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    Plan détaillé Texte intégral Rappel des découvertes Les principaux acquis des dernières décennies Apports de la collaboration Perspectives Bibliographie Auteurs

    Dynamique du paysage

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    Table des matières

    Les grottes du Vercors et des massifs Subalpins

    Relations Homme et milieu végétal

    Stéphanie Thiébault et Pierre Bintz

    p. 23-38

    Résumé

    Après une présentation des recherches archéologiques entreprises dans le Vercors et les massifs subalpins depuis les débuts de la Préhistoire, les principaux acquis des dernières décennies, fondés en partie sur la confrontation des études archéologiques et paléoenvironnementales, sont exposés. Cinq gisements ont été choisis en exemple afin de décrire les principaux résultats obtenus. Les apports de la démarche en collaboration, que ce soit à l'échelle du site ou de la zone géographique sont, enfin, analysés.

    Les massifs subalpins, situés à l'ouest du séparant les Alpes calcaires des massifs cristallins externes, sont par sillon alpin marqués la prépondérance des terrains calcaires (essentiellement d'âge barrémo-bédoulien) qui en constituent l'ossature. Leur solubilité et leur perméabilité sont à l'origine de très nombreuses formations karstiques qui offrent de bons abris à l'homme et constituent des réceptacles privilégiés pour l'enregistrement des données paléoclimatiques et culturelles (Delannoy 1995).

    Ces massifs sont largement ouverts à la circulation par des couloirs profonds façonnés par les glaciers. Par ses spécificités physiques (pentes, neige, glaciers, torrents, expositions, altitudes) la montagne alpine offre une grande diversité de paysages et de milieux biogéographiques dont les hommes ont fait un large usage à toutes les époques, réinventant sans cesse de nouveaux modes d'exploitation. Au gradient climatique lié à l'altitude se superpose un gradient nord-sud pouvant expliquer certains faciès locaux. La basse vallée de l'Isère et le couloir rhodanien constituent l'axe de circulation privilégié nord-sud, mais l'axe Durance-Buëch-Drac a également joué un rôle à partir du Mésolithique.

    Texte intégral Rappel des découvertes Les principaux acquis des dernières décennies Géographie Histoire La Balme-de-Thuy Saint-Thibaud-de-Couz La Grande-Rivoire Balme-rousse Le pas de la Charmate Apports de la collaboration À l'échelle d'un gisement (approche diachronique) À l'échelle de la zone géographique (approche synchronique) Perspectives Bibliographie Bibliographie Auteurs

    Texte intégral

    Rappel des découvertes

    1L'archéologie en Vercors doit beaucoup à Hippolyte Millier qui fut le premier à découvrir, explorer, fouiller et publier de nombreuses grottes. A. Bocquet rappelait récemment (Bocquet 1995) la liste des gisements paléolithiques : Bobache à La Chapelle-en-Vercors, les grottes Colomb et de la Passagère à Méaudre, l'abri de l'Olette à Engins, la Balme de Glos à Fontaine, les grottes de Fontabert et de l'Ermitage à la Buisse-Voreppe, l'abri du Calvaire à Saint-Laurent du Pont, comme celle des gisements néolithiques ou protohistoriques : Fontaine, La Buisse, Vif, Varces, Seyssinet etc. dont il fut l'inventeur. La plupart des gisements découverts à la fin du XIXe et au début du XXe s. ont fait, d'ailleurs, l'objet de nouvelles fouilles approfondies ces dernières décennies.

    2Les plus anciennes occupations humaines sont attribuées, en Vercors, au Paléolithique moyen, c'est-à-dire dès le dernier interglaciaire Riss-Wiirm. Lorsque les glaciers le permirent les moustériens s'installèrent afin d'exploiter, selon Th. Tillet et S. Bernard-Guelle (Tillet et Bernard-Guelle 1995), deux ressources abondantes : le silex et le gibier. Ainsi, bien que très pauvres en vestiges, de nombreuses grottes ont été fréquentées. Plusieurs cavités, dans le massif des Coulmes : grottes de Prélétang, de Bury, de Marignat, du Grand Serre ou de l'autre côté de la Bourne : grotte de Tende, offrent les restes de séries lithiques à débitage levallois prépondérant.

    3Malgré un hiatus culturel qui sépare la déglaciation du Würm fixée dans la région aux alentours de 20 000 B.P. et les premières implantations du Paléolithique supérieur datées vers 14 000 B.P, ce dernier est bien représenté, comme l'ont prouvé les fouilles entreprises de 1967 à 1972 par J.-E. et J.-L. Brochier aux abris du Taï et du Campalou (Saint-Nazaireen-Royans) dans lesquels de nombreux vestiges artistiques ont été mis au jour, dont un bâton poli en ivoire de mammouth et des os gravés (Brochier et Brochier 1973 et 1995). L'industrie lithique montre une fréquentation attribuée au Magdalénien supérieur et offre, dans les niveaux supérieurs, un caractère aziloïde. L'industrie récoltée par H. Müller à l'abri Bobache (La Chapelle-en-Vercors) où 4 galets peints ont été découverts dans les niveaux aziliens y est comparable. L'industrie de la grotte des Freydières (Saint-Agnan-enVercors), fouillée par A. Bocquet et P. Lequatre en 1965 dont l'occupation est contemporaine du réchauffement de l'AllerØd, est attribuée au Magdalénien final. Le Magdalénien supérieur a été remarqué dès 1911 par H. Müller et M. Filhol à l'abri du Calvaire à Saint-Romans. Plus récemment la fouille du gisement de Saint-Thibaud, réalisée entre 1969 et 1972 par P. Bintz, A. Bocquet, P. Lequatre et R. Desbrosse, a été l'occasion d'une étude poussée intégrant les différentes composantes du milieu naturel et de l'archéologie pour les périodes du Tardiglaciaire et de l'Holocène (Bintz et al. 1994, 1995). Dans le même esprit G. Pion a entrepris ensuite l'étude des gisements de la Fru (Saint-Christophe, Savoie) (Pion 1995) et de la grotte de Bange (Allèves, Haute-Savoie) qui offrent des habitats variés du Magdalénien, de l'Azilien et du Mésolithique.

