Ici et ailleurs… en passant par ailleurs
p. 67-82
Résumé
Depuis les premières tentatives de communication entre des peuples parlant différentes langues, on traduit des traductions, bien que cette pratique soit mal vue et que les traducteurs soient découragés de le faire. Un des inconvénients à l’égard de la traduction-relais est lié au fait que le deuxième traducteur se trouve face à un texte déjà interprété et « réfracté » par un autre traducteur pour un autre public cible et que des erreurs commises (omissions, mauvaise compréhension et fausses interprétations dues à un manque de connaissance de la culture source) dans la première traduction sont forcément transmises à la deuxième traduction. Un autre inconvénient est lié au fait que le traducteur-relais n’a pas forcément de connaissances de la culture source et n’est donc pas en mesure de la rendre de manière fidèle.
Cependant, cette pratique est loin de disparaître et une étude des traductions françaises de romans sud-africains de langue afrikaans montre que la plupart des romans sont traduits en français à partir de leur traduction anglaise – ce qui peut avoir des conséquences intéressantes, mais non souhaitées, en termes de représentation de la culture source. Cet article offre un bref aperçu de la traduction de romans afrikaans en français et propose finalement des solutions éventuelles pour éviter les traductions indirectes, afin de s’assurer que les romans afrikaans ne se perdent pas entre ici et ailleurs.
Texte intégral
Introduction
1Quand on parle de traductions, il semble que l’on tienne pour acquis qu’une traduction se fait directement de la langue source vers la langue cible et que le traducteur possède les compétences linguistiques et les connaissances culturelles pour assurer la meilleure traduction possible, selon les critères imposés par la culture cible. Cependant, dans le cas de langues rares, il peut arriver que le traducteur doive se servir d’une traduction – souvent en langue majeure comme l’anglais – pour accomplir sa tâche. Traduire les traductions est une pratique qui se fait depuis des siècles : pensez à la traduction de la Bible, par exemple, où la Septante – la traduction grecque de la Bible hébraïque – a été le texte source pour certaines versions de la Bible en latin (Venuti 2004 : 15). Nous trouvons cependant que c’est une procédure qui ne figure pas ou qui figure peu dans les méthodes de traduction ou dans les articles de recherche sur la traduction et bien des traducteurs disent qu’ils refuseront de traduire des traductions. Malgré une résistance soutenue de la part de traductologues, traducteurs et lecteurs, c’est une pratique qui se fait toujours et qui mérite d’être étudiée. Dans cet article, je vais explorer les traductions françaises de romans écrits en langue afrikaans, qui sont pour la plupart des traductions faites à partir des traductions anglaises desdits romans, afin de déterminer si l’image de l’Afrique du Sud a été transmise de manière fidèle et correcte dans ces traductions de traductions.
1. Les traductions de traductions
2Bien que la traduction de traductions soit une tradition vieille comme le monde, elle reste néanmoins une tradition très mal vue, aussi bien par les théoriciens que par les traducteurs, à tel point qu’il n’existe aucun terme uniforme pour en discuter. En anglais, on trouve indirect translation, relay translation, retranslation, intermediate translation, mediated translation, second-hand translation, chain translation, double translation et eclectic translation. En français, j’ai trouvé retraduction, traduction-relais, traduction au carré, traduction indirecte et traduction gigogne. Pour éviter la confusion, j’utiliserai le terme « traduction-relais », sauf quand un auteur cité en emploie un autre.
3La traduction-relais est considérée comme « an unfortunate procedure » [une procédure fâcheuse] (Qvale in Ringmar 2007 : 10) et à propos de la traduction anglaise du roman islandais Salka Valka, Haugen dit que c’était une traduction faite à partir de la traduction danoise donc négligeable en tant qu’œuvre littéraire (Ringmar 2007 : 10, c’est moi qui souligne)1. Dina (in St André 2008 : 230) dit : « Je trouve aberrant le concept de traduction “relais” ».
4Dans le code de déontologie de l’Association des Traducteurs littéraires de France (ATLF), nous lisons sous le point 3 : « Le traducteur s’abstient de traduire une œuvre à partir d’une autre traduction en langue étrangère, dite traduction-relais, à moins que l’auteur ne l’y autorise expressément ».
