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    Plan détaillé Texte intégral 1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE ET ÉTAT DE LA RECHERCHE (G. G.) 2. LES RECHERCHES RÉCENTES (R. L.) Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Sarreguemines (Moselle)

    Gérard Giuliato et Renée Lansival

    p. 275-286

    Texte intégral 1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE ET ÉTAT DE LA RECHERCHE (G. G.) 1.1. Contexte géographique et géologique 1.2. Historique des recherches 1.3. État des connaissances 1.3.1. Contexte historique 1.3.2. Le château 1.3.3. Le bourg castral 1.3.3.1. Évolution 1.3.3.2. Les établissements religieux 1.3.3.3. Les équipements économiques 1.3.3.4. L’enceinte urbaine 2. LES RECHERCHES RÉCENTES (R. L.) 2.1. Place Goethe 2.1.1. Présentation du site 2.1.1.1. Circonstances de l’intervention 2.1.1.2. Localisation du site 2.1.1.3. Type de vestiges observés 2.1.1.4. Superficie et/ou longueur observées 2.1.1.5. Nombre de phases identifiées - Phase A - Phase B - Phase C 2.1.2. Présentation des vestiges 2.1.2.1. Phase B - La courtine - La tour - Le fossé - Les indices de datation 2.2. Sondage au 51, rue du Bac 2.2.1. Présentation du site 2.2.1.1. Circonstances de l’intervention 2.2.1.2. Localisation 2.2.1.3. Type de vestiges et longueur observés 2.2.1.4. État de conservation des vestiges 2.2.1.5. Nombre de phases identifiées 2.2.2. Présentation des vestiges par phases chronologiques 2.2.2.1. Phase A - La courtine 2.2.2.2. Phase B - Les abords Conclusion (R. L.) Bibliographie Sources iconographiques classées par ordre chronologique Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE ET ÉTAT DE LA RECHERCHE (G. G.)

    1.1. Contexte géographique et géologique

    1Sarreguemines est située sur le revers de la première cuesta lorraine, celle du Muschelkalk, affleurement de calcaire jurassique, là où ce dernier commence à faire place aux marnes du Keuper. La Sarre coule au contact des deux affleurements. La ville s’est installée dans un méandre prononcé de la rive gauche (altitude 200 m), au pied du coteau (altitude 230 m), en face du confluent avec la Blies (fig. 193). La ville se trouve à 15 km au sud de la voie antique puis impériale qui reliait Metz à Mayence via Sarrebruck.

    1.2. Historique des recherches

    2Sarreguemines a suscité des recherches historiques depuis la fin du xixe siècle, qui ont contribué à préciser la topographie de la ville. La première étude est celle d’A. Thomire (Thomire, 1887) suivie de celle de N. Box (Box, 1895-1902). Au xxe siècle, il faut retenir les travaux de Huber et Paulus (Huber, 1901 ; Huber, Paulus, 1903) et surtout la magistrale thèse de H. Hiegel (Hiegel, 1934) dont s’inspirèrent les auteurs suivants (Hiegel, 1973 ; Meyer, Brunel, 1975 ; Rohr, 1978 ; Kraemer, UHL, 1993 : 51-52 ; KAAS, [circa 1985]), plus intéressés par les périodes modernes et contemporaines. Dans ces contributions, l’enceinte ne constitue pas un sujet d’intérêt particulier avant la contribution de G. Giuliato (Giuliato, 1993a).

    1.3. État des connaissances

    1.3.1. Contexte historique

    3Ville frontière avec l’Allemagne, Sarreguemines (Huber, 1901 ; Huber, Paulus, 1903 ; Hiegel, 1934) se situe dans une région fortement peuplée dès l’Antiquité (tumuli, vicus de Bliesbrück, villae). La Sarre a facilité les échanges nord-sud. La voie romaine Metz-Mayence passe à 20 km au nord et a drainé les échanges ouest-est. Les invasions du ve siècle firent passer cette région dans l’aire culturelle germanique. Le bourg occupe un méandre de la rive gauche (205 m) que domine une côte abrupte dont un éperon fossoyé sert d’assiette au château (240 m) face au confluent (Gemiind) avec la Blies (fig. 194).

