Chapitre 2
La fabrique des migrants sportifs 1954-1962
p. 45-68
Texte intégral
« Il se demande ce que font ces joueurs algériens dans une Coupe de France, alors que là-bas, le sang coule dans les caniveaux… Bône coupée en deux par la Seybouse. Rive gauche. Rive droite. Les Français d’un côté. Les Arabes de l’autre. Cours Bertagna avec platanes luminescents et jeunes filles hâlées par le soleil des plages se tenant par la main, montant et remontant l’immense allée à la recherche du fiancé idéal, et au bout l’église ridicule et la gare de style saharien, sorties tout droit d’un rêve colonial brumeux à l’odeur d’absinthe et de jujube, en dehors du temps et de l’histoire avec, dominant le tout, la cathédrale Saint-Augustin et la vierge en stuc qui bénit la ville lorsque le sirocco souffle et que sur l’autre rive s’embrasent les bidonvilles »1.
Rachid Boudjedra, romancier
1En 1954, plus de 25 000 footballeurs jouent en Algérie, soit le tiers des licenciés2. Seuls vingt joueurs travaillent dans le Championnat de France3. 68 évoluent dans les clubs français de première et seconde division jusqu’en 1962. Ils grandissent majoritairement dans le département d’Alger. Ces sportifs immigrés, parfois héros oubliés, ont la nationalité française et la possibilité de circuler vers la métropole, deux droits accordés aux franco-musulmans à la fin de la seconde Guerre Mondiale. Leurs projets migratoires dépendent de leurs variables d’origines4. En effet, dans la chronologie de l’émigration sportive, les conditions sociales et culturelles se distinguent des rôles joués par la FFF, le FLN et les réseaux sportifs, amicaux et militaires. Pauvreté, contraintes et menaces sont bien présentes.
1. L’espoir d’ascension sociale
2Les 21 migrants sportifs interrogés, nés entre 1931 et 1939 dans l’Algérie coloniale, sont des urbains en quête d’une improbable promotion sociale en Algérie. Ils sont élevés dans des quartiers musulmans des préfectures d’Alger et d’Oran. Ils se retrouvent aussi dans les villes de moyenne importance à Batna, Chlef, Mascara, Saïda et Sétif ou dans les communes de Boufarik, Chiffalo et Saint-Arnaud5. Près de la côte algérienne, ils cherchent presque tous à atteindre la métropole pour échapper à la relégation et à l’impitoyable ordre racial, finement étudié par les historiens Benjamin Stora, Omar Carlier et Jeanine Verdès-Leroux6. Quelques chiffres laissent sans voix : en 1955, sur 2 000 fonctionnaires du Gouvernement Général de l’Algérie, huit sont musulmans ; un million d’hommes actifs sont sans emploi ; le revenu brut de l’européen est 28 fois supérieur à celui du musulman ; quinze pour cent seulement des enfants musulmans sont scolarisés. Dès l’enfance, ces futurs joueurs connaissent des colons qui partagent parfois les mêmes réalités sociales et spatiales et qui composent une société complexe, avec tous les métiers, tous les statuts possibles, et non une caste de riches et d’exploiteurs. Plus nombreux, ces jeunes musulmans sont sur le point de devenir les maîtres de la rue algérienne où gronde une violente révolution juvénile. Elle se caractérise par leur présence physique et leur insolence verbale mais aussi des tensions intercommunautaires et des rapprochements vestimentaires avec les européens. Leurs conditions de vie misérables se durcissent par les privations de la seconde Guerre Mondiale, leur déscolarisation et la crise agraire qui renforce les déséquilibres économiques.
3Composée d’une huitaine de membres, leur famille proche est nombreuse et mal logée dans deux pièces. Les faibles revenus du père permettent tout juste d’assurer l’essentiel. Quatorze sont des fils de journaliers (docker, ferrailleur, manutentionnaire, puisatier, serveur), cinq de fonctionnaires (chef-cuisinier, gendarme, policier, responsable administratif) et deux de militaires de carrière morts pendant et après la guerre7. L’absence d’égalité juridique, sociale et économique est flagrante. Elle est rigide aussi : presque la totalité des moyens de production sont aux mains des colons ; les franco-musulmans sont soumis à l’exploitation et à la ségrégation spatiale. Chaque nuit à Mascara, d’épaisses portes se referment et séparent le quartier européen du quartier musulman où grandit Khennane Mahi dans un environnement dominé, ni francophone ni francophile. Illettrés et musulmans pratiquants, leurs parents les éduquent avec discipline par l’arabe dialectal, le kabyle et parfois le français dans les foyers des fonctionnaires et militaires. L’éducation religieuse est stricte, respectueuse et modérée valorisant le quatrième pilier du ramadan. Les ascendants ne semblent pas influencer le destin sportif de leurs fils : le père n’a pas de passé sportif, la mère assume les tâches familiales et ménagères traditionnelles des familles musulmanes pauvres. Les loisirs sont rares et tous gratuits comme les pique-niques à la plage et quelques sorties peu coûteuses au stade municipal. C’est le scepticisme parental voire le rejet violent qui l’emporte quant à la pratique sportive des enfants. Les parents la perçoivent comme un nouvel ennemi aggravant leurs conditions matérielles, une atteinte à la morale et à l’ordre du groupe8. À l’image des premiers sportsmen de la fin du XIXe siècle en France, la débauche d’énergie improductive, l’anglomanie dangereuse et le spectacle indigne du football leur sont donc reprochés9. Pour la moitié d’entre eux comme Smaïn Ibrir dont le frère aîné Abderrahmane est footballeur professionnel, un grand frère, un cousin ou un oncle constituent un modèle. Il permet l’ouverture de ces futurs footballeurs à la pratique sportive et la formation du rêve d’émigration sportive qui résonne comme un moyen de renverser leur situation sociale.
4Ce désir d’émigrer repose sur l’espoir d’une émancipation de la domination coloniale mais également des contraintes et pesanteurs amicales, familiales et religieuses de la société traditionnelle qui est patriarcale. Par une carrière de footballeur professionnel, ils cherchent à s’échapper des tutelles qu’ils subissent en Algérie. Après avoir fait un essai concluant avec le RC Strasbourg et sur le point de démarrer la saison 1956-1957 sous ses nouvelles couleurs, Saïd Amara annonce la nouvelle à son père fervent adepte de la fantasia10. Au-delà de la joie finale, il décrit ici parfaitement le rapport de force engagé avec son géniteur, modeste fellah de Saïda, qui ne souhaite pas voir remise en cause son autorité ni renverser la hiérarchie familiale.
Je suis massacré par mon père Bachir chaque fois que je me trouve sur un terrain vague en train de jouer au ballon. Il veut que son fils soit instituteur ou employé aux PTT. À notre époque, le football est le jeu des voyous. À partir du moment où je suis titulaire au SC Bel-Abbès, il est fier. En 1956, à mon retour de Strasbourg après un mois d’essai et un accord trouvé avec le club, je rentre en Algérie. On discute en famille. Il est heureux de retrouver son fils qui a quitté la maison pour la première fois. J’ai signé un contrat professionnel et il doute de moi. Mon père me donne des répliques. Il me nargue et me traite de chèvre. Je me la ferme. Finalement, je sors mes billets de ma musette. C’est volumineux. Pour la seconde fois de ma vie, je le vois pleurer. Je lui donne l’argent et je retourne en France.
2. L’apprentissage de la langue du dominant
5Si le football est un instrument de promotion sociale et offre aux joueurs la possibilité de fuir les discriminations quotidiennes, certains conditionnements culturels sont à prendre en considération pour analyser leur migration privilégiée vers la métropole.
6Le premier d’entre eux est la fréquentation de l’école primaire. Bien que leur scolarisation soit écourtée par manque de moyens ou par l’intervention de directeurs zélés, symbole de la violence de l’ordre socio-racial de l’Algérie coloniale, elle s’avère décisive. Contrairement à leurs parents et alors que la proportion d’enfants musulmans scolarisés est dérisoire, tous les footballeurs interrogés s’assoient sur les bancs de l’école. Tous y apprennent à lire, écrire et compter en langue française, ce qui leur fournit des instruments fort utiles dans la perspective d’une émigration en France. Leur maîtrise de la langue française les projette dans un monde englobant les mythes de la science, de technicité, du progrès et de l’hédonisme, un monde laïc où le colonisateur est l’ennemi et le professeur11. Dix-sept d’entre eux comme Abderrahmane Soukhane s’assoient derrière les mêmes pupitres que les enfants d’européens sans pour autant les fréquenter une fois la cloche de sortie retentie. Ils découvrent et apprennent un programme semblable à celui de métropole. Les enseignements d’histoire et de géographie sont centrés sur cette France inculquée ; les leçons de morale et les couplets de La Marseillaise restent inoubliables. À l’exception de Larbi Boussa et de Salah Djebaïli venus en métropole pour leurs études, tous sont victimes de la ségrégation scolaire, le plus souvent après avoir obtenu le Certificat d’études primaires. Exclus du système où quelques-uns découvrent les joies du sport, ils travaillent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Parfois, leurs clubs les aident à trouver des emplois plus ou moins précaires. Certains sont ajusteur-tourneur, comptable, employé de mairie, menuisier, pâtissier, peintre, plombier et soudeur. D’autres sont coiffeurs, ouvriers et serruriers. Une fois encore, l’occasion leur est offerte de prendre conscience des discriminations et de rêver d’un autre avenir hors d’Algérie, une terre qui vit au rythme de la métropole.
