The Singer Not the Song (1961) : France/Royaume-Uni, deux modes de réception d’un western apparemment ‘straight’ (Roy Ward Baker, 1961)
p. 217-234
Texte intégral
Fig. 1. Dirk Bogarde avec John Mills en arrière-plan (The Singer Not the Song, © Carlton Film Distribution, 1961)

Dans sa famille, on ne veut pas comprendre qu’elle désire tout simplement, tout bêtement, être considérée comme une jeune fille et même comme une petite fille, avec tout ce que cela suppose de délicatesse et de sensibilité. Jimmy, de son côté aspire à être un homme. Deux réactions normales qui se heurtent à des valeurs inversées, anti-naturelles1 […].
1C’est en ces termes qu’un critique français de l’époque évoque La Fureur de vivre/Rebel Without a Cause (Ray, 1955) dans une revue catholique de cinéma. L’idée qui anime ce parfait concentré de la mentalité culturelle de la France des années 1960 est bien sûr de caractériser le personnage de Judy (Natalie Wood) dans le film de Nicholas Ray en l’opposant au personnage de Jimmy (James Dean). Dans cette optique, l’extrait introduit la question du genre, avant les débats foisonnants liés aux gender studies qui s’intensifieront aux États-Unis et en Europe dans les années 1980. Conformément aux caractéristiques assignées à l’homme et à la femme (une femme doit être délicate et l’homme est forcément viril), le personnage de Plato (Sal Mineo) – à cause de son homosexualité suggérée – n’est pas, aux yeux du critique, un « être sain2 ».
2Un film de Roy Ward Baker3, The Singer Not the Song va nous permettre, en confirmant la virulence des stéréotypes en cette matière, de mesurer certaines tendances et certains écarts entre la réception catholique française (la France du début des années 1960 semble particulièrement marquée par un moralisme ambiant entretenu – pour partie – par le « Comité Catholique de la Radio et de la Télévision ») et les stratégies de marketing britanniques du studio Rank. Adapté d’un roman britannique d’Audrey Erskine Lindop publié en 1953, le film sort début janvier 1961 en Grande-Bretagne mais il faut attendre le 14 février 1962 pour le voir à Paris4. En quelques mots l’histoire commence par l’arrivée dans un village du Mexique du Père Michael Keogh (John Mills). On lui fait comprendre que le village est sous la coupe d’un certain Anacleto (Dirk Bogarde), un bandit qui fait régner la terreur, et que sa mission est donc compromise. Le bandit et le prêtre semblent être en rivalité pour une jeune femme, Locha (Mylène Demongeot), fille d’un riche propriétaire au rôle assez improbable. Après avoir tenté de le tuer à plusieurs reprises, Anacleto va finalement trouver asile chez le prêtre lui-même et découvrir les sentiments secrets de Locha pour l’homme d’Église. Anacleto enlève Locha et exerce une sorte de chantage afin que le prêtre dise du bien de lui aux villageois et qu’ils l’acceptent dans la communauté. Mais lors de son prêche à l’église, le prêtre accuse soudainement Anacleto qui est pourchassé par la police et abattu, juste après s’être livré à un acte de contrition auprès de lui. De ce premier niveau de lecture, il ne ressortirait qu’un enjeu de pouvoir dans une sorte de western contemporain sur fond de religion. Mais un visionnage attentif de ce film révèle que l’histoire d’amour contrariée ne se joue pas forcément – ou pas exclusivement – entre la jeune femme et le prêtre, mais entre ce dernier et Anacleto5 : on est alors en présence d’un sous-texte homosexuel assez évident6.
3Dans les années 1960, on commence à parler des « héros crépusculaires » des westerns7 et le puissant studio Rank Organisation8 vend – par opportunisme ? – ce film comme un western. De quelle façon The Singer Not the Song constituerait-il un anachronisme quant à ce genre très codifié ? Pour Jean-François Giré, Dirk Bogarde n’était pas forcément d’accord avec le metteur en scène en ce qui concerne son aspect vestimentaire (le pantalon en cuir et le chapeau noir9). Avec la volonté d’inscrire ce film dans le monde contemporain, pour Bogarde, Anacleto « aurait dû être un vrai méchant conduisant une vieille Chevrolet, pas une caricature du mal sur un cheval blanc10 ». Pourquoi dès lors porter ce pantalon de cuir noir outrageusement moulant qui est devenu un des éléments du culte homoérotique qui existe aujourd’hui autour de ce film, comme on peut le voir dans des dictionnaires11 et sur internet12 ?
Contexte et enjeux scénaristiques
4Le tournage de ce film semble avoir été une épreuve pour tous les participants : pour Roy Ward Baker, c’est son plus mauvais film13. Dans un autre entretien, il explique que c’est « le film qui a brisé sa carrière de réalisateur britannique majeur14 ». Dirk Bogarde était d’abord pressenti pour jouer le rôle du prêtre et la production pensa à Richard Wirdmark, Montgomery Clift ou encore Richard Burton pour le rôle du bandit15. Ward Baker expliquera plus tard qu’« aucune star hollywoodienne ne voulait venir jouer dans un film britannique qui n’avait aucune chance de sortir aux États-Unis16 ». Dirk Bogarde était intéressé par le rôle du bandit jusqu’à ce qu’il apprenne que le prêtre serait interprété par John Mills. Il avait déclaré à Ward Baker que si John Mills jouait le prêtre, il rendrait « la vie insupportable à toute personne concernée17 ». Des années après, l’acteur britannique racontera précisément son état d’esprit : « Quand j’ai appris que cela allait être Mills, je me suis habillé de cuir et j’ai campé ce rôle d’une façon stupide. Par désespoir18. » Pour le producteur Earl St John, Bogarde refusait de laisser son personnage tomber amoureux d’une façon convaincante du prêtre joué par John Mills. On lui attribue également la phrase suivante : « J’ai joué ce bandit comme Queen Kelly de Gloria Swanson : c’était une bonne blague19. » Bogarde fait allusion au film Queen Kelly/La Reine Kelly (1928) réalisé par Erich Von Stroheim et au jeu de séductrice camp de Gloria Swanson.
