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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction1. Le concept d’intraduisibilité2. Le processus à l’œuvre pour gérer des cas complexes3. La modélisation du processus de traductionConclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    L’Intraduisible : les méandres de la traduction

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La gestion de l’intraduisible : le processus de décision

    Mathilde Fontanet

    p. 73-95

    Entrées d’index

    Mots-clés : Ajout compensateur, contraintes complexes, équation de la traduction, intraduit, onomasiologie, priorités, processus, recherche de type associatif, sémasiologie

    Texte intégral Introduction1. Le concept d’intraduisibilité2. Le processus à l’œuvre pour gérer des cas complexes2.1. Complexité liée à un jeu pseudo-étymologique2.2. Complexité liée à des contraintes alphabétiques2.3. Complexité liée à un jeu de mots implicite2.4. Recherche d’un titre2.5. Complexité extrême3. La modélisation du processus de traductionPhase de sémasiologiePhase d’onomasiologieConclusion Bibliographie BibliographieRéférencesSources Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Si l’intraduisibilité n’arrête que très rarement un traducteur1, c’est qu’un texte n’est le plus souvent que partiellement intraduisible. L’intraduisibilité est la propriété d’un mot, d’un passage ou d’un texte qu’il n’est pas possible de traduire sans opérer un sacrifice et un remaniement notable.

    2Le plus souvent, le traducteur se heurte au sentiment d’intraduisible lorsqu’il est amené à gérer une double contrainte formelle ou sémantique compromettant la restitution du texte du fait d’un manque d’homogénéité ou de symétrie entre les langues ou les cultures concernées. Confronté à un syntagme ou un passage ressenti comme intraduisible, il doit passer par un processus conscient de résolution de problème et structurer sa recherche d’une solution. En nous fondant sur des exemples concrets de traductions d’œuvres littéraires ou d’articles de journaux et sur l’auto-observation, nous nous proposons de décrire son cheminement et de le modéliser.

    3Dans la première partie du présent article, nous circonscrirons le concept d’intraduisibilité. La deuxième partie sera consacrée à une présentation du processus à l’œuvre dans divers cas de figure complexes. La troisième partie, qui prendra la forme d’un bilan, présentera le modèle annoncé dans le titre.

    1. Le concept d’intraduisibilité

    4Tel que nous le définissons, l’intraduisible est la part de l’original – trait sémantique, aspect formel ou effet potentiel – que le traducteur ne parvient pas à restituer dans la langue cible. Dans ce sens, l’intraduisible se manifeste dans tout processus de traduction, mais le plus souvent à une échelle si infime que le traducteur n’y prend pas garde. Pour qu’il ait le sentiment de se trouver en situation d’intraduisibilité, il faut qu’il ait cherché, sans y parvenir, à restituer2 dans le texte cible un élément qu’il juge important dans l’original. Cela implique qu’il doit pouvoir décrire et caractériser cet élément ou, du moins, en avoir une perception précise. Nous ne nous intéressons ici qu’à l’intraduisibilité interne, propre au texte à traduire ou au contexte de sa réception, et excluons de notre réflexion les situations où l’intraduisible est le fait d’un interdit politique, social ou religieux.

    5Pour commencer par le plus évident, la relation entre la traduction et l’original peut être décrite à l’aide de l’équation présentée à la figure n° 1.

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    Figure n° 1. L’équation de la traduction.

    6Notre équation de la traduction fait intervenir les termes suivants : T = le texte sous sa forme traduite ; O = l’original ; I = l’intraduit ; A = les ajouts. L’équation reflète une réalité subjective, dans la mesure où l’original est l’œuvre que perçoit le traducteur3. Toutefois, il doit être en mesure de la décrire et de la caractériser. Tout lecteur ou critique devrait, par son propre jugement, pouvoir valider la perception du traducteur.

    7Chacun des termes de l’équation peut être considéré en soi comme un agrégat décomposable en plusieurs facteurs.

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    Figure n° 2. Les éléments de l’équation de la traduction

    8Comme l’indique la figure n° 2, l’original (O), tout comme la traduction (T) et les ajouts (A), comprend un contenu sémantique (conçu et symbolisé ici sous forme synthétique et donc unique) et des effets formels (représentés ici de manière intégrée). Bien entendu, un texte ne comprend pas une seule forme ni un seul élément de sens. Pour rendre compte de sa complexité formelle et sémantique, ces équations mériteraient d’être développées, en décomposant « le sens » et « la forme » en leurs divers facteurs. La figure n° 3 fait apparaître les éléments sémantiques et formels de manière analytique, par énumération de leurs divers constituants :

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    Figure n° 3. Représentation développée des traits sémantiques et formels de la traduction, de l’original et des ajouts.

    9Selon les cas (par exemple dans la plupart des poèmes), un trait sémantique peut difficilement être dissocié du trait formel qui s’y associe dans l’original. Cette adhérence nécessaire est prise en compte à la figure n° 4 :

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    Figure n° 4. Représentation du cas où des traits sémantiques et formels sont liés.

    10Lorsqu’il s’agit de traduire un texte dans lequel forme et fond doivent nécessairement rester solidaires, la situation est plus complexe, car il faut établir dans la langue cible des liens auxquels celle-ci ne se prête pas forcément. Dans certains cas, notamment celui de la métaphore filée, des contraintes supplémentaires peuvent intervenir dans la mesure où des aspects formels liés à des éléments sémantiques distincts doivent entrer en résonance. Pour en rendre compte, il faudrait ajouter à la figure n° 4 l’indication que les traits formels 2 et 3 font écho au trait 1, par exemple en les symbolisant respectivement par les indices’ (prime) et’’ (double prime), comme à la figure n° 5.

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    Figure n° 5. Représentation d’un cas où trois éléments sémantiques distincts sont liés du point de vue formel.

    11Pour ce qui est de l’évaluation des traductions, plus le critique est sensible aux subtilités des langues source et cible, plus il est susceptible de déceler des nuances dans les deux textes, ce qui peut l’amener à relever entre eux des différences (ne serait-ce que par appauvrissement ou enrichissement connotatif). De même, plus sa culture et son agilité associative sont riches, mieux il saura mesurer les écarts que présentent les textes du point de vue de leurs champs d’interprétations potentielles respectifs (par exemple sur le plan des liens intertextuels ou celui des échos internes dans le texte lui-même).

    12De plus, il n’est pas exclu que, pour un même texte, un traducteur, un réviseur et un critique n’aient pas la même perception des termes de l’équation. Ainsi, il peut arriver que le traducteur ait le sentiment que sa traduction (T) reproduit presque parfaitement l’original (O), et que la part d’intraduit (I) y est donc négligeable, alors qu’un réviseur, constatant qu’une part n’a pas été comprise, estimera que la part d’intraduit (I) est considérable.