1.1. Pourquoi traduit-on les traductions ?
5Il est clair que les traductions-relais sont considérées avec suspicion, mais alors pourquoi les fait-on ? La raison la plus évidente est que le traducteur ne comprend pas la langue source. Il peut arriver qu’un traducteur compétent dans les deux langues (source et cible) ne soit pas disponible, ou dans le cas de langues rares, qu’il n’y ait aucun traducteur qui maîtrise les deux langues. Au XVIe siècle par exemple, faire des traductions-relais était une « méthode courante » (Van Hoof 1991 : 32), et le traducteur de renom Claude de Seyssel, désireux d’enrichir la langue française et de rendre accessible aux lecteurs français des textes écrits en grec ou latin, mais ne parlant pas grec lui-même, traduisait à partir des traductions latines des textes grecs. À cette époque, on ne cachait pas le fait qu’une traduction était une traduction-relais, et on rencontre des titres alambiqués tels que :
Histoire du voyage que feit Cyrus à l’encontre du roi de Perse, Artaxerse, son frère, contenue en sept livres écrits par Xénophon, auteur grec, traduit premièrement en latin par Jean Lascaris, homme docte consommé en la langue grecque et le restaurateur d’icelle, et de latin en vulgaire français par Cl. De Seyssel ou bien Histoire de Herodian autheur grecq des empereurs romains, depuis Marcus, tournée du grecq en latin par Ange Politien et de latin en françoys par Jehan Colin ou encore Table de Cébès, avec trente dialogues de Lucien, le tout translaté de grec en latin par plusieurs savants personnages, et de latin en vulgaire français par maître G. Tory. (Van Hoof 1991 : 32)
6Mais l’ignorance de la langue source n’en est pas la seule raison. Parfois, on choisit une traduction-relais en raison du prestige de la langue intermédiaire. Au XVIe siècle, le latin était hautement apprécié en tant que langue source (ou intermédiaire) scientifique et théologique (Van Hoof 1991 : 32), et aux XVIIe et XVIIIe siècles le français était la langue source préférée pour les traductions. À cette époque, le public allemand commençait à s’intéresser à la littérature anglaise, mais les traducteurs allemands traduisaient régulièrement à partir des traductions françaises de ces textes anglais car le français était la langue source préférée, peu importe si c’était une langue intermédiaire ou non (Graeber 1991 : 5).
7Parfois, on fait des traductions-relais parce que le texte source n’est plus disponible, ou a disparu, bien que ce ne soit plus un très grand problème à l’époque actuelle. De nos jours, les raisons économiques imposent parfois des traductions-relais parce que les éditeurs paient souvent moins pour une traduction faite à partir d’une langue dominante que pour une traduction à partir d’une langue rare. Il se peut aussi que l’éditeur préfère faire appel à un traducteur expérimenté qui travaille à partir d’une langue intermédiaire plutôt qu’à un traducteur qui connaît la langue source mais à qui il manque l’expérience nécessaire (Ringmar 2007 : 6-7).
8Bien que les traductologues et les traducteurs critiquent sévèrement l’idée des traductions-relais, il faut avouer que celles-ci ont joué et jouent toujours un rôle très important dans la communication entre les langues et les cultures, surtout quand il s’agit de langues rares ou mineures. En Europe et en France en particulier, il semble qu’on ait la chance d’avoir au moins un traducteur capable de traduire de la plupart des langues vers la langue cible, mais quand il faut traduire une langue rare dans une autre langue rare (l’afrikaans en finnois par exemple) il est difficile voire impossible de trouver un traducteur connaissant assez bien les deux langues pour pouvoir traduire entre elles. Même quand il faut traduire d’une langue rare comme l’afrikaans vers une langue majeure comme le français, il semble qu’il y ait un manque de traducteurs et on doit passer par une traduction existante.
1.2. Les inconvénients des traductions-relais
9De nos jours, on accorde une grande importance à la connaissance ou compétence culturelle du traducteur. On s’attend en fait à ce qu’un traducteur soit biculturel aussi bien que bilingue, c’est-à-dire qu’il doit connaître la culture source ainsi que la culture cible afin de rendre possible la communication entre les deux cultures (Landers 2001 ; Zlateva 1990) et selon Gannon (Gannon et Pillai 2010 : 7) la connaissance d’une langue étrangère ne comprend pas automatiquement une compréhension et une appréciation de la culture de cette langue. Il semble que, chez Gile (2002 : 13), la connaissance de la culture source soit même plus importante que la connaissance de la langue source parce qu’il est indispensable que le traducteur comprenne parfaitement le message de l’auteur du texte source :
Connaître une langue, c’est également connaître une ou plusieurs cultures qui y sont intimement associées. Certains termes et expressions, notamment les termes culturels, sont indissociables d’un fait historique, d’un environnement social, d’une affectivité propre à une communauté linguistique, qui ont des incidences textuelles à travers des nuances dans des emplois et des sens. (Gile 2002 : 13)
10La notion de la « biculturalité » du traducteur n’est cependant pas nouvelle. Lunier en parle déjà au début du XIXe siècle :
Pour traduire Fielding, il ne suffisoit donc pas d’avoir appris l’anglais dans les livres, il falloit avoir vécu avec les Anglais, et s’être familiarisé avec leurs usages : il falloit, pour bien entendre le mot, avoir vu la chose qu’il signifie. (Lunier 1807)2
11Quand un traducteur3 traduit, il fait certains choix, basés sur son interprétation et sa compréhension du texte source, ses connaissances et même ses propres convictions en ce qui concerne la traduction. André Lefevere (1992) a introduit la notion de textes « refractés » et ce terme renvoie à la manière dont une œuvre littéraire est adaptée pour un public spécifique afin d’influencer la manière dont ce public va lire cette œuvre. La « réfraction » comprend des notes en bas de page, des annotations et, bien sûr, la traduction. Aussi, quand il traduit, un traducteur choisit entre la « foreignisation » (traduction exotisante/ sourcière) et la « domestication » (traduction naturalisante/cibliste). Or, quand un traducteur doit traduire un texte qui est déjà une traduction, certains choix ont déjà été faits et le texte a déjà été « refracté » d’une certaine manière, et s’il ne comprend pas le texte source d’origine, le traducteur ne peut pas contrôler les degrés de réfraction. Si le traducteur intermédiaire est plutôt sourcier, on peut imaginer qu’il a gardé les références culturelles en ajoutant un glossaire ou une explication4. Par contre, si le traducteur est plutôt cibliste et surtout s’il traduit vers l’anglais (voir ci-dessous), il est possible qu’il ait « effacé » les référents culturels ou qu’il les ait adaptés aux besoins du public cible. Si c’est le cas, le traducteur final aura ou pourra avoir des difficultés à repérer et à rendre les référents originaux, surtout s’il connaît mal ou ne connaît pas du tout la culture source.