7Comme les fils d’européens, leurs pratiques culturelles sont occidentales. Hors du cercle familial, elles renforcent leurs connaissances de la France. Presque tous les joueurs interrogés lisent la presse sportive française diffusée en Algérie. Chaque semaine, ils attendent impatiemment But, France-Football, Le Miroir des Sports et L’Équipe. Leur regard peut se détourner de l’actualité sportive locale pour se plonger vers celle de France. À cette fascination pour les possibilités qu’offre la métropole s’ajoute l’exemple des figures sportives nord-africaines ayant réussi leur carrière en France comme Larbi Ben Barek12. Ils admirent aussi les combats de Marcel Cerdan ou les buts de François Mercurio, milieu marseillais des années 1950, originaire du village de Chiffalo. Mohamed Lekkak suit ses performances dans la presse et sur le récepteur « toutes ondes ». L’identification est indiscutable : « pour tous les gamins, Mercurio est notre dieu. Pendant ses vacances, il vient à Chiffalo et s’occupe de nous. On est toujours derrière lui ». De même, l’adolescent Hamid Kermali est attentif aux exploits de son aîné Mokhtar Arribi qu’il rencontre parfois : « de Sétif, c’est Arribi le premier qui part jouer à Sète. Quand il revient l’été, il me parle du professionnalisme ». Lire la presse française est l’un de leur passe-temps. Ecouter de la musique arabe traditionnelle et de la musique française et américaine par l’intermédiaire de la radio et du tourne-disque l’est tout autant. Ils apprécient les chansons de Charles Aznavour, Louis Armstrong ou encore Elvis Presley, entonnent les mélodies de variété, de jazz, de rock et de mambo. L’intérêt pour l’Occident prend les traits de la réussite sportive d’un champion, d’un disque, d’un magazine, d’un roman ou d’une musique venue de métropole. Leur projet migratoire se façonne aussi dans les salles obscures.
8Naturellement, ils attendent impatiemment la sortie des derniers films français et américains. Qu’il soit ambulant comme à Chiffalo, associé à des projections à l’école primaire à Saïda, ou plus confortable dans les grandes villes d’Algérie, le cinéma est un rare moment de plaisir pour la majorité des footballeurs rencontrés. Fascinés par les films français d’humour et les westerns américains ainsi que par les actualités sportives qui les précèdent, ils le sont aussi par les films mettant en scène la France riche et moderne contrastant avec leur cellule familiale traditionnelle. Les propos d’Albdelkrim Kerroum sont éclairants : « à treize ans, pour rentrer au cinéma, nous ramassons de l’herbe pour les lapins de la patronne. On découvre de jolis coins de la France. Cela me donne envie de la connaître ». D’ailleurs, s’il est acté que les scouts musulmans algériens forment de futurs militants nationalistes, neuf footballeurs interrogés s’engagent dans ce mouvement créé en 1907 par Lord Robert Baden-Powell13. Par cette pédagogie impériale d’origine anglaise, ils développent leur imaginaire et de nouvelles compétences dans l’action comme construire des ponts, suivre des traces et monter la garde. Pour Abderrahmane Defnoun, « ça nous prépare à la vie associative, à la vie dans la nature et à la débrouillardise ». S’ils délaissent rapidement les jamborees, en moyenne à onze ans, pour se consacrer définitivement au football, le scoutisme est bien une école de l’aventure, susceptible de favoriser leur adaptation de l’autre côté de la Méditerranée14. Le fait qu’une partie de la jeunesse colonisée adopte les processus de socialisation de ses adversaires dont elle refuse au même moment le mode de domination révèle l’accomplissement d’un processus inconscient et ambivalent, déterminé par un pouvoir d’attraction et de fascination de l’habitus des privilégiés de l’ordre colonial15. Une invitation de plus à mettre en évidence le rôle du football dans l’acculturation de ces franco-musulmans en Algérie.
9Ils vouent à ce sport une véritable et durable passion qui excède toute rationalisation sociologique. Ils le pratiquent dès le plus jeune âge avec plus d’assiduité que l’athlétisme et la natation, deux autres disciplines populaires et peu instrumentées. Rejetés des espaces sportifs distinctifs fortement ségrégués et réservés au colonat comme l’escrime, l’équitation, le tennis et le tir, ils découvrent le football dans de vastes espaces proches de leur domicile comme les terrains vagues, les jardins, les places et les prés. Des garçons plus âgés, parfois des grands frères, s’adonnent à des matchs informels plus ou moins improvisés. Les rejoindre est une évidence. Des journées entières, le plus souvent pieds nus, ils s’amusent et frappent dans des bas et des pelotes de chiffon et de tissu en guise de ballon. Selon Hamid Zouba, « la matière première, c’est la rue. C’est là où on acquiert l’adresse et la malice. Le football nous sauve ». Déjà, les matchs opposant les communautés ne sont pas rares et se déroulent dans une ambiance enfantine des plus cordiales malgré les différences. Ahmed Arab évoque le fait que « les Français ont un ballon. Il n’y a jamais d’histoire. On joue tout le temps ensemble mais aussi contre eux ».
10La découverte du sport et surtout celle du football les confrontent brutalement à la modernité occidentale. Avant même que ne se confirme leur excellence sportive dans les clubs en Algérie, en jouant avec assiduité et en progressant au football, ils participent à la diffusion d’un sport né en Angleterre au XIXe siècle. Ils assimilent également les normes occidentales véhiculées par cette pratique sportive réservée initialement à une élite britannique bourgeoise, protestante, mâle et blanche. Outre de nouvelles tenues vestimentaires parfois transgressives, ils s’approprient les valeurs sportives qui sont mérito-démocratiques. Fair-play, compétition interindividuelle, hiérarchie, obéissance au capitaine, respect d’une loi régulée de l’extérieur et interchangeabilité des rôles en font partie. Cet « effet corps », concept créé par Nicolas Bancel, constitue une rupture évidente pour ces jeunes footballeurs16. Il postule la possibilité, pour les meilleurs, d’échapper à des positions figées par la reproduction sociale, le lignage, l’appartenance clanique, ethnique et religieuse, déterminismes puissants en Algérie car ils sont portés à la fois par les structures de la société autochtone et par les hiérarchies coloniales. Ainsi, la pratique du football combinant la promotion de l’excellence et l’incertitude du résultat participe activement de l’acceptation et du renforcement des nouvelles valeurs de la modernité coloniale. Elle apparaît aussi motrice dans la construction psychique qui rend l’Occident désirable. Des voyages en France se concrétisent pour certains, alors qu’ils sont adolescents et jeunes hommes, de manière plus ou moins volontaire et spontanée.
11Comme un aimant, des liens de proximité se tissent entre certains footballeurs et la métropole. Ils la connaissent pour l’avoir parcourue. Dans cette réalité complexe, le rôle de l’institution militaire est évident. Hamid Kermali par exemple passe une partie de son enfance en France ; son père s’était engagé dans l’armée française et logeait dans les casernes de Bergerac et d’Arles. Après l’avoir tant souhaité, Smaïn Ibrir traverse pour la première fois la Méditerranée en 1953 en direction de celle de Belfort où il passe un an. L’année précédente, d’autres sportifs comme Mohamed Maouche se rend à Paris avec des amis :
on dort partout. On connaît déjà la culture française avant de partir. On a la même langue. On sait lire et écrire. On est conseillé par nos aînés, nos voisins et nos amis. On sait les endroits à ne pas fréquenter. À Barbès, Pigalle, Place Clichy, déjà en 1951, l’ambiance est chaude.
La France dont ils font l’expérience prend souvent les traits d’un territoire fabuleux, surtout quand elle permet de partager le quotidien d’un footballeur professionnel. Mohamed Lekkak n’est pas prêt d’oublier sa première venue à Marseille à seize ans grâce à l’employeur de sa mère adoptive. L’hôtel sur la Canebière, le spectacle fourni par l’OM et le repas dégusté à la table de Gunnar Andersson, Roger Scotti et bien sûr l’enfant du pays « Fanfan » Mercurio le laissent bouche bée. Cependant, ces voyages spontanés peuvent virer au cauchemar. Abdelkrim Kerroum tente sa chance une première fois en métropole en 1956 et vit un échec traumatisant. Cherchant à fuir l’Algérie, il obtient l’autorisation paternelle et se rend avec deux camarades de Saïda à Orléans. L’objectif est de travailler à l’usine pour peut-être se professionnaliser dans le football.
On part à l’aventure. On arrive à la gare d’Orléans. Il y a un orage. Il est quatre heures du matin. On grelotte, seul. On a des amis mais personne ne veut nous recevoir. On se débrouille. On trouve du travail à l’usine Arago et on joue en division d’honneur. On couche dans une roulotte abandonnée de bohémiens. Il fait moins dix-huit degrés la nuit. Le matin, le pantalon est collé à la peau. On mange du pain et du lait. C’est dur. Ensuite, on va à Saint-Denis mais c’est l’absence de logement qui nous fait revenir à Saïda.
Qu’ils soient ou non associés à un souvenir heureux, ces premiers voyages en métropole restent gravés dans leurs mémoires, comme les retours estivaux des travailleurs émigrés en Algérie. Ils provoquent fascination et jalousie. Khennane Mahi rappelle que
venir en France est un rêve. À cette époque, on a un voisin qui est parti jeune à Paris. Quand il revient à Mascara, tout le monde le regarde. Il est habillé en costume et en cravate. On n’a pas l’habitude de voir ça. On est en admiration devant lui parce qu’il vient de France.
Les clubs algériens ont aussi leur part de responsabilité : tous les aspirants au départ, sans exception, sont repérés, recrutés et formés. Ils évoluent dans les plus prestigieuses divisions amateurs algériennes. En ce qui concerne les migrations des élites sportives, le footballeur autodidacte n’existe pas.
3. La production coloniale d’une élite
12Pour tous les joueurs, les recrutements et la progression de leurs excellences sportives dans des clubs amateurs algériens sont cruciaux. Autrement dit, leurs carrières algériennes déterminent leurs futures performances de haut-niveau17. Si tous signent une licence dans un club local, quinze joueurs interrogés sont directement repérés par des recruteurs, à la recherche de jeunes garçons à fort potentiel. La rue devient le terrain de chasse des dirigeants, supporters et bien sûr des entraîneurs comme Mustapha Kamal de l’OMSE.
