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    Plan détaillé Texte intégral Les jeunes filles et la mort Les filles dans les hommages publics Les filles, héritières et évergètes Les dames seules et les célibataires Notes de bas de page

    Perfectissima Femina

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Fille1

    p. 185-203

    Texte intégral Les jeunes filles et la mort Les filles dans les hommages publics Honorer sa famille Honneurs offerts aux parents masculins Honneurs offerts aux parents féminins Les hommages reçus par les dames de la première génération d’une famille Les filles, héritières et évergètes Les dames seules et les célibataires Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Pendant les 250 années prises en compte par notre enquête, la vie des filles nées dans les grandes familles des cités hispaniques concernées devait être rythmée par les apprentissages du savoir-vivre et de la culture nécessaire à la bonne tenue du rôle qui leur était destinée, celui d’épouse d’un notable local, voire d’un membre de la noblesse de l’empire. Malgré les différences de rang, les inscriptions sortent parfois ces femmes de la première génération de l’ombre en mentionnant leurs rôles spécifiques. Le premier est celui de défunte : dans certaines circonstances, on a mis en exergue la mort des jeunes femmes. Le second est celui de responsable de la mémoire familiale : certaines dames étaient parfois obligées, en tant que filles de famille, de prendre en charge une partie des activités qui, dans des conditions normales, incombaient à leur mère ou à d’autres membres de leur famille, comme leur frère.

    Les jeunes filles et la mort

    2Si, au début de l’Empire, les liens parents-enfants se manifestaient de façon moins émotionnelle qu’aujourd’hui, la mort d’une jeune fille constituait une source de chagrin d’autant plus profonde que la perte d’un descendant (qu’il soit homme ou femme) pouvait mettre en péril la pérennité de la famille. Les décès d’enfants, y compris ceux de sexe féminin, furent donc parfois mentionnés dans les épitaphes des monuments funéraires du début de l’Empire qui illustraient une autoreprésentation des notables à caractère dynastique. En effet, les épouses y tenaient certes une place privilégiée, mais les données épigraphiques2 et iconographiques3 montrent que les filiae, célibataires ou jeunes veuves, y trouvaient également la leur. Au iie siècle, de nouvelles pratiques funéraires, ainsi que de nouvelles considérations sociales, développées dans la deuxième partie, mirent de plus en plus en valeur les liens familiaux et les sentiments qui les nourrissaient. Les filles de notables pouvaient être, dès le plus jeune âge, les destinataires des épitaphes, souvent dans leur domaine rural4. C’est ainsi qu’il faut comprendre un mausolée comme celui de Chiprana où une richissime famille érigea une construction magnifiquement architecturée pour conserver les cendres de Fabia Severa [509], décédée peu après sa naissance.

    3Les filles de notables ont parfois pris la responsabilité d’enterrer leurs proches dans des monuments où elles étaient enterrées ensuite. Deux exemples sont significatifs : le premier est le monument de la Trinité à Sagonte5, vraisemblablement construit au début du iie siècle par Antonia L. f. Sergilla [567], pour ses parents, L. Antonius L. f. Gal. Numida et Sergia M. f. Peregrina [579]. L’épitaphe de Sergilla, rédigée par un affranchi, des membres de sa famille et de sa belle-famille, prouve qu’elle n’avait pas eu de descendance. Si un adfinis est mentionné, l’époux d’Antonia Sergilla est en revanche passé sous silence, ce qui pourrait s’expliquer par une mort prématurée. Le second exemple est le monument érigé dans la première moitié du iie siècle par Atilia L. f. Festa [595] dans son domaine agricole de Tarraca (Citérieure). Veuve et/ou divorcée, sans enfants ni mari, elle érigea le mausolée de son père et de son grand-père, mais elle décida d’y être enterrée avec eux6. Sa mère et sa grand-mère n’apparaissent pas : peut-être leur épitaphe était-elle exposée sur l’un des murs disparus, mais il est vrai que seules les gloires de la famille, autrement dit les hommes, méritaient d’être mentionnées. Atilia Festa eut l’avantage d’être la dernière de sa lignée.

    Les filles dans les hommages publics

    4Le hasard a permis la conservation d’environ 88 inscriptions honorifiques mentionnant des femmes de plus jeune génération, absentes par ailleurs en tant qu’épouse, mère, grand-mère ou tante. Ces jeunes femmes tenaient un rôle social parce qu’elles étaient filles de notable, mais elles pouvaient en être aussi la sœur, la petite-fille ou même la nièce, quand la perte des membres de la famille exigeait leur engagement public. Dans certains exemples, elles n’étaient encore que des enfants ; dans la plupart des cas cependant, elles avaient déjà atteint l’âge de se marier. Le destin avait fait d’elles les héritières de leur famille, tout en les laissant former une nouvelle famille avec leur époux. Comme toujours, nous rencontrons deux catégories de textes, dans lesquels les filles sont dédicataires d’un côté, dédicantes de l’autre.

    Honorer sa famille

    Honneurs offerts aux parents masculins

    Tableau n° 13a. Les hommages à leur père7 

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Italica, Bétique

    sous Auguste ou début du règne de Tibère 

    (Pontia) Amoena [128]

    L. Pontius C. f. Ser.

    2

    Tucci, Bétique

    seconde moitié du ier s.

    Iulia C. f. Laeta [219]

    Iulius Scaena, decurio equitum, centurio hastatus primus leg. IIII, IIuir

     

    3

    Obulco, Bétique

    fin du ier ou iie s. 

    Cornelia L. f. Anus [168]

    L. Cornelius [---]

    disposition testamentaire du frère

    4

    Aeso, Citérieure

    fin du ier ou début du iie s.

    Porcia Procula [428]

    L. Porcius L . f. Quir. Serenus, magistrat

    disposition testamentaire du père

    5

    Sigarra, Citérieure

    fin du ier ou début du iie s.

    Cornelia Cupita [592]

    C. Cornelius Mansuetus

     

    6

    Corduba, Bétique

    milieu du iie s.

    Aelia Faustina [3] 

    L. Aelius L. f. Gal. Faustinus, duumvir

    remboursement des frais

    7

    Astigi, Bétique

    milieu du iie s.

    Aponia G. f. Montana [35]

    Q. Aelius Q. f. Optatus

    dix statues en argent

    8

    Barcino, Citérieure

    dès le milieu du iie s.

    Pedania Clementiana [474]

    L. Pedanius L. f. Pal. Clemens Senior, magistrat

     

    Tableau n° 13b. Les hommages à leurs frères

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Obulco, Bétique

    fin du ier ou iie s. 

    Cornelia L. f. Anus [168]

    [.] Cornelius L. f. [.]n. Gal. [---]na, édile

    2

    Tucci, Bétique

    fin ier ou début du iie s.

