La carrière d’extraction de meules en grès vosgien du Purpurkopf à Rosheim (Bas-Rhin)

Florent Jodry et Jean-Marie Holderbach

p. 187-190

Résumés

En contrebas du site du Purpurkopf s’étendent sur le flanc de la colline de nombreux éboulis qui peuvent être le résultat du démantèlement (dégradation, détérioration…) de la ceinture « fortifiée » du site. Ils portent pour certains des traces de taille et de mise en forme qui témoignent d’une exploitation meulière dont l’attribution chronologique oscille entre la période gauloise et la période médiévale. Malgré une chronologie confuse, l’étude inédite de ces carrières nous aide à mieux comprendre le mode opératoire employé pour la réalisation de meules rotatives dans la région.

There are many boulders along the slope of the Purpurkopf (Bas-Rhin, France) resulting possibly from the dismantlement of the “fortified” site at the top of the hill. Some of these boulders show rotary quern or millstone workings. The dating of this quarry ranges from the Late Iron Age to the Middle Ages. Despite chronological uncertainty, the study of the roughouts contributes to the regional understanding of the operational sequence of millstone production.

Entrées d’index

Mots-clés : ébauche, meule, meulière, carrière

Keywords : millstones, roughouts, millstones quarry, quarry


Texte intégral

1Le Purpurkopf est une hauteur dominant la rive droite de la vallée de la Magel, située sur le flanc occidental de la commune de Rosheim à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Strasbourg. Sa partie sommitale accueille une enceinte ovale formée d’un amoncellement de gros blocs bruts de grès quartzitique (fig. 1). Quasiment au centre de cette enceinte difficilement franchissable, sur le point culminant, se trouve les ruines d’un bâtiment rectangulaire dont la fonction n’a pas encore été clairement déterminée : le Purpurschloss, site connu depuis le xviiie s. (Holderbach, 2013).

2Interprété comme des vestiges d’un château-tour (Turmburg) dominant probablement une ceinture « fortifiée » antique ou alto-médiévale (fig. 2 et 3), le bâti ne semble pas avoir de relation avec la carrière de meules située à 150 m sur le flanc nord (fig. 2 et 4).

Les ébauches de meules

3Les prospections, dont la plus récente date d’avril 2014, ont permis de découvrir mêlées à la construction de l’enceinte trois ébauches de meules (M1, M2 et M3) et près du château-tour une quatrième (M5). À l’extérieur de cette enceinte, deux autres ébauches brisées et abandonnées (M4 et M6) ont été retrouvées dans la carrière (fig. 2 et 5).

4Même si l’imposant diamètre (1,20 m) de la pièce M3, en cours d’élaboration, permet de l’attribuer avec prudence à la période médiévale (probablement postérieure à l’édification du château-tour), les autres pièces peuvent être associées, en fonction de leur diamètre, à la fin de la période gauloise ou au début de la période antique (M1 à M6).

5M6 est un bloc brisé en cours de taille (fig. 6) découvert en prospection en 2014 dans la carrière. Seule une portion d’arc de cercle a été réalisée. Cette ébauche de meule (42 cm de diamètre pour 12 cm de hauteur) est façonnée à partir d’un bloc au sol probablement choisi après les gels de l’hiver qui révèlent les défauts de la roche. La pièce initiale a des dimensions sans doute approchant la taille finale de manière à minimiser les gestes du meulier, comme en témoigne l’absence de traces d’outils sur la partie non traitée. Seule une ciselure supérieure semble avoir été réalisée de manière à fixer le diamètre définitif. Le disque est par conséquent formé à partir d’une pièce qui présente des dimensions à peu près identiques à la meule souhaitée, ce qui n’est pas le cas du bloc M4. Ce dernier, découvert à une centaine de mètres en amont est une ébauche de meule réalisée à partir d’un bloc plus grand. Le travail du meulier consiste ici à piqueter une bande circulaire pour marquer la limite du disque à extraire à partir duquel la meule sera taillée (45 cm de diamètre pour 15 cm de hauteur). Nous remarquons néanmoins que la saignée exécutée est stoppée en deux points opposés où l’intervention de piquetage, devenue inutile, peut laisser la place à la régularisation.

