Les espaces funéraires du territoire tricasse et leur implantation. Méthodologie d’étude des nécropoles dans l’Aube crayeuse de La Tène au haut Moyen Âge
Résumés
Dans la continuité des journées d’étude, cette contribution présente la méthodologie employée pour l’étude des espaces funéraires fréquentés du Ve siècle avant notre ère jusqu’au IXe siècle de notre ère dans la moitié nord du département de l’Aube. Ce secteur septentrional du Centre-Est de la Gaule a fait l’objet d’une enquête approfondie dans le cadre d’un master recherche à l’université de Bourgogne. En plus de la méthodologie, les éléments d’implantations et de relations sont aussi présentés pour introduire les analyses réalisées dans le cadre de ce travail.
This contribution follows the study days and presents the methodology used to study funerary area sites frequented from the 5th century BC to the 9th century AD in the northern half of the Aube department (Grand-Est). This northern sector of central-eastern Gaul was the subject of an in-depth study as part of a master's degree research project at the University of Burgundy. In addition to the methodology, elements of settlement and relationships are also presented to introduce the analyses carried out as part of this work.
Entrées d’index
Mots-clés : espace funéraire, espace rural, La Tène, Haut-Empire, Antiquité tardive, haut Moyen Âge, Aube, Champagne crayeuse, Grand-Est
Keywords : funerary area, rural area, La Tène period, High Roman Empire, Late Antiquity, Early Middle Ages, Aube, Chalky Champagne region, Grand-Est
Texte intégral
1L’apport de la photographie aérienne dans la connaissance des réseaux des espaces funéraires protohistoriques et antiques n’est plus à démontrer. Riche de 60 ans de recherches, la Champagne crayeuse offre des conditions particulièrement favorables à la détection d’enclos fossoyés. L’accumulation de ces données, abondées par la multiplication des fouilles préventives, permet de disposer d’une masse statistique suffisante pour débuter l’analyse des modalités d’implantation et de développement des espaces funéraires à l’échelle d’un territoire. Les fouilles fournissent des données très précises pour la datation mais leur emprise permet rarement d’apprécier ces espaces de manière exhaustive. La photographie aérienne apparaît comme le complément nécessaire pour les appréhender dans leur globalité et pour révéler les continuités d’usages sur de très longues périodes, de l’âge du Bronze à l’époque romaine, voire mérovingienne dans des cas exceptionnels.
2Cette contribution présente la méthodologie employée pour l’étude des espaces funéraires fréquentés du Ve siècle avant notre ère jusqu’au IXe siècle de notre ère dans la moitié nord du département de l’Aube. Ce secteur septentrional du Centre-Est de la Gaule a fait l’objet d’une enquête approfondie dans le cadre d’un master recherche (Dujancourt 2023), faisant suite à de précédents travaux (Mouhot 2017 ; Auxerre-Géron 2020). En matière d’enclos fossoyés, il apparaît comme le plus densément documenté dans l’est de la France (Fig. 1), grâce aux données de prospections aériennes désormais systématiquement enregistrées par P. Nouvel, que complète le dépouillement des données préventives et liées aux découvertes anciennes. Cette collecte a été suivie d’une digitalisation complète sur SIG (Système d’Information Géographique) des indices visibles (enclos, sépultures, etc.) et de l’inventaire détaillé de tous les monuments identifiés sur une base de données (BDD). Elle permet une approche multiscalaire, de l’échelle intrasite à l’analyse spatiale globale. Au-delà de l’analyse de la répartition spatiale des données, l’objectif était d’étudier avec plus de précision l’évolution des ensembles funéraires laténiens et de pouvoir juger de leur origine et de leur évolution après la Conquête.
Fig. 1. Répartition des espaces funéraires à enclos fossoyés connus par photographie aérienne à l’échelle du Centre-Est de la Gaule.

Données : P. Nouvel ; CAO : C. Dujancourt ; Fond : BD Alti IGN.
3Dans la continuité des journées d’étude, le présent texte se veut plus heuristique et méthodologique qu’analytique (sur ce point voir : Dujancourt, Nouvel 2026) et permet également de compléter et de mettre en relief les résultats déjà publiés de notre étude (Dujancourt 2024 ; Dujancourt, Nouvel 2026).