Ali Benaouda, dit “Layas”, le célèbre entraîneur et ancien joueur de la ville, c’est bien lui qui emmène toute une génération du quartier à l’USM Sétif : Mokhtar Arribi, Rachid Mekhloufi et moi-même,
raconte Hamid Kermali. Kamel Lemoui qui vient de remporter le championnat scolaire régional avec son équipe est approché par le charismatique maire de sa ville, Alfred Malpel, qui préside le club européen de l’AS Batna. Pour de nombreux joueurs, le début de carrière sportive suit ce même scénario, celui d’un repérage précoce.
13Il arrive aussi que ces joueurs tentent leur chance en se présentant au club local. Ainsi, à Alger, Amokrane Oualiken, Abderrahmane Soukhane et Hamid Zouba prennent attache avec le club de leur quartier natal : l’Entente Sportive Ben Aknoun, la JSEB et l’OMSE. Les sièges sont proches de leur domicile et souvent, leurs frères aînés y jouent déjà. Après un essai concluant, ils signent leurs premières licences avec ou sans l’accord parental puis se voient offrir une tenue sportive. Elle est composée d’un short et d’un maillot sur lesquels sont brodés les insignes du club. Ils reçoivent une première paire de chaussures dont ils prennent un tel soin qu’ils les portent en s’endormant. Pour tous, la progression est linéaire bien avant d’intégrer éventuellement les prestigieuses sélections de ligues et de remporter des titres. Encore juniors au sein du club, ils gagnent leur place de titulaire ; les entraînements et déplacements se multiplient. Leurs yeux sont rivés sur les seniors de l’équipe première qui jouent chaque semaine devant des milliers de spectateurs. Ils sont prêts à tout pour les approcher, quitte à cirer leurs souliers et à s’improviser porteurs de sacs. Onze joueurs interrogés s’engagent tout d’abord dans un club musulman où le manque de moyens est flagrant. L’esprit de camaraderie contraste avec les primes de matchs faibles, voire inexistantes. Pour ces jeunes en majorité déscolarisés après quatorze ans et contraints aux emplois précaires, la possibilité de trouver un travail grâce au club est presque nulle. Le quotidien de Saïd Amara est bien différent de celui de son ami Abdelkrim Kerroum, sociétaire du MC Saïda. Il débute dans le club européen de cette ville, le Gaieté Club Saïdéen, et découvre un nouveau monde. Le président Francis Baylé, également propriétaire d’une des brasseries locales, lui permet successivement de poursuivre ses études, d’être réformé du service militaire et d’être employé au service de l’État-civil de la mairie.
14Repérés, recrutés et progressant dans les clubs algériens, ils sont tous surclassés. En effet, alors qu’ils n’ont pas dix-huit ans révolus, l’âge légal pour la catégorie seniors, ils intègrent provisoirement puis définitivement l’équipe première de leurs clubs. Âgés de seize ans en moyenne, ils quittent les équipes juniors où ils se sont démarqués pour rejoindre les footballeurs des équipes fanions18. C’est pour eux un moment important. Ce surclassement pèse sur leur recrutement et leur future adaptation en métropole. Confrontés à une concurrence plus importante, ils doivent de nouveau gagner leurs places pour figurer durablement dans cette élite locale. S’imposer dans une équipe d’adultes leur permet de développer un sens de l’adaptation hors normes : ils gèrent de nouvelles compétitions, complicités et amitiés. Ils doivent également assumer un nouveau statut à l’intérieur et l’extérieur du club et jouer devant un public d’adultes plus nombreux et plus virulent. Sur le plan technique, ils développent de nouvelles habiletés tactiques et stratégiques, façonnent leur physique ; des qualités exigées dans leurs futurs clubs professionnels.
15De fait, jouissant désormais d’une nouvelle notoriété locale, certains de ces jeunes espoirs du football algérien continuent à attirer les recruteurs des clubs européens qui sont omnisports. Hamid Zouba quitte l’OMSE pour l’ASSE en 195319. Face à leurs convoitises, certains comme Abderrahmane Soukhane refusent de les rejoindre et d’être discrédités aux yeux de leur communauté. Morceaux choisis :
avec mon frère Mohamed, on joue à la JSEB. Le club français rival, le Sporting Club Union El Biar, nous offre presque un château pour aller jouer chez eux. Un logement, un travail, des tas de trucs mais il n’en est pas question.
16Amar Rouaï du Mouloudia El Eulma évoque certaines pratiques contraignantes de l’autre club local :
le seul moment où l’on peut donner la tannée aux colons, c’était sur un terrain de football. Les sorties de stade sont très difficiles. L’équipe des colons de la ville souhaite me récupérer. Mon refus me vaut de passer pendant une semaine deux ou trois heures par jour en prison.
Les clubs métropolitains, à la recherche de jeunes étoiles, les contactent aussi grâce à leurs intermédiaires. En 1953, Mohamed Maouche est sollicité par l’Olympique Gymnaste Club Nice via son ancien entraîneur Charles Cros avant de terminer en quatrième position du Concours du Jeune Footballeur à Paris. Le FC Valence convoite également l’oranais Kaddour Bekhloufi. Ces jeunes musulmans jouissent désormais de nouvelles prérogatives dans le cadre d’une Algérie française qui jusqu’à présent les ignore et parfois les rejette.
17Dans les années 1950, la production coloniale de l’élite footballistique algérienne repose toujours sur les stimulantes et violentes rivalités entre clubs musulmans et européens. Ces derniers, dirigés par des notables, forment une trentaine de joueurs travaillant en métropole de 1954 à 1962. Sur les 29 footballeurs de l’Équipe du FLN, douze en sont originaires20. D’après les données recueillies, même s’ils sont moins nombreux, les sociétaires des formations européennes ont trois fois plus de chances d’entamer directement leur carrière en métropole dans un club professionnel que ceux quittant un club musulman. Criante inégalité, ces derniers doivent patienter quelques années dans le Championnat de France Amateur. Qu’ils jouent comme Larbi Boussa au RUA d’Albert Camus, parangon d’une Algérie semblable à une seconde France ou dans d’autres clubs tels le Club Maison-Carrée et l’Olympique du Littoral, ils sont formés dans des conditions privilégiées au sein du championnat algérien21. Tout en restant sensibles à la cause de l’Algérie algérienne, ils progressent dans ces clubs huppés de la bourgeoisie coloniale au contact de dirigeants bienveillants et fortunés comme l’avocat et homme politique Raymond Laquière, le député-maire de Saint-Eugène.
18Ainsi, pour recruter ces jeunes joueurs en provenance des clubs musulmans, les dirigeants européens leur proposent des rétributions matérielles importantes et un travail. Hamid Zouba, contacté lors d’un derby local, n’est pas en mesure de décliner l’offre qui lui est faite. Il raconte :
j’ai des besoins assez lourds. Pourquoi je quitte l’OMSE pour l’ASSE ? C’est pour le travail. Je me retrouve à travailler au port, dans la Compagnie Schiaffino dont les enfants du propriétaire sont supporters de l’ASSE. C’est un armateur. Quant aux primes, on est payé à la fin de chaque semaine. Trois cents francs par match, c’est de l’argent à l’époque.
Des relations quasi-familiales s’établissent. Kaddour Bekhloufi tient un discours sans équivoque :
le président du Club Athletic Liberté Oran me considère comme un fils. La preuve, quand il part à Alicante, il me ramène du linge et des chaussures. Il me donne de l’argent et aide mes parents.
19Ces relations filiales se retrouvent avec leurs entraîneurs expérimentés, le plus souvent des anciens footballeurs professionnels nés en Algérie comme René Rebibo au SC Bel-Abbès, Roger Couard au RUA, Lucien Jasseron à la JSEB et Michel Frutoso à l’Espérance Sportive de Mostaganem. Dans les clubs européens, ces joueurs musulmans encore soumis à quelques discriminations font, grâce à leurs entraîneurs chevronnés tels Paul Baron à l’ASSE et Paul Gévaudan à l’ES Sétif, des apprentissages techniques, tactiques et physiques qui facilitent leur future évolution en métropole. Ils bénéficient bien sûr de leurs conseils. Ils font aussi des apprentissages invisibles, plus sensibles, ceux d’un nouveau statut social et du vedettariat. Un rapprochement étonnant avec la culture du dominant se réalise. Ces clubs européens imposent à leurs représentants un nouveau mode de vie qui est le plus souvent perçu comme une chance. Se profile pour commencer un nouveau rapport à l’apparence vestimentaire. Avec ses équipiers comme Mohamed Maouche, Hamid Zouba se rend chez un tailleur et prend désormais presque tous ses repas au restaurant. Des loisirs mondains, jusque-là impensables et inaccessibles, sont pratiqués : billard pour Hamid Zouba qui rentre enfin dans les cafés, surprise-partie pour Mohamed Maouche qui rencontre des jeunes filles européennes à Alger ou encore chasse au perdreau pour Saïd Amara à Saïda. Tous ces nouveaux avantages, aussi plaisants soient-ils, demandent certains sacrifices comme le déménagement du quartier musulman pour éviter les reproches et insultes des voisins et amis.
20En 1954, les parents de Saïd Amara quittent Saïda pour tirer un trait sur leurs vies de misérables paysans. Ils s’installent à Sidi-Bel-Abbès avec leur fils qui vient d’être recruté dans le riche club européen de la ville. L’équipe a des moyens et trouve un logement à la famille au cœur du Sidi-Bel-Abbès colonial. Ils vivent un certain dépaysement : « Sidi-Bel-Abbès, c’est un autre monde. L’ambiance, les familles, les colons, les fêtes, ça n’en finit plus. Mon père aime ça », se rappelle Saïd Amara. Les salaires et primes versés permettent de s’acheter les attributs de la modernité et les outils de distinction sociale que sont les automobiles et les scooters. Le choc des cultures et le rêve de revanche sociale s’accomplissent :
au bout de six mois à Sidi-Bel-Abbès, je m’achète ma première voiture, une Traction Avant onze chevaux. On loue un chauffeur car on ne sait pas conduire. Et ça me marque de voir mon père qui descend de son cheval pour rentrer dans la Traction. On est content. Il porte sa gandoura et va se promener en ville où il est reconnu.
