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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Propriétés syntaxiques et fonctionnement sémantico-pragmatique des propositions parenthétiques 2. Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français 3. Équivalents roumains des parenthèses métaénonciatives étudiées Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    La phrase : carrefour linguistique et didactique

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français et leurs équivalents roumains

    Daciana Vlad

    p. 109-128

    Texte intégral Bibliographie Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Nous traiterons de la question des propositions parenthétiques, qui produisent une rupture syntaxique dans le fil discursif pour y insérer un commentaire sur le discours tenu.

    2Nous étudierons ici les parenthèses métaénonciatives, par lesquelles le locuteur commente sa propre énonciation en la représentant en train de se faire. Nous nous proposons de décrire leurs configurations syntaxiques et d’examiner leur fonctionnement discursif. Dans la mesure où ces parenthèses témoignent d’un dialogue interne que le discours d’un même locuteur établit avec un discours autre, nous tenterons également d’identifier les formes de dialogisme qui se manifestent au sein de ces constructions. Nous aborderons enfin la question des équivalents roumains des parenthèses étudiées, en cherchant à identifier les procédés mis en œuvre lors de leur transfert du français vers le roumain.

    3Dans ce qui suit, nous procéderons d’abord à la description des propriétés syntaxiques et sémantico-pragmatiques des propositions parenthétiques (section 1). La section 1.2. traitera en particulier de la visée pragmatique des constructions parenthétiques, qui nous permet de distinguer les parenthèses métaénonciatives des autres catégories de parenthèses. La section 2 sera consacrée à l’étude des parenthèses métaénonciatives et, enfin, dans la section 3, nous proposerons des équivalents roumains de ces parenthèses.

    1. Propriétés syntaxiques et fonctionnement sémantico-pragmatique des propositions parenthétiques

    1.1. Caractéristiques syntaxiques des constructions parenthétiques

    4Les parenthèses représentent des constructions syntaxiques plus ou moins figées, insérées en tant que discours second dans un discours-hôte, qu’elles interrompent pour le reformuler ou le commenter :

    (1) Je dirais simplement que ce n’est pas un livre comme les autres. Mais son originalité est, je pèse mes mots, absolue. (Semen, 31/2011, p. 200)

    5Une insertion parenthétique IP engendre dans le fil du discours une rupture syntaxique temporaire : une unité communicative X est interrompue le temps que le locuteur produise un commentaire sur son discours, pour en reprendre ensuite le fil principal par une unité X’. Cela pourrait être représenté par un schéma du type X [IP] X’. La discontinuité syntaxique due à l’ouverture d’une parenthèse peut créer chez le destinataire du discours un effet d’attente syntactico-sémantique, qui est satisfaite plus loin dans la chaîne, lorsqu’un élément qui vient saturer la séquence interrompue marque la fin de la parenthèse. On peut parler là, avec Richard & Le Bot (2008), d’une « saturation différée » de la séquence en question.

    6Les constructions parenthétiques sont autonomes syntaxiquement par rapport au discours principal. Parfois un lien anaphorique s’établit entre la parenthèse et le discours-hôte. C’est le cas des parenthèses qui apparaissent dans des structures comme X, ça s’appelle ; X, pour ainsi dire ; X, comme tu le dis ; X, je le dis en toute sincérité, X’ ; X, disons-le, X’, etc. L’antécédent de l’anaphore présente dans la parenthèse se trouvant dans le discours-hôte, celle-ci en dépend référentiellement.

    7La position prototypique des parenthèses est la position incise, médiane, comme dans l’exemple (1), ou finale, comme dans (2) :

    (2) si si j’dirais la même chose des commerces ici ici les gens les commerces les gens sont extrêmement euh communiquants si vous voulez1 (CFPP2000)

    1.2. Visée pragmatique des constructions parenthétiques

    8Un parcours des travaux dédiés à la question des parenthèses (Berrendonner, 2008, Blanche-Benveniste & Willems, 2007, Debaisieux & Martin, 2010, Recanati, 1984, Richard & Le Bot, 2008, Steuckardt, 2014, Delahaie, 2016, Rouanne, 2014, Schnedecker, 2016) permet de voir que les fonctions pragmatiques qu’on peut leur associer sont assez variées. Ainsi on peut distinguer :

    9(i) les parenthèses épistémiques, comme dans X, je crois / je pense / je suppose / j’imagine / je trouve / je t’assure / je parie / j’avoue (Il va pleuvoir, je crois), qui indiquent le degré de certitude du locuteur par rapport au contenu du discours X ;

    10(ii) les parenthèses à valeur évidentielle, par lesquelles le locuteur montre qu’il a eu accès au contenu de X de façon médiate, moyennant des indices situationnels ou des ouï-dire : X, on dirait / paraît-il / semble-t-il (Il va pleuvoir, on dirait) ;

    11(iii) les parenthèses métaénonciatives, qui introduisent un commentaire que le locuteur fait sur sa propre énonciation, qu’il représente en train de se faire, à travers un dialogue interne avec un autre discours, que ce soit celui d’un tiers, celui de l’interlocuteur ou encore son propre discours : X, comme on dit / comme tu dis ; X, ça s’appelle ; X, comment dire, X’ ; X, excusez le mot, X’ ; X, si je puis dire, X’ ; X, si tu veux ; X, j’allais dire, X’ ; X, je veux dire / tu veux dire ; X, je peux dire, X’ :

    (3) on avait vraiment ici des gens euh de tous les milieux si tu veux qui payaient bien leur loyer donc des gens pas du tout euh + pas du tout dans la misère (CFPP2000)

    12(iv) les parenthèses à verbe performatif, qui ajoutent un commentaire métaénonciatif qui explicite la valeur illocutoire du discours-hôte : X, je te jure / je te prie / je te promets (Je viendrai, je te jure) ;

    13(v) les parenthèses qui expriment une attitude affective à l’égard de ce dont on parle, du genre X, j’espère (Tu ne vas pas lui dire la vérité, j’espère).

    14Nous traiterons dans cette contribution des parenthèses à fonctionnement métaénonciatif en français et de leurs équivalents roumains.