Constitution du corpus
4Bien que notre travail se soit concentré sur une partie du département de l’Aube, les données exploitées sont essentiellement extraites de la Base De l’Air (P. Nouvel) établie sur le Centre-Est de la France. Cette dernière contenait, à l’été 2023, un total de 2 447 nécropoles à enclos fossoyés (Fig. 1). La majorité des sites se concentre dans le nord du département de l’Aube, secteur au substrat crayeux particulièrement favorable aux prospections aériennes. Pour des raisons de temps, le travail s’est cependant limité à 160 communes sur les 445 du département de l’Aube et chronologiquement aux sites datables des époques laténiennes, romaines et alto-médiévales. Les sites ne comportant que des enclos funéraires circulaires (ou ne fournissant pas de mobilier postérieur au premier âge du Fer) n’ont donc pas été pris en compte lors de cette étape d’approfondissement, seuls les enclos quadrangulaires ont compté. À l’inverse, les informations antérieures à l’époque laténienne ont été enregistrées lorsque la fréquentation du complexe funéraire a été attestée.
5Avant de présenter notre protocole et les premiers résultats obtenus, il convient de rappeler rapidement les principes et les contraintes des différents types de sources de données auxquelles nous sommes essentiellement confrontés (pour plus de détails voir : Dujancourt 2024). Elles ont toutes été enregistrées sous forme d’unités de découverte (UD). Une UD correspond à une investigation, peu importe son type et sa qualité, ayant livré des informations archéologiques concernant notre sujet d’étude. Les sources de données se divisent en trois grandes catégories :
- La première catégorie englobe la totalité des données dites « anciennes » et celles de mauvaises qualité (cf. infra, Tab. 1) ; elle concerne 26,32 % de notre corpus d’étude, soit 205 UD ;
- La deuxième catégorie correspond essentiellement aux données issues des opérations préventives, qui se sont drastiquement développées depuis les années 1990 dans le secteur étudié grâce à plusieurs chantiers d’envergure (autoroute A5, canalisation de gaz dite « Arc de Dierrey », parc logistique de l’Aube et opérations en plaine de Troyes, etc.). Si les opérations de diagnostics et de fouilles offrent a priori des données chronologiques et des caractérisations de bonne qualité, le peu d’opérations menées (9,88 % des données traitées, soit 77 UD) ainsi que leur concentration dans les vallées principales (Aube, Seine) comme leurs extensions, parfois trop limitées, ne permettent pas une étude spatiale fiable sur une aire géographique aussi importante et pour des espaces funéraires atteignant souvent plusieurs hectares ;
- La troisième catégorie correspond aux données issues de soixante années de prospections aériennes, soit la plus importante masse de données enregistrées dans le cadre de notre étude (63,80 % des données traitées). Près de 8 300 clichés ont été visualisés dans le cadre de ce travail. Le processus étant chronophage, une sélection de 795 clichés a été redressée sur QGIS, permettant l’enregistrement de 497 UD sur les 779 que compte notre étude.
Tableau 1. Critères d’évaluation de la pertinence de l’information archéologique.
| Qualité | 0 | 1 | 2 | 3 |
| Localisation | Localisation à l’échelle communale (kilométrique) | Localisation à l’échelle du lieu-dit (hectométrique) | Site précisément localisé (décimétrique) superficie totale inconnue ou estimée | Site localisé et dont l’assiette est précisément délimitée |
| Datation | Non daté | Daté par grande période chronologique (Protohistoire, Antiquité, etc.) | Élément de datation ponctuels précis, pas de fourchette d’occupation délimitée | Durée d’occupation précisément délimitée (dates de création et d’abandon connues) |
| Caractérisation | Site de nature inconnue (funéraire ? Habitat ?) | Site documenté par photographie aérienne, découverte fortuite, fouille sans plan | Site documenté par diagnostic, fouille ponctuelle / ancienne | Site documenté par fouille phasée |
Dujancourt 2023, p. 37.