    13L’intraduit (I), comme indiqué à la figure n° 6, peut avoir diverses causes, telle que l’étourderie du traducteur, sa mauvaise compréhension d’un mot du texte original, son insensibilité à la connotation d’un mot en langue cible ou son ignorance d’une référence culturelle. L’intraduisible est l’un des facteurs expliquant l’intraduit, mais il a pour particularité de ne pas échapper au traducteur : celui-ci capte bien ce qu’il faudrait transmettre, cherche à le restituer, mais n’en trouve pas le moyen.

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    Figure n° 6. La place de l’intraduisible parmi les divers facteurs de l’intraduit.

    14Ce qui ne se retrouve pas dans le texte cible – à savoir la matière et la forme perdues ou l’intraduit (I) – peut s’expliquer par divers facteurs. Tout d’abord, certaines pertes ont pour origine une négligence du traducteur, laquelle peut relever d’une causalité interne et être due à un état d’esprit passager (tel qu’une fatigue ou une démotivation ponctuelle) ou d’une causalité externe et être due à des conditions de travail inadéquates (notamment un délai trop serré ou l’impossibilité d’accéder à des ressources documentaires). Par une relecture ou un travail supplémentaire, le traducteur serait à même d’y remédier. Il en va tout autrement de la part d’intraduit imputable à l’incompétence du traducteur. Celle-ci tient à ses limites intrinsèques et, même s’il s’y employait avec beaucoup de bonne volonté, il ne pourrait résoudre le problème sans une aide extérieure (apportée par l’auteur, un pair plus doué ou une autre personne). Le traducteur peut encore renoncer volontairement à traduire un élément (pour des raisons éthiques, pragmatiques ou autres). Enfin, nous en arrivons à l’intraduisible, qui correspond à la part d’intraduit qui ne découle ni d’une négligence, ni d’une incompétence, ni d’un choix délibéré : c’est l’intraduit « inévitable », que le traducteur n’est pas parvenu à restituer et dont aucun autre traducteur ne pourrait venir à bout.

    15L’intraduisible est donc lié au texte et au contexte et ne doit pas être confondu avec ce qu’un traducteur peu doué ne parvient pas à traduire du seul fait de son incompétence. À l’évidence, ce qui paraît intraduisible à un profane ou à une personne peu douée ne le sera souvent pas pour un collègue plus créatif ou plus chevronné. Un traducteur ingénieux trouve souvent le moyen de reproduire une nuance devant laquelle d’autres demeurent sans ressources. Le statut d’intraduisible peut de plus être considéré comme provisoire : l’élément, le passage ou l’effet reste intraduisible jusqu’à ce qu’un traducteur soit parvenu à le restituer en langue cible. Comme l’a écrit Marcel Govaert, « [l]’expérience de la traduction montre que bien souvent l’intraduisible est ce qui n’a pas encore été traduit correctement » (Govaert, 1971 : 40)4. Ainsi, tant que le problème n’a pas été soumis à tous les traducteurs, rien ne permet d’affirmer que l’un d’eux ne pourrait pas réussir là où les autres ont échoué. La place qu’occupe l’intraduisible dans l’intraduit reste donc fluctuante.

    16Les ajouts (A) regroupent tous les éléments du texte cible qui ne semblent pas faire directement écho à des éléments de l’original. Si certains sont superflus, parce qu’ils procèdent d’une projection ou d’une incompétence du traducteur, d’autres viennent apporter des compléments d’informations utiles au nouveau lecteur cible ou compenser l’intraduisible – et donc garantir l’équilibre de notre équation. L’ajout compensateur trouve sa raison d’être quand l’équilibre entre l’original et la traduction risque d’être rompu du fait de la présence, dans l’original, d’un élément intraduisible. Le traducteur se voit alors contraint de renoncer au principe d’économie qui l’incite le plus souvent à chercher une traduction orientée vers autant de littéralité que possible. Tant que les ajouts compensateurs permettent de remédier à l’absence dans le texte cible des traits intraduisibles, ils viennent rétablir l’équilibre de l’équation, et il y a bel et bien traduction. En revanche, si la part d’intraduit n’est pas compensée – ou ne l’est qu’insuffisamment –, on peut refuser au texte cible le statut de traduction.

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    Figure n° 7. Les différents facteurs d’ajout.

    17Comme l’indique la figure n° 7, un traducteur peut procéder à des ajouts pour de bonnes comme de mauvaises raisons. Tout d’abord, il peut se projeter abusivement dans sa lecture de l’original et intégrer dans le texte cible (souvent en toute bonne foi) des éléments qui ne proviennent que de sa propre subjectivité. Dans un contexte littéraire, ce biais, lorsqu’il est systématique, a été défini par Lance Hewson comme le propre de la traduction ontologique (Hewson, 2004 : 112). L’ajout peut aussi résulter de l’incompétence du traducteur, notamment lorsque celui-ci a mal compris le sens de l’original (du fait de sa méconnaissance du vocabulaire) ou s’il y a vu des éléments qui ne s’y trouvaient pas (parce qu’il a projeté sur le texte ses préoccupations personnelles). Enfin, les ajouts peuvent être le fait d’un bon traducteur, lorsqu’ils permettent au lecteur de la traduction d’accéder à des éléments formels ou sémantiques de l’original qu’il n’était pas possible de restituer directement. Pour un même original, les ajouts compensateurs peuvent sensiblement varier d’un traducteur à l’autre : simple étoffement, liberté limitée, adaptation audacieuse, note de bas de page, réécriture…

    18À partir des considérations qui précèdent, nous pouvons établir que :

    • Lorsque, dans un texte cible, la part d’intraduit est telle que le lecteur se voit privé d’éléments importants constitutifs de l’original, la traduction n’est pas acceptable en tant que telle.

    • Tant que le traducteur parvient, par des ajouts judicieux (c’est-à-dire pertinents et efficaces), à compenser les traits intraduisibles de l’original, si nombreux soient-ils, la traduction reste acceptable.

    • Il peut arriver qu’un texte soit entièrement intraduisible, mais que, par des ajouts judicieux, le traducteur parvienne tout de même à produire une traduction. À titre d’exemple, on pourrait citer des comptines, des jeux de langue5 ou le cas des mots croisés (situation fictive abordée sous le point 2.5). Dans ce cas, le texte traduit n’est constitué que d’ajouts et l’original est intégralement constitué d’éléments intraduisibles6. S’il y a traduction, c’est parce que le traducteur a pleinement capté le texte, a pu transcender sa forme et a su recomposer celle-ci. Un texte constitué uniquement d’éléments intraduisibles est alors tout de même traduit. C’est le cas extrême où la traduction prend la forme d’une réécriture.

    • Lorsque le traducteur ne parvient pas, par des ajouts judicieux, à remédier à l’intraduisibilité de certains (ou de tous les) éléments constitutifs importants de l’original, celui-ci peut être considéré comme partiellement (ou intégralement) intraduisible (du moins provisoirement).

    19Selon nous, il y a lieu de considérer qu’un texte a été dûment traduit dès lors que l’équation de la figure n° 8 se vérifie :

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    Figure n° 8. L’équation de la traduction satisfaisante.