5La carrière antérieure de Dirk Bogarde au théâtre et au cinéma20 l’a doté d’une persona assez consistante quand on lui propose de jouer le rôle du bandit dans le film de Roy Ward Baker. Il suscite un trouble, une inquiétude, forgés par une prédilection pour les rôles de personnages torturés voire manipulateurs. Par exemple, dans Libel/La Nuit est mon ennemie (Asquith, 1959), il joue un personnage mystérieux aux identités multiples. Et il faut évidemment relever les films qui prennent de front la question de l’identité sexuelle : son interprétation dans Victim/La Victime (Deardon, 1961) est saluée dans la presse britannique qui apprécie son courage de jouer dans un film abordant sans détour la question de l’homosexualité. Ce que l’on retrouve chez Bogarde, c’est probablement un jeu ambigu, construit autour d’une séduction amusée des deux sexes. Dans The Singer Not the Song, c’est comme si Bogarde « contaminait » son personnage de son aura sulfureuse en l’érotisant dans un mélange subtil de dandysme et d’intellectualisme. Quant à sa partenaire française, Mylène Demangeot, elle évoquera la réception glaciale lors de la première de ce film au cinéma de Leicester Square à Londres21. Pour l’actrice, il ne fait pas de doute que « c’est l’un des premiers films qui abordaient l’homosexualité22 ». Marlon Brando puis Charlton Heston devaient à l’origine jouer le rôle du prêtre mais ce dernier semble s’être désisté justement à cause du sujet sulfureux23. C’est ce sous-texte qu’il convient d’évoquer plus en détail.
6L’arrivée du nouveau curé dans le village permet de présenter les différents lieux et protagonistes : le poste de police, la mairie et le saloon, repaire des bandits. La femme du maire le trouve « jeune » (« He’s quite young ») et un comparse d’Anacleto le décrit comme un prêtre séduisant (« It’s a fine looking priest »). La version française n’est pas moins ambiguë : « Un beau curé ça, hein, Anacleto ! » C’est la première apparition de Dirk Bogarde : cadré de profil, en plan taille, il porte des gants noirs et un chapeau noir, un travelling avant le montre en train de tourner la tête vers la caméra. La fascination que suscite le personnage joué par John Mills semble exagérée : elle pourrait davantage se comprendre si Charlton Heston avait été choisi pour le rôle du prêtre. La première rencontre entre le prêtre et Anacleto a lieu quand le père Keogh s’entretient avec le vieux prêtre qui est sur le point de quitter le village de Quantana. Ce dernier le met en garde contre Anacleto qui aurait tué de façon arbitraire certains habitants : un contrechamp en plan rapproché sur le prêtre succède à l’entrée théâtrale d’Anacleto. Le regard soutenu et étonné du prêtre sur Anacleto semble le détailler entièrement : ce sera néanmoins la seule scène qui suggère un intérêt du prêtre pour le bandit. Dans le scénario et au milieu du film, le prêtre accepte qu’Anacleto s’installe dans sa maison, et Anacleto – est-ce un calcul ? – exprime toute l’estime qu’il lui porte : « Je veux savoir si vous êtes un homme exceptionnel que votre Église ne mériterait pas d’avoir ou bien si c’est votre Église qui fait des hommes comme vous24. » Puis il enchaîne avec la phrase qui donne son titre au film : « Est-ce la chanson qui est belle ou simplement le chanteur qui la rend belle ? » (« Is it the song which is good or maybe the singer who makes it so ? ») L’ajout du mot « simplement » dans la version française semble atténuer la force du propos.
7Un peu après la moitié du film, on bifurque soudainement dans une sorte de mélodrame : la mère de Locha montre au prêtre les lettres écrites par sa fille qui n’ont jamais été envoyées. Elle est persuadée que ces lettres sont destinées à Anacleto. Ce dernier – une fois seul avec Locha – l’embrasse par surprise, afin de la convaincre qu’elle ne l’aime pas. Peu après, un dialogue s’engage : « It must be heartbreaking to fall in love with a man you could never have… [Une pause, puis à voix basse] I understand this. » Cette façon qu’a Bogarde de prononcer à ce moment la phrase « I understand this » pourrait relever d’un coming out avant l’heure : on peut comprendre que « tomber amoureux d’un homme que l’on ne pourra jamais avoir » le concerne également. Et si la version française est plutôt fidèle aux paroles prononcées, c’est le ton d’Anacleto qui change : « Ce doit être désespérant d’aimer un homme qu’on ne pourra jamais avoir… [Dit sur le même ton] Je vous comprends. » Le simple fait de dire « je vous comprends » d’une voix neutre et détachée modifie le contexte et le sens de leur relation en évitant une complicité trouble entre Locha et Anacleto. Dans la version anglaise, on laisse entendre qu’ils sont tous deux amoureux du même homme. John Coldstream évoque d’ailleurs un script original25 encore plus explicite, faisant remarquer que certains passages sont absents de la copie du scénario de Bogarde : « It must be heartbreaking to fall in love with a man you could never have – particularly such a man as that one26 [Father Keogh]. I understand – because, you see, I am fond of him myself27. » Le jeu d’acteur sobre et subtil de Bogarde suffit donc à rendre le trouble de cette scène.
8Un autre passage, qui clôt une scène, a été coupé dans les versions françaises consultées28. Locha, en partie influencée par le prêtre, décide soudainement de se marier avec Philippe, un Américain de Floride. Cette annonce donne lieu à une discussion sur le mariage : Anacleto demande au prêtre Keogh si cela lui arrive d’avoir du désir pour des femmes. La scène coupée montre la fin de leur discussion. Le prêtre demande à Anacleto : « Après tout vous n’êtes pas marié, pourquoi29 ? » Anacleto fixe le prêtre et lui répond : « Comme vous, j’ai une vocation30. » Ce qui a fait peur aux censeurs, c’est probablement le regard appuyé d’Anacleto en direction du prêtre qui vient souligner le sens équivoque de cette phrase.