    Aelia Senilla [215]

    M. Aelius Gallus

    3

    Aeso, Citérieure

    fin du ier ou début du iie s.

    Porcia Procula [428]

    L. Porcius L. f. Quir. Priscus 

    disposition testamentaire de son père

    4

    Tarraco, Citérieure

    sous le règne d’Hadrien

    Numisia L. f. Victorina [371] 

    L. Numisius L. f. Pal. Montanus, magistrat, flamine de la province, admis au rang des chevaliers par l’empereur Hadrien et juge de la Ière décurie

     

    5

    Aeso, Citérieure

    première moitié du iie s.

    Aemilia Pressa [416]

    C. Aemilius C. f. Quir. [---]

    disposition testamentaire de son frère, héritiers avec sa mère et son oncle

    6

    Barcino, Citérieure

    première moitié du iie s.

    Herennia C. f. Optata [467]

    M. Her[ennius] C. f. Severus, édile, duumvir et flamine d’Auguste

     

    7

    Iliberri, Bétique

    iie s.

    Manilia P. f. Tertulla [108]

    P. Manilius P. f. Gal. Urbanus

    remboursement des frais de la statue

    8

    Iporca, Bétique

    iie s.

    Cornelia Prisca [118]

    A. Cornelius Quir. Gallus

    disposition testamentaire de son frère

    9

    Balsa, Lusitanie

    iie s.

    Manlia T. f. Faustina [258]

    T. Manlius T. f. Quir. Faustinus, deux fois duumvir

     

    10

    Tarraco, Citérieure

    iie s.

    Laelia Coetè [365]

    M. Laelius Sabinianus, appariteur des édiles curules à Rome

     

    11

    Aeso, Citérieure

    iie s.

    [---]rciana [431]

    [-]

     

    12

    Ispca, Bétique

    seconde moitié du iie s.

    Fabia [---]insensis [123]

    Fabius Montanus

    disposition testamentaire de son frère

    13

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié du iie au début du iiie s.

    Herennia Aprhoditè [357]

    M. Granius Probus, décurion, pontife et édile

    14

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié du iie au début du iiie s.

    Fabia Lydè [350]

    M. Fabius Auctus

     

    Tableau n° 13c. Les hommages à leurs grands-pères

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    1

    Cisimbrium, Bétique

    sous les Flaviens et les premiers Antonins

    Flavia Valeriana [86]

    C. Valerius C. f. Gal. Valerianus, duumvir et pontife perpétuel 

     Tableau n° 13d. Les hommages à leurs neveux

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Antikaria, Bétique

    sous les Flaviens et les premiers Antonins

    Fabia L. f. Fabulla [29]

    [-] Hispanianus

    disposition testamentaire de Terentia L. lib. L. lib. Felicula [32]

    5L’analyse des hommages résumés dans les tableaux précédents, montre que, à l’instar des dames plus âgées, notamment des mères, les plus jeunes honorèrent principalement les hommes de leur famille (24 hommes contre 16 femmes8) à la mort de ces derniers (fig. 1). Elles y étaient obligées lorsque, à défaut d’une mère également disparue et en l’absence de frères, il leur fallait reprendre le flambeau de la continuité dynastique. Elles assumaient le devoir de conserver publiquement la mémoire de leur gens, probablement en raison du patrimoine qui leur était revenu. Fortes de ces nouveaux moyens financiers, elles endossaient, en société, les responsabilités d’un homme9. Comme Pline le Jeune le conseillait à Calvina à la mort de son père, elles se devaient de préserver et respecter l’honneur et la réputation des leurs10. Dans la péninsule Ibérique, l’érection d’une statue en était le moyen le plus évident11. Ainsi, Aelia Faustina [3], fille unique et orpheline, remboursa à la caisse publique de Cordoue les frais de l’hommage à son père décédé, le magistrat L. Aelius L. f. Gal. Faustinus, duumvir de la colonia Patricia.

    Fig. 1. Piédestal érigé par Porcia Procula [428] à son père, le magistrat L. Porcius L. f. Quir. Serenus. Archive photographique CIL. Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften.

    Image 100000000000031D0000049D91170BD21EA1B462.jpg

    Cl. E. Olivella.

    6Remarquons que, parmi les dédicataires, ces honneurs comptent naturellement plus de frères (14 inscriptions) que de pères (8 textes conservés)12. À la mort de ces derniers, les mères étant souvent encore en vie. C’est à elles qu’incombait la charge de l’hommage posthume à leur mari. En revanche, lorsque leur frère mourait après leur mère, sans descendance et sans épouse, ce sont elles qui assuraient le devoir de mémoire en érigeant leur statue. Une confirmation s’en trouve dans le dossier du Tarraconais L. Numisius L. f. Pal. Montanus, magistrat de la colonie, flamine de la province, admis au rang des chevaliers par l’empereur Hadrien. On connaît le nom de son épouse, Porcia M. f. Materna [381], originaire d’Osicerda, flaminique de la province, puis de sa ville natale, de Caesaraugusta et de Tarraco à titre perpétuel, honorée par son mari dans la capitale provinciale. Le couple n’eut pas de descendance. L’épouse mourut la première. Pour cela, dans son testament, le chevalier désignait sa sœur, Numisia Victorina [371], comme l’héritière responsable de l’élévation de sa statue honorifique sur le forum (in foro) de Tarraco. Un autre exemple plus frappant encore se trouve dans la famille du magistrat de Barcino M. Herennius C. f. Severus, qui épousa une cousine veuve d’un précédent mariage et mère d’un enfant dont il fut le tuteur. Cet enfant décéda après sa mère, au début de l’âge adulte13. C’est donc l’époux de sa mère, M. Herennius C. f. Severus, qui l’honora de manière posthume. Comme ce dernier ne laissa aucune descendance, ce fut sa sœur, Herennia C. f. Optata [467], qui se chargea ensuite d’ériger sa statue post mortem.