    2. Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français

    2.1. Parenthèses métaénonciatives construites autour d’un verbe de parole

    15Les parenthèses sont construites autour d’un verbe fonctionnant comme verbe parenthétique. Dans le cas des parenthèses métaénonciatives, le plus souvent on a affaire au verbe dire, qui peut s’accompagner d’un auxiliaire modal comme vouloir ou pouvoir, dans des formules routinisées telles que X, tu veux dire ; X, si je puis dire, X’, etc. Des trois arguments possibles du verbe dire, qui, avec le verbe, composent une configuration syntaxique du type N1 dire N2 à N3, un seul est explicite dans les parenthèses métanonciatives, à savoir N1. N3 n’y est pas réalisé et N2 est présent dans le discours-hôte, à quelques exceptions près, où il est contenu dans la parenthèse (X, si on peut dire X ; X, si on peut le dire ainsi ; X, si on peut dire ça ; X, comment dire ça, X’ ; X, j’ose dire le mot, etc.).

    16À l’examen de la syntaxe de ces parenthèses, on peut voir qu’elles connaissent une grande variété de structures :

    • structures assertives : je veux dire, je peux dire, j’allais dire, on va dire, j’ose dire ;
    • structures interrogatives : comment dire ?, comment dirais-je ?, est-ce que je peux dire ? ;
    • structures injonctives : disons, excusez le mot, tranchons le mot ;
    • structures négatives : je ne dis pas, je ne dirais pas ;
    • comparatives métaénonciatives : comme on dit, comme dit N, comme tu dis ;
    • constructions hypothétiques : si on peut dire, si je peux dire, si j’ose dire ;

    17Au niveau pragmatique, ces parenthèses marquent divers types d’activités métaénonciatives ainsi que des degrés divers de prise en charge par le locuteur du discours-hôte :

    18– prise en charge montrée et assumée : X, je peux dire X’ ; X, je dis bien X ; X, j’ose dire :

    (4)alors c’était tout de même des gens un peu spéciales + et les femmes + de peintres + s- sont je peux dire merveilleux ++ les femmes tous les femmes de peintres c’était des femmes extraordinaires (CFPP2000)
    (5)qui nous vaut d’être la seule grande banque en Amérique du Nord – je dis bien la seule – à offrir un rendement des capitaux propres supérieur (http://www.bmo.com, 30 mai 2015)
    (6)qui visera à instaurer une culture plus « canadienne », j’ose dire, selon laquelle on se prête volontiers au bénévolat et on accomplit des choses. (www.linguee.fr, 30 mai 2015)

    19Dans ces parenthèses le verbe dire s’accompagne d’un verbe à valeur modale (pouvoir, oser) ou de l’adverbe renforçant bien, qui montrent que le locuteur assume un terme ou une formulation correspondant à son argument N2. Le degré de prise en charge de N2 est plus fort dans (6) par rapport à (5), tout comme dans (5) il est plus fort par rapport à (4).

    20– prise en charge d’une version désambiguïsée ou corrigée du discours antérieur : X, je veux dire :

    (7) spk3 spk4 : (1) mais c’est voilà (2) oui spk1 : enfin la façon normale la façon récente je veux dire spk3 : voilà (CFPP2000)

    21La parenthèse marque ici la prise en charge d’une autocorrection (la façon récente), que l’interlocuteur ratifie (voilà).

    22– prise en charge s’accompagnant d’une description de la manière de dire :

    (8) C’est… Je le dis en toute sincérité, du fond du cœur. (http://dictionnaire.reverso.net, 30 mai 2015)

    23– prise en charge annulant une auto-correction : X, non X, je dis bien X2 – recherche du consensus et prise en charge partagée : X, disons :

    (9) spk2 spk3 : (1) oui un peu plus la jeunesse + oui euh (2) oh une adolescence un peu tardive disons quand on avait vingt ans (CFPP2000)

    24– prise en charge réservée, dans des parenthèses hypothétiques qui, tout en mettant en question la légitimité du dire, atténuent une formulation trop hardie : si on peut dire, si je peux/puis dire, si j’ose dire :

    (10)spk2 : alors + est-ce que ma grand-mère est arrivée avant ma mère oui ma m- ma mère est arrivée avant oui
    spk1 : d’accord donc c’est un peu votre mère qui a choisi si je puis dire
    spk1 spk2 : (1) le l’arrondissement (2) oui voilà oui (CFPP2000)
    (11)fait de son mieux pour induire les Canadiens en erreur, si j’ose dire, ou essayer de les induire en erreur, en oubliant quelques-unes […] des questions essentielles que ce gouvernement a soulevées. (http://www.parl.gc.ca, 30 mai 2015)
    (12)où habitent mes parents y a effectivement un petit parc on va dire euh (mm) juste à côté ou pas très loin et c’est vrai qu’c’est là où j’allais quand j’allais quand j’étais petite ou quand j’allais avec mes copines après (mm) c’est là où on allait plus souvent quoi c’était notre + lieu d’rassemblement (mm) si on peut dire (mm) voilà (CFPP2000)

    25Dans (11), la séquence X’ qui suit la parenthèse est une reformulation adoucie de la séquence X.

    26Le déficit de prise en charge peut être dû également au fait que celle-ci est présentée comme à venir (on va dire, je vais dire), possible (je dirais, pourrais-je dire, pourrait-on dire) ou voulue (j’ai envie de dire) :

    (13)puis bon la population aussi c’est + + c’est pas c’est pas des petits jeunes c’est plus des + c’est plus costume cravate + euh un peu bourgeoise quoi on va dire (mm) (CFPP2000)
    (14)puis ma fille a fait sa médecine + donc elle a été en fac de médecine et mes deux fils ont fait des écoles d’ingénieur donc ils ont été + je dirais pris en charge par l’État + complètement (CFPP2000)
    (15)Jusqu’à ce jour, l’Europe a soutenu la politique des États membres mais dans un […] esprit d’assistance, en adoptant une politique – j’ai envie de dire – d’assistance au moyen de béquilles, mais pas dans […] un esprit de dynamisme économique. (http://www.europarl.europa.eu, 30 mai 2015)

    27– prise en charge suspendue, du fait que le locuteur hésite dans la recherche d’une formulation adéquate (X, comment dire, X’ ; X, comment dirais-je, X’), ou du fait qu’il met en question la légitimité du dire X’ (X, est-ce que je peux dire X’ ?) :

    (16) + dans le dans le comment dans l’immeuble en face + les gens heu comment dire comment vous expliquer le malaise que j’ai ressenti + je me suis sentie un petit peu diminuée (CFPP2000)

    28Dans (16) la parenthèse réalisée par la formule routinisée comment dire est doublée d’une autre (comment vous expliquer le malaise que j’ai ressenti), qui montre que le locuteur est à la recherche d’une formulation qui décrive le mieux son malaise. La deuxième parenthèse, construite sur le même type de matrice syntaxique (N1 Vparole N2 à N3), est plus explicite que la première, tous les arguments du verbe de parole y étant réalisés.