Malentendus sur la réception française et britannique
9Les magazines britanniques ne savent pas vraiment comment appréhender cet objet filmique et sont partagés entre distance critique ironique, prise au sérieux du thème de la religion ou focalisation sur un ou plusieurs personnages. Pour le critique Clancy Sigal de Time and Tide, le film est « entièrement risible et inepte31 », contrairement à Derek Monsey qui voit des moments où « la discussion sur la foi, le péché et la vertu contient un germe soudain d’intelligence et présente un vrai intérêt32 ». Tout en admettant que le conflit moral est difficile à prendre au sérieux, Nina Hibbin, dans le Daily Worker, évoque « une bonne histoire, habilement racontée [...] dans un décor évoquant les grandes étendues sauvages à couper le souffle des westerns33 ». Le célèbre chroniqueur de l’Evening Standard, Alexander Walker, qui semble ne pas avoir apprécié le film, concède que son aspect le plus intéressant est cependant le jeu des acteurs34. La cible privilégiée des critiques reste les vêtements des protagonistes. Mylène Demongeot ne semble pas à sa place dans le contexte mexicain, « avec sa coiffure beatnik et son châle délirant, elle ressemble davantage à une poule de Pigalle égarée35 ». Quant à Dirk Bogarde, « chacune des scènes où il est présent » est « une victoire sur son créateur de costumes36 ». Ses « fuseaux de cuir sinistres » et son « chapeau de brigand inquiétant37 » lui confèrent quelque chose de diabolique. « C’est le pantalon de cuir noir de M. Bogarde qui est la véritable star du film38 » note, à son tour, le critique du Daily Express. Celui du Times évoque ce moment hallucinant où Bogarde « apparaît étroitement gainé de cuir noir et portant dans ses bras un chaton persan blanc, pour le monde entier il incarne une Queen Kelly contemporaine39 ». Pet John Dyer analyse de manière plus claire l’ambivalence de Bogarde avec « son charme de garçon40 », qui fait penser également à Joan Fontaine dans Ivy/Le Crime de Madame Lexton (Wood, 1947). Si pour Clancy Sigal, le réalisateur a essayé de suggérer entre le prêtre et l’anti-prêtre « une relation spirituelle avec un sous-texte homosexuel41 », plusieurs critiques évoquent un lien homosexuel entre les deux personnages. Pour Raymond Durgnat, le fond est « lyriquement homosexuel sans mentionner [ce] mot qui fait peur42 ». De son côté, Alexander Walker écrit : « Si vous parvenez à comprendre ce que le film dit réellement de cet amour entre les deux hommes, vous serez bien plus intelligent que moi. Cela pourrait être un amour chrétien. Cela pourrait être un amour très peu sacré43. » Et la même expression revient dans le Monthly Film Bulletin sous la plume de Pet John Dyer qui voit dans The Singer Not the Song « un scénario qui flirte […] avec la religion et deux sortes d’amour contre nature44 ».
10Pour les Cahiers du Cinéma et Positif, les sous-entendus homosexuels du film ne font pas de doute et sont appréhendés avec une jubilation non feinte. Jean-Paul Torok dans Positif évoque un « western anglais, antichrétien, quelque peu démoniaque, et qui plus est, d’inspiration et de climat nettement homosexuels 45 ». Et Torok indique dans une note qu’Ado Kyrou aurait vu à l’étranger une version du film encore plus explicite dans laquelle Anacleto coucherait avec la jeune femme qui lui dirait : « Ce n’est pas moi que tu aimes, c’est le Père que tu cherches à atteindre à travers moi46 ». Il semble que cette scène vienne de l’imagination d’Ado Kyrou puisqu’il n’y a aucune autre mention de cette séquence dans les critiques françaises et britanniques. On voit ainsi comment la censure et les non-dits permettent d’évoquer des scènes qui ne sont peut-être que fantasmées. Bertrand Tavernier – qui signe la critique dans les Cahiers du cinéma – évoque une version française édulcorée tout en remarquant que « cela ne suffit pas à dénaturer le sens d’un des films les plus troubles de l’histoire du cinéma47 ». Les deux critiques visent Télérama. Non seulement, écrit Tavernier, « ce film obtient une cote fort convenable, mais l’hebdomadaire Télérama, dont nul ne peut soupçonner le conformisme [sic], se fit une joie de le publier en feuilleton entre La Fayette et Les 101 Dalmatiens48 ». On sait comment un anticléricalisme joyeux revenait de façon récurrente dans la revue fondée par Bernard Chardère. Jean-Paul Torok se réjouit ainsi que ce film ait pu être présenté en « cinéroman dans la très catholique revue Télérama et recevoir de l’O.C.I.C49 la bénédiction de la cote 4 : “Pour adultes, à la rigueur pour adolescents”…50 ».
11Télérama51 dans les années 1960 était encore fortement lié au catholicisme : le magazine sortait le dimanche, le jour de la messe et les couvertures utilisaient souvent des thématiques d’inspiration chrétienne pour Pâques et pour Noël52. Claude-Marie Trémois signe la critique de The Singer Not the Song dans le numéro du 25 février 1962. L’enjeu du film pour la critique se réduit à la foi :
L’intérêt de ce Cavalier noir réside dans la très belle figure du prêtre, qui parvient, un temps, à ébranler l’incroyant : Anacleto se demande si c’est le chanteur (le prêtre) qui rend la chanson (la religion) belle ou si vraiment la chanson est belle en soi. Certes, il conclut que seul le chanteur est admirable. Pourtant, en mourant, Anacleto commettra son premier acte de bonté. Il laisse croire au prêtre, lui-même agonisant, qu’il se repent de ses péchés53 […].