    20Le traducteur a rempli sa mission si 1) le texte qu’il a produit (T) permet à son lecteur de retrouver tous les éléments traduisibles présents dans l’original (O) et si 2) les ajouts compensateurs (Acomp) viennent remédier à toutes les pertes liées à des éléments intraduisibles (Iint) de l’original. Tout élément intraduit ne relevant pas de l’intraduisible et tout ajout non justifié par une visée compensatoire est une marque de faiblesse de la traduction.

    21Il n’est pas exclu que la part intraduisible d’un texte soit telle que sa traduction se résume aux ajouts compensateurs. Ce cas de traduction, extrême, repose entièrement sur la reformulation ou la recréation.

    2. Le processus à l’œuvre pour gérer des cas complexes

    22Selon notre point de vue, pour être considéré comme intraduisible, il faudrait non seulement qu’un texte soit intégralement constitué d’éléments intraduisibles, mais aussi que l’intraduisibilité de ces derniers ne puisse pas être compensée par des ajouts compensateurs. Ce cas, si rare qu’il en devient théorique, ne nous intéressera pas au premier chef.

    23La complexité est souvent dans l’œil de celui qui traduit. Plus un traducteur est compétent, plus il est exigeant et trouve d’éléments à traduire dans l’original. Comme le suggère Jordan Yamaji Smith, la restitution de tous les éléments est une véritable gageure.

    Structure, rhythm, meter, cadence, syntax, connotation, political implications both subtle and overt, characteristic diction, allusions, allegorical suggestions, mood, tone, deconstructive gestures, affinities, aporia, latent ideologies, echoes of literary influence, diachronic literary historical relationships, genre conventions: these are the basic componential standards that variously coalesce on translated texts in addition to the supposedly basic criterion of semantic “accuracy” of varying degrees of “literalness.”7

    24Il ne fait aucun doute qu’un traducteur très ambitieux, s’il entend restituer non seulement chaque élément du texte source, mais également leur configuration particulière, a souvent le sentiment d’être confronté à de l’intraduisible. C’est pour cette raison qu’il faut faire ici la part des choses et distinguer les éléments importants des secondaires.

    25L’original en soi peut d’ailleurs déjà être conçu comme une approximation, dans la mesure où l’auteur n’a peut-être pas trouvé le moyen d’exprimer sa pensée aussi finement qu’il l’aurait souhaité. Comme l’écrit René Agostini,

    La meilleure manière de concevoir ce que l’on appelle l’intraduisible c’est de comprendre qu’on traduit tout le temps, même à l’intérieur d’une seule et même langue. Et dès qu’on entre dans la formulation d’idées nuancées, subtiles, le langage et les mots, étant par essence insuffisants, inadéquats et peu adaptés à la véritable expression et à la véritable communication […], on est confronté à de l’intraduisible, en ce sens que tout ce qu’il peut y avoir de subtil à dire restera non dit, ou mal dit ou insuffisamment dit. Parce que c’est indicible, inexprimable, hors de portée pour le langage, incommunicable […]. (Agostini, 2011 : 25-26)

    26Dans ce sens, il importe de réserver l’étiquette d’intraduisible aux cas où le problème ne relève pas de la simple approximation, mais de la perte réelle. Nous admettons donc que l’intraduisible intervient lorsqu’il y a une perte substantielle, même si, bien entendu, la délimitation du substantiel reste elle aussi subjective.

    27La nature partiellement intraduisible d’un texte peut s’inscrire sur un continuum. Il nous semblerait exagéré d’opposer les textes intraduisibles aux textes traduisibles sans envisager de statuts intermédiaires. En dehors des critères évoqués précédemment, la traduisibilité d’un texte peut être caractérisée selon deux axes : l’axe de la captation du sens et des effets formels présents dans l’original (phase de sémasiologie) et l’axe de la restitution du sens et des effets formels (phase d’onomasiologie). En nous fondant sur cette distinction, nous pouvons situer divers types de difficultés sur un diagramme (voir la figure n° 9). Par exemple, une formule scientifique peut être totalement incompréhensible pour le traducteur (résistance à la captation maximale), mais se restituer sans problème, telle quelle, dans le texte cible (résistance à la restitution nulle). À l’inverse, un jeu de mots peut être très bien compris par le traducteur (résistance à la captation nulle), mais impossible à restituer en langue cible (résistance à la restitution maximale). Pour le traducteur, les cas les plus difficiles sont ceux qui se situent en haut à droite du diagramme : lorsqu’un problème de captation se conjugue avec un problème de restitution. À titre d’exemple, certains effets d’intertextualité dans des textes anciens sont presque impossibles à repérer et le sont tout autant à reproduire.

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    Figure n° 9. Schéma des résistances à la traduction.

    28La figure n° 9 atteste l’opportunité d’envisager des « degrés d’intraduisibilité ». John Catford a déjà exprimé cette idée il y a une cinquantaine d’années :

    translatability […] appears, intuitively, to be a cline rather than a clear-cut dichotomy. Source language texts and items are more or less translatable rather than absolutely translatable or untranslatable.8

    29Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la captation de mots très simples en apparence peut poser un problème au traducteur. Par exemple, dans un texte médical où il est indiqué qu’un patient avait consommé un light breakfast avant d’avoir un malaise, il n’est pas aisé de déterminer l’importance du repas en question. Traduire cette expression par « un petit-déjeuner léger » en français pourrait prêter à confusion si l’on sait que, selon les régions, un light breakfast peut, outre des toasts, inclure des fruits frais9, du saumon fumé accompagné d’œufs brouillés10 ou des pâtisseries11. En l’occurrence, le traducteur ne se trouve pas face à une difficulté technique, mais à une sous-détermination du sens à transmettre.

    30Le terme communément utilisé pour désigner l’ajout compensateur lié au contexte culturel est adaptation. Comme le fait valoir Laurence Malingret,

    Il est vrai que l’adaptation est avant tout une façon de traduire l’intraduisible (littéralement s’entend). Les exemples les plus flagrants et les plus fréquents sont probablement ceux qui se réfèrent au langage. Les jeux de mots, le discours sur la langue, ses particularités, ses difficultés et les erreurs qu’elles impliquent, sont par excellence propices à solliciter l’imagination et le talent d’écrivain du traducteur. (Malingret, 2001 : 791)

    31L’adaptation (ou l’ajout compensateur) permet couramment de traduire l’intraduisible. En fait, le traducteur trouve souvent le moyen de gérer l’intraduisible par un recadrage, en adoptant une perspective plus globale. En examinant dans son contexte l’élément considéré comme intraduisible (qu’il s’agisse d’un effet particulier, d’un trait sémantique, d’un aspect formel ou d’une combinaison de ceux-ci), le traducteur peut déterminer son « principe actif », et c’est celui-ci qu’il habillera d’une nouvelle enveloppe linguistique dans la langue cible12.

