Une nouvelle rhétorique révolutionnaire ? Les proclamations d’installation des commissaires du gouvernement provisoire en 1848
p. 81-94
Texte intégral
1La révolution de 1848 entraîna, dans le domaine administratif, l’apparition d’une nouvelle catégorie de représentants du pouvoir central dans les départements : les commissaires du gouvernement, chargés de remplacer les préfets et de consolider le régime républicain, notamment en préparant les élections à l’Assemblée constituante. Or, lorsqu’ils prirent leur fonction, dans les derniers jours de février ou les premiers jours de mars 1848, les commissaires rédigèrent fréquemment des proclamations adressées à la population dont ils avaient la charge.
2Si cette pratique s’inscrivait dans une tradition bien établie au sein du corps préfectoral depuis 1800, elle prit cependant, dans la conjoncture spécifique ouverte par la révolution de février, une tournure singulière. L’étude du vocabulaire utilisé dans les adresses rédigées par les commissaires et de leur rhétorique, montre que ces proclamations avaient pour but de donner de la République naissante une image rassurante, témoignant de l’émergence d’une nouvelle rhétorique révolutionnaire. En s’inspirant non seulement du répertoire discursif républicain, mais aussi de celui des monarchies censitaires, celle-ci visait à modifier l’imaginaire associé à l’idée républicaine, encore fortement marqué par le legs de la Révolution française, afin de permettre au nouveau régime de se pérenniser.
3Dès lors, après avoir présenté le corpus sur lequel s’appuie cette communication, on s’attachera à montrer que si la rhétorique de ces proclamations empruntait de nombreux éléments à la tradition des proclamations préfectorales, elle s’en distinguait parce qu’elle visait à forger un nouvel imaginaire républicain et à unir la population autour du régime.
I. Présentation du corpus
4Ce travail s’appuie sur l’analyse d’un corpus constitué de 33 proclamations, publiées entre le 27 février et le 10 mars 1848 sous forme d’affiches ou dans la presse, et concernant 33 départements sur 86, dont deux pour le Loir-et-Cher et une seule pour les Bouches-du-Rhône et le Var.
5Pour des raisons de cohérence, ne sont étudiées ici que les proclamations rédigées par la première vague de commissaires nommés par le gouvernement provisoire, à l’exclusion de celles que l’on doit aux commissions que les républicains avaient constituées pour remplacer, seconder ou surveiller le préfet de la monarchie de Juillet encore momentanément en poste, et de celles publiées par les commissaires nommés après le 12 mars. À partir de ce moment, en effet, le ministre de l’Intérieur Alexandre Ledru-Rollin nomma, aux côtés de ceux déjà en poste ou à leur place, de nouveaux commissaires, ainsi que 24 commissaires généraux, chargés de surveiller les commissaires, de faire de la propagande en faveur de la république et d’épurer l’administration1. Or ces administrateurs avaient la réputation d’être plus radicaux que ceux qui étaient déjà en poste2. Leurs proclamations mériteraient donc de faire l’objet d’une étude séparée, permettant ainsi une comparaison entre les deux sous-groupes constitués par les proclamations antérieures au 12 mars et les suivantes.
6S’il est cohérent, le corpus réuni n’est, en revanche, pas exhaustif. Il faut souligner, à cet égard, que plusieurs commissaires n’ont rédigé aucune proclamation. Ce fut par exemple le cas en Moselle, où il semble bien que l’on puisse affirmer, après une enquête approfondie dans les archives et la presse locale, que le commissaire Prosper Billaudel ne jugea pas utile de sacrifier à l’exercice. C’était également parfois le cas lorsque Ledru-Rollin nommait commissaire le chef de file ou un membre de la commission que les républicains avaient constituée. Ainsi, en Haute-Garonne, le commissaire Jean-François Joly, qui avait été membre de la commission municipale et départementale, n’a manifestement pas publié de nouvelle proclamation après sa nomination, estimant sans doute que celle que la commission avait publiée peu avant était suffisante3.
7Il n’en reste pas moins que ce corpus, même réduit, rend possible une première étude. En effet les proclamations d’installation constituent un genre extrêmement stéréotypé, ce qu’une lecture suivie des différents textes rend particulièrement sensible. D’autre part, les proclamations proviennent de 33 départements répartis sur l’ensemble du territoire. Même si certaines portions du territoire sont mieux représentées que d’autres, comme l’ouest ou le centre, toutes les grandes aires régionales sont représentées.
8En dépit de ces limites, l’étude permet d’ores et déjà de constater que tout en s’inspirant de la rhétorique des proclamations préfectorales depuis l’an VIII, les proclamations des commissaires témoignent de la volonté des représentants du pouvoir central de construire un nouvel imaginaire républicain.
