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    Plan détaillé Texte intégral I. L’éloquence parlementaire au profit des révolutionnaires en exil II. Les discours politiques pour les réfugiés hors de l’enceinte parlementaire Notes de bas de page Auteur

    Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples

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    Table des matières

    « Palpitants de dévouement et de générosité pour tous les proscrits ». L’éloquence au service des révolutionnaires exilés en France (des années 1830 à la Deuxième République)

    Delphine Diaz

    p. 145-156

    Texte intégral I. L’éloquence parlementaire au profit des révolutionnaires en exil II. Les discours politiques pour les réfugiés hors de l’enceinte parlementaire Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1En octobre 1831, alors qu’une allocation d’urgence d’un montant de 500 000 francs était votée par la Chambre des députés au bénéfice des étrangers nouvellement accueillis en France comme « réfugiés », le député Jean-François Joly1 s’exprimait en ces termes : « Le nombre de proscrits s’est accru sans que notre sympathie pour eux ait rien perdu de sa force » ; Joly décrivait également les anciens révolutionnaires de juillet comme des hommes « palpitants de dévouement et de générosité pour tous les proscrits »2. En réalité, ce « dévouement » n’a été ni durable ni unanime au début de la monarchie de Juillet qui a vu l’afflux d’exilés politiques étrangers.

    2Les termes mêmes utilisés par les hommes politiques d’alors pour décrire ces étrangers venus chercher asile en France appellent quelques éclaircissements, tant le vocabulaire employé pour évoquer la migration politique s’avère profus et chargé de connotations3. Deux mots se détachaient nettement dans les débats parlementaires du début des années 1830. Si le « proscrit » renvoyait à l’individu chassé de sa patrie en vertu d’une décision politique de proscription4, mais aussi, par extension, à celui « qui n’os[ait] retourner dans [son] pays, à cause de quelque fâcheuse affaire »5, le mot « exilé » permettait de désigner l’étranger expatrié en France, durablement ou non, qui estimait avoir subi une forme de contrainte dans sa migration, que celle-ci s’explique par ses idées, son engagement ou même sa religion. Quant au terme « réfugié », parfois utilisé comme un synonyme d’« exilé »6, il était essentiellement employé pour renvoyer à la catégorie administrative qui rassemblait les étrangers reconnus comme tels par l’exécutif. Cette reconnaissance est allée de plus en plus systématiquement de pair, à partir de la monarchie de Juillet, avec l’attribution de secours et l’application à leur encontre de pratiques d’assignation à résidence.

    3Sans s’attarder sur les politiques adoptées à l’égard des « réfugiés » en France après 18307, il faut toutefois rappeler que le nouveau régime né des Trois Glorieuses a été le premier à adopter plusieurs lois relatives à cette catégorie d’étrangers que l’on cherchait à distinguer des autres. Un tel cadre législatif, qui n’est néanmoins pas apparu ex nihilo, s’est accompagné de l’adoption de très nombreuses circulaires, émises par le ministère de l’Intérieur, en charge de la question des réfugiés8, qui ont contribué à modeler cette politique tâtonnante. Si les mots employés par l’exécutif pour désigner ces étrangers et pour qualifier les dispositifs forgés pour les trier, les disséminer sur le territoire national, méritent d’être analysés9, il en est de même pour l’éloquence déployée par les hommes politiques français au profit des exilés et réfugiés étrangers. Il s’agissait par leurs discours de faciliter leur accueil sur le sol français et de les protéger contre des politiques qu’ils jugeaient néfastes. Comment les Français se sont-ils engagés en leur faveur par le verbe, que ce soit au sein des Chambres et des assemblées, ou hors de ce cadre institutionnel, en particulier lors de moments de sociabilité sur lesquels les sources s’avèrent souvent plus elliptiques que les archives parlementaires ? Dans quelle mesure la cause des réfugiés libéraux puis démocrates a-t-elle donné lieu à une profusion de discours, reposant sur des motifs d’adhésion dont on essaiera ici de dresser une typologie ? En explorant archives parlementaires, sources de presse et témoignages d’acteurs français de la défense des réfugiés, la contribution se propose ainsi d’enquêter sur l’éloquence telle qu’elle s’est mise au service des révolutionnaires accueillis en France de la monarchie de Juillet à la Deuxième République.

    I. L’éloquence parlementaire au profit des révolutionnaires en exil

    4Au début de la monarchie de Juillet, l’arrivée en France de nouveaux exilés politiques, dont un grand nombre ont été reconnus comme réfugiés par le ministère de l’Intérieur, alors en charge de la surveillance de ce groupe d’étrangers, a conduit le gouvernement et les préfets à adopter plusieurs mesures importantes. Une telle catégorie de réfugiés regroupait 5 375 personnes en septembre 1831, laissant sans doute dans l’ombre plusieurs milliers d’exilés qui ne bénéficiaient pas d’une reconnaissance administrative. On peut d’abord évoquer l’adoption de mesures d’urgences à l’égard de cette population flottante rapidement jugée inquiétante, en particulier après les troubles parisiens de septembre 1831. Au titre de ces mesures d’urgence, se trouve notamment la décision d’éloigner de Paris les réfugiés secourus, en ciblant particulièrement les Italiens et Espagnols, mesure adoptée par le préfet de police de Paris, Sébastien Saulnier, en accord avec le président du Conseil, Casimir Perier, dès septembre 1831. Cette décision a donné lieu à des interventions et des pétitions au ton vigoureux : d’abord de la part de Français, comme Jean-François Joly, alors député de l’Ariège, qui, selon un article des Mélanges occitaniques, a accusé le ministère dans un « discours très violent » d’avoir « manqué à la foi des promesses envers les réfugiés espagnols »10. Mais aussi de la part des étrangers eux-mêmes visés par cette décision, comme l’ont fait notamment des réfugiés italiens et espagnols qui, en octobre, se sont adressés conjointement à la Chambre des députés pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une « relégation » : « L’on veut donc nous faire acheter les secours qu’on nous donne, au prix d’une relégation ou d’un bannissement ? »11, écrivaient-ils non sans colère.