    29– non prise en charge, dans des parenthèses comme j’allais dire, qui correspond à un « non dire » réalisé de façon implicite, cette formule permettant au locuteur de renvoyer au passé son intention de dire X/X’ (cf. Authier-Revuz 2004) et de représenter ainsi son dire comme non réalisé dans le présent :

    (17) non j’ai l’impression qu’à Montreuil maintenant quand je suis parti même avant qu’ je parte y avait une large population j’allais dire de la bourgeoisie moyenne + c’qu’on appelle bobo entre guillemets des gens qui gagnent pas mal d’argent mais qui votent à gauche comme on dit (CFPP2000)

    30ou dans des parenthèses telles je ne dis pas X et sa variante adoucie je ne dirais pas X, qui expriment un « non dire » explicite, qui crée une attente de prise en charge qui sera satisfaite plus loin dans la chaîne. Cela correspond à une structure du type X, je ne dis/dirais pas X’, (mais) je dirais X’’, où la prise en charge du discours-hôte est « différée » (Steuckardt, 2014) :

    (18) Ne la laissons pas, je ne dirais pas aux bandes de l’UCK mais
    je dirais simplement à la tentation militariste […] (www.europarl.europa.eu, 30 mai 2015)

    31D’autres verbes de parole sont également possibles dans une parenthèse métaénonciative, tels que le verbe s’appeler, dans des parenthèses marquant la recherche (comment (que) ça s’appelle, ex. 19, 20) ou la réussite dans la recherche du mot juste (ça s’appelle, ex. 21) ou encore un aveu d’échec dans la recherche de la bonne formulation (je ne sais pas comment ça s’appelle, ex. 22) :

    (19)spk1 : et ils travaillaient dans dans quelle profession ?
    spk2 : maman elle travaillait dans elle était soudeuse + de : comment ça s’appelle ?
    spk3 : colliers ? (CFPP2000)
    (20)spk2 : si un souvenir me me me tente tu sais des fois un vieux moulin à la main là comment que ça s’appelle spk1 : un moulin à café oui (CFPP2000)
    (21)spk2 : tous les Italiens s’ retrouvaient là pour jouer aux boules pour jouer à aux cartes on les entendait tard le soir vous savez au café puis au truc italien là « A l’amour » hein ça s’appelle + et euh bon + on mangeait italien parce qu’y avait des produits italiens (CFPP2000)
    (22)oui puis là en c’moment ici c’qui agite beaucoup c’est la transformation d’la rue d’Rennes parc’qu’il est question il est fortement question de + de toucher à la rue d’Rennes et de + faire qu’ cette rue qui est vraiment + pas une rue sympathique bon ben c’est elle est pas antipathique mais j’veux dire qu’c’est une rue où on a pas d’plaisir à s’promener ils voudraient en faire + j’sais pas comment ça s’appelle un quartier civilisé (CFPP2000)

    32Il s’agit là de parenthèses qui font transparaître une difficulté que le locuteur rencontre dans la dénomination des objets de son discours, qu’il surmonte :

    1. par lui-même, après un moment d’hésitation (ex. 21 ; marqueurs d’hésitation : truc dans au truc italien ; hein, qui marque une demande de confirmation de la dénomination que le locuteur s’est finalement rappelée) ou même après un aveu d’échec (ex. 22), ou bien ;
    2. grâce à l’intervention de son interlocuteur qui, en tant que co-énonciateur, avance une dénomination, tout en formulant une demande de confirmation (colliers ?, ex. 19) ou en validant lui-même sa proposition (un moulin à café oui), comme dans (20), où on propose un terme spécifique (un moulin à café) à la place du terme plus général avancé par l’autre co-énonciateur (un vieux moulin à la main).

    2.2. Parenthèses métaénonciatives construites sur un noyau du type V+ N de parole

    33Il y a également des constructions parenthétiques ayant comme pivot un verbe qui s’associe à un nom de parole comme mot, terme, plus rare, ou encore euphémisme, dont le locuteur se sert pour représenter son propre discours. Par exemple, le verbe performatif excuser apparaît dans des parenthèses injonctives du type excusez le mot, qui atténuent une formulation trop brutale, anticipant et désamorçant de la sorte une réaction négative possible de l’interlocuteur, qui pourrait pénaliser l’emploi par le locuteur de tel ou tel mot ou propos :

    (23) Parler de guerre propre, de reconstruction alors que Bagdad est sous les bombes, négocier des contrats pour cette reconstruction et se partager, tels des charognards, – excusez le mot –, la dépouille d’un pays dont les habitants se battent encore […] ne peut pas être accepté (books.google.ro, 31 mai 2015)

    34D’autres parenthèses appartenant à la même catégorie, telles que je n’hésite pas à employer le mot/le terme, il n’y a pas d’autre mot, tranchons le mot, ce n’est pas un grand mot, montrent l’engagement ferme du locuteur à assumer ses mots, fussent-ils des mots forts. Ce sont des parenthèses qui s’opposent aux structures qui marquent l’imprécision dans la construction du discours, comme pourrais-je dire, comment dire, est-ce que je peux dire, etc. :

    (24)Pape François : la division des chrétiens est « un scandale, il n’y a pas d’autre mot » (http://www.famillechretienne.fr, 31 mai 2015)
    (25)C’est un homme sans délicatesse ; tranchons le mot, c’est un malhonnête homme. (http://fr.wiktionary.org, 31 mai 2015)
    (26)vous en avez de la chance les belges d echapper au permis a points !!! c est une belle arnaque de sarko !!! qui a aggrave cette ignominie je n hesite pas a employer ce mot !! (commentaire sur http://jssnews.com, 31 mai 2015)

    35Dans (26) la prise en charge du terme ignominie, par lequel on disqualifie les actions de Nicolas Sarkozy, se fait moyennant une négation illocutoire (je n’hésite pas).