II. Une rhétorique traditionnelle
9Depuis l’an VIII, il était courant pour les préfets de s’adresser à la population du département dont ils prenaient les rênes, principalement par le biais d’affiches. Ces placards, d’une facture extrêmement stéréotypée, permettaient aux administrateurs d’entrer en contact avec la population et avaient pour objectif de gagner sa confiance4.
10Or, si les proclamations de 1848 furent naturellement très différentes, sur le fond, de celles des préfets, leur rhétorique en était, en revanche, très proche. Il s’agissait, pour les commissaires comme pour les préfets, d’obtenir l’adhésion de leurs administrés à leur personne et au gouvernement qu’ils représentaient.
11Dans 18 proclamations sur 33, une partie du propos était, tout d’abord, consacrée à un exposé de la manière dont les commissaires entendaient exercer leur mission. Ils se dépeignaient volontiers sous les traits d’administrateurs compétents, zélés et surtout soucieux de l’intérêt de leurs administrés et du bien public. La plupart des commissaires étant dénués d’expérience dans le domaine de l’administration d’un département5, ils ne pouvaient pas se prévaloir de leurs états de service, contrairement aux préfets. Plutôt que sur leur compétence administrative, les commissaires mettaient donc davantage l’accent sur l’ethos qui devait guider leur action. Trois d’entre eux soulignaient ainsi leur souci de l’intérêt de la population, du bien commun. Ange Guépin6, en Loire-Inférieure, expliquait vouloir se consacrer aux progrès de son département, notamment en développant l’industrie et l’agriculture. Dans un premier temps, pour résoudre la crise, il voulait accroître l’offre de travail, en donnant de l’argent aux industriels pour qu’ils puissent travailler, par exemple à la construction du réseau de chemin de fer, ou encore en ouvrant de grands travaux autour de Nantes. Puis il envisageait, dans un deuxième temps, lorsque les choses se seraient améliorées, de s’occuper des problèmes commerciaux, bancaires, mais aussi des chantiers navals, de la gare, de l’hôtel-Dieu et de la charité publique7. Certains détaillaient plus précisément les valeurs qu’ils voulaient faire triompher.
12La notion de liberté, évoquée seule ou au sein de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » apparaît dans cinq proclamations. La nécessité de maintenir l’ordre était citée à sept reprises ; quatre commissaires évoquant d’ailleurs également la fermeté dont ils n’hésiteraient pas à faire preuve en ce domaine. Parlant de lui-même, le commissaire du Cher, Paul Duplan, notait que « les mesures qu’il prendra[it] n’auront qu’un seul but, assurer parmi vous l’avenir de ce régime et maintenir en même temps l’ordre public », non sans rappeler qu’il disposait de pouvoirs lui permettant de réprimer les « fauteurs d’anarchie ou des ennemis de la République »8. Dominique Germain-Sarrut (Loir-et-Cher), allait dans le même sens en disant qu’il lutterait avec énergie contre les fauteurs de désordre, et qu’il punirait avec sévérité toutes les tentatives d’incendie ou de dévastation9. Cinq commissaires mettaient en évidence leur désir d’unir la population autour du nouveau régime. Dans l’Isère, André Marion expliquait avoir été chargé d’une mission de paix et de conciliation, dont le but était de rallier toutes les opinions au gouvernement provisoire10. Sept autres enfin, comme Félix Lecler (Creuse), soulignaient que leur objectif était de faire triompher les institutions démocratiques et la République11. Certains n’hésitaient d’ailleurs pas à rappeler l’ancienneté de leur engagement en faveur de cette dernière – 17 années de combats pour Paul Duplan (Cher)12, 15 pour Alexandre Barrillon (Oise)13. Parallèlement, trois commissaires assuraient leurs administrés de leur zèle, tandis que trois autres évoquaient leur dévouement. Cinq commissaires n’hésitaient pas, en outre, à mettre en évidence le désintéressement dont ils faisaient preuve, notamment en faisant valoir le sacrifice qu’ils consentaient à faire en acceptant la responsabilité de commissaire. Firmin Darnaud (Ariège), affirmait ainsi que le « vrai républicain se doit tout entier à sa Patrie. Il lui doit le sacrifice de son temps, de son repos, des sacrifices plus grands encore »14. Quelques-uns – les commissaires du Finistère15, d’Ille-et-Vilaine16, du Jura17, du Loiret18, du Maine-et-Loire19 et de la Haute-Vienne20 – énuméraient plus précisément encore les principes moraux qu’ils entendaient respecter : deux évoquaient la justice, un la probité, deux le respect de la religion, trois le respect de la propriété privée, deux leur modération, deux le respect des personnes, un son refus de toute réaction, un la protection des classes laborieuses, un la bienveillance, un autre enfin la pureté, la moralité et la dignité.