    5En contrepartie, parmi ces mesures mises en œuvre pour répondre à l’urgence que représentait au début du régime l’accueil du régime, se trouvait l’octroi de secours supplémentaires exceptionnels à ces étrangers, attribution décidée par l’exécutif et justifiée par plusieurs discours prononcés dans les Chambres. En décembre 1831, par exemple, le duc de Choiseul (1760-1838), membre de « la commission spéciale tendant à ouvrir un crédit extraordinaire de 500 000 francs pour secours aux étrangers réfugiés en France », rappelait avec éloquence à la Chambre des pairs que les réfugiés qu’il s’agissait ainsi d’aider financièrement l’étaient au nom de la « sainte cause de l’humanité »12, mais aussi de « souvenirs de gloire commune »13. Lui-même avait connu la douloureuse expérience de l’émigration durant la Révolution et était rentré en France en 1800.

    6Après la mise en œuvre de ces mesures d’urgence, une première loi sur les « étrangers réfugiés » a été adoptée le 21 avril 1832 au terme de débats parlementaires houleux qui ont été éclairés par Cécile Mondonico-Torri. Celle-ci rappelle qu’à cette occasion « Odilon Barrot, Joly, les généraux La Fayette et Lamarque, Pagès, Mauguin, Salverte […], la plupart des adversaires du régime de Juillet, défendent une conception de l’asile basée sur un droit et sur des devoirs que la France ne peut négliger […] »14, tandis que d’autres, tenants de la Résistance, comme Casimir Perier, tendent au contraire à présenter l’asile octroyé aux réfugiés comme un simple bienfait, parfaitement révocable en fonction des circonstances politiques et de l’attitude adoptée par les étrangers dans le pays d’accueil.

    7Néanmoins, les débats sur les réfugiés sont loin de s’être éteints après l’adoption de la loi d’avril 1832 qui a été un catalyseur de discours d’une grande éloquence. Ce texte était en effet temporaire et soumis à un vote de prorogation chaque année15. Même s’ils se sont avérés de moins en moins passionnés avec le temps, les débats parlementaires consacrés à la prorogation de la loi de 1832, puis à l’adoption de nouvelles lois sur les réfugiés qui ont modifié ce premier texte – en mai 1834, puis en juillet 1839 – ont été l’occasion sous la monarchie de Juillet d’affrontements verbaux visant à déterminer la place à accorder aux proscrits dans la société et la vie politique françaises.

    8Les discours parlementaires consacrés à la défense de l’asile octroyé aux réfugiés étrangers durant la monarchie de Juillet poursuivaient trois principaux objectifs. Le but premier et le plus évident de ces prises de paroles dans les Chambres consistait à prendre la défense d’un individu ou d’un groupe qu’on estimait menacé. Un cas symptomatique de ce type de discours est celui prononcé en 1834 par La Fayette pour venir au secours de ceux que l’on appelait alors les « Polonais du Havre », groupe d’exilés déportés par la Prusse vers les États-Unis et contraints de faire escale dans le port normand après avoir essuyé une tempête. Il s’agissait très pragmatiquement de permettre à ce groupe de près de 160 personnes, maintenu à bord d’un navire, de débarquer sur le sol français, ce que leur refusait pourtant le ministre de l’Intérieur, le comte d’Argout. Le 26 janvier 1834, La Fayette prononçait à la Chambre des députés un vibrant plaidoyer en faveur de l’accueil pérenne sur le sol français des « Polonais du Havre », tandis que d’Argout fustigeait quant à lui la Prusse, enchantée selon lui de ce que « ces Polonais ne fussent plus à sa charge  »16.

    9Mais par le biais de la défense concrète des exilés, il s’agissait aussi pour certains députés de s’opposer au gouvernement en place et à la politique qu’il entendait mettre en œuvre : l’objectif de ces discours dépassait la seule cause des étrangers et consistait aussi à fragiliser un ministère. Enfin, les plaidoyers prononcés pour protéger les droits des exilés pouvaient se transcender en une lutte plus vaste, visant à défendre des droits abstraits : la « liberté » par exemple, que l’on estimait remise en cause par le pouvoir dans le traitement réservé aux exilés, et c’est à ce titre que beaucoup d’orateurs ont rejeté les lois relatives aux réfugiés de 1832, 1834 puis 1839. Nous retiendrons ici un exemple parlant de la défense de valeurs politiques qu’étaient censés symboliser à eux seuls les proscrits. Dans son allocution à la Chambre des députés du 26 octobre 1831, par laquelle La Fayette répondait à un discours très sévère envers les réfugiés que le président du Conseil, Casimir Perier, avait tenu un mois plus tôt17, le héros des deux mondes, porte-parole des proscrits, insistait en ces termes sur le concept de « fraternité » pour justifier son engagement au profit de ces étrangers d’un genre particulier :

    S’il s’était agi de quidams jetés sur notre sol par le hasard, j’aurais souscrit à l’aumône ; mais ici je viens réclamer la fraternité18.

    Les proscrits dont il est question sont nos frères en liberté ; je le dirai avec orgueil, ils sont nos disciples de 89 ; ils sont les disciples de la doctrine proclamée en France sur le droit et le devoir sacré de résistance à l’oppression19.