12Même s’il est « biculturel », il est probable que le traducteur-relais aura une connaissance de la culture intermédiaire, qui pour lui est la culture source, tout en ignorant parfaitement la culture source d’origine. Celle-ci peut être très éloignée des deux cultures connues du traducteur, ce qui rendra difficile, voire impossible, le transfert de la culture source.
13Étant donné que les traductions françaises des romans afrikaans ont comme texte intermédiaire des traductions anglaises, il est important de faire quelques remarques sur la traduction anglaise d’ouvrages littéraires. Selon David Bellos (2011 : 209), l’anglais est dominant aujourd’hui, d’une part grâce à l’immense nombre de traductions faites avec l’anglais soit comme langue source soit comme langue cible (il en fut de même pour le latin en Europe au IVe siècle), d’autre part parce que l’anglais sert aujourd’hui comme langue « pivot » dans laquelle et de laquelle un grand nombre de textes sont traduits. L’Index Translationum de l’Unesco montre que l’anglais est la langue source la plus populaire pour les traductions en (par ordre alphabétique) allemand, arabe, chinois, espagnol, français, hindi, italien, japonais, néerlandais, suédois et tamil. Sur un million de traductions comptées en 2011, plus de 650000 traductions avaient l’anglais comme langue source et plus de 10 % avaient l’anglais comme langue cible. Cela veut dire que l’anglais est la langue source ou cible de plus de 75 % de toutes les activités traductrices.
14Or, selon Venuti (2008 : 18), il y a une tradition dans les traductions anglo-américaines de « naturaliser/domestiquer », c’est-à-dire d’adapter la traduction aux normes et aux besoins du public cible anglophone ou même d’un public qui a l’anglais comme seconde langue. La mondialisation mène petit à petit à la formation d’une culture mondiale et, de nos jours, la plupart des puissances mondiales connaissent assez, voire très bien la culture américaine grâce à la télévision, au cinéma, à la « culture MacDo » (on parle de la macdonaldisation du monde) – et cela a une influence sur la traduction. Dans un article sur les traductions anglaises de romans français, Campbell (2011) remarque qu’il y a une sorte d’aplatissement qui se fait percevoir dans les traductions anglaises parce que les différences culturelles sont ignorées :
Translators take fewer liberties nowadays. The novelist and critic Tim Parks has written recently about the standardization and flattening of foreign texts, giving the effect of an “internationalist’’ translatorese ; universally edible but pretty flavorless. Dutch, Italian and Albanian writers are increasingly apt to sound alike, Parks suggests. (Campbell 2011 : 2)5
15Cet aplatissement est sans doute aussi lié au fait, comme le dit Gile ci-dessus, qu’il y ait plusieurs cultures liées à l’anglais (britannique, américaine, sud-africaine, australienne, etc.) et qu’il ne serait pas pratique de faire une traduction anglaise pour chacune d’entre elles. C’est une situation malheureuse, mais nous ne pouvons pas l’ignorer.
16Par contre, en ce qui concerne les prix accordés aux textes traduits, il semble qu’il y ait en Europe au moins un mouvement vers la traduction exotisante ou sourcière. Dans la version finale d’une enquête sur la faisabilité d’un prix européen de la traduction, « Feasibility Study on a Literary Translation Prize » qui date d’octobre 2010, on fait des recommandations pour ce prix. Des experts dans différents domaines (traducteurs, éditeurs, chercheurs, critiques littéraires) ont été invités à faire des recommandations. Un des critères les plus importants était :
In addition to basic quality criteria, the award should therefore affirm that translation is about translating individual authors and the specificity of their literary style. Thus, the award should reward translator’s ability to render the specificity of the author and not to [sic] the specificity of the recipient language tradition. (Wischenbart 2010 : 83, c’est moi qui souligne)6
17Cela veut dire que les traductions-relais, qui ont comme texte intermédiaire une traduction anglaise, peuvent avoir perdu une grande partie des particularités culturelles dans le but d’être plus « comestibles » pour un public anglophone, tandis que le public européen s’attend à une traduction qui garde justement ces caractéristiques.