13Les commissaires cherchaient donc à donner d’eux-mêmes une image positive et surtout rassurante, d’administrateurs mus par de hauts sentiments moraux, soucieux d’agir en vertu de l’intérêt général, ce qui pour eux revenait à consolider les institutions républicaines et à promouvoir les valeurs du nouveau régime, mais sans remettre en cause l’ordre social. Les commissaires ne voulaient pas apparaître comme les héritiers des représentants en mission de la Convention, dont les violences, réelles ou imaginaires, étaient encore dans les esprits. Afin de conjurer les divisions héritées de la « Grande Révolution » et de prévenir l’hostilité que le souvenir des violences qui avaient été commises pouvait raviver au sein de la population, les commissaires recoururent donc fréquemment à une rhétorique unanimiste, qui visait à rassembler les Français autour du nouveau régime. Cette dernière s’opposait dès lors à la rhétorique qui, durant la « Grande Révolution », avait parfois opposé les Français favorables au nouvel ordre des choses à ceux qui y étaient hostiles, ainsi que les diverses factions entre elles. C’était d’ailleurs particulièrement net dans la proclamation du commissaire de la Loire-Inférieure, Ange Guépin. Alors que le souvenir des exactions de la Terreur était encore particulièrement fort à Nantes, il affirmait en effet explicitement ne pas vouloir être un nouveau Carrier21.
14Tous les commissaires n’exposaient pas aussi explicitement les principes qu’ils se proposaient de suivre. Dans l’Aude, Lucien Trinchan estimait même que, dans la mesure où ses administrés le connaissaient, puisqu’il était né dans le département, il n’avait pas besoin de leur « indiquer quelles ser[aie]nt [s]es règles de conduite »22. Tous présentaient, en revanche, les principes qui guidaient l’action du gouvernement républicain qu’ils représentaient, ce qui laissait évidemment à entendre que c’étaient également les leurs.
15En effet, pour obtenir la confiance de la population, les commissaires, comme les préfets, soulignaient qu’ils étaient au service d’un gouvernement soucieux de l’intérêt général. Dix-sept d’entre eux mettaient en exergue le fait qu’ils étaient les représentants officiels et légitimes du gouvernement provisoire23. Dans l’Aube, Pierre Labosse précisait : « Je viens d’être appelé par ce Gouvernement aux fonctions de Commissaire près l’administration de l’Aube, avec toutes les attributions du Préfet du département »24. Au surplus, à l’instar des préfets, l’ensemble des commissaires brossaient du régime qu’ils servaient un portrait extrêmement laudateur.
16Enfin, les commissaires, comme les préfets avant eux, cherchaient à obtenir le soutien de la population en demandant aux habitants de leur apporter leur concours, non sans flagornerie parfois. C’était en effet le cas dans 23 proclamations25. En Charente, les commissaires Jean-Frédéric Garnier de la Boissière et Léonide Babaud-Laribière concluaient en ces termes leur proclamation : « Citoyens, vous nous aiderez dans l’accomplissement de nos devoirs. Vous nous rendrez facile cette tâche immense »26. D’autres étaient plus flatteurs encore : Paul Duplan (Cher), affirmait, en parlant de lui-même : « Il connaît trop bien votre patriotisme intelligent, la sagesse qui vous anime, pour douter un seul instant de votre ferme et loyal concours. C’est ainsi que vous faciliterez sa tâche »27.
17Si les commissaires s’inspiraient de la rhétorique des proclamations préfectorales, c’est parce qu’ils visaient le même objectif : gagner la confiance de leurs administrés. De fait, les commissaires du Cher28, de l’Ariège29 et des Ardennes30 au moins le soulignaient explicitement. Mais au-delà de cette proximité formelle, le message porté par les proclamations était évidemment extrêmement différent de celui des adresses préfectorales. C’est qu’en effet les commissaires cherchaient à construire un nouvel imaginaire républicain et à unir la population autour du régime, ce qui les conduisit à adopter, parallèlement, une rhétorique révolutionnaire nouvelle, dans la mesure où il s’agissait pour eux de faire triompher les idéaux de la révolution de février.
III. Vers un nouvel imaginaire républicain
18L’un des principaux objectifs des commissaires était de républicaniser le pays, afin de donner au régime une assise solide. Pour cela, ils recoururent à des stratégies rhétoriques visant d’une part à présenter la République comme le seul régime désormais possible et souhaitable en France, et d’autre part à unir l’ensemble des Français par le partage de sentiments communs.