12Remarquons que la critique, en insistant sur la « bonne action », n’est pas dupe de l’apparente rédemption d’Anacleto. Dans un livre consacré à John Mills54, Gill Plain commente certaines scènes de The Singer Not the Song en prenant en considération la question de l’ambivalence sexuelle. En se référant à Alexander Doty55, Gill Plain redéfinit le concept de « moment queer » : « C’est quand un personnage impose un désir hétérosexuel dans un contexte homoérotique56. » Quand le père Keogh est sommé par Anacleto d’avouer son attirance pour la jeune femme en sa présence, il ne manifeste pas la moindre émotion57. « Ce moment queer », Gilles Plain le retrouve dans la scène finale où « les corps de Bogarde et de Mills racontent une histoire bien différente de la conclusion apparente du récit58 ». Cette scène finale est, en effet, autrement plus ambiguë que le récit qu’en fait Claude-Marie Trémois. Dans le film, le prêtre se précipite vers Anacleto qui est à terre, touché par une balle. Touché lui aussi, il tombe sur le corps d’Anacleto, le bras gauche posé sur sa poitrine.
Fig. 2. Le prêtre touché par une balle avant de s’écrouler sur Anacleto (The Singer Not the Song, © Carlton Film Distribution, 1961)

13Le père Keogh lui demande de faire acte de contrition : « Je n’entends pas… si vous le dites… serrez ma main59 ! » Un plan rapproché poitrine permet alors de voir le gant noir d’Anacleto qui empoigne le bras gauche du prêtre qui meurt juste après. Dirk Bogarde, cadré en gros plan, murmure : « Le chanteur… le chanteur, pas la chanson60. » Un mouvement de caméra laisse alors voir les deux mains réunies avant que le bras d’Anacleto ne tombe soudainement. La dernière image du film – l’ambiguïté n’est plus permise – montre la main gauche du prêtre définitivement posée sur le pantalon d’Anacleto. La dernière phrase : « Le chanteur… le chanteur, pas la chanson » « The Singer… not the song » – présente dans les versions consultées – a été coupée dans la version française proposée dans les salles de cinéma d’après Bertrand Tavernier61 et Jean-Paul Torok62. Évidemment, le choix de traduire The Singer not the Song par Le Cavalier noir est également lié à une volonté de censure : l’enjeu du film, le fait de préférer l’homme au discours religieux est ainsi gommé.
14Ces revues catholiques, d’habitude si promptes à débusquer des situations qui sont amorales à leurs yeux, ne semblent pas saisir le véritable enjeu du film. Les Fiches du cinéma intégraient la cote morale de la Centrale Catholique de la Radio et de la Télévision (C.C.R.T63) qui va de 3, « Visible par tous » à 5, « À rejeter, s’abstenir par discipline chrétienne et pour donner l’exemple » avec des degrés intermédiaires. La lecture de plusieurs fiches de cette période révèle l’importance accordée au bonheur conjugal, à la fidélité dans l’amour, à la bonté en général, au bien qui doit gagner contre le mal, en soulignant que des éléments négatifs peuvent toujours être compensés par des éléments positifs. Cependant Claude Bremond précise que certains thèmes comme l’homosexualité ne pouvaient en aucun cas être montrés sous un jour positif64. La fiche du Cavalier noir paraît dans le « Cahier » du 15 août 1962. Il est classé 4, c’est-à-dire « visibles par les adultes ». Voici l’appréciation morale :
Ce film met en relief les difficultés éprouvées par un prêtre dans sa lutte contre le mal et les divers cas de conscience qu’il peut rencontrer au cours de son apostolat. Une situation délicate. La conversion « finale » du cavalier noir qui a lutté toute sa vie contre l’Église et les prêtres donne une note positive, morale et apaisante65.
15En se focalisant sur la représentation du prêtre au cinéma, les critiques passent dès lors à côté du film : la qualification de « morale et apaisante » paraît absurde dans cette séquence où le prêtre meurt dans les bras d’Anacleto.
Des interprétations rassurantes et normatives
16La Rank Organisation bénéficiait de son intégration à tous les niveaux de la chaîne cinématographique66 : la promotion était loin d’être négligée. Le dossier de presse établi par la compagnie67 met en avant l’actrice Mylène Demongeot, présente quasiment à chaque page comme dans cette photographie centrale qui la montre enlacée à Dirk Bogarde, les deux acteurs cadrés en plan rapproché taille, ou sur des « vignettes68 » que le service met à disposition. La photographie montre le baiser des deux protagonistes avec la légende suivante : « Mais tout n’est pas violence, Dirk prend Locha dans ses bras et l’embrasse69. » (Nous verrons de quelle façon cette scène est utilisée à l’identique dans le feuilleton publié dans Télérama.) Une rubrique du dossier de presse est intitulée « Mylène Demongeot – idées de concours glamour70 » : la volonté indiquée ici est de comprendre ce qui rend l’actrice glamour afin de pouvoir vendre le film. Il est suggéré de créer une discussion dans laquelle les lecteurs donneraient une douzaine de raisons possibles au glamour, telles que la « sophistication », « le choix de vêtements » ou encore « l’attitude71 ». Il est suggéré également de faire sponsoriser ce concours par un salon de beauté : le ou la gagnant(e) se verrait offrir un soin de beauté spécial ainsi qu’une invitation à la première du film. La compagnie met également à disposition quatre photographies72 intitulées « Mylène Demongeot Glamour Set73 » : deux photographies la montrent sur le tournage du film de Ward Baker (comme une photographie sur fond noir où elle tient un petit chat noir) mais les deux autres qui la montrent en bikini, sont en dehors de tout contexte cinématographique. Sur l’une de ces vignettes, Mylène Demongeot est couchée sur le ventre ; sur la seconde, elle est de face, buste redressé. Des suggestions commerciales sont également de mise : il s’agit d’associer la vedette à des magasins de mode populaires ou des salons de beauté.