6Finalement, ce bref tour d’horizon met en lumière un secteur bien documenté par des données hétérogènes. Au total, on comptabilise 779 UD toutes périodes confondues pour 443 sites. Nous entendons par « site » un espace livrant une entité (monument ou a minima deux sépultures) et qui est distant d’au moins 300 m d’une entité similaire.
Homogénéiser et structurer les données
Mise en place d’une base de données (BDD)
7Travailler sur l’ensemble des données conduit inévitablement à obtenir une documentation très hétérogène, les méthodes d’acquisition étant diverses et multiscalaires. Cependant, la mise en place d’une BDD adéquate permet d’homogénéiser ces données. Il est ainsi possible de traiter cette documentation hétérogène de manière normalisée. Cette homogénéisation permet subséquemment de croiser les données et donc de pallier les inconvénients des diverses méthodes d’investigation dans le but d’appréhender l’évolution des espaces funéraires.
8Compendieusement, la BDD permet d’enregistrer via cinq tables liées (Commune ; UD ; Site ; Monument ; Sépulture) la totalité de l’information archéologique, peu importe la source. Afin d’exploiter de manière objective les données, des critères d’évaluation de la pertinence de l’information archéologique ont été mis en place (Tab. 1). Ces critères sont directement inspirés de ceux utilisés dans le cadre du PCR Ruralia (Nouvel et al. 2019). Ces derniers sont au nombre de trois : localisation ; datation ; caractérisation. Chaque critère se voit attribuer une note de 0 à 3. Ces dernières, une fois cumulées, permettent d’obtenir une note globale. Celle-ci doit permettre la mise en place d’une « évaluation quantitative qui permette de sélectionner des corpus adaptés lors des analyses spatiales, chronologiques ou hiérarchiques » (Nouvel et al. 2019, p. 45). Seuls les critères de caractérisation divergent de ceux mis en place dans le PCR Ruralia.
9Ainsi, sans grande surprise, il apparaît une nette disparité entre qualité et quantité des données disponibles (Fig. 2). Bien que les méthodes invasives soient les plus à même de livrer des données de bonne, voire d’excellente qualité, leur faible effectif rend impossible toute analyse représentative à moyenne et petite échelle. Pour pallier ce manque d’effectif, on peut logiquement se tourner vers les données de prospections aériennes qui abondent largement dans notre corpus (Fig. 2, « Imagerie aérienne et satellitaire »). À l’inverse des méthodes invasives, les photographies aériennes sont nombreuses mais de qualité chronologique et de caractérisation moyenne. Malgré tout, elles peuvent compléter les données de fouilles ou de prospections en livrant un plan du site et inversement, les méthodes de terrain (invasives ou non) permettent d’affiner les chronologies et/ou la caractérisation du site.
Fig. 2. Pertinence de l’information archéologique en fonction de la méthode d’acquisition.

© Dujancourt 2023, p. 70.
Digitaliser les anomalies : mise en place d’un système d’information géographique
10Le SIG est construit autour de plusieurs fichiers shapefiles distincts. En effet, un travail systématique de redressement des clichés aériens et/ou la géolocalisation de plans de fouille ont été réalisés pour chaque site de notre BDD. Ainsi, pour chaque site étudié, un plan de masse a été réalisé, au moyen d’un shapefile spécifique constitué des relevés de chaque monument et sépulture établis à partir des plans de fouilles, de photo-interprétations de clichés aériens, obliques et verticaux, des plans de diagnostic et tout autre plan disponible (Fig. 3). Ce cumul offre une vision globale de certains sites à l’instar de Saint-Benoît-sur-Seine « La Perrière » (Millet 2008 ; Dujancourt, Nouvel 2026), Le Chêne « Le Chemin de l’Huître » (Kaurin, Seguin 2013), Châtres « Le Champ Potet » (Fig. 3 ; Felix-Sanchez, Dupere 2013), etc.
Fig. 3. Fond orthophotographique Google 2018 et plan de masse d’après photo-interprétation et plan de fouille du site de Châtres « Le Champ Potet ».