21Quant à Kaddour Bekhloufi et Mohamed Maouche, ils sont fiers de circuler à Oran et Alger avec la Vespa offerte par leurs clubs. Parfois, face aux barrages de police, ils se servent de leurs cartes de membre comme un précieux laissez-passer. Ces clubs européens leur offrent aussi un travail mais surtout la possibilité de voyager hors d’Algérie.
22Si Larbi Boussa continue à étudier au renommé lycée Bugeaud d’Alger, les autres footballeurs interrogés se voient proposer au même âge différents emplois par les clubs européens grâce à leurs réseaux politiques, économiques et militaires étoffés22. Ainsi, Mohamed Lekkak est responsable du marché de l’encaissement au marché de Castiglione. Kaddour Bekhloufi est nommé surveillant dans un hôpital. Leurs conditions de travail visent à les ménager. En outre, les voyages hors d’Algérie payés par ces clubs européens sont nombreux23. Mohamed Maouche, commis de bureau et mannequin pour le couturier Verco, décrit l’enchantement ressenti en métropole. Bien loin de ses initiatives individuelles, il fait désormais l’apprentissage du voyage à visées touristique et sportive. Comme ses jeunes équipiers de l’ASSE, ses frais sont pris en charge par le club chaque mois d’août de 1951 à 1954. À dix-huit ans, Paris, Versailles, Saint-Jean de Luz et Annecy n’ont plus de secrets : « c’est comme une colonie de vacances. Il y a tous les jours le lever des couleurs. On est Français à l’époque. On prend le train. On voit les paysages défiler. C’est une aventure extraordinaire ». L’ambiance est festive et heureuse ; la fascination pour la métropole se renforce. Avec un sens de l’organisation incontestable, les dirigeants de l’ASSE leur offrent des séjours en métropole, loin de toutes les tensions intercommunautaires en Algérie. Les semaines sont chargées entre les visites obligatoires de monuments et de musées et les matchs de préparation ; l’autorité bien présente. En 1954, pour leur dernier voyage collectif organisé par l’ASSE, la destination change. Après l’arrivée à Marseille en bateau, c’est en Suisse, et plus particulièrement à Genève et à Berne qu’il passe le mois d’août.
Comme on finit Champion d’Afrique du Nord juniors, René Baule et les autres dirigeants nous promettent un voyage pour la Coupe du Monde. On passe donc un mois en Suisse. On joue quelques matchs et on voit toute la Coupe du Monde, tous les matchs de l’Équipe de France jusqu’à la victoire finale de l’Allemagne,
affirme-t-il. Ironie de l’histoire, la révolution armée est planifiée par les représentants du FLN lors des derniers matchs de cette compétition24.
23Cette vie plus aisée et la rencontre avec l’Europe qui confirme son statut d’eldorado cristallisent leur désir d’émigrer. Dans l’Algérie coloniale, la perspective de s’enrichir et de fuir les discriminations quotidiennes est encore un horizon inatteignable pour ces joueurs algériens qui constituent une potentielle offre de travail abondante et qualifiée. Ils maîtrisent désormais les codes européens contrairement à la majorité des jeunes hommes algériens. Passés par l’école française, ils ont des pratiques culturelles occidentales et sont formés dans un club algérien avant de voyager en métropole. Toutes ces raisons poussent ces footballeurs algériens d’élite à envisager le départ vers la France et à chercher à intégrer de grands clubs hexagonaux. Cependant, si la configuration de la formation socio-économique et culturelle de leur projet migratoire apparaît constante entre 1944 et 1962, les circonstances particulières de la Guerre d’Algérie qui cause la mort de plusieurs centaines de milliers d’hommes modifient les possibilités politiques et pratiques de le réaliser.
4. Les joueurs dans la guerre
24S’ajoutant à l’ordre socio-racial et aux molestations récurrentes, les violentes opérations de maintien de l’ordre dans les départements d’Algérie donnent à ces footballeurs algériens une nouvelle raison de départ, surtout après 1956. À la Toussaint rouge du 1er novembre 1954 succède la campagne de boycott de tabac et des alcools lancée par le FLN et surtout le terrible soulèvement nord-constantinois du 20 août 1955 : 123 civils sont massacrés dont 71 dans la population européenne. La répression prend l’allure d’une guerre. Les effectifs militaires s’élèvent à 190 000 hommes en février 195625. De nombreux musulmans sont assassinés par l’armée française dans le stade de Philippeville26. Quelques mois plus tard, le nombre de soldats a presque doublé, s’appuyant sur l’engagement des harkis27. Les représailles aveugles cimentent l’unité nationale des musulmans contre les Français. Le point de non-retour de la révolution algérienne est atteint28. Au début du conflit armé, jusqu’en 1956, les métropolitains, peu informés, sont globalement indifférents à l’exception de quelques familles de jeunes appelés. La société française refuse de se vivre en état de guerre. En Algérie, les tensions se renforcent. Chaque jour, les sentiments d’injustice et de peur se font plus pressants. S’ils ne sont pas militants armés et restent peu engagés au sein d’organisations indépendantistes, les footballeurs algériens se disent sensibles à la cause de l’Algérie algérienne, mettant en avant leur conscience politique individuelle. Malgré leur faible implication politique locale, à la demande de leur oncle Abderrahmane Ibrir, Abderrahmane et Mohamed Soukhane remettent des courriers subversifs à des inconnus à Alger. La chaleur qui plane sur la ville blanche est étouffante.
25S’affichant dans l’équipe fanion de leurs clubs, ils subissent en contrepartie des intimidations et des menaces physiques. Mohamed Lekkak rend compte de ce qui le pousse à quitter l’Algérie en 1956 : « je n’ai pas ma langue dans ma poche. Des gens du patelin disent à ma mère que je dois partir pour ne pas être tué. Ça commence à être la territoriale. Les colons montent des polices parallèles à l’armée ». Le scénario se répète pour la moitié des footballeurs interrogés, variant selon leur éducation, leur âge et leur niveau sportif. Les interventions d’un voisin, ami, oncle, président de club et même du commissaire et du maire pour convaincre leurs familles de les laisser partir en métropole sont récurrentes. Footballeurs amateurs, tous connaissent et traversent la montée inexorable de la violence dans les stades algériens. Les derbys tendus entre clubs musulmans et européens se jouent sous haute surveillance, comme ceux opposant le MC Alger à l’ASSE lors de la saison 1955-1956 devant 5 000 spectateurs. De sa propre initiative, le MC Alger réclame sans succès à la ligue d’Alger l’arrêt du championnat. Soutenu par d’autres clubs musulmans, il se retire finalement de la compétition invoquant le souhait de préserver des vies humaines mises en jeu dans les nombreux incidents intercommunautaires.
26Inquiet et lucide, L’Écho d’Alger concède que le sport « demeure le meilleur instrument de fraternité entre les peuples et pour l’Algérie, le plus sûr moyen d’une intégration, même si celle-ci est considérée actuellement impossible sur le plan politique »29. Au même moment, le FLN lance une série d’attentats. Le couvre-feu est imposé à Alger. Les « pouvoirs spéciaux » sont confiés à l’armée et suspendent ainsi la plupart des garanties de libertés individuelles. Trois zones (pacification, opération et interdite) séparent le territoire algérien, provoquant d’arbitraires déplacements de population30. L’intensification de la Guerre d’Algérie qui véhicule d’autres enjeux dont la présence d’un colonat blanc de près d’un million de personnes et la mobilisation des appelés, au cours des années 1956-1957, oblige chacun en métropole à se positionner par rapport au conflit. Ce questionnement y est tardif et brutal car un consensus existe autour de la question coloniale depuis l’entre-deux-guerres31.
27En mai 1956, un nouveau derby divise davantage les communautés. Criant à l’injustice, l’USM Bel-Abbès déclare forfait en finale de Coupe d’Afrique du Nord contre son rival le SC Bel-Abbès. Une polémique est lancée autour du capitaine du Sporting Henri Calatayut, sous le coup d’une suspension, mais qualifié par la ligue d’Oranie32. Le FLN exploite cette affaire. Il ordonne aux clubs musulmans et aux joueurs musulmans des clubs européens de cesser toute activité sportive impérativement. L’instruction est suivie par les Algériens sportifs et artistes qui désertent les stades et les scènes de théâtre. Les championnats de la ligue d’Afrique du Nord se trouvent perturbés et la machine sportive grippée33. La majorité des clubs musulmans se sabordent momentanément, perturbant les différents classements34. Cet arrêté entraîne une vague importante de départs de footballeurs algériens musulmans vers la métropole. Les flux sportifs migratoires augmentent. Ainsi, lors de la saison 1956-1957, dix-huit nouveaux footballeurs évoluent dans les clubs de première et de seconde division. Ils foulent donc les pelouses françaises à Alès et Lille comme à Rennes et au Red Star35. Pour eux comme pour Saïd Amara qui rejoint le RC Strasbourg depuis le SC Bel-Abbès, la surprise de l’exil sportif est de taille :
mon voyage en France n’est pas au programme. Subitement, on me demande d’arrêter de jouer. Je n’ai aucun débouché en Algérie. Mon entraîneur, Monsieur Rebibo, me demande si je veux partir. Je veux rejoindre la France. Le futur entraîneur de Strasbourg, Jean Avellaneda, me connaît car il est originaire de Sidi-Bel-Abbès. Il demande à ses dirigeants de me convoquer.
