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    Plan détaillé Texte intégral Prologue 1. La traduction comme recherche compensatoire de soi ? 2. Des aspects sémantiques et rythmiques de la traduction Épilogue Bibliographie Annexe Notes de bas de page Auteur

    Traduire en poète

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    Table des matières

    Neutralité subjective. Traduire « Capitaine » d’Attilâ İlhan

    Engin Bezci

    p. 225-238

    Résumé

    Cet article propose une étude de cas sur la traduction en français, par Engin Bezci, du poème intitulé « Capitaine » écrit au début des années 1950 par le poète turc Attilâ İlhan. Dans ce cas très particulier, d’un traducteur occasionnel mû par une motivation personnelle, l’opération traduisante se révèle comme une quête intime et compensatoire qui s’opère à plusieurs niveaux et en différents sens. Au-delà des considérations purement linguistiques ou traductologiques, cette étude est plutôt le fruit d’une remémoration réflexive et critique du processus de traduction, et ce, à partir des divers états du texte en travail et des notes destinées à « un journal de traduction ». Du choix du texte à traduire aux difficultés sur le plan sémantique et rythmique que pose la traduction poétique, l’auteur tente de réfléchir sur certaines questions cruciales de la traduction à travers son expérience.

    Entrées d’index

    Mots-clés : Traduction poétique, İlhan (Attilâ), Capitaine, Kaptan, Poésie turque, Traduction comme recherche compensatoire

    Texte intégral Prologue 1. La traduction comme recherche compensatoire de soi ? 2. Des aspects sémantiques et rythmiques de la traduction Épilogue Bibliographie Bibliographie Annexe Annexe Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Prologue

    1« Capitaine » est un long poème écrit en vers libres, par le poète turc Attilâ İlhan (1925-2005) lors de son premier séjour à Paris au tout début des années 1950. Il se compose de cinq parties qui constituent dans leur ensemble (232 vers) toute une histoire, une histoire parisienne. La première partie en a été traduite et publiée dans la revue Europe en mars 2014. Avant d’évoquer un processus de traduction engageant une recherche compensatoire de soi, il n’est pas inutile de présenter ce poète (presque inconnu du public étranger en raison du manque de traductions). Sauf quelques poèmes disséminés dans des anthologies de poésie turque moderne, l’œuvre d’Attilâ İlhan n’est quasiment pas traduite en langues étrangères. Le français, par exemple, dispose d’une dizaine de poèmes traduits, dont certains seulement par fragments. Pourtant, Attilâ İlhan, surnommé également Kaptan (capitaine), est l’une des voix les plus originales de la poésie turque contemporaine, et les douze recueils de poésies publiés de son vivant le rangent parmi les plus grands poètes turcs du XXe siècle.

    2Trois veines nourrissent la poésie d’Attilâ İlhan, qui coexistent dans son œuvre poétique à partir de son deuxième recueil intitulé Boulevard des brouillards : la poésie populaire turque, la poésie classique du Divan, développée sous l’influence arabo-persane, et la poésie surréaliste, qu’il découvre lors de son premier séjour parisien, de 1949 à 1952. L’influence de ce courant poétique se fait jour pour la première fois dans ses poèmes du cycle Kaptan. Kaptan n’est en effet pas seulement le titre du poème traduit ici en français, mais également celui de la deuxième partie du recueil Boulevard des brouillards, qui contient cinq autres poèmes : « La donna è mobile », « Mırç », « Hôtel Emperyal », « Pia », « Boulevard des brouillards ». L’influence surréaliste est ainsi assumée dans les notes que le poète a écrites pour ce poème1 :

    Formant une série, les poèmes Capitaine ont été écrits en partie à Paris et à Istanbul. Ce qui est curieux à mon avis, c’est que, jusqu’à ce que je tente de composer ces poèmes, je craignais d’écrire des poèmes en forme libre. Le sens de la forme dans mes poèmes précédents était soumis à une discipline rigoureuse. Après avoir lu les poètes surréalistes, j’ai eu l’idée qu’il ne serait pas mauvais d’assumer une certaine liberté dans la poésie. (İlhan 2014 : 155)

    3Le poème, écrit en vers libres, est donc marqué par l’influence d’un surréalisme peut-être alla turca, en tout cas précurseur du surréalisme dans la poésie turque. Le poète souligne à plusieurs reprises ses tentatives d’appliquer la méthode de l’écriture automatique. Les notes écrites sur le poème témoignent de cette empreinte surréaliste. Il faut préciser, à partir de cet exemple, qu’Attilâ İlhan réduisait l’influence surréaliste en question à la transgression de la logique dans la poésie traditionnelle :

    Dans mes poèmes Capitaine, les évocations jouent un rôle important. Des sautes s’en suivent. L’enchaînement logique habituel a été laissé de côté. La vie d’une grande métropole et celle d’un homme qui vit le trouble de cette métropole sont présentées sous formes de séquences saisissantes. (ibidem)

    4Ces caractéristiques devaient donc imprégner la traduction, puisqu’elles agissent sur les dimensions sémantique et rythmique du texte. À ces deux premières caractéristiques de la poésie d’İlhan s’en ajoute une troisième : l’aspect cinématographique de son style, tant dans les images que dans la technique de narration. « J’ai toujours souligné l’influence indirecte mais indéniable du cinéma dans la formation de mon univers poétique », note-il (ibidem : 149).

