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    Plan détaillé Texte intégral I. La rhétorique prérévolutionnaire de Jovellanos : un homme des Lumières II. Lutte contre la Révolution et abandon de l’absolutisme III. Les nouvelles idées politiques : la liberté d’un peuple souverain Notes de bas de page Auteur

    Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples

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    Table des matières

    Jovellanos et l’idée de souveraineté : le peuple contre la tyrannie et l’histoire contre la démagogie

    Armando Zerolo Durán

    p. 129-144

    Texte intégral I. La rhétorique prérévolutionnaire de Jovellanos : un homme des Lumières II. Lutte contre la Révolution et abandon de l’absolutisme III. Les nouvelles idées politiques : la liberté d’un peuple souverain Napoléon Bonaparte, l’usurpateur Souveraineté ou identité historique d’un peuple Distinction entre exécutif et législatif Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La Révolution française a influencé la rhétorique politique espagnole de manière très singulière, du fait des particularités nationales de la situation politique. Jusqu’en 1789, l’harmonie avec les idées politiques françaises modérées était considérable et conforme aux tendances éclairées de l’époque. La Révolution a engendré une rupture et l’Espagne, provoquée par l’invasion de Bonaparte, a vu se développer alors des idées plus monarchiques et nationales, retravaillant de nouvelles théories politiques plus adaptées à l’époque et fortement imprégnées de constitutionnalisme anglais. Dans ce contexte, l’écrivain et homme politique Gaspar Melchor de Jovellanos (1744-1811) s’est révélé fort influent dans le débat intellectuel, aussi bien à cause de ses réflexions historiques autour de la constitution, que dans les débats relatifs à la situation des colonies en Amérique et à la modernisation de l´économie.

    2De manière générale, les idées politiques qui ont émergé en Espagne après la Révolution française partageaient certaines affinités avec celles des voisins européens, tout en présentant des particularités liées aux circonstances nationales. Les Lumières avaient parlé de l’autonomie de la raison, de l’immanence de l’ordre temporel ainsi que de la possibilité d’organiser le progrès économique par l’intervention de l’État. En Europe, les principaux monarques, à la tête des dynasties régnantes au XVIIIe siècle, avaient volontiers soutenu le progrès des lettres et des sciences, à l’image de l’impératrice Marie-Thérèse à Vienne, ou du tsar russe Pierre le Grand, fondateur de Saint-Pétersbourg. En Espagne, Charles III avait, lui aussi, promu d’importantes réformes économiques et culturelles à Madrid. Ces grands monarques européens, y compris ceux de l’Est et du Sud du continent, tâchaient également de mener à bien quelques transformations sociales et politiques.

    3Dans un tel contexte, il était banal de trouver, dans la rhétorique intellectuelle, des compliments adressés aux régimes monarchiques. Mais la Révolution française puis les guerres napoléoniennes modifièrent profondément ce paradigme, qui dominait au XVIIIe siècle. L’effondrement du Saint Empire romain germanique, quasi-millénaire, puis le Congrès de Vienne de 1815, aboutit à instaurer un nouvel ordre international, qui chercha à se fonder sur de nouveaux principes ; cela facilita l’éclosion d’une multitude de courants politiques et idéologiques à travers tout le continent, qui irriguèrent la vie intellectuelle jusqu’en 1914, quand l’épuisement des monarchies traditionnelles et du monde de l’Ancien Régime européen fut parvenu à son terme. L’Espagne ne fit pas exception, elle qui souffrait d’une usure de son régime monarchique et d’une crise de son Empire colonial.

    4Les derniers rois espagnols ayant appartenu à la dynastie de Habsbourg, connus sous le nom de « Austrias mineurs » (Philippe III, Philippe IV et Charles II), avaient fait place en 1700 à la maison de Bourbon. Cette dernière avait entamé au cours du XVIIIe siècle une réforme de la monarchie espagnole avec une nouvelle approche, plus unitaire et plus centralisée. Cependant, la décadence du pays s’était encore accentuée après le traité d’Utrecht (1713), et s’était poursuivie ensuite. Au début du XIXe siècle, les intellectuels espagnols paraissaient fortement marqués par ce long déclin et par les tumultes révolutionnaires de la France, avant que la série d’événements survenus au cours de la première décennie des années 1800 ne mette encore davantage en évidence la carence d’une classe politique ibérique, incapable d’affronter les crises et d’en tirer profit pour l’avenir.

    5La singularité de l’Espagne réside dans le fait que sa nation, dans un tel contexte, au lieu de se révolter contre le roi, se souleva en sa faveur. La plupart des Espagnols intéressés par la politique demeuraient en effet attachés à la monarchie traditionnelle, là où, en France, Chateaubriand et même Bonald avaient sympathisé, au moins au départ, avec les principes révolutionnaires. Certes, la préconisation de réformes fondamentales et le souhait de faire évoluer l’Ancien Régime existaient également en Espagne, mais, généralement, sans se départir du cadre de « l’absolutisme des Lumières » ; car la peur des outrages populaires était dissuasive et seule une petite minorité penchait pour une démocratie populaire. Par la suite, les guerres de conquêtes napoléoniennes puis le Congrès de Vienne n’avaient fait que conforter une rhétorique dans laquelle dominait le rejet du pouvoir illégitime, ou comme on disait à l’époque, du pouvoir de l’usurpateur. Aux protestations contre l’invasion étrangère de la France s’ajoutaient les déplorations liées à la déliquescence de l’empire colonial espagnol.