    4Fouillée ces 25 dernières années, une douzaine de sites et grottes ou abris (fig.1), à stratigraphies développées et répartie du nord au sud des Alpes, a fourni des données paléoenvironnementales et notamment anthracologiques en relation directe avec les occupations humaines bien calées chronologiquement. D'autres données, essentiellement palynologiques, issues de nombreux sites lacustres ou palustres, non anthropisés, de plaine ou de haute montagne, permettent, notamment, de préciser l'étagement de la végétation en rapport avec les occupations de plein air et d'altitude.

    1- Localisation des principaux gisements mentionnés dans le texte

    Image 100000000000037C000005875C374F17.jpg

    5La plupart des gisements offrent des stratigraphies qui se développent du Tardiglaciaire au début de l'Holocène, comme à Saint-Thibaud-de-Couz (Savoie) ; d'autres couvrent tout ou une partie importante de l'Holocène. Ainsi, dans le cirque de Choranche, plusieurs grottes ont abrité des habitats datés de la fin du Paléolithique au Moyen Âge. C'est le cas des abris de Coufin 1 et 2 et de Balme-Rousse fouillés par P. Bintz (Bintz et al. 1987). Face au cirque de Choranche, le Pas de la Charmate (Châtelus, Isère) est un vaste abri fouillé par P. Bintz dont les occupations se sont succédé de la fin de l'Épipaléolithique au Néolithique ancien. De même, plus au nord, à la Balme-de-Thuy (Haute-Savoie) où J.-P. Ginestet a fouillé une stratigraphie proposant des vestiges de l'Azilien au Bronze final (Ginestet et al. 1984), ou à Sassenage la Grande-Rivoire, fouillée par R. Picavet et qui fut fréquentée pendant tout l'Holocène, du Sauveterrien au Gallo-Romain (Picavet 1991). Enfin, la grotte des Sarrasins à SeyssinetPariset, fréquentée à partir du Néolithique récent jusqu'à l'âge du Fer, fit l'objet d'une fouille dans les années 70 sous la direction de A. Bocquet (Bocquet 1976).

    6Dans les zones d'altitude, vers 1840m, s'ouvre la grotte du Campagnol (Gresse, Isère), découverte en 1982. Elle a donné des indices de fréquentation à l'Epipaléolithique dans un milieu végétal principalement constitué par le pin à crochet. A 1 600 m à Saint-Andéol (Isère) la grotte Charbonnière, découverte au début des années soixante, a fait l'objet de sondages à la suite de la découverte d'un racloir en silex. Le bouquetin est bien représenté, l'industrie est mésolithique (Bintz et Picavet 1995).

    7Plus récemment encore et dans le cadre d'un programme de prospection thématique ayant pour objectif l'étude de l'extension spatiale des occupations et les rapports entre plaine et montagne, plusieurs gisements en grotte ou sous abri ont été découverts à côté de nombreux sites de plein air. Il s'agit du Pas de l'Échelle (Rovon, Isère) situé au nord du plateau des Coulmes. Cet abri se trouve sur un passage naturel reliant la plaine de l'Isère à la haute vallée de la Drevenne, il se situe sur un axe de circulation privilégié permettant de relier le Vercors nord au Vercors sud. Le premier sondage réalisé en 1994 par P. Bintz et R. Picavet a permis la reconnaissance d'occupations attribuées au Moyen-Age, à la Protohistoire et au Méso-Néolithique. De même le site de l'Aulp du Seuil (Saint-Bernard du Touvet, Isère) a été découvert en 1992. C'est un site de fond de vallon, à 1 700 mètres d'altitude, constitué de 3 abris sous-blocs et d'une station de plein-air. Des vestiges du Mésolithique et du Néolithique ont été découverts (Bintz et al. à paraître).

    Les principaux acquis des dernières décennies

    8Après ce rapide panorama des séquences archéologiques fouillées depuis près d'un siècle dans les grottes du Vercors, nous allons tenter de brosser les résultats géoarchéologiques obtenus depuis une vingtaine d'années dans cette région.

    9La plupart des grottes fouillées ces dernières années ont, en effet, été perçues par les naturalistes comme offrant des archives tout à fait fondamentales. Ce constat tient à plusieurs raisons.

    Géographie

    10Globalement, par sa position géographique cette région joue un rôle de frontière et reçoit, tant culturellement que climatiquement d'ailleurs, des influences très diverses. Située aux confins des remontées méditerranéennes et au carrefour des influences montagnardes, elle offre un terrain idéal pour comprendre l'importance des différentes emprises. A cette position dans les marges et en dérivant naturellement, il faut ajouter une grande variété dans la position des grottes et abris, tant dans leurs altitudes, variant du domaine collinéen au montagnard que dans leur situation topographique : en pied de falaise, dans des cols ou passages etc., ce qui augure d'une variété de paysages d'une part, d'un fort potentiel pour l'occupation des sites d'autre part. De plus, avec ses 17 000 hectares, cet espace représente un territoire immense et diversifié. Par sa situation charnière entre Alpes du Nord et Alpes du Sud. le Vercors est soumis à des influences climatiques contrastées et recèle des espèces animales et végétales à caractères atlantique, médio-européen et méridional et, de plus, abrite des espèces boréales, témoins des périodes glaciaires. Les Hauts-Plateaux du Vercors qui se déploient sur une trentaine de kilomètres, culminant au Grand Veymont à 2 341 m d'altitude, dominent à l'est le reste du massif comme une banquette surélevée et isolée. Ils ont connu une importante fréquentation des groupes mésolithiques qui ont utilisé les quelques points d'accès existants : Pas de Bachassons, Pas de l'Aiguille et Combeau.