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Fig. 1. Vue partielle de l’enceinte du Purpurschloss (cliché : Jodry, Inrap).

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Fig. 2. Plan du site du Purpurkopf et emplacement des ébauches découvertes au sein de l’amoncellement de blocs de grès constituant la ceinture fortifiée (DAO : Jodry, Holderbach).

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Fig. 3. Vue partielle des éboulis du lanc nord de la colline, secteur d’exploitation meulière (cliché Jodry, Inrap).

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Fig. 4. Exploitation des éboulis en meulière (cliché : Jodry, Inrap).

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Fig. 5. Ébauches relevées sur le site (relevé et DAO : Jodry, Inrap).

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Fig. 6. Ébauche en cours d’extraction. Une partie du diamètre est déjà réglée mais la pièce, brisée, a été abandonnée (cliché : Jodry, Inrap).

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Fig. 7.Meule de grand diamètre M3 au stade de régularisation (cliché : Jodry, Inrap).

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Fig. 8. Détail du flanc de la meule M3 indiquant la surface de réglage du diamètre définitif (cliché : Jodry, Inrap).

6Ces deux meules en cours de façonnage intègrent un premier stade de la chaîne opératoire de la fabrication des meules. Le second stade, la régularisation, est illustré par la meule M2.

7Cette meule a été découverte dans le mur d’enceinte du Purpurschloss. C’est un disque de 37 cm de diamètre sur 13 cm de hauteur dont les bords régularisés font écho au traitement de la surface supérieure, qui présente deux zones, l’une plane et l’autre légèrement en creux. Elles semblent délimiter les reliefs du réceptacle des catillus composés de la dépression centrale et du bandeau.

8C’est dans l’étape suivante, au stade de finition, que la meule sera percée en son centre pour recevoir l’axe. Cette étape est représentée par la pièce M1, découverte également dans le mur d’enceinte. Cette pièce régulière, de 43 cm de diamètre pour 12 cm de hauteur, présente une cavité centrale aveugle (7 cm de diamètre) et une surface supérieure en légère dépression. Seul un secteur est traité, donnant une surface de réglage à partir de laquelle le tailleur va pouvoir élaborer l’épaisseur définitive du catillus. La cavité centrale n’est pas entièrement percée et ceci pour deux raisons probables : soit le tailleur laisse le soin au commanditaire de terminer la cavité entamée (la fragilité de la pièce est alors déjà éprouvée), soit la pièce s’est brisée avant la finition du trou central.

9Enfin la meule M5, de 40 cm de diamètre sur 16 cm d’épaisseur, est un catillus dont la surface supérieure, arrondie et bombée, accueille une cavité centrale profonde dotée d’une anille en double queue d’aronde. Nous ne sommes pas en mesure de déterminer l’endroit du manchon puisque cette pièce est brisée : elle s’est cassée avant la phase terminale de régularisation de la surface active. En effet cette dernière est légèrement irrégulière, non piquetée et ne présente aucune trace d’usure qui pourrait trahir une première utilisation. Une fois cette étape de régularisation effectuée, l’étape suivante est l’appariement des meules du moulin.

10La meule M3 de grand diamètre, probablement médiévale, est également à son stade de régularisation (fig. 7). Le relevé précis de cette pièce de 1,20 m de diamètre nous renseigne sur le mode d’exploitation des éboulis et sur la chaîne opératoire de réalisation des meules de grand diamètre. Le flanc présente des traces de taille au pic et à la broche destinées à donner au meulier une surface de réglage lui indiquant, par le départ d’une ciselure, le diamètre définitif de la pièce (fig. 8).

Conclusion

11Malgré une chronologie confuse, l’étude inédite de ces objets nous aide à mieux saisir les décisions qui président à l’exploitation des meules au sein des carrières. Le façonnage se fait ici directement sur des blocs détachés provenant d’éboulis. Ces six ébauches présentent chacune une étape de la fabrication et nous donnent un nouvel aperçu du mode opératoire de fabrication des meules en grès vosgien.


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