    6La figure de Jovellanos est un cas intéressant, qui permet bien de comprendre cette rhétorique postrévolutionnaire en Espagne et ses particularités. Jovellanos est un intellectuel typique de l’Europe du XVIIIe siècle, ayant sympathisé avec les idées des Lumières, assez ouvert aux tendances libérales venues d’Angleterre et de France, restant néanmoins attaché, par habitude, au cadre de la monarchie absolue. En cela, il incarne bien la lente transition intellectuelle espagnole de l’absolutisme vers le libéralisme, avec des idées-forces pleines d’originalité, appréciées de ses contemporains, mais aussi, assez naturellement, avec d’importantes variations circonstancielles entre l’avant-1789, la tourmente engendrée par la Révolution française, enfin la période marquée par le règne de Napoléon.

    I. La rhétorique prérévolutionnaire de Jovellanos : un homme des Lumières

    7À la veille de la Révolution française, Jovellanos était encore un homme des Lumières qui partageait les idées de l’époque, telles que le droit naturel, la raison en tant qu’élément organisateur de la cohésion sociale, la primauté pratique de la morale sur la religion et la supériorité de la méthode expérimentale sur la scolastique, qui lui a inspiré des jugements sévères. En politique, il était fermement convaincu qu’il existait une science de l’État, l’économie politique, comme le pensaient aussi ses contemporains physiocrates.

    8Un an avant la Révolution, à l’occasion de la mort de Charles III (1716-1788), il adresse une louange au monarque absolu, dans laquelle il manifeste clairement ses préférences idéologiques. Le ton, caractéristique d’un panégyrique, révèle son affinité pour la figure du roi, au point qu’il n’hésite pas à se référer à lui comme le « père de ses vassaux », à l’instar des rois en général1. Il s’exclamait : « Ô princes, vous avez été placé par l’Omnipotent au milieu des nations pour attirer sur elles abondance et prospérité » 2. À l’époque, la préférence du polygraphe asturien était donc clairement monarchique et le seul débat qui demeure en suspens est de savoir quelle forme de monarchie avait alors sa préférence. Certains pensent qu’il restait attiré par la monarchie absolue dans sa version classique, à la manière de Charles III, d’autres pensent qu’il optait plutôt pour un despotisme éclairé. En vérité, Jovellanos était un précurseur du groupe des « libéraux doctrinaux », favorables à une monarchie modérée qui aurait divisé son pouvoir avec les Cortes, régime mixte à la défense duquel il a consacré le travail le plus important de sa carrière. Jovellanos était donc un libéral conservateur ou, comme on l’a dit aussi, un libéral éclairé. Toujours est-il qu’il manifestait des affinités clairement monarchiques, ce qui demeure le point essentiel pour analyser les rapports entre rhétorique et politisation nouvelle. C’est le roi, selon lui, qui était chargé de réformer le pays et de « le moderniser », après la stagnation dans laquelle il était tombé au XVIIe siècle sous les derniers Habsbourg d’Espagne. « Le ciel avait réservé aux Bourbons la restauration de sa splendeur et de sa force ». Jovellanos attribue à Charles III les mérites suivants :

    Le développement de nouvelles colonies agricoles, le partage des terres communales, la réduction des privilèges du bétail, l’abolition des taxes et la libre circulation des grains grâce auxquelles l’agriculture s’est améliorée, la diffusion de l’enseignement industriel, la réforme de la police corporative, la multiplication des établissements industriels et la généreuse profusion de grâces et de franchises sur les arts au bénéfice de l’industrie, la rupture des anciennes chaînes qui entravaient le commerce national, l’ouverture de nouveaux comptoirs pour la consommation étrangère, la paix, la correspondance périodique et la communication gratuite avec nos colonies d’outre-mer en faveur du commerce, le rétablissement de la représentation populaire pour perfectionner le gouvernement municipal, celui du pouvoir sacré des parents pour améliorer l’ordre domestique, les objets de la bienfaisance publique […] au bénéfice des indigents, et surtout, au milieu des populations, ces corps patriotiques, parangons des institutions politiques soumettant tous les sujets d’intérêt général à leur réflexion enthousiaste, que d’amples et glorieuses raisons de louer Charles III et de lui assurer le titre de père de ses vassaux !3

    9La modernisation de l’Espagne était une tâche urgente aux yeux des hommes des Lumières : l’ignorance et l’obscurité avaient privé les dirigeants des outils nécessaires pour donner un nouvel élan à la nation. Le dix-huitième siècle portait l’État moderne à un état de raffinement, qui reprenait les bases théoriques établies par Machiavel et plus tard par Hobbes et Bodin. Quoique étrangères à la tradition politique espagnole, ces idées, cependant, commençaient à trouver grâce auprès des élites dirigeantes. Jovellanos ne faisait pas exception, en parlant d’une nouvelle science de l’État. « On pensait pour la première fois qu’il y avait une science qui enseignait à gouverner les hommes et à les rendre heureux ; enfin, lorsque l’étude de l’économie civile est née du sein même de l’ignorance et du désordre. » Selon Juan Velarde, économiste espagnol, Jovellanos a été très important dans les idées ultérieures des économistes contemporains, sur des points qui peuvent être regroupés en dix sections :