    11Le Vercors constitue donc un excellent terrain de recherche permettant de mettre en relation les sites entre eux (grottes et plein air qu'on ne peut dissocier) pour une plus large compréhension des modes d'organisation territoriale et économique entre plaine et montagne.

    Histoire

    12Outre les travaux de Müller, cette région avait, jusqu'à une époque encore récente, peu retenu l'attention. Plus que tout autre, le milieu montagnard enregistre particulièrement bien les fluctuations climatiques et naturelles qui sont amplifiées par l'altitude ; l'impact humain y est également perceptible et durable. Les fouilles, entreprises ces trente dernières années, ont pu être effectuées selon des techniques modernes. Ainsi, aux côtés des objets manufacturés, un abondant matériel susceptible d'intéresser les naturalistes, ossements, charbons de bois, graines etc. a été récolté. Cependant, l'une des raisons majeures de la prise en compte des études naturalistes aux côtés et avec l'archéologie, est, il faut le souligner, l'équipe formée à l'occasion de l'A.T.P. « Archéologie Métropolitaine » animée par R. Vivian, programme sur contrat, agréé en 1982 : Paléoenvironnement holocène et Archéologie dans les Alpes du Nord et leurs Piémonts. Plus d'une quarantaine de chercheurs, archéologues, géographes et naturalistes, avaient alors été réunis pour travailler finement et avec des moyens sur une période de temps qui englobait tout l'Holocène. Cette équipe était constituée de 11 chercheurs en paléobotanique dont 9 palynologues (dont 3 travaillant sur les sites archéologiques), 2 anthracologues (dont 1 travaillant aussi en carpologie), 1 archéozoologue, 1 paléontologue, 4 sédimentologues, au moins 9 géographes et une quinzaine d'archéologues. Les quelques réunions qui eurent lieu alors furent le point de départ de nombreux travaux dont les résultats, sous la direction de P. Bintz et de A. Bocquet, sont résumés dans : «  Paléoenvironnement holocène et Archéologie dans les Alpes du nord et leur Piémont » (Vivian, 1991).

    13Depuis les recherches continuent dans des directions diverses. Les études ayant pour thème l'environnement végétal et l'exploitation des animaux sauvages par les chasseurs-cueilleurs dans les grottes de la Chartreuse et du Vercors constituent une illustration des recherches en cours. Cet exemple se fonde notamment sur les travaux de L. Chaix et A. Bridault en ce qui concerne les changements diachroniques des spectres de chasse, la caractérisation de la prédation et la saisonnalité en parallèle avec le milieu végétal obtenu par les données anthracologiques de S. Thiébault et palynologiques de M. Girard et Bui Thi Mai principalement (Chaix et Bridault 1992, Bui-Thi-Mai et al. 1987, Girard et al. 1981, Thiébault 1988, 1994a, b et à paraître). Dans cet exemple 5 gisements o nt retenu notre attention : il s'agit de la Balme de Thuy (Hte-Savoie), Saint-Thibaud-deCouz (Savoie), La Grande-Rivoire, Balme-Rousse et du Pas de la Charmate (Isère).

    La Balme-de-Thuy

    14Dans les Alpes du Nord, la station de « La Vieille Église » est située dans le massif des Bornes, en Haute-Savoie, sur la commune de la Balme-de-Thuy, à 17 km au nord-est d'Annecy et à 3 km à l'ouest de la ville de Thônes, sur la rive droite du Fier qui coule à proximité. C'est un vaste abri sous roche qui s'ouvre au sud, à une altitude de 620 m. Cette cavité a été creusée au pied d'une falaise urgonienne, appartenant aux unités géologiques «  Bornes-Aravis  ».

    15Le gisement est actuellement situé à la charnière supérieure de l'étage collinéen, série septentrionale du Chêne pubescent et de l'étage montagnard. La carte de végétation (Richard et Hainard 1979) montre un environnement très contrasté. L'abri se trouve dans un îlot de la série du Chêne pubescent encadré, de chaque côté du Fier, par l'étage montagnard avec la série mésophile du Pin sylvestre et la série du Hêtre et du Sapin. L'étage subalpin avec les séries subalpines de l'Épicéa et préalpine du Pin à crochet se situe à moins de 5 km. Il tombe, en moyenne, de 1200 à 1500 mm de pluie par an sur la région.

    16Le site, connu depuis plus d'un siècle, a été fouillé par J. Hubert puis par J.-P. Ginestet de 1970 à 1990. Le gisement offre une séquence présentant treize niveaux stratigraphiques (Ginestet et al. 1984).

    • Les niveaux 9A et 8A sont situés au-dessus du substratum. Ils ont livré une abondante microfaune en cours d'étude et une hémimandibule de marmotte.

    • Au-dessus, la couche 7 a été subdivisée en deux : 7B assez pauvre en vestiges et 7A d'une épaisseur moyenne de 20 cm. qui a livré des vestiges attribués à l'Azilien terminal et une faune composée surtout de bouquetins, cerfs et chevreuils.

    • Le Mésolithique est représenté par la couche 6, subdivisée elle aussi. Les couches 6 et 6B indiquent le passage progressif de l'Epipaléolithique au Mésolithique ; la couche 6A est plus particulièrement attribuée à un Sauveterrien de faciès local. La faune y est abondante, notamment les cerfs, bouquetins et chamois mais aussi, dans une bonne proportion, le sanglier.

    • Le Néolithique est représenté dans la couche 5. La couche 5B, Néolithique ancien, est séparée de la précédente par une lacune stratigraphique. Si elle ne contient pas de céramique elle a livré de nombreux restes d'animaux domestiques, caprinés et bovidés essentiellement ; la chasse y reste très importante malgré tout.
      La couche 5A a permis la mise au jour de nombreux foyers, minutieusement fouillés et dont les charbons de bois ont été très méticuleusement prélevés. L'industrie lithique, comme la céramique, confèrent à cette occupation des affinités du Chasséen et du Cortaillod. Une armature tranchante s'apparente au Mésolithique tardif méditerranéen. Si le cerf est toujours l'espèce dominante, les animaux domestiques sont présents dans de bonnes proportions, de même que l'aurochs et l'ours brun.