19Tout d’abord, les commissaires recouraient à des arguments rationnels, afin de convaincre la population d’adhérer au nouveau régime. Dans cette perspective, la monarchie de Juillet, évoquée dans quinze proclamations, était présentée sous un jour extrêmement négatif, de manière à affirmer, par effet de contraste, les vertus du régime républicain – le commissaire dans l’Oise, Alexandre Barrillon, n’affirmait-il pas que le gouvernement monarchique était tombé car il n’avait pas su appliquer les principes sur lesquels la République était désormais fondée31 ? Le vocabulaire employé était dès lors très dépréciatif. Pour le commissaire dans les Basses Alpes, Châteauneuf, la royauté était présentée comme le pouvoir d’un seul, dont la devise était « tyrannie, privilèges et trahison », et qui se caractérisait par les « souillures de l’égoïsme » et les « débauches de la corruption »32. Quant aux commissaires en poste dans la Drôme et en Ille-et-Vilaine, ils prétendaient que la monarchie s’était suicidée, pour le premier en « mettant aux enchères la conscience de tous les Citoyens, en achetant les hommes, en vendant les places, en prenant enfin pour base unique de son existence la corruption en tout et partout », mais aussi en refusant la réforme que le pays attendait par défiance envers le peuple33, et pour le second par l’égoïsme et la corruption qui caractérisait le régime ainsi qu’en ne prenant pas en compte l’intérêt du peuple34. Leur collègue de l’Ariège mettait pour sa part davantage en évidence le caractère rétrograde de la monarchie de Juillet et soulignait avec force qu’oublieux de son origine – la révolution de 1830 – le régime de Louis-Philippe avait trompé les espérances des Français et « manqué à ses promesses les plus sacrées », mais aussi « altéré par la corruption la moralité publique » et « tenté de nous ravir par la fraude nos plus précieuses libertés »35. Plus violemment encore, Paul Duplan (Cher), accusait la monarchie d’être couverte de sang français36, référence transparente aux morts de février. Le rétablissement d’un tel régime, affirmaient sept proclamations, était dès lors désormais tout à fait impossible en France. Émile Ollivier (Bouches-du-Rhône et Var), considérait même que toute tentative de restauration des Orléans entraînerait une vive réaction du peuple : « La nation entière debout et armée s’ensevelirait sous les ruines avant de permettre le rétablissement, sous une forme quelconque, de la royauté »37. Bien que formulées de manière affirmative, de telles assertions avaient cependant un caractère moins descriptif que performatif. Elles visaient à rendre tout rétablissement de la monarchie effectivement impossible, et donc à faire de la République le seul régime viable pour le pays.
20L’essentiel du propos des commissaires était cependant consacré à la République, dont ils cherchaient à donner une image positive, rassurante, afin qu’elle apparaisse comme le régime dont la France avait besoin. Pour cela, ils mettaient en évidence plusieurs caractéristiques essentielles du régime en train de naître.
21Tout d’abord, ce dernier se caractérisait par son éthique. Le vocabulaire employé en témoigne : les notions de vertu, de pureté, de probité, de respect des lois apparaissaient une fois chacune, celles de moralité et de conciliation deux fois chacune, la justice trois fois, la paix à sept reprises. De plus, la République était, à en croire sept proclamations, généreuse, respectueuse des personnes, prête à pardonner les erreurs du passé, exempte d’esprit de vengeance. Non sans lyrisme, Châteauneuf (Basses Alpes) proclamait que la République permettait d’incarner dans la loi et les actes la « loi sublime de l’amour »38. Elle n’avait pas, en outre, l’intention de procéder à des conquêtes extérieures. Il est intéressant de noter que dans un petit nombre de cas, ces vertus républicaines étaient explicitement mises en relation avec les vertus chrétiennes. Dans les Vosges, Léopold Turck, issu du socialisme chrétien – il avait rencontré Philippe Buchez durant ses études de médecine et en était resté proche toute sa vie – faisait remarquer que, comme la République, le Christ était venu apporter la paix et la liberté au monde39. Dans une perspective proche, la République était à leurs yeux, le seul régime capable de garantir le respect des libertés que la Révolution venait de rétablir. Seize commissaires précisaient que le droit de propriété serait respecté. La liberté religieuse était également évoquée dans six proclamations. Ce respect des libertés imposait, à en croire 21 commissaires, le respect de l’ordre. Il est à cet égard frappant de constater que les deux termes de liberté et d’ordre étaient très fréquemment associés40. En effet, comme le disait Lucien Trinchan (Aude), il fallait éviter que règne l’anarchie, « auxiliaire le plus puissant du despotisme »41.