    1. critique contre l’interventionnisme, et recherche de l’empire du marché ; il n’est pas innocent que Jovellanos ait comparé, pour l’économie, le « théorème de la main invisible » d’Adam Smith au principe de la gravitation universelle de Newton pour la mécanique ; 2. premières escarmouches en faveur du libre-échange, aujourd’hui triomphant ; 3. confiscation des biens immobiliers de mainmorte ; 4. suppression des droits de primogéniture ; 5. délimitation des biens territoriaux consacrant à jamais le droit de propriété privée ; 6. dissolution de la Mesta [organisation agraire d’origine médiévale] ; 7. abolition de la dîme ecclésiastique et création d’un système de redevance moderne ; 8. responsabilité de l’État concernant la dette publique, en lien avec ce qui a été introduit dans le circuit financier mondial ; 9. […] relance du système de crédit ; et 10. création, avec l’article 321 de la Constitution de Cadix, du début de l’État providence espagnol [Estado Providencia]. Je voudrais ajouter sa haine de la corruption comme un frein à l’activité, et son souci d’un enseignement différent, comme il l’a montré à l’Institut de Gijón.4

    10Des discussions savantes s’engagèrent pour ou contre l’économie politique. Pour Jovellanos, elle était « la vraie science de l’État, la science du magistrat public ». Nous voyons donc cette figure publique défendre la monarchie et en même temps, comme beaucoup de ses contemporains français, préconiser une réforme profonde des institutions publiques et de leur fonctionnement. Ceci n’était pas contradictoire en principe, sauf à ce que, comme en France, les événements ne précipitent les résultats, qui furent obtenus par d’autres voies au sud des Pyrénées.

    11La réforme des structures étatiques était une tâche impérative et devait être accompagnée par l’éducation d’un peuple qui, selon la rhétorique des Lumières, avait été plongé dans l’obscurité. En effet, « Charles prévoyait qu’il ne pouvait rien faire pour sa nation, s’il ne l’avait pas préparée à recevoir ces réformes ». La référence à l’obscurité, par opposition à la lumière, est un véritable lieu commun, qui sert de ressource rhétorique constante ; à titre d’exemple, Jovellanos parle du XVIe siècle comme de « ces temps tristes où l’Espagne vivait consacrée à la superstition et à l’ignorance. Quel spectacle d’horreur et de pitié ! »5 C’était dans cette perspective que la « réforme des arts » était l’un des volets importants de la politique menée par Charles III, avec une attention particulière portée aux universités :

    Charles, désireux de faire ce genre de régénération dans son royaume, commence par promouvoir l’enseignement des sciences exactes, sans l’aide desquelles rien ou presque ne peut être avancé dans la recherche des vérités naturelles. Madrid, Séville, Salamanque, Alcalá, voient renaître leurs anciennes écoles de mathématiques. Barcelone, Valence, Saragosse, Santiago et presque tous les lieux d’enseignement général les voient se reconstituer. La force de la démonstration vient de la subtilité du syllogisme. L’étude de la physique, déjà basée sur l’expérience et le calcul, est perfectionnée ; les autres sciences de son domaine naissent dans son sillage : la chimie, la minéralogie et la métallurgie, l’histoire naturelle, la botanique. Et tandis que l’observateur naturaliste étudie et découvre les premiers éléments des corps, pénètre et analyse toutes leurs propriétés et leurs vertus, le responsable politique étudie les relations que la sagesse du Créateur a déposées en eux pour assurer la multiplication et le bonheur de la race humaine.6

    12Bien plus, selon Jovellanos, grâce au monarque, « la théologie, affranchie du joug aristotélicien, délaisse les questions scolastiques qui l’accaparaient auparavant et revient à l’étude du dogme et de la controverse. Charles, en l’ouvrant à la critique, mène à la connaissance de ses sources pures, de l’Écriture sainte, des conciles, des pères de l’Église, de l’histoire et de la discipline ecclésiastique, et restitue ainsi la science de la religion à son décor antique »7. Pour lui, « la philosophie d’Aristote avait longtemps tyrannisé la république des lettres » et maintenant, avec la nouvelle philosophie, le monde de la science s’enrichissait et un « esprit général d’éveil » (espíritu general de ilustración) était inculqué à un peuple qui était en retard, car aveuglé.

    13Ainsi, pour Jovellanos, comme pour beaucoup de ses contemporains, la monarchie était le moteur du changement et de la croissance, et il en faisait l’éloge le plus appuyé : « À vous, ô bon Charles, on vous doit toujours la plus grande partie de cette gloire et notre gratitude. Sans votre protection, sans votre générosité, sans l’amour ardent que vous professez à vos peuples, ces graines précieuses auraient péri »8.

    II. Lutte contre la Révolution et abandon de l’absolutisme

    14Un an après la mort de Charles III, sous le nouveau règne de Charles IV, la Révolution éclata à Paris. L’impact de ces événements en Espagne ne fut d’abord pas aussi grand que dans d’autres pays, en raison d’une situation sociale bien différente du voisin transpyrénéen et notamment de l’absence d’une bourgeoisie capable de mener une révolution de cette nature, ainsi que du faible succès des philosophies révolutionnaires. En tout cas, Charles IV s’inquiétait du sort de Louis XVI et tentait de tout faire pour venir à son aide, ce qui était mal vu par les républicains français. En Espagne, le comte de Floridablanca, Secrétaire d’État (chef du gouvernement), réagit avec peur aux événements français et ferma les frontières, en expulsant une grande partie des Français qui étaient sur le territoire national et en suspendant les Cortes.

    15La Révolution, malgré les tentatives isolées de propagation sur le territoire espagnol, ne s’étendit donc pas. Cependant, l’Espagne avait tenté d’influencer le cours des événements français, ce qui conduisit la France à déclencher la guerre. Dans un premier temps, l’Espagne parvint à occuper le Roussillon, mais cette victoire fut éphémère et les batailles suivantes débouchèrent sur des pertes importantes du territoire national. Ni le comte de Floridablanca ni son successeur le comte d’Aranda ne réussirent à éviter la défaite, et c’est le nouveau Secrétaire d’État Manuel Godoy qui finit par signer la paix de Bâle en 1795, par laquelle l’Espagne cédait Saint-Domingue à la France en échange de la récupération des territoires perdus en pays basque.

