie antérieure). Les deux derniers sites sont en dehors de notre zone d’étude et nous n’en traiterons pas ici.

    2 Napoléon III [1865-1866] 2001, pl. 7-8 (Mauchamp) et 27-28 (Saint-Pierre-en-Chastres). On trouvera l’essentiel de la bibliographie sur ce dernier site dans la notice qui lui est consacrée dans la base de données en ligne www.oppida.org (consultés le 12/01/2015). Hors de la zone d’étude, le site du Petit Celland dans la Manche a également été attribué à la guerre des Gaules : voir principalement Napoléon III [1865-1866] 2001, pl. 12 ; Colbert de Beaulieu 1954 ; Wheeler & Richardson 1957, 38-54.

    3 Reddé et al., éd. 2006, 225-227.

    4 Bulletin de la Société Académique de Laon, 13, 1863, 171-172 (sigillée) et 174 (monnaie de Tibère, type RIC, 81).

    5 Jouve 1976.

    6 Pour les pointes de flèches : Duval 1970, type B ; cependant, Poux 2008, 363 fig. 44, n’exclut pas une datation antérieure à la conquête pour ces pointes, sans le justifier dans le texte. Pour les monnaies : Woimant 1995, 498.

    7 Roymans et al., éd. 2012, 20-24 et 71-108, avec bibliographie complète.

    8 Roymans et al., éd. 2012, 23 fig. 14 et 76 fig. 4. Les balles de fronde, indubitablement romaines, sont réparties en deux concentrations, une à l’entrée et la seconde à l’extérieur de la fortification. La découverte est le fait d’un amateur équipé d’un détecteur à métaux et leur nombre exact n’est malheureusement pas donné, pas plus que la distribution des balles entre les deux concentrations. La publication en illustre 14 exemplaires, tous anépigraphes, sans indiquer de quelle concentration elles proviennent. Le poids n’est pas donné et cela complique la comparaison avec les données publiées dans Poux 2008, 365-371. De plus les auteurs écrivent “The size and weight of these lead projectiles – a little less than the average known for Republican slingshot – and the lack of stamps, seems to suggest a date in the Augustan-Tiberian period”, tout en associant les balles au siège césarien (Roymans et al., éd. 2012, 23 et 84).

    9 Dépôts THU-01 à -03 de notre catalogue.

    10 Roymans et al., éd. 2012, 7. On retrouve ici le supposé monopole romain sur les émissions en métal précieux à partir de la fin de la République postulé par T. Mommsen : Braund 1984, 123-128 a montré qu’il n’existe aucun argument numismatique pour soutenir cette position.

    11 Les dépôts étudiés dans Roymans et al., éd. 2012 sont essentiels pour la chronologie des types Scheers, 29/I et II et Scheers, 31/I, pour lesquels on ne connaît malheureusement pas d’exemplaires en contexte archéologique bien daté, hormis un Scheers, 29/I en bronze à Estrées-Saint-Denis à La Tène D2b (contexte B-040-03). Si on se tourne vers les monnaies de type Scheers, 29/III et IV, qui sont postérieures, les données sont plus abondantes. Ainsi, le dépôt de Kwaremont (dépôt KWA ; Scheers 1977, dépôt n° 47) a livré des Scheers, 29/IV (la dernière classe émise) avec des monnaies romaines, dont la plus récente porte l’effigie de Tibère. Par ailleurs, les Scheers, 29/III et IV sont souvent associés aux monnaies Scheers, 24/IV (par ex. dans le dépôt de Ledringhem : dépôt LED ; Scheers 1977, dépôt n° 49). Or ces derniers sont bien représentés dans les niveaux augustéens du sanctuaire de Bois-l’Abbé (phase 1a, 35/30 a.C. à 15 p.C., contextes B-016-01 et 02), ce qui contribue à tirer la production des Scheers, 29/IV à la fin de
    La Tène D2b ou à l’augustéen précoce. Dans ces conditions,
    il ne nous semble pas invraisemblable que la production des Scheers, 29/I et II ait pu se prolonger jusqu’au début des années 40 a.C.

    12 Hornung 2012. Contexte B-047-01.

    13 Voir par ex. le catalogue de Gruel & Popovitch 2007, où les références à Alésia sont constantes.

    14 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 11-103. Néanmoins, ce catalogue n’intègre pas certains apports de Scheers 1987, que nous avons choisis de prendre en compte.

    15 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 3-9.

    16 Ibid., 93-94 n° 146-164.

    17 Mais selon J.-M. Doyen (comm. pers.), l’identification de cette pièce (n° 677 dans le catalogue de Reddé & Schnurbein, éd. 2001) est erronée.

    18 Ibid., 98 n° 677 et 679.

    19 Ibid., 98 n° 676.

    20 Deux exemplaires proviennent du camp de Mauchamp mais ils sont à nos yeux suspects pour les raisons invoquées plus haut. Par ailleurs, le site se trouvant en plein territoire rème, leur présence n’est pas anormale et pourrait témoigner d’une fréquentation postérieure à l’époque césarienne.

    21 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 38 n° 678.

    22 Ibid., 19.

    23 Ibid., 83.

    24 Mais les manuscrits dépouillés dans Scheers 1987 font état d’une monnaie de ce type. L. Popovitch ne l’a pas reprise dans son catalogue car la pièce n’a pas été retrouvée : Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 73-74. Nous avons choisi de l’inclure dans nos inventaires.

    25 Ibid., vol. 2, 6-7. Ceci peut d’ailleurs expliquer que la monnaie mentionnée dans la note précédente ne soit pas reprise dans le cahier d’inventaire du Musée d’Archéologie Nationale.

    26 Ibid., vol. 2, 1 et 5 ; 303, sur les clous de chaussures, très abondants mais ignorés au xixe s.

    27 M. Reddé (comm. pers.).

    28 Kaenel 2008, 241-243.

    29 Contrairement à celui des monnaies gauloises, le catalogue final des monnaies romaines (Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 85-95) ne donne pas la provenance des différentes monnaies. Pour l’établir, nous nous sommes basé sur le catalogue proposé dans la thèse de L. Popovitch (Popovitch 1996). L’image qui en ressort est différente de celle publiée en 2001 (Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 70-73). Il faut surtout mentionner la situation du pseudo-camp D de la plaine de Grésigny, qui concentre la majorité des découvertes. Sur les 122 exemplaires attribuables aux fossés de la plaine de Grésigny sur la base des inventaires du xixe s., seuls 100 peuvent être donnés avec certitude à cet endroit.

    30 Pour cette carte, les données du siège sont issues de Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 11-103, complétées par Scheers 1987 ; pour l’oppidum du Mont Auxois, les données sont celles de la phase 2a du centre public, datée 50/40 a.C., issues de Bénard 1997.

    31 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 9 et 18-19.

    32 La contestation la plus vive portant sur les potins, dont les séries les plus importantes (à la grosse tête, au sanglier) sont assurément suprarégionales et non séquanes ou leuques. Sur les émissions à légende TOGIRIX, voir Geiser & Genechesi 2011 et infra.

    33 Sur les monnaies de l’armée de secours, on lira Deyber 2008, 330-331, avec prudence, car l’auteur n’y conteste pas les attributions de B. Fischer.

    34 Identification E. Hiriart. Une deuxième monnaie du même groupe est connue à Alésia, sans localisation précise ; des monnaies semblables proviennent du Puy d’Issolud : Girault 2007.

    35 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 291.

    36 Pour M. Reddé (comm. pers.), il est plus probable que César ait occupé le camp B.

    37 Caes., Gal., 7.45.1.

    38 Martin 2013b.

    39 Contexte L-001-04. Pour les totaux utilisés, qui diffèrent des comptages publiés, voir supra notes 24, 29 et 30. L’as républicain est mentionné dans Scheers 1987, 748 mais n’a pas été repris dans l’inventaire final par L. Popovitch qui ne l’a pas retrouvé dans les collections du MAN.

    40 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 80-83.

    41 La méthode employée est présentée et testée dans Lockyear 2007a, qui analyse de manière systématique les dépôts de deniers républicains postérieurs à 157 a.C. Comme nous l’avons indiqué plus haut, le résultat des analyses de l’ensemble d’Alésia et du dépôt de Mayence étudié plus haut doit servir de base à une publication dans l’American Journal of Numismatics.

    42 Même si on peut toujours arguer de l’épisode du vol de la solde par les Éduens (Caes., Gal., 7.55). Mais l’homogénéité du lot romain et notamment l’absence presque totale de monnaies gauloises, laisse songeur.

    43 Rappelons que la fosse datée La Tène D2a qui a livré les as républicains au Titelberg contenait très peu de céramique et que sa datation n’est donc pas absolument certaine (contexte B-094-01). Voir supra, p. 45.

    44 La note 80, p. 1309 de l’édition des Vies parallèles de Plutarque dirigée par F. Hartog en 2001 (Paris, Gallimard, collection Quarto) est un bon exemple de la diffusion de cette interprétation que C. Goudineau réfutait dès 1990, dans la première édition de César et la Gaule. Rambaud 1966, 111-115, offre un exposé précis de cette thèse. Cette dernière s’appuie entre autres sur D.C. 38.31.1 mais il nous semble que, dans ce passage, c’est surtout le concours de circonstances et la guerre contre Arioviste, que les Séquanes et les Éduens appellent de leurs vœux (D.C. 34.1-3), qui lui permettent “comme il le désirait par-dessus tout, de soumettre complètement le pays par la guerre et de tout régler.” Ainsi, la légitimité de l’intervention césarienne est justifiée dans l’œuvre de Dion Cassius, sans que ce dernier fasse mystère des visées “impérialistes” du général.

    45 Rambaud 1966, 114.

    46 Caes., Gal., 1.11.3-4 ; D.C. 38.32.1-2 (où les Helvètes ravagent aussi le territoire séquane). On sait que César n’est pas la source unique de Dion Cassius et il existe d’ailleurs quelques divergences sur cet épisode précis : César ne mentionne pas d’accord entre Helvètes et Éduens, ni le ravage du territoire séquane ; chez Dion, ce sont les Séquanes et les Éduens qui demandent à César d’intervenir (à ce propos, voir supra pour les liens probablement anciens et formalisés entre Séquanes et Rome). Rambaud 1966, 114, met en doute la possibilité même de ravager les terres, “puisqu’il n’y avait encore ni blé ni fourrage” ; mais le passage invoqué (Caes., Gal., 1.16.2) dit seulement que le blé n’était pas mûr (et il en va certainement de même pour le foin) : on peut très bien ravager un champ avant maturité.

    47 Liv., Perioch., 61.3 : “parce qu’ils avaient aussi ravagé le territoire des Éduens, alliés du peuple romain.”

    48 Cic., Att., 1.19.2 : “Quant aux affaires publiques, le plus grave pour le moment c’est la crainte d’une guerre avec les Gaulois [Gallici belli].” Et plus loin : “les Helvètes – la chose est certaine [sine dubio] – sont en armes et se livrent à des incursions dans la Province.”

    49 Le sujet, somme toute relativement anecdotique, a suscité une bibliographie abondante, parmi laquelle on peut citer Walser 1998 (pour qui les Helvètes se déplaçaient dans le cadre d’une expédition de mercenaires et non d’une migration) ; Lieberg 1998 (pour qui César est intervenu au nom des intérêts de Rome) ; Hall 2000 (compte-rendu des deux précédents, rappelant que les ouvrages s’inscrivent dans de vieux débats, sans réellement les renouveler) ; Thorne 2007 (qui traite de la chronologie du conflit et de l’arrivée des trois légions depuis Aquilée). Williams 2001, même s’il ne concerne pas directement le sujet, n’en est pas moins éclairant. Lintott 1993, 25-26, souligne également que le mandat de César autorisait une telle intervention. Sur la migration des Helvètes, dans une optique un peu différente, voir également Hiernard 1999, qui analyse les liens des Santons avec l’Europe centrale, explication possible de leurs liens avec les Helvètes.

    50 Seul l’horizon 1A du pseudo-sanctuaire de Cybèle à Lyon (contexte L-024-29) fait exception, mais les bronzes frappés sont “extérieurs” : deux monnaies LT, 2677 des Volques Arécomiques et deux bronzes arvernes du type “EPAD au guerrier” (BN, 3907).

    51 Gruel et al. 2009 ; Charnotet 2011.

    52 Gruel, éd. 1995, 137-141. Contrairement à ce qu’écrivent Brun & Ruby 2008, 127, une telle hypothèse ne conteste pas la monétarisation précoce de la Gaule ; au contraire, comme le souligne K. Gruel, la nature vraisemblablement fiduciaire des potins et leur possible rôle “paramonétaire” attestent des pratiques complexes. Ces trois auteurs soulignent d’ailleurs tous la nécessité de pouvoirs émetteurs forts que semble impliquer l’existence des potins.

    53 Caes., Gal., 2.3.5 (Rèmes et Suessions) ; ibid., 6.3.4-5 (Parisii et Sénons), pour deux cas possibles de divisions en deux cités d’un ensemble plus grand.

    54 Fichtl 1994 ; Delestrée 1996 ; Fichtl 2004 ; 2012b.

    55 Genechesi 2012, 433.

    56 Wellington 2005, 107 et 284. Analyses de potins montrant la part importante d’étain : Geiser & Barrandon 1995 ; Sarthre 1997 ; 2000 ; Gruel & Popovitch 2007.

    57 Penhallurick 1986 ; Merideth 1998, 23-33.

    58 Pour les données britanniques : Haselgrove 1995.

    59 Type “à la tête diabolique” ; on trouvera la nouvelle chronologie des différentes classes établies par Barthélémy 1995 dans Troubady 2011.

    60 Creighton 2000, 37-40.

    61 Pernot 1994, 151 (voir aussi la contribution du même auteur dans Meyer-Roudet, éd. 1999, 33). Les potins du Rhin moyen (territoire des Trévires) pourraient avoir eu une couleur dorée : Wellington 2005, 78 n. 2.