22D’autre part, la République, était vue comme le pouvoir de tous, pour reprendre l’expression du commissaire dans les Basses Alpes42. Quinze commissaires rappelaient qu’elle était née d’une insurrection populaire, généralement qualifiée de soudaine, de rapide et surtout d’héroïque. En outre, en établissant le suffrage universel masculin, évoqué dans 19 proclamations, elle permettait un réel exercice de la souveraineté du peuple, donnant ainsi corps à l’idée de République, entendue dans son sens étymologique de « chose publique ». Il est à cet égard significatif que six commissaires aient fait le choix de mettre une majuscule au mot peuple. En outre, 21 proclamations débutaient par le mot « Citoyens ! » et sept par le celui de « Concitoyens ». Cette question du suffrage était, aux yeux de bien des commissaires, d’autant plus essentielle qu’elle allait non seulement permettre au peuple souverain de choisir ses dirigeants, mais aussi que, dans la mesure où il s’agissait d’une première mondiale, elle plaçait la France sous le regard des pays étrangers, craintifs ou administratifs43. On peut cependant ici souligner que la lecture des proclamations d’installation laisse supposer qu’il existait une ligne de facture au sein du corps des commissaires, entre la majorité (au moins 26 commissaires sur 33) qui adoptaient, comme l’essentiel des membres du gouvernement provisoire, et notamment le ministre des Affaires Étrangères Alphonse de Lamartine, une conception démocratique de la République, fondée sur le seul suffrage universel, et les quatre à huit commissaires qui préféraient, comme le ministre de l’Intérieur Alexandre Ledru-Rollin, une conception sociale de la République, envisagée comme un gouvernement au service des catégories populaires44. Par ailleurs, si la plupart des commissaires ne donnaient aucune consigne de vote particulière, ceux de l’Aude, du Jura et de Saône-et-Loire attendaient que les élections aboutissent à la désignation d’authentiques républicains45.
23Dans un autre registre, 14 proclamations affirmaient que la République était dirigée par des hommes mus non seulement par le sens de l’intérêt général, mais aussi guidés par des valeurs morales élevées et sincères. Dans le Cher, Paul Duplan considérait que les membres du gouvernement provisoire étaient « par le génie et par les vertus la gloire de la France »46. Le commissaire du Maine-et-Loire, Grégoire Bordillon parlait quant à lui du « gouvernement loyal et ferme qui vient de ressaisir le timon de l’État », et le considérait comme le seul capable de sauver la société d’épouvantables catastrophes47.
24Enfin, la République avait commencé à régénérer la France – le terme apparaît à sept reprises dans le corpus – en effectuant les grandes réformes dont le pays avait alors besoin. Cinq commissaires rappelaient, en des termes très laudateurs, que le gouvernement provisoire avait déjà aboli la peine de mort en matière politique par le décret du 27 février 1848, ce qui, d’après Émile Ollivier, avait « sanctifié la Révolution et ajouté une page ineffaçable au livre de l’humanité »48. Aux yeux du jeune et enthousiaste commissaire du Var et des Bouches-du-Rhône, les mesures prises par le gouvernement traduisaient dans les faits des principes qu’il considérait comme universels et supérieurs. Ce faisant, Ollivier laissait entendre que la République était le seul régime compatible avec la dignité humaine, entendue dans son acception la plus large. Les décisions qu’elle était amenée à prendre ne concernaient dès lors pas uniquement la France, mais bien, dans une perspective presque prophétique, l’humanité dans son ensemble. De grandes réformes à venir devaient en outre mettre en œuvre les valeurs portées par la devise, et qui était symbolisées par le drapeau49, évoqué à cinq reprises. Firmin Darnaud (Ariège), expliquait ainsi à ses administrés que la République allait réformer tous les abus, les « monopoles odieux », notamment en remaniant l’impôt « sur des bases équitables et populaires », mais aussi qu’elle allait assurer aux travailleurs les moyens d’exister, et réformer les règlements forestiers « source de malheur pour les pauvres habitants de nos montagnes »50. Hippolyte Tassel (Finistère), voulait également venir en aide aux ouvriers au chômage, en développant les travaux publics51. Louis Hamon (Ille-et-Vilaine), insistait pour sa part sur le fait que la République allait redonner à la France sa puissance en brisant les traités imposés par la Sainte-Alliance, qu’elle allait abroger les lois contre la presse et le droit d’association, qu’elle allait assurer la liberté d’opinion, et qu’elle allait favoriser la reconstruction économique, mais aussi baisser les impôts52. Jules Grévy (Jura), ajoutait à tout cela qu’il fallait aussi instruire le peuple53. À ce titre, la République allait apporter à la France la prospérité, comme le disait le commissaire de l’Aude54, mais aussi le bonheur, cité dans quatre textes, ainsi que la gloire et la grandeur, évoqués par six commissaires, non, naturellement, dans le domaine militaire, mais en contribuant au progrès de l’humanité. Le commissaire du Maine-et-Loire estimait ainsi que la République allait permettre la « réalisation progressive de toutes les généreuses aspirations de l’âme humaine »55. Ces mesures, souvent exposées avec une certaine emphase, étaient fréquemment présentées sous la forme de listes de longueur inégale. L’effet d’accumulation produit visait à rendre perceptible d’un même mouvement l’importance et la variété des sujets dont le gouvernement républicain allait s’emparer, et à mettre en scène une République active, soucieuse d’améliorer effectivement, concrètement et rapidement le sort des Français, dans de nombreux domaines.