    5Les propos qui suivent ne consisteront pas en considérations linguistiques ou traductologiques, mais plutôt en une remémoration réflexive et critique du processus de traduction, à partir des divers états du texte en travail et des notes destinées à « un journal de traduction » : cette initiative du traducteur était inspirée du poète lui-même, auteur d’un journal de traduction publié pour présenter sa traduction en turc des Conquérants de Malraux. Le journal du traducteur de « Capitaine » s’égrène hélas au fil de séances entrecoupées de silences. En effet, ma traduction s’est étendue sur dix ans ; une première version littérale élaborée en 2002 a été ponctuellement reprise en 2004, 2007, 2009, 2011 et 2012. Quelques modifications ont encore suivi une première publication dans la revue Europe ; le texte a trouvé sa version définitive en 2014 à l’occasion du colloque padouan Traduire en poète. L’absence de ponctuation et de lettres majuscules dans le texte original a été respectée, qui est l’une des caractéristiques de la poésie d’İlhan à partir de son deuxième recueil de poésies. Seuls ont bénéficié de majuscules les noms propres (zehra, Mırç, Villon, Pablo, Van Gogh etc.) et les noms de lieux (Paris, Marseille, la gare d’Austerlitz, la Seine etc.) pour faciliter la lecture.

    1. La traduction comme recherche compensatoire de soi ?

    6Ce poème a été traduit tout à la fois avec amour et par amour : par amour pour ce poème et ensuite par amour pour une femme. À l’origine du projet de traduction, frémit la motivation très personnelle et naïve de s’adresser, via ce poème, à une femme qui n’aurait pu en lire la version originale. En ce sens, le choix du texte à traduire n’était pas le fait du hasard, et dès le début, il impliquait pour le traducteur une sorte d’identification au texte et à son sujet lyrique. Accord intime entre deux sensibilités poétiques mêlant inextricablement les évocations personnelles et celles du poème. La quête intime, compensatoire, s’opérait à plusieurs niveaux et dans différentes directions.

    7À l’origine du projet frémit encore l’amour pour ce poème, parce qu’Attilâ İlhan me parlait et parlera de moi à son tour. Chacun a sans doute son poète d’élection : le mien est sans conteste Attilâ İlhan, depuis mon éveil à la poésie turque. C’est son style qui m’avait d’abord frappé, style qui ne ressemblait à celui d’aucun de ses contemporains. J’ai par la suite lu tout son œuvre poétique et romanesque, ainsi que ses essais. Cette époque était également celle où j’avais commencé à apprendre le français et à étudier la littérature française à l’Université. C’est sûrement pour cela que « Capitaine » et ses autres « poèmes parisiens », entre autres, avaient attiré particulièrement l’attention du jeune étudiant que j’étais.

    8Traducteur en turc notamment des Conquérants et de l’Espoir de Malraux ainsi que des Cloches de Bâle d’Aragon, Attilâ İlhan parsème ses recueils de citations françaises de Cendrars, d’Apollinaire, d’Aragon. Il est également connu pour avoir introduit le français dans la poésie turque : le dernier vers d’un de ses poèmes est en français dans le texte (« Pardon monsieur, je vais vous demander un visa pour Dakar si c’est possible »). Pour faire face aux critiques, il a ensuite déclaré qu’il l’avait fait au nom de la couleur locale.

    9D’autres évocations personnelles concernent « Capitaine », comme celle de suivre à travers ce poème les traces du poète à Paris lors de mon premier séjour parisien en 2002. Mais à cette époque-là, mis à part les quelques vers que j’avais déjà cités dans ma correspondance, je ne me souciais pas du tout de le traduire en français. Vraisemblablement, il fallait que le décor se complète par une histoire d’amour impossible, ce qui m’est arrivé, pour que l’idée de le traduire me vienne à l’esprit. À travers ce poème, Attilâ İlhan parlait de moi cette fois-ci, et mes sensations, sentiments, déceptions etc. se trouvaient comme traduits. En tant que lecteurs, pourquoi privilégions-nous certains poèmes ou poètes ? Probablement parce que nous y trouvons la traduction de nos sentiments, sensations, aspirations, états d’âme. À l’origine de mon attachement à ce poème, il y avait déjà cette première forme de traduction. Parfois les formes se répondent, les mémoires, les histoires correspondent. Comme plusieurs jeunes de mon âge, j’avais écrit des poèmes. Une fois que je me suis rendu compte qu’ils n’étaient que de mauvaises imitations d’Attilâ İlhan, j’ai cessé d’écrire : « j’étais déjà si mauvais poète » comme le dit Cendrars dans La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Je n’étais pas le seul exemple dans ce sens ; à ma grande surprise, j’ai rencontré par la suite d’autres admirateurs et admiratrices qui avaient cessé d’écrire pour la même raison : ce que nous avions écrit « sentait » trop Attilâ İlhan, était trop « à la Attilâ İlhan ». Bien qu’il soit sans doute possible d’y trouver des raisons, c’était tout de même une surprise, car la voix d’Attilâ İlhan est si singulière et si reconnaissable dans la poésie turque ! Son style est celui que j’aurais aimé avoir si j’avais été poète.