    62 Les travaux de C.-O. Sarthre couvrent le territoire picton, ceux de S. Nieto-Pelletier le territoire arverne. Cette dernière mène par ailleurs, en collaboration avec J.-M. Doyen, un programme d’analyses sur les monnaies attribuées aux Rèmes. La spectrométrie de fluorescence X, utilisée dans Burkhardt et al. 1994, ne donne pas de résultats suffisamment fiables.

    63 Sarthre 2000. Les analyses montrent que le laiton apparaît en Europe de l’Ouest vers 60 a.C. : Istenič & Šmit 2007 (qui contestent, à notre sens à juste titre, l’interprétation de trois objets en laiton, provenant peut-être de niveaux du Titelberg datés 100-50 a.C., avancée dans Hamilton 1996). Les premières monnaies gauloises attestées sont contemporaines du siège d’Alésia (Nieto 2004 : monnaies au nom de Vercingétorix et Cas) et l’usage ne semble se répandre que dans les décennies qui suivent. Sur le zinc et le laiton en général : Craddock, éd. 1998, en particulier les articles par P. Craddock et J. Bayley.

    64 Guichard et al. 1993 ; Delestrée 1996 ; 1999. Contra Colbert de Beaulieu 1973, 323 sq.

    65 Comme à la période précédente, le faciès des sites ségusiaves (Feurs, Roanne, Lyon) doit s’expliquer principalement par leur position géographique, au débouché de la vallée du Rhône.

    66 Références au RIG, IV dans l’ordre alphabétique : Arda, n° 36-43 ; Atesos, n° 53 ; Ateula/Ulatos, n° 54 ; Atisios Remos, n° 56 ; Atpilli f. Orcetirix, n° 57 ; Caledu, n° 88, 89 et 257 ; C. Iuli Teledhi, n° 80 ; Kraccus, n° 124 ; Criciru, n° 125-127 ; Eccaios, n° 152 ; Matugenos, n° 206 ; Q. Iulius Togirix, n° 229 ; Roveca, n° 238-244 ; Sutic(c)os, n° 271-275 ; Turonos Cantorix, n° 291 ; Venextos, n° 299.

    67 Delestrée 2005; Wellington 2005, passim et en particulier 317-326.

    68 Séries “cheval-cheval” et “au renard” : Gruel & Lallemand 2009 ; Nieto-Pelletier 2013, 134-136 et 208-209

    69 On ne compte pas ici les légendes copiées servilement sur les premières frappes imitées de Philippe II de Macédoine.

    70 Guihard 2012, 131-180. Voir infra, p. 227-228.

    71 On notera au passage la similitude entre Remo et Roma, et l’iconographie très romanisée de la frappe en question (Scheers, 146).

    72 Données et cartes dans Scheers 1977.

    73 Fichtl 2004 ; 2012a

    74 Comme le dit explicitement D.C. 53.22.5.

    75 Si on accepte la position de T. Broughton, selon qui D. Iunius Brutus Albinus n’avait pas ce titre. On trouvera la liste des magistrats dans Wightman 1974, 474-475 tab. 1 et 2.

    76 Richardson 1994, qui offre une présentation synthétique de l’administration de l’empire républicain que nous suivrons ici ; voir aussi Lintott 1993. Dans les publications plus récentes : Ferrary 2008 (entre autres travaux de cet auteur) ; Hurlet, éd. 2009 ; Barrandon & Kirbihler, éd. 2010 ; 2011.

    77 Outre Lintott 1993, 70-96 et Richardson 1994, 585-589, Ñaco del Hoyo 2003 constitue probablement la discussion la plus récente et approfondie du sujet (avec historiographie et bibliographie jusqu’en 2002), notamment dans les premiers chapitres. Ses positions pour l’Hispanie ont été réaffirmées dans Ñaco del Hoyo 2005 ; 2010. Pour la Gaule, voir en particulier les travaux de J. France : France 1993 ; 2000 ; 2001b ; 2001c ; 2007 ; 2009.

    78 Que l’on place ce premier recensement dès 27, ou en 12 a.C. seulement, comme le pense M. Reddé.

    79 Suet., Jul., 25.2 : Omnem Galliam […] praeter socias ac bene meritas ciuitates in prouinciae formam redegit, eique quadringenties in singulos annos stipendii nomine inposuit (“Toute la Gaule […] fut, à l’exception des cités alliées et de celles qui avaient bien mérité de Rome, réduite par lui à l’état de province et il lui imposa un tribut annuel de quarante millions de sesterces”). Repris par Eutr. 6.17.3 : Galliae autem tributi nomine annuum imperavit stipendium quadringenties (“Quant aux Gaules, il leur imposa à titre de tribut annuel une somme de quarante millions de sesterces”).

    80 Plus que Boren 1983, voir Ñaco del Hoyo 2003, 28-56 et France 2006.

    81 Ñaco del Hoyo 2003, 50 ; France 2001c, 362-364.

    82 France 2001c, 372-373, à propos de D.C. 54.21.

    83 Les analyses métalliques de deniers gaulois de La Tène D1 et D2a montrent un taux d’argent rarement inférieur à 90 % : Gruel & Barrandon 2000. Cic., Att., 2.6.3, montre que le Trésor stockait et utilisait du numéraire non romain (dans ce cas des cistophores asiatiques).

    84 France 2007, 180-181, insiste sur la variété des situations provinciales, à la suite notamment de Duncan-Jones 1990, 188-197.

    85 Cic., Ver., 3.188-226. À rapprocher de Tac., Ag., 19.4-5. Pour la situation hispanique, voir Cadiou 2008, 601-609.

    86 Tac., Ann., 4.73.

    87 Bérenger 2011.

    88 Lintott 1993, 92-95 ; Richardson 1994, 588-589. Voir également la liste dressée par Herz 1992 pour le début de l’Empire.

    89 Voir infra, p. 144-163, pour la présence légionnaire sur le sol gaulois.

    90 Sur les auxiliaires d’époque républicaine, voir en dernier lieu les travaux de Hamdoune 1999 (Afrique) ; Cadiou 2008 (Hispanie) ; Prag 2007 (Sicile) ; 2010 ; 2011

    91 Pour les socii, voir Nicolet 1978. Le texte central pour les externae nationes est Cic., Ver., 5.60. Nous avons traité en détail de ce problème dans Martin 2014. On y trouvera en particulier une analyse détaillée des sources littéraires disponibles.

    92 Par ex., Caes., Gal., 4.6.5 ; ibid., 5.5.3 ; ibid., 5.58.1. Nous n’avons pas connaissance d’envoi volontaire de troupes : ibid., 2.24.2, n’implique pas que les Trévires aient envoyé de leur plein gré des cavaliers. Voir Pernet 2010, 262-264 pour un dépouillement des mentions d’auxiliaires (dont les levées de troupes) dans la Guerre des Gaules. Chez Cicéron, on citera en particulier, pour la Gaule, Fam., 10.8.4-6 et 10.21.5.

    93 Wolters 1990, 111-116.

    94 Caes., Civ., 3.59.3-4 : “Mais, tout fiers de la bienveillance de César, gonflés d’une vanité absurde et bien dignes de barbares, [les deux frères allobroges Roucillus et Ecus] regardaient de haut leurs camarades, s’appropriaient indûment la solde des cavaliers et détournaient tout le butin pour l’envoyer chez eux. Les cavaliers, outrés de cette façon d’agir, vinrent tous trouver César, et se plaignirent ouvertement à lui de l’injustice de leurs procédés ; ils ajoutèrent aux autres griefs que ces individus faussaient les situations d’effectifs qu’ils présentaient, pour pouvoir opérer des détournements sur la solde.”

    95 Voir également Tac., Hist., 4.12.2.

    96 Voir en dernier lieu Roymans 2004, 55-61 (avec bibliographie antérieure)

    97 Lamoine 2009.

    98 Wolters 1990, 77-108.

    99 Expression qui rend mieux la réalité antique que “royaumes-clients” : Braund 1984 ; Suspène 2009b, notamment
    50 n. 1 ; Suspène 2010.

    100 Sur les royaumes alliés et amis, voir la bibliographie de la note précédente. Dans la situation gauloise, un point commun avec les rois amis et alliés reste cependant les rapports personnels entre les dirigeants gaulois et leurs patrons romains.

    101 Caes., Gal., 5.5.3-4: equitatus totius Galliae […] numero milium quattuor principesque ex omnibus civitatibus ; id., Civ., 1.39.2 : equitum III milia […] ex Gallia […], nominatim ex omnibus civitatibus nobilissimo et fortissimo evocato.

    102 Goudineau 2000, 364 ; Hostein 2010, 64.

    103 Cic., Fam., 10.8.6.

    104 Cic., Fam., 10.21.5.

    105 Deux séries monétaires du sud-ouest attestent des liens personnels de Plancus avec l’aristocratie gauloise : elles documentent un certain L. Munatius Attalus, à placer vraisemblablement chez les Rutènes (RIG, IV, n° 191 et 209 ; Feugère & Py 2011b).

    106 Toutefois leur place précise dans la hiérarchie est difficile à déterminer. Rappelons que nombre de postes étaient occupés par des Romains. Sans prétention à l’exhaustivité : Caes., Gal., 1.52.7 : P. Crassus commande la cavalerie (equitatui : le terme peut désigner la cavalerie auxiliaire, comme le montre ibid., 3.20.2) ; ibid., 5.17.2 : toute la cavalerie sous le commandement de C. Trebonius ; ibid., 6.29.4 : L. Minucius Basilus commande toute la cavalerie. Plus ambigu : ibid., 3.26.1 : Crassus réunit les praefectos equitum : le titre est parfois appliqué à des indigènes – ibid., 7.66.3 (Vercingétorix convoque ses praefectis equitum) et 8.12.4 (Vertiscos, qui combat pour les Romains) – mais on peut supposer qu’une partie au moins des personnes convoquées par Crassus sont des citoyens romains (d’autant plus que César indique juste avant que Crassus se défiait des auxiliaires “comme combattants” : ibid., 3.25.1). Notons également le cas de C. Volusenus Quadratus, qui revient dans la Guerre des Gaules comme dans la Guerre civile et plusieurs fois en tant que prafectus equitum (Caes., Gal., 6.41.2 et 8.48.1 ; id., Civ., 3.60.4). C’est vraisemblablement lui qui commande aux deux frères allobroges Roucillus et Egus, qui détournent une partie de la solde de leurs cavaliers et finissent par passer dans le camp pompéien après avoir tenté de l’assassiner : Yoshimura 1961, 473-474.

    107 Drinkwater 1978, 848-850 ; Lamoine 2009, 92-105.

    108 Caes., Gal., 2.5.2-3.

    109 Ibid., 2.10.5.

    110 Ibid., 2.14.1. Le texte latin dit : […] Diviciacus (nam post discessum Belgarum dimissis Haeduorum copiis ad eum reverterat) […]. En faisant usage de l’ablatif absolu, César ne dit pas explicitement que c’est Diviciacos qui a renvoyé les troupes éduennes. Mais la phrase implique que les troupes ont été renvoyées avant que le druide ne revienne vers César ; en l’absence vraisemblable d’officier romain, c’est donc Diviciacos qui a dû se charger de l’opération (même interprétation chez Lieberg 1998, 149).

    111 Caes., Gal., 1.41.4.

    112 Ibid., 6.6.4.

    113 Ibid., 7.5.3.

    114 Ibid. : de consilio legatorum quos Caesar ad exercitum reliquerat.

    115 Ibid., 6.44.3.

    116 Ibid., 7.5.6.

    117 Au moment même où C. Valerius Flaccus, proconsul de Transalpine, accordait la citoyenneté à certains d’entre eux ; peut-être a-t-il récompensé les Helviens restés fidèles, que l’on retrouve chez César à la tête de la cité.

    118 Ferdière 2005, 64, avec références complètes aux sources antiques. On note au passage que les Italiens de Vienne vont se réfugier chez les Éduens, nouvelle attestation de la réalité des liens entretenus avec Rome avant la conquête.

    119 Caes., Gal., 7.65.2 : le texte dit sua sponte. Les Helviens étaient commandés par C. Valerius Domnotaurus, frère du Procillus mentionné plus haut et envoyé par César auprès d’Arioviste (ibid., 1.47.4 et 1.53.5). Un passage antérieur (ibid., 7.7.5) indique que César avait fait envoyer chez les Helviens des troupes de Transalpine et de Cisalpine ; mais en 7.65.2, la phrase laisse clairement entendre que les Helviens sont seuls.

    120 Ibid., 7.65.3 : cum cura et diligentia.

    121 Ibid., 5.5.4.

    122 Sur les Iulii antérieurs à l’époque flavienne : Drinkwater 1978, à compléter et corriger par  Goudineau 2002 ; Kaenel & Martin-Kilcher 2002 ; Hostein 2010 (Frei-Stolba 2004 concerne les Allobroges). Les Iulii connus par la numismatique sont C. Iulius Teledhus ou os (Gaule Belgique), Durat(ios) Iulios (Centre-Ouest), C. Iulius Agedomapatis (Sud-Ouest) et Q. Iulius Togirix (Centre-Est) (respectivement RIG, IV, n° 80, 145, 177 et 229), ainsi qu’un G. Iulios Tatinius Anandgouumag apparu récemment (il n’est pas certain que le dernier mot fasse partie du nom ; la monnaie est connue par un seul exemplaire provenant des alentours de Rouen : Guihard 2012, 139-141, avec une interprétation inutilement alambiquée du nom, et 399, type BES-10h, n° 139, avec bibliographie antérieure). Agedomopatis est peut-être le même que l’Agedomopas en CIL, XIII, 1036 et 1042-1045 (= ILASantons, 7 et 18).

    123 Sur toute cette série, Geiser & Genechesi 2011.

    124 Hostein 2010.

    125 Badian 1958, pour qui toutes les relations entre Rome et les peuples conquis étaient faites sur le modèle de la clientela. Entre autres travaux, Braund 1984 ; Burton 2003 ; 2011 ont plaidé pour un nouveau modèle diplomatique, basé sur la notion d’amicitia. Une étude de cas sur les Cornelii Balbi de Gadès (Pina Polo 2011) souligne combien le modèle d’E. Badian n’est en réalité pas systématique. On notera cependant que le patron des Allobroges à Rome au moment de la conspiration de Catilina était un certain Q. Fabius Sanga, de la même gens (et portant le même prénom) que Q. Fabius Maximus Allobrogicus, le vainqueur de 121: Sal., Cat., 41.4 ; App., BC, 2.4.