    • La couche 4B a, elle aussi, livré un foyer important. Elle est attribuée au Campaniforme. Si la faune chassée est toujours importante, la faune domestique s'accroît avec la présence du porc.

    • La couche 4A a livré des foyers. Au sud-est d'un de ces foyers, la sépulture d'un jeune enfant a été dégagée. Des vestiges d'objets en bronze et en cuivre ont été récoltés. Cette couche est attribuée au Bronze final.

    • Les trois couches sus-jacentes ont, respectivement, livré des vestiges de La Tène III, de la période romaine et du Moyen Âge.

    17L'analyse anthracologique du gisement de la Balme de Thuy repose sur l'identification de 3700 charbons de bois, parmi lesquels 31 taxons ont été reconnus.

    18Le diagramme anthracologique des principales essences (fïg. 2) montre que tous les niveaux n'ont malheureusement pas fourni le même nombre de fragments (Thiébault 1994b). C'est pourquoi nous attirons l'attention sur la couche 6B qui n'a fourni que 4 fragments (les points servent de référence) et 5B, 55 seulement (d'où l'utilisation d'une trame différente). Les autres niveaux ont permis l'identification d'un nombre statistiquement fiable de charbons en 4A, le Pin possède une trame différente en raison d'une potentielle sélection de cette essence comme combustible, ses plus forts pourcentages provenant d'un foyer, l'information paléoécologique perd alors de sa valeur. D'une façon générale, tous les charbons prélevés ont été analysés, aucun choix, lié au nombre minimal des fragments à identifier, ne s'étant avéré nécessaire au cours de l'étude.

    2- Diagramme anthracologique des principales essences identifiées dans le gisement de la Balme-de Thuy (Haute-Savoie)

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    19Les résultats de l'analyse anthracologique nous autorisent à proposer une biozonation locale qui comporte 4 parties. La première (BT 1) correspond à une végétation héritée du Tardiglaciaire et presque exclusivement dominée par les Pins sylvestres. La seconde (BT 2) est caractérisée, durant le Sauveterrien et le Néolithique ancien, par le déclin du Pin et le développement de l'If et du Frêne ; la phase 3 (BT 3) voit se développer le Hêtre, le Sapin, mais aussi le Chêne à feuillage caduc, absent auparavant, et la courbe de l'If décliner. Dans la dernière phase (BT 4) la hêtraie-sapinière est installée, le Chêne et l'If ont disparu, le Pin sylvestre recolonise les terrains appauvris par l'exploitation humaine.

    20L'ouverture du milieu, corollaire de l'installation des hommes et de l'exploitation des terres (qui s'effectue traditionnellement au Néolithique moyen), ne semble pas très marquée sur le site ou bien elle n'est pas traduite dans la végétation à moins que Hêtre et Pin sylvestre jouent un rôle de marqueur anthropique, ce qui est toujours possible. D'après les analyses de L. Chaix sur la faune (Ginestet et al. 1984), la chasse au cerf a constitué un apport important dans l'alimentation des derniers chasseurs, cependant, la couche 5A (Chasséen) a livré quelques restes d'animaux.

    Saint-Thibaud-de-Couz

    21Situés sur le versant occidental du massif de la Chartreuse, les abris de Saint-Thibaud-de-Couz offrent des séquences où sont enregistrées les évolutions naturelles et culturelles de la fin du Tardiglaciaire au début de l'Holocène. Récemment publié (Bintz et al. 1994, 1995), le site se présente comme une référence pour la connaissance du peuplement et l'évolution des milieux naturels au Tardiglaciaire et à l'Holocène. P. Bintz (Bintz et al. 1994) (fig. 3) propose un tableau synthétique des principaux résultats. Le cadre chronologique est assuré par un ensemble de datations radiométriques bien corrélées avec la biozonation pollinique. La fin du Dryas 1 est marquée par des paysages découverts sous climat froid et sec. La faune des grands vertébrés et des oiseaux se caractérise par des éléments nordiques. Dès le début du Boiling le site connaît sa première occupation. Si on retrouve les mêmes faunes qu'à la période précédente, les faunes montagnardes sont mieux représentées. L'anthracologie donne l'image d'un paysage assez découvert sous climat froid avec une tendance à l'humidité. Ce caractère humide et contrasté du climat est bien enregistré par la sédimentation et la présence de faunes palustres ou aquatiques. La coexistence de faunes à biotopes variés suggère un paysages en mosaïque où se juxtaposent marécages en fond de vallée, zones rocheuses, escarpements de versant etc. L'Allerød se distingue par un changement bioclimatique majeur, particulièrement bien marqué dans la composition des cortèges faunistiques : diminution des espèces d'espaces découverts au profit des espèces forestières, disparition des espèces nordiques et périglaciaires, augmentation des faunes montagnardes. Des conditions encore fraîches et humides sont enregistrées par la sédimentation. La palynologie ne montre pas de changement significatif dans les taux de pollens d'arbres, bien que la composition du spectre change. L'optimum se situe plutôt au milieu de cet épisode, et plutôt en fin pour les autres indicateurs biologiques comme l'attestent les rongeurs, l'apparition du chevreuil et de l'ours, le développement des pins. P. Bintz constate dans cette synthèse que « L'amélioration climatique de l'Allerød coïncide avec la mise en place du processus d'azilianisation qui peut être interprété comme une réponse adaptative aux changements des conditions bioclimatiques » (Bintz et al. 1994, p. 237). Le Dryas III est diversement marqué. L'occupation humaine semble brève, les oiseaux sont des espèces d'espaces secs, les rongeurs des espèces héliophiles alors que les sédiments, les pollens et les charbons indiquent une phase froide et sèche avec une régression du couvert forestier. Le Préboréal voit le retour de conditions plus tempérées et humides, surtout à la fin de l'épisode. Deux horizons culturels ont été identifiés : un Épipaléolithique terminal au tout début et un Mésolithique ancien, encore peu évolué, en fin de période. A partir du Boréal le site n'est plus fréquenté. Les résultats les plus marquants de l'analyse de cette séquence sont : la mise en évidence, d'un point de vue paléoclimatique, à la transition Tardiglaciaire-Holocène, d'une forte instabilité climatique, avec des alternances de phases sèches et humides, froides puis progressivement tempérées, d'un point de vue paléoécologique du rôle majeur de l'AllerØd et enfin la rapidité du réchauffement climatique (3 millénaires).