    10Au fond, cette entreprise retrouvait la fonction fondamentale de la traduction au sens général : la communication. La possibilité de raconter, de se raconter autrement, de manière plus esthétique.

    11Yakup Çelik, le plus ancien spécialiste d’Attilâ İlhan, considère ce poème comme une lettre adressée à la bien-aimée (Çelik 2007 : 136). Personnellement, je le lisais plutôt comme le monologue intérieur d’une personne habitée par un amour déçu et perdue dans les rythmes de la vie parisienne et de sa mémoire. Le commentaire du spécialiste mentionné plus haut, que j’ai découvert récemment, correspondait pourtant bien à mon but initial : écrire une lettre à travers cette traduction à la femme que j’aimais pour lui exprimer toute la force de mes sentiments.

    12Cette affinité entre le poète et le traducteur, qui devrait en principe faciliter la traduction, risque pourtant d’égarer ce dernier : et ce, dès sa lecture du poème dans sa langue d’origine, et jusque dans son opération traductrice. À cet égard, le cas du premier vers du poème (qui était, dans son état primitif daté de juin 2002, « je ne savais pas que tu avais des yeux violets », et qui est devenu par la suite « j’ignorais que tes yeux fussent violets ») est assez significatif : à un moment donné, il me sembla qu’il pouvait y avoir une ambigüité dans sa version originale, que je n’avais pas remarquée pendant des années, et que je ne lisais peut-être pas correctement. Car il était également possible de lire le même vers en turc, « eflâtun gözlerin olduğunu bilmiyordum », de la manière suivante : « j’ignorais qu’il existait des yeux violets », à l’impersonnel, sans attribuer particulièrement et consciemment, au début du poème en tout cas, cette couleur à la bien-aimée, bien qu’il s’agisse en effet de ses yeux. Mais la nuance se situait, selon mon raisonnement d’alors, dans la manière de dire les choses : je voyais ce premier vers comme un compliment implicite, de ceux que je ferais dans ma vie, et que l’on fait lorsqu’on rencontre pour la première fois une femme qui nous attire. Il était possible d’interpréter le vers de cette façon : le poète, surpris par le fait qu’il existe des yeux violets, qu’il n’avait jamais vus chez une autre femme auparavant, en complimentait ainsi sa bien-aimée. Je me souviens de m’être dit que j’avais complètement nié ce deuxième sens éventuel du vers, parce qu’en le traduisant je pensais peut-être, dès le début, à ma bien-aimée, et c’était bien à elle que je m’adressais. Pourtant, dans les deux cas, ce premier vers était complété par le dernier de cette partie du poème, ce qui les rendait d’autant plus significatifs : « j’ai oublié tes yeux violets dans un verre de grog ». Le lecteur ordinaire que j’étais n’avait pas besoin de tout comprendre, ni d’interpréter correctement ; ne serait-ce que quelques vers d’un poème et surtout ce qu’ils représentaient pour moi pouvaient suffire à me faire aimer un poème quelconque. Après avoir commencé à traduire, je me suis rendu compte, surtout à travers cet exemple, que je vivais peut-être (ou étais censé vivre) le poème en un certain sens, mais que je ne le lisais pas vraiment. Pourtant, un traducteur est appelé à faire des choix, et pour ce faire, il a besoin d’être sûr de sa lecture, de sa compréhension et de son interprétation. Dans ce genre de cas où j’avais des hésitations, j’ai recouru à des amis poètes ou personnes ayant une sensibilité poétique pour m’aider à délibérer. Et finalement, j’ai gardé la première version de ce vers : « j’ignorais que tes yeux fussent violets ».

    2. Des aspects sémantiques et rythmiques de la traduction

    13Certes, c’est par respect pour le style saisissant du poète que je me voulais un traducteur fidèle dès le début. Sinon, à quoi bon traduire un poème turc en français, pensais-je. L’une des notes inscrites sur mon journal de traduction évoqué plus haut reflète ce souci primordial : « Certaines expressions “sentiront” le turc. On pourrait les rendre, d’une manière ou d’une autre, en français, mais je veux garder la manière dont les choses sont dites dans l’original. Je veux que la version française sente par endroits la traduction ». En comparant la version définitive à la première, qui était une traduction littérale improvisée, j’y vois maintenant plutôt la marque d’un traducteur apprenti qui n’avait pas encore une idée précise de ce à quoi il devait faire face, ne se rendait pas vraiment compte des génies respectifs de la langue de départ et de celle d’arrivée. Évoquer la « fidélité » en traduction consiste très souvent à promouvoir la traduction littérale. Mais dans mon cas, la traduction littérale a fait problème face aux images inhabituelles du texte original qui laissaient perplexe, puisqu’une interprétation quelconque risquait de déraper vers une surinterprétation. Le vers 159 en constitue un bon exemple : « des étoiles à vingt-cinq francs parsemées sur les feuilles ». De quelles feuilles s’agit-il et pourquoi des étoiles à vingt-cinq francs ? Seul le poète pourrait expliquer ce que représente ce vers. Le contexte du poème – pas plus celui de cette partie que celui de l’ensemble du poème – ne permet pas de déterminer s’il renvoie à une chose précise ou s’il y a un sens caché. Le style du poète (forme, langage poétique, figures de style, plus particulièrement ses métaphores et ses comparaisons) était inhabituel pour la poésie turque de l’époque. L’écrivain Cemil Meriç résume bien, dans sa lettre à Attilâ İlhan, cette singularité :

