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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 2.1. L’entrée en préformation : le choc de la découverte d’une formation exigeante 2.2. La formation de quinze à dix-sept ans, de la reprise des fondamentaux à l’exigence de la nouveauté 2.3. Plus vite, plus fort, plus longtemps : L’optimisation comme enjeu majeur de la formation entre dix-sept et dix-neuf ans Notes de bas de page

    Un pour Mille

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    Table des matières

    Chapitre 2. Fabriquer un corps de footballeur, ou comment résister à un intense apprentissage physique, technique et tactique ?

    p. 71-98

    Texte intégral 2.1. L’entrée en préformation : le choc de la découverte d’une formation exigeante 2.2. La formation de quinze à dix-sept ans, de la reprise des fondamentaux à l’exigence de la nouveauté 2.3. Plus vite, plus fort, plus longtemps : L’optimisation comme enjeu majeur de la formation entre dix-sept et dix-neuf ans Notes de bas de page

    Texte intégral

    2.1. L’entrée en préformation : le choc de la découverte d’une formation exigeante

    1L’entrée dans une structure de préformation, que celle-ci se fasse au pôle ou dans les filières spécialisées des clubs professionnels, est un choc pour les jeunes apprentis footballeurs. Un choc physique d’abord. La préformation constitue en effet une période extrêmement exigeante sur le plan de l’engagement corporel. Tous les jours de la semaine, les jeunes se lèvent tôt pour aller au collège, généralement vers six heures trente. Ils y passent leur journée entière, au même titre que les autres élèves « normaux » et enchaînent quatre à cinq fois par semaine avec leurs entraînements de football une fois les cours terminés. Suivent les devoirs, l’apprentissage des leçons, la toilette, le repas, pour un coucher aux alentours de vingt-deux heures. Chaque jour de la semaine. Presque chaque week-end, les jeunes ajoutent, a minima, un créneau de pratique supplémentaire avec l’entraînement du samedi ou le match du dimanche. Ce rythme est maintenu chaque semaine sauf lors des périodes de congés scolaires.

    - Tu peux me raconter un peu ta vie au Pôle Espoir ?
     - Ouais, ouais, bah, le matin, pff, c’est super tôt, je sais pas, je dirais, euh, sept heures ? Après le collège, tout ça, le foot, franchement c’est chaud quoi. J’suis crevé en ce moment. Ma mère, elle me disait tout le temps que j’étais chiant à la maison, bah là, j’suis claqué quand je rentre le week-end [Rires]. Ma parole, après l’entretien, là, je rentre, j’me claque au lit. J’suis défoncé.
    Esteban, joueur du centre fédéral de préformation et de l’Étoile, U15.

    2En plus du rythme de vie intense qu’il faut supporter, les apprentis footballeurs se retrouvent confrontés également à des sollicitations physiques beaucoup plus intenses dans le cadre des séances d’entraînement. Les éducateurs cherchent à développer les qualités physiques de leurs joueurs. Nous avons pu noter, dans le cadre de nos observations en club et au pôle, une large part faite au travail sans ballon : exercices de proprioception, de coordination, de dissociation segmentaire. Les jeunes pensionnaires sont aussi soumis à des séances d’endurance aérobie, à d’innombrables répétitions techniques et de mises en place tactiques exigeantes physiquement. La préformation est donc exigeante sur le plan corporel et il n’est pas rare d’observer une augmentation du nombre de joueurs fréquentant l’infirmerie après les trois premiers mois de la première année de préformation. Les jeunes rencontrent alors pour la première fois l’un des risques majeurs qui va les accompagner tout au long de leur parcours de formation : la blessure. Celle-ci est d’autant plus anxiogène qu’elle peut survenir à n’importe quel moment1 et se révéler plus ou moins handicapante pour la suite de la carrière :

    Pu***, je flippe en ce moment quoi. Ça fait quoi ? Trois mois que j’ai pas touché le ballon, c’est un truc de la croissance il a dit le doc’, l’ossgood-j’sais-pas-quoi… Résultat, je peux pas jouer et tout, les autres, ils progressent, moi je reste là, à rien faire, ça se trouve, j’vais plus jamais jouer au football, la vie de ma mère, j’suis dégoûté.
    Jimmy, joueur du centre fédéral de préformation et du Sporting, U15.

    3Mais la nouveauté sur le plan de l’impact physiologique n’est pas la seule que doivent gérer les joueurs. Dès leur entrée dans une structure de préformation les jeunes connaissent également une rupture nette dans le rapport qu’ils entretiennent avec le football en lui-même. Dans la plupart des entretiens menés avec les joueurs, qu’ils soient encore dans les structures ou qu’ils en aient été exclus, deux transformations principales reviennent régulièrement : le passage d’un football ludique à la répétition des exercices et le remplacement d’une pratique sans contrainte où le joueur est en réussite par une exigence constante faisant germer erreurs et incompréhensions. L’enjeu, qu’il se situe à court terme avec le match du week-end ou à long terme à travers l’entrée en centre de formation, le niveau accru des autres joueurs ainsi que les nouvelles exigences plus élevées des éducateurs de préformation brisent cette « innocence initiale » du jeune pratiquant dès les premières semaines.

    - Comment ça se passe les premiers temps ici ?
     - Bah au début c’est difficile quand même hein. Avant dans le club, j’étais le meilleur et tout, là, t’arrives bah euh, les autres ils sont aussi forts que toi en fait. Pis les trucs que tu faisais avant, bah ça marche plus, bah c’est normal en même temps, c’est à cause de ce que je viens de dire que les autres ils sont plus forts, mais bon, en plus les coachs, c’est ça que je comprenais pas, je faisais les mêmes trucs qu’avant, quand j’étais dans mon club, mais là les coachs ils gueulent.
    Mickaël, ancien joueur du centre fédéral de préformation et du Sporting, exclu en U16.

    4Alors que les termes récurrents dans les entretiens menés avec les joueurs de première année de préformation pour qualifier le football sont ceux de « jeu », « d’amusement », de « plaisir », les joueurs de deuxième année emploient plus volontiers des substantifs comme « exercices », « travail », « apprentissages », comme si la chose était devenue plus sérieuse. L’un des items le plus flagrant concerné par cette transformation dans la manière d’appréhender le football est sans doute l’utilisation des gestes techniques. Les éducateurs construisent une différence nette entre ce que les joueurs peuvent réaliser en amont de leur recrutement en structure de préformation – qu’ils nomment « tricotage », « chichis », « gris-gris », etc. – et ce qu’il reste à apprendre pour être efficace contre des adversaires en mouvement : « la technique au service du jeu ». Bien que les jeunes joueurs soient recrutés pour leurs savoir-faire techniques, les éducateurs cherchent rapidement à dépasser ce premier niveau de compétence, certes pour améliorer le niveau de jeu de leurs jeunes, mais surtout pour marquer une différence avec le football du profane qui se pratique en dehors des structures considérées comme des structures « d’élite ». Les joueurs sont parfois réprimandés quand ils utilisent roulettes et autres coups du sombrero qui « ne servent à rien » ou « sont inutiles à ce moment-là ». Les contenus abordés et les exercices mis en place sont également utilisés pour mettre un terme au recours systématique à la technique pure. Il s’agit dans un premier temps, pour les éducateurs, de mettre en place des règles ou des contraintes dans les jeux ou les tâches d’apprentissage qui vont faire prendre conscience au jeune que ces gestes sont souvent inefficaces (limitation du nombre de touches de balle par joueur, évolution dans des zones réduites ou à des vitesses de jeu qui proscrivent le recours aux manipulations de balle trop fréquentes). Ce premier temps permet de faire ressentir au joueur une carence dans les outils dont il dispose pour effacer son adversaire direct et provoque une incertitude des joueurs sur leur niveau réel de compétence :

    Bah, au début, quand je suis arrivé, le coach il me disait que j’avais un super pied gauche, mais le problème, c’est que je faisais tout, ‘fin, je me reposais que sur mon pied gauche. Alors du coup, il me faisait jouer sur l’aile droite et pis là bah euh, j’étais nul, je pouvais plus rien faire. J’étais en stress…
    Alexandre, joueur du centre fédéral de préformation et de l’Étoile, U16.

    5Dès lors, les éducateurs recherchent une variété, un élargissement, des pouvoirs techniques mais toujours au service du jeu. Dans les dribbles par exemple, l’ensemble des surfaces d’appui sont travaillées (l’intérieur du pied, l’extérieur, le coup de pied) tout comme le renforcement du pied faible. Immédiatement, les contenus techniques sont contextualisés dans une situation qui impose au joueur l’utilisation du geste juste et non du geste préférentiel.

    6Il faut cependant nuancer cet argument en fonction de la structure de préformation observée. Si cette démarche est globalement la même quelle que soit la structure de préformation, elle se décline de manière plus marquée au sein du centre fédéral de préformation. En effet, les éducateurs des clubs professionnels présentent un rapport ambivalent vis-à-vis de l’excellence technique de certains joueurs de préformation. Alors que l’objectif affiché par tous est de préformer un joueur complet, les facilités techniques que certains jeunes footballeurs ont construites avant leur entrée en club professionnel permettent bien souvent de débloquer des situations et de gagner des matchs. Or, comme nous le verrons plus tard, les éducateurs de clubs sont également évalués sur le résultat de leurs équipes en championnat. Ils sont donc plus prudents dans la démarche qui consisterait à mettre de côté, pendant un temps du moins, les qualités premières de certains de leurs meilleurs éléments. Cela concerne également par exemple l’impact physique de certains joueurs. En avance sur le plan de la morphologie, il leur est souvent répété qu’ils doivent diversifier leur jeu s’ils nourrissent l’espoir de poursuivre une carrière car leur avantage physique sera rapidement gommé quand leurs camarades auront commencé leur puberté. Mais dans le même temps, la charge physique de ces jeunes est valorisée car ils sont ainsi capables de s’imposer vis-à-vis de leurs adversaires et ainsi d’aider à remporter des matchs cruciaux pour le bon classement de l’équipe. Cette logique de rendement est moins présente au pôle où l’importance du match demeure relative.