    10Parfois, ces trois objectifs de la parole éloquente mise au service des réfugiés – aide concrète apportée à un homme ou un groupe, opposition plus large à une politique ou à un gouvernement, défense de valeurs jugées universelles – se voyaient simultanément réunis. Quant aux outils rhétoriques mis en œuvre pour défendre les exilés étrangers, deux moyens classiques se détachent dans les discours parlementaires analysés. D’abord, l’action de convaincre (fidem facere), qui requiert un appareil logique visant à obtenir l’assentiment de l’auditeur par la présentation d’un ensemble de preuves20 (ce qu’on appelle la probatio). Par ailleurs, l’éloquence mobilise également un jeu sur l’émotion de l’auditeur, puisqu’elle a pour but de convaincre mais aussi d’émouvoir (animos impellere) : comme le souligne Roland Barthes, cet outil rhétorique « consiste […] à penser le message probatoire non en soi, mais selon sa destination, l’humeur de qui doit le recevoir »21.

    11Si l’on passe en revue les grands discours prononcés aux Chambres sous la monarchie de Juillet au sujet des « réfugiés », tout en distinguant ce qui relève dans ces discours du « convaincre », d’une part, et de l’« émouvoir », d’autre part, se dessine une typologie des motifs utilisés par les orateurs. Au titre des preuves rassemblées par les orateurs dans un effort de conviction intellectuelle – la probatio –, on trouve d’abord les arguments de nature historique et politique, parmi lesquels se distingue l’argument selon lequel la France a assumé depuis de nombreuses décennies le rôle d’une terre hospitalière et qu’il faut perpétuer cette fonction. Soulignons que ce topos était déjà convoqué sous la Restauration dans les discours de soutien aux réfugiés : en juin 1829, Benjamin Constant avait ainsi pris à la Chambre des députés la défense d’un proscrit napolitain, Antonio Galotti, extradé vers Naples alors même que ce dernier pouvait être considéré comme un réfugié. Pour étayer la défense de Galotti et des exilés politiques en général, Constant avait ainsi argué de la tradition d’hospitalité française : « Galotti était sur notre sol, sur le sol jusqu’ici protecteur de la France ; il avait touché cette terre de salut, cette terre qui a toujours couvert d’une hospitalité généreuse les infortunés de tous les partis […] »22. Au début de la monarchie de Juillet se répète ce motif d’une tradition d’hospitalité réaffirmée, mais jamais réellement réinscrite dans un ou des événements précis. Ainsi du discours prononcé par François Mauguin à la Chambre des députés le 21 février 1832 au sujet des secours donnés aux réfugiés étrangers : « […] la terre de France fut toujours un lieu d’hospitalité »23.

    12L’autre type d’argument utilisé pour convaincre les députés ou les pairs de la nécessité d’accueillir les réfugiés avec hospitalité est le discours de la dette morale, selon laquelle la France serait redevable à certains groupes de ces étrangers : en particulier aux Espagnols dont la France avait envahi le pays en 1823 pour rétablir l’absolutisme, ou encore aux Polonais qui avaient combattu dans les armées napoléoniennes avant d’entrer en insurrection en 1830. C’est encore l’argument de la dette qu’utilise de manière plus générale le représentant Baune à l’Assemblée nationale législative en avril 1850, au moment où le gouvernement demande une nouvelle réduction des secours versés aux réfugiés24. Enfin, un troisième motif qui émaille les discours de soutien aux réfugiés est celui de l’assimilation : les étrangers qu’il s’agit d’accueillir dignement ont choisi la France comme « seconde patrie », ils font corps avec le pays en raison de leur histoire et de leur engagement, discours qu’au contraire rejettent fermement ceux qui considèrent que ces individus ne pourront jamais s’assimiler à la nation qu’ils comparent à une « famille ». Ainsi procède Gaillard de Kerbertin lorsqu’en mars 1834 il présente à la Chambre des députés en tant que rapporteur le nouveau projet de loi sur la résidence des étrangers réfugiés en France, concluant son discours de manière tranchante en affirmant que « [l]’étranger ne fait pas partie de la famille »25. Ce texte relatif aux réfugiés, finalement adopté le 1er mai 1834, tendait à aggraver leur situation, en punissant d’une peine d’emprisonnement les étrangers qui, après avoir été rétifs face aux ordres d’assignation à résidence, n’auraient pas obéi à un ordre d’expulsion.

    13Mais les défenseurs de la cause des réfugiés sous la monarchie de Juillet font aussi appel à l’émotion des auditeurs, notamment lorsqu’ils insistent sur les dangers d’ordre vital auxquels étaient exposés chez eux ou sur leur route les réfugiés accueillis en France. Au début de l’année 1834, La Fayette soulignait au sujet des « Polonais du Havre » que le gouvernement reprochait à ces derniers d’avoir débarqué sur le sol français malgré l’interdiction qu’on leur avait notifiée ; or ces exilés avaient avant tout cherché asile en France pour se protéger d’un danger de mort imminent :

    Ils sont entrés dans un port français. Dès ce moment-là, Messieurs, il leur est arrivé ce qui arrive à l’esclave qui met le pied sur le sol français. On dit qu’ils sont entrés sans en avoir l’ordre ; mais je vous le demande, si vous échappiez d’une caverne homicide, est-ce que vous feriez écrire à vos portes pour demander l’asile ? Non certainement : ils sont entrés tout de suite26 […].

    14Outre l’insistance portée sur l’urgence vitale de l’exil, les députés qui défendaient le droit des réfugiés, tout en appelant à l’émotion, usaient également de processus d’identification pour persuader leur auditoire, en rappelant par exemple les situations dans lesquelles leurs pairs avaient eux-mêmes vécu des situations d’expatriation forcée par le passé. En avril 1832, le général Lamarque s’opposait au projet de loi relatif aux réfugiés, rappelant que « longtemps proscrit, [il] ne voter[ait] jamais des mesures exceptionnelles contre les proscrits qui viennent chercher un refuge au milieu de nous »27.