    3- Synthèse des données paléoécologiques et paléoclimatiques d'après l'étude du remplissage sédimentaire de SaintThibaud-de-Couz

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    D'après Bintz et al. 1994

    22À partir des études faites sur les restes de pêche (truite majoritairement et lote d'eau douce, analyse N. Desse) et de chasse (dominée par le bouquetin mais avec : l'élan au Magdalénien, lièvre variable, marmotte, oiseaux), le site apparaît comme un lieu de passages et de séjours temporaires. Cette utilisation du site par des groupes à forte mobilité est confirmée par la circulation du silex.

    La Grande-Rivoire

    23L'abri sous roche de la Grande-Rivoire est un site de bordure de massif, localisé à 580 m d'altitude, dans un rétrécissement des gorges du Furon. L'abri, orienté au sud, est surplombé par une falaise d'une quarantaine de mètres de haut constituée de calcaire sénonien à silex. Il est actuellement localisé dans l'étage collinéen, dans la série du Chêne pubescent.

    24Découvert en 1986, ce gisement a fait l'objet de 4 campagnes de fouilles de sauvetage sous la direction de R. Picavet, qui ont permis la découverte d'une puissante séquence stratigraphique avec 13 niveaux d'occupation allant du Mésolithique au Gallo-romain (Picavet 1991).

    25L'analyse anthracologique a identifié plus de 2730 fragments de charbons ; ils montrent une bonne diversité taxonomique puisque 30 genres ou espèces différents ont été déterminés (Thiébault, 1994a). Ils appartiennent principalement à deux étages bioclimatiques : le montagnard avec Pinus sylvestris, Abies alba, Taxus baccata, Acer platanoides/pseudoplatanus, cf. Laburnum anagyroides, Fagus sylvatica, Sorbus aucuparia... et le collinéen : Quercus f.c., Acer campestre, Buxus, Carpinus, Ligustrum, Ilex aquifolium, Clematis, Corylus avellana, divers Prunus, Tilia, Ulmus minor... ainsi qu'à la ripisylve avec Fraxinus excelsior, Sambucus sp., Salix et Populus.

    26Les occupations les plus anciennes de l'abri ont été attribuées aux mésolithiques sauveterriens et datées de 8740 B.P. +/-110 (Ly. 5434) pour la couche D et de 8280 B.P. +/-80 (Ly. 5433) pour la couche C. La végétation (fig. 4) est constituée par la Chênaie caducifoliée avec quelques reliques des végétations antérieures puisque le Pin sylvestre n'a pas entièrement disparu. Le Chêne à feuillage caduc accompagné du Noisetier se développe pendant toute la première partie de cette séquence. C'est lors de la transition Mésolithique/Néolithique vers, 5995 B.P. +/-150 (Ly. 5099) couche Β2, que le Sapin apparaît en même temps que démarrent les courbes de l'If et du Frêne, ce qui a pour corollaire une diminution des valeurs relatives du Chêne ; le Pin est toujours présent. La courbe de l'If se développe entre la transition Mésolithique/Néolithique et le Bronze final, couche AC datée de 3340 B.P. +/-140 (Ly. 5184). La courbe de l'If est simultanée de celle du Frêne, elle même contemporaine des premiers indices de domestication animale donnés par l'archéozoologie.

    4-La Grande Rivoire (Isère), (Thiébault, 1995)

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    Diagramme anthracologique des principales essences identifiées dans le gisement de la Grande-Rivoire (Isère)

    27La troisième partie de la séquence est caractérisée par le développement du Hêtre au moment de la transition Chalcolithique/Bronze ancien (c.AIa). Cette phase voit une légère reprise de la courbe des Chênes à feuillage caduc, la régression de celles de l'If et du Frêne et le développement de celle de Fagus et surtout de celle des Faïbacées comme Laburnum anagyroides.

    28Tout comme à la Balme de Thuy, le cerf semble être l'espèce la plus chassée (80 à 90% des restes déterminés). Les études entreprises par Anne Bridault et Louis Chaix sur la saisonnalité des occupations (Chaix et Bridault 1992), sont effectuées à partir des méthodes classiques d'estimation de l'âge, fondées notamment sur les éruptions dentaires. Elles montrent, si l'on choisit une fourchette maximale ou minimale correspondant à la zone de recouvrement des estimations pour l'ensemble des espèces, une occupation de la miaoût à la mi-octobre pour la couche B2 (transition Mésolithique/Néolithique) de ce site et une occupation allant du début mars à fin décembre dans le cas d'une fourchette maximale ; deux occupations l'une de début mars à mi-juin et une autre de mijuillet à fin décembre pour la couche B3 (Sauveterrien), dans le choix d'une fourchette minimale. Il en résulte que les occupations de ce site auraient été plus longues au Sauveterrien et plus courte (mi-août/mi-octobre) à la fin du Mésolithique. Les études menées en archéozoologie permettent aussi de caractériser la nature des activités. Ainsi la couche B2b a, elle aussi, livré des restes d'espèces domestiques dans un contexte de chasse dominante. A la Grande-Rivoire, site assez aisé d'accès, les espèces sauvages sont représentées par l'ensemble de leur squelette. De rares os de boeuf domestique semblent indiquer la présence d'un animal entier.