    32Confronté à de l’intraduisible, le traducteur analyse l’original pour cerner les éléments prioritaires à restituer. Sur cette base, il s’assigne une forme de cahier des charges. Par exemple, le début de A Christmas Carol, de Charles Dickens, pose une difficulté de traduction : après avoir annoncé qu’un personnage est dead as a door-nail [littéralement : « mort comme un clou de porte »], le narrateur se livre à une digression sur le bienfondé de cette comparaison et sur sa propre conception de la chose, puis se ravise et, sur un ton ironique, décide de s’en remettre à la sagesse des ancêtres qui ont conféré à la comparaison son statut d’expression idiomatique. Dans ce passage, le narrateur campe son personnage : il intervient sans vergogne, se présente comme prêt à interrompre son récit pour se plonger dans une réflexion personnelle, et offre un mélange amusant d’effronterie et de soumission forcée à l’égard des valeurs traditionnelles. Selon nous, le traducteur inscrira notamment dans son cahier des charges mental, par ordre de priorité : 1) digression impromptue du narrateur sur une expression idiomatique passant du figuré au littéral pour remettre en question un usage linguistique, 2) comparaison articulée autour du thème de la mort, 3) adresse au lecteur, 4) ironie et 5) thème de la porte. Le thème de la porte est ici le moins important : toute comparaison fondée sur un autre élément serait donc envisageable13. La digression impromptue étant un élément essentiel, l’usage d’une note de bas de page, en tant que parenthèse conventionnelle, compromettrait irrémédiablement la production de l’effet cherché. Mieux vaut donc recomposer le paragraphe concerné en se fondant sur une expression idiomatique offrant une possibilité de digression autour d’un de ses éléments pris au sens propre14.

    33Notre conception de la traduction s’oppose ici pleinement à celle d’Antoine Berman lorsqu’il écrit

    chercher des équivalents, ce n’est pas seulement poser un sens invariant, une idéalité qui s’exprimerait dans les différents proverbes de langue à langue. C’est refuser d’introduire dans la langue traduisante l’étrangeté du proverbe original […], c’est refuser de faire de la langue traduisante « l’auberge du lointain », c’est, pour nous, franciser : vieille tradition. (Berman, 1999 : 15)

    34Berman semble ici beaucoup plus intéressé par la langue étrangère que par l’œuvre à traduire. Selon lui, le traducteur aurait pour mission de confronter son lecteur aux structures et usages de la langue source, et ne devrait guère se soucier de l’effet produit par l’œuvre originale sur les locuteurs de la langue source.

    35Pour exposer par quel processus le traducteur parvient à faire face à des éléments intraduisibles, nous partirons de trois exemples concrets de situations complexes faisant intervenir, respectivement, une pseudo-étymologie, des contraintes d’ordre alphabétique et un jeu de mots implicite.

    2.1. Complexité liée à un jeu pseudo-étymologique

    36Les cas les plus complexes sont souvent ceux qui imposent plusieurs contraintes simultanées au traducteur. Notre premier exemple est tiré d’un poème de Nora Gomringer, une poétesse suisse-allemande contemporaine15. Ce poème présente des pseudo-étymologies fondées sur des proximités sonores.

    Nachtigall : Nacht in Galle
    Scheinwerfer: Schein dem Werfer
    Martinshorn : Martini und Hohn
    Sommernacht : Sommer und Schlacht
    Dichtung : Dichter und Dung
    « Etymologie der Werktätigen »
    Nora Gomringer

    Rossignol : nuit dans bile
    Projecteur : certificat au lanceur
    Sirène d’alarme : martini et mépris
    Nuit d’été : été et bataille
    Poésie : poète et fumier
    « Étymologie des actifs »
    traduction : Vincent Barras

    37Du fait de son principe de création, « Etymologie der Werktätigen » comporte nécessairement de nombreux éléments intraduisibles, car il y a peu de probabilité pour que la décomposition d’un mot et de sa traduction donne lieu à des éléments invitant aux mêmes analogies dans les deux langues. Le recueil d’où est tiré le poème, Klimaforschung, a été publié dans une édition bilingue, ce qui explique que, dans une large mesure, les vers ont été traduits littéralement. Vincent Barras, le traducteur, a privilégié le sens dans sa restitution des mots vedettes et des pseudo-étymons, de sorte que l’élément sacrifié est le principe étymologique.

    38Pour traduire ce poème en usant d’ajouts compensateurs, il faudrait tout d’abord définir son enjeu. Plusieurs stratégies de traduction sont envisageables. Un traducteur pourrait partir du point de vue qu’il convient avant toute chose de préserver 1) les mots vedettes, 2) le principe de l’étymologie associative et 3) l’ambiance générale évoquée par les vers allemands (marquée par des contrastes et la présence d’éléments chargés sémantiquement, tels que l’alcool, le fumier, le mépris et la bile). Il obtiendra alors, par traduction littérale, les mêmes mots vedettes que Vincent Barras, mais donnera libre cours à son imagination pour les décomposer en mots présentant des analogies en français. Ainsi, il pourrait traduire Dichtung : Dichter und Dung par « Poésie : poète et lie » et Nachtigall : Nacht in Galle par « Rossignol : rose en gnôle ». Un autre traducteur considérera peut-être que les pseudo-étymons sont d’une plus grande importance. Il composera donc sa traduction autour de ceux-ci. À partir de « nuit dans bile », il pourrait songer à composer nubile comme mot vedette. Un autre traducteur pourrait partir d’un autre point de vue encore : il se fonderait au départ sur les thèmes abordés, puis les redistribuerait librement en appliquant le principe de la pseudo-étymologie. Ainsi, l’un des vers pourrait être en français « littérature : lettre et rature ». Un autre traducteur pourrait voir dans le poème un message culturel, humain ou féministe et juger nécessaire de reproduire celui-ci. Enfin, l’aspect rythmique ou les effets sonores pourraient être considérés comme prioritaires en dehors de toute dimension sémantique. La gestion de la complexité exige donc d’analyser l’original afin d’établir ses éléments constitutifs prioritaires, puis à recomposer le poème dans la langue cible en cherchant à préserver autant d’éléments que possible, mais en privilégiant ceux qui sont considérés comme les plus essentiels.

    2.2. Complexité liée à des contraintes alphabétiques

    39Dans son œuvre originale intitulée The Lover’s Dictionary16, David Levithan a entrepris d’articuler le récit d’un amour autour de mots vedettes, apparaissant par ordre alphabétique comme dans un dictionnaire. Plus d’une fois, le traducteur doit gérer des doubles contraintes complexes. Par exemple, sous Banal and bane, le narrateur s’étonne que deux paronymes qui se succèdent pour ainsi dire dans le dictionnaire puissent avoir des sens aussi éloignés, puis les met en relation dans le contexte de la relation qu’il entretient avec la femme aimée. Or, en français, les mots banal et bane peuvent difficilement se traduire par des mots qui se succèdent dans un dictionnaire, bane ayant une signification proche de « fléau », « drame » ou « malédiction ». Face à cette double contrainte (la proximité des mots dans le classement alphabétique et l’opposition de leurs sens), Pierre Demarty, le traducteur, a choisi d’articuler le commentaire du narrateur autour de « banal » et de « bancal ». Il a estimé que le principe de composition primait sur le sens du mot vedette, et, grâce à sa créativité et à son ingéniosité, il est parvenu à opposer les concepts de « banal » et de « bancal ». La traduction est loin d’être littérale, car, alors que l’original s’appuie sur la définition du mot bane (associé à la ruine et à la calamité), elle prend la forme d’un commentaire sur la définition du mot « bancal ». L’effet est néanmoins absolument intact en français.

    banal, adj., and bane, n.
    I am interested in the connection between these two words, and how one denotes the series of ordinary spirit-deaths that occur during a day, while the other is the full ruination, the core of the calamity.
    I think we endure the banal —
    “So how’s your chicken ?”
    “I’m so tired.” […]
    — as a way of skirting around the bane.