    7Questionner l’évolution du rapport que les jeunes entretiennent avec le football nous amène à envisager la question des contenus de formation. Nous venons d’évoquer ci-dessus la question de la technique gestuelle : il s’agit de l’axe prioritaire qui structure les apprentissages lors de la première année :

    Sur les premières années, on va privilégier la technique parce que c’est quelque chose, sans la technique, euh, derrière, la manipulation du ballon va permettre beaucoup de choses.
    Ken, éducateur du centre fédéral de préformation, responsable de l’internat et des joueurs de première année (U15).
    Bah, dans les incontournables je pense que euh, [silence]. Ben moi je dirais tu vois, que sur le plan technique, euh, quand ils arrivent euh, dans leurs clubs, l’entraîneur, quelle que soit la situation, mise en place, le ballon ne doit pas poser de problème. Le ballon ça doit, l’entraîneur il doit pas se dire, pu****, je peux pas faire ça, parce que sur le plan technique, il sait pas le faire. […] Si on arrive à ce que dans tous les clubs l’éducateur dise, bah moi, sur le plan technique euh, on entretient, mais c’est acquis, parce que je pense que c’est à leur âge ici que c’est le plus facile d’acquérir euh, ces choses-là. Euh, moi je pense que ce serait vraiment ça quoi. Que le ballon me vienne de là, de là, de là, de là, quel que soit le, arrêté, en mouvement, avec adversaire, sans adversaire, euh, près du but, loin du but, au milieu, dans la densité etc., le ballon ne doit pas poser de problème. Ça c’est essentiellement le truc pour les premières années.
    André, éducateur du centre fédéral de préformation, responsable technique des joueurs de deuxième année (U16).

    8Quand les formateurs parlent de « technique », il ne s’agit pas de former des esthètes du football. Les apprentissages ne sont pas centrés sur la technique pour la technique. Même si certains éducateurs de la préformation des clubs professionnels reprochent au pôle de « former des mecs qui sont bons que pour jouer à la baballe »2 et que Jean, le directeur du pôle, reconnaît lui-même être sensible « au beau geste, au beau mouvement bien maîtrisé », les apprentissages techniques sont suivis de mises en situation concrètes, et ce quelle que soit la structure concernée. L’objectif de la première année de préformation est que la manipulation du ballon ne soit plus problématique pour les joueurs.

    9Lors de nos observations sur le terrain, nous avons pu noter une progressivité dans les apprentissages techniques qui diffère d’une structure à l’autre. Au pôle, les trois premiers mois sont centrés sur un développement complet du joueur sur le plan technique. Les points forts du joueur sont passés sous silence pour mettre en avant les carences et ainsi mieux les combler. Les exercices d’appropriation se font avec un ballon par joueur, à l’arrêt. À partir du second trimestre, les éducateurs réintègrent l’utilisation des qualités « naturelles » et ajoutent des trajectoires de balle variées. Si les jongles étaient effectués avec des contraintes de touches en début d’année (alterner pied droit/pied gauche ou pied/tête), le joueur dispose, dès lors, de davantage de libertés dans la manipulation du ballon. En parallèle, dès le mois de janvier, nous voyons apparaître des exercices orientés sur des contrôles à partir de trajectoires de passes variées (plus appuyées en intensité, arrondies, venant de côté, etc.). Ce n’est que dans un troisième temps que les apprentissages techniques se déroulent avec du mouvement, avec des joueurs en course. Ce mode d’apprentissage qui tend à découper les séquences de jeu, qui greffe de la vitesse sur les gestes à intégrer fait référence à un modèle cognitif (Schmidt, 1993) de l’apprentissage où les données doivent être analysées de manière analytique par les joueurs pour être intériorisées :

    Bah, euh, par exemple euh, les contrôles euh, bah parce que à un moment euh, je me souviens de l’exercice là, on a un exercice, en fait on recevait le ballon, on devait faire un contrôle, et entrer le plus vite dans la zone en fait. Et moi à chaque fois, soit mon contrôle il allait loin, j’en ai réussi deux, trois, mais soit mon contrôle il allait trop loin ou soit il se levait. Et Ken en fait, il m’a expliqué que, euh, fallait que je mette mon corps plus en avant et que je prenne la balle plus au-dessus. Au début, j’arrivais pas, alors il m’a fait un schéma et tout, j’ai repris au ralenti et après, là euh, pis là elle se levait plus. Pis à chaque fois je répétais le geste et pis à la fin ça allait quoi.
    Karim, joueur du centre fédéral de préformation et de l’Union, U15.

    10Le mode d’appropriation de la technique gestuelle est différent dans les structures professionnelles. Nous avons pu observer que les jeunes apprentis sont plongés dans ce que les éducateurs aiment à appeler « la vérité du jeu » (pour ne pas dire la vérité du match). Le modèle d’apprentissage se rapproche davantage des théories dynamiques (Kelso, 1995) où les gestes germent à partir des contraintes de l’environnement et sont ensuite répétés pour être intégrés. Le grand nombre de répétitions constitue d’ailleurs l’un des points communs entre toutes les structures de préformation. De la même manière, dès le premier trimestre, les jeunes footballeurs sont en mouvement et confrontés à une opposition. Ils doivent identifier puis résoudre les problèmes dans, par et pour le jeu :

    La fois dernière en match, le coach il a vu qu’on n’arrivait pas à faire un truc de la technique, que bah, à chaque fois, on se faisait pousser sur les côtés parce qu’on savait pas utiliser notre deuxième pied. Alors du coup, bah, la semaine, on a fait la même chose à l’entraînement mais on devait utiliser l’autre pied pour arriver à repiquer au centre. On a fait ça beaucoup.
    Dylan, joueur du Sporting, U15.

    11Les qualités techniques fortes des joueurs sont davantage utilisées en club. Ce n’est que dans un deuxième temps, quand les joueurs sont confrontés à l’échec et que leurs savoirs antérieurs ne suffisent plus que les apprentissages s’orientent vers de nouvelles thématiques. Les savoirs apportés, la manière et le timing dont ils sont transmis, font du jeu mais surtout de la compétition du week-end un révélateur des compétences en action du joueur. À l’inverse, le pôle valorise le développement global du joueur avant de mettre en place des affrontements. Si les apprentissages sont différents d’une structure à l’autre, ils le sont également dans le temps, d’une promotion à une autre :

    Après, tu prends la génération là des premières années qui sont entrées au pôle, les 96, sur le plan des habiletés tactiques, de la compréhension du jeu, c’est autre chose que les deuxièmes années. Les deuxièmes années c’est plus… c’est plus dites-moi ce que je dois faire et je vais appliquer, c’est le soldat quoi. Les premières années comme par hasard c’est beaucoup plus talentueux individuellement, donc forcément beaucoup plus difficile à prévoir. Et y a des entraînements avec les premières années qui n’ont pas du tout la même démarche pédagogique qu’avec les deuxièmes années. On a mis par exemple en place cette année avec les premières années, on a mis en place avec eux une démarche pédagogique qui est différente qui va partir beaucoup plus de jeu et de situations jouées, de situations pédagogiques. Parce qu’on s’aperçoit que les éléments techniques sont vachement plus maîtrisés. Donc on va travailler beaucoup plus sur la, tu sais faire ça avec le ballon, pourquoi tu vas le faire, à quel moment tu vas le faire, donc dans la compréhension, dans la compréhension de tout ça, du jeu. J’ai des habiletés motrices qui font que… allez on y va. Tandis que les deuxièmes années, y a 80 %, pas tous mais pour la plupart quand même des habiletés motrices qu’il a fallu vraiment travailler quoi. On a passé du temps, on a passé du temps sur le deuxième pied, on a passé du temps sur des gestes techniques simples mais qu’ils ne savaient pas faire parce que sur le plan moteur voilà, il y avait des lacunes, il a fallu passer par là. Donc forcément, pendant qu’on fait ça, on ne fait pas autre chose. Jean, directeur du centre fédéral de préformation.

    12Le niveau initial des jeunes entrants en préformation est, d’après les discours des éducateurs, en perpétuelle ascension. Le temps dédié à la pure manipulation de balle se réduit alors en conséquence pour laisser plus de place aux acquisitions ultérieures. Celles-ci concernent le volet tactique. La tactique est définie comme « la réponse simultanée d’un joueur ou d’un groupe de joueurs en situation de jeu, en possession ou non du ballon, en relation avec un partenaire ou non, en présence ou non d’un adversaire » (Leroux, 2006). Autrement dit, il s’agit, en situation de l’application de la technique (« l’ensemble des outils gestuels permettant la prise de balle, la progression du ballon vers la cible adverse et la conclusion » (Leroux, 2006)) pour amener à une action de marque. Si tous les éléments techniques doivent, d’après le discours des différents éducateurs, être maîtrisés en fin de préformation, il en va autrement de la tactique qui regroupe un ensemble de savoirs plus large et plus complexe.