28Une fois l’indispensable accord parental obtenu, le FLN favorise souvent ces départs puisqu’ils peuvent être rémunérateurs. Sans évoquer de racket, Abderrahmane Soukhane signale que « pour partir avec mon frère Mohamed, avec notre prime à la signature, on donne au FLN 2 500 dinars chacun pour aider la révolution ». Ils quittent l’Algérie d’autant plus aisément qu’en majorité célibataires et donc sans attache, ils croient tous en leur mektoub.
| L’Algérie de Jean Zatti Né en 1935 à Lens, formé au RC Lens, Jean Zatti est footballeur professionnel au Club Olympique Roubaix-Tourcoing de 1959 à 1964. En 1956, célibataire et en formation de prothésiste dentaire, je reçois la convocation de l’armée chez mes parents. Après quinze jours au Val-de-Grâce, j’embarque pour Alger à Marseille sur Le Pasteur. Au bloc opératoire de l’hôpital militaire Maillot, pendant vingt-six mois, je suis instrumentiste et fais partie d’une antenne chirurgicale mobile. Il m’est arrivé d’aller opérer à Tamanrasset le fils d’un chef touareg. Dès mon arrivée, je suis approché par des clubs algérois. Le Gallia sait que je suis un espoir du RC Lens. Je choisis finalement l’ASSE, le club algérien le plus en vue, car l’hôpital est proche de son stade. J’ai donc des commodités importantes d’autant que mon colonel m’autorise à sortir en civil mais armé. Il y a le retrait des équipes musulmanes. Nous sommes champions deux années de suite. Je suis payé par l’ASSE en fonction du nombre de spectateurs dans les tribunes. Avec la multiplication des attentats dans les stades, ils sont moins nombreux. Je me souviens de mes équipiers comme Robert Serrano et Hocine Bouchache. Emmenés par l’entraîneur Paul Jurilli, nous jouons dans toute l’Algérie, à Constantine comme à Sidi-Bel-Abbès où les trois quarts des footballeurs sont légionnaires. En 1958, avant mon retour en métropole, je fais signer à Lens mon ami Jean-Pierre Buadès. |
29Ralenti mais pas bouleversé, le championnat algérien se poursuit. Voie privilégiée de survie identitaire, d’auto-persuasion existentielle et de renforcement de la fraternité sportive avec la métropole, les équipes européennes gagnent tous les titres dans le football comme les autres sports36. Gallia Sports, Olympique Hussein Dey, SC Bel-Abbès et ASSE n’ont plus d’adversaires de taille ; les spectateurs musulmans sont médusés par leurs succès sportifs. Il leur arrive même de gagner une nouvelle notoriété au plan national grâce à leurs exploits en Coupe de France à laquelle tous les clubs algériens ont le droit de participer depuis 1954, suscitant des débats sur la régulation du football professionnel37. Ainsi, au Stadium de Toulouse le 2 février 1957, en seizièmes de finale de Coupe de France, l’équipe du SCUEB élimine à la surprise générale le Stade de Reims, finaliste de la Coupe d’Europe des clubs champions quelques mois plus tôt. Cette année-là s’ouvre à Issoire dans le Puy-de-Dôme le Centre d'Entraînement des Moniteurs de la Jeunesse d'Algérie pour reprendre en main la jeunesse musulmane, attirée par le FLN, dans un cadre civique et sportif. L’actualité algérienne est toujours aussi vivace.
30Concrétisant un rêve d’intégration de plus en plus menacé, un match opposant la sélection d’Alger à l’Équipe de France réserve est organisé en 1958. En 1959, l’année du Plan de Constantine, propagande oblige, les clubs algériens sont autorisés à participer au CFA en constituant un sixième groupe de dix clubs jusqu’en mars 196238. Le football a finalement peu d’impact dans cette contre-offensive coloniale visant à amarrer l’Algérie à la France. Les Foyers Sportifs des Sections Administratives Spécialisées chargés d’initier les Algériens aux sports individuels et collectifs n’y changent rien. Les violents affrontements communautaires et la folie sanguinaire submergent l’Algérie. Didier Rey rappelle que la situation s’aggrave durant la dernière année de la guerre. Bien avant les enlèvements et les massacres de plusieurs centaines d’européens à Oran au lendemain de l’indépendance, les stades servent de nouveau d’antichambre de la mort, comme le 5 juillet 1962, où de nombreux européens sont emmenés au stade municipal d’Oran et assassinés pour la plupart39. Quand ils quitteront le joyau de l’empire, les européens auront largement contribué au développement du football local. Dans leur paradis perdu, ils laisseront des infrastructures uniques en Afrique comme le CREPS flambant neuf de Ben Aknoun, des milliers de joueurs formés par leurs soins et des vedettes du ballon rond de toutes religions.
31Côté musulman, une partie des dirigeants et des joueurs rallie les organisations du FLN, à l’image de Mohamed Benhamed de l’USM Oran. D’autres gagnent les maquis de l’ALN comme des sociétaires de l’USM Bel-Abbès40. Une minorité tente sa chance dans des clubs amateurs métropolitains : Ahmed Boudjellal, Boukha, Miloud Ouis et Tazi à Auxerre, Larbi Naïr à Puteaux et Abdelkader Ould Bay à Orange41. Certains footballeurs et équipes continuent de jouer dans des équipes de quartier sans siège social ni conseil d’administration mais avec l’approbation des autorités coloniales. Ils obtiennent des dérogations du FLN qui, dans un climat de plus en plus tendu, instrumentalise davantage le football comme un facteur de mobilisation politique. Pour incarner la dynamique de rupture avec la société coloniale, les premières bombes explosent simultanément dans les stades d’Alger à Belcourt et El Biar le 10 février 1957 faisant onze morts et 45 blessés. Trois mois plus tard, le 26 mai 1957, après avoir assisté au match près du Président de la République René Coty, l’ancien Vice-Président de l’Assemblée Algérienne, le bachaga Ali Chekkal, est assassiné à bout portant par Mohamed Ben Sadok à la sortie du stade Yves du Manoir de Colombes42. Cet attentat se déroule à l’issue de la finale de la Coupe de France consacrant le Toulouse de Jules Bigot sur Angers, emmené par les buteurs Hamid Bouchouk et le futur International Saïd Brahimi. Lors de la finale de l’édition suivante en 1958, le buteur blidéen Abdelkader Mazouz qui joue à Nîmes se présente sur le terrain vêtu d’une chéchia rouge, une bravade aux autorités françaises. En 1951, son recrutement à La Berrichonne de Châteauroux depuis l’USM Blida laisse déjà entrevoir un fort ancrage colonial des réseaux de transfert. Ils sont au centre des conditions qui sous-tendent l’immigration entre Algérie et France et qui assurent son expansion dans le temps. Rares sont les joueurs comme Ahmed Oudjani à Vendôme et Mohamed Lekkak à Sète qui rejoignent la métropole sans contact sérieux. La lettre de recommandation remise par l’entraîneur Roger Couard à Larbi Boussa est inestimable : elle facilite ses débuts à Angers en 1956.
5. Les filières vers la métropole
32Pour les travailleurs immigrés cherchant à s’installer dans l’hexagone, il existe des réseaux de recrutement structurés par l’armée et les grandes entreprises métropolitaines43. Ils peuvent aussi compter sur différentes aides claniques et villageoises. Dans le football des années 1950, ces filières côtoient des réseaux sportifs en pleine consolidation. Effectivement, la France est déjà une terre d’immigration attractive pour les footballeurs immigrés, qu’ils y soient nés ou non. Les bassins miniers, réservoirs importants pour le football français, recrutent des joueurs d’origine polonaise et italienne tels Raymond Kopa et Roger Piantoni. En 1955, un joueur sur cinq est étranger. Les aires de recrutement changent : face au recul de l’Europe centrale et de l’Angleterre, l’Europe méditerranéenne et l’Afrique montent en puissance44.
33L’ancien gardien de l’Équipe de France Abderrahmane Ibrir, fort de ses contacts auprès de l’entraîneur oranais Lucien Jasseron, propose au Havre en 1956 son petit frère Smaïn et ses deux neveux Mohamed et Abderrahmane Soukhane. Dès 1950, alors que s’enracine en métropole l’immigration algérienne, Hamid Kermali est pris en charge à Mulhouse par deux amis originaires de Sétif jusqu’à ce que son club lui fasse signer un premier contrat. Dans ces départs, comme pour Mustapha Zitouni quelques années plus tôt, l’institution militaire joue également un rôle déterminant. L’appel brutal sous les drapeaux cherche à les éloigner du maquis prévisible et d’une clandestinité menaçante. Smaïn Ibrir est mobilisé dans l’armée française à la caserne de Belfort et joue dès 1953 dans le club amateur de Strasbourg. Abdelkrim Kerroum n’a pas le choix lorsqu’il se rend pour la seconde fois en métropole et s’y fixe quelques années. Il ne le sait pas encore mais l’armée sera l’une de ses chances. Il retrace son incorporation de force :
en 1957, les militaires français viennent me chercher à la maison avec des fusils-mitrailleurs mais sans convocation. Ils ont une liste de la police. On m’emmène à Marseille puis Albi dans une grande caserne de parachutistes où je fais mes classes en tant qu’appelé.
34Bien avant la création du métier d’agent sportif en France, une course au clocher des européens pour s’approprier les meilleurs talents algériens a bien lieu45. Des recruteurs avisés parcourent l’Algérie à la recherche de la perle rare. Dès l’été 1954, Rachid Mekhloufi reçoit les premières propositions d’un club professionnel, le FC Toulouse, via un avocat sétifien, Maître Hassan. Après avoir décliné la proposition, il est repéré par Monsieur Setboum, le frère de son instituteur et ancien entraîneur du club amateur de Roche-la-Molière. Il travaille à la municipalité de Sétif et est l’un des recruteurs de l’AS Saint-Étienne, chargé de découvrir dans les équipes algériennes des footballeurs prometteurs46. Les clubs métropolitains ont donc déjà des stratégies de prospection et rémunèrent des informateurs dotés du prestige de les représenter. À Oran, Kaddour Bekhloufi est lui aussi approché : malgré les propositions de son entraîneur pour rejoindre Valence en Espagne et celles faites par l’Olympique Lyonnais aux dirigeants du CALO quelques années plus tôt, il rejoint l’AS Monaco lors de la saison 1957-1958. Il répond ainsi à l’offre de l’ancien entraîneur de la Jeunesse Sportive Saint-Eugène d’Oran, l’International danois Alex Friedman passé intermédiaire. D’autres noms reviennent comme Gilbert à Constantine et Maurice Balabanian à Oran. L’historien Laurent Bocquillon note qu’une relation étroite se crée entre l’OGC Nice et le club d’Aïn Témouchent présidé par Armand Orsero, le Consul Général d’Oranie47. Ce dernier sollicite l’ancien capitaine niçois Jean Belver pour devenir entraîneur-joueur du club tout en officiant comme recruteur aux Aiglons niçois. Sète est toujours la terre d’accueil des joueurs algériens : en provenance d’Annaba, l’ailier droit Saïd Brahimi y débute en 1954 avant d’être convoqué trois ans plus tard par le sélectionneur national Albert Batteux. Alloua Khima et Mohamed Khettaf empruntent le même chemin héraultais en 1958.