18Dans la citation ci-dessus, on mentionne la spécificité de l’auteur, et comme on ne peut pas séparer une œuvre littéraire de son pays d’origine, à mon avis, la « spécificité de l’auteur » inclut son style, son pays ainsi que sa culture. Donc, le désavantage d’une traduction-relais faite à partir d’un texte intermédiaire, surtout quand il s’agit d’une traduction anglaise, c’est que la spécificité de l’auteur a déjà été effacée.
19L’afrikaans étant une langue rare, il est souvent nécessaire de passer par une traduction-relais pour faire traduire des romans dans une langue européenne. Il arrive même que la traduction néerlandaise de certains romans afrikaans se fasse à partir de la traduction anglaise, bien que l’afrikaans et le néerlandais soient deux langues très proches7. Ce qui suit présente un bref survol historique de la traduction des romans afrikaans en France, suivi par une discussion de la manière dont un manque de connaissances culturelles peut mener à une distorsion d’un référent culturel, à savoir lokasie.
2. Les romans afrikaans traduits en français : contexte historique
20J’ai divisé la traduction française des romans afrikaans en trois périodes. C’est une division historique et politique selon trois grandes périodes dans l’histoire sud-africaine : la première période va de 1914 à 1975, la deuxième de 1976 à 1994 et la troisième de 1995 jusqu’à nos jours.
2.1. La première période : 1914-1975
21Cette période de 61 ans commence en 1914 – date de la « naissance » de la langue afrikaans, c’est-à-dire l’année où l’afrikaans a été reconnu comme langue scolaire officielle en Afrique du Sud8 – et se termine en 1975, l’année précédant le soulèvement de Soweto9.
22Pendant cette période, 80 ouvrages sont traduits, dont deux romans afrikaans ; tous les deux à partir de leur traduction anglaise, ce sont donc des traductions-relais. Le premier roman est Uit oerwoud en vlakte, écrit en 1923 par A. Pienaar (son nom de plume était Sangiro), traduit par Histoire d’une famille de lions, récit africain en 1930. Quarante ans plus tard, on publie la traduction du roman Sewe dae by die Silbersteins (1962, d’Étienne Leroux), sous le titre de Sept jours chez les Silberstein (1970).
23Il est impossible de trouver des informations sur le traducteur du roman de Sangiro, J. Benais, mais Jacqueline Rémillet, traductrice de Leroux, traduit toujours de l’anglais et de l’italien en français.
2.2. La deuxième période : 1976-1994
24Cette période de 18 ans a eu une grande influence non seulement sur l’histoire sud-africaine, mais aussi sur la traduction de textes sud-africains en français. C’est une période qui commence par le soulèvement de Soweto et se termine par l’année où ont eu lieu les premières élections démocratiques dans le pays. Il est intéressant de prêter attention non seulement aux textes qui ont été traduits, mais aussi aux traducteurs. À cette époque, en France du moins, on se méfie de la littérature dite « engagée », parce qu’on croit que le message politique est plus important que la qualité littéraire de l’ouvrage.
25De plus, pendant cette époque mouvementée, nombre d’écrivains engagés créent des poèmes et des pièces de théâtre, d’abord parce que cela prend moins de temps que d’écrire un roman – il est possible de rédiger un poème ou même une pièce de théâtre en très peu de temps. Deuxièmement, il est facile de mémoriser des poèmes, surtout grâce à la rime et au rythme. De cette manière, un assez large public peut retenir un ou plusieurs poèmes lors d’un rassemblement politique, ce qui évite le besoin de faire imprimer des textes – opération coûteuse et impraticable s’il y a des milliers de personnes présentes lors d’un rassemblement politique. Ceci est important dans le contexte sud-africain, où il s’agit souvent d’un public illettré et pauvre. À travers des représentations théâtrales, ce public, qui n’a pas forcément accès aux médias, peut être informé de la situation politique dans le pays. Enfin, ces auteurs n’ont pas besoin du même réseau que celui que nécessitent l’écriture, la publication et la distribution d’un roman (temps, éditeur, public, publicité, librairies, etc.). Mais les poèmes et les pièces de théâtre sont deux genres que les éditeurs hésitent à publier. Un des objectifs principaux des maisons d’édition est de générer des bénéfices et, pour cette raison, les grandes maisons d’édition ont plutôt publié le célèbre « quatuor blanc » (Magnier 2001 : 28) – André Brink, Breyten Breytenbach, Nadine Gordimer et J.M. Coetzee – que des auteurs inconnus aux visées politiques. Bien que ces quatre auteurs soient fortement engagés dans la lutte contre l’apartheid, la qualité et la valeur littéraires de leurs ouvrages sont indéniables. C’est une des raisons pour lesquelles les grands éditeurs comme Stock et Gallimard, qui publiaient le quatuor blanc, ne publiaient presque aucun autre auteur d’Afrique du Sud. Cependant, quelques éditeurs plus petits, comme Silex, Karthala et L’Harmattan – que Jean-Pierre Richard (2005 : 18) appelle le « ghetto » – s’intéressaient aux ouvrages sud-africains et publiaient régulièrement des textes (poèmes, pièces, nouvelles) d’auteurs inconnus dans des numéros spéciaux dédiés à l’Afrique du Sud ou à la lutte contre l’apartheid.