    4Gaimundas figure dans une charte de Pépin d’Héristal en 766. Vers 720-730, le lignage du noble Fulrad acquit ce domaine. Devenu conseiller de Pépin le Bref et abbé de Saint-Denis, Fulrad donna tous ses biens à l’abbaye en 777. Les comtes de Paris, abbés laïcs dès 888, disposèrent de ceux-ci qui constituèrent la dot de Béatrice sœur d’Hugues Capet quand elle épousa en 954 Frédéric Ier duc de Haute Lorraine. Les comtes de Bar en héritèrent en 1033. Vers 1100, Sarreguemines, comme la vouerie de Bliederstroff, fit partie de la dot que Mathilde de Bar apporta à Adalbert comte de Môrsburg (Suisse). Celui-ci édifia sur ses nouveaux domaines le château éponyme de Morsberg et celui de Sarreguemines.

    5Suger protesta auprès du pape et de l’empereur contre la spoliation des “Seigneuries […] comme le château de Guemines, Bliederstroff et Cochelingen” (Bur, 1994 : 243). Par un acte du 24 août 1125, l’abbaye renonça à ces domaines en échange du prieuré de Zellen (Moselle). La vouerie usurpée faisait place à la seigneurie allodiale. En 1155, elle échut à Simon Ier comte de Sarrebruck et fut divisée en 1183 entre ses trois enfants. La part de Sophie fut rachetée en 1277 par le duc Ferri III de Lorraine. La part d’Henri fut échangée contre Bitche en 1297. La part de Simon II fut acquise par le duc après 1302. Celui-ci accorda aux bourgeois une charte de franchise qui confirmait et élargissait des libertés antérieures. Les ducs agrandirent la seigneurie par achats successifs au xive siècle. Après 1335, ils l’érigèrent en châtellenie et prévôté comprenant quinze localités jusqu’au xviie siècle.

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    Fig. 193. Sarreguemines. Contexte géographique, échelle 1/25 000. DAO : H. Duval, É. Rouger/INRAP.

    1.3.2. Le château

    6II dessinait un pentagone irrégulier couronnant l’éperon (60 m x 50 m). L’accès principal se trouvait au sud vers le plateau. La porterie était protégée par une tour circulaire (diamètre 9 m). Celle-ci comme les tours sud-est (8 m) et sud-ouest (9 m) flanquait les changements de direction des courtines (largeur 9 m). Les bâtiments se disposaient autour d’une vaste cour qui communiquait au nord avec la ville par une poterne et un sentier en lacets. Le château fut adapté à l’artillerie à partir de 1510, dégradé en 1634, restauré en 1680, occupé par une garnison puis une gendarmerie et une prison et finalement démantelé en 1900 (Giuliato, 2006).

    1.3.3. Le bourg castral

    1.3.3.1. Évolution

    7Le bourg fut ravagé par des incendies en 1380, 1525 et 1635. On ignore dans quelle mesure la reconstruction respecta l’urbanisation médiévale. Un plan de 1749309 fait apparaître trois arcs de cercles concentriques s’élargissant du sud vers le nord. Le premier se dispose sur les flancs et au pied de la colline castrale avec la chapelle Saint-Nicolas. Le second s’étend entre la Grande Rue et la rue Dorée avec la chapelle Sainte-Catherine. Le troisième occupe l’espace entre la rue Dorée et l’enceinte.

    8Modeste dépendance d’un grand domaine ecclésiastique jusqu’à la fin du xe siècle, Sarreguemines fut choisie pour ses aptitudes défensives comme résidence comtale au début du xiie siècle. Assez bien situé par rapport aux grands axes de communication et suffisamment éloigné de Metz et de Sarrebourg, le bourg se développa grâce à ses activités administratives et commerciales. Toutefois la proximité de Sarrebruck limita son influence économique et l’abbaye de Wadgasse détentrice de la cure freina son influence religieuse et culturelle. Ce fut néanmoins une incontestable réussite comparée à l’échec du bourg de Morsberg fondé en même temps.