    16L’opinion de Jovellanos sur la Révolution française, à l’instar de nombreux contemporains, s’est modifiée à la suite de la radicalisation du cours des événements et, bien sûr, de la mort de Louis XVI. En analysant sa correspondance privée, nous trouvons une pensée dispersée, mais déplorant et condamnant « l’exemple de la France [qui] dépravera l’espèce humaine ».

    17Quoiqu’éclairée et libérale, sa pensée restait conservatrice, car elle partait du principe que les changements politiques devaient toujours prendre la forme de réformes modérées et non de changements brusques. La forme du gouvernement était selon lui indissociable des structures de la société et de la composition des corps intermédiaires, ce qu’il appela plus tard la « constitution historique ». Pour cette raison, à l’en croire, « les réformes sociales ne devraient jamais consister en un changement de forme de gouvernement ». Il fallait d’abord éduquer la population, l’éclairer en la formant, et une fois effectués ces préalables, il était possible d’améliorer, mais non pas de renverser les formes de gouvernement. Les réformes politiques, en d’autres termes, devaient provenir d’améliorations sociales « d’en bas » plutôt que de décisions autoritaires « d’en haut ».

    18Jovellanos avait des idées politiques traditionnelles, en vertu desquelles les idées d’ordre et de gouvernement étaient inséparables et indispensables au progrès d’une société. Les relations d’autorité, la hiérarchie du commandement et le respect de la tradition demeuraient toujours présents dans ses écrits. Il a donc considéré la Révolution comme une destruction de l’ordre existant. Dans une lettre de 1802 sur l’éducation publique, dans laquelle il a donné un bon résumé de sa pensée, il affirme : « Cette sophistique proclame : tous les hommes naissent libres et égaux, et à partir de cet axiome favori, elle tire des conséquences funestes qui lui sont totalement contraires. Si chaque homme naît au sein de la société, il n’est certainement pas né entièrement libre, mais soumis à une sorte d’autorité, à qui il doit obéir »9. C’est ainsi que la Révolution a sapé le gouvernement légitime, marquant le début du désordre et d’autres injustices. Jovellanos réitère un peu plus tard :

    Un tel système […] était un péché d’orgueil de quelques hommes impies, qui abhorrant toute sujétion, cherchaient leur gloire et leur intérêt dans la subversion de tout ordre social, sous le nom spécieux de cosmopolites ; donnant un vernis d’humanité à leurs idées antisociales et antireligieuses, ils cherchent à leurrer les crédules, dont ils semblent vouloir le bien, alors qu’ils méditent en secret leurs souffrances et leur destruction. Ennemis de toute religion et de toute souveraineté, ils conspirent pour envelopper toute institution et toute vertu sociale dans la ruine des autels et des trônes ; il n’y a pas d’idée libérale et bienfaisante, pas de sentiment honnête et pur auxquels ils n’ont pas déclaré la guerre, qu’ils n’ont pas essayé d’effacer de l’esprit des hommes. Ils ont toujours l’humanité à la bouche, mais la haine et la désolation du genre humain rugissent secrètement dans leurs cœurs.10

    19Logiquement, la période pendant laquelle Jovellanos s’est manifesté le plus clairement contre les révolutionnaires est celle qui correspond en France à la Terreur. Car si on a vu que Jovellanos ne peut être suspecté d’immobilisme, et qu’il soutient les changements qui lui paraissent possibles, en aucun cas, en revanche à ses yeux, la guerre civile ne saurait être recherchée, d’accord en cela avec des auteurs aussi divers que Hobbes, Rousseau, Chateaubriand ou Benjamin Constant : c’est le pire des maux qu’un peuple puisse souffrir et le signe le plus net de l’échec d’un gouvernement. « Je la déteste »11, écrivait Jovellanos à Alexandre Jardine12. La guerre civile ou la révolution, qui pour lui, en l’espèce, revenaient au même, ne constituaient pas des moyens légitimes de mener à bien les réformes : « Rien de bon ne peut être attendu des révolutions dans le gouvernement »13.

    20Les changements sociaux et politiques devaient être envisagés sans forcer le cours des événements ; il pensait que la meilleure forme de gouvernement était celle qui s’adaptait à la réalité, rendant possible l’amélioration. Et une nation dotée d’une « constitution historique » ne pouvait passer du jour au lendemain à une autre. Si la France était monarchique, elle ne pouvait, sans dommage, être métamorphosée par la violence, autrement « la France restera une république, mais faible, troublée, exposée à la tyrannie militaire »14. Cette brusque modification du régime se payait au prix d’une destruction des structures sociales. Une fois encore, la prudence politique de Jovellanos était remarquable : « Les moyens de réforme ne doivent jamais être destinés à détruire, mais à améliorer ; ne jamais subvertir un ordre établi pour réaliser les vrais fins de l’institution sociale »15.

    21« Il faut donc progresser par degrés »16 et jamais par la révolution. Les effets révolutionnaires ne sont jamais constructifs et, bien entendu, ne peuvent durer. La France, pour Jovellanos, « nous le prouve. La liberté, l’égalité, la république, le fédéralisme, l’anarchie… et ce que je sais suivra, mais sûrement ils n’iront pas à terme, ou ma vue est très courte »17. Le progrès, dans le sens éclairé du terme, ne saurait venir de la violence, et la rhétorique révolutionnaire progressiste conduirait en pratique à la stagnation et à l’appauvrissement culturel et économique : « La Vendée, Lyon, Toulon, Marseille, prouvent tout cela »18.