    7Tous ces monuments mettent en valeur le rôle d’héritière des filles de famille. En l’absence d’un fils, elles furent les heredes principales de leur père ; faute d’épouse et d’enfants, leurs frères leur attribuèrent également ce rôle dans leur testament. Dans les documents du iie siècle, plus prolixes que ceux du siècle précédent, leur condition d’héritière est souvent précisée. Prenons à nouveau pour exemple [.] Cornelius L. f. [.] n. Gal. [---], magistrat d’Urso, veuf ou mort trop jeune pour avoir une épouse. Sa sœur, Cornelia L. f. Anus [168], se chargea de réaliser la galerie de portraits familiaux qu’il avait voulue par disposition testamentaire : une statue équestre pour son père et lui, l’autre pédestre pour sa mère. On retrouve ce scénario dans le cas de Porcia Procula [428] à Aeso : dans son testament, son père, L. Porcius L. f. Quir. Serenus, magistrat, avait souhaité une galerie de portraits de sa famille, et c’est sa fille qui s’en chargea. On possède le piédestal du monument de son père14 et de son frère, L. Porcius L. f. Quir. Priscus15, décédé trop tôt pour exercer les honneurs locaux. Dans des circonstances similaires, par décision testamentaire d’un frère, Q. Cornelius Gallus dont elle était l’héritière, Cornelia Prisca [118] lui érigea une statue sur piédestal et donna des sportules aux décurions au moment de la dédicace. Elle ajouta, à ses frais, un banquet pour l’ordo et la plèbe.

    8Tout cela fut rendu possible grâce au statut juridique d’héritière (heres16). Ces jeunes femmes reçurent en héritage une partie du patrimoine de leurs parents et frères décédés et accomplirent leurs dernières volontés. Depuis les XII Tables, les filles pouvaient hériter de leur père au même titre que leurs frères17. Mais les lois Iulia de maritandis ordinibus (18 a.C.) et Papia Poppaea (9 a.C.) mirent des restrictions aux droits d’hériter : ces héritières attestées dans les inscriptions devaient être pour la plupart des petites-filles ou des femmes mariées. En effet, selon les lois augustéennes, les femmes de plus de 20 ans (et les hommes de plus de 25) encore célibataires (caelibes), ne pouvaient être ni héritières ni légataires. Même mariées, elles ne recevaient qu’une partie de l’héritage si elles ne bénéficiaient pas du ius trium liberorum (attribué en principe aux femmes mères de trois enfants, quatre pour les affranchies)18. Sans ce droit, elles rentraient dans la catégorie d’orbi et n’avaient droit, par conséquent, qu’à une moitié19. Pour pouvoir agir en tant que fille20 ou de sœur dans les inscriptions, le mariage était quasiment une condition si l’on avait plus de vingt ans.

    Honneurs offerts aux parents féminins

    Tableau n° 13e. Les hommages à leur mère 

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Urso, Bétique

    fin du ier ou iie s. 

    Cornelia L. f. Anus [168]

    inconnue

    disposition testamentaire

    2

    Valentia, Citérieure

    dès l’époque flavienne à la fin des règnes des Antonins 

    Antonia M. f. Lepida [602]

    Sertoria Q. f. Maxima [610]

    3

    Tarraco, Citérieure

    première moitié du iie s. 

    Fulvia M. f. Celera [353]

    Popilia M. f. Secunda [379]

    4

    Castulo, Citérieure

    première moitié du iie s. 

    Cornelia P. f. Severa [501]

    Iunia M. f. Severina [504]

    5

    Lacilbula, Bétique

    iie s. 

    [Ael]ia M. f. Bassina [139]

    [Me]mmia [ .] f. Ael[iana ?] [141] 

    remboursement des frais de la statue

    6

    Capera, Lusitanie

    iie s.

    Cocceia Celsi fil. Severa, de Norba [185]

    Trebia Procula [268]

    7

    Caurium, Lusitanie

    iie s.

    Antistia Vitalis [270]

    Vitellia Silonis f. Tertulla [271]

     

    8

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié du iie s.

    Sulp(icia) A[e]lina [396]

    Sulpic[ia ---] Calagurritana [395]

    9

    Mellaria, Bétique

    seconde moitié du iie s.

    Sempronia Varilla [151]

    Sempronia Varilla [150] 

    remboursement des frais de la statue

    Tableau n° 13f. Les hommages à leur grand-mère maternelle

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Cisimbrium, Bétique

    sous les Flaviens et les premiers Antonins

    Flavia Valeriana [86]

    Valeria Actè [87]

    2

    Tarraco, Citérieure

    fin ier ou début iie s. 

    Clodia Q. f. Rufina [335]

    Iulia Helicè [359]

     

    3

    Capera, Lusitanie

    seconde moitié du iie s.

    Cocceia Celsi fil. Severa, de Norba [185]

    Avita Moderati, f. [264]

    ob honorem quot ciuis recepta est Caperae

    Tableau n° 13g. Les hommages à leurs tantes maternelles

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataire

    Autres éléments

    1

    Capera, Lusitanie

    seconde moitié du iie s.

    Cocceia Celsi fil. Severa, de Norba [185]

    Trebia Vegeta [269]

    Tableau n° 13h. Les hommages à leurs tantes paternelles

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicante

    Dédicataire

    1

    Aeso, Citérieure

    iie s.

    Porcia M. f. Catulla [426]

    Porcia M. f. Catulla [427]

    Tableau n° 13i. Les hommages à leur belle-mère

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    1

    Castulo, Citérieure

    première moitié du iie s.

    Cornelia P. f. Severa [501]

    Cornelia M. f. Caesiana [499]

    2

    Aeso, Citérieure

    iie s.

    Porcia M. f. Catulla [426]

    Porcia M. f. Catulla [427] 

    9Si l’on analyse les hommages rendus aux femmes par leurs filiae (9 aux mères, 3 aux grands-mères, 2 aux tantes et 2 aux belles-mères)21, on constate des situations familiales quelque peu diverses, mais qui confirment l’âge avancé de la plupart de ces filles, qui avaient souvent fait un très bon mariage. En effet, sauf à de rares exceptions, les dames qui honoraient les femmes de leur famille étaient adultes, souvent veuves, parfois héritières de leurs frères22 ou maris. Elles cherchaient à rendre hommage à leur mère dans le cadre d’une exposition dynastique. Ainsi, à Castulo, Cornelia P. f. Severa [501] érigea la statue de sa mère, Iunia M. f. Severina [504], à côté de celle de son mari, le magistrat M. Iunius C. f. Gal. Paternus, et de celle de sa belle-mère, Cornelia M. f. Caesiana [499]. De la même façon, Fulvia M. f. Celera [353], flaminique de Tarraco et de la province, demanda par clause testamentaire l’érection de la statue de sa mère, Popilia M. f. Secunda [379], flaminique de la colonie de Tarraco à côté de la sienne23. L’exemple le plus significatif reste toutefois celui de la galerie des portraits réalisée par Cocceia Celsi fil. Severa [195], originaire de Norba, pour la branche féminine de sa famille, à savoir sa grand-mère maternelle, Avita Moderati f. [264], sa mère, Trebia Procula [268], et sa tante, Trebia Vegeta [269], dans la cité de Capera.

    Les hommages reçus par les dames de la première génération d’une famille

    Tableau n° 14a. Les hommages de leur père

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicants

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Saguntum, Citérieure

    début du ier s.