25L’objectif visé par les commissaires était évidemment d’abord de rassurer la population sur le nouveau régime, en particulier, semble-t-il, dans les départements de l’ouest du pays. L’établissement d’un régime républicain pouvait en effet sembler lourde de menaces à certains, dans la mesure où le terme ravivait les souvenirs, encore très forts, de la Terreur. C’est ce qui ressort de l’adresse rédigée par Louis Hamon (Ille-et-Vilaine). Il y expliquait que la royauté avait répandu la crainte de la République, en la présentant comme « le pillage et le massacre organisé », et en utilisant le terme de Terreur pour effrayer. À ses yeux, la révolution de février témoignait de l’échec de cette tentative ; il n’en consacrait pas moins une grande partie de son texte à montrer que la République qui venait de naître était précisément l’envers de cette image inquiétante héritée de la Grande Révolution : il affirmait que la République était le contraire de la guerre civile et de la guerre étrangère, mais aussi de la tyrannie, de l’athéisme ainsi que de la loi agraire. 1848, insistait-il, n’était pas 1793, car si la Terreur avait pour but de détruire, la République née en février avait au contraire vocation à construire56. C’est en cela que l’on peut dire que les commissaires cherchaient à construire un nouvel imaginaire républicain : il fallait modifier l’image que charriait l’idée républicaine, encore fortement marquée par les souvenirs de la Terreur, en la formulant en des termes nouveaux. C’est donc, en dernière instance, par l’émergence d’une rhétorique républicaine originale que les commissaires espéraient rendre la forme républicaine du régime acceptable aux yeux du plus grand nombre
26Dans cette perspective, il s’agissait aussi, parallèlement, de parvenir à unir les Français autour du nouveau régime, en les faisant communier dans les mêmes sentiments. Pour cela, les commissaires faisaient volontiers appel dans leurs proclamations à un vocabulaire lié à l’expression des émotions. Ils voulaient en effet faire aimer la République à leurs administrés. Le commissaire dans l’Ariège parlait ainsi du « saint amour de la Patrie »57. On ne peut ici que souligner la proximité de la rhétorique employée par les commissaires et celle des autorités religieuses, tant en ce qui concerne le vocabulaire employé que l’intention visée. À l’instar des clercs, les commissaires cherchaient effet à émouvoir leurs administrés, à parler à leur cœur autant qu’à leur esprit, et à les unir dans un même esprit. De fait, le style, volontiers lyrique, visait clairement à faire vibrer les lecteurs des proclamations à l’unisson, d’autant qu’elles faisaient alors volontiers l’objet de lectures publiques. Enfin, il faut également souligner, dans cette perspective, le caractère extrêmement prégnant de la rhétorique unanimiste dans les proclamations des commissaires. Il s’agissait bien, en effet, de réunir l’ensemble des Français autour de la République. La fraternité était ainsi citée, en dehors de la devise, dans au moins sept proclamations. Quant au commissaire dans les Basses Alpes, il s’exclamait à la fin de sa proclamation ; « un seul drapeau doit nous rallier tous, le drapeau de la patrie ; un seul cri doit sortir de nos poitrines, le cri de VIVE LA RÉPUBLIQUE ! »58.
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27Les proclamations des commissaires, si elles s’inscrivaient dans une tradition bien ancrée au sein du corps préfectoral, témoignent de leur volonté de pérenniser le régime républicain, à la fois en convainquant la population d’y adhérer et en la faisant communier – au sens le plus fort du terme – dans des sentiments communs. Ce faisant, la rhétorique déployée par les commissaires s’inspirait certes de celles des préfets, mais aussi de celle du gouvernement provisoire lui-même (les proclamations de la fin du mois de février ou encore les instructions de Ledru-Rollin), voire des discours de la révolution française, en particulier lorsqu’il s’agissait de rassembler, par le partage de sentiments communs, la population autour du régime. À ce titre, elle témoigne à la fois de la recherche, par les commissaires, d’une rhétorique révolutionnaire nouvelle, permettant d’imposer l’idée républicaine dans le pays. Ce faisant, elles rendent aussi perceptible l’engagement des commissaires en faveur de la République, leur zèle voire leur enthousiasme pour le régime. Toutefois, il faudrait naturellement, pour mieux mesurer à la fois la nouveauté et les héritages de ces proclamations, mais aussi mieux connaître l’action des commissaires, réinsérer ce corpus au sein d’un ensemble plus vaste, afin de mesurer les points communs, les différences ainsi que les évolutions.
Notes de bas de page
1 Paul Haury, « Les commissaires de Ledru-Rollin en 1848 », La Révolution française, revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 57, juillet-décembre 1909, p. 455-457.
2 Ibid.
3 Archives départementales de la Haute-Garonne, 1 M 367 (1), proclamation de la Commission municipale et départementale, 23 février 1848.