    126 Crassus : Plu., Crass., 17.7 et 25.7-11 ; Labiénus : B. Afr. , 40.5.

    127 Supra, p. 71-80.

    128 Scheers 1969, 42-44 ; Weiller 1995 ; Loscheider 1995 ; 1997 ; 1998, 173-183 ; Creighton 2000, 117-125 ; Loscheider 2005 ; Creighton 2005 ; Metzler & Gaeng 2009, 513‑519 ; Woytek 2009.

    129 La classe III des bronzes Scheers, 30a copie le droit du dernier RRC, 412/1 de L. Roscius Fabatus.

    130 Le droit copierait le droit du denier RRC458/1.

    131 Il s’agit du droit du denier RRC, 500/3.

    132 Afin de faciliter la lecture, les noms des Cassii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Cassius” de la RE.

    133 RIG, IV, n° 102 et 277, avec mentions des points de découvertes connus.

    134 Afin de faciliter la lecture, les noms des Calpurnii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Calpurnius” de la RE.

    135 Autres frappes de deniers portant une tête d’Apollon “aux cheveux calamistrés” : RRC, 346/2 (88 a.C., qui est presque une copie conforme du 340/1), 352/1 et 353/1-2 (85 a.C.), 369/1 (82-80 a.C.), 410/1 (66 a.C.), 474/1-3 (45 a.C.), et 503/1 (43/42 a.C.).

    136 Alors qu’on compte seulement pour les émissions citées à la note précédente entre 10 et 100 coins de droits, excepté pour le type RRC, 352/1, pour lequel M. Crawford (1974) en recense 427.

    137 Contexte L-001-11 : 3 ex. du RRC, 340/1 et 2 ex. du RRC, 408/1.

    138 Mais voir infra pour des imitations claires de prototypes peu courants.

    139 CIL, VI, 16565, qui mentionne un C. Crepusius C. f. Dans les provinces, l’OPEL ne recense aucune attestation du nom.

    140 Références et analyse dans Creighton 2005.

    141 Scheers 2012. Selon cet auteur, ces deniers ont eux-mêmes servi de prototypes à d’autres monnaies qui ne font donc pas directement référence au denier de P. Crepusius. Les monnaies à légende CAMBOTRE semblent dater de
    La Tène D2b.

    142 À moins de considérer que les deux Platorii, consuls suffects de 119 et 160, n’en fassent partie : PIR VI, 179-183, n° 449 et 450.

    143 Sur la gens Plaetoria : RE “Plaetorius”, col. 1947-1953 (auquel il faut ajouter de nombreuses attestations épigraphiques non prises en compte) ; Broughton 1951-1952, passim (récapitulatif p. 601) ; Wiseman 1971, 251 (avec stemma) ; Crawford 1974, 408-409 et 418 ; Ryan 1996. La famille apparaît une seule fois dans le texte de Wiseman 1971 (p. 34) et n’est pas mentionnée dans les ouvrages suivants : Münzer [1920] 1999; Syme 1967 ; 1986. Sur les monnaies à leur nom : Champeaux 1987, 250-259 (avec bibliographie antérieure) ; García-Bellido 1989 ; Maestosi 1995 (que nous n’avons pu consulter) ; Pedroni 1997 ; Bisogno & Gianandrea 2010.

    144 Équivalent à RE “Laetorius” 8. Afin de faciliter la lecture, les noms des Plaetorii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Plaetorius” de la RE.

    145 CIL, I², 1442 (qui mentionne M. Plaetorius L. f. M. n. (7) édile de la cité) et 1443. Un M. Pletorius P. f. (9) est également attesté à Pesaro, dans les actuelles Marches : CIL, I², 367.

    146 Seul M. Plaetorius (10) est formellement connu (Crook 1984). Les deux tribuns de la plèbe restitués par T. R. S. Broughton le sont à partir des mentions de deux leges Plaetoriae distinctes : RE “Plaetorius” 1 et 2 ; Broughton 1951-1952, 473.

    147 Ne sont intégrés que les membres ayant joué un rôle politique à Rome ; les affranchis et les magistrats locaux n’ont pas été pris en compte.

    148 B. Alex., 35.4. Le C. Plaetorius (5) est peut-être équivalent au Plaetorius (3).

    149 Sur les Cestii, vraisemblablement originaires de Préneste : RE “Cestius”, col. 2004-2011 ; Broughton 1951-1952, 544 ; Syme 1964, 114 ; Wiseman 1971, 223-224.

    150 Nous adoptons le stemma de Wiseman 1971, 251, avec quelques modifications mineures.

    151 Puisqu’ils portent chacun le prénom de leur père. Même si le surnom n’est pas formellement attesté pour L. Plaetorius (14), il faut le restituer, puisque le type monétaire qu’il frappe en 74 a.C. est un jeu sur son cognomen : Crawford 1974, 408-409 (type RRC, 396).

    152 B. Afr., 96.

    153 Nous adoptons la chronologie de Crawford 1974 (types RRC, 405 et 409), parfois discutée, notamment pour l’émission de 69 a.C. Mais la marge d’ajustement semble minime et n’affecte pas notre propos.

    154 Crawford 1974, 408 (type RRC, 396).

    155 Contexte G-008-01.

    156 Contextes L-001-04, G-008-01, G-008-04, G-012-01, G-012-06, G-012-17.

    157 Respectivement dépôts MTS, ONN-02 et MES. On compte également deux RRC, 405/3 et deux RRC, 409/1 à Dombresson (terminus post quem de 54/55 p.C.) : Estiot & Aymar 2001-2002, 148-154.

    158 Crawford 1969, 28-29 table XII, qu’on peut compléter par Crawford 1974, 654-657 table L. La base de données qui a servi à compiler Crawford 1969, est maintenant largement disponible en ligne sur http://numismatics.org/chrr/ (consulté le 13/01/2015). Backendorf 1998 ne comprend que les données italiennes.

    159 Dans le dépôt d’Ancône (Crawford 1969, n° 344), les émissions RRC, 405 et 409 représentent plus de 6 % du total, mais pour trois pièces : le dépôt comprend seulement 47 deniers.

    160 Troubady 2011, 187. Les contextes archéologiques manquent.

    161 Caes., Gal., 8.44.3 : amicissimus populi romani.

    162 Voir Guichard et al. 1993 ; Deberge et al. 2007 ; Nieto-Pelletier 2013.

    163 Scheers 1969, 30-31.

    164 Entre autres exemples : RRC, 366 ; RRC, 393.

    165 Scheers 1969, 130-132 ; on peut y ajouter un exemplaire à Bibracte, dans un contexte daté La Tène D2b/augustéen moyen (contexte L-007-57).

    166 Scheers 1969, 131 ; Creighton 2005, 100-101.

    167 César le dit explicitement pour Litaviccos (Gal., 7.37.1). Dans le cas d’Epadnactos, on peut le supposer en raison des frappes monétaires à son nom antérieures à la guerre ; la capture de Luctérios n’a pu que rehausser son prestige.

    168 Une hypothèse avancée avec des arguments convaincants par J. Creighton pour l’aristocratie bretonne : Creighton 2000 ; 2002. De manière plus générale : Braund 1984, 9-21.

    169 Sur la composition de la délégation : Cic., Font., 26 et 46. La présence de Voconces peut être déduite du titre placé entre les paragraphes 20 et 21, où on peut lire entre autres DE BELLO VOCONTIORUM.

    170 Cic., Font., 36, qualifie les Gaulois de “nouveaux clients” de Plaetorius (suos novos clientos) ; mais cela n’exclut pas, à nos yeux, des relations d’un autre type (hospitalité notamment) avec d’autres Gaulois, de même que Cicéron a pu accueillir Diviciacos.

    171 CIL, XII, 4189 : Cn. Plaetorius Macrinus / colonis et incolis / ex ea pequnia quae ei in / statuas conlata est. Voir en dernier lieu Ouriachi 2009, vol. 1, 69 et vol. 2, 27 (nous reprenons sa proposition de datation). Il s’agit de la seule mention épigraphique de ce nom dans l’ensemble des provinces gauloises : ensemble des attestations du gentilice dans OPEL, II, p. 145. Si on excepte les attestations en Dalmatie, où on semble avoir affaire à un nom indigène homophone, soulignons qu’il s’agit également de la plus précoce des trois seules attestations connues dans les provinces occidentales (les deux autres proviennent de péninsule Ibérique et datent du iie s. p.C. : CIL, II, 4181 = CIL, II²/14, 1094 ; EE, VIII, 301 [corrigeant la lecture fautive de AE 1898, 1]).

    172 Voir l’exemple similaire de Q. Fabius Maximus Allobrogicus et Q. Fabius Sanga mentionné supra, n. 125.

    173 Cic., Font., 36 : amicus meus, M. Plaetorius ; id., Fam., 1.8.1. Même si le cognomen n’est pas mentionné, il s’agit certainement du même personnage (mais certains commentateurs en doutent : Shackleton Bailey, éd. 1977, vol. II, 306). Pour l’iconographie monétaire, voir en particulier Champeaux 1987, 250-259.

    174 Cic., Att., 5.20.8 (51 a.C.) mentionne un incendio Plaetoriano (commentaire de Shackleton Bailey, éd. 1965-1970, vol. III, 230) ; ibid., 15.17.1 (44 a.C.). L’absence de prénom comme de surnom rend l’identification hypothétique ; selon F. Münzer, le Plaetorius mentionné dans la lettre de 44 serait C. Plaetorius (5) (Shackleton Bailey, éd. 1965-1970, vol. VI, 394).

    175 Bien que l’ouvrage porte sur le iiie s. p.C., voir Manders 2012, 33-37 pour une discussion récente (avec bibliographie). Sur la République romaine, Pérez 1986 ; 1989 semblent considérer comme acquise la compréhension des types monétaires par le public.

    176 Comme l’a bien montré Suspène 2008, qui lie le phénomène à l’introduction des lois tabellaires.

    177 Braund 1984, 9-21 ; Creighton 2000 ; 2005.

    178 Braund 1984, 12-17.

    179 Ibid., 16 (l’auteur rappelle, p. 11-12, que Sertorius faisait envoyer auprès de lui les fils de la noblesse locale et que Marc Antoine fit de même en Orient : César a-t-il adopté cette pratique ?) ; Moscovich 1979-1980 (qui note que César ne maltraite jamais ses otages gaulois).

    180 App., BC, 2.4 (le mot grec employé est prostatès ; Sal., Cat., 41.4 , qui rapporte le même épisode, utilise le mot patrocinium).

    181 Comme le montre, toujours à propos des Allobroges, Sal., Cat., 40.3.

    182 Caes., Gal., 1.9.3 et 1.18.6-7.

    183 Ibid., 7.76.1.

    184 Ibid., 7.39.1 (l’Éduen Viridomaros) ; id., Civ., 3.59.1-2 (les Allobroges Roucillus et Ecus).

    185 L’hypothèse proposée par I. Leins pour certaines régions de Bretagne insulaire ne nous paraît pas s’imposer ici. Notant la similitude entre certains types monétaires, il propose d’y voir la trace de graveurs et de monétaires itinérants, travaillant successivement pour plusieurs pouvoirs émetteurs. Une telle situation aurait été due à la rareté des artisans capables d’assurer ce type de travail (Leins 2012, 36-72). Toutefois, en Gaule continentale, les productions sont nombreuses et anciennes (mis à part sur le Rhin inférieur) et on est en droit de penser que les compétences techniques requises s’étaient répandues. Par ailleurs, la qualité des productions monétaires dès les premières émissions du IIIe s. a.C., la multiplication des découvertes de “poinçons” monétaires à la fonction indéterminée et les expériences menées par K. Gruel et D. Lacoste sur les monnaies fourrées, sont autant de rappels de la grande maîtrise des métallurgistes gaulois et de notre ignorance partielle des procédés qu’ils employaient (sur l’utilisation de la fonte à la cire perdue pour fabriquer des monnaies fourrées, voir Gruel & Popovitch 2007).

    186 Creighton 2005, 100-101.

    187 Scheers 1977, 111-113.

    188 Comme l’a déjà noté Scheers 1997.

    189 Sauf sur le bronze à légende EIVICIACOS, fig. 38, n° 1, mais la posture générale est très similaire.

    190 Comme l’ont déjà remarqué d’autres chercheurs, notamment J. Creighton (2005).

    191 L’idée est déjà émise dans Wightman 1974 ; 1985, 40 et 47. Mais les premières démonstrations sont plus tardives : Metzler 1995 ; Fichtl 1998 ; Reddé et al., éd. 2006 ; Reddé 2009 ; 2011a ; 2014.

    192 Actiparc : Jacques & Prilaux, éd. 2003 ; Chaidron & Dubois 2004. Mirebeau : Venault et al., éd. 2003 ; Reddé 2012. Hermeskeil : Hornung 2012. Petrisberg : Löhr & Trunk 2008.

    193 Metzler & Gaeng 2009, 519-528.

    194 Voir Poux, éd. 2008, en particulier la synthèse finale aux p. 299-433.

    195 Reddé 2009b ; voir aussi Gorgues, Cadiou 2008 (sur des exemples hispaniques).

    196 Brunaux et al. 1990 ; Fichtl 1995 ; Delestrée 1997 ; Delestrée et al. 2006 ; Chaidron 2013. Les fouilles ont repris sur le site en 2014.

    197 Arras : contexte B-004-01 ; Ribemont : contexte B-079-01 et -03. Sur les militaria de Ribemont : Viand et al. 2008.

    198 Sous un angle légèrement différent, nous avons également abordé le sujet dans Martin 2013b.

    199 Contexte B-050-01. Voir également les données de prospection : Delestrée et al. 2006.

    200 Liercourt-Érondelle : Delestrée & Boisard 2010. Pommiers : Guichard et al. 1993, 55. Sur ce dernier site, C. Haselgrove avait déjà supposé une occupation militaire après la guerre des Gaules : Haselgrove 1996, 151.