    J’ai lu tes écrits toujours avec une grande sympathie. Ils ont le goût des fruits exotiques. J’aurais tort si je disais qu’ils ne sont pas les fruits de notre climat, pourtant leur goût est différent, plus étourdissant, plus voluptueux. (Meriç 2013 : 194)

    14L’accueil n’a pourtant pas toujours été, surtout au début, aussi chaleureux : en insinuant l’influence du français et de la poésie française, plus particulièrement celle d’Apollinaire, certains critiques de l’époque dénonçaient, non sans quelque mépris d’ailleurs, une « poésie-traduction ». Au-delà des éléments culturels dont la transposition en une langue étrangère s’avère très souvent problématique, c’était plutôt la traduction de certaines métaphores, déjà relativement « étrangères » au lectorat turc d’alors, face à quoi je butais. L’une de ces métaphores se trouve au vers 131 « aklım başımda değildi küfür gibi huzursuzdum » : je l’avais restituée en français, dans la première version littéraliste, de la manière suivante : « désespéré j’étais inquiet comme une injure ». Cette traduction, qui me paraissait claire, ne l’était pas pour autant pour mes relecteurs français2 : la phrase ne signifiait pas grand-chose, pas ce que j’imaginais, en tout cas. Elle est pourtant restée dans cet état jusqu’à la version définitive. À partir de ce que me disait ce vers qui décrit l’état d’âme du poète transporté par la souffrance d’être oublié par sa bien-aimée, un ami m’avait proposé : « j’étais dans l’inquiétude de l’injure ». L’équivalent du mot « küfür » en turc est bien « l’injure », c’est ce qui vient en premier à l’esprit, en tout cas. Il y a aussi le « blasphème », dans un autre sens, que j’avais écarté au début, car j’étais alors sûr de ma traduction. Par la suite, j’ai opté pour ce mot « blasphème », qui a une connotation religieuse : son utilisation dans ce vers me semble logique, puisque le poète recourt au langage religieux presque dans l’ensemble du poème, tant pour exalter son amour que pour exprimer sa souffrance ou son indignation. Pour citer quelques exemples : « moi seul tel un dieu en enfer » (v. 100), « il vous faut prier pour moi toutes les nuits » (v. 109), « à subir tous les supplices du coran tous ceux de la torah » (v. 122), « j’y crois comme je crois en dieu » (v. 173), « moi qui vis ce que je vis comme une grande religion / tu n’es plus une religion tu le sais » (v. 209/210). J’ai remplacé également le « désespéré » se situant au début du vers par « égaré », qui se trouve dans le même registre en question ; et le vers est devenu, dans sa version définitive : « égaré j’étais dans l’inquiétude du blasphème ».

    15Comme tout traducteur, j’avais deux soucis principaux : je demandais d’abord à mes amis qui me relisaient si la version française était compréhensible dans tous les vers, et s’ils percevaient un certain rythme poétique. En ce qui concerne l’aspect sémantique, il fallait aussi prendre en compte le fait qu’il s’agit d’un poème en vers libres. Meschonnic souligne que

    la ligne n’est unité poétique que s’il y a poème. C’est le poème qui fait le vers libre, pas le vers libre qui fait le poème. Le poème est interaction. […] Pour qu’il y ait interaction et les autres organisations du discours, il faut qu’il y ait une tension de sens. S’il y a cette tension entre les multiples du discours, la ligne est une ligne poétique, une unité de discours, le vers libre n’est pas de la prose. (Meschonnic 1982 : 607)

    16Donc cet équilibre, cette harmonie entre l’aspect sémantique et l’aspect rythmique sont essentiels.

    17Une fois que la dimension sémantique de la traduction est plus ou moins restituée, il fallait faire vérifier par mes relecteurs si le rythme de ce poème, ou du moins un certain rythme poétique, se dégageait de la version française. Puisque la grande question que se pose un traducteur croyant ne pas entendre un poème en français de la même manière qu’en sa langue maternelle, c’est à l’évidence celle du rythme.

    18En fait, au-delà de chaque poète, chaque poème a son propre rythme. Dans le style d’İlhan, le rythme est dû, dans une large mesure, aux répétions qui reflètent en même temps aussi bien la tension de l’atmosphère que celle du « je » poétique. Il faut évoquer aussi le désordre poétique, propre à « l’écriture automatique » à la İlhan, puisque le rythme dans le texte original est construit sur les faits alternés de son affirmation et de ses ruptures. L’aspect visuel du texte en est d’ailleurs déjà révélateur.