    13Quoi qu’il en soit, certains savoirs sont incontournables en préformation. Voici les principaux que nous avons pu relever à travers les observations des séances d’entraînement et les discours des éducateurs :

    Tableau 1 : Liste des principaux contenus de formation abordés en préformation

    Qui est concerné ?Que doit-il faire ?
    Le porteur de balle- Être capable d’identifier sa position sur le terrain, en fonction du placement par rapport au but, au couloir de jeu direct, aux partenaires et aux adversaires pour choisir de progresser seul vers l’avant ou de passer à un partenaire mieux placé.
     - Être capable de jouer en appui plus ou moins long et d’enchaîner des actions de déplacement pour donner et recevoir en mouvement.
     - Amener de l’incertitude pour les adversaires (jouer en deuxième intention).
    Le non porteur de balle- Créer le surnombre, communiquer.
     - Solliciter le ballon entre les défenseurs (jouer en mouvement).
     - déformer / reformer les lignes, c’est-à-dire rompre l’alignement et s’écarter du porteur de balle pour assurer la continuité du jeu.
    Les rôles défensifs- Assurer la transition offensive / Défensive.
     - Orienter le porteur du ballon afin de l’isoler, le harceler, le presser.
     - Se placer et se replacer pour assurer une continuité défensive.

    Source : Enquête

    14Il ne s’agit pas là d’une liste exhaustive. Les contenus tactiques sont nombreux et l’objectif de ce travail n’est pas de tous les relever. Nous ne présentons ici que quelques contenus abordés dans l’ensemble des structures de préformation. Pour autant, à nouveau, nous pouvons noter des différences non négligeables entre ce qui se fait au pôle et ce qui se fait dans les structures professionnelles que nous pourrions synthétiser dans le schéma suivant :

    Figure 1. Orientation schématique des contenus tactiques en fonction des structures de préformation

    Image

    15Dans les discours ainsi que dans les séances proposées, les éducateurs du pôle espoir tentent davantage de transmettre des principes tactiques généraux que le joueur devra spécifier, affiner et contextualiser dans la suite de ses apprentissages :

    En club, quand tu travailles la tactique, tu travailles les relations entre joueurs parce qu’ils jouent ensemble le week-end. Nous, les joueurs, ils jouent pas ensemble le week-end, par contre on se doit de leur inculquer une culture tactique à travers des principes de jeu. Donc on leur donne des principes de jeu, des codes, des codes de jeu qu’ils vont pouvoir retrouver parce que le football est une langue universelle et euh, euh, y a des codes qu’ils savent et on doit, on leur donne, voilà c’est ça, on leur donne un panel, un panel de principes de jeu, on essaye de tout voir euh, pour qu’ils puissent s’adapter à n’importe quel système de jeu. C’est-à-dire qu’au jour d’aujourd’hui son club joue de telle façon et bah il va savoir jouer. Demain il joue d’une autre façon, il va savoir jouer et pourtant il s’entraîne pas avec eux. Donc c’est vraiment donner un maximum de choses. Un socle commun qui va permettre derrière de s’adapter à toute situation et d’être un joueur complet.
    Ken, éducateur du centre fédéral de préformation, responsable de l’internat et des joueurs de première année (U15).

    16L’un des indicateurs les plus marquants concerne par exemple la fréquente rotation des postes lors des séances. Un attaquant jouant en club dans le couloir gauche va, au pôle, basculer régulièrement vers le côté opposé – comme cela est d’ailleurs fait en club également – mais il va en plus expérimenter les postes de milieu de terrain ou de défenseur :

    Première raison, on ne sait pas s’il va finir sa vie à ce poste-là, et il peut jouer un cran au-dessus. Deuxième objectif ça lui donne euh, des compétences tactiques supplémentaires, et troisième chose, qui est pour moi la plus importante, c’est que en le faisant, il va se rendre compte de ce que peut faire le joueur qui joue à ce poste là et qui va être face à lui. C’est-à-dire euh, un attaquant euh, on les met par exemple les défenseurs en situation de dribble pour frapper, pour qu’ils se disent bah voilà, comment est l’attaquant quand il est en dribble/frappe, sachant que moi je suis défenseur. Et on les met dans les deux cas pour qu’ils prennent un petit peu conscience de… Et donc, euh, c’est pour ça qu’à l’heure actuelle on leur donne un bagage identique et euh, des choses, de manière à ce que, en plus les entraîneurs qui vont aborder cet aspect-là, bah ce soit connu de tous.
    André, éducateur du centre fédéral de préformation, responsable technique des joueurs de deuxième année (U16).

    17À l’inverse, les contenus tactiques abordés par les éducateurs de club sont, dès le début, contextualisés. Au Sporting, par exemple, les matchs des semaines précédentes sont mobilisés pour rappeler une situation de jeu qui aurait pu être développée de manière différente et qui va donc être retravaillée à l’entraînement pour donner aux jeunes joueurs de nouveaux savoirs tactiques.

    18Pour quelles raisons tel ou tel modèle d’apprentissage des contenus tactiques se développe-t-il en fonction de la structure observée ? Quelles conséquences cela induit-il sur le joueur en train d’apprendre son métier de footballeur ? Trois hypothèses peuvent être avancées pour tenter de comprendre la manière particulière dont est abordée l’acquisition tactique dans chacun de ces lieux : le rapport au match, l’identité des éducateurs et la politique de formation du club.

    19Le pôle espoir regroupe les vingt « meilleurs » éléments régionaux d’une tranche d’âge donnée. Ces jeunes – sauf circonstances particulières – ne jouent jamais ensemble en match officiel. Les éducateurs ne peuvent ni ne doivent donc tenter de créer des relations particulières sur le terrain entre leurs apprentis. Ils cherchent au contraire à leur apprendre à s’adapter à des partenaires inconnus, ce qui est un peu le cas des autres jeunes qu’ils retrouvent le dimanche dans leur club de référence. À l’inverse, les jeunes footballeurs des clubs professionnels se côtoient toute la semaine et l’éducateur a un intérêt en termes de résultats et de compétitivité de son équipe à ce que des relations particulières et automatiques se créent entre ses joueurs. Il sera donc moins sur des principes généraux que sur des mises en place particulières visant l’efficacité immédiate.

    20Le poids de la politique de formation du club constitue le second facteur intervenant dans les modalités de transmission des contenus tactiques. Trois logiques différentes se dessinent ici. Avec une structuration récente de son centre de formation et de préformation, l’Étoile cherche à élever sur plusieurs années le niveau de formation de ses jeunes apprentis. L’Union vise des objectifs à moyen voire long terme en tentant de calibrer ses jeunes en fonction des attentes de l’équipe première. Quant au club du Sporting, il vise la production de joueurs performants à la sortie de son centre de formation. Plus on vise la performance dans le temps court, plus les contenus se doivent d’être rapidement efficaces, contextualisés et se rapprochent alors des situations vécues en compétition officielle.

    21L’identité professionnelle des éducateurs constitue un autre critère important dans les mises en place pédagogiques liées aux contenus tactiques. Plusieurs éducateurs du pôle, de la préformation de l’Union et de l’Étoile sont issus d’une formation STAPS, mention « Éducation et Motricité » destinant au professorat d’Éducation Physique et Sportive. Deux d’entre eux – les responsables de la préformation à l’Union et à l’Étoile – sont d’ailleurs d’anciens enseignants d’EPS. Au contraire, le Sporting fait la part belle aux anciens joueurs de haut niveau au sein de son staff. Cela induit un rapport différent aux contenus en général et à l’aspect tactique ici en particulier. Si dans le premier cas, il vise le développement du joueur, il se centre dans le second cas sur son rendement dans un cadre compétitif.

    Tableau 2 : Profils des éducateurs en fonction des structures de préformation

    StructurePôle espoirSportingUnion / Étoile
    Vécu majoritaire des éducateursEnseignants EPSJoueur de Haut
    Niveau
    Enseignant EPS
    Rapport à la compétitionDistanciéIntenseEngagé
    Climat d’apprentissageSécurisant (surtout en première année)CompétitifSécurisant au début, compétitif par la suite
    Expérience du
    Haut niveau
    _/_
    Individualisation des contenus_/_
    Profil typeÉducateur /
    Formateur
    Formateur /
    Entraîneur
    Formateur /
    Éducateur

    Source : Entretiens

    22Il ne s’agit ici que de types idéaux construits en premier lieu sur la variable de la structure d’appartenance. Le modèle se complexifie au fur et à mesure que l’on s’approche des acteurs mais nous touchons là à l’irréductibilité des faits et donc aux limites de la sociologie. Nous pouvons tout de même apporter davantage de finesse à ce modèle notamment si nous prenons en compte l’ancienneté de l’éducateur au sein de son métier. Les jeunes éducateurs (en termes d’ancienneté professionnelle et non d’âge calendaire) auront tendance à écrire davantage leur préparation de séances qui seront, elles, fortement inspirées des contenus théoriques abordés en formation initiale. À l’inverse, les éducateurs plus anciens mobilisent davantage les termes d’improvisation, d’expérience, d’apprentissage sur le tas dans leurs discours pour expliquer la manière dont ils préparent leurs séances. De la même manière, un jeune éducateur éprouvera, au début tout du moins, des difficultés à individualiser ses interventions et aura tendance à mobiliser des remarques générales même si la structure dans laquelle il évolue tend à le faire fonctionner de manière différente. Ces données confirment celles qui ont déjà été mises en évidence dans d’autres travaux traitant de la socialisation professionnelle dans d’autres univers professionnels3.

    23Qu’il soit jeune ou moins jeune, issu du monde fédéral ou plutôt proche de celui de l’enseignement, l’éducateur prend, dans tous les cas, une envergure importante lors de l’entrée dans une structure de préformation. Son poids dans la socialisation des jeunes est renforcé par le fait qu’il appartient à une structure qui prépare au haut niveau pendant que, dans le même temps, les jeunes se retrouvent dans un mécanisme de séparation progressive vis-à-vis des parents, que ce soit pour des raisons géographiques ou liées à l’entrée dans l’adolescence (Claes, 1995).