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    Fig. 194. Sarreguemines. Proposition de tracé des enceintes sur fond de plan cadastral actuel, échelle 1/5 000. 1. Porte de France ; 2. Porte d’Allemagne ; 3. Château. DAO : H. Duval, É. Rouger / INRAP.

    1.3.3.2. Les établissements religieux

    9Jusqu’en 1803 Sarreguemines fut une succursale de l’église paroissiale Saint-Denis située à Neunkirch à 1,5 km au nord-est. La petite ville disposait de trois chapelles :

    • la chapelle Saint-Nicolas, édifiée à flanc de coteau entre le château et le bourg au xie siècle ou xiie siècle, fut détruite en 1757 ;

    • la chapelle Notre-Dame et Sainte-Catherine, fondée en 1390 par une riche famille dans la ville basse, fut érigée en collégiale dès 1393 et détruite en 1768 ;

    • la chapelle Sainte-Croix, accolée au cimetière, à 200 m à l’est du bourg, n’est mentionnée qu’à partir de 1503.

    1.3.3.3. Les équipements économiques

    10Le bourg disposait d’un four banal, d’un moulin, d’un pont sur la Sarre et d’un autre sur la Blies, d’une étuve et d’un marché le lundi. La charte évoque la présence de prêteurs juifs, lombards et Cahorsins. Au xvie siècle, on trouve mention d’une maison communale, d’une halle au blé, d’un grenier à sel, de trois fontaines. En 1522 le duc établit trois foires annuelles qui se tenaient en bordure de la Sarre.

    1.3.3.4. L’enceinte urbaine

    11Elle prenait appui sur le château au sud. Édifiée au xiiie siècle, longue de 1070 m, dont 93 m de mur communs avec le château, elle couvrait une superficie d’environ 6,9 ha310. Précédée d’un fossé et flanquée de dix tours semi-circulaires (8 à 10 m), la courtine, épaisse de 1,50 m, était percée de deux portes et d’une poterne. Restaurée en 1680, elle fut démantelée à partir de 1780.

    12En 1380, après l’incendie accidentel de la ville et de ses archives, le duc de Lorraine Jean Ier confirma les droits et devoirs des bourgeois dont celui de garder les murs et les deux portes et de percevoir une taxe sur la vente du vin pour en assurer l’entretien. Il reprenait ainsi un document de 1297, qui ne faisait qu’entériner un document plus ancien que la critique historique situe dans la seconde moitié xiiie siècle. Le plan de 1751 conservé aux Archives de Nancy311 fournit une remarquable illustration de l’enceinte (fig. 195), tout comme les plans de 1734 et 1749 et une vue cavalière de 1750312 (fig. 196), alors qu’une vue de 1738 est centrée sur le château313 (fig. 197).

    2. LES RECHERCHES RÉCENTES (R. L.)

    13Une seule campagne de fouille préventive s’y est déroulée en 1993-1994. Une opération de sondage a été réalisée au 51, rue du Bac en 2005.

    2.1. Place Goethe

    2.1.1. Présentation du site

    2.1.1.1. Circonstances de l’intervention

    14Un projet immobilier de construction d’un immeuble et de parkings souterrains, occupant une superficie de 1 300 m2, sur la Place Goethe, a motivé la mise en place d’une campagne de sondages de diagnostic (fig. 198), réalisée en 1991, par P. Thion du SRA de Lorraine. Le potentiel archéologique, directement menacé de destruction, a entraîné la programmation d’une campagne de fouille préventive programmée entre novembre 1993 et janvier 1994 (Henrotay, Lansival, 1994a). Les conditions climatiques très précaires en cette période hivernale (gel, inondations) et l’absence de moyens techniques de sécurité ont obligé l’équipe d’archéologues de l’AFAN, dirigée par D. Henrotay, à abandonner le site dès la fin du mois de décembre.