    L. Aemilius Macer 

    Aemilia [565]

    3

    Singilia Barba, Bétique

    131-170

    L. Cornelius Themison

    Cornelia Blandina [206]

    remboursement des frais

    4

    Ilurco,

    Bétique

    iie s.

    L. Fabius Avitus

    Fabia Broccilla [115]

    remboursement des frais

    5

    Barbesula, Bétique

    iie s.

    Postumius Optatus 

    Postumia C. f. Honorata [172]

    6

    Singilia Barba, Bétique

    iie s.

    L. Lollius L. f. Aelianus

    Lollia L. f. Marciana [208]

    remboursement des frais

    7

    Capera, Lusitanie

    iie s.

    M. Attius Silvanus

    Attia Paterna [263]

    8

    Tarraco, Citérieure

    milieu du iie s.

    C. Virius Fronto flamine de la province d’Hispanie citérieure 

    Viria Flavina [407]

    9

    Antikaria, Bétique

    seconde moitié du iie s. 

    P. Quintius Hospitalis 

    Quintia P. f. Galla [31]

    sœur de la suivante

    10

    Antikaria, Bétique

    seconde moitié du iie s. 

    P. Quintius Hospitalis 

    Quintia P. f. Calvina Antik. Hospitalis f. [30]

    sœur de la précédente

    11

    Italica, Bétique

    seconde moitié du iie s.

    Aelius Prisus

    Aelia Q. f. Licinia Valeriana [126]

    remboursement des frais

    12

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié iie s.

    P. Satrius P. f. Arn(ensi) Felix Secundus

    Satria P. f. Liciniana [390]

    13

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié iie s.

    Ses parents, M. Iulius Paris et Domitia Musa [337], et son fils, L. [Do]mit(ius) Theseus

    Domitia Quartilla [344]

    Tableau n° 14b. Les hommages de leur frère

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicants

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Segobriga, Citérieure

    sous les Flaviens 

    C. Calventius Pudens 

    C[alventia] C. f. Titulla [589]

    2

    Barcino, Citérieure

    entre 100 et 150

    Cn. Turpilius Dius 

    Turpilia Pacata [485]

    3

    Iptuci, Bétique

    entre 150 et 200

    Fabius Montanus 

    Fabia [---]insensis [123]

    disposition testamentaire

    4

    Dianium, Citérieure

    iie s.

    Sex. Terentius Lemnaeus, sévir

    Terentia Doryphoris [518]

    Tableau n° 14c. Les hommages de leur mère

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    Autres éléments

    1

    Laelia ?

    Bétique

    fin du ier ou début du iie s.

    Calpurnia Q. f. Galla [143]

    Clodia C. f. Optata [144]

    remboursement des frais

    2

    Igaedis, Lusitanie

    fin du ier ou début du iie s.

    Iulia Amoena Sabini f. [284]

    Iulia Varilla Celeris f. [285]

    3

    Tarraco, Citérieure

    fin ier ou iie s.

    Cornelia L. f. Avita [337]

    Assalica L. f. Avita [318]

    4

    Valentia, Citérieure

    fin ier ou iie s.

    Aemilia C. f. Postuma [601]

    Marcia P. f. Postuma Messenia Lucilla  [608]

    5

    Barcino, Citérieure

    première moitié du iie s.

    Cornelia Secunda [462]

    Cornelia L. f. Secundina [463] 

    6

    Singilia Barba, Bétique

    131-170 

    Cornelia Blanda [205]

    Cornelia Blandina [206]

    remboursement des frais

    7

    Singilia Barba, Bétique

    iie s.

    [Ca]lpurnia Clementina [203]

    Lollia L. f. Marciana [208]

    remboursement des frais

    8

    Tucci, Bétique

    iie s.

    [Manl]ia [P. f. Pae]-ti[na] [221]

    Valeria Paetina [222]

    9

    Capera, Lusitanie

    iie s.

    Caeria Severa [266]

    Attia Paterna [263]

    10

    Igaedis, Lusitanie

    iie s.

    Annia Rufina [282]

    Annia Vegeta [283]

    disposition testamentaire

    11

    Dianium, Citérieure

    iie s.

    Aemilia Scintilla [513]

    Terentia Doryphoris [518]

    12

    Ilerda, Citérieure

    iie s.

    Marcia Tempestiva [535]

    Sempronia Tempestiva [537]

    13

    Saetabis, Citérieure

    iie s.

    Chaldaea Q. f. Verecunda [556]

    Cornelia P. f. Propinqua [559]

    14

    Saetabis, Citérieure

    iie s.

    Terentia Terentulla [563] 

    Valeria M. f. Maxsima [564]

    15

    Saguntum, Citérieure

    iie s.

    Calpurnia Q. f. Fusca [570]

    Sempronia L. f. Nepotilla [578]

    16

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié iie s.

    ses parents, M. Iulius Paris et Domitia

    Musa [345], et son fils, L. [Do]mit(ius) Theseus

    Domitia Quartilla [344]

    17

    Singilia Barba, Bétique

    171-200

    Acilia Plecusa [199]

    Acilia Mn. f. Sept(uminia) [201]

    18

    Segida Augurina, Bétique

    171-230

    Lucretia Lucilla [193]

    Aemilia C. f. Rustica [192]

    Tableau n° 14d. Les hommages de leur grand-mère

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    1

    Tarraco, Citérieure

    fin ier ou début iie s.

    Iulia Helicè [359]

    Clodia Q. f. Rufina [335]

    2

    Singilia Barba, Bétique

    171-200

    Acilia Plecusa [199]

    Acilia Sedata Septuminia [200]

    Tableau n° 14e. Les hommages de leur tante

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicantes

    Dédicataires

    1

    Tarraco, Citérieure

    171-200

    [-] Rufina [387]

    Clodia Q. f. Rufina [335]

    Tableau n° 14f. Les hommages de leur cousin germain (consobrinus)

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicants

    Dédicataires

    1

    Tucci, Bétique

    seconde moitié du ier siècle

    L. Maecius Nativos 

    Iulia C. f. Laeta [219], flaminique de la maison impériale

    Tableau n° 14g. Hommages funéraires in honorem et memoria des filles

    N°

    Cité

    Datation

    Divinité

    Formules

    Dédicants

    Dédicataires

    1

    Igaedis, Lusitanie

    seconde moitié du iie s.

    Venus Auguste

    sacrum in honorem

    Severa [287]

    Rufina Reburrini f. [286]

    2

    Barbesula, Bétique

    seconde moitié du iie ou début du iiie s.

    Junon Auguste

    in honorem

    C. Iulius Aelius Theseus, son père, sa mère, et Q. Aelius Iulius Severus, son frère

    Aelia Domitia Severiana [54], flaminique perpétuelle

    3

    Ostur, Bétique

    seconde moitié du iie ou début du iiie s.