    201 Delestrée et al. 2004.

    202 Contextes B-016-01.

    203 La Chaussée-Tirancourt : voir supra note 196. Liercourt-Érondelle : Reddé et al., éd. 2006, 314. Pommiers : Poux 2008, 361-365. Bois-l’Abbé : Mangard 2008, 86-87.

    204 La Tène D2a : contextes L-029-06 (Roanne) et B-094-01 (Titelberg) ; La Tène D2b : contextes L-001-02 à -04 et -11 (Alésia), L-007-55 (Bibracte), L-024-09 (Lyon), L-029-08 (Roanne), B-047-01 (Hermeskeil), B-094-02, -03 et -08 (Titelberg) ; La Tène D2b/époque augustéenne : L-007-46 et -57 (Bibracte), B-016-01 (Bois-l’Abbé), B-026-01 (Col des Étroits), B-062-02 (Mirebeau).

    205 Pour le Titelberg, voir supra. César a séjourné au moins une fois à Bibracte, en 52 (Gal., 7.90.8) ; pour les traces archéologiques de l’armée romaine : Pernet et al. 2008.

    206 Bien que récemment remise en doute par P. Barral, cette interprétation continue d’avoir la faveur de M. Reddé (2012).

    207 Demierre 2009.

    208 Brunetti & Curdy 2007, 542-580 ; Deschler-Erb et al. 2008. Contexte B-087-01.

    209 Guichard et al. 1993, 55.

    210 La forte représentation des nécropoles à l’époque augusto-tibérienne est due à un lot important trouvé à Avenches/En Chaplix, comme offrandes déposées sur une tombe féminine à l’origine du sanctuaire nord. Contexte B-008-17.

    211 Pour la République, voir en dernier lieu Cadiou 2008, 502-524 (avec bibliographie antérieure) ainsi que Wolters 2000-2001 ; pour le début de l’Empire, outre ce dernier article, voir Wigg-Wolf 2007.

    212 Par ex. à Numance (Hildebrandt 1979 ; Dobson & Hernández 2008) et à Cáceres el Viejo (Ulbert 1984, 257-297) ou sur le champ de bataille d’Andagoste, daté de la deuxième moitié du ier s. a.C. (Portilla & Larrondo 2006).

    213 Py 2006, 710-718 ; Feugère & Py 2011a.

    214 Le Cayla : Py 2006 ; Feugère & Py 2011a ; Taffanel et al. 1979. La Cloche : Chabot 1985.

    215 Cadiou 2008, notamment 512-517. Il faut également citer un passage obscur de César (Civ., 3.103.1), dont une des interprétations possibles est l’utilisation par Pompée de monnaies de bronze pour payer ses troupes : Quibus cognitis rebus Pompeius deposito adeundae Syriae consilio pecunia societatis sublata et a quibusdam privatis sumpta et aeris magno pondere ad militarem usum in naves imposito duobusque milibus hominum armatis, partim quos ex familiis societatum delegerat, partim a negotiatoribus coegerat, quosque ex suis quisque ad hanc rem idoneos existimabat, Pelusium pervenit. Mais rien ne permet de trancher réellement sur la signification à donner ici au mot aes (métal brut ou métal monnayé ?).

    216 Si on considère que les deux quadrantes augustéens ne font pas partie du dépôt de Bruggen.

    217 Date à laquelle ont lieu plusieurs émissions importantes, notamment du type RRC, 494.

    218 Lockyear 2007a, 107-145 pour la période étudiée ici.

    219 Voir supra, p. 103-104.

    220 Que Keppie 1998, 98, compte comme une légion sous le nom de Ve Alaudae.

    221 Sur la composition de l’armée césarienne en Gaule : ibid., 96-100.

    222 Sur les mouvements de troupes durant la guerre civile : ibid., p. 103-144. Sur leur localisation, on dispose de Luc. 1.392-467, mais on se demande à quel point on peut s’y fier. Des fouilles récentes de Saintes pourraient faire écho au v. 422, mais cela reste très hypothétique : Maurin 2007, 62 et 85-86 ; Miailhe 2009.

    223 Caes., Civ., 1.8.1 : le nombre n’est pas précisé mais la suite montre qu’il ne s’agit pas de la totalité des légions.

    224 Ibid., 1.15.3 et 1.18.5.

    225 Ibid., 1.25.1.

    226 Ibid., 1.40.2 ; on ne sait pas si les effectifs ont été augmentés entretemps.

    227 Ibid., 1.36.5.

    228 Ibid., 1.37.1-3.

    229 Ibid., 1.39.3.

    230 Cic., Fam., 10.8.4-6 : aucto exercito auxilisque multiplicatis. Le nombre de légions pour l’année 44 est donné par ibid., 10.24.3, qui mentionne “trois légions de vétérans, une de recrues”. La cinquième légion a vraisemblablement était laissée en Comata. Sur l’armée de Plancus, voir également Botermann 1968, 200-201.

    231 Plu., Ant., 18.8.

    232 Un passage d’Appien (BC, 2.65) témoigne de son importance dans le conflit entre César et Pompée, puisqu’Afranius conseille à ce dernier, entre autres, de prendre possession de la Gaule et de l’Hispanie.

    233 Reddé 2011a, 69. Les légions sont au nombre de huit.

    234 Pour une présentation détaillée du problème, Martin 2014.

    235 Par ex., Delestrée 1999 ; Gruel & Popovitch 2007.

    236 Dans la bibliographie de langue française, voir en dernier lieu Cadiou 2008, 524-543 ; Barrandon 2011, 57-66. En castillan : Gozalbes 2012 ; Gozalbes & Torregrosa Yago 2014. Cadiou 2008, 539, rappelle qu’on ne sait rien des modalités pratiques de la fourniture et du paiement de la solde des auxiliaires hispaniques ; toute démonstration à ce sujet repose donc d’abord sur des arguments numismatiques et archéologiques. F. Cadiou reste d’ailleurs prudent sur la fonction de ces monnayages (ibid., 542-543), en précisant qu’un usage militaire n’est qu’une possibilité parmi d’autres. López Sánchez 2007, beaucoup plus catégorique, est justement critiqué par F. Cadiou (2008, 542 n. 299) ; sa démonstration repose principalement sur une analyse iconographique : la représentation d’un cavalier au revers des deniers ibériques mettrait l’accent sur la capacité des autorités émettrices à recruter des corps de cavalerie importants. Il faut également signaler que F. López Sánchez appuie son analyse sur la situation gauloise (López Sánchez 2007, 289-290) : les deniers gaulois seraient presque tous contemporains de la conquête. Mais les travaux cités sont maintenant largement obsolètes, notamment sur la chronologie des émissions, beaucoup trop basse. Par ailleurs, l’auteur accepte sans discuter la thèse selon laquelle ces émissions auraient servi à payer les auxiliaires gaulois nécessaires à Rome, alors que les sources font tout autant défaut pour la Gaule que pour l’Hispanie. Plus récemment, M. Gozalbes (voir références supra), tout en adoptant une position moins tranchée que F. López Sánchez, semble accepter l’usage des deniers ibériques pour le paiement des auxiliaires mais également des légionnaires : sur le sujet, nous continuons à préférer les observations nuancées de F. Cadiou.

    237 Dépôt LAR.

    238 Dépôt CSI.

    239 Crawford 1969, n° 343 ; Scheers 1977, dépôt n°  27 ; Hiernard et al. 1982, Haute-Vienne, n° 3.

    240 Dépôt BAS. Premiers éléments dans Guihard et al. 2013.

    241 Voir à nouveau Cadiou 2008, 542-543, dont nous adoptons la position pour la Gaule.

    242 Brunaux et al. 1990. Nous évitons à dessein d’employer le concept de “proto-limes” avancé par J.-L. Brunaux, contesté et contestable, car il renvoie à une conception plus tardive de la guerre.

    243 Haselgrove 2006. Voir également Lewuillon 1999a, 378-379, qui note une “zone spéciale de l’or” en Gaule septentrionale.

    244 Wellington 2005, 245-303.

    245 Roymans 2004, 59-60 ; Roymans & Aarts 2005.

    246 García-Bellido 2004 ; Kemmers 2009.

    247 Contexte B-087-01. Un peu plus tard, on retrouve ces pièces au camp de la Hunerberg à Nimègue (contexte B-069-01).

    248 Dans les exemplaires en contextes : Bibracte (L-007-33), Lyon (L-024-09), La Chausse-Tirancourt (B-050-01), Mirebeau ? (B-062-02bis), Sermuz (B-087-01), le Titelberg (B-094-01).

    249 Forni 1953 ; 1992.

    250 Poux 2008, 424-428. La fig. 74, p. 425, donne une idée du réseau ainsi constitué mais doit être prise avec beaucoup de précautions, car elle mêle des éléments de nature et de chronologie différentes. Ainsi, les tours du Walensee, malgré la découverte d’éléments tardo-républicains, restent jusqu’à preuve du contraire datées à l’époque augustéenne ; les structures de Melun sont antérieures à Tibère, sans plus de précision ; rien ne permet d’attester, à notre connaissance, d’une occupation militaire à Alésia après le siège. Enfin, la carte unit sans distinction les sites ayant livré des structures potentiellement ou certainement militaires avec des sites ayant livré uniquement des éléments mobiliers – qui ne sont parfois que des éléments de parure.

    251 Braund 1984, 91, citant Cic., Att., 6.1.14.

    252 Brunt 1990, 255-266. L’article porte sur le début du principat mais ses conclusions nous semblent valides pour les décennies qui précèdent.

    253 Pernet 2010 (liste exhaustive des désarmements 262-264) ; à compléter avec Poux 2008 pour l’armement légionnaire, dont une petite partie a pu être détenue par des indigènes ; Braund 1984, 115-116, rappelle qu’on connaît plusieurs cas de rois hellénistiques amis de Rome qui lèvent des troupes entraînées et armées à la romaine.

    254 Poux 2008, 430-433.

    255 Déjà, Plutarque rapporte que 1000 Gaulois combattaient en 53 contre les Parthes sous les ordres de P. Crassus : Plut., Crass., 17.7 et 25.7-11.

    256 Caes., Civ., 1.39 ; App., BC, 2.49 ; Luc. 7.231. Yoshimura 1961, 477 parle de 3000 Gaulois avec Pompée.

    257 B. Afr., 19.4.

    258 App., BC, 3.88.

    259 Même si on n’arrive pas aux totaux présentés par César pour Alésia, ces nouvelles ponctions devaient être non négligeables pour un pays sortant de dix ans de guerre.

    260 Contextes L-007-05, -08 (porte du Rebout), et -18 (PC1).

    261 Brun & Debord 1991, 44-45. Contexte B-076-01.

    262 Contexte B-014-04.

    263 Contexte B-001-09.

    264 Contexte B-094-12.

    265 Contexte B-094-15.

    266 L’absence de phasage complet disponible pour cette nécropole rend l’utilisation de ces données difficile. Mais les dépositions monétaires semblent totalement marginales, si ce n’est absentes, avant l’époque augustéenne. Voir Kaurin 2009.

    267 Haselgrove & Wigg-Wolf, éd. 2005 ; Wellington 2005 (centré sur la Gaule Belgique occidentale) ; Izri 2011 (centré sur le Centre-Est).

    268 Contra Delestrée 2005.

    269 Par ex. Roymans et al., éd. 2012.

    270 Roymans & Aarts 2005.

    271 Wigg-Wolf 2005b ; Nickel et al. 2008, 605-626.

    272 Données dans Piette & Depeyrot 2008.

    273 Poux 2004, 379 fig. 191 (amphores) ; Bataille 2011 (armes).

    274 Cazanove & Joly 2011, 666 ; Nouvel 2011, 591 (Nitry).

    275 Wellington 2005, 303-328.

    276 Wigg-Wolf 2005b, 375-376.

    277 Barral & Joly 2011, 553.

    278 Wellington 2005, 317-326.

    279 C’est particulièrement net en Normandie : voir infra, chap. 5, et notre compte-rendu de Guihard 2012 (64-65 pour ce qui nous occupe ici) sur http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1637 (consulté le 13/01/2015). Sills 2003 fournit le catalogue d’une partie des émissions en or de Gaule Belgique, avec analyses métrologiques.

    280 Bataille 2011.

    281 Nouvel & Thivet 2011.

    282 García Riaza & Lamoine 2008.

    283 Wellington 2005 ; Bataille 2011.

    284 Izri 2011.

    285 Voir chapitre précédent.

    286 Estienne & Cazanove 2009, en particulier 17-27.

    287 Mirebeau : Barral & Joly 2011 ; Fesques : Mantel, éd. 1998, 81-105 (étude de P. Méniel) ; Bois-l’Abbé : annexe de P. Méniel dans Mangard 2008, 291-294.

    288 Poux 2004, 196-200 et 378-385 (avec bibliographie antérieure, qu’on pourra compléter à partir d’Olmer 2011).

    289 Poux 2004, 378-385.

    290 Comme le fait M. Poux lui-même : ibid., 199.

    291 Plin., Nat., 30.13 ; Suet., Cl., 25.

    292 Comme le note Woolf 2002.

    293 Cadiou 2008, 502-513.

    294 Caes., Civ., 3.59.

    295 Comme c’est peut-être le cas au sanctuaire d’Empel : Roymans & Aarts 2005.

    296 Si on peut certainement caractériser le mercenariat celte (notamment à La Tène moyenne) comme un métier, le rôle du chef reste très important dans la cohésion du groupe. Par ailleurs, ces bandes de mercenaires se louaient le temps d’une campagne, alors que l’occupation romaine introduit une continuité et une stabilité dans l’exercice des armes. Sur le mercenariat celte et antique, voir en particulier Péré-Noguès 2007 ; Pion 2012 ; Baray 2014 (avec bibliographie antérieure).

    297 Delestrée 1999 ; Wellington 2005, 258-259 et 326-329.

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    1 Voir pour chaque site les notices dans Reddé et al., éd. 2006, 24-25 (Alésia), 183-190 (Gergovie), 371-373 (Uxellodunum) (avec bibliographie antérieure). Les deux derniers sites sont en dehors de notre zone d’étude et nous n’en traiterons pas ici.