    2.1.1.2. Localisation du site

    15À l’ouest de l’agglomération, la place Goethe occupe un espace triangulaire circonscrit par la rue du Bac au nord et la rue de France au sud. Elle est traversée par la rue d’Or.

    16L’emprise du site se développe à hauteur de la huitième tour, englobant un segment sud-ouest de la fortification du bourg, encore visible sur le cadastre napoléonien (fig. 198), un peu au nord de la porte de France. La surface fouillée se développe sur 450 m2.

    2.1.1.3. Type de vestiges observés

    17Parmi les quatre sondages ouverts, le sondage 3 révéla la présence du fossé de la fortification médiévale, au nord de la rue d’Or. Des caves (US 1041, 1042, 1043) de maisons civiles adossées au parement intérieur du mur d’enceinte sont apparues dans les sondages 1 et 2, au sud de la rue d’Or.

    18Le sondage 4 a montré une stratification de couches archéologiques sous l’ancien tracé de la rue d’Or. Celles-ci correspondent à plusieurs niveaux de sol rencontrés entre 1,20 m et 2,40 m de profondeur. Les niveaux les plus récents appartiennent vraisemblablement à la voirie des xve et xvie siècles, alors que les plus anciens n’ont pu être datés avec certitude du haut Moyen Âge.

    19Quant à l’enceinte urbaine médiévale, figurant sur des plans du xviiie siècle (1734, 1749, 1750), les fondations d’un segment de la courtine et d’une tour semi-circulaire apparurent au milieu de l’emprise lors du décapage à la pelle mécanique.

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    Fig. 195. Sarreguemines. Plan de Sarreguemines en 1751 (AD Meurthe-et-Moselle B 11 701).

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    Fig. 196. Sarreguemines. Vue cavalière de Sarreguemines en 1750, collection Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Département de l'Armée de Terre, 1 VH 1623, no 37bis. 1. Porte de France ; 2. Porte d’Allemagne. Phot. Société d’Histoire et d’Archéologie de Sarreguemines (extrait de Anna, s. d.).

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    Fig. 197.Sarreguemines. Plan du château et ses dépendances en 1738 (AD Meurthe-et-Moselle C 477), publié dans Box, 1895-1902.

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    Fig. 198. Sarreguemines. Place Goethe et Rue du Bac. Plan de localisation des interventions archéologiques, échelle 1/500. Relevé : D. Henrotay, R. Lansival ; DAO : H. Duval, É. Rouger/INRAP.

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    Fig. 199. Sarreguemines. Place Goethe. Localisation du site sur le plan cadastral de 1798, section C, nos 1 à 731 (AD Moselle).

    20Un puits en pierre, localisé intra muros, a été utilisé comme dépotoir.

    2.1.1.4. Superficie et/ou longueur observées

    21Ont été mises au jour les fondations d’un segment de courtine, conservé sur 18 m de longueur, de la tour ouverte à la gorge, protégeant le flanc nord de la porte de France et du fossé défensif à l’extérieur de la fortification.

    2.1.1.5. Nombre de phases identifiées

    - Phase A

    22Le sous-sol est un terrain sédimentaire composé d’alluvions anciennes. Un niveau gallo-romain (US 1003) a été mis au jour sous la tour semi-circulaire, la courtine et à l’extérieur de celui-ci (fig. 198 et 200, coupe 1). Cette couche, argileuse sombre renfermant du charbon de bois, des artefacts (céramique, objets métalliques, une certaine quantité de scories de métal et de verre), ainsi que des petits galets en surface, pourrait correspondre à une voirie gallo-romaine.

    - Phase B

    23Séquence I. La courtine et la tour semi-circulaire de la fortification médiévale.

    24Séquence II. Le puits en pierre, ayant servi de dépotoir de rebut d’une production de céramique grise cannelée de la fin du xve-début xvie siècle, est situé intra muros, à 1,80 m du parement intérieur du tracé de l’enceinte médiévale, à hauteur de l’espace compris entre la huitième tour et l’accès sud-ouest de la ville, la porte de France.