    Balme-rousse

    29Situé face au Pas de la Charmate dont il est séparé par la vallée de la Bourne, le cirque de Choranche a permis à P. Bintz et son équipe de découvrir et de fouiller trois gisements : BalmeRousse, Coufin 1 et 2. Le cirque de Choranche est situé dans l'étage collinéen, dans la série xérophile et mésoxérophile du Chêne pubescent.

    30La grotte de Balme Rousse est une vaste cavité qui s'ouvre plein sud, au pied de la falaise de Presles à 650 m. d'altitude. Fouillée de 1981 à 1985, elle a livré une stratigraphie témoignant d'occupations attribuées au Magdalénien supérieur, au Mésolithique, au Néolithique ancien puisque comprenant des vestiges d'animaux domestiqués, au Néolithique moyen puis aux Chalcolithique et Bronze ancien et final ainsi qu'au Moyen-Âge.

    31Comme dans la plupart des gisements, les résultats de l'analyse anthracologique, qui portent sur l'identification de plus de 940 fragments, indiquent que les influences s'interpénétrent puisque l'étage montagnard est caractérisé par : Pinus sylvestris, Taxus baccata, Fagus sylvatica, Laburnum cf. anagyroides, Sorbus cf. aucuparia. ; le collinéen par Quercus cf., Acer campestre, Buxus sempervirens, Corylus avellana, Ilex aquifolium, Prunus sp., Sorbus sp., Ulmus minor et la ripisylve par Salix sp. et Fraxinus excelsior.

    32L'analyse anthracologique (Thiébault, 1988) montre (fig. 5), après un début désormais classique où la végétation au Mésolithique est dominée par le Pin sylvestre, une montée rapide de l'If dans des proportions très importantes au Néolithique ancien : C1 datée de 6020 B.P. +/-150. Si la chênaie caducifoliée n'est jamais très développée, elle est néanmoins présente dans la séquence jusqu'au Bronze final. Bien qu'une occupation attribuée au Néolithique ancien ait été reconnue, il est intéressant de constater que l'ouverture des milieux, corollaire de l'utilisation de son environnement par l'Homme, est déjà fortement entamée au Chalcolithique. La courbe de l'If, en effet, est en nette régression et le développement des courbes des Buis et Noisetier avec, pour les niveaux du Moyen Âge, le Genévrier et le Cytise témoignent de l'anthropisation. Il faut noter l'apparition de Fagus autour de 6000 B.P.

    5-Diagramme anthracologique des principales essences identifiées dans le gisement de Balme-Rousse (Isère)

    Image 100000000000056C000001D8019403B0.jpg

    33À Balme-Rousse, abri d'accès difficile, les animaux domestiqués (caprinés, boeuf et porc) sont représentés, dans les niveaux attribués primitivement au Mésolithique récent et qui, par voie de conséquence, seraient Néolithique ancien acéramique, par la totalité des os de leur squelette alors que les animaux sauvages (cerf, chevreuil, bouquetin et chamois) ne sont attestés que par des éléments crâniens et des bas de pattes (Chaix et Bridault 1992).

    Le pas de la Charmate

    34Ce gisement, orienté plein nord, s'étend sous un vaste abri sous roche à 1100 m d'altitude. Il est localisé dans l'étage montagnard inférieur, dans la série mésophile du Hêtre.

    35Le site, fouillé de 1985 à 1992 par P. Bintz et son équipe, a livré une stratigraphie présentant des niveaux d'occupation allant de l'Epipaléolithique au Néolithique moyen. Le diagramme anthracologique (fig. 6) a porté sur l'identification de plus de 2300 fragments de charbons de bois (Thiébault, 1994a).

    6- Diagramme anthracologique des principales essences identifiées dans le site du Pas de la Charmate (Thiébault, 1994a)

    Image 100000000000056B000002AB7484195B.jpg

    36Les paléovégétations observées présentent de fortes interactions entre l'étage collinéen et l'étage montagnard avec pour le montagnard : Pinus sylvestris, Taxus baccata, Acer platanoïdes, Sorbus cf. aucuparia, Ulmus cf. montana et le collinéen : Quercus à feuillage caduc, Acer campestre, Corylus avellana, Ilex aquifolium, Prunus sp., Sorbus sp., Tilia sp., Ulmus minor, Juniperus sp. La ripisylve est représentée par Populus sp. et Fraxinus excelsior.

    37Le diagramme anthracologique propose trois phases dans l'évolution de la végétation : la première dans laquelle prédomine le Pin sylvestre, correspond aux occupations Épipaléolithique couche D datée de 9890 B.P. +/-140 (Ly. 4203) et C3 Mésolithique ancien datée de 9100 B.P. +/-250 (Ly. 5245) ; la seconde est caractérisée par l'installation de la chênaie caducifoliée ; elle correspond au Sauveterrien, couches C2inf. datée de 8240 B.P. +/-260 (Ly. 4204) et C2sup. datée de 8100 B.P. +/-100 (Ly. 5662) et au Castelnovien C1/C2 datée de 7950 B.P. +/-100 (Ly. 4380) et C1 datée de 7820 B.P. +/-120 (Ly. 3786). Enfin, la troisième phase se différencie par la disparition des Chênes à feuillage caduc et la prédominance de l'If et du Genévrier, elle se situe dans la couche attribuée au Néolithique moyen : B3 datée de 5680 B.P. +/-130 (Ly. 3785) et le foyer F38 daté de 5630 B.P.+/-110 (Ly. 4381).