    36Enfin, des parenthèses comme pour (n’) utiliser (qu’) un euphémisme, c’est un euphémisme, etc. montrent que le locuteur choisit une formulation atténuée à la place d’une formulation plus forte qui, lorsqu’elle est réalisée à gauche d’une parenthèse à position médiane, trouve sa reformulation adoucie dans le segment de droite (X’) (ex. 27) :

    (27)Il s’agit bel et bien d’une véritable lutte contre l’échec à l’université ou, pour utiliser un euphémisme à la mode, d’une véritable « pédagogie de la réussite ». (books.google.ro, 31 mai 2015)
    (28)distinction entre le type d’activité et le prix produisent souvent la qualité la plus démunie, pour n’utiliser qu’un euphémisme. (http://www.linguee.fr, 31 mai 2015)

    2.3. Parenthèses métaénonciatives construites autour du verbe vouloir

    37Le verbe vouloir est le seul parmi les verbes qui apparaissent dans les constructions parenthétiques analysées qui, du fait de son emploi en parenthèse, subit un processus de désémantisation, ayant un sens volitif assez faible. Il apparaît dans les parenthèses si tu veux, si vous voulez, par lesquelles le locuteur cherche à maintenir (29, 30) ou à refaire (31) le consensus co-énonciatif (cf. Authier-Revuz, 2004), qui peut se trouver mis en danger par l’emploi d’un terme que l’interlocuteur pourrait considérer comme inadéquat (29, 30) :

    (29)je prends le bus régulièrement et ça ça change l’appréhension d’Paris de de pas travailler parce que + on + + on c’est vrai qu’j’me sens plus encore parisienne qu’avant si tu veux de de + de de jongler avec tout ça et surtout de beaucoup plus marcher à pied (CFPP2000)
    (30)spk3 : et et vous avez eu l’impression d’changer d’monde ? spk.2 : ah oui c’est un monde complètement différent + alors c’qui est compliqué si vous voulez c’est que le monde que j’ai connu enfant dans le septième c’est-à-dire dans ce quartier de la rue Babylone boulevard des Invalides + rue Barbet de Jouy est extrêmement était extrêmement différent du monde actuel de ce quartier (CFPP2000)
    (31)spk2 spk3 : (1) non non pas du tout pas du tout pas du tout non non mais ici (2) pas du tout
    spk3 spk2 : (1) ou c’est les enfants des des habitants ? (2) non si vous voulez ici
    spk2 : y a y avait une vieille dame qui habitait là depuis très longtemps qui est morte à quatre-vingt à cent + trois (CFPP2000)

    38Du fait de la désémantisation du verbe vouloir, parfois on a l’impression que ces parenthèses sont presque vides de sens, ne représentant plus que des tics de langage, des marqueurs qui servent à ponctuer le discours :

    (32) spk1 : mais euh du coup vous pouvez pas travailler par exemple avec les lycées et spk2 : y en a pas + et puis les lycées si vous voulez maintenant les livres sont gratuits + euh nous dans l’quartier on a on a pas d’lycée déjà y a deux collèges la rue euh rue d’Alésia + mais ce ce y a pas d’lycée (CFPP2000)

    2.4. Les parenthèses métaénonciatives en tant que marqueurs dialogiques

    39À l’examen de tous ces exemples on voit que les parenthèses analysées, par lesquelles le locuteur insère des commentaires sur sa propre énonciation au sein même de cette énonciation, peuvent porter sur l’usage de la langue, auquel cas elles ont un caractère métalinguistique, sur le discours tenu, parenthèses qu’on peut qualifier de métadiscursives, ou encore sur l’acte de dire, parenthèses qui fonctionnent au niveau métacommunicatif.

    40Ainsi, une parenthèse métalinguistique permet au locuteur de représenter la façon dont il gère le lexique de la langue : elles peuvent indiquer qu’il est à la recherche d’un mot (comment ça s’appelle), qu’il s’interroge sur sa pertinence ou sa légitimité (X, si on peut dire), qu’il assume la responsabilité de ses choix lexicaux (X, je dis bien X ; X, j’ose dire X’) qu’il tente parfois d’adoucir, s’il pense qu’ils pourraient être perçus comme trop brutaux (X, excusez le mot). Ces parenthèses peuvent montrer aussi que le locuteur soumet à la ratification de son interlocuteur un terme qu’il propose (X, si tu veux) :

    (33) spk5 spk2 : (1) mm (2) euh j’veux dire : ça euh + j’veux dire que + avant euh je je lisais les manuscrits j’faisais les modifications et j’les faisais intégrer euh électroni- enfin : électroniquement spk2 spk5 : (1) si tu veux (2) oui oui d’accord (CFPP2000)

    41ou encore qu’il représente un terme comme non réalisé (X, j’allais dire X′ ; X, je ne dis pas X′).

    42Les parenthèses métadiscursives nous indiquent que, tout en construisant son discours, le locuteur interagit avec un autre discours, que ce soit son propre discours ou celui d’autrui (l’interlocuteur ou un tiers). Ainsi, il peut produire un commentaire métadiscursif pour désambiguïser (X, je veux dire) ou atténuer (X, si je peux dire), par exemple, son propre discours ou encore pour signaler qu’il reprend (X, comme tu dis / X, comme on dit) ou anticipe (X, tu veux dire) sur le discours d’autrui.

    43Enfin, les parenthèses métacommunicatives servent à représenter l’acte de dire, en explicitant l’acte illocutoire qui est accompli à travers ce dire (je pèse mes mots, ex. 1) ou en indiquant la manière de dire (je le dis en toute sincérité, ex. 8).