    2 Napoléon III [1865-1866] 2001, pl. 7-8 (Mauchamp) et 27-28 (Saint-Pierre-en-Chastres). On trouvera l’essentiel de la bibliographie sur ce dernier site dans la notice qui lui est consacrée dans la base de données en ligne www.oppida.org (consultés le 12/01/2015). Hors de la zone d’étude, le site du Petit Celland dans la Manche a également été attribué à la guerre des Gaules : voir principalement Napoléon III [1865-1866] 2001, pl. 12 ; Colbert de Beaulieu 1954 ; Wheeler & Richardson 1957, 38-54.

    3 Reddé et al., éd. 2006, 225-227.

    4 Bulletin de la Société Académique de Laon, 13, 1863, 171-172 (sigillée) et 174 (monnaie de Tibère, type RIC, 81).

    5 Jouve 1976.

    6 Pour les pointes de flèches : Duval 1970, type B ; cependant, Poux 2008, 363 fig. 44, n’exclut pas une datation antérieure à la conquête pour ces pointes, sans le justifier dans le texte. Pour les monnaies : Woimant 1995, 498.

    7 Roymans et al., éd. 2012, 20-24 et 71-108, avec bibliographie complète.

    8 Roymans et al., éd. 2012, 23 fig. 14 et 76 fig. 4. Les balles de fronde, indubitablement romaines, sont réparties en deux concentrations, une à l’entrée et la seconde à l’extérieur de la fortification. La découverte est le fait d’un amateur équipé d’un détecteur à métaux et leur nombre exact n’est malheureusement pas donné, pas plus que la distribution des balles entre les deux concentrations. La publication en illustre 14 exemplaires, tous anépigraphes, sans indiquer de quelle concentration elles proviennent. Le poids n’est pas donné et cela complique la comparaison avec les données publiées dans Poux 2008, 365-371. De plus les auteurs écrivent “The size and weight of these lead projectiles – a little less than the average known for Republican slingshot – and the lack of stamps, seems to suggest a date in the Augustan-Tiberian period”, tout en associant les balles au siège césarien (Roymans et al., éd. 2012, 23 et 84).

    9 Dépôts THU-01 à -03 de notre catalogue.

    10 Roymans et al., éd. 2012, 7. On retrouve ici le supposé monopole romain sur les émissions en métal précieux à partir de la fin de la République postulé par T. Mommsen : Braund 1984, 123-128 a montré qu’il n’existe aucun argument numismatique pour soutenir cette position.

    11 Les dépôts étudiés dans Roymans et al., éd. 2012 sont essentiels pour la chronologie des types Scheers, 29/I et II et Scheers, 31/I, pour lesquels on ne connaît malheureusement pas d’exemplaires en contexte archéologique bien daté, hormis un Scheers, 29/I en bronze à Estrées-Saint-Denis à La Tène D2b (contexte B-040-03). Si on se tourne vers les monnaies de type Scheers, 29/III et IV, qui sont postérieures, les données sont plus abondantes. Ainsi, le dépôt de Kwaremont (dépôt KWA ; Scheers 1977, dépôt n° 47) a livré des Scheers, 29/IV (la dernière classe émise) avec des monnaies romaines, dont la plus récente porte l’effigie de Tibère. Par ailleurs, les Scheers, 29/III et IV sont souvent associés aux monnaies Scheers, 24/IV (par ex. dans le dépôt de Ledringhem : dépôt LED ; Scheers 1977, dépôt n° 49). Or ces derniers sont bien représentés dans les niveaux augustéens du sanctuaire de Bois-l’Abbé (phase 1a, 35/30 a.C. à 15 p.C., contextes B-016-01 et 02), ce qui contribue à tirer la production des Scheers, 29/IV à la fin de
    La Tène D2b ou à l’augustéen précoce. Dans ces conditions,
    il ne nous semble pas invraisemblable que la production des Scheers, 29/I et II ait pu se prolonger jusqu’au début des années 40 a.C.

    12 Hornung 2012. Contexte B-047-01.

    13 Voir par ex. le catalogue de Gruel & Popovitch 2007, où les références à Alésia sont constantes.

    14 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 11-103. Néanmoins, ce catalogue n’intègre pas certains apports de Scheers 1987, que nous avons choisis de prendre en compte.

    15 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 3-9.

    16 Ibid., 93-94 n° 146-164.

    17 Mais selon J.-M. Doyen (comm. pers.), l’identification de cette pièce (n° 677 dans le catalogue de Reddé & Schnurbein, éd. 2001) est erronée.

    18 Ibid., 98 n° 677 et 679.

    19 Ibid., 98 n° 676.

    20 Deux exemplaires proviennent du camp de Mauchamp mais ils sont à nos yeux suspects pour les raisons invoquées plus haut. Par ailleurs, le site se trouvant en plein territoire rème, leur présence n’est pas anormale et pourrait témoigner d’une fréquentation postérieure à l’époque césarienne.

    21 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 38 n° 678.

    22 Ibid., 19.

    23 Ibid., 83.

    24 Mais les manuscrits dépouillés dans Scheers 1987 font état d’une monnaie de ce type. L. Popovitch ne l’a pas reprise dans son catalogue car la pièce n’a pas été retrouvée : Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 73-74. Nous avons choisi de l’inclure dans nos inventaires.

    25 Ibid., vol. 2, 6-7. Ceci peut d’ailleurs expliquer que la monnaie mentionnée dans la note précédente ne soit pas reprise dans le cahier d’inventaire du Musée d’Archéologie Nationale.

    26 Ibid., vol. 2, 1 et 5 ; 303, sur les clous de chaussures, très abondants mais ignorés au xixe s.

    27 M. Reddé (comm. pers.).

    28 Kaenel 2008, 241-243.

    29 Contrairement à celui des monnaies gauloises, le catalogue final des monnaies romaines (Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 85-95) ne donne pas la provenance des différentes monnaies. Pour l’établir, nous nous sommes basé sur le catalogue proposé dans la thèse de L. Popovitch (Popovitch 1996). L’image qui en ressort est différente de celle publiée en 2001 (Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 70-73). Il faut surtout mentionner la situation du pseudo-camp D de la plaine de Grésigny, qui concentre la majorité des découvertes. Sur les 122 exemplaires attribuables aux fossés de la plaine de Grésigny sur la base des inventaires du xixe s., seuls 100 peuvent être donnés avec certitude à cet endroit.

    30 Pour cette carte, les données du siège sont issues de Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 11-103, complétées par Scheers 1987 ; pour l’oppidum du Mont Auxois, les données sont celles de la phase 2a du centre public, datée 50/40 a.C., issues de Bénard 1997.

    31 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 9 et 18-19.

    32 La contestation la plus vive portant sur les potins, dont les séries les plus importantes (à la grosse tête, au sanglier) sont assurément suprarégionales et non séquanes ou leuques. Sur les émissions à légende TOGIRIX, voir Geiser & Genechesi 2011 et infra.

    33 Sur les monnaies de l’armée de secours, on lira Deyber 2008, 330-331, avec prudence, car l’auteur n’y conteste pas les attributions de B. Fischer.

    34 Identification E. Hiriart. Une deuxième monnaie du même groupe est connue à Alésia, sans localisation précise ; des monnaies semblables proviennent du Puy d’Issolud : Girault 2007.

    35 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 291.

    36 Pour M. Reddé (comm. pers.), il est plus probable que César ait occupé le camp B.

    37 Caes., Gal., 7.45.1.

    38 Martin 2013b.

    39 Contexte L-001-04. Pour les totaux utilisés, qui diffèrent des comptages publiés, voir supra notes 24, 29 et 30. L’as républicain est mentionné dans Scheers 1987, 748 mais n’a pas été repris dans l’inventaire final par L. Popovitch qui ne l’a pas retrouvé dans les collections du MAN.

    40 Reddé & Schnurbein, éd. 2001, vol. 2, 80-83.

    41 La méthode employée est présentée et testée dans Lockyear 2007a, qui analyse de manière systématique les dépôts de deniers républicains postérieurs à 157 a.C. Comme nous l’avons indiqué plus haut, le résultat des analyses de l’ensemble d’Alésia et du dépôt de Mayence étudié plus haut doit servir de base à une publication dans l’American Journal of Numismatics.

    42 Même si on peut toujours arguer de l’épisode du vol de la solde par les Éduens (Caes., Gal., 7.55). Mais l’homogénéité du lot romain et notamment l’absence presque totale de monnaies gauloises, laisse songeur.

    43 Rappelons que la fosse datée La Tène D2a qui a livré les as républicains au Titelberg contenait très peu de céramique et que sa datation n’est donc pas absolument certaine (contexte B-094-01). Voir supra, p. 45.

    44 La note 80, p. 1309 de l’édition des Vies parallèles de Plutarque dirigée par F. Hartog en 2001 (Paris, Gallimard, collection Quarto) est un bon exemple de la diffusion de cette interprétation que C. Goudineau réfutait dès 1990, dans la première édition de César et la Gaule. Rambaud 1966, 111-115, offre un exposé précis de cette thèse. Cette dernière s’appuie entre autres sur D.C. 38.31.1 mais il nous semble que, dans ce passage, c’est surtout le concours de circonstances et la guerre contre Arioviste, que les Séquanes et les Éduens appellent de leurs vœux (D.C. 34.1-3), qui lui permettent “comme il le désirait par-dessus tout, de soumettre complètement le pays par la guerre et de tout régler.” Ainsi, la légitimité de l’intervention césarienne est justifiée dans l’œuvre de Dion Cassius, sans que ce dernier fasse mystère des visées “impérialistes” du général.

    45 Rambaud 1966, 114.

    46 Caes., Gal., 1.11.3-4 ; D.C. 38.32.1-2 (où les Helvètes ravagent aussi le territoire séquane). On sait que César n’est pas la source unique de Dion Cassius et il existe d’ailleurs quelques divergences sur cet épisode précis : César ne mentionne pas d’accord entre Helvètes et Éduens, ni le ravage du territoire séquane ; chez Dion, ce sont les Séquanes et les Éduens qui demandent à César d’intervenir (à ce propos, voir supra pour les liens probablement anciens et formalisés entre Séquanes et Rome). Rambaud 1966, 114, met en doute la possibilité même de ravager les terres, “puisqu’il n’y avait encore ni blé ni fourrage” ; mais le passage invoqué (Caes., Gal., 1.16.2) dit seulement que le blé n’était pas mûr (et il en va certainement de même pour le foin) : on peut très bien ravager un champ avant maturité.

    47 Liv., Perioch., 61.3 : “parce qu’ils avaient aussi ravagé le territoire des Éduens, alliés du peuple romain.”

    48 Cic., Att., 1.19.2 : “Quant aux affaires publiques, le plus grave pour le moment c’est la crainte d’une guerre avec les Gaulois [Gallici belli].” Et plus loin : “les Helvètes – la chose est certaine [sine dubio] – sont en armes et se livrent à des incursions dans la Province.”

    49 Le sujet, somme toute relativement anecdotique, a suscité une bibliographie abondante, parmi laquelle on peut citer Walser 1998 (pour qui les Helvètes se déplaçaient dans le cadre d’une expédition de mercenaires et non d’une migration) ; Lieberg 1998 (pour qui César est intervenu au nom des intérêts de Rome) ; Hall 2000 (compte-rendu des deux précédents, rappelant que les ouvrages s’inscrivent dans de vieux débats, sans réellement les renouveler) ; Thorne 2007 (qui traite de la chronologie du conflit et de l’arrivée des trois légions depuis Aquilée). Williams 2001, même s’il ne concerne pas directement le sujet, n’en est pas moins éclairant. Lintott 1993, 25-26, souligne également que le mandat de César autorisait une telle intervention. Sur la migration des Helvètes, dans une optique un peu différente, voir également Hiernard 1999, qui analyse les liens des Santons avec l’Europe centrale, explication possible de leurs liens avec les Helvètes.

    50 Seul l’horizon 1A du pseudo-sanctuaire de Cybèle à Lyon (contexte L-024-29) fait exception, mais les bronzes frappés sont “extérieurs” : deux monnaies LT, 2677 des Volques Arécomiques et deux bronzes arvernes du type “EPAD au guerrier” (BN, 3907).

    51 Gruel et al. 2009 ; Charnotet 2011.

    52 Gruel, éd. 1995, 137-141. Contrairement à ce qu’écrivent Brun & Ruby 2008, 127, une telle hypothèse ne conteste pas la monétarisation précoce de la Gaule ; au contraire, comme le souligne K. Gruel, la nature vraisemblablement fiduciaire des potins et leur possible rôle “paramonétaire” attestent des pratiques complexes. Ces trois auteurs soulignent d’ailleurs tous la nécessité de pouvoirs émetteurs forts que semble impliquer l’existence des potins.

    53 Caes., Gal., 2.3.5 (Rèmes et Suessions) ; ibid., 6.3.4-5 (Parisii et Sénons), pour deux cas possibles de divisions en deux cités d’un ensemble plus grand.

    54 Fichtl 1994 ; Delestrée 1996 ; Fichtl 2004 ; 2012b.

    55 Genechesi 2012, 433.

    56 Wellington 2005, 107 et 284. Analyses de potins montrant la part importante d’étain : Geiser & Barrandon 1995 ; Sarthre 1997 ; 2000 ; Gruel & Popovitch 2007.

    57 Penhallurick 1986 ; Merideth 1998, 23-33.

    58 Pour les données britanniques : Haselgrove 1995.

    59 Type “à la tête diabolique” ; on trouvera la nouvelle chronologie des différentes classes établies par Barthélémy 1995 dans Troubady 2011.

    60 Creighton 2000, 37-40.

    61 Pernot 1994, 151 (voir aussi la contribution du même auteur dans Meyer-Roudet, éd. 1999, 33). Les potins du Rhin moyen (territoire des Trévires) pourraient avoir eu une couleur dorée : Wellington 2005, 78 n. 2.