    38Les résultats obtenus à la Charmate posent quelques points d'interrogation. En effet, si dans les niveaux les plus anciens, Épipaléolithique et Mésolithique ancien, la végétation est conforme à celle connue dans les autres gisements de la région, avec la prédominance des gymnospermes et notamment du Pin sylvestre caractérisant le début du Postglaciaire, les datations venant confirmer cette attribution, la phase suivante, qui se place, du point de vue chronologique, dans le Boréal (8700-7400 B.P.), voit la régression de la courbe des Pins sylvestres au profit de l'installation de la chênaie caducifoliée accompagnée de l'Orme, Tilleul, Noisetier et Rosacées. Cette phase liée à la chênaie caducifoliée s'amenuise lors de l'occupation castelnovienne vers 7820 pour laisser la place à une végétation appauvrie taxonomiquement et composée principalement de gymnospermes avec Taxus, accompagnées, dans une moindre mesure, de Juniperus et de Pinus sylvestris. Tout se passe comme si l'influence montagnarde devenait beaucoup plus importante. Il nous paraît, dans ce cas, difficile d'imputer à l'action humaine ce changement dans la composition de la végétation alors qu'il n'existe encore nulle part de réelles preuves de néolithisation pour cette culture. Si nous refusons, a priori, une origine anthropique à ce changement, il faut alors invoquer une origine climatique due à une péjoration du climat.

    39Les études de saisonnalité (Chaix et Bridault 1992) ont montré une fréquentation maximale de début mars à la mi-septembre et minimale de début mai à mi-septembre dans le niveau C2inf (8240 +/-260 B.P) sauveterrien et début avril à fin novembre (maximum) ou début avril à mi-août puis du début octobre à fin novembre dans la couche C1, castelnovienne.

    7- Diagramme synthétique montrant l'évolution de la végétation dans les principaux gisements du Vercors selon une zonation anthracologique proposant trois anthracozones pour le début de l'Holocène : 10 000-6 000 B.P.

    Image 10000000000004000000054F3ABDDC9E.jpg

    40Afin de synthétiser le milieu végétal dans lesquels évoluèrent les derniers chasseurs et les premiers agriculteurs (fig. 7) nous pouvons dire que les derniers paléolithiques et les mésolithiques anciens vécurent dans un milieu relativement ouvert, composé, d'une façon générale, de 3 principaux ligneux : à savoir le Genévrier, le Pin sylvestre et le Bouleau, dans lequel se retrouvent, souvent en filigrane, quelques Prunus notamment. Au début du Postglaciaire ces populations assistent, à l'issue du changement climatique, à une fermeture de leur milieu avec le développement des chênaies caducifoliées, avec un début de diversification dans le catalogue des espèces végétales et l'émergence des différents domaines de végétation et une individualisation plus marquée des écosystèmes. La question de savoir si les divers groupes humains ont eu des réponses différentes aux modifications de l'environnement se trouve alors posée (Thiébault, à paraître). Nous avons vu à la Balme de Thuy, La Grande-Rivoire et Balme-Rousse la présence de faunes domestiquées dans un contexte de chasse. Les auteurs de ces études proposent deux hypothèses (Chaix et Bridault 1992) : - la première suppose une population d'éleveurs-agriculteurs, habitant des villages de plaine et pratiquant la chasse de manière épisodique, utilisant des abris-sous-roche en milieu montagnard comme halte de chasse, la seconde se fonde sur l'existence de contacts entre populations de chasseurs-collecteurs-nomades et éleveursagriculteurs sédentaires. Les types de contacts peuvent être variés, allant de l'échange de produits, au vol et à l'agression en passant par la récupération d'animaux échappés. Le fait qu'à BalmeRousse ce sont les animaux domestiqués qui sont représentés par la totalité des os du squelette alors qu'à la Grande Rivoire c'est la faune chassée, va, pour les auteurs, à l'encontre d'un transport de quartiers de viande de la plaine vers les sites de montagne et tend à infirmer l'hypothèse d'une population d'éleveurs pratiquant des chasses saisonnières. Les conclusions d'Anne Bridault et de Louis Chaix indiquent que, s'il existe une spécifité de la chasse en zone alpine, elle se marque surtout dans les phases anciennes de la séquence (Azilien) par la présence non négligeable de certaines espèces comme le bouquetin, le chamois, la marmotte, le lièvre variable. Durant le Mésolithique, seuls le bouquetin et le chamois continuent à être exploités.

    41D'autres exemples pourraient être développés notamment sur les processus d'anthropisation du milieu à partir de l'installation des populations néolithiques, et l'impact de la Protohistoire. Il s'agit là de démêler les processus induits de l'évolution climatique de ceux issus des changements culturels. Peu à peu, en effet, la confrontation des résultats des disciplines géoarchéologiques tend à mettre en évidence des cycles d'exploitation des territoires (apparition des plantes cultivées, mise en évidence de l'exploitation de la forêt, importance de l'élevage, du pastoralisme etc.) auxquels succèdent des périodes de déprise (crise de l'âge du Bronze  ?). De même un axe de recherche visant à la compréhension des surfaces d'exploitation de ces territoires est entrepris, toujours à partir de l'étude du matériel des gisements de grotte en relation avec les sites de plein-air.

    Apports de la collaboration

    À l'échelle d'un gisement (approche diachronique)

    42Il est intéressant d'observer si les périodes de changement du milieu végétal correspondent ou non, dans les évolutions culturelles, à des ruptures. Au Pas de la Charmate, par exemple, la principale « rupture » culturelle marquant le passage Epipaléolithique/Mésolithique correspond à un changement du paysage végétal (passage d'une végétation ouverte à pin sylvestre à l'arrivée de la chênaie caducifoliée).

    43L'anthracologie, par exemple, peut aussi fournir des données précises sur la durée, le mode de fonctionnement et les lieux d'approvisionnement en combustible pour les foyers, comme à la Balme de Thuy (Thiébault, 1995).