    19Cependant, comment la langue d’arrivée recevrait-elle ces répétitions qui allongeaient de surcroît les vers français ? Car le turc est une langue agglutinante, qui ramasse en peu de mots les choses à dire, sujet et verbe conjugué. À cet égard, les vers construits, par exemple, sur le patron « si seulement + plus-que-parfait », équivalant au mot turc « keşke », constituaient des phrases longues. À tel point qu’un enjambement s’est avéré nécessaire dans le vers 195, pour le couper en deux : « keşke seni hiç görmeseydim adını hiç duymasaydım » [si seulement je ne t’avais jamais vue / et ton nom si seulement je ne l’avais jamais entendu]. Il a fallu également répéter la forme en question dans le vers suivant, pour assurer la clarté du sens et une certaine fluidité du rythme. Le rythme dans la version française du poème est le produit « inconscient » de la fluidité et de la sonorité du texte.

    20Chaque poème a certes son rythme, cependant il se forme aussi un rythme ou une mélodie vocale du lecteur-traducteur dans l’acte de lecture. Sans doute ai-je constitué le rythme de la traduction en essayant de la lire avec le même sentiment et la même tonalité mis à lire la version originale. Autrement dit, en bonne – vieille – méthode, le texte français a été mis à l’épreuve de la voix : les phrases mal écrites ne résistent pas à l’épreuve, et j’ai cherché à saisir mon rythme personnel, celui de mon « Capitaine » lu à haute voix.

    Épilogue

    21La progression de mon français et celle de la traduction allaient logiquement de pair. Une si longue incubation pour traduire un seul poème, pour le pur plaisir de traduire, est un rare privilège. Quoi qu’il en soit, la traduction, une bonne traduction, est une question de temps : la traduction doit avoir le temps de mûrir. Les mots sont venus un à un, au fil des lectures et des conversations. Mes relecteurs n’étaient pas turcophones, sauf le professeur Ballanfat. Leur décrire longuement les sensations et sentiments que le poète aurait éprouvés et les états d’âme qui semblaient l’habiter dans telle ou telle scène se fondait le plus souvent sur un partage de mes expériences personnelles (le vécu du traducteur). Cet exercice d’empathie, qui a priori facilite la tâche, n’est toutefois pas sans danger, puisque dans mon cas, la réécriture était une tentation qui se perpétuait de temps en temps et qu’il fallait éviter.

    22Au terme de cette aventure, la seule consolation du traducteur occasionnel serait d’entendre que la version française du poème exhale bien le « parfum » d’Attilâ İlhan.

    Bibliographie

    Bibliographie

    ÇELIK Yakup, 2007, Şubat Yolcusu, Attilâ İlhan’nın şiiri [Les Passagers de février. Poésies d’Attilâ İlhan], Ankara, Akçağ Yayınları.

    İLHAN Attilâ, 2014 [1954], Sisler Bulvarı [Boulevard des Brumes], İstanbul, İş Bankası Kültür Yayınları.

    MERIÇ Cemil, 2013, Jurnal, cilt 2 [Journal, Peau], İstanbul, İletişim Yayınları.

    MESCHONNIC Henri, 1982, Critique du rythme, anthropologie historique du langage, Lagrasse, Éditions Verdier.

    Annexe

    Annexe

    « Capitaine »
    Attilâ İlhan (1925-2005),
    traduit du turc par Engin Bezci

    1.
    j’ignorais que tes yeux fussent violets


    je suis fatigué de vivre au cœur de la nuit
    tu avais oublié tes mains dans les mains du froid
    tu ne m’as pas reconnu bien que je sois passé devant toi
    j’ai changé je sais je me suis même laissé pousser la barbe
    mes poèmes s’envolent comme des tourterelles couleur cendre
    je ne supporte jamais les cieux vert-de-gris
    surtout me font perdre l’esprit les cieux de Paris
    ils me font songer à toi et à la fille de Poitiers avant toi

    tu avais oublié tes mains dans les mains du froid

    derrière l’obscurité les putains aux yeux étincelants
    adossées à leur ombre attendent comme des santons

    tu t’arrêteras quand les feux passeront au rouge

    j’ai changé je sais je me suis même laissé pousser la barbe
    le froid était gravé dans tes yeux tu n’aurais jamais pu me reconnaître même ricardo ricardo l’apatride
    est passé l’autre jour sous mon nez et n’a pas pu me reconnaître
    pourtant nous étions toujours ensemble Au Vieux Châtelet
    tous trois buvions un café viennois et du rhum chaud
    il aimait aussi le krapfen on disait qu’il était savoureux
    je n’ai jamais compris comment ni pourquoi il l’aimait

    me délivrant aussi de la solitude j’aimerais rester seul

    je t’ai perdue de vue près du métro Montmartre
    je n’ai pas regardé si ce noir te suivait encore
    avec ce sifflement misérable collé à la bouche comme une cigarette mouillée
    mâchant et crachant les airs de jazz de Sidney Bechet
    je sais qu’il t’aime même s’il veut le cacher
    de la couleur de son visage vient toute sa tristesse