17Dans la présentation de l’histoire, l’importance attribuée à Locha/Mylène Demongeot, « étonnante, bouleversante star féminine74 ! », est systématiquement rappelée :
Mylène Demongeot joue Locha, la très jeune femme dont la découverte de l’amour pour le prêtre marque le tournant de l’histoire. Mylène a eu un impact énorme sur les écrans britanniques avec sa performance dans Upstairs and Downstairs75.
18Associée à « un nouveau type de rôle76 », l’actrice française retrouve et prolonge en fait cette assignation de la femme aux éléments traditionnels de la séduction et de la beauté qui se retrouve dans la volonté de « surévaluer » le rôle féminin dans « le film raconté » proposé par Télérama où vont s’appliquer également des censures discrètes.
19« Le film raconté » s’inscrit dans une longue tradition des revues de cinéma qui commence dès les années 1920. À partir des années 1960, le « roman-photo » laisse place au « film raconté77 » dans Télérama. Le feuilleton du Cavalier noir paraît dans six numéros, du 17 septembre au 22 octobre 1961, sur la première page de gauche. La forme que prend le film raconté est strictement la même, le titre du film, six photographies numérotées (trois à gauche et trois à droite et un titre général) : « I. Le nouveau prêtre » ; « II. Le cynisme d’Anacleto » ; « III. Le courage paie toujours » ; « IV. Le mariage » ; « V. Une fuite et un meurtre » ; « VI. La contrition ». Remarquons que ces titres ont déjà une connotation morale : Anacleto est « cynique », et le courage est mis en exergue. Le récit du premier numéro intègre la fiche technique du film. À partir du second numéro, un résumé de quelques lignes fait son apparition. Quand on regarde l’ensemble du film raconté, on est étonné par la surreprésentation du personnage de Locha. Elle est présente sur douze des trente-six photographies, soit un tiers. Intéressons-nous à l’épisode IV, « Le mariage78 » : on la voit enlacée avec Anacleto, son fiancé, en discussion avec le prêtre et au bras de son père. L’image d’Anacleto enlaçant Locha est trompeuse : dans le film, on voit Anacleto qui l’embrasse par surprise ; il lui explique qu’il veut seulement s’assurer que ce n’est pas de lui dont elle est amoureuse mais du prêtre. Le résumé qui est fait dans Télérama est bien différent et fausse la logique chronologique de la scène : « La jeune fille fut profondément troublée par ce qu’Anacleto était venu lui dire car elle-même luttait contre un sentiment qu’elle savait coupable. Tout à trac, Anacleto la prit dans ses bras79. » On est ici dans une logique de pur roman sentimental avec cet archétype masculin qui a pour fonction de protéger et de consoler un archétype féminin.
20Un deuxième argument vient conforter cette vision hétérosexuelle et rassurante qui est livrée dans Télérama : il y a dans le film, dès le début, de nombreuses confrontations entre Anacleto et le prêtre que l’on peut trouver ambiguës. Le feuilleton évoque une première rencontre mais les photographies proposées ne les montrent pas ensemble ; une photographie montre le prêtre, suivie d’une autre sur Dirk Bogarde en contre-plongée. Il faut attendre le cinquième épisode pour voir une photographie les montrant tous deux de profil80 : la légende est focalisée sur la question de la religion en omettant ce qui est le cœur du film : « Est-ce la chanson qui est belle ou simplement le chanteur qui la rend belle ? »
21Le feuilleton n’a toutefois pas censuré la fin du film81 comme cela avait été fait dans la copie française de l’époque. Deux photos montrent le moment où le prêtre est touché par une balle, et celui où il tombe sur le corps d’Anacleto. Voici la légende de la dernière photographie : « Les deux hommes moururent ensemble, le prêtre au service de son Dieu. Anacleto mourut sans avoir dit l’acte de contrition, mais la compassion était dans son cœur82. » On voit ici comment l’audace des photographies – leur potentiel homoérotique – est tempérée par la légende biaisée d’une réconciliation chrétienne.
Conclusion
22La France des années 1960, nous l’avons vu, était marquée par le catholicisme qui imprégnait une partie de la presse cinématographique : les films, en particulier ceux qui abordent la question du genre, sont jugés à l’aune d’une représentation acceptable par rapport à une autre qui le serait moins et certains, dont The Singer Not the Song, font l’objet d’une censure quant à leur interprétation. Cette censure intervient à plusieurs niveaux dans le film de Ward Baker : en France, la version française a gommé en partie l’ambiguïté qui existait entre les deux personnages masculins. Et la presse catholique ne relève pas le sous-texte évident, le film étant appréhendé d’abord par sa thématique religieuse. De son côté, la presse britannique note les sous-entendus homosexuels du film avec une certaine gêne en évoquant un « amour peu sacré » ou « contre-nature ». Locha est au centre de toutes les attentions comme on peut le voir dans le dossier de presse accompagnant le film, le studio Rank « survend » ainsi l’actrice française avec toute la puissance de sa structure marketing. C’est encore la jeune femme qui est la vedette du « film raconté » dans Télérama : sa présence sur les photographies entre Anacleto et le prêtre permet d’atténuer l’évidente attirance entre les deux hommes. La fin du film est l’objet d’un véritable enjeu. La dernière phrase, « Le chanteur… pas la chanson » est escamotée dans la version française lors de sa sortie alors que la presse catholique imagine une hypothétique rédemption du bandit. En élargissant le concept défini par Alexandre Doty et Gill Plain, on pourrait finalement évoquer un « moment queer » concernant la promotion et la réception de The Singer not the Song : le contexte est évidemment homosexuel, pourtant le marketing et la presse romancée « forcent » la lecture d’un drame hétérosexuel. De leur côté, les critiques de l’époque neutralisent la romance homosexuelle dans une interprétation biaisée du film.