    - Phase C

    25Aux Temps modernes, l’implantation de maisons civiles de part et d’autre de la courtine (fig. 199) marque l’abandon de la fortification. Trois caves rectangulaires, d’une superficie intérieure de 27 m2 et s’appuyant contre le parement intérieur de la courtine, ont endommagé ce dernier.

    2.1.2. Présentation des vestiges

    26Seule la phase B est ici détaillée.

    2.1.2.1. Phase B

    - La courtine

    27Les données structurelles. Observée sur une longueur de 18 m, la courtine suit la direction nord-sud sur environ 12 m jusqu’à un angle à partir duquel elle s’oriente davantage vers l’est, en direction de la rue qui en a gardé le souvenir sous son appellation “Le chemin de ronde”.

    28Les fondations de la courtine (1001) (fig. 200, coupes 1 à 3) sont conservées sur quatre à cinq assises (environ 70 cm de hauteur) très irrégulières en moellons de calcaire gris-blanc. La largeur atteint 1,60 m en moyenne. La dernière arase est maçonnée avec du mortier.

    29Les moellons présentent plusieurs modules allant de la forme cubique (14 x 24 cm) à une forme allongée et plate (16 à 40 cm). Le parement extérieur montre deux sutures verticales et parallèles à hauteur de sa partie coudée. Quant au parement intérieur de la fortification, certains pans sont endommagés par l’installation d’un puits (1007) et d’un escalier (1040), des caves (1041, 1042, 1043) implantées à l’époque des Temps modernes.

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    Fig. 200. Sarreguemines. Place Goethe. Coupes 1, 2 et 3, échelle 1/50. Relevés : D. Henrotay, R. Lansival ; DAO. H. Duval/INRAP.

    30Les fondations reposent directement sur une couche d’argile brune (fig. 200, coupe 2, 1016 et coupe 3, 1030), scellant une couche d’argile brun foncé et renfermant des scories de métal et de verre (1,700 kg), des galets, du mobilier gallo-romain (céramique, objets métalliques, faune, fragments de tuiles…). Cette unité stratigraphique (fig. 200, coupe 2, 1003), dont la surface montre un niveau horizontal de petits galets, pourrait correspondre à une voirie gallo-romaine qui a pu être observée dans l’espace intérieur de la tour mais que l’on ne retrouve pas intra muros. Sous cette dernière, de fines lentilles sableuses (1017 et 1018) recouvrent une épaisse couche d’argile verte (1019) (fig. 200, coupes 2 et 3).

    - La tour

    31Les données structurelles. La tour (1002), ouverte à la gorge, renforce l’angle de la courtine. La base présente un diamètre maximal de 7 m alors que le diamètre intérieur est de 3,80 à 4 m. La circonférence de la tour n’a pu être complètement appréhendée car celle-ci s’engageait au-delà de l’emprise de fouille, sous la rue d’Or. Les fondations de la fortification sont conservées sur une hauteur de trois assises, soit une hauteur de 40 cm, pouvant atteindre 85 cm (fig. 200, coupe 1) et une largeur de 1,60 m. Elles reposent sur un niveau gallo-romain (1006 = 1003). Le parement de la tour a moins souffert que celui du mur d’enceinte.

    - Le fossé

    32Les données structurelles. Observé dans le sondage 3, le fossé défensif, large d’une dizaine de mètres, est situé à environ 6,50 m en avant de la courtine. Le fond de cette excavation est comblé de sédiments limono-tourbeux correspondant à l’envasement. Ce niveau contient du mobilier archéologique du xvie siècle, parmi lequel on compte des semelles et fragments de cuir, des bois… conservés grâce à l’humidité et l’absence d’oxygène dans le remplissage. N’étant pas directement menacé par les travaux de terrassement, dont la cote n’excédait pas 3,50 m de profondeur, le fossé n’a pas fait l’objet de l’opération de fouille.

    - Les indices de datation

    33Si les sources écrites mentionnent l’édification de l’enceinte au xiiie siècle, en revanche, aucun indice de datation archéologique n’a été mis au jour.