D’après plan de fouille : Félix-Sanchez, Dupéré 2013 ; photographie aérienne : S. Izri, 2015.
11Comme mentionné plus haut, nous avons dû traiter une masse importante de données et notamment des clichés aériens. Il n’est évidemment pas question de géoréférencer et d’intégrer la totalité de ces derniers au SIG. Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’abord, une raison technique : l’évolution du paysage, des techniques agricoles et l’absence de repères remarquables peuvent rendre la localisation et donc le redressement des clichés impossibles. Ensuite, le développement de la photographie numérique a occasionné un fort accroissement du nombre de clichés disponibles. À titre d’exemple, la nécropole d’Ormes « Le Buisson à la Reine » a été photographiée lors des campagnes de prospections aériennes de 2011, 2015 et 2025. En seulement trois prospections, 139 clichés ont été réalisés. Pour autant, le redressement de dix de ces clichés a suffi pour vectoriser la totalité des anomalies de ce site (monuments, fosses, etc.). Le traitement de l’ensemble des clichés n’est donc pas d’un grand intérêt. Seuls les clichés ou plans apportant des éléments nouveaux, ou de meilleure qualité, ont donc été traités. Le cumul des différentes sources planimétriques permet de dresser un plan actualisé pour chaque site. Ces plans servent de base pertinente à la réalisation d’analyses à moyenne et petite échelle et leur intégration au sein d’un seul et même SIG permet de délimiter des espaces densément documentés, où des études spatiales peuvent être menées.
Les espaces funéraires enregistrés : localisation et topographie
12Sur les 160 communes explorées, 25 ne livrent pas de sites. Néanmoins, cela ne signifie pas qu’aucun vestige funéraire ne soit connu sur ces communes. Au moins cinq de ces communes livrent des UD. Leur mauvaise qualité d’information (localisation, datation et caractérisation) ne permet pas de les renseigner comme des sites pertinents pour l’analyse.
13Ces cas mis à part, les sites semblent se répartir de manière assez homogène lorsqu’ils sont dénombrés par commune. Pourtant, en changeant de critère, force est de constater que cette tendance s’inverse avec une grille de 5 km de côté (Fig. 4, en haut). En effet, trois zones de concentration ressortent :
- zone 1, Vallée de l’Aube et de la Barbuise : données mixtes avec une majorité de prospections aériennes, contexte rural ;
- zone 2, Orée est du pays d’Othe et plaine de Troyes : données essentiellement issues de prospections aériennes et de l’archéologie préventive, contexte rural et périurbain ;
- zone 3, Nogentais : données essentiellement issues de l’exploitation de gravière et d’une forte activité d’archéologie de sauvetage puis préventive (nécropoles de Barbuise et de La Saulsotte, etc. ; Rottier et al. 2012 ; Piette, Mordant 2020).
14En mettant en relief ces zones avec la topographie du secteur étudié, on aperçoit très clairement une concentration des espaces funéraires dans les zones de faible altitude correspondant essentiellement aux plaines alluviales et leurs bordures (Fig. 4, en bas ; Dujancourt 2023 ; Auxerre-Géron 2024).
Fig. 4. Densité de répartition des sites, par maille de 5 km de côté (en haut) et répartition des sites par palier d’altitude (en bas).

En haut : Dujancourt 2023, p. 82 ; En bas : Dujancourt 2023, p. 84.
15S’il n’a pas été possible de renseigner précisément la situation topographique de chaque site afin d’analyser leur répartition en fonction de ce critère, comme l’a fait F.-A. Auxerre-Géron (Auxerre-Géron 2020 ; 2024), leur localisation altimétrique sur le Modèle Numérique de Terrain (MNT) permet déjà de mettre en avant des secteurs privilégiés.
16Nous avons d’abord traité ces données d’un point de vue « numéraire » avant de nous intéresser à l’aspect « spatial ». Ainsi, en catégorisant les altitudes par palier de 10 m (à l’exception des deux paliers extrêmes), il apparaît une nette « préférence » pour les altitudes comprises entre 80 et 140 m puisque ce palier comptabilise 300 sites sur 443 (50 % des sites sont à une altitude comprise entre 90 et 130 m ; Fig. 4, en bas). Bien évidemment, l’implantation de ces espaces funéraires ne s’est pas faite en fonction de l’altitude mais en répondant à d’autres logiques, telles que la proximité avec l’habitat, la disposition le long des voies, la visibilité le long des axes fluviaux, etc.