    II. Les discours politiques pour les réfugiés hors de l’enceinte parlementaire

    15Les années 1830 ont ainsi vu une profusion de discours favorables aux réfugiés libéraux, qui excédaient largement la seule enceinte parlementaire. Les banquets et les enterrements d’opposition, qui ont été analysés comme des lieux par excellence de politisation et de déploiement d’une éloquence révolutionnaire, ont véhiculé une parole de soutien aux réfugiés28. Une enquête que nous avions menée dans les fonds policiers des Archives nationales sur les banquets spécialement organisés en faveur des réfugiés – polonais, mais aussi espagnols et italiens – avait révélé l’ampleur géographique du phénomène au début des années 183029. Si les sources policières et judiciaires permettent d’appréhender l’occurrence et la cartographie des banquets favorables aux réfugiés, elles donnent aussi un aperçu des toasts portés à ces occasions et des résumés des discours qui y ont été prononcés. La presse s’avère diserte sur les discours donnés lors de banquets qui ont accueilli des réfugiés comme convives ou qui ont été spécialement organisés en leur faveur. Ainsi du banquet donné à Hyères en février 1834 en l’honneur de dix-sept Polonais qui attendaient d’être transportés en Égypte. On sait grâce à un journal d’exil, Le Polonais, qu’à cette occasion, « de nombreux toasts à la liberté française et polonaise, à l’union des peuples et à leur émancipation, ont été portés. Un des convives, M. Boube, a prononcé un discours qui a été vivement applaudi »30.

    16Comme à Hyères, les discours donnés en défense des réfugiés dans les banquets libéraux du début des années 1830 conjuguaient la défense de valeurs universelles et la célébration de l’amitié entre deux peuples : la fraternité franco-polonaise, scellée durant le Premier Empire, était un motif récurrent à l’heure où les Polonais formaient une large majorité des réfugiés secourus. Mais un autre type d’éloquence se déploya en faveur des réfugiés en dehors de l’enceinte parlementaire : les éloges funèbres – genre rhétorique classique qui, on le sait, s’était démocratisé à partir du XVIIIe siècle31 – contribuèrent à associer des réfugiés au deuil d’hommes politiques français et, inversement, à amener ceux-ci à rendre hommage aux exilés morts loin de leur patrie. Dans La France des larmes, Emmanuel Fureix a mis en évidence l’existence d’une véritable « fraternité funéraire » qui se manifestait à l’occasion des enterrements d’opposition sous les monarchies censitaires : les cortèges funéraires des grandes figures d’opposition françaises ont été largement fréquentés par les étrangers, et d’autant plus par ceux d’entre eux qui se définissaient comme des exilés. Emmanuel Fureix a également souligné le caractère cosmopolite de certains enterrements d’exilés, comme l’atteste son analyse des obsèques du Toscan Filippo Buonarroti, naturalisé français en 1793, et mort à Paris à l’âge de 77 ans. Le 18 septembre 1837, sa dépouille fut accompagnée au cimetière Montmartre par un cortège de 1 500 personnes32. Au-dessus de sa tombe, c’est un ouvrier qui procéda au « couronnement civique de Buonarroti […] avec ces paroles sacramentelles : « Buonarroti, grand citoyen, ami de l’égalité, le peuple te décerne cette couronne : l’histoire et la postérité consacreront cette ovation » »33. À la fin des obsèques, une quête fut organisée en faveur des prisonniers politiques républicains34. L’éloquence même des formules que ses amis avaient voulu faire inscrire sur la colonne mortuaire de Buonarroti, érigée en 1839 seulement, fut émoussée par la censure du gouvernement35.

    17D’autres enterrements d’exilés étrangers, sans doute moins célèbres que le révolutionnaire toscan, ont été l’occasion de prises de parole qui ont assurément mobilisé une éloquence révolutionnaire. Quelques mois avant Filippo Buonarroti, en février 1837, un autre exilé politique, l’homme de lettres prussien Ludwig Börne, arrivé dans la capitale en 1831, mourait à Paris et était enterré au cimetière du Père Lachaise. Bien sûr, plusieurs exilés allemands lui rendirent alors le « suprême devoir » de l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure. Mais les Allemands qui s’exprimèrent – Jacob Venedey, publiciste réfugié, Berly, négociant de Francfort – ne furent pas les seuls à prendre la parole et à saluer la mémoire de Börne. Un article de la Revue des Deux mondes, publié par Saint-René Taillandier (1817-1879) en 1849, relate ainsi l’oraison funèbre prononcée par François-Vincent Raspail. Celle-ci s’était transformée en un authentique discours politique, ce qui ne manque pas de soulever la colère de l’auteur :

    Le 14 février 1837, un convoi funèbre sortit d’une maison de la rue Laffitte et se dirigea par les boulevards vers le cimetière du père Lachaise. Une foule recueillie suivait le deuil : c’étaient surtout des Allemands entraînés par leur juvénile ardeur dans l’œuvre ténébreuse des conspirations et obligés de chercher un asile loin de la terre natale. […] Un des chefs du socialisme parisien, M. Raspail, prit la parole, et sembla tout prêt à transformer cette modeste tombe en une tribune pédagogique. Je ne sais ce que pensèrent les vrais amis du publiciste de Francfort [Börne] ; mais le fait seul de cette déclamation révolutionnaire dans un tel lieu est une violence qui me révolte. Quand je songe au tribun jouant son rôle auprès de cette fosse ouverte, je ne pus m’empêcher de lire dans ce rapprochement le tragique symbole de la destinée de Louis Boerne36 […]