    j’ai acheté un journal mais je le lirai à la maison

    et si j’entrais dans le premier café venu commander un grog
    et si j’imaginais des solutions pour t’achever
    et si le silence gelait tout blanc dans ma moustache
    et si je me taisais comme un totem orgueilleux et que je ne parle plus
    que mon chant se perde ce chant hargneux du silence
    que je sois oublié oubliés mes poèmes

    ceux que j’ai écrits pour toi que j’ai écrits pour tout le monde
    qu’on les oublie un à un comme les sultans anciens
    que je t’oublie aussi que je ne me rappelle plus jamais
    que je perde jusqu’au souvenir de ta trahison de ta volupté
    puissent mes mains t’oublier à jamais

    au milieu de la nuit le regard blanc laiteux d’un noir
    et moi qui passe du jour au lendemain dans la rue Lafayette

    j’ai oublié tes yeux violets dans un verre de grog

    2.

    un type quelconque a inscrit Paris sur les voiles de ce bateau

    tu connais la fleuriste au coin de la gare du Luxembourg
    cette triste blondinette à la veste en toile cirée verte
    la fille la plus irréprochable la plus honnête de Paris à mon avis
    si vous demandez à Pablo elle couche avec un chauffeur de taxi
    Pablo ! .. ah Pablo... si vous faisiez sa connaissance
    il raconte quelque chose de Salamanque à tous ceux qu’il rencontre
    il a laissé son père là-bas au pied d’un mur
    vous le croiriez pourtant français lorsqu’il parle

    je suis seul dans un café d’étudiants à Saint-Michel
    en plein jour on a allumé toutes les lampes
    un samedi il est quatre heures vingt-cinq

    puissent mes mains se briser que je n’écrive pas ces poèmes pour toi
    et si je ne portais pas tes yeux comme si je transportais de la dynamite
    il me suffit d’un soir dans l’avenue Wagram en août
    des étoiles à vingt-cinq francs parsemées sur les feuilles
    il me suffit d’un vers comme un train étincelant dans la nuit
    tu ne te suffis pas à toi-même personne ne te suffit
    avant même d’achever un voyage tu penses déjà au suivant

    la nuit dernière je me suis arrêté tout près du métro à Châtelet
    la pluie tombait d’un autre ciel que je ne connaissais pas
    elle tombait droit sur la tour Saint-Jacques

    je suis plus seul que jamais quand tu es près de moi

    maintenant je me suis soudain rappelé le café de l’Écluse
    le petit bistro des bords de Seine
    une lanterne de marin reste là pendue à la porte
    chaque soir s’y réunissent les bateliers de la Seine
    j’invente des aventures à leur intention
    la Seine coule gourmande et pleine de désir comme si elle était de pétrole

    les filles de chez Dupont ne vivent qu’en fumant
    je t’ai tirée d’une des rues d’Utrillo
    un visage des mains sales des vêtements poussiéreux
    je t’ai acheté un masque japonais pour mardi gras
    tu m’appelles capitaine tout le monde m’appelle capitaine
    je crache comme un vrai capitaine

    3.

    j’ai vécu un matin solitaire de novembre à Paris
    des poèmes d’automne en grappes plein les rues
    au Faubourg Saint-Denis c’était encore jour de marché
    devant la porte de Julien où l’on mange la soupe à cinq francs
    se tient une femme aux cheveux rouges et noirs et jaunes
    elle vend dans sa gaieté tricolore des pommes de terres triomphantes
    les boulangères en bleu et blanc derrière les vitrines
    des pains frais dans les rayons comme des grands types
    une envie en toi de faire tomber la pluie sur toi
    et moi j’écris ces vers dans le café Tout-va-bien

    tous les jets d’eau de la Concorde se dresseront soudain
    comme un bout de fer tordu tu sentiras l’arc-en-ciel sur ta nuque

    en me hissant j’ai arraché une étoile aux cieux de Paris
    l’ai attachée dans tes cheveux comme un œillet rouge
    dans quinze minutes un train partira pour Bordeaux
    tu pleureras pour moi dans les escaliers de la gare
    moi les mains ouvertes à la pluie la barbe mouillée
    moi seul tel un dieu en enfer

    l’église St Vincent de Paul se trouve derrière mon hôtel
    le clocher de l’horloge me tire chaque nuit du sommeil
    à chaque fois je te renvoie à Bordeaux

    le bonheur est de souffrir je l’ai découvert
    comme un jésus sur la croix j’ai souffert
    si une odeur amère de sulfate qu’exhalent mes poèmes imprègne tes doigts
    si des larmes aux rimes hardies s’y imprègnent
    comprends que je suis heureux comme le temps entre la mort et la vie
    je pourrais me tuer te tuer de bonheur
    donna maria ! l’enfant que j’ai trouvée révoltée dans un café
    traçant de ses yeux bridés des injures en arménien
    toi ! que j’ai renvoyée à Bordeaux comme un flamant rose fatigué
    il vous faut prier pour moi toutes les nuits

    tous les grévistes de Renault ont été mis à la porte
    les affiches ont couvert les murs de Paris d’un bout à l’autre