    22Dans son journal personnel, il a laissé un échantillon de cette pensée :

    Mon opinion contre la fureur des républicains français est fortement justifiée ; je crains que rien n’en sorte, mais qu’elle dégrade la race humaine ; la cruauté érigée en système, légitimée sous la couleur et avec les formes de la justice, s’oppose aux défenseurs de la liberté.19

    23Les idées républicaines, étant arrivées en Espagne, ont commencé à circuler dans différents milieux. Ceux qui se sont laissés influencer par « des idées aussi effrayantes » ont reçu le nom de afrancesados. Jovellanos, qui, selon le nouveau vocable de l’époque, est passé d’« éclairé » à « libéral », pensait que l’Ancien Régime devait se réformer et admettre certaines idées modernes, mais définitivement, sans adopter la voie de la révolution.

    24En juillet 1794, lorsque Robespierre, symbole de la Terreur, est tombé, Jovellanos, lucide, ne partage pas l’enthousiasme de beaucoup d’autres, et il écrit dans son journal : « Je ne m’attends pas à plus d’humanité du parti qui a succédé à Robespierre ; [je crains] qu’ils aient changé de forme et non d’esprit ou de maximes dans leurs procédures ; que rien ne puisse être pire que l’anarchie ; car, si le despotisme ne peut être soutenu qu’au milieu de l’ignorance, l’anarchie, elle, naît de la corruption »20.

    25Ainsi donc, l’ordre politique de Jovellanos était né d’une réflexion historique sur le bon gouvernement ; dans les dernières années du dix-huitième siècle, ses idées restaient proches d’un certain despotisme éclairé, et son insistance sur l’autorité du roi demeurait très importante. De ce fait, il ne vit pas d’un bon œil les événements révolutionnaires français, n’y décelant qu’anarchie et désordre. Au fur et à mesure que le processus révolutionnaire suivit son cours, son jugement se fit de plus en plus sévère : « L’exemple fatal de la France […] : ils désoleront le monde : une secte l’emportera sur une autre dans l’oppression, et l’insensibilité stupide, fille de la Terreur, fera bien souffrir »21.

    III. Les nouvelles idées politiques : la liberté d’un peuple souverain

    26La paix de Bâle, qui avait mis un terme à la guerre entre l’Espagne et la France, révélait clairement à l’opinion que l’Empire colonial espagnol, contraint d’abandonner toute prétention hégémonique, était désormais à la merci de la France. Cette situation provoqua une réaction d’auto-affirmation nationale et de rejet de toute forme d’ingérence étrangère.

    27Le mécontentement populaire augmenta avec le soutien apporté par l’Espagne à Napoléon : lors de la bataille de Trafalgar (1805), immortalisée par Galdós, une grande partie de la flotte espagnole sombra, entraînant simultanément par le fond le moral du peuple. Godoy collabora avec la tentative obstinée de Napoléon d’attaquer les Anglais et, en 1807, dans le cadre de l’alliance française, il laissa passer les troupes napoléoniennes pour se rendre au Portugal, afin de contraindre ce pays à se soumettre au blocus continental. Deux mutineries éclatèrent, celle de l’Escurial et celle d’Aranjuez ; si la première échoua, l’autre triompha, obligeant Charles IV à abdiquer au nom de son fils Ferdinand VII et à déposer Godoy, cible principale de la haine populaire. Avec des troupes françaises installées en Espagne, il était facile pour Napoléon de devenir le médiateur du conflit et de forcer Charles IV et son fils à abdiquer à Bayonne pour nommer son propre frère Joseph Bonaparte, roi d’Espagne.

    28Ces faits expliquent que la rhétorique postrévolutionnaire en Espagne eut une connotation différente du reste de celle des puissances européennes de l’époque : la faiblesse espagnole du temps de Godoy, la perte de la guerre contre la République française, l’alliance avec Napoléon, la guerre forcée contre l’Angleterre, la corruption du gouvernement et l’intrusion dans la politique intérieure de l’empereur français constituaient les ingrédients d’un discours propre à la chaleur de la guerre d’indépendance (1808-1814).

    Napoléon Bonaparte, l’usurpateur

    29Grâce à Napoléon, les idées nées sous la Révolution se sont propagées en Europe, de Madrid à Moscou. Fragilisant partout l’Ancien Régime, les guerres napoléoniennes ont ainsi donné naissance à un nouvel ordre européen, qui a duré jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le cas de l’Espagne, comme nous l’avons vu, est très particulier et a donné lieu à une rhétorique politique propre, principalement affectée par le sentiment d’être occupée par une puissance étrangère et par la mélancolie de la gloire perdue.

    30Jovellanos utilise rhétoriquement le gouvernement de Bonaparte pour présenter ses idées de peuple et de nation, très originales pour l’époque et qui annoncent de nouvelles tendances libérales. Quand il dit que Bonaparte « veille et nous nous sommes endormis »22, il veut dire que toute forme de tyrannie devrait être abandonnée à l’avenir. Il rejette la sécurité proposée par Godoy, « le prince de la paix », et préconise un système politique dans lequel les gens auraient plus de pouvoir. Ainsi, ses mots sévères contre « l’usurpateur » s’adressent aux Espagnols eux-mêmes : « Ne vois-tu pas qu’ils veulent mourir plutôt que d’être esclaves d’un tyran qui les a trompés et moqués ? Et n’auraient-ils pas d’autre salut que de subir leurs chaînes ? »23.