    18Il y a deux façons d’expliquer l’indignation de Saint-René Taillandier : assurément, l’intervention virulente de Raspail au père Lachaise subvertissait les codes du deuil bourgeois37. Mais on peut aussi avancer que Saint-René Taillandier écrit cet article douze ans après les funérailles, à une époque où précisément la « mode » de l’enterrement politique a perdu de sa puissance. Néanmoins, celle-ci ne s’est alors pas totalement essoufflée et la « fraternité funéraire » qui s’affirmait par les gestes mais aussi par les éloges funèbres prononcés par des Français pour des exilés étrangers et vice-versa, continua de subsister. Le 1er juin 1861, fut enterré au cimetière Montmartre le célèbre proscrit polonais Joachim Lelewel, célèbre professeur et ancien membre du gouvernement provisoire à Varsovie pendant la révolution en 1830-1831. En 1833, celui-ci avait été expulsé hors du territoire français vers la Belgique, où il avait passé l’essentiel de son exil, avant de revenir à Paris seulement quelques mois avant sa mort pour y consulter des médecins. Lors de ses funérailles, deux éloges ont d’abord été prononcés par des Français : l’un, par Louis Wolowski, né à Varsovie en 1810 mais naturalisé français, élu représentant du département de la Seine sous la Deuxième République ; l’autre, par le rabbin de Paris Astruc, en mémoire de l’action menée par Lelewel en faveur des Juifs polonais. Comme le souligne l’auteur de l’opuscule anonyme Les Funérailles de Joachim Lelewel, proscrit polonais, paru peu après les obsèques, le cortège funéraire fut marqué par une diversité d’origine – nationale mais aussi sociale – de l’assistance : « une foule considérable suivait : non l’émigration seulement, mais encore un grand nombre d’amis de la Pologne, Français et étrangers »38. L’ouvrier ferblantier Chabaud prit la parole au nom des ouvriers parisiens, venus en grand nombre assister à l’enterrement. Le discours prononcé à cette occasion reprenait le motif de la dette contractée par la France à l’égard de la Pologne, sans oublier d’émouvoir l’auditoire sur le nombre de plus en plus important des proscrits polonais morts en terre étrangère qui, à l’instar de Lelewel, n’avaient pu voir leur pays accéder à l’indépendance. La péroraison de l’éloge insistait enfin sur la nécessaire solidarité des ouvriers français avec les réfugiés polonais et sur l’assimilation du destin de la Pologne à celui de la France, quasiment un cliché du répertoire rhétorique de la gauche française depuis l’insurrection de Varsovie : « Il n’y a pas un travailleur français qui ne donnât avec bonheur sa vie pour la Pologne : car la Pologne c’est encore la France »39.

    * *

    19En définitive, l’enceinte des deux Chambres sous la monarchie de Juillet, puis celle de l’Assemblée constituante en 1848, ne sont que des lieux parmi d’autres qui ont vu le déploiement d’une rhétorique favorable aux réfugiés, libéraux ou démocrates, accueillis en exil en France. Si les modes d’expression étaient différents, et s’il s’avère bien sûr plus difficile de restituer avec exactitude les discours prononcés en faveur des révolutionnaires étrangers hors de l’enceinte parlementaire, les argumentaires qu’ils mettaient en œuvre n’étaient pas sans échos. L’argument de la tradition d’hospitalité politique assumée par la France, le discours sur la dette contractée à l’égard de certaines nations – en particulier espagnole et polonaise –, ou encore la défense plus abstraite de la liberté des peuples, puis de la fraternité et de la république en 1848, étaient des motifs récurrents de cette éloquence placée au service des étrangers en exil. Pourtant, malgré la vigueur de cette rhétorique, celle-ci doit être contrebalancée par tous les discours, tout aussi éloquents, qui ont au contraire tendu à s’opposer à l’aide apportée aux réfugiés, qu’elle fût symbolique ou financière. S’il y a bien eu une éloquence révolutionnaire au profit des étrangers en exil, comme celle qui émaillait les discours de Joly à la Chambre des députés sous la monarchie de Juillet puis à l’Assemblée législative sous la Deuxième République, celle-ci ne doit pas pour autant éclipser l’ampleur des discours qui ont contesté l’asile et l’aide octroyés à des milliers de réfugiés dans la France du premier XIXe siècle.

    Notes de bas de page

    1 Jean-François Joly (1790-1870), ancien avocat engagé en faveur du libéralisme sous la Restauration, élu député de l’Ariège en 1831, est l’un des principaux défenseurs des réfugiés du début des années 1830 jusqu’à la Deuxième République. Après avoir échoué dans sa candidature à la députation en 1834, il retrouve un siège de député de la Haute-Garonne entre 1839 et 1846, avant de devenir commissaire du gouvernement du même département au début de la Deuxième République, puis représentant siégeant à la Montagne. Il connaîtra lui aussi l’exil après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

    2 Discours de Jean-François Joly à la Chambre des députés, 26 octobre 1831, dans Jérôme Mavidal et Émile Laurent (dir.), Archives parlementaires de 1787 à 1860. Recueil complet des débats législatifs et politiques des chambres françaises, 2e série, Paris, Dupont, 1889, t. 71, p. 120.

    3 Nous renvoyons à un récent numéro de revue qui s’est penché sur la question du vocabulaire de l’exil : Delphine Diaz et Alexandre Dupont, « Les mots de l’exil dans l’Europe du XIXe siècle », Hommes & Migrations, n° 321, avril-mai-juin 2018.

    4 En avril 1832, Guizot emploie ainsi le syntagme « proscrits politiques » pour mieux distinguer ces étrangers des « vagabonds », « repris de justice » ou simples « malheureux » venus en France pour des raisons autres qu’idéologiques. Voir le discours de François Guizot du 7 avril 1832 à la Chambre des députés, Archives parlementaires…, op. cit., 2e série, 1890, t. 77, p. 324.

    5 « Proscrit », Dictionnaire de l’Académie française, 6e éd., 1835, t. 2.

