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    Detailed outline Full text 1. 2. La langue des Burgondes 3. Les Burgondes comme causes du francoprovençal 4. La toponymie 5. Pour conclure Footnotes Author

    Les Burgondes

    This book is reviewed by

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    Souvenirs linguistiques des Burgondes en Bourgogne ?

    Gérard Taverdet

    p. 221-225

    Abstract

    Infolge des Mangels an entscheidenden archäologischen Beweisen, ja noch mehr an alten sprachwissenschaftlichen Spuren, haben die Linguisten lange gehofft, da die sprachwissenschaftlichen Beweise aus dem Spätmittelalter und der Neuzeit es erlauben würden, Spuren der Burgunden aufzudecken.
    Ihre Forschungen orientierten sich nach zwei Hauptrichtungen (den einzigen, die eigentlich möglich waren), der Dialektologie (vor allem Walther von Wartburg und seine Schüler) und der Toponymik (Th. Perrenot). Man ist insbesondere auf den Gedanken gekommen, daß der sprachliche Einfluß des burgundischen Volksstammes es erlauben würde, die Einzigartigkeit des Frankoprovenzalischen zu begreifen.
    Heutzutage haben sich die Feldforschungen verfeinert und die modernen Untersuchungen heben sich immer mehr von den « Burgundentheorien » ab. Man könnte sogar die Geschichte der französischen Sprache erklären, ohne auf das Volk der Burgunden hinzuweisen. Nur eins steht Gleichwohl fest : es hat der Provinz Burgund seinen Namen hinterlassen.

    Full text 1. 2. La langue des Burgondes 3. Les Burgondes comme causes du francoprovençal 4. La toponymie 5. Pour conclure Footnotes Author

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    1.

    Il a toujours été tentant pour les linguistes de rechercher en Bourgogne (non seulement dans la Bourgogne moderne, mais aussi dans les territoires qui ont constitué l’ancienne Burgondie) des traces du peuple burgonde dont la réalité historique n’est niée par personne, mais qui a laissé bien peu de témoignages archéologiques concrets ; la linguistique pouvait-elle combler ce vide quelque peu agaçant ?

    2. La langue des Burgondes

    1On peut d’abord se demander quelle était la langue des Burgondes ? On peut affirmer avec une bonne certitude que ce peuple avait une langue proche du gotique (sans -h-, selon les vœux d’Albert Dauzat, qui souhaite faire une distinction au moins graphique avec « gothique », réservé à la cathédrale) ; c’était une langue qui appartenait au groupe oriental1 des langues germaniques ; mais cette certitude ne vaut que pour les Burgondes primitifs ; on est encore plus mal renseigné sur l’état exact de la langue des éléments burgondes qui arrivèrent dans notre région aux environs du Ve siècle ; avaient-ils conservé leur langage germanique ? Probablement, puisque les auteurs de l’antiquité parlent d’une langue barbare (c’est-à-dire ni latine, ni grecque) ; mais on peut admettre que cette langue était mêlée d’éléments lexicaux latins ou même hunniques ; dans quelle proportion ? On ne le saura sans aucun doute jamais, puisque nous ne possédons aucun texte qui pourrait être qualifié de « burgonde ». Cette absence de documents est notre seule certitude.

    2.1 Dans ces conditions, il était important pour les linguistes de rechercher des traces éventuelles des Burgondes dans les documents linguistiques modernes (au sens large du terme, puisque nous entendons par là les documents écrits en langue romane laissés par le Moyen Age, surtout après l’An Mil et les documents oraux obtenus par les enquêtes dialectologiques auprès des paysans des XIXe et XXe siècles).

    2.2 Cette recherche s’est faite dans deux directions principales :

    • les Burgondes comme causes du francoprovençal,

    • les traces des Burgondes en toponymie.