    44On voit donc, et nous l’avons d’ailleurs mentionné dès le début, que les parenthèses métaénociatives sont la marque d’un « dialogue » interne que le discours d’un même locuteur établit avec un autre discours, que celui-ci intègre dans le fil de son discours. Ces parenthèses fonctionnent donc comme des marqueurs dialogiques. Elles peuvent signaler l’intégration dans le fil discursif du discours de la doxa (X, comme on dit) ou de celui d’un locuteur spécifique : un tiers (X, comme dit T) ou l’interlocuteur (X, comme tu dis). Elles peuvent signaler également une reprise par le locuteur de son propre discours, produit à un moment antérieur (X, comme je vous ai dit), ou insérer des commentaires par lesquelles le locuteur représente son discours en train de se construire (X, pour ainsi dire).

    45À quelles formes de dialogisme a-t-on affaire dans le cas des constructions analysées ? Lorsque la parenthèse indique une interaction avec le discours d’un tiers, on parle de dialogisme interdiscursif :

    (34) c’est une occasion aussi d’connaître des gens + dans l’quartier de connaître un peu des gens euh justement parce que j’suis arrivée dans un quartier où j’connaissais personne et maintenant je j’commence à avoir + comme dit ma fille des copines dans l’quartier (CFPP2000)

    46Le dialogisme interlocutif caractérise les constructions parenthétiques qui témoignent d’une interaction avec le discours de l’interlocuteur, que ce soit un discours produit à un moment antérieur ou un discours potentiel, sur lequel le locuteur, en tant que co-énonciateur, anticipe, auquel cas on parlera de dialogisme interlocutif anticipatif (nous empruntons le terme à Bres et Nowakowska, 2008) :

    (35) spk1 : les gens par exemple les gens qu’ j’interroge commencent à m’ dire qu’ils n’ peuvent plus partir en vacances + + y en a d’ plus en plus qui m’ disent ça spk4 : à cause de l’argent tu veux dire (CFPP2000)

    47Très souvent les parenthèses métaénonciatives relèvent du dialogisme intralocutif (terme emprunté à Bres, 2005). C’est le cas des parenthèses par lesquelles le locuteur se rapporte à son propre discours, pour indiquer le degré de prise en charge de ses propos, pour les désambiguïser ou les corriger ou encore les atténuer.

    3. Équivalents roumains des parenthèses métaénonciatives étudiées

    48En roumain on retrouve la plupart de ces parenthèses métaénonciatives. Nous avons identifié plusieurs types d’équivalences. Il y a nombre de parenthèses en français qui ont un équivalent direct en roumain, d’autres dont le transfert en roumain s’effectue moyennant une transposition ou une modulation et enfin des parenthèses qui se trouvent dans un rapport d’équivalence globale avec leur correspondant roumain.

    3.1. Parenthèses à équivalent direct en roumain

    49Nous présenterons d’abord quelques exemples de parenthèses qui subissent un transfert direct lors du passage du français au roumain :

    50– fr. comme tu dis – roum. cum zici tu

    51C’est un cas de traduction directe avec permutation au niveau du groupe S-V, en roumain l’ordre le plus naturel de ces constituants dans ce contexte étant l’ordre V-S :

    (36) Dacă te-ai născut, cum zici tu, cu talent, du-te drept la el şi nu asculta sfatul care te abate de la matcă. (http://www.citate-celebre-cogito.ro, 3 février 2016)
    Si tu es né, comme tu dis, avec un tel talent, va droit vers lui et n’écoute pas le conseil qui t’écarte de la bonne voie.

    52– fr. je le dis en toute sincérité – roum. o spun cu toată sinceritatea :

    (37) O spun cu toată sinceritatea, sunteţi cel mai bun premier din câţi a avut până acum Republica Moldova. (commentaire sur Facebook, 3 février 2016)
    Je le dis en toute sincérité, vous êtes le meilleur Premier ministre de tous les Premiers ministres que la République de Moldavie ait eus jusqu’à présent.

    53– fr. si tu veux/si vous voulez – roum. dacă vrei/vreţi (le sujet n’étant pas obligatoire en roumain, il n’est pas réalisé dans la parenthèse) :

    (38) Dascăl de NOTA 10 : „ Este forma mea de manifest, de luptă, dacă vreţi, cu sistemul” (http://www.gandul.info, 10 juillet 2016) Un enseignant BRILLANT : « C’est ma façon de manifester, de lutter, si vous voulez, contre le système ».

    54– fr. je dirais – roum. aş zice (eu) (dans l’équivalent roumain le sujet peut être réalisé pour des raisons d’emphase) :

    (39)„ Tensiune de aviator, aş zice eu.” (https://www.wattpad.com, 3 février 2016)
    Une tension d’aviateur, je dirais.

    3.2. Transfert par transposition

    55Dans le cas d’autres parenthèses, au moins un des constituants subit un transfert indirect, par transposition (changement de nature grammaticale) ou par modulation (glissement sémantique) (cf. Ballard, 1993). Voici d’abord quelques cas de transposition que nous avons recensés :

    56a) fr. infinitif → roum. conjonctif (l’équivalent roumain du subjonctif français)

    57– fr. je veux dire – roum. vreau să spun (soutenu)/vreau să zic (fam.) :

    (40) Toţi avem o datorie3. La bancă, vreau să zic (http://www.catavencii.ro, 3 février 2016)
    On a tous un/e devoir/dette. À la banque, je veux dire.

    58– fr. comment dire – roum. cum să spun/cum să zic :

    (41) Domnule Iohannis, vreţi vă rog frumos să ne… cum să zic, conduceţi ? (Blog, Google, 3 février 2016)
    Monsieur Iohannis, voulez-vous je vous prie nous… comment dire, gouverner ?

    59– fr. j’allais dire – roum. era să spun / era să zic

    60Dans ce cas un dire imminent mais non réalisé dans le présent est exprimé moyennant un futur proche du passé en français, ayant pour équivalent roumain une structure verbale qui comprend l’imparfait du verbe a fi ‘être’ (era), qui fonctionne comme auxiliaire aspectuel, et le verbe a spune / a zice ‘dire’ au conjonctif (să spun / să zic) :

    (42) tot asta cu osama, era să zic„ obama” (http://www.9am.ro/comentarii/articol/187031, 3 février 2016)
    la même histoire d’osama, j’allais dire « obama »

    61– fr. si j’ose dire – roum. dacă pot să spun aşa

    62La parenthèse roumaine est plus explicite, vu que le complément du verbe să spun est réalisé : să spun aşa ‘dire ainsi’. On remarque aussi qu’une modulation a lieu au niveau du verbe oser, qui a pour équivalent roumain le verbe modal pot ‘peux’ :

    (43) Salutare tuturor ! Am ceva ce„ mă frământă” dacă pot să spun aşa. (http://www.tpu.ro/adolescenti, 3 février 2016)
    Salut tout le monde ! Il y a quelque chose qui « me travaille », si j’ose dire.