    6 Voir le discours prononcé par Dupin aîné à la Chambre des députés le 21 février 1832, Archives parlementaires…, op. cit., 2e série, t. 75, p. 460 : « [la France] a accordé l’hospitalité aux étrangers, non pas seulement à ses alliés politiques, mais à des exilés, à des réfugiés de toutes les nations ». Nous soulignons.

    7 Sur la question des politiques d’accueil, voir Cécile Mondonico-Torri, « Les réfugiés en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 47-4, octobre-décembre 2000, p. 731-745 ; Gérard Noiriel, Réfugiés et sans papiers. La République face au droit d’asile, XIXe-XXe siècle, Paris, Pluriel, 2012, et D. Diaz, Un asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2014.

    8 Cf. le corpus de plus de 240 circulaires du ministère de l’Intérieur relatives aux réfugiés, transcrit et mis en ligne sur le site Internet du programme AsileuropeXIX, financé par l’Agence nationale de la Recherche, pour la période allant de 1831 à 1870 : https://asileurope.huma-num.fr/circulaires-sur-les-refugies

    9 D. Diaz, « Les Réfugiés en France au prisme des circulaires du ministère de l’Intérieur (1830-1870) : pour une étude conjointe des discours et pratiques de l’administration », D. Diaz et A. Dupont (dir.), « Les mots de l’exil dans l’Europe du XIXe siècle », op. cit., p. 32-40.

    10 Mélanges occitaniques, recueil politique, religieux, philosophique et littéraire, Montpellier, Tournel, 1831, t. 3, p. 399.

    11 Archives nationales de France (désormais abrégé en AN), C 2118, pétition n° 1073 à la Chambre des députés, 6 octobre 1831.

    12 Discours du duc de Choiseul à la Chambre des pairs, séance du 6 décembre 1831, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1889, t. 72, p. 175.

    13 Ibid.

    14 C. Mondonico-Torri, « Les Réfugiés en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », art. cité, p. 739.

    15 Comme le rappelait Jules Dufaure, ministre de l’Intérieur, le 25 octobre 1848 à l’Assemblée nationale constituante, « cette législation a[vait] un caractère transitoire ; les lois de police qui concern[aient] les réfugiés étrangers n’ont été votées que pour une année ; mais à chaque session, depuis seize ans, on a jugé utile de les proroger pour l’année suivante […] », justifiant ainsi la volonté de l’exécutif d’en faire autant. Cf. Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale : exposés des motifs et projets de lois présentés par le gouvernement ; rapports de MM. les représentants, Paris, Panckoucke, 1850, t. 5, p. 100.

    16 Le Constitutionnel, 26 janvier 1834, p. 3.

    17 Discours prononcé par Casimir Perier à la Chambre des députés, 30 septembre 1831, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1889, t. 70, p. 241 et suivantes : « Évitons que personne ne voie dans ces subsides la solde, en apparence régulière, d’une armée propagandiste, composée de soldats, de toutes les langues, répandue sur tous les territoires, et ralliée non pas à un drapeau national, toujours sacré pour le patriotisme, mais à la bannière cosmopolite des révolutions. La France n’est la patrie que des Français ! ».

    18 Sur les liens entre exil et fraternité, voir Gilles Bertrand, Catherine Brice et Gilles Montègre (dir.), Fraternité, pour l’histoire du concept. Cahiers du CRHIPA, Grenoble, 2012, mais aussi Catherine Brice et Sylvie Aprile (dir.), Exil et fraternité en Europe au XIXe siècle, Pompignac, Éditions Bière, 2013.

    19 Journal des débats politiques et littéraires, 27 octobre 1831, p. 4.

    20 Roland Barthes, « L’ancienne rhétorique », Œuvres complètes. Livres, textes, entretiens (1968-1971), Paris, Éditions du Seuil, 2002, t. 3, p. 564.

    21 Ibid.

    22 Discours de Benjamin Constant à la Chambre des députés le 18 juin 1829, rapporté par Le Constitutionnel, n° 170, 19 juin 1829, p. 2. Nous soulignons.

    23 Discours de François Mauguin à la Chambre des députés, 21 février 1832, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1890, t. 75, p. 459.

    24 Discours d’Eugène Baune à l’Assemblée nationale législative, 17 avril 1850, Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale législative : exposé des motifs et projets de lois présentés par le gouvernement ; rapports de MM. les représentants, Paris, Panckoucke, 1850, t. 7, p. 170 : « On disait, sous Louis-Philippe, que la France était assez riche pour payer sa gloire. J’espère que, sous la République, la France sera assez puissante et assez généreuse pour payer sa dette au malheur ».

    25 Discours à la Chambre des députés du 4 mars 1834, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1893, t. 87, p. 104. Fidèle-Marie Gaillard de Kerbertin (1789-1845) est alors député d’Ille-et-Vilaine de la majorité gouvernementale.

    26 Discours de La Fayette à la Chambre des députés, séance du 25 janvier 1834, Journal des débats politiques et littéraires, 26 janvier 1834, p. 2.

    27 Discours du général Lamarque à la Chambre des députés, 9 avril 1832, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1890, t. 77, p. 362.

    28 Sur les banquets et enterrements comme formes de politisation au cours du premier XIXe siècle, voir Emmanuel Fureix, La France des larmes. Deuils politiques à l’âge romantique (1814-1840), Seyssel, Champ Vallon, 2009 et Vincent Robert, Le Temps des banquets. Politique et symbolique d’une génération (1818-1848), Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.

    29 D. Diaz, Un asile pour tous les peuples…, op. cit., p. 220 et suivantes.

    30 Le Polonais, journal des intérêts de la Pologne, t. 2, 1834, p. 135.

    31 Hans-Jürgen Lüsebrink, « Gestes oratoires et représentations iconographiques : transcription de l’oralité dans les Tableaux historiques de la Révolution française », dans Éric Négrel et Jean-Paul Sermain (dir.), Une expérience rhétorique. L’éloquence de la Révolution, Oxford, Voltaire Foundation, 2002, p. 113 : le genre se voit « démocratisé et utilisé pour les humbles vainqueurs de la Bastille, souvent issus de couches sociales populaires ».