26Bien qu’il y ait à cette époque des traducteurs professionnels qui traduisent des textes sud-africains, on voit une autre catégorie de traducteurs (les traducteurs « militants » selon Richard, 2005 : 15), parmi lesquels on compte journalistes, professeurs, écrivains, qui eux-mêmes proposent des textes à traduire aux éditeurs, aidant ainsi à abolir l’apartheid, comme Christine Delanne-Abdelkrim, Jacques Alvarez-Péreyre, Jean Sévry, Catherine Belvaude et Jean-Pierre Richard.
27Vers la fin des années 1980, on remarque ce que Richard (2005) appelle une « normalisation » dans la publication de romans sud-africains en France. Auparavant, le contexte était dominé par la lutte contre l’apartheid, mais à partir de ce moment-là, certaines maisons d’édition commencent à publier de nouveaux auteurs apolitiques et non polarisés. Ces auteurs étaient très connus en Afrique du Sud et les maisons d’édition françaises ont pris le risque financier de les publier. C’était bien un risque, car à part quelques-uns (Gillian Slovo et Mike Nicol), les autres ont quasiment disparu du paysage littéraire en France. On peut cependant se poser la question de savoir si ce n’est pas aussi grâce à leurs traducteurs français (Jean Guiloineau pour Slovo, mais qui traduisait régulièrement les romans de Brink, et Catherine Lauga-du Plessis pour Nicol, et qui traduit toujours Coetzee) qu’ils ont eu du succès. Ce sont deux traducteurs qui connaissent très bien l’Afrique du Sud et qui sont considérés comme des spécialistes de ce pays.
28Des éditeurs « normaux » de taille moyenne comme Belfond et Laffont commencent désormais à publier des ouvrages sud-africains. Mais il y a aussi une normalisation au niveau des traducteurs. Les traducteurs « militants » d’avant sont désormais remplacés par des traducteurs qui ont eu une formation professionnelle. Du côté positif, cela montre qu’on considère les œuvres sud-africaines dignes d’un traitement « professionnel », mais en même temps, les textes sont désormais traduits par des traducteurs qui n’ont pas forcément de connaissance directe du pays.
29Pendant cette période, j’ai comptabilisé 336 ouvrages traduits, dont sept romans afrikaans. Toutes ces traductions sont des traductions-relais de l’anglais. Par souci de concision et pour rendre les informations plus claires, voici les titres sous forme de tableau :
Date de publication en France | Auteur | Titre français | Titre original et date de publication en Afrique du Sud | Traducteur |
1981 | Elsa Joubert | Le long voyage de Poppie Nongena | Die swerfjare van Poppie Nongena | Dominique |
1984 | Dalene | Des cercles dans la forêt | Kringe in ‘n bos | Sabine |
1985 | Wilna | Le Baobab | Die | Sophie |
1985 | Dalene | Le Fils de | Fiela se kind (1985) | Anne-Marie |
1990 | Etienne van | Le Domaine de | Toorberg (1986) | Anne |
1993 | Karel | En étrange pays | ‘n Ander land | Jean |
1994 | Jeanne Goosen | On n’est pas tous comme ça | Ons is nie almal so nie (1990) | Christine Le |
30Dans le tableau, je n’inclus pas les romans d’André Brink. Brink traduisait en effet lui-même ses romans en anglais ; le traducteur traduisait donc un texte anglais qui n’était pas strictement considéré comme un texte intermédiaire, puisque l’auteur lui-même l’avait traduit et souvent adapté aux besoins du public cible anglophone.
2.3. La troisième période : 1995-aujourd’hui
31Pendant la troisième période, nous avons remarqué une augmentation du nombre d’ouvrages sud-africains traduits et publiés en France, surtout grâce à la situation politique en Afrique du Sud et à la lutte internationale contre l’apartheid. Depuis les premières élections démocratiques de 1994, le nombre de titres est en augmentation constante. On publie toujours des ouvrages à thèmes politiques, mais aussi des romans « populaires », tels les romans policiers de Deon Meyer et les histoires d’amour de Marita van der Vyver.
32Dans cette période de 20 ans, j’ai déjà compté environ 380 ouvrages traduits, dont 17 romans afrikaans. Dans le tableau ci-dessous, j’ai mis en caractères gras les traductions directes :

Note : 10 Ce roman est un cas intéressant. Le roman afrikaans, Spoor, a été traduit de l’afrikaans en français mais cette traduction étant jugée impubliable, les éditeurs ont employé un deuxième traducteur (français) pour retravailler le texte français. Il s’agit donc bien d’une traduction directe, mais elle a été presque complètement révisée avant d’être publiée. La traduction est publiée sous le nom du deuxième traducteur.