    3. Les Burgondes comme causes du francoprovençal

    2Qu’est-ce que le francoprovençal ? C’est un groupe de patois parlés dans un triangle dont les sommets approximatifs seraient Belfort-Gannat-Briançon (fig. 1) ; ce groupe linguistique n’a jamais été la propriété d’un état ou d’un peuple et son aire échappe à toute justification historique ou géographique ; les grandes villes de la région, Lyon et Genève, n’ont pu maintenir une unité linguistique, car elles devinrent très tôt, en particulier à cause de l’imprimerie et de la réforme religieuse, des centres de francisation ; c’est seulement au XIXe siècle qu’un linguiste italien, Ascoli, définit la notion de « francoprovençal » (écrit également franco-provençal, en deux mots) ; en gros, et c’est ce qui justifie ce nom, le francoprovençal a les voyelles du provençal et les consonnes du français ; aujourd’hui, à la suite de Gaston Tuaillon, on considère plutôt que le francoprovençal est une langue à deux féminins (na poma, une pomme, mais na vachi, une vache) ce qui l’oppose à la fois au français d’oïl et à l’occitan qui ont un féminin unique.

    3.1 C’est le grand linguiste suisse Walther von Wartburg2 qui pensa le premier à lier la géographie du francoprovençal et celle d’un peuplement burgonde ; ses arguments étaient doubles :

    3Le premier argument est phonétique ; Wartburg s’appuyait entre autres sur une confusion des voyelles e (le latin et, par suite, les langues romanes, possèdent deux e, un bref et un long) ; la langue burgonde aurait confondu ces sons et la confusion s’est maintenue dans les parlers romans contaminés par la langue des Burgondes ; on a noté ainsi des confusions dans certains patois de la Suisse romande ; un autre Suisse, Ernest Schüle a démontré que la confusion notée en Suisse était récente et bien limitée géographiquement ; elle ne devait rien aux Burgondes3.

    3.2 Le second argument est lexical : la présence burgonde pouvait être attestée aussi par le vocabulaire ; Walther von Wartburg a relevé quelques dizaines de mots qui pourraient être d’origine burgonde ; en fait, il appelle burgondes des formes apparemment d’origine germanique qui ne se rencontrent que dans l’aire francoprovençale4.

    3.3 On pourra trouver facilement ces formes dans le grand dictionnaire étymologique qui est l’œuvre principale de cet auteur, le Französisches etymologisches Wörterbuch ; c’est ainsi que l’on note « *af-maitjô » (gotique et burgonde), « fourmi » (XV, 5), encore présent en Charolais sous la forme « masoire » ; « aɵalings » (burgonde), « homme noble », dans l’ancien francoprovençal « aelenc » ; « *barjan » (gotique, burgonde), « élever » dans le lyonnais « abari », « élever de petits oiseaux », etc. Bref ces mots sont rares et encore plus rares sont ceux qui représentent des institutions ; et, pour reprendre le propos de G. Tuaillon5, ce qui serait étonnant, ce serait que les Burgondes n’aient pas laissé de mots ; enfin, certains types attribués aux Burgondes sont eux-mêmes contestés ; on peut penser que le nom de la fourmi (cf. plus haut) est peut-être un mot de substrat (gaulois ou prégaulois) ; E. Schüle6 pense que le forézien « farraman » (grande femme de mœurs équivoques) ne vient pas du burgonde « faramannus », mais du latin « fera » et que c’est un terme à rapprocher du nom de la bête Faramine, bien connue dans la région francoprovençale (Mâconnais, par exemple) et dans le Jura (cf. La Vouivre de Marcel Aymé).

    3.4 Bref, on peut dire aujourd’hui que la théorie burgonde de von Wartburg ne représente plus qu’un intérêt historique et que plus personne ne croit sérieusement à l’influence des Burgondes dans la formation du francoprovençal ; le trait phonétique principal (le double féminin) pourrait même se retrouver dans l’ensemble de la langue d’oïl ; l’originalité du francoprovençal n’est pas de l’avoir développé, mais de l’avoir conservé7.