    32 E. Fureix, La France des larmes…, op. cit., p. 376.

    33 Le National, 19 septembre 1837, cité par E. Fureix.

    34 Bulletin de Paris, 16 septembre 1837, AN, F7 3889, cité par E. Fureix.

    35 Jean-Marc Schiappa, Buonarroti l’inoxydable, 1761-1837, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 2008, p. 237-238.

    36 Saint-René Taillandier, « Publicistes révolutionnaires de l’Allemagne. Louis Boerne, sa vie et ses écrits », Revue des Deux Mondes, 1849, t. 1, p. 572-573.

    37 E. Fureix, La France des larmes…, op. cit., p. 344 : « Sans pratiquer l’inversion, les funérailles libérales ne respectent que par intermittence les codes du deuil bourgeois, et forgent ainsi, par petites touches, une culture opposante de la mort ».

    38 Les Funérailles de Joachim Lelewel, proscrit polonais, Paris, Dentu, 1861, p. 6.

    39 Ibid., p. 16.

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    1 Jean-François Joly (1790-1870), ancien avocat engagé en faveur du libéralisme sous la Restauration, élu député de l’Ariège en 1831, est l’un des principaux défenseurs des réfugiés du début des années 1830 jusqu’à la Deuxième République. Après avoir échoué dans sa candidature à la députation en 1834, il retrouve un siège de député de la Haute-Garonne entre 1839 et 1846, avant de devenir commissaire du gouvernement du même département au début de la Deuxième République, puis représentant siégeant à la Montagne. Il connaîtra lui aussi l’exil après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

    2 Discours de Jean-François Joly à la Chambre des députés, 26 octobre 1831, dans Jérôme Mavidal et Émile Laurent (dir.), Archives parlementaires de 1787 à 1860. Recueil complet des débats législatifs et politiques des chambres françaises, 2e série, Paris, Dupont, 1889, t. 71, p. 120.

    3 Nous renvoyons à un récent numéro de revue qui s’est penché sur la question du vocabulaire de l’exil : Delphine Diaz et Alexandre Dupont, « Les mots de l’exil dans l’Europe du XIXe siècle », Hommes & Migrations, n° 321, avril-mai-juin 2018.

    4 En avril 1832, Guizot emploie ainsi le syntagme « proscrits politiques » pour mieux distinguer ces étrangers des « vagabonds », « repris de justice » ou simples « malheureux » venus en France pour des raisons autres qu’idéologiques. Voir le discours de François Guizot du 7 avril 1832 à la Chambre des députés, Archives parlementaires…, op. cit., 2e série, 1890, t. 77, p. 324.

    5 « Proscrit », Dictionnaire de l’Académie française, 6e éd., 1835, t. 2.

    6 Voir le discours prononcé par Dupin aîné à la Chambre des députés le 21 février 1832, Archives parlementaires…, op. cit., 2e série, t. 75, p. 460 : « [la France] a accordé l’hospitalité aux étrangers, non pas seulement à ses alliés politiques, mais à des exilés, à des réfugiés de toutes les nations ». Nous soulignons.

    7 Sur la question des politiques d’accueil, voir Cécile Mondonico-Torri, « Les réfugiés en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 47-4, octobre-décembre 2000, p. 731-745 ; Gérard Noiriel, Réfugiés et sans papiers. La République face au droit d’asile, XIXe-XXe siècle, Paris, Pluriel, 2012, et D. Diaz, Un asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2014.

    8 Cf. le corpus de plus de 240 circulaires du ministère de l’Intérieur relatives aux réfugiés, transcrit et mis en ligne sur le site Internet du programme AsileuropeXIX, financé par l’Agence nationale de la Recherche, pour la période allant de 1831 à 1870 : https://asileurope.huma-num.fr/circulaires-sur-les-refugies

    9 D. Diaz, « Les Réfugiés en France au prisme des circulaires du ministère de l’Intérieur (1830-1870) : pour une étude conjointe des discours et pratiques de l’administration », D. Diaz et A. Dupont (dir.), « Les mots de l’exil dans l’Europe du XIXe siècle », op. cit., p. 32-40.

    10 Mélanges occitaniques, recueil politique, religieux, philosophique et littéraire, Montpellier, Tournel, 1831, t. 3, p. 399.

    11 Archives nationales de France (désormais abrégé en AN), C 2118, pétition n° 1073 à la Chambre des députés, 6 octobre 1831.

    12 Discours du duc de Choiseul à la Chambre des pairs, séance du 6 décembre 1831, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1889, t. 72, p. 175.

    13 Ibid.

    14 C. Mondonico-Torri, « Les Réfugiés en France sous la monarchie de Juillet : l’impossible statut », art. cité, p. 739.

    15 Comme le rappelait Jules Dufaure, ministre de l’Intérieur, le 25 octobre 1848 à l’Assemblée nationale constituante, « cette législation a[vait] un caractère transitoire ; les lois de police qui concern[aient] les réfugiés étrangers n’ont été votées que pour une année ; mais à chaque session, depuis seize ans, on a jugé utile de les proroger pour l’année suivante […] », justifiant ainsi la volonté de l’exécutif d’en faire autant. Cf. Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale : exposés des motifs et projets de lois présentés par le gouvernement ; rapports de MM. les représentants, Paris, Panckoucke, 1850, t. 5, p. 100.