    31De cette manière, un nouveau discours transparaît chez Jovellanos qui fait appel directement à un sujet politique indépendant du roi :

    L’Espagne ne lutte ni pour les Bourbons ni pour Ferdinand, elle se bat pour ses propres droits, droits originaux, sacrés, imprescriptibles, supérieurs et indépendants de toute famille ou dynastie. L’Espagne lutte pour sa religion, sa Constitution, ses lois, ses coutumes, ses usages, en un mot, pour sa liberté, qui est l’hypothèque de tant de droits si sacrés.24

    32L’Espagne apparaît donc comme désormais une entité politique à elle seule, composée de religion, d’histoire et de coutumes, et Jovellanos commence à parler de la nation espagnole comme souveraine, détentrice d’un pouvoir politique ; bien qu’elle ne puisse exercer elle-même ce dernier, puisqu’il s’agit plutôt d’une réalité historique, elle peut néanmoins l’utiliser pour se défendre. Jovellanos a parlé très clairement de la liberté politique, qui n’est pas seulement la liberté de choisir qui élire, mais la capacité de décider ce qu’il faut faire en tant que communauté.

    33Ainsi, lorsqu’il s’adresse à son ami Cabarrús, pro-Français connu dont la fille avait épousé Tallien, figure prépondérante du Directoire français, il explique en termes très nets l’impossibilité de soutenir Napoléon :

    Qui forçait Bonaparte à répandre notre sang ? Il s’est présenté comme un rédempteur, nous demandant de l’admettre comme roi. Nous avons rejeté les deux titres. Puis, il retourne sur son trône, il prétend avoir fait ce que la justice exige et en persuade l’humanité… Quand Joseph reviendra-t-il arracher nos champs, brûler nos villes, l’épée d’une main et des chaînes dans un autre, faire des esclaves de ceux qui n’ont pas voulu être ses sujets ? Allez-vous vanter l’armée conquérante, qui va voler à nos malheureux ouvriers leurs grains, leurs bœufs, le fruit de leur sueur pour nourrir les vandales féroces qui se rassemblent ?25

    Souveraineté ou identité historique d’un peuple

    34Les théories contractuelles du dix-huitième siècle ont élaboré un discours sur la souveraineté qui a commencé par une abstraction rationaliste : on a parlé de la Nation comme d’une réalité avec sa propre personnalité, son propre esprit, la capacité de penser et de ressentir. Ses théories ont été principalement ébauchées par Bodin et Hobbes, et parachevées par Rousseau. La Révolution française a été le moment où ces innovations idéologiques ont pris forme dans une réalité historique, celle de l’expérience. En Espagne, ce n’est qu’en 1812 que les théories françaises sur la souveraineté nationale ont reçu une première concrétisation constitutionnelle, dans le texte promulgué à Cadix. Selon Ignacio Fernández Sarasola, « la contribution politique de Jovellanos est fondamentale pour comprendre le constitutionnalisme historique espagnol. En revanche, l’influence de ses idées politiques dans la Constitution de 1812 peut être considérée comme marginale »26. En effet, Jovellanos a combattu les idées radicales qui provenaient des révolutionnaires français et qui ont prévalu à Cadix. Mais le temps lui donna raison et ses idées ont eu davantage d’échos dans les Constitutions du XIXe siècle.

    35Jovellanos a élaboré un discours contre les idées « très françaises » et il a introduit une distinction suggestive entre la « souveraineté » comme pouvoir d’une communauté et la « souveraineté politique », comme le pouvoir qu’exerce celui qui régit l’État. La distinction est riche de conséquences et Jovellanos l’utilisera pour s’opposer à l’usurpateur comme à la Révolution française, et pour défendre les libertés de la population conformément aux nouveaux courants libéraux du début du XIXe siècle.

    36La souveraineté peut être comprise de manière inappropriée, selon le publiciste asturien, comme le pouvoir absolu dont dispose chaque communauté, « parce que l’homme a reçu de son Créateur le pouvoir de diriger librement et indépendamment ses actions »27. En opposition au contrat rousseauiste qui attribue la souveraineté à la volonté générale, Jovellanos, plus proche du libéralisme anglais, estime qu’aucune association ne peut aliéner la liberté de ses membres au nom d’un bien supérieur. La société n’est pas le rassemblement d’un groupe d’individus qui, à travers un pacte de sujétion (pactum subjectionis), conféreraient leurs pouvoirs à une entité supérieure issue de la conversion des différentes volontés en une volonté unique et supérieure. En outre, à ses yeux, la société, loin d’être une entité abstraite, c’est « le peuple », autrement dit des gens avec une réalité historique, qui n’ont pas le pouvoir de se gouverner eux-mêmes. Ce qui est en leur pouvoir, c’est de représenter leurs intérêts et de les défendre.

    37À proprement parler, la « souveraineté » consiste dans la capacité donnée à quelqu’un d’en commander d’autres. Autrement dit, il s’agit de « ce pouvoir indépendant et suprême de diriger l’action commune qu’une association d’hommes établit lors de sa constitution en société civile »28. Ce pouvoir, traditionnellement appelé « gouvernement », est établi dans la constitution selon la forme prescrite.

    38Avec la distinction entre « souveraineté » et « souveraineté politique », Jovellanos fait une clarification importante pour comprendre les nouvelles formes politiques qui ont émergé après la Révolution française. Le « régime » comme l’appelle Aristote, est distinct de son gouvernement : il faut distinguer la matière de la forme, et la réalité historique d’une communauté politique, de sa forme particulière de gouvernement. Savoir qui régit et qui délègue sont deux questions distinctes : les formes de gouvernements doivent être conformes aux communautés à gouverner. Pour cette raison, une forme démocratique s’inscrira mal dans une société qui ne l’est pas, de même qu’une monarchie serait inadéquate pour une société qui n’est pas monarchique.