23Ce type de critique se retrouve dans la réception de deux autres films britanniques où Dirk Bogarde avait le rôle principal. À la sortie de Victim / La Victime (Dearden, 1961), le critique du Time Magazine regrette que « le film ne suggère nulle part que l’homosexualité est une névrose grave (mais souvent guérissable) qui s’attaque à la base biologique de la vie elle-même83 ». Il était finalement plus facile pour la presse d’appréhender ce film avec un thème clairement identifiable, les personnages ayant des désirs moins cernables dans The Singer Not the Song. Concernant The Servant84, Henri Agel se demande si le malaise partagé par les chroniqueurs de leur revue ne viendrait pas « du caractère homosexuel de ce film, au niveau de l’histoire comme au niveau de l’écriture85 ».
24Sous l’impulsion de mai 1968, on voit dans la France des années 1970 les premières remises en cause de cette approche orthodoxe. Dans un numéro des Fiches du cinéma de 1971, on indique que le « temps des “cotations morales” est révolu86 ». Dans le hors-série que Télérama a édité sur sa propre histoire, il est indiqué, en effet, que l’on ne « juge plus un film sur sa valeur morale et selon les critères de l’Office catholique du cinéma87 ». Le magazine catholique commence alors à opérer une lente transformation sur ses propres appréciations. Par exemple, Victor Victoria (Blake Edwards, 1982) qui pose les questions de l’identité et du genre est bien accueilli par Télérama88 lors de sa sortie mais un critique évoque dans le même numéro une « insidieuse inversion » : « De celles que l’on dénudait à celles que l’on prive de leur identité sexuelle, il semble bien que les femmes aient confondu, ou que l’on ait confondu pour elles, libération et régression89. » Il faudra attendre encore quelques années pour assister à une réelle émancipation de la critique par rapport à ce discours moralisateur, en particulier sur la question du genre.
Bibliographie
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Format
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Notes de bas de page
1 Gilbert Salachas, « La Fureur de vivre », Télé-Ciné, no 179, juillet-août 1956, p. 9.
2 Ibid.
3 Ward Baker, d’origine britannique, avait fait une courte incursion aux États-Unis dans les années 1950 avec le film remarqué Don’t Bother to Knock (Troublez-moi ce soir, 1952). Il va se spécialiser dans des films fantastiques ou de science-fiction en travaillant épisodiquement pour la télévision.
4 Intitulé en français Le Cavalier noir, le film est projeté dans quatre salles : l’Amiral, le Concordia, la Cigale et le Latin. Comme c’est le cas pour la plupart des sorties issues du circuit commercial, le film est systématiquement proposé en version française. En consultant les guides de l’époque, on se rend compte que le film n’est déjà plus à l’affiche les semaines suivantes.
5 Lors de la projection de ce film à la Cinémathèque française au début des années 2000, j’avais constaté que le sous-texte était immédiatement perçu par le public présent qui réagissait par des murmures amusés.
6 Rappelons que le film Red River/La Rivière rouge (Hawks, 1946) est considéré aujourd’hui comme l’un des premiers westerns classiques avec un sous-texte homosexuel même si pour Howard Hawks cette idée de sous-texte était une « putain de déclaration stupide » (« goddam silly statement », Vito Russo, The Celluloid Closet, homosexuality in the movies, New York, Harper & Row, 1981, p. 78.).
7 Antoine de Baecque, « Projections : la virilité à l’écran », in Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello (dir.), Histoire de la virilité, 3. La virilité en crise ? xxe-xxie siècle, Paris, Seuil, 2011, p. 446-447. De Baecque y évoque en particulier le film Ride the High Country de Sam Peckinpah avec les acteurs Randolph Scott et Joe McCrea.
8 Voir à ce sujet N. T. Binh, « L’expérience de la Rank Organization », in N. T. Binh et Philippe Pilard (dir.), Typiquement British, Le cinéma britannique, Paris, Centre Pompidou, 2000, p. 151-152.
9 Interview de Jean-François Giré, DVD Le Cavalier Noir, Rimini Éditions, 2016.
10 Robert Tanitch, Dirk Bogarde, The Complete Career illustrated, Londres, Ebury Press, 1988, p. 96 : « […] should have been a real villain driving around in an old Chevrolet, not a caricature of evil on a white horse ». Toutes les traductions françaises sont les miennes, sauf mention contraire.
11 « Baker, Roy Ward », in Brian McFarlane (dir.), The Encyclopedia of British Film, Londres, Methuen/BFI, 2003, p. 39 : « [The Singer Not the Song] est devenu depuis un classique du camp », (« [The Singer Not the song] has since become a camp classic »).
12 Des discussions en France entre 2006 et 2009 sur un forum en ligne montrent l’intérêt que ce film – alors peu visible – suscite : on évoque notamment un « western anglais assez surprenant par son côté “voilé homo” », Western Movies [http://forum.westernmovies.fr/viewtopic.php?t=3702], consulté le 18 mars 2020.
13 « À l’heure du pop », France Inter, 24 septembre 1993, Institut National de l’Audiovisuel. À José Arthur qui lui demande si le film est régulièrement projeté, Ward Baker lui répond qu’il ira le voir le lendemain, pour « la première fois depuis 40 ans ».
14 Extrait d’un entretien de Geoff Mayer avec Roy Ward Baker, septembre 2000, in Geoff Mayer, Roy Ward Baker, Manchester, Manchester University Press, 2005, p. 128 : « … the film that killed his career as a major British director ».
15 John Coldstream, Dirk Bogarde: The Autorised Biography, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2004, p. 254-255. À la lecture du livre, Ward Baker craignait que cela devienne « un peu gnangnan » (« pampy-namby »).
16 Ibid., p. 255 : « No Hollywood star would want to come and co-star in a British picture that had no possible chance of a release in the United States ».