33Dans ce tableau, on voit qu’il n’y a que sept romans traduits directement de l’afrikaans en français. Il faut noter cependant que ces sept traductions sont de deux traducteurs seulement. Donald Moerdijk est né en Afrique du Sud mais a quitté le pays en 1954 pour s’installer en France. Depuis 2005, il n’a pas traduit de roman afrikaans. Pierre-Marie Finkelstein travaille comme traducteur à l’Union Européenne et traduit des romans de l’afrikaans, du néerlandais et de l’anglais. Il a vécu en Afrique du Sud mais habite actuellement en France.
34Sur un total de 26 romans, seuls sept sont donc des traductions directes de l’afrikaans, par deux traducteurs qui n’habitent plus en Afrique du Sud.
35Le problématique spécifique pour les romans afrikaans est d’abord le fait que le traducteur-relais français ne connaît pas forcement l’Afrique du Sud et ne réussit pas à transmettre correctement les images. Ensuite, on peut se demander si les deux traducteurs qui ont fait les traductions directes connaissent assez bien le contexte sud-africain pour comprendre les nuances culturelles et les rendre de manière fiable.
36Dans la partie suivante, je vais discuter d’un exemple du roman Toorberg, d’Etienne van Heerden, qui, à mon avis, montre bien la manière dont un manque de connaissances de la culture d’origine peut mener à une traduction qui donne une fausse idée de la culture source.
3. Ce que la lokasie n’est pas
37Après la découverte de l’or et des diamants vers la fin du XIXe siècle en Afrique du Sud, les capitalistes britanniques et les agriculteurs afrikaners employaient des ouvriers noirs parce que ceux-ci représentaient une source de main-d’œuvre bon marché. Le gouvernement de l’époque10 a adopté une loi, la « Native (Urban Areas) Act », en 1923, selon laquelle les Noirs n’avaient pas le droit d’entrer dans les zones urbaines si ce n’était pour travailler pour les blancs (Vellem 2014 : 4). Les Noirs n’avaient pas le droit d’habiter dans les villes et pourtant ils étaient forcés d’y travailler. Selon Vellem (2014 : 4), le township est un des « most glaring testimonies » [témoignages les plus frappants] de cette réalité, un lieu entre l’espace urbain et l’espace rural. Ces townships, appelés lokasies en afrikaans, se trouvaient à distance des villes blanches pour plusieurs raisons, entre autres parce que les Blancs avaient peur des maladies contagieuses. La vie dans ces townships était souvent caractérisée par le surpeuplement, des conditions sordides, une mauvaise hygiène, de mauvais systèmes sanitaires, la violence, la criminalité, etc. (Vellem 2014 : 5). Les logements étaient pour la plupart de petites maisons individuelles, des bicoques ou des bidonvilles.
38Le mot afrikaans, lokasie, veut dire emplacement, comme location en anglais, nom utilisé autrefois en anglais sud-africain. Ce terme est considéré maintenant comme raciste et on emploie le mot township en anglais et en afrikaans.
39Il est clair que le mot français location ne peut pas être employé dans ce contexte. Il sera très difficile de trouver une traduction convenable puisque la lokasie est un phénomène typique du paysage géographique et politique de l’Afrique du Sud. Dans la traduction anglaise du roman de Van Heerden, le terme employé de façon systématique est location. Par contre, dans la traduction française de Toorberg (1990), la traductrice a employé réserve, réserve noire, banlieue, commune noire et township.
40La traductrice française a habité aux États-Unis pendant un certain temps et je pense qu’elle a choisi les termes « réserve » ou « réserve noire » parce qu’elle a fait un rapprochement entre l’oppression des Noirs en Afrique du Sud et celle des Indiens en Amérique. La lokasie étant plutôt une zone urbaine ou semi-urbaine, elle n’a rien à voir avec les réserves indiennes qu’on trouve aux États-Unis. En fait, il n’existe pas de « réserves » de ce genre en Afrique du Sud.
41Le choix du mot banlieue n’est pas idéal non plus. Bien que les lokasies aient été construits en dehors des villes, et qu’ils aient été souvent caractérisés par des troubles politiques comme des émeutes, des incendies et des necklacings11, ils ne peuvent pas être comparés avec les cités qui se trouvent dans les périphéries des grandes villes françaises. En Afrique du Sud, même les petits villages de campagne blancs avaient des lokasies et il est très rare d’y trouver des bâtiments à plus d’un seul étage.