17Ce sont ces mêmes vallées (Aube, Seine et affluents) qui livrent des sites « exceptionnels » par leur taille et leur durée de fréquentation. À l’inverse, les secteurs plus éloignés des cours d’eau ne laissent entrevoir, à l’heure actuelle, que des sites qui se limitent seulement à quelques enclos fossoyés. Ces petits pôles, omniprésents sur les plateaux, témoignent d’une fréquentation plus éphémère répondant à des implantations familiales ou domaniales.
Les espaces funéraires et cultuels, deux mondes qui s’entremêlent ?
18Les espaces funéraires s’intègrent dans un environnement plus vaste et plus complexe où le monde des morts côtoie le monde des vivants et parfois s’entremêle au cultuel. Sans revenir sur le probable rôle des espaces funéraires comme marqueurs domaniaux (sur ce point voir : Dujancourt, Nouvel 2026), ils s’intègrent également dans un paysage cultuel très mal identifié pour le territoire tricasse. Aux rares sanctuaires identifiés à l’échelle de l’aire d’étude s’ajoutent également un certain nombre de structures présentes dans les espaces funéraires.
19Plusieurs sites fouillés du corpus ont livré des enclos vides de tout vestige funéraire. Si des problèmes de taphonomie et de conservation peuvent être mentionnés, la bonne conservation de certaines structures et le mobilier associé tendent, à de rares occasions, à les interpréter comme des structures à vocation cultuelle. Cette hypothèse des « nécropoles-sanctuaires », essentiellement connue pour le Bronze final et le premier âge du Fer (Talon 2024), peut être avancée pour plusieurs sites fouillés et pour certains enclos particulièrement bien conservés. Pour des périodes plus récentes, certains enclos des sites de Saint-Benoît-sur-Seine « La Perrière » ou Buchères « Les Terriers » (Paresys et al. 2026) peuvent être mentionnés.
20En plus de ces sites fouillés ayant livré des enclos vides de sépultures, plusieurs sites connus par photographie aérienne livrent des espaces associant vestiges funéraires et structures manifestement cultuelles. Le site le plus parlant reste celui d’Allibaudières/Ormes « Le Buisson à la Reine » (Fig. 5). Le sanctuaire visible à l’ouest de la nécropole relève d’un plan relativement complexe et de grande envergure (enceinte d’environ 7,5 ha). Le temple à plan centré et maçonné au centre de l’enceinte semble présenter plusieurs niveaux de mur notamment sur sa partie nord. D’autres sites livrent des structures à la caractérisation incertaine comme à Plancy-l’Abbaye « Ferme Saint-Victor » ou à Rhèges « Voie Creuse ». Ces deux sites présentent un ensemble de structures fossoyées atypiques, leurs identifications en l’état sont incertaines. En effet, les structures de la « Ferme Saint-Victor » peuvent être rapidement comparées, du fait de leur morphologie, aux enclos de Bonnard « Chemin de Cheny » (Yonne) qui sont interprétés comme des temples (identification P. Nouvel). À l’inverse, les structures du site « Voie Creuse » peuvent être comparées aux enclos funéraires d’Acy-Romance (Ardennes ; Lambot et al. 1994). Ce lien entre lieu de culte et espace funéraire est aussi connu dans d’autres secteurs du Centre-Est de la Gaule, par exemple à Nitry « Champagne » (Yonne ; Nouvel 2004) ou même en Suisse avec les exemples d’Avenches (Vaud, Suisse ; Castella 1999).
Fig. 5. Photographie aérienne de S. Izri (2015) et plan de masse d’après photo-interprétation du site d’Allibaudières/Ormes « Le Buisson à la Reine ».

© C. Dujancourt, état juillet 2025 inédit.