17 Ibid. : « I will make life unbearable for everyone concerned ».
18 John Coldstream, « Letter to Brian MacFarlane, 29 October 1993 », in John Coldstream (dir.), Ever, Dirk, The Bogarde Letters, Londres, Phoenix, 2009, p. 545 : « When I knew it was to be Mills I got into a leather gear and camped it silly. In desperation ».
19 Cité par Margaret Hinxman et Susan D’Arcy, The Films of Dirk Bogarde, Londres, Literary Services and Production, 1974, p. 121 : « I played the bandit like Gloria Swanson’s Queen Kelly: it was a great joke ».
20 C’est le film The Blue Lamp (La Lampe bleue, réal. Basil Dearden, Grande-Bretagne, 1950) qui lui fera obtenir un contrat avec la « J. Arthur Rank Organisation ».
21 Cette avant-première a eu lieu le 5 janvier 1961.
22 Mylène Demongeot, Mes monstres sacrés, souvenirs et portraits, Paris, Flammarion, 2015, p. 120.
23 Rappelons qu’en 1959, Charlton Heston avait joué dans un autre film à sous-texte homosexuel : Ben-Hur de William Wyler. Le scénariste Gore Vidal expliquait qu’une scène avait été écrite pour que l’on comprenne la nature de la relation passée entre Messala et Ben-Hur : avant d’être ennemis, ils avaient été amants. Vidal précisait que ce sous-texte avait été caché à Charlton Heston. Rob Epstein, Jeffrey Friedman, The Celluloïd Closet, les homosexuels (re)vus par Hollywood, DVD, Gaumont Columbia Tristar Home Video, 2003.
24 « I want to know whether you are an exceptional man of whom your church is quite unworthy or whether it is your church which makes men like you. » Sauf indication contraire, les traductions françaises sont celles de la version française du DVD édité par Rimini Editions (2016).
25 Coldstream, op. cit., p. 256.
26 « Particulièrement d’un homme comme celui-ci ».
27 « Parce que tu vois, je l’aime également ».
28 Cette scène est présente dans le DVD sorti en 2010 chez Strawberry Media qui ne propose qu’une version originale non sous-titrée, mais est absente de l’édition plus récente de ce film en DVD (Rimini Editions, 2016) qui inclut la version française et la version originale sous-titrée en français. Précisons également que la version française consultée à l’Institut National de l’Audiovisuel (le film a été diffusé en novembre et décembre 2003 sur la chaîne « Festival ») ne comporte pas non plus ce passage.
29 « After all, you are not married, why not ? » Traduction de l'auteur.
30 « Like you… I too have a vocation. » Traduction de l'auteur.
31 « [...] entirely laughable and incompetent », Clancy Sigal, « The Winter of my discontent, With consolation to come », Time and Tide, 13 janvier 1961, p. 57.
32 Derek Monsey, « A Brigand and a Priest Clash in a Mexican Village, Bogarde and Mills fight a duel in the sun », Sunday Express, 8 janvier 1961, p. 17 : « Discussion about faith, sin, and holy virtue contains a sudden seed of intelligence and real interest. »
33 Nina Hibbin, « Dirk and Murk Don’t Mix », Daily Worker, 7 janvier 1961, p. 2 : « The story is a good one, skillfully told […] against a background that has something of the sweep and breath of the big, outdoor Westerns ».
34 Alexander Walker, Evening Standard, 5 janvier 1961 : « What matters more in The Singer Not the Song are the performances, not the picture. »
35 Hibbin, op. cit. : « With her beatnik hair-do and dig-that-crazy chawl, she looks more like a stray Pigalle chick ». Nina Hibbin indique que Mylène Demongeot est pourtant sa « sirène blonde préférée » (« favourite blonde siren »).
36 Walker, op. cit. : « [...] whose each scene is a victory over his costume designer. »
37 Hibbin, op. cit. : « [...] his sinister leather drainpipes and ominous brigand’s hat. »
38 Cité par Clancy Sigal, « The Winter of my discontent, With consolation to come », op. cit. : « it is those black-leather pants of Mr. Bogarde which are the real star of the film ».
39 Article non signé, « In Hollywood Style, The Singer, Not the Song », The Times, 6 janvier 1961, p. 13 : « when he appears tightly sheathed in black leather and carrying a white Persian kitten, for all the world like a latterday Queen Kelly ».
40 Pet John Dyer, « Singer not the song, Great Britain, 1960 », Monthly Film Bulletin, no 325, février 1961, p. 20 : « boyishly appealing ».
41 Sigal, Time and Tide, op. cit., p. 57 : « A Spiritual Relationship With Homosexual Undertones ».
42 Raymond Durgnat, « Saturnalia in Cans », Films and Filming, novembre 1961, p. 33, cité par Geoff Mayer, op. cit., p. 134 : « …lyrically homosexual without mentioning the dread word ».
43 Walker, op. cit. : « If you can discover what the film thinks this love between the two men really is, you will be much cleverer than I. It might be Christian love. It might be a very unholy kind of love ».
44 Dyer, op. cit., p. 21 : « A script which flirts […] with religion and two kinds of unholy love ».
45 Jean-Paul Torok, « Plus noir que vous ne pensez », Positif, no 45, mai 1962, p. 60.
46 Ibid., p. 62.
47 Bertrand Tavernier, « L’envers du paradis », Cahiers du cinéma, no 132, juin 1962, p. 48.
48 Ibid.
49 Office Catholique International du Cinéma.
50 Torok, op. cit., p. 60.
51 Télérama est édité sous ce titre depuis octobre 1960. Ce titre est une contraction de Télévision-Radio-Cinéma. La création date de l’après-guerre (1947) et le magazine était publié alors sous le nom de Radio-Loisirs.
52 Par exemple, dans le numéro de Télérama du 2 avril 1961, la représentation de Giotto, Saint François donnant son manteau à un pauvre, est choisie comme couverture.