35Les footballeurs comme Abdallah Henni de l’ES Mostaganem savent aussi faire monter les enchères puis optent pour la proposition perpignanaise la plus alléchante. Les réseaux des dirigeants des équipes européennes ont leur importance dans leur recrutement. En effet, Hamid Zouba et Saïd Amara bénéficient lors de leur venue à Niort et Strasbourg en 1955 et 1956 des nombreuses relations de leurs clubs européens. Certains clubs sont davantage exportateurs que d’autres. Ainsi, parmi l’ensemble des footballeurs algériens ayant démarré leur carrière entre 1954 à 1962, cinq sont issus de l’ASSE (Abderrahmane Boubekeur, Chérif et Hocine Bouchache, Saïd Ferrad et Mohamed Maouche), quatre de l’USM Sétif (Assassi Fellahi, Hamid Kermali, Rachid Mekhloufi et Ahmed Neggache) et trois de la JSEB (Smaïn Ibrir et Abderrahmane et Mohamed Soukhane). Sans l’aide de son entraîneur argentin Randolfo Cisneros, Nadir Ben Drama du CALO n’aurait pas pu tenter sa chance dans l’équipe niçoise de Luis Carniglia, l’ancien attaquant de la sélection albiceleste.
36C’est dans un autre contexte que Mohamed Maouche se fait repérer en 1956 : celui des tournées annuelles de préparation des équipes métropolitaines en Algérie. Après l’OL à Oran et l’AS Monaco à Sidi-Bel-Abbès, Reims rencontre le club algérois Gallia Sports lors d’un nouveau match d’exhibition. Une nouvelle fois, la médiation d’un métropolitain est souvent la règle. Ainsi, alors qu’il s’apprête à jouer l’un de ses derniers matchs contre l’AS Boufarik en 1956, trois représentants de l’équipe rémoise l’approchent. Henri Germain, le président, Albert Batteux, l’entraîneur et Pierre Perchat, le directeur sportif, sont dans les tribunes. À la fin du match, ils le contactent dans les vestiaires et lui proposent un essai. À vingt ans, il rentre directement avec eux en métropole en avion. Sans être exhaustif, d’autres filières sportives se dessinent : par exemple, l’envoi en Algérie par les clubs français d’une lettre invitant le joueur à y faire un essai. C’est la situation que connaissent Amar Rouaï à Moutiers en 1953 et Mohamed Bouricha à La Grand-Combe en 1957. Embarek Chenen est recruté à l’US Fécampoise en 1956 en y accompagnant fidèlement son formateur algérois du RC Maison Carrée. Il est encouragé par son voisin, l’ancien footballeur professionnel de Nancy Max Sellal, qui lui offre son billet d’avion. Cette année-là, Khennane Mahi rejoint le Stade Rennais grâce au président de son club mascaréen, le pharmacien Hadj Bouziane, qui a suivi ses études dans cette ville et qui s’est marié avec une bretonne. Improvisé manager, il négocie son contrat de stagiaire-professionnel avec les dirigeants rennais. Bien avant d’évoluer à Saint-Pierre-des-Corps, Tours, Châteauroux puis Nîmes, Amokrane Oualiken, impliqué dans une bagarre avec son club du MC Alger, rejoint Saint-Denis en 1953. Suite à sa participation au festival mondial de la Jeunesse de Bucarest, il rejoint sa nouvelle équipe corporative affiliée à la Fédération Sportive et Gymnique du Travail en étant recruté comme maître-nageur à la piscine municipale48. Ces footballeurs algériens ne deviennent donc pas des professionnels par accident. Quant à Ahmed Arab du Widad Belcourt, il fait une rencontre inoubliable lors de son premier voyage en métropole offert par son club dans l’Allier en 1953.
On joue trois matchs dont un à Gannat. Comme gardien, je suis repéré par des dirigeants de club. Monsieur Estorgues, un ancien pro, qui tient la maison de la presse de Gannat sait que le club de sa ville natale, Riom Es Montagnes dans le Cantal, manque d’un goal. On sympathise. Il me conseille. On échange nos coordonnées. Je rentre à Alger avec mon club et on finit le championnat second. Dans l’été, Riom Es Montagnes me contacte grâce à lui et je repars en France.
37Les joueurs en relation avec un club professionnel survolent la Méditerranée par avion ; les autres empruntent le plus souvent un paquebot. Peu leur importe. L’horizon d’où surgit l’étranger fascine autant qu’il inquiète. Tous parlent d’une émotion intense, entre joie et incertitude, lors de la traversée. Joie du départ, celle de quitter l’Algérie coloniale prête à s’enflammer. Heureux, portés par des désirs de réussite, certains footballeurs se taisent et regardent la nuit étoilée sur le pont du navire avant de regagner leur cabine de seconde classe. D’autres comme Hamid Zouba à bord du Ville d’Oran dînent avec des européens. Mohamed Maouche échange quelques mots avec son futur entraîneur au Stade de Reims, Albert Batteux, assis à ses côtés dans l’avion qui le ramène d’Alger à Paris. L’incertitude sur leur avenir rend l’angoisse palpable. Ils ont conscience que la réussite sportive en métropole est loin d’être acquise et qu’un retour en Algérie, sans succès, provoquerait la déception et les railleries de leur communauté49. Pour Abdallah Henni quittant Mostaganem pour Perpignan et laissant derrière lui ses parents à peine lettrés, l’appréhension et l’excitation sont au rendez-vous. Sous son crâne, la tempête :
heureusement que je parle français. Comment ça va se passer ? Vont-ils me recevoir comme il faut ? Est-ce que je vais jouer dans l’équipe ? Je suis jeune. Je vais apprendre avec ces grands joueurs.
38Comme pour l’émigration de travail dans les régions industrialisées, l’élaboration du projet migratoire de ces footballeurs professionnels est conditionnée socialement mais aussi culturellement. Outre l’espoir d’ascension sociale, différents vecteurs d’acculturation à la langue du dominant sont frappants : la scolarisation, les loisirs occidentaux, l’inscription dans des clubs algériens, les voyages préalables en métropole et l’engagement dans des clubs d’élite en Algérie. Leur attirance pour la métropole trouve aussi racine dans la politique du FLN qui, en 1956, ordonne à tous les clubs musulmans et joueurs musulmans des clubs européens de se retirer du championnat. Avant de pénétrer un marché franco-algérien qui perdure lors de la Guerre d’Algérie, ces jeunes franco-musulmans souhaitent échapper à la relégation sociale, à l’oppression coloniale et aussi à l’autorité patriarcale traditionnelle. Fascinés par la vie en métropole et portés par d’innombrables filières sportives, ils rêvent de ne plus subir la violence du conflit armé et d’un destin meilleur.
Rachid Mekhloufi, un maillot pour l’Algérie
Paris, 30 octobre 2006. C’est devant l’Opéra Bastille à onze heures que j’ai rendez-vous avec Rachid Mekhloufi. Depuis ma dernière rencontre avec Tedj Bensaoula en août, cela fait presque trois mois que je n’ai pas fait d’entretiens. Et puis, interroger ce véritable mythe du football algérien m’impressionne d’autant plus que l’on m’a fait comprendre qu’il n’accorde pas son temps facilement. À quelques mètres, un homme aux grandes lunettes rondes s’approche. Il est souriant et jovial. Nous cherchons du regard et trouvons son ami journaliste Faouzi Mahjoub qui a planifié cette entrevue, une chance. L’entretien démarre dans un café voisin.
L’aîné a toujours raison. Alors le FLN envoie un gars de Sétif. C’est Arribi, mon idole. Il vient avec Kermali et me dit sur la place de l’Hôtel de Ville que nous devons rejoindre Tunis. C’est la veille du match Saint-Étienne-Béziers du 13 avril 1958. Il faut réveiller la France.
39Rachid Mekhloufi naît et grandit à la Cité Bon Marché de Sétif. Il est le benjamin d’une fratrie de huit enfants. Après avoir exercé à Alger et Tenès, son père est un petit fonctionnaire de la police sétifienne qui finit sa carrière au grade d’inspecteur. Dans ce foyer modeste, on parle arabe et parfois français. Les loisirs sont rares ; le petit Rachid découvre le football dans la rue, au désespoir de son père : « ce qui l’intéresse, c’est que je fasse des études », se souvient-il. Diplômé de l’école indigène, Certificat d’études en poche, il rentre en formation au cabinet du dentiste Kanappa. Il lui plaît surtout de retrouver ses équipiers de l’USM Sétif avec qui il remporte en cadets le Championnat d’Algérie en 1952 dans une équipe encadrée par l’éducateur Ali Benaouda. Ses buts en équipe seniors ne laissent pas insensibles les recruteurs métropolitains. Convoité par Toulouse, il tente finalement l’aventure professionnelle à Saint-Étienne. Le billet d’avion Alger-Lyon est plus facilement obtenu que l’accord parental. En août 1954, neuf ans après les massacres de Sétif, l’Algérie sent encore la poudre. Il raconte que « c’est devenu infernal. Les Français d’Algérie nous agressent en permanence ». À Sétif, il se sent à l’écart de la vie.