    Banal, adj. et Bancal, adj.
    Je suis intrigué par la proximité de ces deux mots, le premier évoquant toute la cohorte des petites morts spirituelles qui jalonnent une journée, tandis que le second signale un déséquilibre, l’amorce inexorable de la catastrophe.
    Je crois que nous supportons le banal –
    « Il est bon ton poulet ? »
    « Je suis sur les rotules. » […]
    – pour que les choses ne deviennent pas bancales.

    40Dans un autre cas, le mot vedette est fast dans l’original, considéré sous ses formes substantive et adjectivale. Sous la mention n. and adj., le narrateur articule le texte autour des deux sens qu’il attribue au mot anglais, à savoir starvation (qu’on pourrait traduire par « jeûne ») et speed (qu’on pourrait traduire par « vitesse »). Dans le texte qui suit, le narrateur explique que le jeûne est l’opposé du désir et que l’absence de désir est ce qu’il éprouve lors des disputes du couple. Il associe ensuite la rapidité avec la précipitation, qui conduit les deux protagonistes à agir de manière violente et irréfléchie. La femme claque la porte, crie, et le narrateur se détache et prend ses distances. Le traducteur, qui n’est pas en mesure d’utiliser un mot français signifiant à la fois « jeûne » sous sa forme substantive et « rapide » sous sa forme adjectivale, s’est très probablement fixé pour priorité de trouver un mot permettant d’adopter une double perspective voisine. Il choisit pour mot vedette « jeûne » et son quasi-homographe « jeune », puis articule le texte autour des mêmes concepts, en associant la jeunesse à la précipitation. Cela lui permet de terminer par une traduction presque littérale : « Je suis un adjectif qui, bientôt, se transforme en nom »17.

    41Le processus de traduction s’est manifestement articulé autour des mêmes étapes : définition du problème technique, établissement des priorités et recherche libre d’une solution permettant de restituer ces priorités.

    2.3. Complexité liée à un jeu de mots implicite

    42Dans une œuvre maintes fois citées pour son caractère intraduisible, Alice’s Adventures in Wonderland, Lewis Carroll multiplie les jeux de langue. L’un des passages difficiles pour le traducteur est celui où un chat indique à Alice qu’un chapelier habite à sa droite et un lièvre à sa gauche, et que tous les deux sont fous :

    “In that direction,” the Cat said, waving its right paw round, “lives a Hatter: and in that direction,” waving the other paw, “lives a March Hare. Visit either you like: they’re both mad.” (Carroll, [1865] 2009: 56-57)

    43Si les illustrations de l’original (un homme coiffé d’un chapeau et un lièvre) sont maintenues dans la traduction, le traducteur est soumis à plusieurs contraintes. Or, à la différence du français, il existe en anglais des expressions signifiant littéralement : « fou comme un chapelier »18 et « fou comme un lièvre de mars »19. La folie des deux personnages n’a donc rien d’anodin. La contrainte liée au chapelier est représentée à la figure n° 10.

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    Figure n° 10. Schéma des contraintes liées au chapelier fou de Lewis Carroll.

    44Le traducteur devrait de préférence intégrer dans son texte une référence à un chapelier (ou du moins à un homme portant un chapeau), à la notion de folie (à moins qu’il ne choisisse par nécessité d’adopter une perspective encore plus éloignée du texte original, ce qui pourrait l’amener à introduire un jeu de mots intégrant un autre trait de caractère) et une expression idiomatique. L’un des traducteurs a évoqué ici un chapelier toqué20, mais la plupart ont renoncé à traduire cet effet. Il aurait été possible d’exploiter l’expression française « travailler du chapeau »21 et d’évoquer un « modiste qui travaille du chapeau »22.

    2.4. Recherche d’un titre

    45Le processus de recherche d’un ajout compensateur peut être illustré par la traduction du titre How I lost my cool and learned to love e-cigarettes23. Dans cet article, l’auteur, qui se tourne lui-même en dérision, explique que la cigarette électronique est certes plus saine et bien plus agréable à fumer, mais qu’il faut pour s’y résoudre renoncer à la prestance du fumeur.

    46Pendant la phase de sémasiologie, le traducteur va sonder l’original pour y capter tout ce qui s’y trouve, comme illustré aux figures n° 11 et n° 12.

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    Figure n° 11. Schéma de l’analyse d’un titre (première partie).

    47Il va donc relever les charges dénotatives, connotatives et associatives comprises dans l’expression « I lost my cool »24, le premier élément du titre.

    48Il va faire de même avec le deuxième élément du titre « I learned to love e-cigarettes »25 (voir la figure n° 12).

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    Figure n° 12. Schéma de l’analyse d’un titre (deuxième partie).

    49Sur cette base, il va chercher à restituer les éléments qu’il considère comme les plus fondamentaux dans le texte. Selon nous, il cherchera à reproduire 1) l’indication que l’article porte sur la renonciation à la cigarette normale au profit de la cigarette électronique, 2) l’autodérision du fumeur décidant de renoncer au charme que confère la cigarette traditionnelle, et 3) un style accrocheur gravitant autour d’une expression idiomatique ou d’un effet formel. Dans la phase d’onomasiologie, la recherche d’un ajout compensateur pourra s’articuler autour de deux axes. Tout d’abord, la recherche d’expressions permettant d’évoquer la notion de séduction, comme à la figure n° 13.

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    Figure n° 13. Schéma d’une recherche de type associatif autour du thème de la séduction.

    50Parallèlement, le traducteur cherchera des associations autour de la notion de perte et de sacrifice (voir la figure n° 14).

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    Figure n° 14. Schéma d’une recherche de type associatif autour du thème du sacrifice.

    51Pour pouvoir exploiter les options que lui a suggérées sa recherche de solutions, le traducteur a intérêt à disposer de diverses manières d’exprimer la notion de cigarette électronique (voir la figure n° 15).

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    Figure n° 15. Schéma d’une recherche de type associatif autour du thème de la cigarette électronique.