    39En tout cas, selon Jovellanos, un groupe humain doit toujours être commandé par quelqu’un et ne peut jamais se commander lui-même. Platon a parlé de la figure du pilote de navire pour expliquer qu’un groupe de personnes organisé pour mener une action commune devait être gouverné par un chef pour arriver au bon port. Jovellanos, en ce sens, est très classique et pense qu’une chose est de déterminer le groupe de personnes qui vivent ensemble, et une autre, très différente, de préciser qui doit les diriger. « Aucune nation constituée dans la société civile ne peut être dite avec rigueur souveraine, car on ne peut pas concevoir une constitution dans laquelle le pouvoir indépendant, chargé de diriger l’action commune, reste ce qu’il était antérieurement à cette constitution »29. Le pouvoir de commander est toujours personnel et ne saurait résider dans une abstraction.

    Distinction entre exécutif et législatif

    40La traduction formelle de la distinction entre les deux types de souveraineté réside dans sa conception du pouvoir législatif et exécutif. Sous l’Ancien Régime, les deux pouvoirs étaient réunis en la personne du roi, grâce au concept de la « prérogative royale ». Le roi avait la capacité de proposer et de sanctionner les lois, en plus du pouvoir de commander et de choisir les membres du gouvernement. Après la Révolution française, cette forme de gouvernement absolutiste est à nouveau discutée et il est proposé que l’initiative législative ne vienne pas du roi, mais des Chambres, et que le monarque ait, tout au plus, un pouvoir de veto. Les théories en la matière furent nombreuses et la Charte française de 1814 en constitue une mise en application limitée, laissant toute sa place à la prérogative royale ; en Espagne, les mêmes problèmes furent résolus différemment avec les Cortes de Cadix et la Constitution espagnole de 1812, plus avantageuse pour le Parlement.

    41Jovellanos avait une idée très personnelle de la relation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Selon lui, l’exécutif était le souverain à proprement parler, c’est-à-dire celui qui commande, tandis que le législatif est celui qui « déclare et statue »30. Le pouvoir exécutif « est un pouvoir vigilant et actif »31, qui ne saurait se limiter à l’application des lois, mais doit prendre des décisions pour surveiller et protéger la communauté. C’est là une conception classique du gouvernement, avec un pouvoir chargé de diriger la communauté vers le bien commun. Le pouvoir législatif doit avoir le souci du long terme, lui qui ne commande pas et qui ne définit pas les lignes directrices pour le bien de la société. Il le fait sous la forme établie par la Constitution, ne préexistant pas à cette dernière. « En ce sens que nos rois sont souverains, ce serait une hérésie politique de dire que la souveraineté réside dans la nation »32.

    * *

    42Ainsi donc, la Révolution Française a sensiblement infléchi la rhétorique politique de Jovellanos. Celui-ci a peu à peu modifié son idéologie de départ, influencée par les Lumières mais tendant néanmoins vers l’absolutisme ; il se rapproche ensuite d’un libéralisme conservateur adapté aux circonstances historiques de l’Espagne. Ses idées multiples et subtiles, nées dans le sillage de la Révolution, ont influencé plusieurs publicistes et, à travers eux, différents textes législatifs. Rappelons-en les principaux volets : appel à l’histoire législative pour légitimer toute nouvelle loi constitutionnelle ; justification de méthodes inédites imposées par les temps nouveaux ; respect de la monarchie comme forme de gouvernement la plus appropriée ; exaltation de la prudence politique pour mener à bien cette révolution constitutionnelle, fondée sur la division de pouvoirs et le concept de « souveraineté » justement entendu ; développement de l’instruction et du rôle de l’opinion publique ; attachement au « problème américain » ; promotion de l’idée de progrès et de bonheur comme moteur de la société.

    43Jovellanos a simultanément joué un rôle essentiel dans la Junte, l’organe souverain formé pour expulser Bonaparte. Après sa mort en 1811, les Cortes de Cadix ont suivi un chemin bien différent et les idées de Jovellanos ont été mises de côté, à l’exception peut-être de quelques propositions pour les colonies américaines. Mais plus tard, la rhétorique post-révolutionnaire de Jovellanos a exercé à nouveau une influence sensible lors de l’élaboration du Statut Royal (Estatuto Real) de 1834, une charte octroyée par la régente Marie-Christine après la mort de Ferdinand VII : c’était le début véritable du « libéralisme doctrinaire » en Espagne et il s’agit là de la forme la plus concrète des traces laissées par la pensée de Jovellanos dans la politisation du pays.

    Notes de bas de page

    1 Jovellanos, Elogio de Carlos III, leído en la Real Sociedad Económica de Madrid el día 8 de noviembre de 1788, Madrid, Imprenta Viuda de Ibarra, 1789.

    2 Ibid.

    3 Ibidem.

    4 Juan Velarde, « El papel de Jovellanos en el gran cambio de 1808 », Libre Mercado, 29 novembre 2011.

    5 Jovellanos, Elogio…, op. cit.

    6 Elogio…, op. cit.

    7 Elogio…, op. cit.

    8 Elogio…, op. cit.

    9 Jovellanos, « Memoria sobre educación pública, o sea, tratado teórico-práctico de enseñanza con aplicación a las escuelas y colegios de los niños (1802) », Obras completas [Œuvres complètes], vol. 11, Escritos políticos, éd. Ignacio Fernández Sarasola, Oviedo, KRK, 2006, p. 851.