4 Sur ces questions, nous nous permettons de renvoyer à notre thèse : François-Xavier Martischang, L’Autorité de l’État. Les relations entre les préfets, les sous-préfets, les maires et la population en Lorraine au XIXe siècle, thèse de doctorat en histoire contemporaine sous la direction de Jean El Gammal, Université de Lorraine, 2016, p. 264-267.
5 Un seul (Maurice Bureaux de Puzy, dans l’Allier) avait été préfet en 1830-1833, un autre (François Mongin de Montrol dans la Haute-Marne) avait été sous-préfet en 1830-1831, et deux (Hippolyte Tassel dans le Finistère et Pierre Teulon dans le Gard) avaient été secrétaires généraux de préfecture.
6 Ange Guépin (1805-1873), médecin philanthrope, notamment connu pour avoir créé à Nantes un dispensaire où il soignait les plus pauvres gratuitement, était également un militant républicain. Après avoir participé aux événements de 1830, il fut l’un des acteurs majeurs de la révolution de 1848 à Nantes. Membre de la commission démocratique qui s’était spontanément constituée à l’annonce de la révolution, il fut nommé commissaire du gouvernement provisoire dans la Loire-Inférieure le 28 février, avant d’être déplacé dans le Morbihan le 15 mars. À ces postes, il chercha à rallier le plus grand nombre de ses administrés au nouveau régime, en faisant preuve d’une grande modération, tout en œuvrant à améliorer la vie quotidienne des habitants. Il fut révoqué le 10 juillet 1848 par le général Cavaignac. Sur ce personnage et son action, on peut renvoyer à Michel Aussel, Nantes sous la monarchie de Juillet, 1830-1848 : du mouvement mutualiste aux doctrines utopiques, Nantes, Ouest France éd., 2002 et Michel Aussel, Le Docteur Ange Guépin, Nantes, du saint-simonisme à la République, Rennes, PUR, 2016.
7 A.D. Loire-Atlantique, 19 J 66, Proclamation du commissaire du gouvernement dans la Loire-Inférieure, début du mois de mars 1848.
8 Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Cher, Journal du Cher, 2 mars 1848.
9 Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Loir-et-Cher, Journal du Loir-et-Cher, 28 février 1848.
10 A.D. Isère, 51 M 29, Proclamation du commissaire du gouvernement dans l’Isère, 2 mars 1848.
11 Proclamation du commissaire du gouvernement dans la Creuse, début mars 1848, dans Les Murailles révolutionnaires, collection complète des professions de foi, affiches, décrets, bulletins de la République, fac-similés de signatures, Paris, Bry, 1856, tome 1, p. 167.
12 Proclamation du commissaire […] dans le Cher… op. cit.
13 A.D. Oise, Mp 255/2, Proclamation du commissaire du gouvernement dans l’Oise, 29 février 1848.
14 A.N., BB/30/323, Proclamation du commissaire du gouvernement dans l’Ariège, 7 mars 1848.
15 Proclamation du commissaire […] dans le Finistère, op. cit.
16 A.D. Ille-et-Vilaine, 1 M 130, Proclamation du commissaire du gouvernement dans l’Ille-et-Vilaine, début du mois de mars 1848.
17 A.D. Jura, M 30, Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Jura, début mars 1848.
18 A.D. Loiret, PO 32/1848, Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Loiret, 29 février 1848.
19 Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Maine-et-Loire, début mars 1848, Recueil des actes administratifs du Maine-et-Loire, Angers, Préfecture du Maine-et-Loire, 1848, n.p.
20 Proclamation du commissaire du gouvernement dans la Haute-Vienne, 3 mars 1848, Recueil des actes administratifs de la Haute-Vienne, Limoges, Préfecture de la Haute-Vienne, 1848, n.p.
21 A.D. Loire-Atlantique, 19 J 66, Proclamation du commissaire […] dans la Loire-Inférieur, op. cit.
22 Proclamation du commissaire du gouvernement provisoire dans l’Aude, dans Alphonse Mahul, Cartulaire et archives des communes de l’ancien diocèse et de l’arrondissement de Carcassonne, Paris, V. Didron, 1857-1882… tome 6, p. 215-216.
23 Il s’agit des commissaires des Ardennes, de l’Ariège, de l’Aube, de l’Aude, de la Charente, de la Dordogne, de la Drôme, du Finistère, de l’Isère, de la Loire-Inférieure, du Loiret, du Loir-et-Cher, de l’Oise, du Haut-Rhin, du Rhône, de la Seine-et-Marne et des Vosges.