    62 Les travaux de C.-O. Sarthre couvrent le territoire picton, ceux de S. Nieto-Pelletier le territoire arverne. Cette dernière mène par ailleurs, en collaboration avec J.-M. Doyen, un programme d’analyses sur les monnaies attribuées aux Rèmes. La spectrométrie de fluorescence X, utilisée dans Burkhardt et al. 1994, ne donne pas de résultats suffisamment fiables.

    63 Sarthre 2000. Les analyses montrent que le laiton apparaît en Europe de l’Ouest vers 60 a.C. : Istenič & Šmit 2007 (qui contestent, à notre sens à juste titre, l’interprétation de trois objets en laiton, provenant peut-être de niveaux du Titelberg datés 100-50 a.C., avancée dans Hamilton 1996). Les premières monnaies gauloises attestées sont contemporaines du siège d’Alésia (Nieto 2004 : monnaies au nom de Vercingétorix et Cas) et l’usage ne semble se répandre que dans les décennies qui suivent. Sur le zinc et le laiton en général : Craddock, éd. 1998, en particulier les articles par P. Craddock et J. Bayley.

    64 Guichard et al. 1993 ; Delestrée 1996 ; 1999. Contra Colbert de Beaulieu 1973, 323 sq.

    65 Comme à la période précédente, le faciès des sites ségusiaves (Feurs, Roanne, Lyon) doit s’expliquer principalement par leur position géographique, au débouché de la vallée du Rhône.

    66 Références au RIG, IV dans l’ordre alphabétique : Arda, n° 36-43 ; Atesos, n° 53 ; Ateula/Ulatos, n° 54 ; Atisios Remos, n° 56 ; Atpilli f. Orcetirix, n° 57 ; Caledu, n° 88, 89 et 257 ; C. Iuli Teledhi, n° 80 ; Kraccus, n° 124 ; Criciru, n° 125-127 ; Eccaios, n° 152 ; Matugenos, n° 206 ; Q. Iulius Togirix, n° 229 ; Roveca, n° 238-244 ; Sutic(c)os, n° 271-275 ; Turonos Cantorix, n° 291 ; Venextos, n° 299.

    67 Delestrée 2005; Wellington 2005, passim et en particulier 317-326.

    68 Séries “cheval-cheval” et “au renard” : Gruel & Lallemand 2009 ; Nieto-Pelletier 2013, 134-136 et 208-209

    69 On ne compte pas ici les légendes copiées servilement sur les premières frappes imitées de Philippe II de Macédoine.

    70 Guihard 2012, 131-180. Voir infra, p. 227-228.

    71 On notera au passage la similitude entre Remo et Roma, et l’iconographie très romanisée de la frappe en question (Scheers, 146).

    72 Données et cartes dans Scheers 1977.

    73 Fichtl 2004 ; 2012a

    74 Comme le dit explicitement D.C. 53.22.5.

    75 Si on accepte la position de T. Broughton, selon qui D. Iunius Brutus Albinus n’avait pas ce titre. On trouvera la liste des magistrats dans Wightman 1974, 474-475 tab. 1 et 2.

    76 Richardson 1994, qui offre une présentation synthétique de l’administration de l’empire républicain que nous suivrons ici ; voir aussi Lintott 1993. Dans les publications plus récentes : Ferrary 2008 (entre autres travaux de cet auteur) ; Hurlet, éd. 2009 ; Barrandon & Kirbihler, éd. 2010 ; 2011.

    77 Outre Lintott 1993, 70-96 et Richardson 1994, 585-589, Ñaco del Hoyo 2003 constitue probablement la discussion la plus récente et approfondie du sujet (avec historiographie et bibliographie jusqu’en 2002), notamment dans les premiers chapitres. Ses positions pour l’Hispanie ont été réaffirmées dans Ñaco del Hoyo 2005 ; 2010. Pour la Gaule, voir en particulier les travaux de J. France : France 1993 ; 2000 ; 2001b ; 2001c ; 2007 ; 2009.

    78 Que l’on place ce premier recensement dès 27, ou en 12 a.C. seulement, comme le pense M. Reddé.

    79 Suet., Jul., 25.2 : Omnem Galliam […] praeter socias ac bene meritas ciuitates in prouinciae formam redegit, eique quadringenties in singulos annos stipendii nomine inposuit (“Toute la Gaule […] fut, à l’exception des cités alliées et de celles qui avaient bien mérité de Rome, réduite par lui à l’état de province et il lui imposa un tribut annuel de quarante millions de sesterces”). Repris par Eutr. 6.17.3 : Galliae autem tributi nomine annuum imperavit stipendium quadringenties (“Quant aux Gaules, il leur imposa à titre de tribut annuel une somme de quarante millions de sesterces”).

    80 Plus que Boren 1983, voir Ñaco del Hoyo 2003, 28-56 et France 2006.

    81 Ñaco del Hoyo 2003, 50 ; France 2001c, 362-364.

    82 France 2001c, 372-373, à propos de D.C. 54.21.

    83 Les analyses métalliques de deniers gaulois de La Tène D1 et D2a montrent un taux d’argent rarement inférieur à 90 % : Gruel & Barrandon 2000. Cic., Att., 2.6.3, montre que le Trésor stockait et utilisait du numéraire non romain (dans ce cas des cistophores asiatiques).

    84 France 2007, 180-181, insiste sur la variété des situations provinciales, à la suite notamment de Duncan-Jones 1990, 188-197.

    85 Cic., Ver., 3.188-226. À rapprocher de Tac., Ag., 19.4-5. Pour la situation hispanique, voir Cadiou 2008, 601-609.

    86 Tac., Ann., 4.73.

    87 Bérenger 2011.

    88 Lintott 1993, 92-95 ; Richardson 1994, 588-589. Voir également la liste dressée par Herz 1992 pour le début de l’Empire.

    89 Voir infra, p. 144-163, pour la présence légionnaire sur le sol gaulois.

    90 Sur les auxiliaires d’époque républicaine, voir en dernier lieu les travaux de Hamdoune 1999 (Afrique) ; Cadiou 2008 (Hispanie) ; Prag 2007 (Sicile) ; 2010 ; 2011

    91 Pour les socii, voir Nicolet 1978. Le texte central pour les externae nationes est Cic., Ver., 5.60. Nous avons traité en détail de ce problème dans Martin 2014. On y trouvera en particulier une analyse détaillée des sources littéraires disponibles.

    92 Par ex., Caes., Gal., 4.6.5 ; ibid., 5.5.3 ; ibid., 5.58.1. Nous n’avons pas connaissance d’envoi volontaire de troupes : ibid., 2.24.2, n’implique pas que les Trévires aient envoyé de leur plein gré des cavaliers. Voir Pernet 2010, 262-264 pour un dépouillement des mentions d’auxiliaires (dont les levées de troupes) dans la Guerre des Gaules. Chez Cicéron, on citera en particulier, pour la Gaule, Fam., 10.8.4-6 et 10.21.5.

    93 Wolters 1990, 111-116.

    94 Caes., Civ., 3.59.3-4 : “Mais, tout fiers de la bienveillance de César, gonflés d’une vanité absurde et bien dignes de barbares, [les deux frères allobroges Roucillus et Ecus] regardaient de haut leurs camarades, s’appropriaient indûment la solde des cavaliers et détournaient tout le butin pour l’envoyer chez eux. Les cavaliers, outrés de cette façon d’agir, vinrent tous trouver César, et se plaignirent ouvertement à lui de l’injustice de leurs procédés ; ils ajoutèrent aux autres griefs que ces individus faussaient les situations d’effectifs qu’ils présentaient, pour pouvoir opérer des détournements sur la solde.”

    95 Voir également Tac., Hist., 4.12.2.

    96 Voir en dernier lieu Roymans 2004, 55-61 (avec bibliographie antérieure)

    97 Lamoine 2009.

    98 Wolters 1990, 77-108.

    99 Expression qui rend mieux la réalité antique que “royaumes-clients” : Braund 1984 ; Suspène 2009b, notamment
    50 n. 1 ; Suspène 2010.

    100 Sur les royaumes alliés et amis, voir la bibliographie de la note précédente. Dans la situation gauloise, un point commun avec les rois amis et alliés reste cependant les rapports personnels entre les dirigeants gaulois et leurs patrons romains.

    101 Caes., Gal., 5.5.3-4: equitatus totius Galliae […] numero milium quattuor principesque ex omnibus civitatibus ; id., Civ., 1.39.2 : equitum III milia […] ex Gallia […], nominatim ex omnibus civitatibus nobilissimo et fortissimo evocato.

    102 Goudineau 2000, 364 ; Hostein 2010, 64.

    103 Cic., Fam., 10.8.6.

    104 Cic., Fam., 10.21.5.

    105 Deux séries monétaires du sud-ouest attestent des liens personnels de Plancus avec l’aristocratie gauloise : elles documentent un certain L. Munatius Attalus, à placer vraisemblablement chez les Rutènes (RIG, IV, n° 191 et 209 ; Feugère & Py 2011b).

    106 Toutefois leur place précise dans la hiérarchie est difficile à déterminer. Rappelons que nombre de postes étaient occupés par des Romains. Sans prétention à l’exhaustivité : Caes., Gal., 1.52.7 : P. Crassus commande la cavalerie (equitatui : le terme peut désigner la cavalerie auxiliaire, comme le montre ibid., 3.20.2) ; ibid., 5.17.2 : toute la cavalerie sous le commandement de C. Trebonius ; ibid., 6.29.4 : L. Minucius Basilus commande toute la cavalerie. Plus ambigu : ibid., 3.26.1 : Crassus réunit les praefectos equitum : le titre est parfois appliqué à des indigènes – ibid., 7.66.3 (Vercingétorix convoque ses praefectis equitum) et 8.12.4 (Vertiscos, qui combat pour les Romains) – mais on peut supposer qu’une partie au moins des personnes convoquées par Crassus sont des citoyens romains (d’autant plus que César indique juste avant que Crassus se défiait des auxiliaires “comme combattants” : ibid., 3.25.1). Notons également le cas de C. Volusenus Quadratus, qui revient dans la Guerre des Gaules comme dans la Guerre civile et plusieurs fois en tant que prafectus equitum (Caes., Gal., 6.41.2 et 8.48.1 ; id., Civ., 3.60.4). C’est vraisemblablement lui qui commande aux deux frères allobroges Roucillus et Egus, qui détournent une partie de la solde de leurs cavaliers et finissent par passer dans le camp pompéien après avoir tenté de l’assassiner : Yoshimura 1961, 473-474.

    107 Drinkwater 1978, 848-850 ; Lamoine 2009, 92-105.

    108 Caes., Gal., 2.5.2-3.

    109 Ibid., 2.10.5.

    110 Ibid., 2.14.1. Le texte latin dit : […] Diviciacus (nam post discessum Belgarum dimissis Haeduorum copiis ad eum reverterat) […]. En faisant usage de l’ablatif absolu, César ne dit pas explicitement que c’est Diviciacos qui a renvoyé les troupes éduennes. Mais la phrase implique que les troupes ont été renvoyées avant que le druide ne revienne vers César ; en l’absence vraisemblable d’officier romain, c’est donc Diviciacos qui a dû se charger de l’opération (même interprétation chez Lieberg 1998, 149).

    111 Caes., Gal., 1.41.4.

    112 Ibid., 6.6.4.

    113 Ibid., 7.5.3.

    114 Ibid. : de consilio legatorum quos Caesar ad exercitum reliquerat.

    115 Ibid., 6.44.3.

    116 Ibid., 7.5.6.

    117 Au moment même où C. Valerius Flaccus, proconsul de Transalpine, accordait la citoyenneté à certains d’entre eux ; peut-être a-t-il récompensé les Helviens restés fidèles, que l’on retrouve chez César à la tête de la cité.

    118 Ferdière 2005, 64, avec références complètes aux sources antiques. On note au passage que les Italiens de Vienne vont se réfugier chez les Éduens, nouvelle attestation de la réalité des liens entretenus avec Rome avant la conquête.

    119 Caes., Gal., 7.65.2 : le texte dit sua sponte. Les Helviens étaient commandés par C. Valerius Domnotaurus, frère du Procillus mentionné plus haut et envoyé par César auprès d’Arioviste (ibid., 1.47.4 et 1.53.5). Un passage antérieur (ibid., 7.7.5) indique que César avait fait envoyer chez les Helviens des troupes de Transalpine et de Cisalpine ; mais en 7.65.2, la phrase laisse clairement entendre que les Helviens sont seuls.

    120 Ibid., 7.65.3 : cum cura et diligentia.

    121 Ibid., 5.5.4.

    122 Sur les Iulii antérieurs à l’époque flavienne : Drinkwater 1978, à compléter et corriger par  Goudineau 2002 ; Kaenel & Martin-Kilcher 2002 ; Hostein 2010 (Frei-Stolba 2004 concerne les Allobroges). Les Iulii connus par la numismatique sont C. Iulius Teledhus ou os (Gaule Belgique), Durat(ios) Iulios (Centre-Ouest), C. Iulius Agedomapatis (Sud-Ouest) et Q. Iulius Togirix (Centre-Est) (respectivement RIG, IV, n° 80, 145, 177 et 229), ainsi qu’un G. Iulios Tatinius Anandgouumag apparu récemment (il n’est pas certain que le dernier mot fasse partie du nom ; la monnaie est connue par un seul exemplaire provenant des alentours de Rouen : Guihard 2012, 139-141, avec une interprétation inutilement alambiquée du nom, et 399, type BES-10h, n° 139, avec bibliographie antérieure). Agedomopatis est peut-être le même que l’Agedomopas en CIL, XIII, 1036 et 1042-1045 (= ILASantons, 7 et 18).

    123 Sur toute cette série, Geiser & Genechesi 2011.

    124 Hostein 2010.

    125 Badian 1958, pour qui toutes les relations entre Rome et les peuples conquis étaient faites sur le modèle de la clientela. Entre autres travaux, Braund 1984 ; Burton 2003 ; 2011 ont plaidé pour un nouveau modèle diplomatique, basé sur la notion d’amicitia. Une étude de cas sur les Cornelii Balbi de Gadès (Pina Polo 2011) souligne combien le modèle d’E. Badian n’est en réalité pas systématique. On notera cependant que le patron des Allobroges à Rome au moment de la conspiration de Catilina était un certain Q. Fabius Sanga, de la même gens (et portant le même prénom) que Q. Fabius Maximus Allobrogicus, le vainqueur de 121: Sal., Cat., 41.4 ; App., BC, 2.4.