    À l'échelle de la zone géographique (approche synchronique)

    44Par la mise en évidence d'un gradient nordsud, de nombreuses questions peuvent être posées.

    • Comment, du point de vue végétal, le passage Méso-Néolithique ancien est-il perçu ? Rupture ou continuité ?

    • Les spécificités culturelles observées du nord au sud du territoire correspondent-elles à des différences dans le milieu végétal ? Quel est le rôle du climat ?

    • Comment se marquent, sur le milieu, les premiers indices de l'impact humain ?

    Perspectives

    45En définitive, les recherches se développent dans la perspective de mettre en évidence la complémentarité entre plaine et montagne à travers une stratégie d'exploitation du milieu dans un territoire où les relations inter-sites (grottes et pleinair) ont pu être précisées par la circulation des silex, de comparer ces stratégies du nord et du sud de la région d'étude en relation avec les spécificités culturelles, de démêler les processus induits de l'évolution climatique, de la dynamique végétale et des changements culturels.

    46Cependant, ce dont souffrent la plupart des disciplines oeuvrant pour la géoarchéologie est certainement un manque de contact. Manque de contact et de confrontation des résultats entre les chercheurs, eux-mêmes entre responsables de fouilles et géo-archéologues.

    Bibliographie

    Bibliographie

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    Auteurs

    • Stéphanie Thiébault
    • Pierre Bintz
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    1998

    Dynamique du paysage

    Dynamique du paysage

    Entretiens de géoarchéologie (Table ronde tenue à Lyon les 17 et 18 novembre 1995)

    Jean-Paul Bravard et Michel Prestreau (dir.)

    1997

    Viviers, cité épiscopale

    Viviers, cité épiscopale

    Études archéologiques

    Yves Esquieu (dir.)

    1988

    Aux origines de Lyon

    Aux origines de Lyon

    Christian Goudineau (dir.)

    1989

    Lyon Saint-Jean

    Lyon Saint-Jean

    Les fouilles de l'avenue Adolphe-Max

    Françoise Villedieu

    1990

    Un dépôt d'objets gaulois à Larina

    Un dépôt d'objets gaulois à Larina

    Hières-sur-Amby, Isère

    Franck Perrin

    1990

    Le pont de la Guillotière

    Le pont de la Guillotière

    Franchir le Rhône à Lyon

    Joëlle Burnouf, Jean-Olivier Guilhot, Marie-Odile Mandy et al.

    1991

    Le château et la seigneurie du Vuache

    Le château et la seigneurie du Vuache

    Haute-Savoie

    Frédéric Raynaud

    1992

    Le Château d'Essertines

    Le Château d'Essertines

    Loire

    Françoise Piponnier (dir.)

    1993

    Brandes-en-Oisans

    Brandes-en-Oisans

    La mine d'argent des Dauphins (XIIe-XIVe siècles), Isère

    Marie-Christine Bailly-Maître et Joëlle Bruno-Dupraz

    1994

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    Chapitre 3. Le contexte sédimentaire et paléoenvironnemental

    Jacques-Léopold Brochier et Stéphanie Thiébault

    Une économie pastorale dans le Nord du Vercors : analyse pluridisciplinaire des niveaux néolithiques et protohistoriques de la Grande Rivoire (Sassenage, Isère)

    Pierre-Yves Nicod, Régis Picavet, Jacqueline Argant et al.

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    Chapitre 3. Le contexte sédimentaire et paléoenvironnemental

    Jacques-Léopold Brochier et Stéphanie Thiébault

    Une économie pastorale dans le Nord du Vercors : analyse pluridisciplinaire des niveaux néolithiques et protohistoriques de la Grande Rivoire (Sassenage, Isère)

    Pierre-Yves Nicod, Régis Picavet, Jacqueline Argant et al.

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    • Gouverner les cours d'eau par un concept : Etude critique de la continuité écologique des cours d'eau et de ses traductions. DOI: 10.70675/da793cc4zd52az4894zb71az8be9d37868bc
    • Les pratiques pastorales d'altitude dans une perspective ethnoarchéologique. Cabanes, troupeaux et territoires pastoraux pyrénéens de la préhistoire à nos jours.. DOI: 10.70675/8d24686cz5e71z4e82za893z929b1e0b3e4f

    Ce chapitre est cité par

    • EUBA REMENTERIA, ITXASO. (2009) Explotación de los recursos forestales desde el neolítico hasta la época moderna en los valles de La Vansa-Sierra del Cadí (Alt Urgell) y del Madriu (Andorra). Análisis antracológico de estructuras altimontanas. DOI: 10.51417/documenta_09

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    Thiébault, S., & Bintz, P. (1997). Les grottes du Vercors et des massifs Subalpins. In J.-P. Bravard & M. Prestreau (éds.), Dynamique du paysage. Lyon: Alpara. https://doi.org/10.4000/books.alpara.1472
    Thiébault, Stéphanie, et Pierre Bintz. « Les grottes du Vercors et des massifs Subalpins ». In Dynamique du paysage, édité par Jean-Paul Bravard et Michel Prestreau. Lyon: Alpara, 1997. doi:10.4000/books.alpara.1472.
    Thiébault, Stéphanie, et Pierre Bintz. « Les grottes du Vercors et des massifs Subalpins ». Dynamique du paysage, édité par Jean-Paul Bravard et Michel Prestreau, Alpara, 1997, https://doi.org/10.4000/books.alpara.1472.

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    Bravard, J.-P., & Prestreau, M. (éds.). (1997). Dynamique du paysage. Lyon: Alpara. https://doi.org/10.4000/books.alpara.1458
    Bravard, Jean-Paul, et Michel Prestreau, éd. Dynamique du paysage. Lyon: Alpara, 1997. doi:10.4000/books.alpara.1458.
    Bravard, Jean-Paul, et Michel Prestreau, éditeurs. Dynamique du paysage. Alpara, 1997, https://doi.org/10.4000/books.alpara.1458.
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