24 Proclamation du commissaire du gouvernement dans l’Aube, L’Aube, 28 février 1848.
25 Il s’agit de celles de l’Ariège, de l’Aube, des Bouches du Rhône, de la Charente, du Cher, de la Creuse, de la Dordogne, de la Drôme, du Finistère, d’Ille-et-Vilaine, du Loiret, des deux du Loir-et-Cher, du Maine-et-Loire, de la Mayenne, de la Meurthe, de la Nièvre, de l’Oise, du Pas-de-Calais, du Haut-Rhin, de la Seine-et-Marne, de la Haute-Vienne et des Vosges.
26 A.D. Charente, 1 M 104, Proclamation des commissaires du gouvernement dans la Charente, début mars 1848.
27 Proclamation du commissaire […] dans le Cher, op. cit.
28 Ibid.
29 A.N., BB/30/323, Proclamation du commissaire […] dans l’Ariège, op. cit.
30 A.D. Ardennes, 21 Fi 218, Proclamation du commissaire du gouvernement dans les Ardennes, 9 mars 1848.
31 A.D. Oise, Mp 255/2, Proclamation du commissaire […] dans l’Oise, op. cit.
32 Proclamation du commissaire du gouvernement dans les Basses Alpes, début mars 1848, dans Murailles révolutionnaires… op. cit., tome I, p. 203.
33 Proclamation du commissaire du gouvernement dans la Drôme, in Courier de la Drôme et de l’Ardèche, 14 mars 1848.
34 A.D. Ille-et-Vilaine, 1 M 130, Proclamation du commissaire […] dans l’Ille-et-Vilaine, op. cit.
35 A.N., BB/30/323, Proclamation du commissaire […] dans l’Ariège, op. cit.
36 Proclamation du commissaire […] dans le Cher, op. cit.
37 Proclamation du commissaire du gouvernement provisoire dans les Bouches-du-Rhône et le Var, 1er mars 1848, dans Murailles révolutionnaires… op. cit., tome I, p. 201-202.
38 Proclamation du commissaire […] dans les Basses Alpes, op. cit.
39 Proclamation du commissaire du gouvernement provisoire dans les Vosges, début mars 1848, dans Charles Charton, Histoire vosgienne, souvenirs de 1814 à 1848, Épinal, extrait des Annales de la société d’émulation des Vosges, s.d., livre VI, p. 44-46.
40 Il s’agissait là en effet d’un thème fondamental des proclamations du gouvernement provisoire, comme l’a montré Samuel Hayat, dans 1848. Quand la République était révolutionnaire. Citoyenneté et représentation, Paris, Le Seuil, 2014, p. 120-130.
41 Proclamation du commissaire […] dans l’Aude, op. cit.
42 Proclamation du commissaire […] dans les Basses Alpes, op. cit.
43 A.D. Ardennes, 21 Fi 218, Proclamation du commissaire […] dans les Ardennes, op. cit.
44 Il s’agissait des commissaires du Cher, du Finistère, de Loire-Inférieure, du Loir-et-Cher, ainsi que, dans une moindre mesure, de ceux des Bouches-du-Rhône, d’Ille-et-Vilaine, du Loiret et de l’Oise.
45 Proclamation du commissaire […] dans l’Aude, op. cit. ; A.D. Jura, M 30, Proclamation du commissaire […] dans le Jura, op. cit. ; Proclamation du commissaire du gouvernement en Saône-et-Loire, début mars 1848, dans Murailles révolutionnaires… op. cit., tome I, p. 353-354.
46 Proclamation du commissaire […] dans le Cher, op. cit.
47 Proclamation du commissaire […] dans le Maine-et-Loire, op. cit.
48 Proclamation du commissaire […] dans les Bouches-du-Rhône et le Var, op. cit.
49 Maurice Agulhon, « Politique, images et symboles dans la France post-révolutionnaire », dans Histoire vagabonde, tome 1, Ethnologie et politique dans la France contemporaine, Paris, Gallimard, 1988, p. 283-318.
50 A.N. BB/30/323, Proclamation du commissaire […] dans l’Ariège, op. cit.
51 Proclamation du commissaire du gouvernement dans le Finistère, 7 mars 1848, dans Bulletin administratif de la préfecture du Finistère, Quimper, Préfecture du Finistère, 1848, n.p.
52 A.D. Ille-et-Vilaine, 1 M 130, Proclamation du commissaire […] dans l’Ille-et-Vilaine, op. cit.
53 A.D. Jura, M 30, Proclamation du commissaire […] dans le Jura, op. cit.
54 Proclamation du commissaire […] dans l’Aude, op. cit.
55 Proclamation du commissaire […] dans le Maine-et-Loire, op. cit.
56 A.D. Ille-et-Vilaine, 1 M 130, Proclamation du commissaire […] dans l’Ille-et-Vilaine, op. cit.
57 A.N., BB/30/323, Proclamation du commissaire […] dans l’Ariège, op. cit.
58 Proclamation du commissaire […] dans les Basses Alpes, op. cit.
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