    63– fr. pour utiliser un euphémisme – roum. ca să folosesc un eufemism

    (44) Ele [aceste cărți] răspund unui interes legitim nu numai faţă de un segment multă vreme practic interzis al literaturii noastre, […] ci şi faţă de o parte importantă a literaturii române care s-a scris în condiţii diferite, ca să folosesc un eufemism, faţă de acelea în care, de bine-de rău, s-a putut scrie în ţară… (http://www.romlit.ro, 10 juillet 2016)
    Ils [ces livres] répondent à un intérêt légitime non seulement pour un segment de notre littérature longtemps pratiquement interdit, […] mais aussi pour une partie importante de la littérature roumaine qui a été écrite dans des conditions différentes, pour utiliser un euphémisme, par rapport à celles dans lesquelles, tant bien que mal, on a pu écrire en Roumanie…

    64b) fr. construction personnelle → roum. construction impersonnelle

    65– fr. si on peut dire – roum. dacă se poate spune aşa

    66La construction impersonnelle est concurrencée par la variante personnelle dacă putem spune aşa, moins soutenue, où le verbe a putea ‘pouvoir’ prend la forme de la 1re personne du pluriel :

    (45)Subiecte științifico-fantastice, cât mai fantastice, dacă se poate spune așa, au fost puse pe peliculă (Ziua Independenței, The Matrix). (https://ro.wikipedia.org, 10 juillet 2016)
    Des sujets science-fiction, les plus fictionnels possible, si on peut dire, ont été portés à l’écran (Le Jour de l’Indépendance, The Matrix).
    (46)Extrem de inexact, dacă putem spune așa (http://www.9am.ro, 13 juillet 2016)
    C’est extrêmement inexact, si on peut dire

    67c) changement de la structure actancielle de la parenthèse source

    68– fr. ça s’appelle – roum. (așa) îi zice

    69Le sujet ça a pour équivalent un COI : îi ‘lui’. La manière est le plus souvent explicitement exprimée dans les parenthèses roumaines au moyen de l’adverbe așa ‘comme ça’ :

    (47) După cum blogărul nu are timp de reflecție, nici cititorul său nu mai are timp să vadă ce mai scrie și alt împătimit de virtual. Ce să-i faci, free market, așa îi zice… (http://www.gandul.info, 13 juillet 2016)
    Tout comme le blogueur n’a pas le temps de réfléchir, son lecteur n’a plus le temps de voir ce qu’écrivent d’autres accros à l’espace virtuel. On n’y peut rien, free market, ça s’appelle…

    70En roumain ces parenthèses connaissent aussi des variantes modalisées relevant de la modalité épistémique : parcă așa îi zice ‘c’est comme ça que ça s’appelle, me semble-t-il’, cred că așa îi zice ‘je crois que c’est comme ça que ça s’appelle’, exprimée par l’adverbe parcă ou par le verbe cred, qui régit la parenthèse :

    (48)Am parcat mașina jos, aproape de magazin și am luat-o amândoi la pas pe lângă Institutul de economie mondială, parcă așa îi zice. (http://www.cancan.ro, 13 juillet 2016)
    Nous avons garé la voiture en bas, près du magasin, et nous avons commencé à marcher devant l’Institut d’économie mondiale, c’est comme ça que ça s’appelle, me semble-t-il.
    (49)În grădină există spații amenajate cu băncuțe unde te poți odihni, la Turnul cu apă (cred ca așa îi zice) se găsesc stropitori cu apă potabilă, toalete curate, automate cu suc și cafea. (http://www.ddumi.ro, 13 juillet 2016)
    Dans le jardin il y a des espaces avec des bancs où on peut se reposer, au Château d’eau (je crois que c’est comme ça que ça s’appelle) il y a des fontaines à eau potable, des toilettes propres, des distributeurs de boissons.

    71Nous avons identifié aussi des parenthèses introduites par un că causal, că așa îi zice ‘car c’est comme ça que ça s’appelle’, qui marquent une opération de justification énonciative, indiquant que l’emploi par le locuteur d’un certain terme est légitimé par le fait que le rapport entre la dénomination en question et le référent qu’elle désigne est déjà un fait acquis :

    (50) După minim un an de stagiatură (că așa îi zice) se organizează examen de vânător de către asociația respectivă. (http://www.vinatorul.ro, 13 juillet 2016)
    Après une année de stage (car c’est comme ça que ça s’appelle), l’association en question organise un examen de chasse.

    3.3. Transfert par modulation

    72Les exemples de modulation que nous avons identifiés sont beaucoup moins nombreux :

    73– fr. excusez le mot – roum. scuzaţi exprimarea

    74Ici l’équivalent du constituant le mot est le nom exprimarea, par lequel le locuteur désigne sa façon de s’exprimer dont il s’excuse. L’équivalent roumain, un infinitif long4 (avec article défini : exprimarea), désigne l’action de parler, le dire, tandis que l’unité source, le mot, désigne son résultat, le dit :

    (51) Tinerii din stradă cer altora ireproşabilitatea (scuzaţi exprimarea) morală şi profesională pe care nu şi-o cer de la ei înşişi. (commentaire sur http://www.anacronic.ro, 3 février 2016)
    Les jeunes qui manifestent dans la rue exigent des autres l’irréprochabilité (excusez le mot) morale et professionnelle qu’ils n’exigent pas d’eux-mêmes.

    75– fr. je pèse mes mots – roum. şi-mi măsor cuvintele

    76On a affaire dans ce cas à un léger glissement sémantique au niveau du transfert du verbe : pèse → măsor. Ce changement de nature sémantique s’accompagne d’un changement de nature grammaticale qui affecte l’expression de la possession : l’adjectif possessif mes a pour correspondant en roumain le pronom personnel en datif -mi (îmi) :

    (52) Mărturisesc - şi-mi măsor cuvintele - că în puţine cărţi am respirat, insinuată cu atîta forţă artistică de persuasiune, ideea că dragostea poate răscoli seismic o fiinţă pînă la pulverizare. (http://www.pruteanu.ro/CroniciLiterare, 12 juillet 2016)
    J’avoue – et je pèse mes mots – qu’il y a peu de livres où j’ai pu respirer l’idée, insinuée avec tant de force artistique de persuasion, que, tel un tremblement de terre, l’amour peut secouer l’être humain jusqu’à son atomisation.