21Le fait que des vestiges cultuels et funéraires soient entremêlés n’a rien de surprenant et les quelques sites dans notre corpus faisant état de cette combinaison ne présentent rien d’exceptionnel. Toutefois, la présence d’enclos, à vocation autre que funéraire au sein même des nécropoles, révèle un biais à ne pas omettre dans notre étude. Faute d’éléments suffisants, la totalité des enclos présentant une morphologie d’enclos « funéraire » a été enregistrée au sein de notre BDD. Le nombre d’enclos funéraires doit donc être nuancé, ces derniers n’ayant pas forcément une vocation mortuaire.
22Cette partie présente une particularité au sein de notre corpus d’étude. Bien que les recherches à ce propos ne soient qu’à leurs balbutiements, plusieurs problématiques émergent. D’abord, des questions de chronologie : est-ce que les enclos cultuels s’installent à cause de l’espace funéraire ou inversement ? Est-ce que ces enclos cultuels servent à toute la communauté ou ont-ils un caractère privé ? Y a-t-il une logique d’implantation de ces enclos ? Sont-ils seulement présents dans des espaces funéraires à petit recrutement ou sont-ils aussi présents dans les nécropoles « exceptionnelles » ?, etc.
Conclusion
23Ces travaux de master visaient à l’étude des espaces funéraires du territoire tricasse en fonction de plusieurs objectifs.
24Le premier d’entre eux faisait l’enjeu de la première année : il s’agissait de dresser un état des lieux des connaissances sur les ensembles funéraires de La Tène au haut Moyen Âge. L’approche historiographique a mis en évidence un vide important pour les études chrono-spatiales, motivant de s’y intéresser, en portant l’attention sur un espace approprié. L’analyse du corpus aubois a permis de mettre en évidence les apports et les lacunes documentaires nécessitant une homogénéisation des données au moyen d’une BDD adéquate. Son alimentation, chronophage, a contraint l’enregistrement de l’information plus largement disponible et a obligé à réduire la zone d’étude. Sur celle-ci, il peut tout de même être considéré que cet objectif a été atteint. Bien que l’enregistrement ne soit pas exhaustif, il offre une masse de données suffisamment dense et riche pour une exploitation poussée et relativement fiable des données.
25Dans ce cadre, nous avons pu aussi mettre en avant les limites de la typo-chronologie employée pour les enclos quadrangulaires, du fait de l’existence de sites fréquentés sur la longue durée. Faute d’opération sur le terrain, les sites connus via les prospections aériennes ne permettent pas une analyse fine des évolutions du paysage funéraire.
26Le dernier objectif initialement prévu était la réalisation d’analyses spatiales. L’accent a été mis sur l’étude du paysage, la mise en relation des espaces funéraires avec les établissements ruraux mais aussi des études de visibilités et d’intervisibilités. Cet objectif a été atteint, sans pour autant avoir livré tous ses résultats, laissant la porte ouverte à de futurs travaux.
27En réduisant la focale d’observation, notre aire d’étude offre un maillage d’unités funéraires très dense. En ce qui concerne les sites livrant au moins un enclos quadrangulaire, on compte un site tous les 500/700 m.
28Enfin, la mise en perspective des espaces funéraires avec les autres formes d’occupation du territoire a permis de mettre en évidence, sur une zone en particulier (zone 1 ; Fig. 5, en haut), que les ensembles funéraires sont presque une fois sur deux en « binômes » avec un établissement rural. Pour le lien avec les espaces cultuels, la question est plus complexe.
29Dans la continuité de ces travaux de master, des prospections pédestres sont réalisées depuis l’automne 2025. Elles prennent pour cibles un choix de sites identifiés dans la zone 1 de l’aire étudiée (Fig. 5). Ces recherches visent à affiner la chronologie des occupations et préciser leur caractérisation.
Bibliographie
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Auxerre-Géron 2024 : Auxerre-Géron F.-A., « Analyse multi-factorielle des monuments funéraires et des nécropoles monumentales dans l’Aube », in Dubuis B. dir., Lavau I. Le complexe funéraire monumental de Lavau (XIIe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C.), Gallia supplément, 66, 2024, p. 169-189.