    10 « Memoria sobre educación pública », op. cit., p. 852.

    11 Jovellanos, « Carta (lettre) a Alexandre Jardine (1794) », Obras completas, vol. XI, p. 830.

    12 Alexandre Jardine (1736-1799) était un militaire, espion, écrivain et ambassadeur anglais et, malgré tout, un bon ami de Jovellanos.

    13 Jovellanos, « Diario, cuaderno V (3 juin 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 831-832.

    14 Ibid.

    15 Jovellanos, « Memoria sobre educación pública », op. cit., p. 852.

    16 Jovellanos, « Carta (lettre) a Alexandre Jardine (1794) », Obras completas, vol. XI, p. 830-831.

    17 Ibid.

    18 Ibid.

    19 Jovellanos, « Diario, cuaderno V (24 mai 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 831.

    20 « Diario, cuaderno V (20 septembre 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 833.

    21 « Diario, cuaderno V (3 septembre 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 833.

    22 Jovellanos, « Carta (lettre) a Franciso Cabarrús (1808) », Obras completas, vol. XI, p. 860-861.

    23 Ibid.

    24 Ibid.

    25 Jovellanos, « Carta (lettre) a Franciso Cabarrús (1808) », op. cit., p. 861-862.

    26 Ricardo García Cárcel, « La aventura de la Historia ». Memoria y nostalgia. Símbolo del cambio. Unidad Editorial Sociedad de Revistas, Madrid, nº 159, Enero 2012, p. 70.

    27 Jovellanos, « Primera nota a los apéndices de la Memoria en defensa de la Junta Central », Obras completas, vol. XI, p. 787.

    28 « Primera nota », op.cit., p. 788.

    29 Ibid.

    30 « Primera nota », op.cit., p. 790.

    31 « Primera nota », op.cit., p. 791.

    32 « Primera nota », op.cit., p. 793.

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    • Armando Zerolo Durán
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    1 Jovellanos, Elogio de Carlos III, leído en la Real Sociedad Económica de Madrid el día 8 de noviembre de 1788, Madrid, Imprenta Viuda de Ibarra, 1789.

    2 Ibid.

    3 Ibidem.

    4 Juan Velarde, « El papel de Jovellanos en el gran cambio de 1808 », Libre Mercado, 29 novembre 2011.

    5 Jovellanos, Elogio…, op. cit.

    6 Elogio…, op. cit.

    7 Elogio…, op. cit.

    8 Elogio…, op. cit.

    9 Jovellanos, « Memoria sobre educación pública, o sea, tratado teórico-práctico de enseñanza con aplicación a las escuelas y colegios de los niños (1802) », Obras completas [Œuvres complètes], vol. 11, Escritos políticos, éd. Ignacio Fernández Sarasola, Oviedo, KRK, 2006, p. 851.

    10 « Memoria sobre educación pública », op. cit., p. 852.

    11 Jovellanos, « Carta (lettre) a Alexandre Jardine (1794) », Obras completas, vol. XI, p. 830.

    12 Alexandre Jardine (1736-1799) était un militaire, espion, écrivain et ambassadeur anglais et, malgré tout, un bon ami de Jovellanos.

    13 Jovellanos, « Diario, cuaderno V (3 juin 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 831-832.

    14 Ibid.

    15 Jovellanos, « Memoria sobre educación pública », op. cit., p. 852.

    16 Jovellanos, « Carta (lettre) a Alexandre Jardine (1794) », Obras completas, vol. XI, p. 830-831.

    17 Ibid.

    18 Ibid.

    19 Jovellanos, « Diario, cuaderno V (24 mai 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 831.

    20 « Diario, cuaderno V (20 septembre 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 833.

    21 « Diario, cuaderno V (3 septembre 1794) », Obras completas, vol. XI, p. 833.

    22 Jovellanos, « Carta (lettre) a Franciso Cabarrús (1808) », Obras completas, vol. XI, p. 860-861.

    23 Ibid.

    24 Ibid.

    25 Jovellanos, « Carta (lettre) a Franciso Cabarrús (1808) », op. cit., p. 861-862.

    26 Ricardo García Cárcel, « La aventura de la Historia ». Memoria y nostalgia. Símbolo del cambio. Unidad Editorial Sociedad de Revistas, Madrid, nº 159, Enero 2012, p. 70.

    27 Jovellanos, « Primera nota a los apéndices de la Memoria en defensa de la Junta Central », Obras completas, vol. XI, p. 787.

    28 « Primera nota », op.cit., p. 788.

    29 Ibid.

    30 « Primera nota », op.cit., p. 790.

    31 « Primera nota », op.cit., p. 791.

    32 « Primera nota », op.cit., p. 793.

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    Durán, A. Z. (2021). Jovellanos et l’idée de souveraineté : le peuple contre la tyrannie et l’histoire contre la démagogie. In S.-A. Leterrier & O. Tort (éds.), Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.19002
    Durán, Armando Zerolo. « Jovellanos et l’idée de souveraineté : le peuple contre la tyrannie et l’histoire contre la démagogie ». In Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples, édité par Sophie-Anne Leterrier et Olivier Tort. Arras: Artois Presses Université, 2021. doi:10.4000/books.apu.19002.
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    Leterrier, Sophie-Anne, et Olivier Tort, éditeurs. Rhétorique et politisation de la fin des Lumières au printemps des peuples. Artois Presses Université, 2021, https://doi.org/10.4000/books.apu.18887.
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