    3.4. Équivalence globale

    77En revanche, nous avons identifié plusieurs cas d’équivalence globale :

    78– fr. je n’hésite pas à employer le mot – roum. nu ezit s-o (să-l) numesc ‘je n’hésite pas à la (le) nommer’ / nu ezit s-o spun ‘je n’hésite pas à le dire’

    79L’équivalence globale s’établit ici au niveau du complément du verbe hésiter, noyau du syntagme, qui subit un transfert direct :

    (53)Profesia noastră ne permite, […] nu numai să receptăm corect fenomenele economice şi sociale, ci să şi oferim expertiza necesară pentru contracararea unora dintre efectele crizei, ale acestei crize – pe care nu ezit s-o numesc - nenorocită, o criză care pare fără sfârşit. (http://www.curierulnational.ro, 17 juillet 2016)
    Notre profession nous permet, […] non seulement de saisir de manière correcte les phénomènes économiques et sociaux, mais aussi de fournir l’expertise nécessaire pour contrecarrer quelques-uns des effets de la crise, de cette crise – je n’hésite pas à employer le mot - maudite, une crise qui semble ne jamais prendre fin.
    (54)Cum să construieşti state distincte din punct de vedere politic, bunăoară, în spaţiul ca o blană de leopard al Bosniei (unde musulmanii se consideră - potrivit unei percepţii autostigmatizante care reprezintă, nu ezit s-o spun, o piesă rară a imagologiei - deopotrivă ca„ evrei” şi„ palestinieni” ai Balcanilor) ? (http://www.contrafort.md, 17 juillet 2016)
    Comment construire des états distincts du point de vue politique, par exemple, dans l’espace tel une fourrure de léopard de la Bosnie (où les musulmans se considèrent – conformément à une perception autostigmatisante qui représente, je n’hésite pas à le dire, une pièce rare de l’imagologie – à la fois les « juifs » et les « Palestiniens » des Balkans) ?

    80– fr. il n’y a pas d’autre mot – roum. nu-i pot spune altfel/că altfel nu-i pot spune ‘ (car) je ne peux pas l’appeler autrement’

    81Dans (55) la parenthèse introduite par că apporte une justification énonciative à l’appui de l’emploi du mot, assez fort, bădărani ‘brutes’ :

    (55) În Cologne au fost cei mai mulți bădărani, că altfel nu le pot spune, în gașcă de aproximativ 1000. (https://gandestecurat.wordpress.com, 3 février 2016)
    À Cologne la plupart des gens étaient des brutes, il n’y a pas d’autre mot, dans des bandes de 1000 personnes environ.

    82– fr. tranchons le mot – roum. să spunem lucrurilor pe nume ‘appelons les choses par leur nom’

    (56) Greu să uit aroganța și - să spunem lucrurilor pe nume - mitocănia unei Maria Banuș, poetă oficială, suficientă și superioară, intrată pe atunci și în manualul școlar. (https://books.google.ro, 13 juillet 2016)
    Difficile à oublier l’arrogance et - tranchons le mot - la grossièreté d’une Maria Banuș, poétesse officielle, suffisante et supérieure, qui était même entrée dans les manuels scolaires à l’époque.

    83– fr. c(e)’ (n) est pas un grand mot – roum. şi nu spun vorbe mari’ (le syntagme nominal de l’unité source, ayant pour noyau un nom de parole au singulier, se retrouve au pluriel dans l’unité cible)

    (57) Îmi voi aminti mereu de OMUL Ion Cojar. De cavalerismul, acel cavalerism rafinat, elegant, cu care ştia să dea valoare femeii, acea frumuseţe de suflet cu care ştia să încânte, să dea linişte şi siguranţă. Era, iată, vorbesc la trecut, un monument, şi nu spun vorbe mari. (http://www.agero-stuttgart.de)
    Je me souviendrai toujours de l’HOMME Ion Cojar. De sa conduite chevaleresque, raffinée et élégante, avec laquelle il savait mettre en valeur la femme, cette noblesse de l’âme avec laquelle il savait charmer, apaiser, rassurer. C’était, me voilà parler de lui au passé, un monument, et ce n’est pas un grand mot.

    Conclusion

    84Dans notre étude nous avons décrit les configurations syntaxiques des parenthèses métaénonciatives, d’une grande variété, et nous avons examiné leur fonctionnement discursif. La prise en compte de leur portée nous a permis d’identifier trois catégories de parenthèses : métalinguistiques, métadiscursives et métacommunicatives, portant respectivement sur la langue utilisée, le discours tenu et l’acte de dire. Nous avons également mis en évidence leur caractère dialogique, tout en identifiant les différentes catégories de dialogisme à l’œuvre dans ces constructions : interdiscursif, interlocutif, interlocutif anticipatif et intralocutif.

    85La question des équivalents roumains des parenthèses métaénonciatives étudiées nous ayant également intéressée, nous avons identifié des parenthèses à équivalent direct en roumain, ainsi que des cas d’équivalence globale. Un troisième cas de figure est celui des parenthèses qui, tout en étant transférables terme à terme, subissent une transposition ou une modulation au niveau d’un de leurs constituants.