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Dujancourt 2023 : Dujancourt C., Les espaces funéraires du territoire tricasse. Atlas et étude chrono-spatiale des nécropoles dans l’Aube crayeuse de La Tène au haut Moyen Âge, mémoire de master 2, Université de Bourgogne-Franche-Comté, Dijon, 2023, 4 vol.
Dujancourt 2024 : Dujancourt C., « Les espaces funéraires du territoire tricasse. Atlas et étude chrono-spatiale des nécropoles dans l’Aube crayeuse de La Tène au haut Moyen Âge », Bulletin de la Société archéologique champenoise, 117 (1), 2024, p. 69-72.
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Félix-Sanchez, Dupéré 2013 : Félix-Sanchez M., Dupéré B. dir., Châtres « Le Champ Potet » (10), Rapport d’opération de fouilles archéologiques, Archéosphère, Bordeaux, 2013, 530 p.
Kaurin, Seguin 2013 : Kaurin J., Seguin G., La nécropole du Chène (Aube). Images de femmes du début du IIIe siècle avant J.-C., Dijon, 2013 (Art, archéologie & patrimoine).
Lambot et al. 1994 : Lambot B., Friboulet M., Méniel P., Le site protohistorique d’Acy-Romance (Ardennes) – II. Les nécropoles dans leur contexte régional (Thugny-Trugny et tombes aristocratiques) 1986-1988-1989, Reims, 1994 (Mémoire de la Société Archéologique Champenoise, 8).
Millet 2008 : Millet É., « La nécropole du second Âge du Fer de Saint-Benoît-sur-Seine, “ La Perrière ” (Aube) : étude synthétique », Revue archéologique de l’Est, 57, 2008, p. 75-184.
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Nouvel 2004 : Nouvel P., « Le sanctuaire rural de Nitry-Champagne (Yonne) », Bulletin de la Société d’Études d’Avallon, 80, 2004, p. 21-41.
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Paresys et al. 2026 : Paresys C., Riquier V., Dujancourt C., « Les Terriers à Buchères (Aube) : emplacement de choix pour un ensemble funéraire de longue durée, du premier âge du Fer à l’Antiquité », in Fossurier et al., Rencontre autour du paysage funéraire de la Préhistoire à l’Antiquité, actes de la 14e Rencontre du Gaaf, 12-14 avril 2023, Université de Bourgogne, Dijon, Reugny, Gaaf, 2026, p. 337-345 (Publication du Gaaf, 14).
Piette, Mordant 2020 : Piette J., Mordant C., Nécropoles du Bronze final dans le Nogentais, Barbuise, La Villeneuve-au-Châtelot, La Motte-Tilly, Nogent-sur-Seine (Aube), Reims, 2020 (Bulletin de la Société archéologique champenoise, 112-3).
Rottier et al. 2012 : Rottier S., Piette J., Mordant C. dir., Archéologie funéraire du Bronze final dans les vallées de l’Yonne et de la Haute Seine : les nécropoles de Barbey, Barbuise et La Saulsotte, Dijon, 2012 (Art, archéologie & patrimoine).
Talon 2024 : Talon M., « Possibilités d’attribution culturelle et chronologique des enclos rectangulaires à angles arrondis du nord de la France à l’étape moyenne du Bronze final », in Wilbertz O. M. dir., Mise à jour de l’inventaire des enclos fossoyés oblongs et en forme de trou de serrure entre Allier et Dordogne, Rahden, 2024, p. 63-78 (Materialhefte zur Ur- und Frühgeschichte Niedersachsens, Band 62).
Auteur
-
Corentin Dujancourt
Chercheur associé à l'UMR 6298 ARTEHIS
cdujancourt18@gmail.com
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De jeunes étudiants face aux antiquités. 25 ans d'activité de l'Association Archéologique Universitaire de Bourgogne
Actes des journées d'étude des 25 ans de l'Association Archéologique Universitaire de Bourgogne
Corentin Dujancourt, Axelle Lausseur, Cyriac Merle et al. (dir.)
2026