    126 Crassus : Plu., Crass., 17.7 et 25.7-11 ; Labiénus : B. Afr. , 40.5.

    127 Supra, p. 71-80.

    128 Scheers 1969, 42-44 ; Weiller 1995 ; Loscheider 1995 ; 1997 ; 1998, 173-183 ; Creighton 2000, 117-125 ; Loscheider 2005 ; Creighton 2005 ; Metzler & Gaeng 2009, 513‑519 ; Woytek 2009.

    129 La classe III des bronzes Scheers, 30a copie le droit du dernier RRC, 412/1 de L. Roscius Fabatus.

    130 Le droit copierait le droit du denier RRC458/1.

    131 Il s’agit du droit du denier RRC, 500/3.

    132 Afin de faciliter la lecture, les noms des Cassii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Cassius” de la RE.

    133 RIG, IV, n° 102 et 277, avec mentions des points de découvertes connus.

    134 Afin de faciliter la lecture, les noms des Calpurnii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Calpurnius” de la RE.

    135 Autres frappes de deniers portant une tête d’Apollon “aux cheveux calamistrés” : RRC, 346/2 (88 a.C., qui est presque une copie conforme du 340/1), 352/1 et 353/1-2 (85 a.C.), 369/1 (82-80 a.C.), 410/1 (66 a.C.), 474/1-3 (45 a.C.), et 503/1 (43/42 a.C.).

    136 Alors qu’on compte seulement pour les émissions citées à la note précédente entre 10 et 100 coins de droits, excepté pour le type RRC, 352/1, pour lequel M. Crawford (1974) en recense 427.

    137 Contexte L-001-11 : 3 ex. du RRC, 340/1 et 2 ex. du RRC, 408/1.

    138 Mais voir infra pour des imitations claires de prototypes peu courants.

    139 CIL, VI, 16565, qui mentionne un C. Crepusius C. f. Dans les provinces, l’OPEL ne recense aucune attestation du nom.

    140 Références et analyse dans Creighton 2005.

    141 Scheers 2012. Selon cet auteur, ces deniers ont eux-mêmes servi de prototypes à d’autres monnaies qui ne font donc pas directement référence au denier de P. Crepusius. Les monnaies à légende CAMBOTRE semblent dater de
    La Tène D2b.

    142 À moins de considérer que les deux Platorii, consuls suffects de 119 et 160, n’en fassent partie : PIR VI, 179-183, n° 449 et 450.

    143 Sur la gens Plaetoria : RE “Plaetorius”, col. 1947-1953 (auquel il faut ajouter de nombreuses attestations épigraphiques non prises en compte) ; Broughton 1951-1952, passim (récapitulatif p. 601) ; Wiseman 1971, 251 (avec stemma) ; Crawford 1974, 408-409 et 418 ; Ryan 1996. La famille apparaît une seule fois dans le texte de Wiseman 1971 (p. 34) et n’est pas mentionnée dans les ouvrages suivants : Münzer [1920] 1999; Syme 1967 ; 1986. Sur les monnaies à leur nom : Champeaux 1987, 250-259 (avec bibliographie antérieure) ; García-Bellido 1989 ; Maestosi 1995 (que nous n’avons pu consulter) ; Pedroni 1997 ; Bisogno & Gianandrea 2010.

    144 Équivalent à RE “Laetorius” 8. Afin de faciliter la lecture, les noms des Plaetorii étudiés sont suivis de leur numéro de notice dans l’article “Plaetorius” de la RE.

    145 CIL, I², 1442 (qui mentionne M. Plaetorius L. f. M. n. (7) édile de la cité) et 1443. Un M. Pletorius P. f. (9) est également attesté à Pesaro, dans les actuelles Marches : CIL, I², 367.

    146 Seul M. Plaetorius (10) est formellement connu (Crook 1984). Les deux tribuns de la plèbe restitués par T. R. S. Broughton le sont à partir des mentions de deux leges Plaetoriae distinctes : RE “Plaetorius” 1 et 2 ; Broughton 1951-1952, 473.

    147 Ne sont intégrés que les membres ayant joué un rôle politique à Rome ; les affranchis et les magistrats locaux n’ont pas été pris en compte.

    148 B. Alex., 35.4. Le C. Plaetorius (5) est peut-être équivalent au Plaetorius (3).

    149 Sur les Cestii, vraisemblablement originaires de Préneste : RE “Cestius”, col. 2004-2011 ; Broughton 1951-1952, 544 ; Syme 1964, 114 ; Wiseman 1971, 223-224.

    150 Nous adoptons le stemma de Wiseman 1971, 251, avec quelques modifications mineures.

    151 Puisqu’ils portent chacun le prénom de leur père. Même si le surnom n’est pas formellement attesté pour L. Plaetorius (14), il faut le restituer, puisque le type monétaire qu’il frappe en 74 a.C. est un jeu sur son cognomen : Crawford 1974, 408-409 (type RRC, 396).

    152 B. Afr., 96.

    153 Nous adoptons la chronologie de Crawford 1974 (types RRC, 405 et 409), parfois discutée, notamment pour l’émission de 69 a.C. Mais la marge d’ajustement semble minime et n’affecte pas notre propos.

    154 Crawford 1974, 408 (type RRC, 396).

    155 Contexte G-008-01.

    156 Contextes L-001-04, G-008-01, G-008-04, G-012-01, G-012-06, G-012-17.

    157 Respectivement dépôts MTS, ONN-02 et MES. On compte également deux RRC, 405/3 et deux RRC, 409/1 à Dombresson (terminus post quem de 54/55 p.C.) : Estiot & Aymar 2001-2002, 148-154.

    158 Crawford 1969, 28-29 table XII, qu’on peut compléter par Crawford 1974, 654-657 table L. La base de données qui a servi à compiler Crawford 1969, est maintenant largement disponible en ligne sur http://numismatics.org/chrr/ (consulté le 13/01/2015). Backendorf 1998 ne comprend que les données italiennes.

    159 Dans le dépôt d’Ancône (Crawford 1969, n° 344), les émissions RRC, 405 et 409 représentent plus de 6 % du total, mais pour trois pièces : le dépôt comprend seulement 47 deniers.

    160 Troubady 2011, 187. Les contextes archéologiques manquent.

    161 Caes., Gal., 8.44.3 : amicissimus populi romani.

    162 Voir Guichard et al. 1993 ; Deberge et al. 2007 ; Nieto-Pelletier 2013.

    163 Scheers 1969, 30-31.

    164 Entre autres exemples : RRC, 366 ; RRC, 393.

    165 Scheers 1969, 130-132 ; on peut y ajouter un exemplaire à Bibracte, dans un contexte daté La Tène D2b/augustéen moyen (contexte L-007-57).

    166 Scheers 1969, 131 ; Creighton 2005, 100-101.

    167 César le dit explicitement pour Litaviccos (Gal., 7.37.1). Dans le cas d’Epadnactos, on peut le supposer en raison des frappes monétaires à son nom antérieures à la guerre ; la capture de Luctérios n’a pu que rehausser son prestige.

    168 Une hypothèse avancée avec des arguments convaincants par J. Creighton pour l’aristocratie bretonne : Creighton 2000 ; 2002. De manière plus générale : Braund 1984, 9-21.

    169 Sur la composition de la délégation : Cic., Font., 26 et 46. La présence de Voconces peut être déduite du titre placé entre les paragraphes 20 et 21, où on peut lire entre autres DE BELLO VOCONTIORUM.

    170 Cic., Font., 36, qualifie les Gaulois de “nouveaux clients” de Plaetorius (suos novos clientos) ; mais cela n’exclut pas, à nos yeux, des relations d’un autre type (hospitalité notamment) avec d’autres Gaulois, de même que Cicéron a pu accueillir Diviciacos.

    171 CIL, XII, 4189 : Cn. Plaetorius Macrinus / colonis et incolis / ex ea pequnia quae ei in / statuas conlata est. Voir en dernier lieu Ouriachi 2009, vol. 1, 69 et vol. 2, 27 (nous reprenons sa proposition de datation). Il s’agit de la seule mention épigraphique de ce nom dans l’ensemble des provinces gauloises : ensemble des attestations du gentilice dans OPEL, II, p. 145. Si on excepte les attestations en Dalmatie, où on semble avoir affaire à un nom indigène homophone, soulignons qu’il s’agit également de la plus précoce des trois seules attestations connues dans les provinces occidentales (les deux autres proviennent de péninsule Ibérique et datent du iie s. p.C. : CIL, II, 4181 = CIL, II²/14, 1094 ; EE, VIII, 301 [corrigeant la lecture fautive de AE 1898, 1]).

    172 Voir l’exemple similaire de Q. Fabius Maximus Allobrogicus et Q. Fabius Sanga mentionné supra, n. 125.

    173 Cic., Font., 36 : amicus meus, M. Plaetorius ; id., Fam., 1.8.1. Même si le cognomen n’est pas mentionné, il s’agit certainement du même personnage (mais certains commentateurs en doutent : Shackleton Bailey, éd. 1977, vol. II, 306). Pour l’iconographie monétaire, voir en particulier Champeaux 1987, 250-259.

    174 Cic., Att., 5.20.8 (51 a.C.) mentionne un incendio Plaetoriano (commentaire de Shackleton Bailey, éd. 1965-1970, vol. III, 230) ; ibid., 15.17.1 (44 a.C.). L’absence de prénom comme de surnom rend l’identification hypothétique ; selon F. Münzer, le Plaetorius mentionné dans la lettre de 44 serait C. Plaetorius (5) (Shackleton Bailey, éd. 1965-1970, vol. VI, 394).

    175 Bien que l’ouvrage porte sur le iiie s. p.C., voir Manders 2012, 33-37 pour une discussion récente (avec bibliographie). Sur la République romaine, Pérez 1986 ; 1989 semblent considérer comme acquise la compréhension des types monétaires par le public.

    176 Comme l’a bien montré Suspène 2008, qui lie le phénomène à l’introduction des lois tabellaires.

    177 Braund 1984, 9-21 ; Creighton 2000 ; 2005.

    178 Braund 1984, 12-17.

    179 Ibid., 16 (l’auteur rappelle, p. 11-12, que Sertorius faisait envoyer auprès de lui les fils de la noblesse locale et que Marc Antoine fit de même en Orient : César a-t-il adopté cette pratique ?) ; Moscovich 1979-1980 (qui note que César ne maltraite jamais ses otages gaulois).

    180 App., BC, 2.4 (le mot grec employé est prostatès ; Sal., Cat., 41.4 , qui rapporte le même épisode, utilise le mot patrocinium).

    181 Comme le montre, toujours à propos des Allobroges, Sal., Cat., 40.3.

    182 Caes., Gal., 1.9.3 et 1.18.6-7.

    183 Ibid., 7.76.1.

    184 Ibid., 7.39.1 (l’Éduen Viridomaros) ; id., Civ., 3.59.1-2 (les Allobroges Roucillus et Ecus).

    185 L’hypothèse proposée par I. Leins pour certaines régions de Bretagne insulaire ne nous paraît pas s’imposer ici. Notant la similitude entre certains types monétaires, il propose d’y voir la trace de graveurs et de monétaires itinérants, travaillant successivement pour plusieurs pouvoirs émetteurs. Une telle situation aurait été due à la rareté des artisans capables d’assurer ce type de travail (Leins 2012, 36-72). Toutefois, en Gaule continentale, les productions sont nombreuses et anciennes (mis à part sur le Rhin inférieur) et on est en droit de penser que les compétences techniques requises s’étaient répandues. Par ailleurs, la qualité des productions monétaires dès les premières émissions du IIIe s. a.C., la multiplication des découvertes de “poinçons” monétaires à la fonction indéterminée et les expériences menées par K. Gruel et D. Lacoste sur les monnaies fourrées, sont autant de rappels de la grande maîtrise des métallurgistes gaulois et de notre ignorance partielle des procédés qu’ils employaient (sur l’utilisation de la fonte à la cire perdue pour fabriquer des monnaies fourrées, voir Gruel & Popovitch 2007).

    186 Creighton 2005, 100-101.

    187 Scheers 1977, 111-113.

    188 Comme l’a déjà noté Scheers 1997.

    189 Sauf sur le bronze à légende EIVICIACOS, fig. 38, n° 1, mais la posture générale est très similaire.

    190 Comme l’ont déjà remarqué d’autres chercheurs, notamment J. Creighton (2005).

    191 L’idée est déjà émise dans Wightman 1974 ; 1985, 40 et 47. Mais les premières démonstrations sont plus tardives : Metzler 1995 ; Fichtl 1998 ; Reddé et al., éd. 2006 ; Reddé 2009 ; 2011a ; 2014.

    192 Actiparc : Jacques & Prilaux, éd. 2003 ; Chaidron & Dubois 2004. Mirebeau : Venault et al., éd. 2003 ; Reddé 2012. Hermeskeil : Hornung 2012. Petrisberg : Löhr & Trunk 2008.

    193 Metzler & Gaeng 2009, 519-528.

    194 Voir Poux, éd. 2008, en particulier la synthèse finale aux p. 299-433.

    195 Reddé 2009b ; voir aussi Gorgues, Cadiou 2008 (sur des exemples hispaniques).

    196 Brunaux et al. 1990 ; Fichtl 1995 ; Delestrée 1997 ; Delestrée et al. 2006 ; Chaidron 2013. Les fouilles ont repris sur le site en 2014.

    197 Arras : contexte B-004-01 ; Ribemont : contexte B-079-01 et -03. Sur les militaria de Ribemont : Viand et al. 2008.

    198 Sous un angle légèrement différent, nous avons également abordé le sujet dans Martin 2013b.

    199 Contexte B-050-01. Voir également les données de prospection : Delestrée et al. 2006.

    200 Liercourt-Érondelle : Delestrée & Boisard 2010. Pommiers : Guichard et al. 1993, 55. Sur ce dernier site, C. Haselgrove avait déjà supposé une occupation militaire après la guerre des Gaules : Haselgrove 1996, 151.