42À mon avis, les termes commune noire et township sont plus appropriés que les autres, mais leur utilisation dans la traduction française crée néanmoins une situation qui peut être mal comprise par le lecteur français. Dans le roman, un des personnages, un Blanc, parle du lokasie à sa petite amie, une jeune fille de couleur. Elle le réprimande en disant qu’il ne faut plus utiliser ce terme devenu raciste, mais plutôt township. En afrikaans, le lecteur comprendra très bien la nature raciste du mot et un lecteur de la traduction anglaise serait capable de déduire la connotation péjorative liée au mot location en anglais. Dans la traduction française, le personnage blanc emploie le terme commune noire. Or, c’est un terme plutôt neutre qui n’a pas la même connotation raciste que le mot lokasie et la réprimande de la part de la jeune fille n’a donc pas de sens. Il aurait été préférable d’emprunter le mot afrikaans avec une explication, mais comme il s’agit d’une traduction-relais, la traductrice française n’a pas eu accès au texte original. Il est probable que son manque de connaissances de l’Afrique du Sud ait eu pour résultat la traduction maladroite de ce référent culturel. Ceci n’est qu’un cas de figure, mais une étude plus approfondie des traductions françaises de romans afrikaans révèlera sans doute plus d’exemples de ce genre.
4. Des solutions épineuses
43Afin d’éviter les traductions-relais, il faut donc envisager d’autres solutions. Dans le cas des romans sud-africains, j’ai considéré deux options : la première est la traduction par un traducteur qui ne traduit pas vers sa langue maternelle, et la deuxième est la collaboration entre le traducteur et un Sud-Africain qui connaît bien la langue et la culture françaises.
44L’opinion générale veut qu’un traducteur ne traduise que vers sa langue maternelle ou sa première langue (L1) et que la traduction vers la seconde langue se pratique exclusivement comme exercice pédagogique afin de tester les compétences linguistiques du traducteur ou de l’étudiant d’une langue étrangère (Stewart 2000 : 206 ; Marmaridou 1996 : 60 ; Beeby Lonsdale 2009 : 85). On pense qu’une traduction vers la seconde langue (L2) sera forcément mauvaise ou, en tout cas, pire qu’une traduction en L1, parce qu’on s’exprime mieux dans sa première langue et qu’on sait mieux rendre les expressions idiomatiques, les métaphores, les collocations etc. dans sa L1.
45Les études empiriques montrent que les traducteurs qui traduisent vers leur L2 prennent moins de risques, et qu’il leur est difficile de juger la qualité de leur travail. Afin de combattre cette incertitude, ils emploient des « stratégies de survie », par exemple ils prennent des options « sûres » qui entraînent un aplatissement du texte cible (Lorenzo 1999 : 121) – et c’est le même effet qu’on remarque dans certaines traductions en anglais.
46Cependant, la traduction vers la L2 se fait depuis l’Antiquité et il n’existe aucune preuve scientifique que les traductions en L2 ne soient pas bonnes (Beeby Lonsdale 2009 : 85, Pokorn 2005 : 119). On voit aussi qu’il y a nombre d’auteurs qui écrivent dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle, comme Nabokov, Kundera, Conrad, Ishiguru et André Brink. Si on considère que les traducteurs, tout comme les auteurs, sont des « experts » en langue(s), pourquoi ne pas accepter que les traducteurs traduisent vers leur L2 ? Il existe des exemples de traducteurs qui traduisent vers leur seconde ou troisième langue et qui le font avec succès, comme Bernard Hoepffner, qui a grandi en Allemagne et vit actuellement aux Pays-Bas, mais qui est « considéré aujourd’hui comme un des plus importants traducteurs français de langue anglo-saxonne » (Babelio).
47Il semble que la traduction en L1 soit la norme dans les pays de l’Europe de l’Ouest où on traduit entre langues majeures, tandis que la traduction en L2 est un phénomène qu’on voit assez souvent dans des pays bilingues ou multilingues où l’on parle aussi des langues minoritaires qui sont en étroit contact géographique, économique et commercial les unes avec les autres. C’est pour cette raison qu’un traducteur dont la langue maternelle est l’afrikaans traduirait plus fréquemment en anglais qu’un traducteur français ne traduirait en anglais.
48Un avantage qu’il ne faut pas sous-estimer, c’est qu’un traducteur qui traduit un texte source écrit dans sa L1 aura une compréhension parfaite du texte source et de la culture dans laquelle le texte a été créé, évitant ainsi de mauvaises interprétations ou des malentendus contextuels. Cela dit, je ne veux pas dire par là que n’importe quel traducteur sera capable de le faire, mais en Afrique du Sud il y a en ce moment au moins trois traductrices afrikaans qui traduisent régulièrement vers le français, leur troisième langue.
49La deuxième option à considérer est de faire réviser la traduction par quelqu’un (un traducteur ou un autre spécialiste de langue) qui connaît la langue et la culture sources ainsi que la langue et la culture cibles, et qui pourrait aider le traducteur en fournissant des explications du texte source et des suggestions. Même si l’on est obligé de passer par une traduction-relais, ceci peut aider à éliminer des problèmes de mauvaise interprétation ou d’incompréhension. Dans les cas où ce genre de collaboration a déjà eu lieu, c’était soit à la demande de l’auteur du texte source, soit à la demande de la maison d’édition. Dans le cas des traductions des bandes dessinées d’Astérix par exemple, la maison d’édition a fait retraduire en français les traductions par une personne dont la langue maternelle est la langue cible (ou qui maîtrise la langue cible ainsi que le français) pour assurer la qualité de la traduction. Il reste à déterminer enfin si les traducteurs seront prêts à une collaboration de ce genre.