40Trois jours après son arrivée, son essai est concluant. Il laisse des traces : une victoire six buts à zéro contre Grenoble. La rencontre avec son entraîneur Jean Snella est déterminante. Ses conseils protecteurs et paternalistes le suivront tout au long de sa carrière. L’accueil qui lui est réservé le surprend, la diversité des populations qui l’entoure aussi. Une nouvelle dignité lui est accordée :
les gens ne me ressemblent pas. Même s’il y avait quelques fachos, ils sont aussi d’une gentillesse extraordinaire par rapport à nos Français d’Algérie. Ils sont polis et m’appellent « Monsieur », ce qui n’arrive jamais en Algérie. Cette France est décontractée et fraternelle.
41Il signe un contrat de stagiaire-professionnel et passe quinze jours à l’hôtel puis dans un appartement mis à disposition par le club. À dix-huit ans, il connaît la solitude mais jamais l’isolement. L’USM Sétif ayant tardé à transmettre sa lettre de sortie, il est titularisé pour la première fois le 10 octobre 1954 à Nice, trois jours après le match France-Afrique du Nord.
42Ayant inscrit comme inter gauche plus de 30 buts en deux saisons, il est d’abord convoqué en Équipe de France B puis intègre le Bataillon de Joinville. Dès 1956, il porte à quatre reprises le maillot tricolore mais c’est avec l’Équipe de France militaire qu’il brille. À River Plate le 14 juillet 1957, il devient Champion du Monde face à l’Argentine auprès de Lucien Cossou, Yvon Douis et Maryan Wisniewski. Cette année-là, il ramenait déjà le titre national à Saint-Étienne. Il est vivement pressenti avec Mustapha Zitouni de l’AS Monaco pour participer à la Coupe du Monde en Suède. Mais tout s’accélère pour ce futur déserteur de l’armée française qui réside à Saint-Étienne dans l’annonciatrice rue de la Résistance. Bien qu’il reconnaisse plus tard qu’il ne soit pas à cette époque « politiquement dans le coup », il est contacté par deux footballeurs sétifiens Mokhtar Arribi et Hamid Kermali pour former l’Équipe du FLN. Dès le mois d’avril 1958, quatre années de clandestinité s’ouvrent sur une expérience sportive et politique majeure. Sa maturité en sort grandie. Il explique être devenu
un homme différent. Je ne suis plus un chien fou. Je change. Je dirige l’équipe. Je peux marquer et faire marquer. Les joueurs du FLN comme Abdelaziz Ben Tifour, Abderrahmane Boubekeur et Mustapha Zitouni m’apprennent à améliorer mon football, mon style. Ils me donnent aussi une conscience politique améliorée par mes rencontres avec Hô Chi Minh et le Général Giap. Avec les milliards que j’aurais peut-être gagnés en restant professionnel, je n’aurais pas acquis tout cela. Je remercie la révolution algérienne.
43Après les Accords d’Évian du 18 mars 1962 qui traduisent un cessez-le-feu applicable sur tout le territoire algérien, ce symbole de la révolution algérienne reprend sa carrière professionnelle au Servette de Genève de Jean Snella. Habitué au haut-niveau européen, il ne peut se résoudre à disputer les compétitions amateures de l’Algérie indépendante. En décembre 1962, alors que son club stéphanois est bien positionné pour remonter en première division, il est rappelé en renfort. Il se confie :
mes anciens équipiers me reçoivent normalement. Mon premier match se fait contre Limoges le 9 décembre 1962. C’est un petit miracle. D’habitude, à Saint-Étienne, il y a 10 000 supporters en deuxième division. Ce jour-là, il y en a le double. Ils sont venus voir Rachid le footballeur. Je suis persuadé que les personnes qui menacent au téléphone le président Rocher sont dans les parages. On entame le match. Quand je rentre sur le terrain, il y a un silence impressionnant. Dès mon premier ballon, je réussis un geste technique difficile. Tout de suite, le public m’encourage. La majorité du peuple français comprend notre attitude puisqu’elle aussi a fait fuir les Allemands avec des maquisards.
44Après l’appréhension, c’est l’ovation. Son retour est un succès : plus affûté, il inscrit quatorze buts en vingt matchs. Sa notoriété grandit ; l’épopée continue. Son histoire marque celle du Championnat de France des années 1960. Les distinctions personnelles s’accumulent comme l’Étoile d’Or France-Football du meilleur joueur du Championnat de France en 1964, 1966 et 1967. Les titres s’enchaînent avec l’ASSE sous les ordres de Jean Snella dès 1963. Rachid Mekhloufi est Champion de France en 1964, 1967 et 1968, année du sacre en Coupe et de sa dernière sélection auprès des Fennecs. Meilleur buteur de l’histoire du club, il quitte l’AS Saint-Étienne avec son épouse tunisienne Kmar pour évoluer au SC Bastia de 1968 à 1970.
45À 34 ans, le cœur en vert, il raccroche les crampons pour servir les équipes nationales algériennes civile et militaire dans les années 1970. Il remporte à Alger les Jeux Méditerranéens en 1975 et les Jeux Africains en 1978. En 1979, à la surprise générale, il démissionne de ses fonctions et entraîne Riyadh en Arabie Saoudite puis l’AS Marsa en Tunisie la saison suivante. En mars 1982, il est nommé directeur technique d’El Khadra confiée à Mahieddine Khalef. Il rejoint ensuite l’encadrement du FC Mulhouse en 1982 avant une courte expérience de président de la FAF en 1988. Malgré ses projets, il n’est pas élu à la tête de la Confédération Africaine de Football en 2000 ni à celle de la FAF en 2002. Entre sa retraite à La Marsa et ses voyages à Alger et Paris où résident ses enfants, il reste proche du pouvoir et porte toujours un avis critique sur l’évolution du football algérien dont il reste un inestimable ambassadeur.
9. Bachir Amara, le père de Saïd, porte une tenue traditionnelle de cavalier, certainement en 1948. Archive privée de la famille Amara.

10. Dans les jardins du Château de Versailles, Mohamed Maouche de l’AS Saint-Eugène pose devant l’un des bassins, 1951. Archive privée de Mohamed Maouche.

11. Ahmed Oudjani est licencié en juniors à la Jeunesse Sportive Musulmane de Philippeville, 1954. Archive privée de la famille Oudjani.

12. L’AS Saint-Eugène juniors enlève la Coupe Forconi grâce à Paul Baron (entraîneur), Hamid Zouba, Ali Berrah, Lopez, Oliver, Errera, Armand Dahan ; Jean-Pierre Buadès, Jean Boret, Nordine Matiben, Mohamed Maouche et Robert Delmas, 1955. Archive privée de Mohamed Maouche.

13. Rachid Mekhloufi et la Coupe de France, 1968. ©Presse Sports.

Notes de bas de page
1 Rachid Boudjedra, Le vainqueur de coupe, Paris, Denoël, 1981, p. 47.
2 Youssef Fatès, Sport et politique en Algérie, de la période coloniale à nos jours, Thèse en Sciences politiques, université Paris I, 2002.
3 Sont licenciés à Bordeaux Abdelhamid Skander ; Lens Mokhtar Arribi ; Lyon Ahmed Mihoubi ; Monaco Abderrahmane Boubekeur et Mustapha Zitouni ; Nantes Amar Kodja ; Saint-Étienne Assassi Fellahi et Rachid Mekhloufi ; Toulouse Hamid Bouchouk, Saïd Hadad et Abderrahmane Meftah ; Troyes Abdelaziz Ben Tifour et Saïd Ferrad. Sept se retrouvent en seconde division : à Alès Rachid Belaid ; Cannes Hamid Kermali ; Montpellier Boumedienne Abderrahmane ; Rouen Sliman Guitoun ; Sète Saïd Brahimi ; Toulon Hacène Chabri et Ahmed Firoud. Hamid Zouba joue à Niort au niveau amateur de 1955 à 1958 avant de passer professionnel à Nîmes de 1964 à 1966.
4 Selon Abdelmalek Sayad, ce sont les caractéristiques permettant d’apprécier la position que l’immigré occupe dans son groupe d’origine, comme l’origine géographique et/ou sociale, caractéristiques économiques et sociales de ce groupe, attitude du groupe, du sujet lui-même à l’égard du phénomène migratoire, telle qu’elle est établie par la tradition orale d’émigration. Abdelmalek Sayad, « Les trois “âges” de l'émigration algérienne en France » art. cité.
5 À l’exception d’Abderrahmane Defnoun, Mohamed Maouche, Kaddour Bekhloufi et Rachid Mekhloufi qui grandissent dans les quartiers européens de Saint-Eugène (Lavigerie) à Alger, de Saint-Antoine (espagnol) à Oran et la Cité Bon Marché à Sétif.
6 Benjamin Stora, Histoire de la Guerre d’Algérie 1954-1962, Paris, La Découverte, 1993 ; Omar Carlier, « Mouvements de jeunesse, passage des générations et créativité sociale : la radicalité inventive algérienne des années 1940-1950 », Nicolas Bancel, Daniel Denis et Youssef Fatès, De l’Indochine à l’Algérie, la jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial 1940-1962, Paris, La Découverte, 2003, p. 163-176 ; Jeannine Verdès-Leroux, « Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui », Yves Michaud, La Guerre d’Algérie 1954-1962, Paris, Odile Jacob, 2004, p. 63-85.
7 Les sept joueurs concernés sont Mohamed Bouricha Larbi Boussa, Hamid Kermali, Kamel Lemoui, Rachid Mekhloufi, Amokrane Oualiken et Amar Rouaï.
8 Youssef Fatès, Sport et politique en Algérie, de la période coloniale à nos jours, Thèse en Sciences politiques, université Paris I, 2002.