    2.2. Sondage au 51, rue du Bac

    2.2.1. Présentation du site

    2.2.1.1. Circonstances de l’intervention

    34Le projet immobilier de la Maison de la Moselle, au 51, rue du Bac, a motivé un diagnostic archéologique réalisé en mars 2005 par deux archéologues de l’INRAP (Lansival, Klag, 2005).

    2.2.1.2. Localisation

    35Le site se trouve à l’ouest de l’agglomération, en périphérie du cœur ancien du bourg, à 30 m environ au nord du site archéologique de la place Goethe, fouillé en 1993 (Henrotay, Lansival, 1994a) (fig. 198). Il est circonscrit par la rue du Bac et la rue du Chemin-de-Ronde dont le tracé épouse, à cet endroit, une courbe avant de rejoindre la rue d’Or.

    2.2.1.3. Type de vestiges et longueur observés

    36Une partie des fondations de l’enceinte médiévale a été mise au jour (fig. 201). Le parement extérieur a été observé sur de 1,70 m de longueur.

    2.2.1.4. État de conservation des vestiges

    37La courtine est très endommagée par des constructions postérieures venues s’accoler de part et d’autre de celle-ci. En effet, des aménagements mal identifiés (passage, escalier, porte ?) ont fortement remanié ses fondations à l’emplacement du sondage.

    2.2.1.5. Nombre de phases identifiées

    38La phase principale est représentée par la construction de l’enceinte.

    2.2.2. Présentation des vestiges par phases chronologiques

    2.2.2.1. Phase A

    - La courtine

    39Les données structurelles. La courtine, dont seules les fondations sont conservées, présente un tracé orienté sud-ouest/nord-est. Seul le parement extérieur a pu être observé et relevé sur 1,70 m de longueur. Son niveau d’arasement est apparu à 1 m sous le niveau de sol actuel. Endommagé par des aménagements postérieurs, son épaisseur n’atteint plus que 1 m. Les fondations ne sont conservées que sur 1,13 m de haut, soit onze à douze assises (fig. 202). Le parement présente un appareil irrégulier de blocs en calcaire liés au mortier de chaux à joints beurrés dans la partie inférieure du mur, de couleur brun cannelle (humide) ou beige (sec), contenant du gravier et des petits galets. Les assises sont formées à l’aide de gros moellons irréguliers alternant avec des lits de moellons beaucoup plus minces. Ainsi, la hauteur des assises varie entre 15 et 20 cm pour les plus hautes et de 6 à 8 cm pour les plus minces. Le module des blocs est de l’ordre de : 40 à 48 x 15 à 20 cm ; 30 x 12 à 15 cm ; 25 x 8 cm et 20 x 6 cm. Posé sur la première assise de gros blocs irréguliers, un lit horizontal de moellons peu épais (20 à 25 x 6 cm) constitue une assise de base de 3 cm en ressaut par rapport au nu du parement. Il repose sur une épaisse couche d’argile sableuse de couleur brune, contenant un peu de gravier, quelques galets, des fragments de charbon de bois épars, quelques nodules de terre cuite (US 13) ; un fragment d’imbrex y a été trouvé. Le fond de cette couche n’a pas été atteint dans le sondage.

    2.2.2.2. Phase B

    - Les abords

    40À 7 m de la courtine, côté intra muros, une partie d’une fosse a été mise au jour. D’un rayon approximatif de 70 cm minimum, sa paroi interne est tapissée d’une couche d’argile plastique bleue pure de 10 cm d’épaisseur. Cette excavation est colmatée par un niveau de 3 à 5 cm d’argile orange. Son comblement argilo-sableux brun renferme des fragments de charbon de bois, des nodules de terre cuite, des nodules de mortier jaune, du gravier et des galets provenant du mortier délité ainsi que de la céramique grise cannelée attribuée à la seconde moitié du xve-première moitié du xvie siècle et un petit fragment de verre plat.

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    Fig. 201. Sarreguemines. Rue du Bac. Plan du sondage et des structures, échelle 1/100. Relevés : A. Farge, R. Lansival ; DAO : H. Duval, É. Rouger/INRAP.