    - Et quand tu dois changer quelque chose dans ta façon d’être ou de jouer, qui est-ce que tu écoutes ?
     - Bah euh, le coach, forcément le coach, quoi. Je veux dire euh, bon aussi un peu mes parents mais quand même beaucoup moins quoi, parce que le coach, là, il sait ce qu’il dit, ‘fin, je veux dire euh, c’est pas n’importe qui.
    Julien, joueur du Sporting, U15.

    24L’éducateur devient en quelque sorte le nouveau référent, quasiment l’agent socialisateur principal ou en tout cas, l’un d’entre eux. Il va ainsi progressivement fixer les normes et les valeurs qui vont devenir des références pour le joueur.

    Dans un jeu libre après une séance où le contenu principal semble être le suivant : « Trouver un joueur en appui court devant qui doit remettre au porteur de balle. Celui-ci ouvre alors le jeu sur l’aile au loin devant sur un joueur qui est parti le long de la ligne », un joueur de première année qui doit servir d’appui part deux fois de suite balle au pied vers le but adverse en contournant son défenseur. Jean arrête le jeu et lui demande ce qu’il vient de faire. Le jeune lui répond qu’il a tourné autour de son adversaire mais qu’il a fait attention d’utiliser la bonne surface de pied. Jean lui demande alors pourquoi il a fait ça alors que toute la séance c’est un autre principe qui a été travaillé. Le jeune lui répond que dans son club, il faisait tout le temps ça et que ça marchait. Jean lui répond alors qu’on va lui mettre deux défenseurs dessus au prochain passage et que ça ne marchera plus. Et que surtout, il doit oublier ce qu’il faisait avant en club, que ce n’est plus le même football. Que ce qu’il apprend ici, c’est complètement différent et que c’est ça qui va le faire progresser.
    Note de terrain du 13 mai, observation au centre fédéral de préformation.

    25Ce type de remarques sur les manières de jouer au football, ou de manière plus générale sur les comportements dans la vie courante, se raréfie au cours des deux premières années de préformation. Nombreuses dans les trois premiers mois de la première année, elles interviennent par la suite comme des piqûres de rappels au retour des vacances ou lors de baisses de motivation ou de concentration de la part des jeunes apprentis footballeurs. Ce mode d’intégration progressive de nouvelles règles de fonctionnement se répercute sur l’ensemble des domaines de la vie sociale au point parfois de bouleverser les relations parents-enfants. L’extrait d’entretien ci-dessous permet de saisir comment les parents sont à la fois fiers et impressionnés par les nouveaux comportements de leur progéniture tout en étant inquiets de ne pas en être à l’origine.

    - Il apprend quoi là-bas [Section « élite » du Sporting] à votre avis ?
     - Bah, je dirais euh, de la rigueur, hein, ouais, de la rigueur, c’est ça. La fois dernière avec sa mère on était vachement impressionnés hein, il devait aller chez sa grand-mère à ***. Et ben d’habitude c’est toujours à nous de tout faire et tout, et bah là, il avait lui-même préparé son sac la veille et tout, alors nous on dit rien, on l’attendait au tournant hein, et ben même pour le déplacement, là il nous a scotché, il avait lui-même réservé les billets. Non, c’est sûr avec le club, il gagne en autonomie et tout, il apprend à se débrouiller. […] Mais à l’internat, déjà ils vous mettent, mais là c’est le taquet quoi, c’est-à-dire que, moi une fois je leur ai dit écoutez, c’est sûr que c’est vous qui choisissez les gamins, mais l’autorité parentale, c’est moi qui l’ait, pas vous. C’est-à-dire qu’une fois ils avaient réclamé les devoirs pour savoir si les devoirs étaient bien faits parce qu’il était ici en vacances, et euh, si les devoirs étaient pas faits, il prenait une punition. Donc je leur ai dit, il va pas vous ramener les devoirs, vous allez rien signer, je signe, je décide si les devoirs sont bien faits. C’est mon gamin.
    Parents de Marc, ancien joueur du Sporting, exclu en U16.

    2.2. La formation de quinze à dix-sept ans, de la reprise des fondamentaux à l’exigence de la nouveauté

    26À quinze ans, les meilleurs éléments entrent au centre de formation. Même si les apprentis footballeurs sont, par rapport à la moyenne des jeunes de leur âge, en avance sur le plan du développement des qualités physiques et des compétences sportives, ils entrent, eux aussi, dans cette période d’instabilité que constitue l’adolescence (Claes, 1995). De fait, certaines coordinations motrices sont mises à mal et une reprise des fondamentaux abordés lors des années de préformation est nécessaire. Mais cela ne suffit pas. Dans la course au haut niveau les places sont chères et il faut également acquérir de nouveaux savoirs pour construire une identité professionnelle de plus en plus aboutie et continuer la transformation en véritable professionnel du ballon rond.

    27Le travail des éducateurs lors des deux premières années de préformation a été de faire prendre conscience aux jeunes joueurs que le football qu’il pouvait pratiquer dans leur quartier ou dans leur club amateur ne pouvait en aucun les amener au plus haut niveau. L’un des éléments que nous avons mobilisé à ce titre lors du chapitre précédent à propos de la nécessité de « changer son football » était celui du geste technique. Si la plupart des jeunes pousses recrutées sont habiles avec le ballon sur certains gestes particuliers – c’est d’ailleurs l’un des raisons pour lesquelles les joueurs sont repérés – les éducateurs de préformation se chargent rapidement de leur montrer les carences qui sont les leurs et la nécessité d’étoffer leur bagage technique. L’étendue du registre technique devient d’ailleurs en fin de préformation l’un des critères majeurs dans la conservation ou l’éviction des apprentis footballeurs. Alors que nous aurions pu croire que les acquisitions techniques étaient réglées une bonne fois pour toute à l’issue de cette période de préformation, une part importante des temps d’entraînement entre quinze et dix-sept ans est laissée au travail technique. Cela surprend d’ailleurs certains joueurs :

    - Comment tu trouves les entraînements cette année ?
     - Franchement ça va. Il y a des trucs que j’aime pas trop quoi mais bon, ça va.
     - Comme quoi, qu’est-ce que tu n’aimes pas ?
     - Comme tout le monde, je crois, courir [rires], mais bon, ça va je suis plutôt pas mauvais. Après euh, il y a aussi les trucs techniques.
     - C’est-à-dire ?
     - Bah euh, les grands l’an dernier, ils nous disaient euh, ouais, tu vas voir, l’an prochain et tout, c’est que du jeu et tout. Pis en fait, bah tu te rends compte que non. Il y a encore plein de travail technique quoi. On répète, on répète, on fait tout le temps la même chose. Je sais pas, on sait le faire ça quoi, des fois c’est chiant.
    Mohammed, joueur de l’Étoile, U16.

    28Ce retour aux fondamentaux techniques possède une double fonction. La première concerne la progression du « bagage » du joueur. Celui qui souffre de lacunes techniques pourra ainsi rattraper son retard alors que celui jugé comme étant dans la normalité entretiendra ou améliorera encore son potentiel, étant entendu que l’accès au haut niveau nécessite une précision extrême dans le geste qui, dans l’esprit de la plupart des éducateurs, ne peut être atteinte que dans le cadre d’une pratique régulière et répétitive :

    - Dans quelle mesure utilisez-vous votre vécu de joueur dans la préparation de vos séances d’entraînement ?
     - C’est tout le temps, ouais, tout le temps. Tiens, on va prendre la séance d’aujourd’hui là. La première partie on fait du jonglage, du circuit technique et tout ça, ‘fin de la manipulation de balle. Tu l’as vu de toute façon, ça fait une semaine que t’assistes aux séances. Bah, il y a pas de mystère, moi j’en bouffais aussi, si tu veux aller au haut niveau faut en bouffer. Alors c’est sûr qu’en pro, une séance de technique ça te fais ch*** des fois mais bon, il en faut, il faut passer par là. Si tu répètes pas les gestes encore et encore, il y a pas de secrets, t’es mort. T’es cuit.
    Éric, éducateur de l’Étoile U17.

    29Mais au-delà de cet aspect de réglages du corps, la reprise des contenus techniques en U16 et en U17 permet également de questionner le degré de soumission à l’autorité de l’éducateur et le degré de maturité, d’avancement dans l’identité professionnelle de joueur de football professionnel :

    - Qu’est-ce que tu penses des séances techniques ?
     - On répète, on répète, en fait, ce qui est chiant, c’est qu’on répète des trucs qu’on sait déjà faire quoi, ‘fin c’est vrai, il y a jamais rien de nouveau dans ces séances-là. Après bah euh, je le fais quand même, je suis à fond dedans parce que bah euh, c’est le coach qui dit qu’il faut que euh… bah il faut le faire quoi et pis c’est tout.
    Albert, joueur de l’Étoile, U16.
     - Qu’est-ce que tu penses des séances techniques ?
     - Mouais...[Rires].
    Pourquoi tu ris ?
     - Nan mais, je sais pas si je dois vous le dire...[Rires]. Nan mais c’est chiant quoi. En plus, bah vous l’avez vu, vous pouvez pas dire, mais bon, le coach il nous gueule dessus et tout alors que c’est des trucs qu’on sait tous faire. Alors voilà, des fois, moi ça me fait ch*** quoi, je me déconcentre, ‘fin c’est pas que je me déconcentre mais ça m’endort en fait, voilà c’est ça, ça m’endort.
    Barney, joueur l’Étoile, U16.
    Comme je te disais tout à l’heure, le travail technique c’est sûr que pour nous, ‘fin pour eux, les joueurs, c’est chiant. Mais je le répète, il faut passer par là. Tu fais vite la différence grâce à ça entre un mec qui en veut et un feignant. Je te prends l’exemple, dans le groupe là, on a deux joueurs [Les deux joueurs ci-dessus qui ont été interrogés a posteriori suite à cette remarque de l’éducateur]. Ils ont quasiment le même niveau hein, bah pour l’année prochaine on se demande. Quand tu fais du technique t’en as un qui y est [Albert], l’autre il y est pas quoi [Barney]. Il sait faire pourtant, je suis sûr qu’il sait faire, mais bon, c’est un signe qu’il met pas toutes les chances de son côté pour réussir, et ça, c’est jamais bon pour un joueur, surtout à cet âge-là.
    Éric, éducateur de l’Étoile U17.