    16 Le Constitutionnel, 26 janvier 1834, p. 3.

    17 Discours prononcé par Casimir Perier à la Chambre des députés, 30 septembre 1831, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1889, t. 70, p. 241 et suivantes : « Évitons que personne ne voie dans ces subsides la solde, en apparence régulière, d’une armée propagandiste, composée de soldats, de toutes les langues, répandue sur tous les territoires, et ralliée non pas à un drapeau national, toujours sacré pour le patriotisme, mais à la bannière cosmopolite des révolutions. La France n’est la patrie que des Français ! ».

    18 Sur les liens entre exil et fraternité, voir Gilles Bertrand, Catherine Brice et Gilles Montègre (dir.), Fraternité, pour l’histoire du concept. Cahiers du CRHIPA, Grenoble, 2012, mais aussi Catherine Brice et Sylvie Aprile (dir.), Exil et fraternité en Europe au XIXe siècle, Pompignac, Éditions Bière, 2013.

    19 Journal des débats politiques et littéraires, 27 octobre 1831, p. 4.

    20 Roland Barthes, « L’ancienne rhétorique », Œuvres complètes. Livres, textes, entretiens (1968-1971), Paris, Éditions du Seuil, 2002, t. 3, p. 564.

    21 Ibid.

    22 Discours de Benjamin Constant à la Chambre des députés le 18 juin 1829, rapporté par Le Constitutionnel, n° 170, 19 juin 1829, p. 2. Nous soulignons.

    23 Discours de François Mauguin à la Chambre des députés, 21 février 1832, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1890, t. 75, p. 459.

    24 Discours d’Eugène Baune à l’Assemblée nationale législative, 17 avril 1850, Compte rendu des séances de l’Assemblée nationale législative : exposé des motifs et projets de lois présentés par le gouvernement ; rapports de MM. les représentants, Paris, Panckoucke, 1850, t. 7, p. 170 : « On disait, sous Louis-Philippe, que la France était assez riche pour payer sa gloire. J’espère que, sous la République, la France sera assez puissante et assez généreuse pour payer sa dette au malheur ».

    25 Discours à la Chambre des députés du 4 mars 1834, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1893, t. 87, p. 104. Fidèle-Marie Gaillard de Kerbertin (1789-1845) est alors député d’Ille-et-Vilaine de la majorité gouvernementale.

    26 Discours de La Fayette à la Chambre des députés, séance du 25 janvier 1834, Journal des débats politiques et littéraires, 26 janvier 1834, p. 2.

    27 Discours du général Lamarque à la Chambre des députés, 9 avril 1832, Archives parlementaires, op. cit., 2e série, 1890, t. 77, p. 362.

    28 Sur les banquets et enterrements comme formes de politisation au cours du premier XIXe siècle, voir Emmanuel Fureix, La France des larmes. Deuils politiques à l’âge romantique (1814-1840), Seyssel, Champ Vallon, 2009 et Vincent Robert, Le Temps des banquets. Politique et symbolique d’une génération (1818-1848), Paris, Publications de la Sorbonne, 2010.

    29 D. Diaz, Un asile pour tous les peuples…, op. cit., p. 220 et suivantes.

    30 Le Polonais, journal des intérêts de la Pologne, t. 2, 1834, p. 135.

    31 Hans-Jürgen Lüsebrink, « Gestes oratoires et représentations iconographiques : transcription de l’oralité dans les Tableaux historiques de la Révolution française », dans Éric Négrel et Jean-Paul Sermain (dir.), Une expérience rhétorique. L’éloquence de la Révolution, Oxford, Voltaire Foundation, 2002, p. 113 : le genre se voit « démocratisé et utilisé pour les humbles vainqueurs de la Bastille, souvent issus de couches sociales populaires ».

    32 E. Fureix, La France des larmes…, op. cit., p. 376.

    33 Le National, 19 septembre 1837, cité par E. Fureix.

    34 Bulletin de Paris, 16 septembre 1837, AN, F7 3889, cité par E. Fureix.

    35 Jean-Marc Schiappa, Buonarroti l’inoxydable, 1761-1837, Saint-Georges-d’Oléron, Les Éditions libertaires, 2008, p. 237-238.

    36 Saint-René Taillandier, « Publicistes révolutionnaires de l’Allemagne. Louis Boerne, sa vie et ses écrits », Revue des Deux Mondes, 1849, t. 1, p. 572-573.

    37 E. Fureix, La France des larmes…, op. cit., p. 344 : « Sans pratiquer l’inversion, les funérailles libérales ne respectent que par intermittence les codes du deuil bourgeois, et forgent ainsi, par petites touches, une culture opposante de la mort ».

    38 Les Funérailles de Joachim Lelewel, proscrit polonais, Paris, Dentu, 1861, p. 6.

    39 Ibid., p. 16.

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    Diaz, Delphine. « “Palpitants de dévouement et de générosité pour tous les proscrits”. L’éloquence au service des révolutionnaires exilés en France (des années 1830 à la Deuxième République) ». In Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples, édité par Sophie-Anne Leterrier et Olivier Tort. Arras: Artois Presses Université, 2021. doi:10.4000/books.apu.19012.
    Diaz, Delphine. « “Palpitants de dévouement et de générosité pour tous les proscrits”. L’éloquence au service des révolutionnaires exilés en France (des années 1830 à la Deuxième République) ». Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples, édité par Sophie-Anne Leterrier et Olivier Tort, Artois Presses Université, 2021, https://doi.org/10.4000/books.apu.19012.

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    Leterrier, S.-A., & Tort, O. (éds.). (2021). Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.18887
    Leterrier, Sophie-Anne, et Olivier Tort, éd. Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples. Arras: Artois Presses Université, 2021. doi:10.4000/books.apu.18887.
    Leterrier, Sophie-Anne, et Olivier Tort, éditeurs. Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples. Artois Presses Université, 2021, https://doi.org/10.4000/books.apu.18887.
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