    Bibliographie

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    Format

    Lingvisticæ Investigationes Supplementa. John Benjamins Publishing Company. https://doi.org/10.1075/lis
    SCHNEDECKER, C. (2016). Si tu veux/si vous voulez: caractéristiques syntaxiques et fonctions sémantico-pragmatiques des marqueurs discursifs propositionnels en si. Journal of French Language Studies, 26(1), 45-66. https://doi.org/10.1017/s0959269515000502
    “Lingvisticæ Investigationes Supplementa”. []. John Benjamins Publishing Company. doi:10.1075/lis.
    SCHNEDECKER, CATHERINE. “Si Tu Veux Si Vous Voulez: Caractéristiques Syntaxiques Et Fonctions sémantico-Pragmatiques Des Marqueurs Discursifs Propositionnels En Si”. Journal of French Language Studies 26, no. 1 (January 26, 2016): 45-66. doi:10.1017/s0959269515000502.
    Lingvisticæ Investigationes Supplementa. [], John Benjamins Publishing Company. Crossref, https://doi.org/10.1075/lis.
    SCHNEDECKER, CATHERINE. “Si Tu Veux Si Vous Voulez: Caractéristiques Syntaxiques Et Fonctions sémantico-Pragmatiques Des Marqueurs Discursifs Propositionnels En Si”. Journal of French Language Studies, vols. 26, no. 1, Jan. 2016, pp. 45-66. Crossref, https://doi.org/10.1017/s0959269515000502.

    Cette bibliographie a été enrichie de toutes les références bibliographiques automatiquement générées par Bilbo en utilisant Crossref.

    Bibliographie

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    10.1017/S0959269515000502 :

    SCHNEDECKER Catherine, 2016, « Si tu veux / si vous voulez : caractéristiques syntaxiques et fonctions sémantico-pragmatiques des marqueurs discursifs propositionnels en si », Journal of French Language Studies 26/1, p. 45-66.

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    Notes de bas de page

    1 Une bonne partie de nos exemples est tirée du corpus de S. Branca-Rosoff, S. Fleury, F. Lefeuvre, M. Pires, Discours sur la ville. Corpus de français parlé parisien des années 2000 (CFPP2000), http://cfpp2000.univ-paris3.fr/. Conventions de transcription : +, ++ pauses ; /// interruption assez longue ; X syllabe incompréhensible ; : allongements remarquables. Notre corpus comprend également des exemples trouvés sur divers sites Internet.

    2 C’est le schéma d’un fragment de discours oral que nous avons entendu récemment dans une communication présentée à un colloque et que nous n’avons malheureusement pas réussi à noter.

    3 On joue ici sur la polysémie du mot datorie : dans la première phrase, c’est le sens ‘devoir’ qui est actualisé, tandis que la deuxième phrase enchaîne sur le sens ‘dette’.

    4 En roumain l’infinitif a la particularité de connaître deux formes : l’infinitif court et l’infinitif long, construit à partir du premier par l’ajout du suffixe -re (a exprima vs exprimare). En roumain actuel les infinitifs courts ont une valeur verbale, tandis que les infinitifs longs ont généralement une valeur nominale.

    Auteur

    • Daciana Vlad

      Université d’Oradea, Roumanie

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    Perspectives linguistiques et didactiques

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    Eugénia Arjoca-Ieremia, Cécile Avezard-Roger, Jan Goes et al. (dir.)

    2011

    L’Intégration linguistique des migrants

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    Jean-Marc Mangiante (dir.)

    2011

    Le Français sur objectif universitaire

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    Entre apports théoriques et pratiques de terrain

    Widiane Bordo, Jan Goes et Jean-Marc Mangiante (dir.)

    2016

    Le langage manipulateur

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    Pourquoi et comment argumenter ?

    Jan Goes, Jean-Marc Mangiante, Françoise Olmo et al. (dir.)

    2014

    L’Intraduisible : les méandres de la traduction

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    Sabrina Baldo de Brébisson et Stéphanie Genty (dir.)

    2019

    La phrase : carrefour linguistique et didactique

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    Cécile Avezard-Roger, Céline Corteel, Jan Goes et al. (dir.)

    2019

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    Blandine Pennec

    2021

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    1 Une bonne partie de nos exemples est tirée du corpus de S. Branca-Rosoff, S. Fleury, F. Lefeuvre, M. Pires, Discours sur la ville. Corpus de français parlé parisien des années 2000 (CFPP2000), http://cfpp2000.univ-paris3.fr/. Conventions de transcription : +, ++ pauses ; /// interruption assez longue ; X syllabe incompréhensible ; : allongements remarquables. Notre corpus comprend également des exemples trouvés sur divers sites Internet.

    2 C’est le schéma d’un fragment de discours oral que nous avons entendu récemment dans une communication présentée à un colloque et que nous n’avons malheureusement pas réussi à noter.

    3 On joue ici sur la polysémie du mot datorie : dans la première phrase, c’est le sens ‘devoir’ qui est actualisé, tandis que la deuxième phrase enchaîne sur le sens ‘dette’.

    4 En roumain l’infinitif a la particularité de connaître deux formes : l’infinitif court et l’infinitif long, construit à partir du premier par l’ajout du suffixe -re (a exprima vs exprimare). En roumain actuel les infinitifs courts ont une valeur verbale, tandis que les infinitifs longs ont généralement une valeur nominale.

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    Vlad, D. (2019). Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français et leurs équivalents roumains. In C. Avezard-Roger, C. Corteel, J. Goes, & B. Lavieu-Gwozdz (éds.), La phrase : carrefour linguistique et didactique. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.19863
    Vlad, Daciana. « Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français et leurs équivalents roumains ». In La phrase : carrefour linguistique et didactique, édité par Cécile Avezard-Roger, Céline Corteel, Jan Goes, et Belinda Lavieu-Gwozdz. Arras: Artois Presses Université, 2019. doi:10.4000/books.apu.19863.
    Vlad, Daciana. « Propositions parenthétiques à fonctionnement métaénonciatif en français et leurs équivalents roumains ». La phrase : carrefour linguistique et didactique, édité par Cécile Avezard-Roger et al., Artois Presses Université, 2019, https://doi.org/10.4000/books.apu.19863.

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    Avezard-Roger, C., Corteel, C., Goes, J., & Lavieu-Gwozdz, B. (éds.). (2019). La phrase : carrefour linguistique et didactique. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.19773
    Avezard-Roger, Cécile, Céline Corteel, Jan Goes, et Belinda Lavieu-Gwozdz, éd. La phrase : carrefour linguistique et didactique. Arras: Artois Presses Université, 2019. doi:10.4000/books.apu.19773.
    Avezard-Roger, Cécile, et al., éditeurs. La phrase : carrefour linguistique et didactique. Artois Presses Université, 2019, https://doi.org/10.4000/books.apu.19773.
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