    Diane Auguste

    ob memoriam

    Fabia M. f. Prisca [182] 

    Rantulana Priscilla [183]

    4

    Mirobriga, Lusitanie

    seconde moitié du iie ou début du iiie s.

    Venus Victrix Auguste

    in honorem

    Flavia Titia [290] 

    Lucilia Lepidina [291]

    5

    Aeso, Citérieure

    seconde moitié du iie ou début du iiie s.

    Lune Auguste

    in honorem et memoriam

    L. Aemilius Maternus, duumvir, son père et de Fabia Fusca [421], sa mère

    Aemilia L. fil. Materna [415]

    6

    Tarraco, Citérieure

    début du iiie s.

    Isis Auguste

    in hono(rem) et memoriam

    Clodia Orbiana [334]

    Iulia Sabina [362]

    10Dans les ensembles honorifiques qui exposèrent in loco publico la réussite sociale des notables, les épouses occupèrent une place privilégiée24. Quant aux filles, elles y étaient toujours minoritaires. Leurs hommages, réunis dans le tableaux n° 13 a-i et 14 a-g, semblent se faire cependant un peu plus fréquents dans les cités hispaniques dès le iie siècle, notamment dans la seconde moitié, dans une période où les qualités sociales d’un homme important résidaient à la fois dans ses fonctions politiques, militaires et religieuses, et dans son rôle social et familial. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre un fait vraisemblablement exceptionnel : C. Virius Fronto, issu d’une cité inconnue du conuentus de Lucus, flamine provincial de la Citérieure, probablement veuf, sollicita la permission d’ériger la statue de sa fille, Viria Flavina [407] sur la place du culte provincial à Tarraco, probablement à côté de son effigie.

    11Les galeries familiales devinrent de plus en plus complexes et variées : en plus de leurs propres personnes et de leur(s) fils, les parents honorèrent parfois leurs filles, comme P. Quintius Hospitalis à Antikaria, qui offrit une statue sur piédestal à son fils P. Quintius P. f. Hospes, mais aussi à ses deux filles, Quintia P. f. Calvina [30] et Quintia P. f. Galla [31]. Un autre exemple significatif fut découvert sur le forum de Singilia Barba : dans son désir fervent de reconnaissance et de promotion de sa famille, Acilia Plecusa [199] honora sur le forum son fils et sa fille, mais aussi son petit-fils et sa petite-fille. Le nombre de ces hommages aux filiae, 51 exemples dans notre documentation, reste cependant anecdotique par rapport aux hommages reçus par les frères de ces jeunes femmes. Parmi les dédicants, les plus fréquents furent les mères (18 hommages conservés), qui agirent parfois avec les hommes (7 exemples) de l’entourage de la jeune femme souvent défunte, père, frère, fils et même mari.

    Les filles, héritières et évergètes

    12Il nous faut retenir dans le dossier sur les plus jeunes dames la documentation concernant les évergésies qu’elles offrirent à leurs cités. Elles sont résumées dans le tableau suivant.

    Tableau n° 15. Les évergésies offertes par les dames de la première génération d’une famille25

    N°

    Cité

    Datation

    Évergètes

    Évergésies

    Autres

    1

    Cisimbrium, Bétique

    sous les Flaviens

    Flavia Valeriana [86]

    un temple et des statues de son grand-père

    elle réalisa le vœu de son grand-père, C. Valerius C. f. Gal. Valerianus, duumvir et pontife perpétuel

    2

    Celti, Bétique

    fin du ier siècle ou iie s.

    Aemilia Artemisia [84] et 84 bis]

    une statue à Venus Augusta parée de ses accessoires,

    une coupe d’argent qui appartenait à Aemilius Rusticus (un parent ?),

    une louche également en argent

    donation testamentaire de M. Annius Celtitanus. Sa fille fit la donation et rajouta la bague

    3

    Balsa, Lusitanie

    iie s.

    Manlia T. f. Faustina [258]

    un banquet

    au moment de la dédicace de la statue de son frère, T. Manlius Faustinus

    4

    Barbesula, Bétique

    iie s.

    Fulvia Sex. [f. Honorata] [58]

    des portiques en marbre sur un terrain de sa propriété,

    le jour de la dédicace, elle offrit des représentations théâtrales et un banquet

    associée avec Sex. Fulvius Lepidus, probablement son frère

    5

    Canania, Bétique

    iie s.

    Antonia Procula [62]

    des portiques et des représentations théâtrales le jour de la dédicace,

    associée à son grand-père,

    L. Attius Quir. Vetto

    6

    Canania, Bétique

    iie s.

    Attia Autumnina [63]

    les mêmes que la précédente

    associée à son père, L. Attius Quir. Vetto

    7

    Iporca, Bétique

    iie s.

    Cornelia Prisca [118]

    une statue, des sportules aux décurions,

    un banquet pour la plèbe et l’ordo

    par disposition testamentaire de son frère, avec addition de largesses personnelles

    8

    Aurgi, Bétique

    milieu du iie s.

    Sempronia Fusca Vibia Anicilla [51]

    des thermes publics, avec l’alimentation en eau et la forêt environnante

    associée à la donation de son père, C. Sempronius C. f. Gal. Sempronianus, deux fois duumvir et pontife perpétuel

    9

    Barbesula, Bétique

    iie s., plutôt dans sa deuxième moitié

    Fulvia Sex. [f. Honorata] [58]

    un banquet

    avec Fabia Fabiana [57]

    10

    Batora, Bétique

    166

    Annia Q. fil. Severa [59]

    une statue de Marc Aurèle,

    un banquet et des courses de chevaux lors de la dédicace

    promesse ob honorem pontificatus de son père, M. Sergius Maternus, pontife

    11

    Hispalis, Bétique

    entre 154 et 200 p.C.

    Valeria Valentina Valeri Valentis filia [102]

    décoration statuaire de la salle sacrée du siège des olearii,

    une statue de Venus Genitrix

    le siège avait été construit par son père, Valerius Valens

    12

    Hispalis, Bétique

    entre 154 et 200 p.C.

    Valeria Qu[---] Valeri Valentis filia [101]

    même évergésie,

    une statue à Minerve Auguste

    mêmes conditions que la précédente

    13

    Tucci, Bétique

    seconde moitié du iie s.

    Lucr(etia) L. f. Campana [220], flaminique perpétuelle de la maison impériale

    une statue de la Pietas Auguste, un banquet et une couronne d’or

    disposition testamentaire de son père, L. Lucretius Fulvianus, flamine et pontife

    14

    Asturica Augusta, Citérieure

    192-198 ou après 212

    Otacilia [-] [437]

    un autel à la Fortune Redux

    avec père, C. Otacilius Octavius Saturninus, procurateur impérial, peut-être le gouverneur ducénaire de la nouvelle province d’Hispanie supérieure, et son fils

    15

    Ucubi, Bétique

    fin iie, début iiie s.