    52En combinant les diverses ressources qu’il a mobilisées, le traducteur, par intuition et tâtonnement, va trouver plusieurs solutions répondant aux exigences qu’il avait définies (son cahier des charges) et retenir celle qui lui paraît la plus adaptée. En l’occurrence, il pourrait envisager les traductions suivantes :

    E-cigarette : adieu les souffrances – et la prestance !
    Le blues du vapoteur
    Le vapoteur ? Moins tombeur, tu meurs
    Cigarette électronique : un seul petit hic !
    E-cigarette : le prix à payer pour sa santé
    Fumer sans classe, mais sans danger
    La fumée sans panache

    2.5. Complexité extrême

    53Pour prendre un exemple purement théorique afin d’illustrer la démarche du traducteur, envisageons la traduction d’une grille de mots croisés. A priori, l’entreprise est absurde et le « texte » intraduisible, car il n’est pas possible que des mots de même sens puissent s’articuler autour de lettres compatibles dans les deux langues. Pourtant, la traduction n’est pas exclue si l’on admet la possibilité de compenser l’intraduisible par des ajouts compensateurs.

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    Figure n° 16. Quick Crossword N° 14,211, grille de mots croisés publiée le 25 novembre 2015 dans The Guardian26.

    54Il reste toutefois possible de « traduire » une grille de mots croisés si l’on définit les éléments méritant d’être restitués. À cet effet, il suffit de caractériser sa fonction, son niveau de difficulté et le type de définitions qui s’y trouvent (voir figure n° 16).

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    Figure n° 17. Analyse des éléments constitutifs de la grille de mots croisés.

    55Par exemple, le « traducteur » pourra relever qu’un tiers des mots à trouver sont des titres d’œuvres d’art ou des noms d’animaux, que la plupart des définitions reposent sur des ambiguïtés et que le niveau de difficulté est moyen. Une fois ces traits déterminés, le traducteur-cruciverbiste n’a plus qu’à oublier la grille d’origine et à en recomposer une nouvelle qui corresponde au profil de l’original.

    56Dans ce cas extrême, on peut considérer que l’équation de la traduction est vérifiée, mais uniquement parce que l’original est totalement composé d’éléments intraduisibles et que les ajouts compensateurs (qui constituent l’intégralité du texte traduit) parviennent à s’y substituer sans perte réelle.

    3. La modélisation du processus de traduction

    57Comme nous l’avons vu, la traduction de textes conjuguant des contraintes complexes n’est pas un exercice anodin. Face à une situation d’intraduisibilité technique, le traducteur doit renoncer à tout espoir de trouver une traduction directe (c’est-à-dire de produire un texte dans lequel la part de l’intraduit et celle des ajouts compensateurs restent minimes) et se voit contraint de passer un certain temps à rechercher une solution. L’analyse de ce type de situation met au jour certains cheminements inhérents au processus de traduction.

    58Les étapes que nous avons décrites sont les suivantes :

    Phase de sémasiologie

    59Le traducteur recense tous les éléments constitutifs du syntagme ou du passage concerné. Cette démarche consiste à lire très attentivement le texte tout en anticipant sa traduction : il s’agit de tout comprendre, d’être sensible à la forme et de noter les divers mécanismes producteurs d’effets. Pour ce faire, le traducteur relève non seulement tous les traits sémantiques, les caractéristiques formelles et les effets potentiels, mais aussi les cas où ces derniers sont liés l’un à l’autre (cas de contraintes multiples). Ce faisant, il peut repérer les éléments potentiellement intraduisibles, qui risquent de résister à ses efforts de traduction.

    60Il entreprend le travail nécessaire pour éclaircir tous les éléments résistant à la captation, de même que les cas de sous-détermination.

    Phase d’onomasiologie

    61Le traducteur procède à la production du texte cible. Dans les cas complexes de contraintes multiples, lorsqu’il se heurte à de l’intraduisible, il amorce un processus de réflexion particulier afin de trouver les ajouts compensateurs qui lui permettront d’y remédier.

    62Il conceptualise les divers facteurs entrant en jeu dans l’original, et les pondère selon leurs importances respectives dans la production du sens ou de l’effet constaté.

    63Confronté à une difficulté au plan micro-textuel, il adopte une perspective plus générale afin de trouver une solution fondée sur les priorités à prendre en compte à un niveau plus global (méso-textuel, voire macro-textuel).

    64Le traducteur analyse ainsi les possibilités de produire le même effet en langue cible ; au besoin, il valide le nouvel effet à produire. Il établit des priorités et détermine la marge de sacrifice qu’il va considérer comme légitime. Ayant défini la latitude qu’il peut s’accorder, il redéfinit, en fonction des priorités fixées, le rôle des divers facteurs à prévoir dans le texte cible, ainsi que leurs pondérations respectives. Au besoin, il élargit, par association, le champ des ressources linguistiques dont il peut disposer pour trouver une solution. Il produit le texte cible en appliquant le mécanisme choisi pour restituer « au mieux » le sens, la forme ou l’effet qu’il a décidé de transmettre.

    Conclusion

    65L’intraduisible est une facette passionnante de la traduction, qui s’observe dans des situations particulièrement complexes (souvent liées à des doubles contraintes), obligeant le traducteur à passer par un processus structuré pour imaginer une solution satisfaisante.

    66Paradoxalement, s’il est pris en charge par un traducteur de talent, l’intraduisible gagne en fin de compte sa place dans le texte cible, à la différence de l’intraduit. Alors que ce dernier fait simplement défaut dans le texte cible – correspond donc à « la perte sèche » dans le processus de traduction –, l’intraduisible, loin d’être perdu, trouve une nouvelle expression. Le statut d’intraduisible, qui reste précaire, est attribué aux éléments ou aux textes qui ne peuvent techniquement être reproduits sans passer par une nouvelle phase de conception ou de création.

    67Devant l’impossibilité de reproduire tel quel un concept, un effet ou un jeu de langage, le traducteur prend davantage de recul pour adopter une perspective à la fois plus large et plus détaillée. Il va au-delà du concept, du jeu de langage ou de l’effet qu’il a trouvé dans l’original pour sonder le mécanisme et la nature profonde de l’élément à traduire, puis parvient à restituer les aspects les plus essentiels de ce qu’il a capté.

    68La traduisibilité de l’intraduisible ne devrait pas nous surprendre. Si les langues et les cultures sont d’une grande variété, elles ont toutes été conçues pour répondre aux besoins d’êtres qui se ressemblent beaucoup plus qu’ils ne diffèrent les uns des autres. Ils connaissent la même gamme d’émotions et de sensations, et leur langue leur offre des possibilités infinies d’exprimer les idées les plus diverses. À partir de là, il n’est pas surprenant que la virtuosité des traducteurs leur permette en cas de besoin de se livrer à de réelles prouesses.

    Bibliographie

    Bibliographie

    Références

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    FONJALLAZ Margaux, 2015, Difficultés liées à la traduction de « The Lover’s dictionary » : enjeux d’un texte au genre multiple, mémoire de Master, Genève, Archive ouverte de l’Université de Genève.