9 Thierry Terret, Histoire du sport, Paris, Presses Universitaires de France, 2007.
10 Ce terme européen désigne les différentes formes de manifestations équestres au Maghreb et, en particulier, la chevauchée de groupes et au fusil traditionnellement marocaine. Elles sont surtout populaires à l’Ouest et dans les régions subsahariennes d’Algérie.
11 Gilbert Grandguillaume, Arabisation et politique linguistique au Maghreb, Paris, Maisonneuve et Larose, 1983 ; Mahmoud Hussein, « L’émergence de l’individu dans les sociétés du Sud », Yves Michaud, L’individu dans la société d’aujourd’hui, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 84-109.
12 Certains le côtoient en Algérie où, en fin de carrière, il signe à l’USM Bel-Abbès durant la saison 1955-1956 tout en étant convoqué en sélection d’Oranie que fréquentent Saïd Amara, Kaddour Bekhloufi, Abdallah Henni et Khennane Mahi.
13 Ahmed Arab, Embarek Chenen, Abderrahmane Defnoun, Abdallah Henni, Kamel Lemoui, Smaïn Ibrir, Mohamed Maouche, Amar Rouaï et Abderrahmane Soukhane. Mahfoud Kaddache, « “Les soldats de l’avenir” : les scouts musulmans algériens 1930-1962 », Nicolas Bancel, Daniel Denis et Youssef Fatès, De l’Indochine à l’Algérie, la jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial 1940-1962, Paris, La Découverte, 2003, p. 68-77.
14 Daniel Denis et Christian Pociello, À l’école de l’aventure, pratiques sportives de plein air et idéologie de la conquête du monde, Paris, Voiron, 2000.
15 Daniel Denis, « Le sport et le scoutisme, ruses de l’Histoire », Nicolas Bancel, Daniel Denis et Youssef Fatès, De l’Indochine à l’Algérie, la jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial 1940-1962, Paris, La Découverte, 2003, p. 195-209.
16 Nicolas Bancel, L’image, le corps. Sur l’usage en histoire de quelques formations non-discursives, Mémoire d’Habilitation à Diriger des Recherches, université Paris-Sud XI, 2003.
17 Christian Pociello, Les cultures sportives, Paris, Presses Universitaires de France, 1995.
18 Amar Rouaï ne la fréquente pas au Mouloudia El Eulma. Il affirme qu’à seize ans, en 1948, il « signe en première, directement en senior, sans avoir fait l’école de football. Il n’y a pas de juniors ».
19 En 1951, de l’ASSE à l’OMSE, Abderrahmane Defnoun parcourt le chemin inverse car il n’arrive pas à s’imposer comme titulaire. « Ils sont grands de taille et moi, petit », confie-t-il.
20 Saïd Amara du SC Bel-Abbès ; Saïd Brahimi de la Jeunesse Bônoise Athletic Club ; Kaddour Bekhloufi de l’ASM Oran ; Ali Ben Fadah du Gallia Sports ; Abdelaziz Ben Tifour de l’Olympic Hussein Dey ; Abderrahmane Boubekeur, Chérif et Hocine Bouchache, Mohamed Maouche et Hamid Zouba de l’ASSE ; Hamid Bouchouk du Club Universitaire de Constantine ; Abdallah Hedhoud (Widad Casablanca). Les dix-sept autres footballeurs formés dans des clubs musulmans sont Mokhtar Arribi, Saïd Hadad et Amokrane Oualiken du MC Alger ; Mohamed Bouricha du Widad Athletic Boufarik ; Hacène Bourtal du Mouloudia Olympique Constantine ; Hacène Chabri de l’USM Alger ; Abderrahmane Defnoun et Mustapha Zitouni de l’OMSE ; Smaïn Ibrir, Abderrahmane et Mohamed Soukhane de la JSEB ; Hamid Kermali et Rachid Mekhloufi de l’USM Sétif ; Abdelkrim Kerroum du MC Saïda ; Abdelkader Mazouz de l’USM Blida ; Ahmed Oudjani de la JSM Philippeville ; Amar Rouaï du Mouloudia El Eulma.
21 Michaël Manchon, Le Racing Universitaire d'Alger, un club sportif universitaire en milieu colonial 1927-1962, Calvisson, Jacques Gandini, 2005.
22 Saïd Amara, Kaddour Bekhloufi et Hamid Zouba, inscrits dans des clubs européens, bénéficient des accointances de leurs présidents pour échapper à l’appel des drapeaux. Considérés comme soutiens de famille, ils poursuivent leurs carrières locales encore quelques saisons.
23 Sur les douze footballeurs algériens interrogés formés dans un club musulman, seul Ahmed Arab du Widad Belcourt part en métropole avec son club avant de s’y professionnaliser. En mai 1953, « notre club nous offre un voyage d’agrément dans l’Allier parce qu’on réussit à nous placer dans les premiers pour monter en division supérieure », se souvient-il. Deux ans plus tôt, Abderrahmane Defnoun visite Valence et Barcelone avec son nouveau club de l’OMSE.
24 Charles-Henry Favrod, « La Suisse des négociations secrètes », Jean-Pierre Rioux, La Guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990, p. 392-411.
25 Benjamin Stora, Histoire de la Guerre d’Algérie 1954-1962, Paris, La Découverte, 1993.
26 Philip Dine et Didier Rey, « Le football en guerre d’Algérie » art. cité.
27 La première harka est constituée dans l’Aurès dès novembre 1954. Mais pendant deux ans, l’expérience est limitée par la crainte des désertions et des fuites d’armes. C’est le Général Salan qui décide d’intensifier le recrutement de soldats et de supplétifs musulmans : sous son commandement, leur total passe de 38 000 hommes en janvier 1957 à 103 000 en décembre 1958, dépassant ainsi largement l’effectif maximal atteint par l’ALN au début de 1958. Guy Pervillé, « L'abandon des harkis », Charles-Robert Ageron, L'Algérie des Français, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 303-312.
28 Guy Pervillé, « Le terrorisme dans la Guerre d’Algérie », Charles-Robert Ageron, L'Algérie des Français, Paris, Éditions du Seuil, 1993, p. 207-222.
29 C. E., « Poursuite ou arrêt du championnat d’Alger ? », L’Écho d’Alger, 20 mars 1956, p. 7.
30 Fatima Besnaci-Lancou, Prisons et camps d’internement en Algérie, les missions du Comité international de la Croix-Rouge dans la guerre d’indépendance 1955-1962, Vulaines-sur-Seine, Éditions du Croquant, 2018.
31 Nicolas Bancel, Daniel Denis et Youssef Fatès, « Introduction », Nicolas Bancel, Daniel Denis et Youssef Fatès, De l’Indochine à l’Algérie, la jeunesse en mouvement des deux côtés du miroir colonial 1940-1962, Paris, La Découverte, 2003, p. 7-11.
32 Yvan Gastaut, « Les footballeurs algériens à l’épreuve des identités nationales » art. cité.
33 Youssef Fatès, Sport et politique en Algérie, de la période coloniale à nos jours, Thèse en Sciences politiques, université Paris I, 2002.
34 Anonyme, Alger Football, organe officiel de la ligue d’Alger de Football-Association, bulletin hebdomadaire, n° 1438, 15 juin 1956, p. 1.
35 Ali Ben Fadah et Abderrahmane Defnoun signent à Alès ; Ahmed Neggache à Besançon ; Salah Lardjane à Bordeaux ; Hocine Bouchache, Gharbi, Abderrahmane et Mohamed Soukhane avec leur oncle Smaïn Ibrir au Havre ; Ben Dine Bey à Lille ; Abdelkader Mazouz à Nîmes ; Abda Bahloul et Benazzouz Mimouni à Perpignan ; Saïdi Zoubir au Red Star ; Mohamed Maouche à Reims ; Khennane Mahi à Rennes ; Hacène Bourtal à Sète et Saïd Amara à Strasbourg.
36 Fabien Archambault, « Alger Basket, une communauté sportive en guerres 1939-1962 », Fabien Archambault, Loïc Artiaga et Pierre-Yves Frey, L’aventure des grands hommes. Études sur l’histoire du Basket-Ball, Limoges, Pulim, 2004, p. 167-171.
37 Anonyme, « Voici le projet de statut des “joueurs contractuels” que présentera la ligue d’Alger à l’ULNA et au Conseil national de la FFF », L’Écho d’Alger, 29 octobre 1954, p. 4.
38 Didier Rey, « Les identités multiples : Corse et Algérie au miroir du football 1897-1962 » art. cité.
39 Didier Rey, Football et société en Oranie coloniale 1897-1962, Mémoire d’Habilitation à Diriger des Recherches, università di Corsica, 2010.
40 Philip Dine et Didier Rey, « Le football en guerre d’Algérie » art. cité.
41 Didier Rey, Football et société en Oranie coloniale 1897-1962, Mémoire d’Habilitation à Diriger des Recherches, università di Corsica, 2010.
42 Rachid Boudjedra, Le vainqueur de coupe, Paris, Denoël, 1981.
43 Jacques Marseille, « L’Algérie était-elle rentable ? », Charles-Robert Ageron, L’Algérie des Français, Paris, Le Seuil, 1993, p. 147-154.
44 Pierre Lanfranchi et Alfred Wahl, Les footballeurs professionnels des années 1930 à nos jours, Paris, Hachette, 1995.
45 Stanislas Frenkiel, Une histoire des agents sportifs en France, Neuchâtel, CIES Éditions, 2014.
46 Hocine Seddiki, Rachid Mekhloufi, l’imagination au bout du pied, Alger, Société Nationale d’Édition et de Diffusion-Ahmed Zabana, 1982.
47 Laurent Bocquillon, « Les footballeurs maghrébins sur la Côte d’Azur » art. cité.
48 Nicolas Kssis-Martov, La FSGT, du sport rouge au sport populaire, Montreuil, La Ville Brûle, 2014.
49 Abdelmalek Sayad, La double absence, des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Paris, Le Seuil, 1999.
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