    3.5 Bref, une théorie dépassée et qui semble avoir étayé une idéologie également dépassée, puisque von Wartburg écrivait dans Les Origines des Peuples romans8 :

    4« La Providence, après avoir permis aux énergies indo-européennes de submerger surabondamment la Méditerranée a voulu mettre en réserve dans la Germanie une dernière source d’énergie ethnique intacte et entière, afin de s’en servir pour renouveler au moment voulu l’Occident épuisé par son cycle d’évolution ».

    4. La toponymie

    5Il était possible également de rechercher les traces burgondes dans la toponymie ; ces traces sont de deux ordres :

    4.1 Les toponymes « Bourguignon » ; c’est le nom de quelques localités de l’Est de la France, surtout en Haute-Saône et dans la Marne ; on peut signaler également un hameau des environs de Beaune pour la Bourgogne proprement dite ; on peut penser naturellement à des établissements burgondes et voir dans ces lieux d’anciens Burgundiones, avec un suffixe -ones qui est en réalité le cas-régime pluriel du germanique (passé également en français), de même que Soissons (Côte-d’Or) pourrait être un ancien Saxones, « établissement de Saxons » ; mais d’autres explications sont possibles, soit un nom d’homme Burgundio, le Burgonde ; cet ancien propriétaire hypothétique pourrait être d’origine burgonde ; mais le site ne saurait être ipso facto un ancien établissement burgonde ; on peut penser aussi (ce qui est certainement le cas des lieuxdits) à un nom de famille bien plus récent Bourguignon.

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    Fig. 1 - L’aire francoprovençale.

    Image 10000000000003F0000003FE522DE993CF9067E1.jpg

    Fig. 2 - Aires de forte densité des toponymes en -ans.

    4.2 Bref, aucune certitude, ce qui est d’ailleurs le cas d’une bonne partie de la toponymie ancienne et les formes médiévales dont nous disposons sont généralement tardives et ne sont que des latinisations plus ou moins adroites d’une forme qui était déjà presque la forme moderne. Et elles ne peuvent nous apporter aucun renseignement déterminant.

    4.3 Les noms de lieux en -ans : les toponymistes ont relevé depuis longtemps la présence - aussi bien dans l’Est de la France (Franche-Comté, Bresse, Ain) qu’en Suisse romande - de séries importantes de formes en -ans (fig. 2) ; en Côte-d’Or, nous en avons quelques exemples dans la Plaine de la Saône : Soir ans, Flammerans, entre autres ; un germaniste, Th. Perrenot démontrera que ces noms sont peut-être des noms de propriétaires burgondes, avec le suffixe locatif - ingos ; les formes en -anges, -inges, qui apparaissent dans les mêmes zones pourraient être d’origine francique9.

    4.4 Où en est actuellement la question ? Personne ne conteste le caractère germanique de ces formes ; il est bien sûr possible de « nettoyer » les séries ; ainsi les Noidans (Côte-d’Or, Franche-Comté) ne sont certainement pas des noms germaniques10 ; on les trouve en dehors de la zone principale et ils constituent une série ; il vaut mieux les considérer comme des variantes phonétiques de Nogent (gaulois ou roman, mais, à coup sûr, pas germanique) ; mais cette objection ne saurait remettre en question l’ensemble des autres formes.

    4.5 Cependant le caractère purement burgonde de ces formes a été également contesté par E. Schüle à qui nous devons une excellente synthèse de la question11 ; -ans pourrait être un masculin : * (campus) -ingo ; et -anges un féminin : * (villa) -inga ; on ne citera que sa conclusion :

    6« Cela signifie aussi que le suffixe -ingos a dû rester productif en bouche romane bien après la chute du premier royaume burgonde - une mode onomastique, comme on en connaît d’autres - et que l’existence d’un nom de lieu en -ens ne prouve pas nécessairement qu’à tel endroit une famille burgonde se soit fixée au Ve siècle... »

    7Cela bien sûr n’interdit pas de penser que certains de ces noms en -ans (mais lesquels exactement ?) sont d’anciens domaines burgondes.