    Conclusion (R. L.)

    41L’intérêt de ces deux interventions consiste dans la confirmation de la présence des fondations de l’enceinte en sous-sol en deux secteurs proches, situés à l’ouest du bourg et d’en avoir relevé le tracé exact. D’une part, sur la place Goethe, on a pu observer un segment flanqué d’une tour (la huitième tour précédant la porte de France) et d’autre part, dans la rue du Bac, le prolongement de la courtine. En revanche, l’état de conservation des vestiges n’a pas permis de faire des observations d’ordre architectural. Par ailleurs, l’existence d’un fossé défensif extérieur renforçant les fortifications a été mise en évidence sur la place Goethe.

    Image 10000000000001E500000192141528A298C60C90.jpg

    Fig. 202. Sarreguemines. Rue du Bac. Relevé du parement extérieur de la courtine, échelle 1/50. Relevé : R. Lansival ; DAO : H. Duval, É. Rouger/INRAP.

    Bibliographie

    Sources iconographiques classées par ordre chronologique

    Plan Sarreguemines, 1734 : Plan de Sarreguemines, 1734. Service historique de la Défense, Vincennes (publié dans Anna, s. d.).

    Château Sarreguemines, 1738 : Plan du château et ses dépendances, 1738. AD MM C 477 (cité dans Jacques, 1982 : 29-30).

    Plan Sarreguemines, 1749 : Plan de Sarreguemines, 1749.

    Service historique de la Défense, Vincennes (publié dans Anna, s. d.).

    Vue Sarreguemines, 1750 : Vue cavalière de Sarreguemines, 1750. Service historique de la Défense, Vincennes (publié dans Anna, s. d.).

    Plan Sarreguemines, 1751 : Plan de la ville et du château, 1751. AD MM B 11701 (cité dans Jacques, 1982 : 29-30).

    Cadastre 1808 : Plan cadastral, 1808, section C, parcelles 1 à 731.

    Notes de bas de page

    309 Plan Sarreguemines, 1749.

    310 Données inédites calculées à partir du plan à 1/5 000 (fig. 194).

    311 Plan Sarreguemines, 1751.

    312 Plan Sarreguemines, 1734 ; Plan Sarreguemines, 1749 ; Vue Sarreguemines, 1750.

    313 Château Sarreguemines, 1738.

    Auteurs

    • Gérard Giuliato
    • Renée Lansival
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      309 Plan Sarreguemines, 1749.

      310 Données inédites calculées à partir du plan à 1/5 000 (fig. 194).

      311 Plan Sarreguemines, 1751.

      312 Plan Sarreguemines, 1734 ; Plan Sarreguemines, 1749 ; Vue Sarreguemines, 1750.

      313 Château Sarreguemines, 1738.

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      Giuliato, G., & Lansival, R. (2008). Sarreguemines (Moselle). In Y. Henigfeld & A. Masquilier (éds.), Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle). Dijon: ARTEHIS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.artehis.12799
      Giuliato, Gérard, et Renée Lansival. « Sarreguemines (Moselle) ». In Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle), édité par Yves Henigfeld et Amaury Masquilier. Dijon: ARTEHIS Éditions, 2008. doi:10.4000/books.artehis.12799.
      Giuliato, Gérard, et Renée Lansival. « Sarreguemines (Moselle) ». Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle), édité par Yves Henigfeld et Amaury Masquilier, ARTEHIS Éditions, 2008, https://doi.org/10.4000/books.artehis.12799.

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      Henigfeld, Y., & Masquilier, A. (éds.). (2008). Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle). Dijon: ARTEHIS Éditions. https://doi.org/10.4000/books.artehis.12640
      Henigfeld, Yves, et Amaury Masquilier, éd. Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle). Dijon: ARTEHIS Éditions, 2008. doi:10.4000/books.artehis.12640.
      Henigfeld, Yves, et Amaury Masquilier, éditeurs. Archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords en Lorraine et en Alsace (XIIe-XVe siècle). ARTEHIS Éditions, 2008, https://doi.org/10.4000/books.artehis.12640.
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