    GLOOR Anne-Sophie, 2015, Stratégies de traduction dans la poésie contemporaine : à l’exemple de deux poètes contemporains germanophones et de leurs traductions, mémoire de Master, Genève, Archive ouverte de l’Université de Genève.

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    PETRIDIS Alexis, « How I lost my cool and learned to love e-cigarettes », The Guardian, 5 mai 2014, [Online], https://www.theguardian.com/society/2014/may/ 05/all, (consulté le 30.04.2016).

    POPE James, 2013, Trifecta, Bloomington (USA), Xlibris.

    Notes de bas de page

    1 Le masculin est utilisé ici par commodité, mais il va de soi que le mot traducteur renvoie à toute personne sachant traduire, quel que soit son sexe.

    2 Si le traducteur omet de restituer l’élément par négligence ou par inadvertance, il serait abusif de considérer qu’il y a intraduisibilité, car il trouverait peut-être une solution adéquate s’il prenait conscience de son erreur.

    3 On peut toutefois estimer (ou espérer) qu’un « traducteur fou », qui se projetterait trop dans le texte ou ne verrait quasiment aucun de ses éléments, ne serait pas considéré comme un traducteur par sa communauté.

    4 Cité d’après Wolfram Wilss, 1977, Übersetzungswissenschaft : Probleme und Methoden, Stuttgart, Klett.

    5 Un bon exemple serait le texte suivant, tiré de la bande dessinée Gaston Lagaffe d’André Franklin : « Y’a des papous papas / Y’a des papous pas papas / Y’a des papous papas à poux / Y’a des papous papas pas à poux / Y’a des papous pas papas à poux / Y’a des papous pas papas pas à poux. » (Franklin, 1968 : 53).

    6 L’équation reste vérifiée : T = O + I – A. T = A et O = I. Il faut toutefois qu’il y ait correspondance entre l’intraduisible et les ajouts.

    7 Smith, 2014 : 6. Notre traduction : « La structure, le rythme, la cadence, la syntaxe, les connotations, les implications politiques (implicites ou explicites), les choix lexicaux particuliers, les allusions, les suggestions allégoriques, l’atmosphère, le ton, les gestes déconstructifs, les affinités, les apories, l’idéologie latente, les échos d’œuvres littéraires, les liens littéraires diachroniques, les conventions propres au genre : autant de facteurs constitutifs fondamentaux susceptibles de se conjuguer dans les textes traduits en sus des “critères de base” que sont “l’exactitude sémantique” et le degré de “littéralité” ».

    8 Catford, 1965 : 93. Notre traduction : « on s’aperçoit intuitivement que la traduisibilité […] est un caractère graduel et qu’il n’y a pas ici de dichotomie clairement définie. Les textes et les éléments de la langue source sont plus ou moins traduisibles et non absolument traduisibles ou intraduisibles ».

    9 « I had a light breakfast of some toast and fresh fruit », Clarke, 2013 : 186.

    10 « [H]e had a light breakfast of scrambled eggs with smoked salmon on homemade toast », Jeremy Robert Hall, Jack [Online], https://books.google.ch/ books?id=pP9exePh-PUC&pg, consulté le 30.04.2016.

    11 « [T]hey had a light breakfast of coffee, toast, and pastry », James Pope, 2013 : 82.

    12 Ce mécanisme, qui par le principe rappelle la théorie du sens de Danica Seleskovitch et de Marianne Lederer, s’en distingue toutefois, car il est très structuré : il ne se limite pas à un processus de déverbalisation, exige d’élaborer une stratégie pour la résolution du problème, et requiert une intervention créative de la part du traducteur.

    13 Cet ordre de priorité dépend dans une large mesure des caractéristiques du texte source, mais aussi de l’interprétation qu’en donne le traducteur. Plus les mécanismes et les effets du texte original sont marqués et explicites, plus il y a de chances pour que les lecteurs (et les traducteurs) les perçoivent de la même manière. Par ailleurs, chaque traducteur, en fonction de sa sensibilité, est susceptible de voir des éléments que d’autres ne relèveront pas.

    14 La langue française, si elle ne comprend pas l’expression « mort comme un clou de porte », offre d’autres locutions permettant d’exprimer la mort de manière figurative, notamment : « mourir de sa belle mort » ; « descendre au cercueil » ; « rendre son dernier soupir » ; « faire le grand voyage » ; « rendre l’âme » ; « partir pour l’autre monde » ; « quitter ce bas monde » ; « être fauché par la mort » ; « tirer sa révérence » ; « finir ses jours » ; « s’éteindre » ; « s’en aller » ; « passer l’arme à gauche » ; « casser sa pipe » ; « faire le grand saut » ; « manger les pissenlits par la racine » ; « partir les pieds devant » ; « fermer son pébroque » ; « mettre les volets à la boutique » ; « ramasser ses outils » ; « se retrouver entre quatre planches » ; « se rendre au royaume des taupes » et « s’habiller de sapin ».

    15 Cet exemple m’a été inspiré par le mémoire de Master d’Anne-Sophie Gloor (2015).

    16 Les deux exemples qui suivent m’ont été inspirés par le mémoire de Master de Margaux Fonjallaz (2015).

    17 Dans la version originale : I am an adjective that is quickly turning into a noun. (Levithan, 2012 : 34)

    18 As mad as a hatter : l’expression renvoie au fait que les employés d’ateliers de chapellerie avaient souvent des troubles psychiques par suite de l’utilisation du mercure.

    19 As mad as a March hare : l’expression a probablement pris son origine dans l’évocation du comportement fébrile des lièvres au printemps, la saison des amours.

    20 Il s’agit de Guy Leclercq, dans une traduction publiée en 2000. Une toque étant un chapeau, on peut considérer que le jeu de mots est illustré, mais l’effet est moins satisfaisant en français.

    21 L’expression française « travailler du chapeau » est elle aussi née des troubles psychiques des ouvriers travaillant dans les chapelleries.

    22 Il resterait malheureusement à intégrer le lièvre (également illustré dans l’original), alors que rien n’associe cet animal à la folie dans la langue française. Faute de mieux, pour gérer cet intraduisible, on pourrait envisager un ajout partiellement compensateur en recourant à l’absurde : le chat expliquerait qu’il se trouve là un modiste et le sieur Lièvre de la Terrine et que tous deux travaillent du chapeau.

    23 Titre d’un article d’Alexis Petridis, publié le 5 mai 2014 dans le Guardian.

    24 Cette expression, qui signifierait normalement « perdre son sang froid », est prise ici dans le sens détourné de « avoir l’air cool ».

    25 Littéralement : « j’ai appris à aimer les cigarettes électroniques ». Notre traduction.

    26 [Online], https://www.theguardian.com/crosswords/quick/14211, consulté le 30.04.2016.