50La question qui se pose, cependant, est combien de temps et d’argent les maisons d’édition sont disposées à investir dans les traductions.
Bibliographie
Bibliographie
Références
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Corpus
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Notes de bas de page
1 Toutes les traductions sont les miennes, sauf indication contraire.
2 Joseph-Charles Mardrus, connu pour sa traduction des Mille et une nuits, mentionne l’importance de la connaissance de la culture source en 1900 (Bellos 2011).
3 Pour des raisons de concision, j’emploie la forme masculine pour parler des traducteurs et traductrices en général. Quand il s’agit d’un traducteur ou d’une traductrice en particulier, j’emploierai le genre approprié.
4 Ceci une généralisation, mais on trouve souvent des glossaires dans des tradu littéraires.
5 Les traducteurs prennent moins de risques de nos jours. Le romancier et critique Tim Parks vient d’écrire sur la standardisation ou normalisation de textes étrangers, et cela a comme effet un langage traduisant « internationaliste », universellement « comestible », mais sans saveur. De plus en plus, les auteurs néerlandais, italiens et albanais se ressemblent, suggère Parks.
6 Outre les critères de base de qualité, le prix devrait affirmer que la traduction consiste à traduire les auteurs particuliers ainsi que la spécificité de leur style littéraire. Donc le prix devrait récompenser la capacité du traducteur à rendre la spécificité de l’auteur et non la spécificité de la tradition linguistique du public cible.
7 C’est le cas de la traduction néerlandaise du roman Toorberg d’Etienne van Heerden. Le traducteur néerlandais a traduit de l’anglais « en se référant » au texte « sud-africain ».
8 L’anglais et l’afrikaans étaient les deux langues officielles en Afrique du Sud de 1925 jusqu’en 1994. Maintenant il y en a 11. Ce sont (par ordre de nombre de locuteurs) : l’isizoulou (11,58 million de locuteurs, 22,9 % de la population) ; l’isixhosa (8,15 m, 17,9 %) ; l’afrikaans (6,85 m, 14,4 %) ; l’anglais (4,89 m, 8,6 %) ; le sotho du Nord (4,61 m, 9,2 %) ; le setswana (4,06 m, 8,2 %) ; le sesotho (3,84 m, 7,6 %) ; le xitsonga (2,27 m, 4,4 %) ; le siswati (1,29 m, 2,5 %) ; le tshivenda (1,2 m, 2,2 %) ; l’isindebele (1,09 m, 1,5 %), (http://www.bibliomonde.com/donnee/afrique-sud-les-langues-231. html).
9 Lors du soulèvement de Soweto, des milliers de Sud-Africains noirs ont manifesté à Soweto contre l’enseignement en afrikaans, ébranlant ainsi l’apartheid.
10 Le général Jan Smuts était le Premier ministre.
11 Un pneu rempli d’essence ou d’un autre liquide inflammable est mis autour du cou de la victime et allumé, d’où le nom necklacing ou supplice du collier.
Auteur
-
Johanna Steyn
University of Stellenbosch, Afrique du Sud
Johanna STEYN est depuis 2006 professeur de français au Département de Langues vivantes étrangères de l’Université de Stellenbosch. En 2014 elle obtient un doctorat avec une thèse intitulée « Traduction directe versus traduction indirecte en référence au transfert culturel » (Direkte vertaling versus abbavertaling met verwysing na kulturele oordrag) sous la direction du professeur Ilse Feinauer. Elle obtient une maîtrise en 1993 à l’Université de Tours avec un mémoire sur la représentation des Boers avant et pendant la guerre des Boers dans les romans de jeunesse français. Entre la maîtrise et le doctorat, elle travaille comme interprète et traductrice au Parlement sud-africain et à la Commission de Vérité et de Réconciliation en Afrique du Sud. Elle détient une licence en théâtre et a étudié à l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq à Paris. Ses intérêts de recherche et d’enseignement comprennent entre autres la traduction, l’interprétation et le théâtre français.
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Pour une interdisciplinarité réciproque
Recherches actuelles en traductologie
Marie-Alice Belle et Alvaro Echeverri (dir.)
2017
Le double en traduction ou l’(impossible ?) entre-deux. Volume 1
Michaël Mariaule et Corinne Wecksteen (dir.)
2011
Le double en traduction ou l’(impossible ?) entre-deux. Volume 2
Michaël Mariaule et Corinne Wecksteen (dir.)
2012
La traduction dans les cultures plurilingues
Francis Mus, Karen Vandemeulebroucke, Lieven D’Hulst et al. (dir.)
2011
La tierce main
Le discours rapporté dans les traductions françaises de Fielding au XVIIIe siècle
Kristiina Taivalkoski-Shilov
2006
Sociologie de la traduction
La science-fiction américaine dans l’espace culturel français des années 1950
Jean-Marc Gouanvic
1999