53 Claude-Marie Trémois, « L’ange du mal », Télérama, no 632, 25 février 1962, p. 60.
54 Gill Plain, John Mills and British Cinema, Masculinity, Identity and Nation, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2006.
55 Professeur d’études sur le genre, Indiana University, Bloomington.
56 Plain, op. cit., p. 194 : « When one character forcibly imposes heterosexual desires onto an otherwise homoerotic framework. »
57 Ibid.
58 Ibid. : « … the bodies of Bogarde and Mills tell a story quite other to the ostensible conclusion of the narrative ».
59 « I can’t hear… if you say it… press my hand! ».
60 « The singer…the singer, not the song. »
61 Bertrand Tavernier, « L’envers du paradis », op. cit., p. 48.
62 Pour le critique de Positif, cela « laisse supposer que les censeurs ont compris, eux, la vraie leçon du Cavalier Noir », Jean-Paul Torok, op. cit., p. 62.
63 La puissance de la C.C.R.T était régulièrement dénoncée dans les revues laïques de cette période. Dans la revue Image et Son, Jacques Chevallier met en garde contre la nouvelle censure catholique : les exploitants des salles de cinéma peuvent supprimer des images ou toute une séquence dans les films qu’ils projettent afin d’« améliorer » la cote morale des films ainsi mutilés par leurs soins. Cela aura effectivement lieu comme l’indique un rectificatif qui modifie la cote d’une fiche du cinéma de 5 à 4 grâce ou à cause de cette censure. Jacques Chevallier, « Une censure de choc, la censure catholique », Image et Son, no 140-141, avril-mai 1961, p. 16-17.
64 Ainsi le film Voulez-vous danser avec moi ? (Boisrond, 1959) est coté 5 parce qu’il est « inadmissible de présenter l’homosexualité masculine sous couleur de divertissement sans aucun jugement de valeur sur le drame qu’elle représente », Claude Bremond, « Éthique du film et morale du censeur », Communications, no 9, 1967, p. 30.
65 « Le Cavalier noir », Les Fiches du cinéma, Analyse générale des films 1962, no 250, 15 août 1962, p. 147.
66 Binh, op. cit., p. 151.
67 Il est conservé à la British Film Library (The BFI Reuben Library, Londres) sous forme de microfilms.
68 « Block Screen ». Il est indiqué que les images illustrées sur la page « pouvaient être demandées sans supplément à un journal pour un usage éditorial ». Voir The Singer Not the Song’s Pressbook, BFI.
69 Block SNS-3, The Singer Not the Song’s Pressbook : « But not all is violence, Dirk takes Locha (Mylene Demongeot) in his arms and kisses her. »
70 « Mylène Demongeot – Glamourous contest ideas », The Singer Not the Song’s Pressbook.
71 « Sophistication », « Choices of Clothes », « Deportment », The Singer Not the Song’s Pressbook.
72 Il s’agit d’images de format 11 x 14 pouces.
73 « Le jeu glamour de Mylène Demongeot », The Singer Not the Song’s Pressbook.
74 « Who is this powerful new dramatic female star? »
75 Entrée de service (Ralph Thomas, 1959).
76 « A new type of role » est le titre d’une rubrique du dossier de presse.
77 Le feuilleton Le Cavalier noir est crédité comme « un film raconté » dans le sommaire.
78 « Le Cavalier noir », Télérama, no 612, 8 octobre 1961, p. 2.
79 Ibid.
80 « Le Cavalier noir », Télérama, no 613, 15 octobre 1961, p. 2.
81 Il faut signaler l’existence d’un autre roman-photo publié dans la revue familiale Collection Vie heureuse : si celui-ci respecte davantage la trame narrative du film, l’ensemble, noyé par les dialogues, efface les ambiguïtés. L’interprétation est également faussée : à la fin, deux plans sont insérés qui n’existent pas dans le film. On voit d’abord l’image de deux policiers qui « s’avancent vers les deux corps […] à jamais rapprochés par une fraternelle étreinte », puis une dernière vignette montre le visage de Locha de profil, la tête contre un mur. Le texte indique : « on n’entend que le bruit des sanglots de Locha… » « Le Cavalier noir », Collection Vie heureuse, nº 47, 28 septembre 1961, p. 28.
82 « Le Cavalier noir », Télérama, no 614, 22 octobre 1961, p. 2.
83 Propos rapportés par Robert Tanitch, op. cit., p. 105 : « Nowhere does the film suggest that homosexuality is a serious (but often curable) neurosis that attacks the biological basis of life itself. »
84 The Servant (Losey, 1963).
85 « À première vue », Télé-Ciné no 116, mai-juin 1964.
86 René Berthier, « Éditorial », Fiches du cinéma et Télécinéma, no 432, 1er février 1971, p. 2.
87 Collectif, « Les années 1970, Télérama fait sa révolution », Télérama 60 ans, nos années culture 1, Nicolas Delessale (dir.), Les Arènes, Paris, 2010, p. 194.
88 Pierre Murat, « Victor Victoria, Quand il se démasque, elle se masque », Télérama, no 1709, 13 octobre 1982, p. 34-35.
89 Jean-Luc Douin, « Des nymphettes à la femme travestie », Télérama, no 1709, 13 octobre 1982, p. 42.
Auteur
-
Xavier Bittar
Docteur en études cinématographiques et chargé d’enseignement à l’université Paris Nanterre ainsi qu’à l’université de Picardie Jules Verne. Auteur d’une thèse sur les revues de cinéma de l’immédiat après-guerre en France, il a écrit et communiqué à la fois sur le cinéma français (« Derrière les “modèles” amateurs de Robert Bresson : l’exemple de François Leterrier », Double jeu n° 15, PUC, 2019) et sur les relations du cinéma avec d’autres objets culturels : la bande dessinée Largo Winch et la médiatisation de son scénariste ; la musique par le biais d’un travail sur la représentation d’Antonio Vivaldi dans des films contemporains. Il s’intéresse également à la question de la réception.
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