    Auteur

    • Mathilde Fontanet

      Université de Genève
      Est une traductrice francophone à partir de l’anglais et de l’allemand. Titulaire d’une maîtrise de lettres, d’un diplôme de traductrice et d’un doctorat en traductologie, elle a travaillé 22 ans comme traductrice au Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) où elle a été responsable de la section française pendant dix ans. Aussi, elle enseigne la traduction à l’Université de Genève depuis 15 ans.
      Elle a publié plusieurs articles sur la traduction, notamment sur le geste traductif, le bon sens en traduction, la traduction technique, l’enseignement de la traduction, ainsi que l’altérité culturelle et la créativité en traduction. Elle a également traduit trois œuvres littéraires et un livre de vulgarisation de physique des particules. Enfin, elle est l’auteure de deux romans, d’un recueil de nouvelles et d’une autobiographie croisée écrite avec une Rwandaise.

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    1 Le masculin est utilisé ici par commodité, mais il va de soi que le mot traducteur renvoie à toute personne sachant traduire, quel que soit son sexe.

    2 Si le traducteur omet de restituer l’élément par négligence ou par inadvertance, il serait abusif de considérer qu’il y a intraduisibilité, car il trouverait peut-être une solution adéquate s’il prenait conscience de son erreur.

    3 On peut toutefois estimer (ou espérer) qu’un « traducteur fou », qui se projetterait trop dans le texte ou ne verrait quasiment aucun de ses éléments, ne serait pas considéré comme un traducteur par sa communauté.

    4 Cité d’après Wolfram Wilss, 1977, Übersetzungswissenschaft : Probleme und Methoden, Stuttgart, Klett.

    5 Un bon exemple serait le texte suivant, tiré de la bande dessinée Gaston Lagaffe d’André Franklin : « Y’a des papous papas / Y’a des papous pas papas / Y’a des papous papas à poux / Y’a des papous papas pas à poux / Y’a des papous pas papas à poux / Y’a des papous pas papas pas à poux. » (Franklin, 1968 : 53).

    6 L’équation reste vérifiée : T = O + I – A. T = A et O = I. Il faut toutefois qu’il y ait correspondance entre l’intraduisible et les ajouts.

    7 Smith, 2014 : 6. Notre traduction : « La structure, le rythme, la cadence, la syntaxe, les connotations, les implications politiques (implicites ou explicites), les choix lexicaux particuliers, les allusions, les suggestions allégoriques, l’atmosphère, le ton, les gestes déconstructifs, les affinités, les apories, l’idéologie latente, les échos d’œuvres littéraires, les liens littéraires diachroniques, les conventions propres au genre : autant de facteurs constitutifs fondamentaux susceptibles de se conjuguer dans les textes traduits en sus des “critères de base” que sont “l’exactitude sémantique” et le degré de “littéralité” ».

    8 Catford, 1965 : 93. Notre traduction : « on s’aperçoit intuitivement que la traduisibilité […] est un caractère graduel et qu’il n’y a pas ici de dichotomie clairement définie. Les textes et les éléments de la langue source sont plus ou moins traduisibles et non absolument traduisibles ou intraduisibles ».

    9 « I had a light breakfast of some toast and fresh fruit », Clarke, 2013 : 186.

    10 « [H]e had a light breakfast of scrambled eggs with smoked salmon on homemade toast », Jeremy Robert Hall, Jack [Online], https://books.google.ch/ books?id=pP9exePh-PUC&pg, consulté le 30.04.2016.

    11 « [T]hey had a light breakfast of coffee, toast, and pastry », James Pope, 2013 : 82.

    12 Ce mécanisme, qui par le principe rappelle la théorie du sens de Danica Seleskovitch et de Marianne Lederer, s’en distingue toutefois, car il est très structuré : il ne se limite pas à un processus de déverbalisation, exige d’élaborer une stratégie pour la résolution du problème, et requiert une intervention créative de la part du traducteur.

    13 Cet ordre de priorité dépend dans une large mesure des caractéristiques du texte source, mais aussi de l’interprétation qu’en donne le traducteur. Plus les mécanismes et les effets du texte original sont marqués et explicites, plus il y a de chances pour que les lecteurs (et les traducteurs) les perçoivent de la même manière. Par ailleurs, chaque traducteur, en fonction de sa sensibilité, est susceptible de voir des éléments que d’autres ne relèveront pas.

    14 La langue française, si elle ne comprend pas l’expression « mort comme un clou de porte », offre d’autres locutions permettant d’exprimer la mort de manière figurative, notamment : « mourir de sa belle mort » ; « descendre au cercueil » ; « rendre son dernier soupir » ; « faire le grand voyage » ; « rendre l’âme » ; « partir pour l’autre monde » ; « quitter ce bas monde » ; « être fauché par la mort » ; « tirer sa révérence » ; « finir ses jours » ; « s’éteindre » ; « s’en aller » ; « passer l’arme à gauche » ; « casser sa pipe » ; « faire le grand saut » ; « manger les pissenlits par la racine » ; « partir les pieds devant » ; « fermer son pébroque » ; « mettre les volets à la boutique » ; « ramasser ses outils » ; « se retrouver entre quatre planches » ; « se rendre au royaume des taupes » et « s’habiller de sapin ».

    15 Cet exemple m’a été inspiré par le mémoire de Master d’Anne-Sophie Gloor (2015).

    16 Les deux exemples qui suivent m’ont été inspirés par le mémoire de Master de Margaux Fonjallaz (2015).

    17 Dans la version originale : I am an adjective that is quickly turning into a noun. (Levithan, 2012 : 34)

    18 As mad as a hatter : l’expression renvoie au fait que les employés d’ateliers de chapellerie avaient souvent des troubles psychiques par suite de l’utilisation du mercure.

    19 As mad as a March hare : l’expression a probablement pris son origine dans l’évocation du comportement fébrile des lièvres au printemps, la saison des amours.

    20 Il s’agit de Guy Leclercq, dans une traduction publiée en 2000. Une toque étant un chapeau, on peut considérer que le jeu de mots est illustré, mais l’effet est moins satisfaisant en français.

    21 L’expression française « travailler du chapeau » est elle aussi née des troubles psychiques des ouvriers travaillant dans les chapelleries.

    22 Il resterait malheureusement à intégrer le lièvre (également illustré dans l’original), alors que rien n’associe cet animal à la folie dans la langue française. Faute de mieux, pour gérer cet intraduisible, on pourrait envisager un ajout partiellement compensateur en recourant à l’absurde : le chat expliquerait qu’il se trouve là un modiste et le sieur Lièvre de la Terrine et que tous deux travaillent du chapeau.

    23 Titre d’un article d’Alexis Petridis, publié le 5 mai 2014 dans le Guardian.

    24 Cette expression, qui signifierait normalement « perdre son sang froid », est prise ici dans le sens détourné de « avoir l’air cool ».

    25 Littéralement : « j’ai appris à aimer les cigarettes électroniques ». Notre traduction.

    26 [Online], https://www.theguardian.com/crosswords/quick/14211, consulté le 30.04.2016.

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    Baldo de Brébisson, Sabrina, et Stéphanie Genty, éditeurs. L’Intraduisible : les méandres de la traduction. Artois Presses Université, 2019, https://doi.org/10.4000/books.apu.19488.
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