    30Ces moments de reprise des savoirs antérieurs, de lenteur, de répétition seront une part importante de leur métier ultérieur4 et le jeune joueur déjà capable d’accepter cela sera jugé d’autant plus positivement par ses formateurs. Les autres, ceux qui se révoltent – considérés alors comme incapables de respecter l’autorité de l’éducateur – et surtout ceux qui baissent les bras ou se déconcentrent par lassitude – incapables de maintenir un niveau de motivation ou de concentration de manière suffisamment longue ou intense – sont alors jugés comme des « tire-au-flanc » ou des « incompétents » et mettent en danger leur carrière future. Être discipliné représente en effet une des qualités attendues pour un joueur en formation entre quinze et dix-sept ans. Ils apprennent ainsi à modeler leur corps – et leur âme dirait Loïc Wacquant (2000) – pour devenir conforme aux attentes du clubs et de l’éducateur de la catégorie de référence.

    31La remobilisation de savoirs plus anciens lors des deux premières années de formation concerne également les principes tactiques généraux abordés lors de l’étape de préformation. Alors que nous pourrions considérer cette plongée dans le passé comme quelque chose d’aisé pour les joueurs, cette reprise de l’ancien est difficile pour les apprentis footballeurs. Physiquement d’abord. Parce que les gammes techniques et les situations tactiques de base sont répétés de nombreuses fois, à intensité élevée, et fatiguent les organismes. Mentalement aussi. Parce que ce retour en arrière peut être source de lassitude pour les joueurs les plus en réussite ou de lassitude pour ceux, en pleine phase pubertaire, qui ne parviennent plus à maîtriser des gestes qu’ils pensaient avoir durablement intégrés les années précédentes. Cela crée alors de l’incertitude chez les joueurs qui se demandent parfois s’ils sont réellement « fait pour ça » :

    Des fois, j’en ai ras le bol, Monsieur, je vous le dis franchement quoi, j’en ai ras le bol. Tu fais des parcours, des parcours, ouais, ça va, j’aime bien parce que je suis bon mais, pfff, c’est chiant. Pis des fois je rate en plus, pfff. Des fois, nan mais c’est grave, mais j’me demande pourquoi j’suis là. Je sais plus.
    Émile, joueur de l’Union, U17.

    32Mais les éducateurs ne se contentent pas de reprendre et de répéter les contenus abordés en préformation. Ils amènent également leurs jeunes joueurs à intégrer de nouveaux savoirs, éléments de base pour le développement de nouvelles compétences footballistiques. L’un des aspects venant s’ajouter aux contenus de formation lors des deux premières années en centre de formation concerne le développement moteur et physique. Si les éducateurs considèrent que certains domaines sont « quasiment fixés dès la naissance » comme les paramètres de vitesse, ils estiment également que la période entre quinze et dix-sept ans peut constituer le moment optimal pour la sensibilisation (puissance et capacité anaérobie lactique) ou le développement de certaines qualités physiques (puissance et capacité aérobie). Les apprentis footballeurs commencent alors à goûter au travail intermittent5 et aux séances d’endurance et de résistance6. À ces exercices de courses sans ballon s’ajoute également le démarrage des séances de musculation. Si la première année, en U16, le travail s’effectue généralement sans charge, on parle alors de travail au poids de corps (exercices de pliométrie, squats, pompes, gainage), lors de la deuxième année les apprentis footballeurs commencent à fréquenter la salle de musculation pour soulever des masses de plus en plus importantes. Il s’agit alors de développer aussi bien les groupes musculaires du bas du corps dans un souci de progression en course, d’équilibration lors des frappes, etc., mais également ceux du haut du corps qui serviront, selon l’expression consacrée, à « muscler leur jeu », c’est-à-dire à résister aux impacts physiques et aux contacts « épaule contre épaule » dans les duels sur le terrain.

    33La prévision de la taille définitive du joueur qui pouvait constituer à l’étape antérieure un critère essentiel de sélection perd progressivement de son importance puisque la marge d’incertitude se réduit en approchant de l’âge adulte. Les plus petits footballeurs étant sur le point d’être écartés de la course au contrat ou l’ayant déjà été, c’est la capacité à s’étoffer musculairement qui prend alors une place de plus en plus centrale dans l’évaluation morphologique des jeunes joueurs. À côté du travail de course et de musculation, nous avons également pu noter, au cours de nos observations, un temps relativement important accordé à l’intérieur des séances au travail de motricité : dissociation segmentaire, équilibration, coordination, perception des zones d’appui, etc. Il s’agit là de renforcer et de préciser le développement de la motricité générale effectué en préformation :

    - Quels sont selon toi les contenus spécifiques à cet âge [U16 et U17] ? - Bah moi, je ne peux te parler que de la préparation physique hein, on est d’accord, pour tout ce qui est terrain, faut compléter avec ce que te dirons Éric [entraîneur U17] ou Joël [entraîneur de la CFA]. En prépa donc euh, la VMA [Vitesse Maximale Aérobie, indicateur de l’endurance d’un individu], hein, tout ce qui est travail aérobie hein, beaucoup ça. Muscu aussi, doucement encore. Et beaucoup de motricité. Bon ça, on en fait déjà pas mal avant, je sais qu’au pôle ils bossent bien aussi là-dessus, ils font de la motricité générale. Nous ici, on est plus sur la motricité spécifique, surtout en U17. Je m’explique : le travail de course c’est bien, utiliser tes bras et tout, savoir courir, ça c’est de la motricité générale, mais pour un attaquant par exemple, les appels en courbe dans le dos de la défense, les déplacements sur les quarts, dissocier le bas en course et le haut en contrôle de balle, tout ça, c’est de la motricité spécifique, et c’est là où nous on doit intervenir.
    Joseph, préparateur physique de l’Étoile.

    34Ces nouveaux contenus moteurs sont accompagnés d’une complexification dans l’apprentissage tactique. Il est certes demandé aux joueurs de voir plus vite, de décider plus vite, d’agir plus vite7 mais ceux-ci doivent en plus intégrer des schémas tactiques de plus en plus précis. Si, en préformation, les apprentissages s’orientaient autour de l’acquisition de principes tactiques généraux (créer le surnombre, jouer en appui, en soutien) et que leur application en match dépendait d’une configuration de jeu fortuite, tout l’objectif du développement tactique en formation est justement de produire un contexte précis dans lequel pourra se développer un schéma tactique prédéfini où chaque joueur aura un rôle bien précis à tenir. En plus de la complexification des schémas (il s’agira, par exemple, de déstabiliser collectivement le bloc défensif adverse en concentrant les joueurs sur une aile puis en ouvrant rapidement sur l’autre), nous assistons dans cette catégorie à une personnalisation des configurations tactiques (c’est un joueur précis qui sera chargé de se démarquer sur l’aile et non pas un joueur au hasard qui se trouve être le mieux placé au moment où l’action collective se met en place). Cela suppose une spécialisation accrue des joueurs dans le collectif. C’est d’ailleurs à cet âge qu’apparaît une première division du travail entre attaquants, défenseurs et gardien :

    - Comment tu te situes par rapport aux autres joueurs ?
     - On a un rôle un peu plus ingrat qui fait que quand on se trompe, ça se voit tout de suite, on encaisse tout de suite le but, et c’est ça qui fait que je pense, que sur un terrain, le gardien est plus mature que certains autres joueurs. Un attaquant il va être plus euh, je pense, il va vouloir être créatif, tout ça, tandis qu’un gardien, il a ses libertés, il peut faire son jeu comme il a envie, mais il y a des choses qu’il doit respecter, c’est-à-dire pas prendre de buts euh, et donc je pense que euh, les gardiens, déjà, c’est beaucoup dans la tête que ça se joue, même si les joueurs aussi, mais je pense que les gardiens ont un plus gros mental que les joueurs. Parce que c’est euh, il y a des moments difficiles et même si un gardien fait une boulette à un moment en début de match, bah il faut qu’il se remette tout de suite dans son match parce que sinon il va faire boulette sur boulette.
    Jacques, joueur de l’Étoile, U17.

    35Les contenus et l’organisation des séances – nous pensons ici à la mise en place de ce que les éducateurs appellent « les spécifiques », c’est-à-dire des séances axées exclusivement sur les attaquants ou sur les gardiens par exemple – facilitent la mise en marche d’une certaine forme de rhétorique professionnelle spécifique au poste qui tend à segmenter le groupe de joueurs en apprentissage du métier de footballeur professionnel. À partir de cet âge on ne devient justement plus simplement joueur de football, on se destine également à être attaquant, défenseur, milieu de terrain ou gardien.