    5. Pour conclure

    8Si nous avions dû faire cette communication il y a environ une cinquantaine d’années, nous aurions été plus affirmatif sans aucun doute ; mais les théories burgondes résistent mal aux analyses actuelles (fondées avant tout sur une meilleure connaissance de la linguistique de terrain) qui tendent à conclure que les évolutions sont liées à des faits plus récents (ainsi le francoprovençal est dû sans doute à la présence d’un état savoyard qui a utilisé cette langue dans son administration). Mais n’oublions pas que les Burgondes ont laissé au moins une trace linguistique incontestable, c’est le nom de la Bourgogne ; c’est déjà beaucoup.

    Footnotes

    1 Cf. Le Robert historique de la langue française, pas encore publié quand nous avons présenté cette communication, p. 309.

    2 Cf. Walther von Wartburg, La Fragmentation linguistique de la Romania, Paris, 1967.

    3 On pourra se reporter à l’étude de E. Schüle publiée dans Colloque de dialectologie francoprovençale, Actes, Neuchâtel-Genève, 1971 (Le Problème burgonde vu par un romaniste, p. 26-47).

    4 On pourra lire également M. Pfister, « Le superstrat germanique dans les langues romanes », In : Atti del XIV Congresso internazionale di linguistica e filologia romanza, Naples, 15-20 avril 1974, Naples, 1978, I, 49-97.

    5 On se reportera constamment au livre de Gaston Tuaillon, Le francoprovençal, progrès d’une définition, Saint-Nicolas d’Aoste, 1983.

    6 Op. cit. note 3.

    7 Cf. notre étude : un double féminin en protofrançais, p. 365 sqq., In : Hommages à Jean-Pierre Collinet, Dijon, 1992.

    8 Traduction française de 1941, citée par G. Tuaillon, cf. note 5.

    9 Th. Perrenot, La Toponymie burgonde, Paris 1942.

    10 Il existe aussi dans le Sud de la France des formes en - ens, rattachées au germanique, mais, à notre connaissance, personne n’a développé à leur sujet de théorie wisigothique ; p. ex. Rabastens (Tarn) qui représente le n.h. Hratgast + ing ; comme pour tous les noms d’hommes d’origine germanique, on peut penser à des formations postérieures aux grandes invasions, dans la mesure où tout le monde a porté un nom germanique jusqu’après l’an Mil.

    11 Op. cit. note 3, p. 40 sqq.

    Author

    • Gérard Taverdet

      Université de Bourgogne, Dijon

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      1 Cf. Le Robert historique de la langue française, pas encore publié quand nous avons présenté cette communication, p. 309.

      2 Cf. Walther von Wartburg, La Fragmentation linguistique de la Romania, Paris, 1967.

      3 On pourra se reporter à l’étude de E. Schüle publiée dans Colloque de dialectologie francoprovençale, Actes, Neuchâtel-Genève, 1971 (Le Problème burgonde vu par un romaniste, p. 26-47).

      4 On pourra lire également M. Pfister, « Le superstrat germanique dans les langues romanes », In : Atti del XIV Congresso internazionale di linguistica e filologia romanza, Naples, 15-20 avril 1974, Naples, 1978, I, 49-97.

      5 On se reportera constamment au livre de Gaston Tuaillon, Le francoprovençal, progrès d’une définition, Saint-Nicolas d’Aoste, 1983.

      6 Op. cit. note 3.

      7 Cf. notre étude : un double féminin en protofrançais, p. 365 sqq., In : Hommages à Jean-Pierre Collinet, Dijon, 1992.

      8 Traduction française de 1941, citée par G. Tuaillon, cf. note 5.

      9 Th. Perrenot, La Toponymie burgonde, Paris 1942.

      10 Il existe aussi dans le Sud de la France des formes en - ens, rattachées au germanique, mais, à notre connaissance, personne n’a développé à leur sujet de théorie wisigothique ; p. ex. Rabastens (Tarn) qui représente le n.h. Hratgast + ing ; comme pour tous les noms d’hommes d’origine germanique, on peut penser à des formations postérieures aux grandes invasions, dans la mesure où tout le monde a porté un nom germanique jusqu’après l’an Mil.

      11 Op. cit. note 3, p. 40 sqq.

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