    chaque fois que tu me reviens à l’esprit je bois un verre d’armagnac armagnac signifie vingt-cinq gouttes de larmes dit-on
    je bois donc chaque soir vingt-cinq gouttes de larmes
    je sais que tu as peur des montagnes et des ivrognes
    quand je suis ivre tu n’as pas peur tu n’as pas la moindre peur
    je sais que tu caches mes lunettes pour qu’elles ne se cassent pas

    mon cœur pendu au cou comme un sou de cuivre
    je consens à partir en exil pour m’en délivrer
    à me faire matelot sur les péniches à mourir
    je consens à te quitter à m’en aller sans le sou
    à subir tous les supplices du coran tous ceux de la torah
    je consens à apprendre l’hébreu à coucher en prison
    puisqu’à cause de mon cœur je me suis déchiré les mains
    j’ai brisé ma plume j’ai gâché ma vie j’ai pleuré
    puisque mon cœur est mon plus grand ennemi
    je le renie je renie mon cœur
    il vous faut prier pour moi toutes les nuits

    sur le troisième parallèle je m’effondrerai comme un ancien monde quelques siècles durant le peuple malgache contera mon histoire

    4.

    je ne pouvais jamais te croiser les matins où je descendais à Gênes
    égaré j’étais dans l’inquiétude du blasphème
    tout le monde m’avait oublié je n’avais oublié personne
    je n’avais pas oublié Zehra pas oublié son regard perçant
    tel un poignard nu enfoncé dans mon flanc gauche
    à présent mes yeux au cinéma Marivaux à Paris
    sont fatigués et insomniaques comme une paire de pique noir
    si vous cherchez mes mains elles règlent leur compte avec le serveur à Marseille
    martini-gin quatre-vingt francs encore dix francs pour le service
    si vous demandez mon cœur je ne sais pas où il est
    j’en pleure mais je ne sais pas où il est
    personne ne sait où est mon cœur
    vous pouvez dire qu’en abandonnant il s’en est enfin allé

    comme des dieux mes peines engendrent mes poèmes
    je les vois dans le noir avec leurs yeux tout blancs
    je te vois dans le noir je touche tes lèvres de mes mains
    je te tiens dans mes bras t’embrasse sur la bouche
    tous les deux nous nous rejoignons aussitôt à la gare d’Austerlitz
    la gare d’Austerlitz regarde droit devant elle elle a honte de nous
    je veux prendre un train n’importe lequel décamper au hasard
    appuyer mon front sur les vitres où ruisselle la pluie dans le bar du train
    m’asseoir en face d’un verre de bière arrogant pleurer
    il ne reste plus d’encre dans ma plume
    les gens ne me voient pas ils se sont perdus j’ai pitié d’eux
    tel un scorpion sans espoir je suis en même temps orgueilleux
    cherchant refuge auprès de moi les lumières de la Samaritaine m’implorent on peut penser qu’elles seraient parfaites pour un roman

    toi tu as acheté un paquet de gauloises un paquet de gauloises bleues moi je me suis fait piquer mes dix francs au billard américain
    au bord de la Seine Mırç faisait un grand rêve
    au bord de la Seine tous trois faisions un rêve ivre
    il y avait une lumière bleue c’est elle que j’ai perdue
    j’ai perdu mon ombre les poèmes de Max Jacob
    toi tu tenais une bouchée de vent dans ta paume
    c’est bien pour ce vent que j’ai perdu ma qualité de poète ma ruse
    tu traverses mon esprit tu passes comme un nuage qui voyage
    la nuit dernière j’ai dessiné de mémoire ton visage dans mon cahier
    peut-être voyages-tu vraiment comme un nuage

    de tout mon corps j’ai frémi de froid un soir à Marseille
    j’ai dévoré dans un café un livre de Peter Cheyney
    le bateau serait parti le lendemain à cinq heures

    ma mort sera différente de celle des autres
    j’y crois comme je crois en dieu
    quoiqu’on en dise je le sais j’en ai le pressentiment
    affamé et assoiffé je te regarderai dans les yeux pendant onze jours le douzième je me trancherai les veines avec une lame de rasoir

    5.

    j’en ai assez de voir toujours la même vue
    j’ai donné un coup de poing et chassé une chanson qui traînait depuis hier
    Van Gogh me regardait il me regardait de ses yeux fous
    mes mains tremblaient je rêvais d’un voyage à Dakar
    on aurait dit que j’étais à bord d’un navire
    mon pouls palpitait dans les yeux d’un phare marin
    j’avais oublié mes dix-huit vers dans les Açores
    ils m’avaient quitté j’étais resté seul j’étais anéanti
    tu m’avais quitté seul le timonier le savait
    éteignant les lumières la nuit nous parlions de toi

    chez les bouquinistes des bords de Seine j’ai trouvé les poèmes de Villon
    la rivière était enflée comme un cœur le vent soufflait
    une semaine durant chaque nuit j’ai lu quelque chose de Villon
    toi tu pleureras chaque fois que tu liras mes poèmes

    si seulement je ne t’avais pas vue si seulement je ne t’avais jamais vue
    si mes deux yeux coulaient rouges à en perdre la vue
    si je jouais de l’harmonica au Sacré-Cœur si je mendiais
    si seulement je ne t’avais jamais vue
    et ton nom si seulement je ne l’avais jamais entendu
    j’aurais peut-être de vilains bonheurs à ma façon