    2.3. Plus vite, plus fort, plus longtemps : L’optimisation comme enjeu majeur de la formation entre dix-sept et dix-neuf ans

    36Aucun élément nouveau n’est introduit entre la première période de formation et les catégories U19 et CFA mais, par contre, les joueurs se doivent d’être les plus performants, les plus efficaces et efficients dans tous les domaines, à l’entraînement comme en match. En ce qui concerne les contenus de formation abordés à l’entraînement, aucun savoir-faire nouveau n’est donc ajouté à ce qui aura été abordé lors des dernières années de formation. La seule différence notoire concerne donc l’optimisation de ce qui se fait dans le cadre de l’entraînement et dans ce qui sera attendu en match. Cela concerne trois domaines principaux : la vitesse, la force et l’endurance. Autrement dit, lors des dernières années de formation, les éducateurs attendent des apprentis footballeurs qu’ils fassent plus ou moins la même chose qu’avant – c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils auront été gardés et leurs camarades écartés du groupe – mais plus rapidement, plus longtemps et de manière plus intense :

    De toute façon, regarde, le football moderne c’est quoi ? Forcément qu’on va de plus en plus avoir besoin de mecs comme nous, des préparateurs physiques je veux dire… Quand tu regardes un joueur comme Messi, pu**** le mec, mais c’est l’archétype du joueur de demain. Et même plus, du football de demain. Ça va aller plus vite, beaucoup plus vite. Et pis en même temps, il y a beaucoup moins de place. Faut tout faire plus vite dans moins d’espace, ça demande quand même des qualités et un travail physique énorme. Moi, je le vois bien, les entraîneurs à l’Union, mais partout aussi hein, ils sont vachement sur la vitesse. Partout, devant, t’as besoin de mecs qui vont à deux mille à l’heure. Si tu vas pas vite tu passes pas. Et en plus faut pouvoir encaisser la répétition des efforts. Les attaquants, c’est, je tape un sprint de soixante mètres, boum, je me replace, encore et encore. Ça n’arrête pas. Au milieu ou derrière, c’est pareil, quand tu vois que les mecs doivent courir dix, douze kilomètres dans un match d’une heure trente, pu****, mais c’est avant tout des athlètes les mecs…
    Joachim, préparateur physique et éducateur de l’Union, U15.

    37Lorsque l’on évoque le terme de vitesse, on pense généralement à la vitesse de déplacement : courir vite. Or, les ouvrages relatifs à l’entraînement, au développement physique ou à l’apprentissage moteur (Cometti, 2006 ; Pradet, 1996 ; Schmidt, 1993), nous apprennent que différents domaines constituent en réalité ce que nous englobons habituellement sous le substantif de vitesse. Les premiers éléments constitutifs de cette qualité physique sont les vitesses de perception et de décision. Grandement dépendants de la qualité des systèmes nerveux et cognitifs, ils déterminent la vitesse de réaction à un signal de l’acteur dans une situation donnée. Dans un contexte de jeu précis, il est ainsi attendu du jeune footballeur qu’il soit capable de percevoir, de prélever rapidement tout un ensemble d’indices (position sur le terrain, répartition des adversaires et des partenaires par rapport au but, placement du corps, mais également rapport de force en cours, score, conditions climatiques, etc.) qui vont lui permettre, à partir du catalogue de situations plus ou moins similaires vécues antérieurement et stockées en mémoire, de choisir l’action motrice la plus pertinente et la plus efficace. Les répétitions de gestes techniques ou de phases tactiques abordées en préformation et lors des premières années de formation constituent, en ce sens, une sorte de matière première dans laquelle il faut piocher le bon outil le plus rapidement possible. Une fois l’action à effectuer choisie, encore faut-il la réaliser. Deux autres sous-ensembles de la vitesse sont ici déterminants, il s’agit de la vitesse de déplacement et de la vitesse gestuelle qui sont principalement dépendantes de la proportion de fibres de type II (dites fibres musculaires à contraction rapide), du nombre de connexions neuromusculaires et de la coordination motrice générale. C’est de ces deux registres que dépendent la vitesse de déplacement (capacité à développer une course rapide) de l’acteur ainsi que sa faculté à greffer une certaine fréquence de mouvement sur une vitesse de déplacement donnée (capacité à greffer par exemple des passements de jambes ou des dribbles sur ce déplacement rapide).

    38Les discours des éducateurs en fin de formation ne permettent plus d’établir une séparation aussi nette qu’auparavant entre les aspects techniques et tactiques. La raison principale est liée à ce que nous venons d’évoquer. Les différents moments qui composent les gestes des footballeurs tendent à se concentrer dans le temps. Les phases de perception, de décision et d’action sont de plus en plus rapprochées et dépendantes les unes des autres au fur et à mesure que l’on s’approche du haut niveau (Bonnet, 1983) :

    Mais ils savent tout faire, enfin normalement hein, ils ont les outils, ouais, ouais, les outils, ils les ont. Mais tout le monde a les outils, bah oui. Si t’as fait trois, quatre ans dans une structure professionnelle à taper le cuir quatre heures par jour et que t’es pas trop manchot et que t’es pas trop con, normalement, tu sais taper dans un ballon et tu sais que t’avances en supériorité et que tu temporises en infériorité, je veux dire, ça, c’est pas dur. Ce qui est plus difficile, c’est de tout enchaîner. Je te parle de l’enchaînement là. Recevoir un ballon, pis le contrôler, pis l’arrêter, pis après lever la tête, pis après se mettre sur son bon pied, pis après envoyer la transversale, tout le monde sait le faire. Par contre, le mec qui va être super intéressant pour plus tard, c’est celui qui, quand il reçoit le ballon, sait déjà où se trouve son pote, ça met au sol et boum tout de suite ça repart parce que c’est bien placé en termes de pied d’appui parce que j’ai décidé avant. Ça c’est difficile.
    Rocco, éducateur de l’Étoile, U19.

    39Quel que soit le centre de formation investigué, nous avons pu observer un certain nombre de séances et d’exercices basés sur le développement de ces différents aspects de la vitesse : exercices de sprint court en réaction à un signal pour développer les perceptions auditives, les capacités d’accélération et de réactivité ; exercices de sprint long sous forme de pyramide pour augmenter les réserves musculaires en créatine-phosphate ; exercices d’occlusion temporelle pour améliorer les prises de décisions des joueurs ; exercices de tipping8 ou parcours techniques pour optimiser la fréquence gestuelle, etc.

    40Les séances d’entraînement, que ce soit en salle de musculation ou sur le terrain, avec ou sans ballon, sont également construites pour faire progresser les jeunes apprentis footballeurs sur deux autres points : la force et l’endurance. Il est attendu des joueurs susceptibles de fréquenter le haut niveau qu’ils fassent preuve d’un impact physique plus important lors les matchs et d’une capacité à enchaîner les efforts intenses de manière répétée. Le développement de ces qualités passe par un arsenal de séances et de méthodes variées : mobilisation de charges proches du maximal en musculation, travail de course en intermittent pour améliorer la résistance des sportifs ou séances visant le développement de la VMA pour un gain d’endurance. En même temps que ce travail de résistance / endurance vise à favoriser une répétition des efforts au sein d’un même match ou dans l’enchaînement des matchs d’une saison, il permet également de sélectionner les jeunes footballeurs. L’incrémentation de la demande et de la charge physique est forte en fin de formation. Cela constitue ainsi une épreuve à surmonter permettant de sélectionner les joueurs potentiellement capables d’évoluer à un niveau supérieur. Certains ne parviennent pas à la surmonter et ne le découvrent qu’à ce moment précis ce qui rend les carrières de formation incertaines jusqu’au bout.

    41L’un des aspects supplémentaires permettant de différencier la période de fin de formation des étapes précédentes concerne la manière dont sont fixés les contenus de formation. Cela met en lumière le rapport que les éducateurs entretiennent avec le match du week-end. Celui-ci est avant tout, avec les quelques variations en fonction de la structure mises en évidence lors du premier chapitre, un temps de formation classé au même rang que les entraînements en préformation. Il devient progressivement, lors des premières années de formation, un moment d’accomplissement où les jeunes sont censés mettre en pratique de manière efficace les apprentissages de la semaine. Au contraire, lors de la dernière période de formation de dix-sept à dix-neuf ans, celle qui nous intéresse ici, la place du match devient centrale. Les quatre-vingt-dix minutes de la compétition sont alors primordiales dans l’évaluation des joueurs. C’est à partir du comportement des jeunes dans ce laps de temps que les éducateurs vont construire les contenus de formation de leurs séances de la semaine :

    - Quelle place accordez-vous au match du week-end ?
     - Centrale, super importante. J’ai pas d’autres mots. C’est pas difficile, et je le dis souvent aux joueurs pour qu’ils comprennent comment on fonctionne avec moi, on travaille comme si on jouait.
    Albert, éducateur du Sporting, CFA.

    42Les enseignements que les éducateurs vont tirer des matchs sont différents en fonction des clubs. À l’Union, le match est utilisé pour mettre en évidence, sur des postes précis, les carences des futurs remplaçants des membres titulaires de l’équipe première. Au Sporting, la rencontre du week-end permet aux formateurs de cerner les points forts des attaquants, des milieux ou des défenseurs pour les développer encore davantage pendant les séances de la semaine. Quant aux entraîneurs de l’Étoile, le match leur permet de mieux cibler les carences de leurs pensionnaires et ainsi tenter de réduire l’écart avec les clubs concurrents. Nécessairement, les formes de travail proposées aux jeunes joueurs en formation vont être teintées de ces conceptions particulières :

    - Quels sont les types de séances que vous préférez ?
     - Bah, c’est les séances à base de jeu, c’est sûr, c’est sûr. Bon bien sûr, il faut du physique, faut encore faire des gammes, c’est sûr, mais bon, là où on se fait plaisir c’est quand ça joue quoi. Les spécifiques, c’est vachement important je trouve. Bon les mecs ont pas été bon là-dessus dimanche, hop, on va les faire bosser sur ça ou ça. Le défenseur, il a fait une boulette, hop, on travaille la situation et tout le monde y passe pour voir comment on peut améliorer ça.
    Dove, éducateur du Sporting, U19.
     - J’aime bien, bah oui, le jeu, c’est certain, on est quand même footballeur hein. Mais bon, euh, moi faut savoir que je suis passé par euh, la force du poignet comme on dit hein, euh, donc euh, c’est vrai que j’aime assez les séances dures quoi. Le physique, tout ça. C’est un moyen de sélection aussi hein. Pis moi j’étais un athlète plutôt quoi, ‘fin j’ai dû bosser, bosser, hein euh, mais bon. J’aimais ça aussi. Pis à eux, ça leur fait du bien, ils sont tellement à la ramasse dans tout ce qui est coordination physique et tout ça, on le voit bien en match, ils ont du mal à tenir la distance hein.
    Joël, éducateur de l’Étoile, CFA.
     - Moi j’adorais les spécifiques. Vous allez trouver ça con hein, mais sur la fin, les dernières années quoi, Faire une heure et demie au poste, je suis latéral droit hein, et ben, monter, déborder, centrer, boum, revenir et recommencer, encore et encore, bah moi j’adorais ça hein, bon faut être passionné, ou un peu cramé dans sa tête hein ? [Rires]. Bah je crois que les coachs, c’était pareil. Ils aimaient nous faire faire ça.
    Cédric, ancien joueur de l’Union, exclu en CFA.