    Stert[inia] Montana [225]

    donation inconnue

    associée à la donation par son père, Stertinius [-]

    13Bien que la documentation ait surtout été trouvée dans la province de Bétique, le tableau n° 15 confirme le peu d’attention que la société portait communément aux filles de première génération, ainsi que le corroborent les lois en matière d’héritage. En effet, les données, avec 15 exemples seulement, sont bien minces. Ce chiffre montre que les femmes les plus jeunes d’une famille ne participaient aux activités évergétiques que si vraiment aucun autre parent ne pouvait en assumer la responsabilité et que si elles étaient les seules héritières en vie. À Canania au iie siècle, L. Attius Vetto mentionna le nom de sa fille, Attia Autumnina [63], et de sa petite-fille, Antonia Procula [62], dans sa grande donation (porticus lapideas marmoratas solo suo26), probablement parce qu’elles étaient ses seules descendantes encore en vie. Mais il faut insister sur le fait que ces donations demeuraient exceptionnelles27, surtout si on les compare aux donations dans lesquelles les fils étaient associés à leur père dans une munificence. En général, les femmes de la première génération d’une famille ne faisaient que mener à terme les évergésies commencées par leur grand-père, comme Antonia Procula [62] ou Flavia Valeriana [86], père ou frère, empêchés par la mort de les réaliser. Encore une fois, les jeunes femmes participaient à la vie publique dans le seul but de se substituer à leur défunt mari et de pallier l’absence d’un fils.

    Les dames seules et les célibataires

    14Dans certaines inscriptions, les femmes de l’élite ne sont associées aux membres de leur famille, ni par leurs agnats ni par leurs cognats. Aucun parent, mari ou descendant n’est mentionné ni connu par ailleurs. Seul le nom d’un ou de plusieurs de leurs affranchis peut parfois les accompagner dans le texte. Il est encore plus rare qu’un membre extérieur à la famille se voie transmettre l’héritage de la dame disparue. La question est donc de savoir quelle était la condition de ces feminae qui n’étaient plus des filiae familias, dans la mesure où leurs parents étaient vraisemblablement décédés. A priori, il nous est permis d’envisager trois possibilités : il pouvait s’agir de veuves sans enfants, scénario le plus logique au vu des lois en vigueur à l’époque, ou bien de femmes divorcées sans enfants, ou bien encore de femmes célibataires si tant est qu’il ait pu en exister dans l’élite hispanique. Des éléments de réponse pourraient se trouver dans les inscriptions contenues dans les hommages des personnes extérieures à leur famille, souvent leurs affranchis28.

    Tableau n° 16. Les dames honorées par une personne extérieure à leur famille29

    N°

    Cité

    Datation

    Dédicataires

    Dédicants affranchi(e)s

    1

    Iptuci, Bétique

    iie s.

    Catinia L. f. Sila [122]

    L. Catinius Restitutus

    2

    Bobadela, Lusitanie

    iie s.

    Iulia Gn. f. Flavina [259] 

    Iulius Modestus

    3

    Laminium, Citérieure

    iie s.

    (Licinia) Macedonica C. L(icini) S(-) f. [545]

    C. L(icinius) Hedymelès

    4

    Tarraco, Citérieure

    iie s.

    Fabia Colenda [349]

    (Fabius) Eros

    5

    Valentia, Citérieure

    iie s.

    Viria Actè [612]

    Ampliatus, Callirhoè et ses autres affranchis

    6

    Ebora, Lusitanie

    seconde moitié du iie s.

    Laberia L. f. Galla [272]

    L. Laberius Artemas, L. Laberius Callaecus, L. Laberius Abascantus, L. Laberius Paris et L. Laberius Lausus

    7

    Tarraco, Citérieure

    seconde moitié du iie s.

    Fulvia L. Fulvi Restituti fil. Catulla [423]

    Fulvius Homullus

    15Dans notre enquête sur les femmes possiblement célibataires, il convient aussi de tenir compte des données sur les évergésies des femmes agissant seules, sans mention de parent ni de prêtrise30. Elles sont brièvement présentées dans le tableau suivant n° 1731 :

    Tableau n° 17. Les donations des dames seules.

    N°

    Cité

    Datation

    Évergètes

    Évergésies

    1

    Emporiae, Citérieure

    ier s.

    Cornelia [P]roc[ula] [525]

    un legs : quarante mille sesterces pour construire un temple

    2

    Gerunda, Citérieure

    ier s. ?

    Porcia M. f. Severa [526]

    réfection d’une statue d’une divinité inconnue avec six livres d’or et neuf d’argent

    3

    Corduba, Bétique

    milieu du ier s.

    Sulpicia Proc[ula] [20]

    ornements d’une statue à Diane Auguste

    4

    Canania, Bétique

    iie s.

    Sempronia Ga[lla ?] [59]

    dix statues en argent

    5

    Nescania, Bétique

    iie s.

    Licinia Nigella [166]

    une statue au Génie du municipe de Nescaria

    6

    Regina, Bétique

    iie s.

    Terentia Puella [187]

    une statue de Junon de 50 livres d’argent

    7

    Tagili, Citérieure

    iie s.

    Voconia Q. f. Avita [594]

    des thermes sur un terrain lui appartenant,

    des courses de chevaux et un banquet au moment de la dédicace,

    un legs de 2 500 deniers pour entretenir les thermes

    8

    Turobriga, Bétique

    iie s.

    Baebia G. f. Crinita [224]

    dons de 200 000 sesterces pour la construction d’un temple d’Apollon et Diane,

    un banquet au moment de la dédicace.

    9

    Uxama Argaela, Citérieure

    iie s.

    Pompeia Moderata [614]

    statue à Mercure Auguste

    10

    Munigua, Bétique

    seconde moitié du iie ou début du iiie s.

    Fabia Vrsina [157]

    une statue en argent à la Fortune Croissante Auguste

    16Les précédents tableaux témoignent clairement de la pauvreté des données sur les femmes seules. Les dames célibataires de l’aristocratie locale hispanique, pour autant qu’elles aient existé, ne laissèrent pas de traces permettant de les identifier. D’ailleurs, sans preuves du contraire, les femmes mentionnées dans les inscriptions retenues ici pourraient être veuves ou divorcées sans enfants.