    je peindrais des cathédrales avec des craies de couleur sur les trottoirs
    sur les trottoirs je peindrais ton image tout le monde t’écraserait
    je me jetterais dans le bistro vider un verre de cointreau
    Lucie-Anne viendrait encore chez moi elle me parlerait encore de toi
    pourquoi Lucie-Anne viendrait-elle pourquoi me parlerait-elle de toi

    il y a un enfant qui comprend ce que j’endure
    qui comprend mon chagrin le poison qui est en moi
    il y a un enfant qui comprend qui se consume comme moi
    mes poèmes brûlent dans sa chambre comme des bougies misérables
    tu n’es pas cet enfant-là tu n’es plus une enfant
    tes lèvres ne sont plus blanches comme jadis tu le sais
    tu as perdu tes yeux tu les as perdus tu le sais
    moi qui vis ce que je vis comme une grande religion
    tu n’es plus une religion tu le sais

    nous nous sommes arrêtés au pied de la tour Eiffel et j’ai allumé une cigarette
    dans la rue Saint-Dominique la ville a allumé ses lumières
    parfaitement désespéré j’ai tendu les mains vers le ciel

    ton visage apparaissait derrière un brouillard pâle
    à la nuit tombée montaient des grappes d’étoiles
    à présent tu étais dans une autre ville tu avais coupé tes cheveux
    tu avais mis du rouge à lèvres ça t’avait complètement changée
    des hommes entraient dans ton rêve ils y entraient même nus
    tu avais honte quand je traversais ton esprit
    je n’étais pas parmi eux car j’étais absent
    j’étais resté à Paris mon adresse était dans ta mémoire
    si tu le voulais tu pourrais m’envoyer une carte postale chaque samedi
    tu ne le feras jamais quoi qu’il en soit
    pour me délivrer de moi-même j’ai pendu mon ombre dans le corridor

    nous nous l’étions promis le dimanche il m’attendrait sûrement
    donc si j’y vais maintenant je retrouverai Mırç c’est sûr
    on achètera trois litres de vin Au Vini-Prix
    et une bouteille de rhum négrita en plus du vin
    on se soûlera on chantera c’est sûr
    puis Mırç parlera de Zehra moi je me tairai
    on verra les toits de Paris en regardant à travers les vitres
    vous ne pouvez me téléphoner que le matin

    Notes de bas de page

    1 Le poète avait coutume d’écrire des notes presque pour chacun de ses poèmes sous le titre de « notes pour ceux qui veulent en savoir plus » : celles-ci se révèlent parfois très utiles dans l’acte traduisant.

    2 Comme il se doit, surtout lorsque la langue d’arrivée n’est pas la langue maternelle du traducteur, des amis français ont relu ma traduction à des moments différents, ainsi que le peintre Victor Ursi, Vanessa Campan, Paul Ballanfat, Adrien Chassain et Isabelle Levrat tout au long de cette aventure. Qu’ils en soient remerciés. Ma gratitude va également à Gökçe Ergenekon, qui propose ici même une analyse stylistique du rythme du poème offert en lecture ci-après.

    Auteur

    • Engin Bezci

      Université Galatasaray d’Istanbul
      Engin Bezci est maître de conférences en littérature française et spécialiste d’André Malraux. Auteur de plusieurs articles, il travaille actuellement à l’Université Galatasaray d’Istanbul en tant qu’enseignant-chercheur. L’histoire des mouvements de traduction en Turquie, la traduction en turc d’œuvres françaises littéraires, plus particulièrement aux XIXe et XXe siècles, font également partie de son champ de recherche.

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    Samuel Beckett auto-traducteur ou l’art de l’« empêchement »

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    Sociologie de la traduction

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    Bezci, E. (2017). Neutralité subjective. Traduire « Capitaine » d’Attilâ İlhan. In G. Henrot Sostero & S. Pollicino (éds.), Traduire en poète. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.13281
    Bezci, Engin. « Neutralité subjective. Traduire “Capitaine” d’Attilâ İlhan ». In Traduire en poète, édité par Geneviève Henrot Sostero et Simona Pollicino. Arras: Artois Presses Université, 2017. doi:10.4000/books.apu.13281.
    Bezci, Engin. « Neutralité subjective. Traduire “Capitaine” d’Attilâ İlhan ». Traduire en poète, édité par Geneviève Henrot Sostero et Simona Pollicino, Artois Presses Université, 2017, https://doi.org/10.4000/books.apu.13281.

    Référence numérique du livre

    Format

    Henrot Sostero, G., & Pollicino, S. (éds.). (2017). Traduire en poète. Arras: Artois Presses Université. https://doi.org/10.4000/books.apu.13106
    Henrot Sostero, Geneviève, et Simona Pollicino, éd. Traduire en poète. Arras: Artois Presses Université, 2017. doi:10.4000/books.apu.13106.
    Henrot Sostero, Geneviève, et Simona Pollicino, éditeurs. Traduire en poète. Artois Presses Université, 2017, https://doi.org/10.4000/books.apu.13106.
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