    201 Delestrée et al. 2004.

    202 Contextes B-016-01.

    203 La Chaussée-Tirancourt : voir supra note 196. Liercourt-Érondelle : Reddé et al., éd. 2006, 314. Pommiers : Poux 2008, 361-365. Bois-l’Abbé : Mangard 2008, 86-87.

    204 La Tène D2a : contextes L-029-06 (Roanne) et B-094-01 (Titelberg) ; La Tène D2b : contextes L-001-02 à -04 et -11 (Alésia), L-007-55 (Bibracte), L-024-09 (Lyon), L-029-08 (Roanne), B-047-01 (Hermeskeil), B-094-02, -03 et -08 (Titelberg) ; La Tène D2b/époque augustéenne : L-007-46 et -57 (Bibracte), B-016-01 (Bois-l’Abbé), B-026-01 (Col des Étroits), B-062-02 (Mirebeau).

    205 Pour le Titelberg, voir supra. César a séjourné au moins une fois à Bibracte, en 52 (Gal., 7.90.8) ; pour les traces archéologiques de l’armée romaine : Pernet et al. 2008.

    206 Bien que récemment remise en doute par P. Barral, cette interprétation continue d’avoir la faveur de M. Reddé (2012).

    207 Demierre 2009.

    208 Brunetti & Curdy 2007, 542-580 ; Deschler-Erb et al. 2008. Contexte B-087-01.

    209 Guichard et al. 1993, 55.

    210 La forte représentation des nécropoles à l’époque augusto-tibérienne est due à un lot important trouvé à Avenches/En Chaplix, comme offrandes déposées sur une tombe féminine à l’origine du sanctuaire nord. Contexte B-008-17.

    211 Pour la République, voir en dernier lieu Cadiou 2008, 502-524 (avec bibliographie antérieure) ainsi que Wolters 2000-2001 ; pour le début de l’Empire, outre ce dernier article, voir Wigg-Wolf 2007.

    212 Par ex. à Numance (Hildebrandt 1979 ; Dobson & Hernández 2008) et à Cáceres el Viejo (Ulbert 1984, 257-297) ou sur le champ de bataille d’Andagoste, daté de la deuxième moitié du ier s. a.C. (Portilla & Larrondo 2006).

    213 Py 2006, 710-718 ; Feugère & Py 2011a.

    214 Le Cayla : Py 2006 ; Feugère & Py 2011a ; Taffanel et al. 1979. La Cloche : Chabot 1985.

    215 Cadiou 2008, notamment 512-517. Il faut également citer un passage obscur de César (Civ., 3.103.1), dont une des interprétations possibles est l’utilisation par Pompée de monnaies de bronze pour payer ses troupes : Quibus cognitis rebus Pompeius deposito adeundae Syriae consilio pecunia societatis sublata et a quibusdam privatis sumpta et aeris magno pondere ad militarem usum in naves imposito duobusque milibus hominum armatis, partim quos ex familiis societatum delegerat, partim a negotiatoribus coegerat, quosque ex suis quisque ad hanc rem idoneos existimabat, Pelusium pervenit. Mais rien ne permet de trancher réellement sur la signification à donner ici au mot aes (métal brut ou métal monnayé ?).

    216 Si on considère que les deux quadrantes augustéens ne font pas partie du dépôt de Bruggen.

    217 Date à laquelle ont lieu plusieurs émissions importantes, notamment du type RRC, 494.

    218 Lockyear 2007a, 107-145 pour la période étudiée ici.

    219 Voir supra, p. 103-104.

    220 Que Keppie 1998, 98, compte comme une légion sous le nom de Ve Alaudae.

    221 Sur la composition de l’armée césarienne en Gaule : ibid., 96-100.

    222 Sur les mouvements de troupes durant la guerre civile : ibid., p. 103-144. Sur leur localisation, on dispose de Luc. 1.392-467, mais on se demande à quel point on peut s’y fier. Des fouilles récentes de Saintes pourraient faire écho au v. 422, mais cela reste très hypothétique : Maurin 2007, 62 et 85-86 ; Miailhe 2009.

    223 Caes., Civ., 1.8.1 : le nombre n’est pas précisé mais la suite montre qu’il ne s’agit pas de la totalité des légions.

    224 Ibid., 1.15.3 et 1.18.5.

    225 Ibid., 1.25.1.

    226 Ibid., 1.40.2 ; on ne sait pas si les effectifs ont été augmentés entretemps.

    227 Ibid., 1.36.5.

    228 Ibid., 1.37.1-3.

    229 Ibid., 1.39.3.

    230 Cic., Fam., 10.8.4-6 : aucto exercito auxilisque multiplicatis. Le nombre de légions pour l’année 44 est donné par ibid., 10.24.3, qui mentionne “trois légions de vétérans, une de recrues”. La cinquième légion a vraisemblablement était laissée en Comata. Sur l’armée de Plancus, voir également Botermann 1968, 200-201.

    231 Plu., Ant., 18.8.

    232 Un passage d’Appien (BC, 2.65) témoigne de son importance dans le conflit entre César et Pompée, puisqu’Afranius conseille à ce dernier, entre autres, de prendre possession de la Gaule et de l’Hispanie.

    233 Reddé 2011a, 69. Les légions sont au nombre de huit.

    234 Pour une présentation détaillée du problème, Martin 2014.

    235 Par ex., Delestrée 1999 ; Gruel & Popovitch 2007.

    236 Dans la bibliographie de langue française, voir en dernier lieu Cadiou 2008, 524-543 ; Barrandon 2011, 57-66. En castillan : Gozalbes 2012 ; Gozalbes & Torregrosa Yago 2014. Cadiou 2008, 539, rappelle qu’on ne sait rien des modalités pratiques de la fourniture et du paiement de la solde des auxiliaires hispaniques ; toute démonstration à ce sujet repose donc d’abord sur des arguments numismatiques et archéologiques. F. Cadiou reste d’ailleurs prudent sur la fonction de ces monnayages (ibid., 542-543), en précisant qu’un usage militaire n’est qu’une possibilité parmi d’autres. López Sánchez 2007, beaucoup plus catégorique, est justement critiqué par F. Cadiou (2008, 542 n. 299) ; sa démonstration repose principalement sur une analyse iconographique : la représentation d’un cavalier au revers des deniers ibériques mettrait l’accent sur la capacité des autorités émettrices à recruter des corps de cavalerie importants. Il faut également signaler que F. López Sánchez appuie son analyse sur la situation gauloise (López Sánchez 2007, 289-290) : les deniers gaulois seraient presque tous contemporains de la conquête. Mais les travaux cités sont maintenant largement obsolètes, notamment sur la chronologie des émissions, beaucoup trop basse. Par ailleurs, l’auteur accepte sans discuter la thèse selon laquelle ces émissions auraient servi à payer les auxiliaires gaulois nécessaires à Rome, alors que les sources font tout autant défaut pour la Gaule que pour l’Hispanie. Plus récemment, M. Gozalbes (voir références supra), tout en adoptant une position moins tranchée que F. López Sánchez, semble accepter l’usage des deniers ibériques pour le paiement des auxiliaires mais également des légionnaires : sur le sujet, nous continuons à préférer les observations nuancées de F. Cadiou.

    237 Dépôt LAR.

    238 Dépôt CSI.

    239 Crawford 1969, n° 343 ; Scheers 1977, dépôt n°  27 ; Hiernard et al. 1982, Haute-Vienne, n° 3.

    240 Dépôt BAS. Premiers éléments dans Guihard et al. 2013.

    241 Voir à nouveau Cadiou 2008, 542-543, dont nous adoptons la position pour la Gaule.

    242 Brunaux et al. 1990. Nous évitons à dessein d’employer le concept de “proto-limes” avancé par J.-L. Brunaux, contesté et contestable, car il renvoie à une conception plus tardive de la guerre.

    243 Haselgrove 2006. Voir également Lewuillon 1999a, 378-379, qui note une “zone spéciale de l’or” en Gaule septentrionale.

    244 Wellington 2005, 245-303.

    245 Roymans 2004, 59-60 ; Roymans & Aarts 2005.

    246 García-Bellido 2004 ; Kemmers 2009.

    247 Contexte B-087-01. Un peu plus tard, on retrouve ces pièces au camp de la Hunerberg à Nimègue (contexte B-069-01).

    248 Dans les exemplaires en contextes : Bibracte (L-007-33), Lyon (L-024-09), La Chausse-Tirancourt (B-050-01), Mirebeau ? (B-062-02bis), Sermuz (B-087-01), le Titelberg (B-094-01).

    249 Forni 1953 ; 1992.

    250 Poux 2008, 424-428. La fig. 74, p. 425, donne une idée du réseau ainsi constitué mais doit être prise avec beaucoup de précautions, car elle mêle des éléments de nature et de chronologie différentes. Ainsi, les tours du Walensee, malgré la découverte d’éléments tardo-républicains, restent jusqu’à preuve du contraire datées à l’époque augustéenne ; les structures de Melun sont antérieures à Tibère, sans plus de précision ; rien ne permet d’attester, à notre connaissance, d’une occupation militaire à Alésia après le siège. Enfin, la carte unit sans distinction les sites ayant livré des structures potentiellement ou certainement militaires avec des sites ayant livré uniquement des éléments mobiliers – qui ne sont parfois que des éléments de parure.

    251 Braund 1984, 91, citant Cic., Att., 6.1.14.

    252 Brunt 1990, 255-266. L’article porte sur le début du principat mais ses conclusions nous semblent valides pour les décennies qui précèdent.

    253 Pernet 2010 (liste exhaustive des désarmements 262-264) ; à compléter avec Poux 2008 pour l’armement légionnaire, dont une petite partie a pu être détenue par des indigènes ; Braund 1984, 115-116, rappelle qu’on connaît plusieurs cas de rois hellénistiques amis de Rome qui lèvent des troupes entraînées et armées à la romaine.

    254 Poux 2008, 430-433.

    255 Déjà, Plutarque rapporte que 1000 Gaulois combattaient en 53 contre les Parthes sous les ordres de P. Crassus : Plut., Crass., 17.7 et 25.7-11.

    256 Caes., Civ., 1.39 ; App., BC, 2.49 ; Luc. 7.231. Yoshimura 1961, 477 parle de 3000 Gaulois avec Pompée.

    257 B. Afr., 19.4.

    258 App., BC, 3.88.

    259 Même si on n’arrive pas aux totaux présentés par César pour Alésia, ces nouvelles ponctions devaient être non négligeables pour un pays sortant de dix ans de guerre.

    260 Contextes L-007-05, -08 (porte du Rebout), et -18 (PC1).

    261 Brun & Debord 1991, 44-45. Contexte B-076-01.

    262 Contexte B-014-04.

    263 Contexte B-001-09.

    264 Contexte B-094-12.

    265 Contexte B-094-15.

    266 L’absence de phasage complet disponible pour cette nécropole rend l’utilisation de ces données difficile. Mais les dépositions monétaires semblent totalement marginales, si ce n’est absentes, avant l’époque augustéenne. Voir Kaurin 2009.

    267 Haselgrove & Wigg-Wolf, éd. 2005 ; Wellington 2005 (centré sur la Gaule Belgique occidentale) ; Izri 2011 (centré sur le Centre-Est).

    268 Contra Delestrée 2005.

    269 Par ex. Roymans et al., éd. 2012.

    270 Roymans & Aarts 2005.

    271 Wigg-Wolf 2005b ; Nickel et al. 2008, 605-626.

    272 Données dans Piette & Depeyrot 2008.

    273 Poux 2004, 379 fig. 191 (amphores) ; Bataille 2011 (armes).

    274 Cazanove & Joly 2011, 666 ; Nouvel 2011, 591 (Nitry).

    275 Wellington 2005, 303-328.

    276 Wigg-Wolf 2005b, 375-376.

    277 Barral & Joly 2011, 553.

    278 Wellington 2005, 317-326.

    279 C’est particulièrement net en Normandie : voir infra, chap. 5, et notre compte-rendu de Guihard 2012 (64-65 pour ce qui nous occupe ici) sur http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1637 (consulté le 13/01/2015). Sills 2003 fournit le catalogue d’une partie des émissions en or de Gaule Belgique, avec analyses métrologiques.

    280 Bataille 2011.

    281 Nouvel & Thivet 2011.

    282 García Riaza & Lamoine 2008.

    283 Wellington 2005 ; Bataille 2011.

    284 Izri 2011.

    285 Voir chapitre précédent.

    286 Estienne & Cazanove 2009, en particulier 17-27.

    287 Mirebeau : Barral & Joly 2011 ; Fesques : Mantel, éd. 1998, 81-105 (étude de P. Méniel) ; Bois-l’Abbé : annexe de P. Méniel dans Mangard 2008, 291-294.

    288 Poux 2004, 196-200 et 378-385 (avec bibliographie antérieure, qu’on pourra compléter à partir d’Olmer 2011).

    289 Poux 2004, 378-385.

    290 Comme le fait M. Poux lui-même : ibid., 199.

    291 Plin., Nat., 30.13 ; Suet., Cl., 25.

    292 Comme le note Woolf 2002.

    293 Cadiou 2008, 502-513.

    294 Caes., Civ., 3.59.

    295 Comme c’est peut-être le cas au sanctuaire d’Empel : Roymans & Aarts 2005.

    296 Si on peut certainement caractériser le mercenariat celte (notamment à La Tène moyenne) comme un métier, le rôle du chef reste très important dans la cohésion du groupe. Par ailleurs, ces bandes de mercenaires se louaient le temps d’une campagne, alors que l’occupation romaine introduit une continuité et une stabilité dans l’exercice des armes. Sur le mercenariat celte et antique, voir en particulier Péré-Noguès 2007 ; Pion 2012 ; Baray 2014 (avec bibliographie antérieure).

    297 Delestrée 1999 ; Wellington 2005, 258-259 et 326-329.

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    Martin, S. (2015). Chapitre 2. Le temps des armes. La guerre des Gaules et La Tène D2b (60/50 - 30 a.C.). In Du statère au sesterce. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ausonius.19180
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