    17On notera également, à la lecture de ces tableaux, le rôle des affranchis auprès des femmes seules. Selon la loi, il était de leur devoir de se comporter comme des enfants envers leur patronne et leur patron. À ce titre, ils accomplirent, d’une part, leur devoir d’ériger une statue in loco publico à leurs anciennes maîtresses, probablement à leur demande et à l’heure de leur décès. Ils héritèrent d’autre part d’une partie de leur patrimoine et, en tant qu’héritiers, ils veillèrent à la mise en œuvre des donations faites par disposition testamentaire de leurs patronae. Aussi la documentation nous permet d’affirmer que les affranchis, en accomplissant leur devoir, constituèrent une sorte de descendance morale pour certaines femmes, riches et dépourvues d’héritiers biologiques. En revanche, ces liens avec leurs affranchis ne résultent en rien du fait qu’elles n’aient jamais été mariées32.

    18Pour conclure, la filia familias dans les cités hispaniques était peu représentée dans la sphère publique. Quand elle était présente, elle l’était surtout en raison de la défaillance des autres membres de leur famille. À la mort de leurs parents et de leur(s) frères, les jeunes femmes étaient obligées de prendre des responsabilités sociales et d’en assumer les répercussions publiques, puisqu’elles devenaient les gardiennes de la mémoire familiale. Dès lors, elles étaient tenues d’apparaître irréprochables quel que soit leur âge. C’étaient elles qui, suivant les pratiques funéraires habituelles des cités hispaniques, devaient ériger les monuments funéraires, mais surtout honorifiques, des membres de leur gens. C’étaient aussi elles qui devaient exécuter les donations inachevées de leurs père, mère et frère(s), car ne l’oublions pas, elles en étaient aussi les héritières. A contrario, avec le développement de l’idée dynastique, les galeries honorifiques des portraits familiaux intégrèrent parfois les effigies des plus jeunes de ces femmes, mais cette pratique s’avérait exceptionnelle.

    19Au iie siècle et au début du iiie siècle, la mention épigraphique des filles de famille apparaît plus fréquemment dans un contexte funéraire : on leur érigeait des mausolées à côté des uillae ou elles étaient représentées in forma deorum dans des monuments votifs érigés à leur mémoire en ville. Ces manifestations s’expliquent par une évolution de l’expression des rapports familiaux à partir de laquelle l’amour pour les siens, femmes ou enfants, devint une qualité publique qui s’affichait.

    Notes de bas de page

    1 Il existe le terme filia familias, utilisé souvent par les juristes romains, mais cette dénomination n’inclut que les filles qui étaient encore sous la potestas de leur père. Comme l’enquête permet de le constater, une grande partie des filles de famille mentionnées dans les inscriptions avaient déjà perdu leur père et même le frère qui avait ensuite hérité de la potestas.

    2 Ainsi, à Barcino, Calpurnia L. f. Severa [452] fut enterrée dans le même monument funéraire que son grand-père, L. Calpurnius L. f. Gal. Iuncus, édile, duumvir et flamine, que sa grand-mère, Valeria L. lib. [487], et que son père, L. Carpurnius L. f. Gal Iuncus, duumvir à deux reprises et flamine.

    3 La seule effigie funéraire féminine trouvée in situ, celle de Servilia L. f. [68] dans sa tombe de Carmo, fut érigée par sa mère à une fille déjà mariée.

    4 Sur cette évolution, voir p. 89-98.

    5 Sur la description du monument de la Trinité, voir aussi p. 89-92.

    6 Sur les particularités de ce monument, voir supra, p. 93-95.

    7 Les tableaux sont ordonnés par ordre chronologique et par ordre alphabétique des cités.

    8 Voir infra tableaux n° 13e à i, p. 192-193.

    9 Les hommages érigés par les fils à leur père ou à d’autres membres de leur famille sont attestés en bien plus grand nombre dans la péninsule Ibérique.

    10 Plin., Ep., 2.4. : (patris) fiducia debes famam defuncti pudoremque suscipere.

    11 Sur ces questions, voir p. 107-164.

    12 Voir tableaux n° 13a et 13b.

    13 Sur la famille, Navarro Caballero 2004a, 397. On conserve l’hommage post mortem érigé à l’enfant M. Aemilius L. f. Gal. Optatus, décédé à 14 ans, après avoir reçu de l’ordo, à titre posthume, les honneurs des édiles et des duouiri. Le dédicant est précisément M. Herennius Severus, qui se dit tutor, et qui appelle l’enfant priuignus. Sur ces inscriptions et ce dossier, se reporter à la notice d’Herennia C. f. Optata [467].

    14 CIL, II, 4466 ; ERL, 74 ; IRC, II, 31.

    15 CIL, II, 4467 ; ERL, 108 ; IRC, II, 53.

    16 On pourrait parfois se demander si le mot heres était détourné de son sens juridique et utilisé de façon pratique, comme, par ex., les mots uxor ou libertus dans les communautés sans ius connubi ou ius commerci. Mais cette supposition semble rare dans les usages épigraphiques publics des cités privilégiées.

    17 Corbier 1987, 1278. Il est vrai que la lex Voconia du 169 a.C. interdisait aux propriétaires de plus de 100 000 sesterces de nommer héritière une femme (Gaius, Inst., 2.226 ; 2.274 ; Cic., Verr., 2.1.42 (107)), mais elle ne fut guère appliquée à l’époque impériale.

    18 Si l’héritage était celui de son époux, un dixième, Gaius, Inst., 2.111.

    19 Gaius, Inst., 2.111 : Hereditates legataque.

    20 Si l’on regarde de près la lettre de Pline à Calvina, Ep., 2.4.3, outre le fait qu’elle doit honorer la mémoire de son père, on apprend qu’elle était mariée. Une partie de la dot avait été prêtée à son père par Pline : Cum uero ego ductus affinitatis officio, dimissis omnibus qui non dico molestiores sed diligentiores erant, creditor solus exstiterim, cumque uiuente eo nubenti tibi in dotem centum milia contulerim, praeter eam summam quam pater tuus quasi de meo dixit - erat enim soluenda de meo -, magnum habes facilitatis meae pignus, cuius fiducia debes famam defuncti pudoremque suscipere.

    21 Voir tableaux n° 13e à 13i.

    22 Mentionnons encore une fois la galerie dynastique réalisée par Cornelia L. f. Anus [168] à Obulco, à son père, sa mère et son frère par disposition testamentaire de ce dernier.

    23 CIL, II, 4270 ; RIT, 344.

    24 Voir infra, p. 228-240.

    25 Elles sont classées par ordre chronologique.

    26 Un autre exemple est celui de Sempronia Fusca Vibia Anicilla [51]. Son père l’a associée à sa grande donation sûrement parce qu’elle était fille unique et qu’il n’avait pas d’épouse, morte ou divorcée.