    43Pourtant, l’intégralité des séances ne se résume pas à du travail au poste à l’Union, dans la ligne au Sporting et à de la motricité à l’Étoile : ces conceptions constituent un noyau dur autour duquel gravitent une variété de situations et d’autres contenus.

    44Le match guide la construction et l’organisation des apprentissages de la semaine. Il représente également le moment privilégié pendant lequel sont évaluées les acquisitions des joueurs. À nouveau, il s’agit, lors de cette dernière période de formation de dix-sept à dix-neuf ans, d’optimiser le comportement et le rendement en match. En préformation l’évaluation portait sur l’espérance de retrouver, en match, certains des comportements développés pendant la semaine. Dans un second temps, lors des premières années de formation, le match était davantage considéré comme un moment d’accomplissement : les apprentis footballeurs devaient réinvestir les apports de l’entraînement en y greffant une certaine dose d’efficacité. Le maître-mot de cette dernière étape de formation est celui d’efficience. C’est-à-dire que les différents gestes tentés ou les différentes décisions prises dans le cadre du match doivent non seulement être nombreux et variés mais, en plus, s’accompagner d’un minimum de ratés :

    Quand t’as la chance de passer avec les pros, tu joues avec des joueurs de qualité, techniquement, tu dois être irréprochable. Physiquement, tu dois être présent tout le temps, ça va largement plus vite aussi. Même chose, dans les décisions que tu prends, tu dois pas te tromper. Jamais. Alors ouais, ça demande de la rigueur, de l’attention, de la concentration, c’est sûr que c’est difficile. Mais en même temps, si tu fais pas ça, tu dégages donc euh, le choix est vite fait hein…
    Édouard, éducateur du Sporting, U19.

    45Les statistiques de matchs, et notamment le ratio entre actions tentées et actions réussies, deviennent un critère fondamental dans l’appréciation des joueurs en U19 et en CFA. Dans les matchs que les jeunes mènent au sein de leur catégorie ou dans la catégorie supérieure lorsqu’ils ont l’occasion d’être surclassés, l’objectif est, pour eux, de réaliser les mêmes choses que par le passé mais avec une qualité supérieure, avec une vitesse supérieure et sur une durée plus longue qu’auparavant. Cela demande donc, comme nous l’évoquions, un certain nombre de qualités physiques pour supporter la répétition des efforts dans un match comme l’enchaînement des rencontres au cours d’une saison, mais également des qualités psychoaffectives comme la faculté de résistance au stress (gérer l’enjeu du match, la présence de public, la proximité des adversaires en termes de niveau de pratique, etc.), la combativité et la capacité à maintenir pendant un temps long une certaine forme d’attention et de concentration.

    46Mais être bon ne se résume pas au fait de rendre une copie quasi parfaite. Encore faut-il que le joueur soit étiqueté comme effectivement « en réussite » par l’éducateur de référence. En ce sens, les joueurs désireux de poursuivre une carrière de haut niveau ont tout intérêt à entrer dans une logique d’affichage de leurs performances. Les joueurs se trouvent ainsi engagés dans une « double performance » (Mignon, 2007) liée à la performance sportive mais également à la « mise en scène de soi ». Cela les conduit à adopter et optimiser des stratégies de communicant, bref, à se montrer pour se faire repérer, quitte parfois à surjouer :

    - Tu peux me décrire un peu ton comportement en match ?
     - Ouais, bah euh, voilà euh, le milieu défensif classique quoi. Je cours beaucoup, j’essaie de relancer proprement, voilà quoi. Bon après des fois euh, avant les coachs ils me disaient et tout euh, ouais, tu parles pas assez, des trucs comme ça. Maintenant bon, même des fois ça me fait rire, je hurle quoi. Même quand ça sert à rien, je gueule « Seul ! » ou « Ça vient ! ». Je pourrais le faire plus cool hein, mais, et ça, ça me fait délirer, les coachs on dirait qu’ils attendent que ça que t’en rajoutes. Alors j’y vais à fond moi, tant que ça marche [rires]. Les autres, les gars de CFA, ils me disent que j’ai tout compris quoi, qu’il faut que je continue mais pas tout le temps non plus. Faut que j’apprenne à doser. [Rires].
    Paulo, joueur de l’Étoile, U19.
    Avec un peu de recul, je pense que je me serais plus montré. J’ai joué, je jouais un poste arrière droit, euh, qui demande beaucoup de rigueur et de, d’efficacité. C’est-à-dire que je relançais proprement, je récupérais, je relançais, mais je me suis peut-être pas assez montré. À cet âge-là, et dans les centres de formation, faut se montrer. T’es défenseur maintenant, je pense que le football actuel maintenant, tu joues en défense, je voyais euh, dans les centres de formation, tu fais un crochet derrière, tu fais, tu montes, tu provoques, maintenant, les défenseurs modernes c’est ça quoi. Et moi peut être que j’étais un peu trop euh, je faisais le boulot hein, j’étais, sur les deux saisons j’ai joué quatre-vingt, quatre-vingt-cinq pour cent des matchs. Les matchs que j’ai pas joués c’est que j’étais blessé. Donc j’étais un titulaire de l’équipe indiscutablement. Mais euh… On parlait pas assez de moi quoi. Je pense que j’aurais dû montrer plus. Quitte à me faire avoir sur certains coups, mais voilà, j’aurais dû montrer euh… Ceux qui l’ont fait sont passés en tout cas…
    Samba, ancien joueur de l’Union, exclu en CFA.

    47Cette stratégie d’affichage n’est en rien un contenu affiché et transmis par les éducateurs. Il s’agit d’un savoir acquis sur le tas, au contact des joueurs plus âgés ou par expérimentation personnelle. De la même manière, si les anciens apprennent aux plus jeunes comment se montrer, ils leur apprennent aussi à rester discrets ou à simuler un investissement intense cachant ainsi fatigue ou blessure. Pousser un peu l’adversaire dans le dos pour se donner de l’espace, râler de manière exagérée lorsque le coéquipier ne fait pas la passe, faire des appels sans accélérer mais pour créer du mouvement aux yeux de l’entraîneur ou libérer son ballon vers l’arrière ou sur le côté constituent ainsi des savoirs souterrains qui permettent de construire une image positive vis-à-vis de l’entraîneur, critère fondamental dans la poursuite d’une carrière de haut niveau.

    48L’optimisation devient donc le maître dans la fabrication des jeunes footballeurs en fin de formation. Cette optimisation passe, dans la formation des joueurs professionnels, par une individualisation du travail et des attentes à l’entraînement comme en match. En effet, si les résultats des équipes de jeunes représentent un élément essentiel dans l’évaluation des entraîneurs en centre de formation, les carrières d’éducateurs se construisent sur la quantité et la qualité des profils individuels amenés dans le groupe professionnel. La focale d’intervention se déplace ainsi, lors des dernières années de formation, de l’ensemble du groupe vers le développement des individus, et ce d’autant plus que les éducateurs commencent à prendre conscience de la spécificité de chaque joueur :

    Non, mais quand tu regardes ce qui se faisait avant en préparation physique, je veux dire euh, c’était la préhistoire quoi, tout le monde faisait pareil et tout. Non, non, maintenant, bon, nous c’est difficile hein ici, on vient de s’installer et tout, mais bon, même moi, dans mes études quoi, on commençait à dire qu’il fallait travailler d’abord sur la personne ou sur quelques-uns mais pas sur tout le monde en même temps quoi. En musculation par exemple, c’est un truc de fou. En fonction du gabarit du mec, de ses leviers, du type de fibres, si c’est un muscle unipenné, bipenné, multipenné, ‘fin bon, et ben les exercices vont être différents. Si c’était faudrait une séance par mec. Alors c’est sûr, on peut pas, mais moi c’est ce que j’essaie de faire passer aux coachs quoi, mais ils le savent, ils s’en rendent compte eux aussi sur le terrain, en fonction des postes, des qualités de chacun, ça commence à changer tout doucement hein…
    Joseph, préparateur physique de l’Étoile.