    27 Sur l’évergétisme des femmes, cf. infra, p. 259-280.

    28 Cette liste ne tient pas compte des hommages érigés par des affranchis à une femme dont on sait par ailleurs qu’elle était mariée, comme Fulvia Celera [353].

    29 Classés par ordre chronologique.

    30 Sur les donations évergétiques des dames en général, voir infra, p. 259-280.

    31 Les données sont aussi classées par ordre chronologique.

    32 On connaît des hommages d’affranchis à des grandes dames, dont on sait qu’elles étaient mariées. C’est le cas à Tarraco de Fulvia M. f. Celera [353], honorée par son affranchi Fulvius Diadochus, sévir (CIL, II, 4270 ; RIT, 344) et par Fulvius Musaeus et Fulvius Moschus, également ses affranchis. Elle était mariée à C. Vibius C. f. Gal. Latro, magistrat de la colonie et flamine de la province d’Hispanie Citérieure, honoré aussi par Fulvius Musaeus et Fulvius Moschus (CIL, II, 4253 ; RIT, 312).

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    1 Il existe le terme filia familias, utilisé souvent par les juristes romains, mais cette dénomination n’inclut que les filles qui étaient encore sous la potestas de leur père. Comme l’enquête permet de le constater, une grande partie des filles de famille mentionnées dans les inscriptions avaient déjà perdu leur père et même le frère qui avait ensuite hérité de la potestas.

    2 Ainsi, à Barcino, Calpurnia L. f. Severa [452] fut enterrée dans le même monument funéraire que son grand-père, L. Calpurnius L. f. Gal. Iuncus, édile, duumvir et flamine, que sa grand-mère, Valeria L. lib. [487], et que son père, L. Carpurnius L. f. Gal Iuncus, duumvir à deux reprises et flamine.

    3 La seule effigie funéraire féminine trouvée in situ, celle de Servilia L. f. [68] dans sa tombe de Carmo, fut érigée par sa mère à une fille déjà mariée.

    4 Sur cette évolution, voir p. 89-98.

    5 Sur la description du monument de la Trinité, voir aussi p. 89-92.

    6 Sur les particularités de ce monument, voir supra, p. 93-95.

    7 Les tableaux sont ordonnés par ordre chronologique et par ordre alphabétique des cités.

    8 Voir infra tableaux n° 13e à i, p. 192-193.

    9 Les hommages érigés par les fils à leur père ou à d’autres membres de leur famille sont attestés en bien plus grand nombre dans la péninsule Ibérique.

    10 Plin., Ep., 2.4. : (patris) fiducia debes famam defuncti pudoremque suscipere.

    11 Sur ces questions, voir p. 107-164.

    12 Voir tableaux n° 13a et 13b.

    13 Sur la famille, Navarro Caballero 2004a, 397. On conserve l’hommage post mortem érigé à l’enfant M. Aemilius L. f. Gal. Optatus, décédé à 14 ans, après avoir reçu de l’ordo, à titre posthume, les honneurs des édiles et des duouiri. Le dédicant est précisément M. Herennius Severus, qui se dit tutor, et qui appelle l’enfant priuignus. Sur ces inscriptions et ce dossier, se reporter à la notice d’Herennia C. f. Optata [467].

    14 CIL, II, 4466 ; ERL, 74 ; IRC, II, 31.

    15 CIL, II, 4467 ; ERL, 108 ; IRC, II, 53.

    16 On pourrait parfois se demander si le mot heres était détourné de son sens juridique et utilisé de façon pratique, comme, par ex., les mots uxor ou libertus dans les communautés sans ius connubi ou ius commerci. Mais cette supposition semble rare dans les usages épigraphiques publics des cités privilégiées.

    17 Corbier 1987, 1278. Il est vrai que la lex Voconia du 169 a.C. interdisait aux propriétaires de plus de 100 000 sesterces de nommer héritière une femme (Gaius, Inst., 2.226 ; 2.274 ; Cic., Verr., 2.1.42 (107)), mais elle ne fut guère appliquée à l’époque impériale.

    18 Si l’héritage était celui de son époux, un dixième, Gaius, Inst., 2.111.

    19 Gaius, Inst., 2.111 : Hereditates legataque.

    20 Si l’on regarde de près la lettre de Pline à Calvina, Ep., 2.4.3, outre le fait qu’elle doit honorer la mémoire de son père, on apprend qu’elle était mariée. Une partie de la dot avait été prêtée à son père par Pline : Cum uero ego ductus affinitatis officio, dimissis omnibus qui non dico molestiores sed diligentiores erant, creditor solus exstiterim, cumque uiuente eo nubenti tibi in dotem centum milia contulerim, praeter eam summam quam pater tuus quasi de meo dixit - erat enim soluenda de meo -, magnum habes facilitatis meae pignus, cuius fiducia debes famam defuncti pudoremque suscipere.

    21 Voir tableaux n° 13e à 13i.

    22 Mentionnons encore une fois la galerie dynastique réalisée par Cornelia L. f. Anus [168] à Obulco, à son père, sa mère et son frère par disposition testamentaire de ce dernier.

    23 CIL, II, 4270 ; RIT, 344.

    24 Voir infra, p. 228-240.

    25 Elles sont classées par ordre chronologique.

    26 Un autre exemple est celui de Sempronia Fusca Vibia Anicilla [51]. Son père l’a associée à sa grande donation sûrement parce qu’elle était fille unique et qu’il n’avait pas d’épouse, morte ou divorcée.

    27 Sur l’évergétisme des femmes, cf. infra, p. 259-280.

    28 Cette liste ne tient pas compte des hommages érigés par des affranchis à une femme dont on sait par ailleurs qu’elle était mariée, comme Fulvia Celera [353].

    29 Classés par ordre chronologique.

    30 Sur les donations évergétiques des dames en général, voir infra, p. 259-280.

    31 Les données sont aussi classées par ordre chronologique.

    32 On connaît des hommages d’affranchis à des grandes dames, dont on sait qu’elles étaient mariées. C’est le cas à Tarraco de Fulvia M. f. Celera [353], honorée par son affranchi Fulvius Diadochus, sévir (CIL, II, 4270 ; RIT, 344) et par Fulvius Musaeus et Fulvius Moschus, également ses affranchis. Elle était mariée à C. Vibius C. f. Gal. Latro, magistrat de la colonie et flamine de la province d’Hispanie Citérieure, honoré aussi par Fulvius Musaeus et Fulvius Moschus (CIL, II, 4253 ; RIT, 312).

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    Navarro Caballero, M. (2017). Fille. In Perfectissima Femina. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ausonius.18476
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    Navarro Caballero, M. (2017). Perfectissima Femina. Pessac: Ausonius Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ausonius.18183
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