    49Nous avons cependant pu relever certaines différences dans la logique d’individualisation et d’optimisation du potentiel des joueurs en fonction des clubs. Au club de l’Union, le développement est centré sur un travail au poste. Mais cela va encore plus loin. Il ne s’agit pas de former des attaquants, des milieux ou des défenseurs, mais bien « de former le mec qui va remplacer [l’]arrière gauche dans deux ans ou [l’]attaquant de pointe dans six mois »9. Les objectifs de la formation ne peuvent donc être formulés en termes de développement des points forts ou des points faibles du joueur puisque le référent en termes de produit fini est le joueur imaginé et souhaité par l’entraîneur de l’équipe première. Les attentes pesant sur les éducateurs en formation sont donc de fabriquer un joueur collant le plus possible aux attentes du staff professionnel. Même si les critères attendus sont définis pour laisser place à une certaine marge de manœuvre dans la sélection des profils arrivant à maturité, il s’agit de bien comprendre que l’individualisation et l’optimisation de la formation se font à partir d’un cadre extérieur qui s’impose au joueur et non selon le développement de ses qualités intrinsèques. Les conséquences en termes d’identité professionnelle sont une forte spécialisation au poste (le joueur n’est pas un simple attaquant, il est avant tout ailier ou attaquant de pointe) ainsi que le développement d’un fort sentiment d’appartenance au club puisque le modelage des joueurs s’inscrit dans un temps long et selon des possibilités de carrières définies très en amont du moment de sortie.

    - C’est vraiment con que j’ai eu cette blessure quoi, parce que euh, ‘fin je sentais qu’ils misaient vraiment sur moi quoi. Moi j’aurais vraiment adoré finir pro à L’Union quoi…
     - Et ailleurs ?
     - Ouais, bah euh, [rires], c’est sûr que j’aurais pas craché dessus quoi, mais moi ce que je voulais c’était vraiment de passer professionnel à l’Union quoi. T’es dedans depuis quatre, cinq ans, le coach il t’appelle le petit **** [Défenseur de l’Union entre 2006 et 2011], ‘fin, j’veux dire euh, ça fait plaisir quoi, t’as envie de leur montrer, t’y crois.
    Sam, ancien joueur de l’Union, exclu en CFA.

    50Au Sporting, la logique est différente. Elle est en quelque sorte l’opposé de la stratégie choisie par l’Union que nous venons d’évoquer. L’objectif de formation servant de référence n’est pas lié aux attentes de l’équipe première du club mais apparaît dépendant des caractéristiques des joueurs présents en formation et de la volonté de les rendre, au plus vite, rentables sur le marché des footballeurs professionnels. Nous pourrions dire que les contenus de formation sont, au sein du Sporting, dépendants de la nature et de la qualité de la matière première disponible. Mais contrairement au cas de l’Étoile que nous aborderons juste après, le travail d’optimisation et d’individualisation du travail auprès du joueur se fait « par le haut ». C’est-à-dire qu’il vise avant tout le développement des qualités des joueurs :

    - Quels sont les incontournables en termes de contenu de formation en CFA ?
     - Hum, tu sais, je peux pas te répondre comme ça en fait, ça dépend, ça dépend vachement des joueurs, de comment ils sont. […] Ce qui est sûr c’est que pour franchir la dernière marche il faut pas de points faibles, ça c’est sûr, mais il faut surtout une, voire deux grosses qualités. Un mec moyen, il va faire un bon joueur de CFA ou de National, ça suffira. Pour passer, il faut avoir un ou deux gros points forts et les bosser à fond pour faire la différence.
    Albert, éducateur du Sporting, CFA.

    51Si les éducateurs du Sporting cherchent à « gommer les points faibles » ou « renforcer les manques », leur priorité est de développer au maximum les armes fortes de leurs pensionnaires. Le développement des joueurs étant centré sur des qualités physiques, techniques ou tactiques, et moins sur des commandes précises de la part du secteur professionnel, les jeunes du Sporting apparaissent moins attachés à leur poste que les jeunes de l’Union et définissent avant tout leur placement sur le terrain en fonction d’une ligne d’appartenance (être attaquant, défenseur ou milieu). Peu attachés à leur poste, les jeunes joueurs du Sporting sont aussi moins désireux de devenir professionnels dans leur club formateur. L’exacerbation des qualités individuelles produite par la centration des contenus de formation sur le développement de leurs points fort, alliée à un climat incertain et concurrentiel que nous aborderons dans les chapitres suivants n’y sont sans doute pas étrangers. Les joueurs capables de percer au plus haut niveau apparaissent alors comme des profils performants qui seront à spécialiser en post-formation au Sporting ou ailleurs.

    52Au sein du club de l’Étoile, l’optimisation et l’individualisation passent, comme au Sporting, par un travail sur les caractéristiques du joueur plutôt que par le modelage de l’individu selon un canevas souhaité par le groupe professionnel. Mais alors qu’au Sporting ce sont les points forts des pensionnaires qui font l’objet de toutes les attentions, les éducateurs de l’Étoile cherchent à combler ce qu’ils estiment être les manques de leurs joueurs. Tous les éducateurs du club mentionnent dans le cadre des entretiens le faible niveau des joueurs auxquels ils ont à faire et le retard pris sur les autres clubs de haut niveau de la région à cause de la jeunesse du centre et de l’absence de structure de préformation de haut niveau. Les apprentis footballeurs de l’Étoile sont, dès lors, comme les jeunes du Sporting, beaucoup moins attachés à un poste précis mais se sentent, par contre, redevables envers le club qui leur permettrait de combler certaines de leurs carences. C’est en se positionnant comme structure bienfaitrice et régulatrice que le club de l’Étoile s’adjuge la fidélité de ses membres :

    Observation d’une séance de travail technique avec le groupe élite de l’Étoile (U19 et CFA). Il s’agit apparemment de faire des passes longues, ou du moins aériennes lors de l’échauffement spécifique pour préparer le travail tactique qui va suivre derrière et qui va se centrer sur la recherche de l’attaquant parti dans le dos de la défense. Un jeune joueur près de moi est en difficulté, il ne parvient pas à arrondir ses trajectoires de balle. Rocco [éducateur des U19] se rapproche de moi et me dit, suffisamment fort pour que le joueur l’entende aussi, « Tu vois quand je te disais tout à l’heure qu’on avait pas forcément la crème de la région, le mec il a dix-huit ans, il sait pas lever sa balle, ni faire une diago. Techniquement c’est grave quand même quoi… ». Il s’adresse alors au joueur : « J’vais t’aider quand-même va, ton pied d’appui, il doit être à côté du ballon, ça t’évitera d’avoir le c** en arrière. Et pis prend ton ballon un peu plus par-dessous. Voilà, on dit merci qui ? ». Le joueur lui répond « Merci Monsieur Rocco ». Rocco lui relance alors « Tu peux me remercier, parce que si je te laissais comme ça, avec les boites que t’as au pied, tu serais sur le marché en train de vendre des chaussures. Tu penseras à moi quand tu seras sur la plaine des pros, hein » et le joueur lui répond à nouveau « Merci Monsieur Rocco ». Note de terrain du 7 février, observation au centre de formation de l’Étoile.

    53L’accès au métier de footballeur se caractérise par un parcours de formation intense et exigeant. Du choc de la préformation à l’optimisation derniers moments de la formation, il est attendu des apprentis footballeurs qu’ils s’investissent dans le développement de leurs qualités physiques, savoir-faire techniques et tactiques. Certains y parviennent et continuent le parcours vers l’élite. D’autres craquent. Plus ou moins tôt ou plus ou moins tard. C’est ce qui rend le parcours d’un apprenti footballeur incertain. D’autant plus que cette sollicitation hyper intense du corps et des pouvoirs en action se double, comme nous allons le voir dans le chapitre suivant, de la mise en place d’un mode de vie ascétique que les éducateurs assimilent à un travail sur le « mental » que tous les joueurs ne sont pas capables d’intégrer.

    Notes de bas de page

    1 Même si le suivi physiologique des jeunes est performant dans l’ensemble des structures de (pré) formation et permet par exemple d’anticiper les traumatismes éventuels causés par une fatigue excessive, les accidents à l’entraînement ou en match, facteurs de risques totalement aléatoires par nature, restent la principale cause de blessure.

    2 Entretien avec Woody, éducateur du Sporting, U15.

    3 Consulter notamment à ce sujet la thèse de Nathalie Jelen (2009) sur les débuts de carrière des enseignants d’EPS.

    4 C’est en tout cas ce que semblent montrer Martin Roderick (2006) dans une étude sur le quotidien des footballeurs professionnels anglais ou encore Frédéric Rasera (2012, 2016) sur des joueurs professionnels français dans un club de Ligue 2.

    5 Séances spécifiques au développement de la puissance et de la capacité anaérobie lactique utilisant une succession de temps d’effort et de récupération.

    6 Séances spécifiques au développement de la puissance et de la capacité aérobie utilisant des variations d’allures à partir d’une valeur de référence appelée VMA (Vitesse Maximale Aérobie), autrement dit, la vitesse maximale que peut atteindre un individu en n’utilisant que l’oxygène ambiant pour produire l’énergie.

    7 Les compétences tactiques sont évidemment dépendantes des capacités perceptives et décisionnelles qui sont elles-mêmes en lien avec les savoirs techniques : pour faire le bon choix dans une situation de jeu donnée, il faut décider rapidement de ce qui doit être fait. Cela suppose d’avoir pris l’information de manière précoce, ce qui sous-entend d’avoir les compétences techniques permettant de ne pas être gêné par le ballon.

    8 Réalisation de « petits pas » alternés le plus rapidement possible.

    9 Entretien avec Michel, directeur du centre de formation de l’Union.

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    Juskowiak, Hugo. « Chapitre 2. Fabriquer un corps de footballeur, ou comment résister à un intense apprentissage physique, technique et tactique ? ». In Un pour Mille. Arras: Artois Presses Université, 2019. doi:10.4000/books.apu.19430.
    Juskowiak, Hugo. « Chapitre 2. Fabriquer un corps de footballeur, ou comment résister à un intense apprentissage physique, technique et tactique ? ». Un pour Mille, Artois Presses Université, 2019, https://doi.org/10.4000/books.apu.19430.

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